Le cahier de Bonne-Maman – « Jouis, il n’est pas d’autre sagesse ; fais jouir ton semblable, il n’est pas d’autre vertu »

Pendant cette année 1919, nous fîmes, Nathalie et moi, la connaissance de presque tous nos partenaires. Certains ont cessé de nous rencontrer après leur mariage, après la naissance d’un enfant ou après un deuil, mais tous ont gardé secrets nos ébats et aucun ne nous a jamais manqué de respect.

Pour autant, n’allez pas vous imaginer que notre vie sexuelle se limitait à ces orgies ou à une accumulation d’amants. Certes, nous aimions nous étourdir dans ces soirées, mais ce que nous aimions par-dessus tout, c’était de jouir de nos corps en toute liberté, de ne pas rougir de nos envies. Quand on est intimement convaincu que la vie s’achève avec la mort, qu’il n’y a rien après, ni paradis, ni enfer, on profite de chaque instant, malgré les contingences, malgré les souffrances et on est plus attentif aux autres, plus ouvert. En tout cas, c’est ainsi que nous étions, que nous sommes toujours.

Un matin de septembre, alors que je reportais des écritures comptables sur le grand registre du père de Toine, je sentis son regard lourd d’embarras se poser sur moi. Je travaillais sur une table installée dans son bureau, je levai la tête, il m’expliqua ce qui le tracassait.

Un de ses plus anciens clients, un riche propriétaire terrien, avait une fille qui avait fait un « mariage d’amour » quelques années avant la guerre. Jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle, la plupart des mariages étaient dits « de raison », quelle que fût l’origine sociale des époux. Par la suite, surtout dans les familles avec du bien, cette tradition a perduré, perdure encore. Le berger qui épouse la princesse, ou inversement, est un mythe que la littérature a contribué à distiller dans nos esprits, s’il est très plaisant à imaginer, il est cependant fort éloigné de la réalité.

Quoi qu’il en soit, cette jeune fille avait épousé un jeune homme, de son milieu, mais qu’elle avait choisi. Ce qui me permit de comprendre immédiatement l’amour que lui portaient ses parents. La veille, le père de Toine avait eu un rendez-vous chez ce client, dont le gendre devait reprendre laffaire. S’étonnant qu’il ne participât point au rendez-vous, l’homme lui expliqua

Il est en crise, je ne sais pas combien de temps elle durera… Je crains qu’il ne me faille revendre mon affaire… Les mois passent, rien ne change. Les drogues n’ont plus d’effet sur lui et quand il les prend, on dirait un fantôme… Il effraie ses enfants à crier comme un possédé… Il leur fait honte à sangloter comme une fillette… Et puis, tout semble rentrer dans l’ordre… Jusqu’à la crise suivante. On ne peut jamais savoir quand elle va débuter, ni combien de temps elle durera…

Je regardai le père de Toine et lui demandai

Vous voudriez savoir si je pourrais lui apporter mon aide ?

Non ! Enfin… si… mais… ce que tu fais avec Antoine, ce que Nathalie fait avec Pierre, ce que vous faites avec les autres, ceux du village, tu ne pourrais le faire avec lui… Comprends-tu, il demeure à plus de cinquante kilomètres… comment pourrais-tu t’y rendre si une crise se déclenchait au milieu de la nuit ?

Avant qu’il n’ait fini d’exposer le fond de sa pensée, je lui proposai de rencontrer cet homme et son épouse pour tenter de leur expliquer comment nous procédions. Il me sourit, soulagé, me remercia chaleureusement et termina par cette boutade

Je louerais bien notre Seigneur de t’avoir mise sur notre route, mais puisque tu ne fréquentes pas plus l’église que mon fils, je craindrais de heurter tes convictions !

Au village, seules trois personnes possédaient le téléphone. Le père de Toine était l’une d’elles. Il appela son client, lui parla de moi et lui fit part de ma proposition. La crise avait été plus violente que d’ordinaire, il avait fallu appeler le médecin en pleine nuit, qui lui avait fait une piqûre, avait évoqué la nécessité de le mettre chez les fous, ce que sa fille avait fermement refusé, pour le moment, son gendre dormait encore, mais je serais la bienvenue quand je souhaiterai venir parler à sa fille.

Le père de Toine n’était pas homme à tergiverser. C’est ainsi qu’une demi-heure plus tard, nous nous mettions en route. J’aimais beaucoup me déplacer en automobile à ses côtés. Je découvrais des villages, des villes que je ne connaissais que de nom et il avait toujours une histoire à me raconter à leur propos, quand il ne me parlait pas d’un client. Nous arrivâmes au milieu de la matinée et nous fûmes accueillis par ce patriarche à l’air sévère, je ne me l’étais pas du tout imaginé ainsi. Il fit appeler sa fille qui nous rejoignit immédiatement. Je demandai à lui parler en tête à tête et la suivis dans ses appartements, à l’étage.

Cette femme était mon aînée de quinze ans, pourtant avant même d’avoir parlé avec elle, je sus le respect que je lui inspirais et la confiance qu’elle me faisait. Elle entrouvrit la porte de sa chambre et je pus observer son mari s’agiter dans son sommeil.

Quand il est ainsi, je sais que la crise n’est pas finie…

Sa voix était étranglée de sanglots. Je me demandais si elle serait assez forte pour supporter l’horreur des souvenirs de son époux. Nous étions dans l’antichambre, elle s’apprêtait à refermer la porte quand je lui demandai « Avez-vous un mot, un geste secret qui le rend particulièrement… amoureux ? »

Quelle sorcière étais-je donc, moi, la gamine pas même mariée, pour connaître l’existence de tels gestes, de tels mots entre un mari et sa femme ? Sa détresse était plus grande que la bienséance, elle eut un sourire contrit, le rouge lui monta aux joues, je l’encourageai du regard, s’en excusant presque, elle me souffla

Un baiser sur ses doigts… un certain… baiser… sur ses doigts

Il s’agita davantage.

Allez à ses côtés, rassurez-le en lui disant que vous êtes près de lui, qu’il est à l’abri, dans sa maison et… embrassez-lui les doigts !

Elle fit comme je venais de le lui conseiller, je souris en la regardant embrasser les doigts de son époux. Pourquoi m’étais-je imaginé un doux baiser pudique ? Parce que son univers était pétri de convenances bourgeoises ou parce que je n’avais jamais pensé que nous étions mus par les mêmes émotions ?

Elle embrassai l’index et le majeur de son mari comme on taille une pipe, n’interrompant son baiser que pour lui dire « Je suis là… tu es revenu ». Il paraissait s’apaiser, d’un geste de la main, d’un hochement de tête, j’encourageai cette femme à continuer. Oubliant ma présence, ou feignant de l’oublier, ses baisers se firent plus précis, je regardais, fascinée, sa bouche s’ouvrir, aller et venir, le bout de sa langue titiller la petite peau entre l’index et le majeur, avant de s’enrouler autour des doigts. Soudain, la magie opéra tout à fait. Les doigts de l’endormi se mirent à jouer avec les lèvres de son épouse, il sourit enfin dans son sommeil « Tu es revenu et je suis là ! »

Comme si on avait arraché un masque tragique, je vis le visage de cet homme changer du tout au tout. Quand il glissa hors du sommeil, quand il prit conscience de ma présence, ce fut comme s’il me connaissait déjà. En quelques mots, il comprit la raison de ma venue et m’en remercia, mais demeurait incrédule. Comment une gamine pourrait supporter l’évocation de ses souvenirs ? Avec douceur, mais avec fermeté, avec patience, je lui parlai d’autres anciens combattants qui venaient me livrer les leurs au village, je le rassurai en lui affirmant que les mots crus ne m’effaroucheraient pas et puis, ce n’était que pour cette fois « pour amorcer la pompe » ensuite, s’il le souhaitait, il pourrait se livrer à son épouse.

Je m’isolai avec lui, dans ce qui devait être son bureau, pendant que sa femme patientait dans son boudoir. Je n’avais jamais vu une telle propriété, plusieurs appartements dont chacun devait être plus vaste que ma maison toute entière ! Je n’étais pas envieuse, mais très surprise de constater, de visu, cette différence.

Charles, puisque c’est ainsi qu’il se prénommait, évoqua les cris, la boue, l’odeur de la mort, celle de la merde, l’odeur de la peur, le froid, l’humidité, le bruit, le silence angoissant qui précède l’assaut. Enfin, après presque une heure de confidences, cette vision qui venait le hanter, surgissant à l’improviste, parfois dans son sommeil, parfois alors qu’il était éveillé. Ce traumatisme qu’il ne parvenait pas à surmonter. Il suffoquait, son corps entier toujours bouleversé par ce qu’il avait vécu.

Monté à l’assaut avec plusieurs hommes, un obus les avait ensevelis, il ne savait pas combien de temps il était resté ainsi, couvert de terre, sans pouvoir bouger, sans savoir s’il était debout ou couché, la tête vers le ciel ou enfoncée dans le sol, mais avec la certitude qu’il allait mourir asphyxié, personne ne viendrait les sauver, personne ne saurait où ils étaient, ils allaient mourir là, oubliés de tous, sans avoir dit adieu aux êtres chers. Un autre obus souleva la terre et le projeta dans les airs, quand il réalisa qu’il s’en était sorti vivant, plus contusionné que blessé, il éclata de rire, soulagé, avant de s’apercevoir qu’il était entouré de cadavres et que plusieurs de ses compagnons demeuraient ensevelis. Il a creusé longtemps, priant de tout son cœur pour un miracle qui ne s‘est jamais produit.

Les larmes inondaient son visage, je lui demandai s’il voulait répéter à sa femme ce qu’il venait de me raconter ou s’il préférait que je le fasse. J’estimais qu’il était important qu’elle connût la raison des cris de son époux. Pour achever de le convaincre, je lui affirmai que l’ignorance était bien plus douloureuse que la réalité. Il l’appela, je la fis asseoir aux côtés de son époux et je débutai le récit, une respiration plus ample et saccadée m’indiqua qu’il ressentait dans sa chair ce que j’expliquais. Je demandai à Marie-Louise, puisque c’était son prénom, de se tenir prête. Elle lui suça les doigts quand Charles s’enfonça dans l’horreur et Charles revint à lui.

Comment vous remercier ? Vous le sauvez de l’asile, savez-vous ? Nous vous serons éternellement reconnaissants !

Je vous ai donné la méthode que j’applique, rien de plus ! Mais je sais que vous n’en avez pas fini avec les cauchemars, avec les cris, les crises de votre époux… Si vous le souhaitez, si vous en avez besoin, n’hésitez pas à me faire signe, j’essaierais de vous aider avec mes faibles moyens…

Une cloche retentit. Il était temps de passer à table. Ne vous moquez pas, mais en redescendant vers la salle à manger, aux côtés Charles et Marie-Louise rayonnants, le sourire et le regard plein de fierté du père de Toine fut ma plus belle récompense.

Le repas fut joyeux comme l’étaient ceux de la bourgeoisie de l’époque, point d’éclats de rire, point de plaisanteries, mais des sourires polis, des « je vous en prie » prononcés avec légèreté, des considérations sur les mets, sur les vins, sur la douceur de cette fin d’été, sur l’odeur des fleurs. Je n’en fus pas surprise, le père de Toine avait souvent évoqué cette particularité quand je demeurais chez lui et que nos conversations s’animaient ou que nous riions un peu trop fort lors des repas.

Après le déjeuner, pendant que les hommes buvaient une eau-de-vie digestive, Marie-Louise et sa mère me proposèrent de profiter de l’ombre de la tonnelle pour me détendre un peu avant de reprendre la route. De nouveau, elles me remercièrent, me demandèrent comment me rendre la pareille. Je n’en savais fichtre rien ! Pour couper court à la discussion, je leur désignai les superbes rideaux qui ornaient les vitres du « salon d’hiver », leur demandant si elles pouvaient m’indiquer où acheter un tissu semblable qui me permettrait d’en confectionner pour habiller les fenêtres de ma future maison.

Sans le savoir, j’avais tapé dans le mille ! Elles étaient toutes deux passionnées de spectacle, d’opéra, de théâtre et leur marotte était de recréer les décors et les costumes pour rejouer des extraits de leurs œuvres favorites. Au fil des ans, tout ceci s’était accumulé dans une réserve. Marie-Louise était certaine qu’il restait des coupons de ce tissu, ou d’un autre similaire.

Souhaitez-vous m’y accompagner ? Vous pourriez faire votre choix et je serais si heureuse de savoir qu’il y a un peu de mon univers chez vous !

Quand je découvris la réserve, je devais ressembler à Ali-Baba voyant pour la première fois les trésors de la caverne ! Je ne savais où poser mon regard ! Tant de jolis objets, de costumes chatoyants ! Marie-Louise m’invita à essayer une robe, puis une autre, ravie comme une fillette qui joue avec sa poupée. Nous étions, à peu de choses près, bâties sur le même gabarit, « Il y aurait si peu de retouches à faire… je vous en prie, prenez celles-ci ! »

Sur le trajet du retour, le père de Toine plaisanta à propos de la malle remplie de tissus et de costumes qu’il avait dû arrimer à l’arrière de l’auto.

Mais que vas-tu faire de tout ce fatras ?

J’ai ma petite idée, mais promettez-moi de n’en parler à personne. Je voudrais faire une surprise à mon Pierrot et à votre fils…

Il rit de plus belle, mais tint sa promesse. En chemin, il fit un détour pour me permettre de parler à Nathalie, à qui je demandai d’arriver une bonne heure avant Pierrot et Toine lors de notre prochain rendez-vous dominical. Une fois encore, nous étions amusées, excitées et complices sans avoir eu besoin de mots supplémentaires.

Ce soir-là, comme ça ne m’était pas arrivé depuis plusieurs semaines, je dînai chez les parents de Toine, qui me raccompagna chez moi après le repas. Voulant me taquiner, il me dit

Alors, Bouton d’Or, comme ça, tu es passée à l’ennemi ? Tu réconfortes ces salauds de bourgeois ?

Piquée au vif, je lui répondis

J’ai soulagé un être humain, son épouse. Si pour toi, c’est « passer à l’ennemi », alors oui, je suis passée à l’ennemi et j’en suis fière !

Avant de me dire au revoir, il remarqua mon front plissé.

Ho ! Que t’arrive-t-il, Bouton d’Or ? Je t’aurais blessée en voulant te taquiner ?

Je balayai ses craintes d’un revers de la main.

Parfois, tous ces souvenirs que je n’ai pas vécus semblent m’envahir et prendre possession de mon cerveau… Ce n’est rien… un mauvais moment à passer…

Il entra avec moi, me demandant comment il pourrait m’aider.

Je ne sais pas… ou alors… peut-être que…

Angelo Asti femme blonde assise
Angelo Asti

Je me dévêtis, m’assis sur le sofa et lui demandai de poser sa tête sur mes cuisses. Sans un mot, nous passâmes une partie de la soirée ainsi, son regard perdu dans ma toison et ses doigts qui en lissaient les poils. Mes mains caressant ses cheveux, je laissais couler des torrents de larmes sur mes joues.

Fais-moi… tu aurais envie de jouir… là… maintenant ? Rien que toi et moi ? Tu aurais envie qu’on jouisse ensemble ?

Ho, Bouton d’Or ! Tu me poses la question ? Si je retire mon pantalon, je vais me crever un œil tellement je bande !

Des sanglots dans mon éclat de rire, je l’aidai à se déshabiller « en prenant garde à tes yeux ! » Il me prit dans ses bras et m’invita à danser avec lui, mon corps nu collé au sien, nous valsions dans le silence de la pièce.

J’aime quand tu me fais danser, Toine !

J’aime te faire danser, Bouton d’Or ! Et tu sais pourquoi ?

Non ! Pourquoi ?

Parce que tu connais le secret de cette danse, jolie Normande

Le secret ? Mais quel secret ?

Il me fit tourner dans un sens, puis dans un même mouvement dans l’autre.

Ma belle, tu valses aussi bien à l’envers qu’à l’endroit !

Comme tout le monde, non ?

Mais non ! Justement pas ! Oh… quand tu souris comme ça… laisse-moi faire…

Continuant à me serrer contre lui, d’une main, il retira les épingles, les peignes qui maintenaient mon chignon en place. Je sentis mes cheveux couler sur mon dos, comme si c’était de l’eau.

À ton tour de te laisser faire…

Je m’agenouillai devant lui, enroulai une mèche de mes cheveux blonds autour de son sexe, Toine était émerveillé. D’autant plus que la faible lumière de la lampe à pétrole conférait à la scène une ambiance féerique, presque irréelle.

Ho, Bouton d’Or ! Mais que fais-tu ?

Je léchais son sexe au travers de mes cheveux

Si tu savais comme j’aime le goût de ta verge…

Fais-moi plaisir, Bouton d’Or, pour une fois dis-moi « ta grosse queue » au lieu de « ta verge » !

Je préfère le mot « verge » quand je parle de la tienne

Et pourquoi… donc… ooh… oui… comme ça… avec tes cheveux… dorés… Et pourquoi donc ?

Parce que par chez moi… hummm… comme j’aime son goût… chez moi… quand on… hmm… fesse un gamin… hmm… on dit… hmm… qu’on lui… assène… des coups… de verges… et…

Ho, Bouton d’Or… tu me… mets à la tor… oohh… à la… torture… et ?

Sentir le… contact de ta… verge sur mes… fesses… oohh… si tu savais…

Voulant être certain de bien comprendre ma raison, il me releva, d’un mouvement de l’index sous mon menton, il m’obligea à le regarder dans les yeux.

Sur tes fesses ou dans tes fesses ?

Sur mes fesses…

Je voulus détourner le regard, il m’en empêcha, la lumière de son regard, son sourire…

… mais surtout dans mes fesses… quand je pense à toi…

Quand tu penses à moi ?

Je me caresse souvent en imaginant ta verge dans mes fesses… Je pense à Nice… à quand on vous a expliqué pour l’huile d’olive… à la fois où tu les as honorées… comme tu ne le fais plus… je rêve et je me caresse…

Mais c’est parce que j’ai peur de te faire mal ! Tu as vu la taille de mon engin ? ! Si tu savais comme j’en ai envie… mais je ne veux pas te faire mal !

Si c’est ainsi que tu définis « me faire du mal », ne t’en prives pas ! Fais-moi du mal et dès que tu le voudras !

Comme s’il était possédé, il sortit de la pièce, le temps de réaliser qu’il était toujours nu et qu’il ne voulait pas me fuir, je l’entendis pester dans la cuisine

Putoù que… dis-moi, Bouton d’Or où tu la caches ton huile d’olive ?

Je le rejoignis en riant et lui expliquai que j’avais oublié d’en racheter. Il fit la grimace. Je lui pris la main et l’entraînai dans le petit cellier, où je pouvais entreposer les denrées qui avaient besoin de fraîcheur pour ne pas se gâter. Puisqu’il était toujours prompt à me taquiner sur mes origines, je lui proposai de le faire « à la mode de chez moi ». Il plongea ses doigts dans la petite motte de beurre. « Une chance que la Normande soit de nature prévoyante ! » et entreprit de m’enduire le derrière. Je sentais mon corps se détendre sous ses caresses. Il ne les stoppa que pour allumer une lampe à pétrole et quelques chandelles. « Je veux voir ton regard, ton sourire, Bouton d’Or ». J’aurais voulu garder les yeux ouverts, comme il le souhaitait, mais quand je sentis son gland me pénétrer, ils se fermèrent malgré moi.

Que marmonnes-tu, Bouton d’Or ? Dis… que marmonnes-tu ?

C’est encore meilleur que l’autre fois… encore… meilleur… encore… encore… encore !

Je ne te fais pas mal ?

Oh non ! C’est comme…

Je sentais le moindre des reliefs de sa verge et c’était comme autant de caresses différentes. J’ouvris les yeux.

… comme si… elle avait été… oh oui ! Comme si… pour que tu… ooh… pour que tu la mettes là…

Ô, Bouton d’Or…

Je caressais son cou, ses épaules, ses bras, son dos. Je griffais doucement ses reins du bout de mes ongles. Je voulais le sentir davantage en moi, mais il se retirait déjà. Doucement.

Non ! Pas tout de suite ! Pas déjà !

Il me pénétra à nouveau. Cette fois-ci, je parvins à garder mes yeux grand ouverts. Nous nous criions en silence de jolis mots, pleins de tendresse crue. Le temps semblait suspendu à nos souffles coupés. Je sentais mes chairs s’ouvrir pour mieux l’accueillir au plus profond de moi. Je sentais aussi les contractions de mon plaisir croissant. Quand j’allais y succomber, il se retira encore.

Oooh… tu me…

Je te ? Je te quoi, joli Bouton d’Or ?

Tu me tourneboules… oh non ! Ne ris pas !

Quel drôle de mot ! Et pourquoi donc ?

Je ne sais pas ce… oooh… ce que… je préfère…

Quand il allait et venait en moi, je pensais que c’était ça que je préférais. Puis, quand il s’enfonçait d’un coup de rein, de tout son long, que mon corps était empli de sa verge, je me disais « ah non… non… c’est ça que je préfère ». Alors, il se retirait, qu’il le fasse rapidement ou au ralenti, je préférais subitement cette sensation. Jusqu’au moment où son gland, à chaque fois un peu plus bouillant, à chaque fois un peu plus dur, me pénétrait, écartant mon orifice étroit… J’avais à peine le temps de réaliser que c’était ça que je préférais qu’il recommençait ses va-et-vient… Alors, pour ne pas « tourner fada » comme il disait, je décidai de ne pas chercher à savoir ce que je préférais, mais de m’abandonner au plaisir.

Allongée sur le dos, le poids de son corps ajouté au mien, mes longs cheveux dénoués me tiraient un peu, avant que ça ne devienne désagréable, je me soulevai légèrement et d’un geste vif, les projetai sur le côté. Sans l’avoir cherché, j’avais fouetté Toine. Il sursauta, surpris. Me sourit. Alors, je pris mes longs cheveux dans ma main et recommençai. Pour lire dans ses yeux, dans son sourire, le plaisir de cette sensation… Plus il me disait qu’il aimait ça, plus j’y prenais plaisir.

J’étais comme possédée, comme prise dans une vague de sensations plus agréables les unes que les autres. Je me demandai s’il pouvait percevoir la violence de l’orgasme qu’il m’offrait, quand il me chuchota, d’une voix qu’il avait du mal à dompter « Que c’est bon de te sentir jouir… » Il ferma les yeux et jouit au plus profond de moi.

Il nous fallut attendre un long moment avant de trouver le courage, d’avoir la force de nous relever pour aller nous coucher, mais nous ne pûmes nous résoudre à ne pas dormir ensemble.

Allongés dans les bras l’un de l’autre, encore étourdis de tout ce plaisir, nous ne parvenions pas à trouver le sommeil, alors, nous nous chuchotions des secrets qui n’auraient pas accepté d’être révélés à voix haute. Je n’oublierai jamais combien il fut bouleversé quand je lui fis cet aveu

Parfois, je me déteste. Quand j’entends les récits de vos années dans les tranchées, quand je pense aux souffrances que vous avez endurées, je souffre pour vous… Mais, en même temps, une petite voix au fond de moi me rappelle que s’il n’y avait pas eu la guerre, je n’aurais jamais correspondu avec Pierrot. Je serais restée la petite Rosalie, dure à la tâche, dans sa ferme normande… Je n’aurais connu ni l’amour, ni l’amitié, ni même le plaisir… Je mène une vie dont je n’aurais jamais osé rêver et cette vie, mon bonheur, je les ai construits sur les cadavres de la plus horrible des boucheries… Si tu savais comme je me déteste de me dire que la chance de ma vie aura été cette putain de guerre 14-18…

Il déposa de doux baisers sur mon front, entrecoupés de mots bien plus doux encore, sécha mes larmes par des caresses d’une tendresse incroyable. Apaisée d’avoir pu enfin confier ce secret qui commençait à me ronger, je m’endormis sereinement.

Le dimanche suivant, jour de la Sainte-Reine, voici ce qu’il advint

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