Après la pluie, vient le beau temps, pendant la pluie, prenons du bon temps !

Chaque jour passé ensemble nous unissait davantage à Jim. Bien que mâtiné de provençal, ses progrès en français étaient impressionnants. Une fois*, j’avais osé lui reprocher une formulation, il m’avait alors répliqué « Fas cagua Blann’che Minette ! » avant d’éclater de rire et de me prendre dans ses bras. J’avais tenté de l’amadouer en lui confessant que je ne comprenais pas tout quand il parlait cette langue. Jimmy était présent et je sais mieux que quiconque comment le rallier à mes arguments. Devant mon air de Caliméro, il me fit son joli sourire et de sa voix la plus douce, me dit « Tu n’as qu’à l’apprendre. Tout est question de motivation. Tu veux qu’on te motive ? »

Les provençaux sont des fourbes, mais bon sang, comme j’aime leur fourberie !

Je découvrais une Provence bien éloignée de celle que j’avais imaginée. Je la croyais aride et mollassonne comme une vieille biscotte oubliée derrière un bocal d’olives et ce mois de novembre si pluvieux me la révélait vivante, stimulante et indomptable. J’avais accompagné Jim et Marcel chez Jean-Luc pour constater l’état du verger, nous devions ensuite rejoindre nos amis dans la maison de la rue basse et avions décidé de nous y rendre à pied puisque le temps le permettait.

Un violent orage nous contraignit à trouver refuge chez Marcel. Je m’essuyais les cheveux quand Jim voulut nous montrer ses progrès en français.

– Il pleut comme vache qui pisse !

– Non, non coumpan ! Il pleut comme femme qui jouit !

Je haussai les épaules en faisant non de la tête, me dirigeai vers la fenêtre pour tenter de déchiffrer le ciel à travers la vitre. Cette pluie allait-elle bientôt cesser ? Mes vêtements étaient trempés et je frissonnais. Marcel m’apporta une serviette et m’invita à faire sécher mes affaires avec les leurs au coin du feu. Je me déshabillais entièrement et, en lui tendant mes vêtements, lui reprochai de s’être moqué de moi, ils n’avaient ôté que le haut et s’il y avait bien une cheminée, elle n’avait sans doute pas fonctionné depuis des décennies.

– Vous n’êtes vraiment que deux gamins !

– Parce que toi, t’en es pas une peut-être ?

Marcel me désignait le graffiti que j’avais dessiné du bout des doigts sans m’en apercevoir. Une fois encore, je devais m’avouer vaincue.

– T’aurais pas une chemise ou un truc, histoire que je ne chope pas la crève ?

– On pourrait aussi se réchauffer… à la chaleur animale…

– Tu perds pas le Nord, toi !

Marcel sourit, prenant mes derniers mots pour ce qu’ils étaient, un vrai compliment. Il montra la vitre à Jim.

– Tu sais comment qu’on dit en français, coumpan ? « Brochette »

– Yes « Brochette », La brochette à Dédette !

– Non, non ! « La brochette de Dédette » parce que c’est Dédette au milieu…

Pestant contre son traducteur, qui décidément avait été une dépense inutile, Marcel réussit tout de même à lui expliquer la différence entre une Dédette’s brochette et une Dédette brochette. Jim se grattait la tête, semblant se dire que la langue française était pleine de subtilités bien subtiles. Convaincue de la justesse des arguments de Marcel sur le causer simple, je décidai de m’abstenir de préciser à Jim qu’en français correct, il fallait dire Brochette de Dédette que j’en sois la propriétaire ou l’ingrédient principal.

S’il est une chose que j’apprécie dans les leçons que Marcel donne à Jim, c’est leur évidence, leur naturel. Mon corps, les leurs, ceux de nos consœurs et ceux de nos confrères, ce que nous en faisons, comment nous en jouissons ou n’en jouissons pas sont abordés avec la même aisance que les noms des différents vents, des reliefs, des aliments, des plantes ou des animaux.

Il me fallut déterminer nos places respectives. Pour la mienne, elle allait de soi puisque c’était une brochette de Dédette, mais quand je dus choisir lequel serait devant, lequel serait derrière, l’expression choix cornélien prit tout son sens. Marcel approuva ma configuration par une formule dont il a le secret. Ta bouche pleine de ma queue c’est bien… ça t’évitera de dire des conneries ! Son sens inné du compliment me ravira toujours !

J’étais penchée au-dessus de la table, me tenant à ses bords. Marcel à mes côtés plus que devant, cette position était plus stable pour moi, Jim étant trop grand, je devais me tenir sur une sorte de marchepied et je craignais de perdre l’équilibre. Va pas lui faire une fracture de la bite à notre coumpan ! Nous étions tous les trois bien d’accord sur ce point précis.

J’aimais me sentir la raison de leur complicité autant que j’aimais sentir leurs mains rugueuses parcourir mon corps, se rencontrer sur mon pubis. Blann’che Minette. J’aimais sentir les grosses mains carrées de Marcel sur mes joues.

– Oui… suce-moi comme ça ! Tu vois, coumpan, là… elle me suce… regarde ! Et là… je lui baise la bouche. Répète !

– Baise la bouche…

– Oui ! C’est ça ! Et là ?

Jim se pencha pour être certain de sa réponse.

– Une pipe andante !

– Une pipe quoi ?!

– Andante ! No… sorry… allegro !

– Qu’est-ce tu racontes ?

Je m’efforçais de suivre le tempo et de garder mon sérieux tout à la fois. Jim s’était fiché en moi et me donnait les indications. Adagio. Andante. Moderato. Allegro. Presto ma non troppo.Soudain, il s’exclama, en s’adressant à Marcel baise la bouche ! Je sentis une goutte de salive atterrir sur mes reins tandis qu’il reprenait ses va-et-vient.

Marcel était enchanté de ces pipes musicales et demanda à son coumpan de lui indiquer à nouveau les différents tempos. Pour être sûr d’avoir tout bien saisi les nuances. J’aimais sa façon de caresser mon crâne, mes joues.

Jim avait repris ses va-et-vient, de ses grandes mains puissantes, il écartait mes fesses et s’extasiait de regarder sa grosse et dure queue noire aller et venir dans mon vagin. Une de ses mains glissa sous mon ventre, rejoignit celle de Marcel sur ma poitrine.

En me cambrant, j’avais redressé la tête et la bouche libérée, j’enjoignis Jim.

– Fuck ! Fuck ! Fuck ! Fuck me ! Fuck me hard ! Fuck me strong ! Fuck me deep ! Fuck me… wild !

– On cause pas angliche chez moi, Blanche-Minette !

Et comme si je pouvais considérer son geste comme une punition, remit sa bite dans ma bouche.

– Qu’est-ce qu’elle t’a dit, coumpan ? Ça veut dire quoi exactement tout ce qu’elle t’a dit ?

Jim, ravi de lui rendre ce service, s’appliqua à montrer les différentes variations. J’étais au Paradis ! Marcel pouvait s’en rendre compte à l’ardeur avec laquelle je le suçais.

– Remontre-moi le phoque arde… aahh… oui… hmm… et le phoque dip… ooohh… Et le phoque strongue… Elle va me faire venir à force… Vas-y adagio, Blanche-Minette… Oui… Encore un coup de phoque arde… Ô putain, j’ai déjà oublié… c’est comment déjà le phoque oualde ? Ah…hmm… oui… reste sur le oualde… C’est bien comme… Adagio, j’avais dit ! Ô, pute borgne, elle m’a fait venir !

– Non ! Reste dans ma bouche, Marcel… même si tu débandes… c’est meilleur en…

– En brochette, capoune ?

– Yeah ! La brochette de Dédette !

– T’apprends vite, coumpan, c’est bien ! Vé comme vous êtes beaux ! Oui… comme nous sommes beaux, mais pour moi, c’est une évidence, Blanche-Minette la gourmande des brochettes ! Té… elle va venir ! Titille-lui son bouton, coumpan !

Je jouis si fort que je faillis tomber par terre. Je suppliai Jim. Encore ! Encore ! Marcel s’était retiré de ma bouche. Manquerait plus que tu me la coupes avec tes acrobaties ! Jim était déchaîné et par là même me déchaînait.

– Oui, c’est ça ! Phoque-la oualde ! C’est bon pour toi ?

Et comment que ça l’était ! Je me sentais couler de plaisir, mon dos était couvert de sueur et de salive. Jim criait son bonheur, sa surprise dans un mélange d’anglais et de franco-provençal. Il prenait son Dieu à témoin et lui demandait de regarder comment lui, Jim O’Malley, faisait jouir sa Princess. J’attrapai sa main crispée sur mon épaule, l’approchai de ma bouche et la mordis de toutes mes forces quand je le sentis sur le point de jouir.

Mon sexe dégoulinait de son sperme et de ma propre jouissance mêlés. Jim m’assit sur la table, le temps que je reprenne un peu de force et me téta le sein comme il sait si bien le faire. Comme s’il s’agissait d’un secret honteux, il attendit que Marcel soit parti récupérer mes vêtements secs pour me murmurer à l’oreille I love you, Princess. I’m really in love with you. Je l’embrassai pour que ma langue dansant avec la sienne lui fasse comprendre à quel point je l’aime aussi.

La nuit était sur le point de tomber, la pluie avait cessé quand nous nous remîmes en chemin.

Nous n’avions pas fait cent mètres qu’une voiture nous klaxonna. C’était la familiale de Daniel dans laquelle nous prîmes place à l’arrière, aux côtés de Jimmy. Mireille nous demanda si nous nous étions abrités de la pluie chez Marcel.

– On n’a pas fait que s’abriter, on en a profité pour améliorer mon angliche !

– Et pour te donner une leçon de solfège…

– Et pour me donner une leçon de solfège.

Mireille, incrédule, se retourna pour s’assurer que nous ne nous moquions pas d’elle.

– Une leçon d’anglais et une de solfège ? Vraiment ?

Jimmy traduisit la réponse de Jim. C’est l’exacte vérité ! Et nous nous abstînmes de rire.

Comme l’affirme le dicton « À la Sainte-Catherine »…

*Bon, il semblerait que ce soit arrivé plus d’une fois…

À la Sainte-Catherine

Nous étions tous réunis dans la maison de la rue basse, chacun avait apporté un petit présent pour Cathy qui faisait semblant de s’en plaindre. Le petit rituel de la Confrérie du Bouton d’Or veut que ces fêtes se déroulent suivant un protocole immuable, établi dans les années 1940, mais comme nos mémoires sont vacillantes, nous en avons oublié la moitié. C’est ainsi que Jim, bien que n’en faisant pas partie, assista à l’une de nos séances.

Il nous regardait, interloqué, trinquer joyeusement, nous parer de nos attributs respectifs, regretter l’absence de Joseph le Sage toujours en terre d’Irlande, trinquer à nouveau à sa santé et à son retour prochain parmi nous. Profitant de la remise des petits cadeaux à Cathy, il demanda à Jimmy la raison de tout ce cérémonial. C’est à ce moment précis que nous avons réalisé qu’il n’était pas membre de notre Confrérie. Nous sautâmes sur l’occasion d’en rire à gorges déployées.

Jim était désolé de ne pas avoir de présent pour Cathy. Marcel lui fit un clin d’œil complice.

– Je t’ai pas appris le dicton de la Sainte-Catherine, peut-être ? Peuchère, ils vont me traiter de moins que rien !

– Le dicton ?

– Et vouai, le dicton ! Té, môssieur le professeur des universités, tu devrais savoir que ça fait partie de nos us et coutumes ! À la Sainte-Catherine…

– … tout bois prend racine ?

– Qué « tout bois prend racine ? » Qu’est-ce t’as à m’escagasser avé ton bois et tes racines ?! Vaï, l’écoute pas à lui… il complique tout ! Alors qu’est-ce qu’on dit ? À la Sainte-Catherine…

– À la Sainte-Catherine, on lui offre un coup de pine !

Cathy affirma qu’elle préférait la version de Marcel à celle plus académique de Jimmy et en profita pour se plaindre que ce ne soient que de douces paroles.

– C’est quand même un comble, je suis la seule à ne pas y avoir eu droit !

Sylvie leva un index timide et d’une petite voix précisa « Moi non plus ! »

– Toi, ce sera pour la Sainte Sylvie !

– Mais… c’était le 5 !

– Ben, fallait y penser avant !

J’étais la spectatrice de notre complicité absolue, nous riions, la taquinions parce qu’elle se plaignait du fait que Jim serait reparti depuis longtemps et qu’elle cherchait à négocier un cadeau anticipé. Daniel, soudain très sérieux, se racla la gorge.

– Jim, ton séjour parmi nous prendra fin dans deux mois. Comme tu as pu le constater, tu es tellement des nôtres qu’on avait oublié que tu es australien et que tu n’es même pas membre de notre Confrérie. Si j’en crois Marcel, et je n’ai aucune raison de douter de sa parole, tu te sens plus chez toi ici que tu ne te l’es jamais senti en Australie. Je sais aussi que tu comptes les jours qu’il te reste à passer en notre compagnie et que tu regrettes qu’ils soient si peu nombreux. Est-ce exact ?

L’ambiance était devenue très lourde, pourtant un éclat particulier illuminait le regard de Daniel, celui de Jimmy et celui de Marcel. Il me semble que le silence a duré de longues minutes. Nous nous interrogions tous du regard. Pourquoi Daniel plombait-il l’ambiance en titillant cette plaie qui ne demandait qu’à s’ouvrir ? Et pourquoi Jimmy traduisait-il ses propos avec cette précision toute chirurgicale sans l’émailler de formules plus légères ? Jim confirma les dires de son ami Marcel.

Posant ses mains bien à plat sur la table, Daniel nous regarda un à un et demanda à Jimmy de poursuivre la traduction.

– Y aurait-il une personne de cette assemblée pour s’opposer à ce que nous fassions jouer nos relations diverses et variées pour tenter de lui obtenir un visa de longue durée ? Y aurait-il une quelconque objection à l’accueillir au sein de notre Confrérie ? Et toi, Jim que penses-tu de ces propositions ?

Jim porta la main à son cœur comme s’il allait être victime d’un malaise. Il fixa Daniel, tourna la tête vers Jimmy, chercha ses mots et, comme il le fait toujours sous le coup d’une vive émotion, pria son Dieu de ne pas le réveiller si tout ceci n’était qu’un rêve.

– Notre proposition te convient-elle ?

Jim, muet de surprise, approuva en hochant vigoureusement la tête.

– Tu ne nous avais pas prévenus, le Notaire, alors avant de donner mon accord, je trouve que la moindre des choses serait de vérifier que Jim est un homme de parole et qu’il est capable de l’honorer. Vous êtes d’accord avec moi, mesdames ?

Jim sursauta en nous entendant pousser notre cri de guerre POMPONNETTES POWER ! Mais il comprit bien vite ce qu’il signifiait.

Bien que spectateur assidu et avide, il préféra s’isoler avec Cathy, comme il le fait en règle générale. Quand une orgie se déroule dans la vaste salle des spectacles ou dans le salon de réception de la maison du Toine, il s’arrange toujours pour rester dans la partie la plus sombre, la moins exposée aux regards. Il n’avait pas pris au sérieux les propos de Catherine et savait bien que nous mettrions de toute façon tout en œuvre pour qu’il puisse rester avec nous, néanmoins, la réputation de Turan, déesse étrusque de l’amour, le tétanisait un peu. Cathy nous le reproche encore. Quand elle le fait, il y a toujours quelqu’un pour lui rappeler avec quel talent elle a su déjouer cet écueil.

Christian m’avait invitée à le suivre dans le cabinet de la curiosité d’où nous observions Daniel, Marcel et Mireille.

– Tiens, ça lui reprend… Ça faisait longtemps…

– Qu’est-ce qui lui reprend ?

– Écoute !

J’avais beau tendre l’oreille, je n’entendais rien de particulier si ce n’étaient les respirations haletantes, tantôt légères, tantôt profondes, les baisers sonores. Ce n’est que lorsque Mireille se mit à supplier « S’il te plaîts’il te plaît » et que je vis les sourires complices entre Daniel et Marcel que je compris.

– Le Bavard ne dit pas un mot !

– C’est ça ! C’est pour la faire enrager… et… ça marche à tous les coups !

Mireille suppliait, minaudait cherchant le soutien auprès de son mari, qui se montrait aussi inflexible que son comparse.

– Que désirez-vous entendre, Madame Fabre, quels mots précis souhaitez-vous qu’il prononce ?

Mes tripes vibrèrent en entendant la question de Daniel et je fus projetée quelques semaines plus tôt.

J’avais eu envie de répondre à l’invitation de Mireille de découvrir sa belle maison. La veille, Jimmy et moi étions allés chez son frère et sa sœur, il avait autant le trac que moi à cette idée, mais la journée et la soirée passées ensemble avaient été des plus agréables. Tout comme lui, Jacques et Jacqueline sont restés célibataires, sans doute pour les mêmes raisons. Ils vivent ensemble dans leur petit appartement d’Arles comme frère et sœur a cru bon de me préciser Jimmy, très surpris de ma remarque sur le chemin du retour « quelque peu incestueux tout de même ce frère et cette sœur ».

Mais comme le dit le politicien avisé la veille d’une élection, revenons à nos moutons.

J’étais donc allée chez Mireille et Daniel, mais à cause de notre journée à Arles, j’ignorais que Madame avait organisé une journée confiture et coulis de tomates chez Marcel avec Cathy, Monique, Sylvie et Martial. Daniel m’accueillit chaleureusement et me proposa une visite guidée. Je le taquinai « Sauras-tu trouver les mots pour vanter les attraits de ta demeure ? » Il me donna une petite tape sur les fesses pour me punir de mon insolence et la visite débuta.

J’aurais pu décrire la décoration de chacune des pièces sans même les avoir vues tant elle leur correspond. Je souriais en regardant ce petit triptyque un peu désuet sur le buffet, leur photo de mariage entourée de deux cadres plus petits, dans celui de droite une photo de Daniel, sourire crispé, droit comme la justice dans son beau costume de marié, dans celui de gauche, Mireille resplendissante dans sa belle robe blanche, le voile relevé sur son visage et son sourire radieux qu’elle ne voulait surtout pas cacher. Madame Fabre.

La voix de Daniel était troublante et troublée. Il lut mon questionnement dans mon regard.

– Après cinquante-sept ans de mariage, je suis encore ému en prononçant ces mots. Madame Fabre. Mon cœur bat la chamade et mon membre se dresse telle la baguette du chef d’orchestre pour battre la mesure… Madame Fabre. Tu te rends compte ?! C’est comme si dès le premier regard, dès le premier rendez-vous de présentation chez ses parents, nous avions deviné que le feu qui nous consumait était fait du même bois. Madame Fabre. Regarde ! Je peux, sans me vanter, affirmer que j’ai connu bien des femmes, mais une seule est capable de me faire bander aussi fort rien qu’à l’évocation de son nom et c’est la douce et roucoulante Mireille. Madame Fabre.

Je ne pus m’empêcher de lorgner en direction de la braguette de Daniel quand il posa sa question à son épouse qui avait déjà les seins à l’air tandis que lui et Marcel étaient encore habillés.

– Marcel, je t’en supplie, dis-moi les mots… que tu veux me fourrer de partout… que tu veux me limer mon joli con… que tu veux voir mes mamelles bringuebaler dans tous les sens comme les ballons à la fête foraine… que tu veux te vider les couilles et m’inonder de ton foutre…

– Votre épouse, mon cher ami, est certes des plus charmantes, mais quel dommage qu’elle soit aussi grossière…

Tout en disant ces mots et comme à regret, Marcel rabattit ses bretelles, ouvrit son pantalon en sortit son sexe sans toutefois se dévêtir davantage. Je pouffai quand Christian m’expliqua que si Madame se taisait, le Bavard se rhabillerait. Mireille devait donc se montrer précise. Je voyais bien à quel point cette situation l’excitait, elle était rouge du nombril jusqu’aux cheveux. Daniel se tenait aux côtés de Marcel.

– Mon cher ami, qu’entend votre épouse quand elle emploie cette expression… laquelle avez-vous employée, Madame ?

– Fourrer mon petit con…

Daniel avait retiré son pantalon que d’instinct il avait soigneusement plié, posé sur le dessus d’une chaise avant d’y ajouter son slip.

– Je crois qu’elle souhaite que vous lui fassiez…

Bon sang, Daniel s’en donnait à cœur joie et je regrettai un instant de ne pas être à la place de Mireille ! Elle gémissait sous les coups de boutoirs de son mari, était au bord de l’extase quand il céda sa place à Marcel.

– Oh oui ! Comme ça ! Fourre-moi mon petit con… oui… comme ça ! Mais fous-toi à poil, que je sente tes grosses couilles battre sur ma chatte !

Je devinai la douce torture à laquelle Mireille était soumise, il était pourtant indéniable qu’elle y prenait un plaisir sans nom. Je sentais l’excitation de Christian à sa respiration sifflante. J’entendis à peine la porte s’ouvrir sur notre gauche.

– Qu’est-ce que je t’avais dit ? J’en étais sûre ! Ah, ils se sont bien trouvés, mon Christian et ta Princesse ! On pourrait baiser à côté d’eux qu’ils ne le remarqueraient pas, les yeux rivés aux œilletons !

– C’est une espérience à tenter, tu crois pas ?

Un frisson d’excitation remonta le long de ma colonne vertébrale, je pris la main de Christian que je serrai très fort. Je ne voulais pas me retourner trop vite et surtout, je tenais à le faire en même temps que lui. Il a été, en quelque sorte, mon guide dans l’acceptation de ce plaisir que je me refusais à reconnaître. Il me semblait plus acceptable d’aimer regarder des hommes en érection, des couples en pleine action qu’admettre le plaisir plus puissant que je prenais à regarder Jimmy faire jouir et jouir d’autres femmes.

Je ne sais pas d’où me venait cette honte qui m’interdisait de regarder la réalité en face. Pouvoir en parler avec Christian, écouter ses confidences, sursauter à chaque fois qu’une lumière s’allumait dans mon cerveau « Moi aussi ! » m’a permis de me libérer de ce carcan dont je n’avais pas conscience. Je suis comme ce papillon qui volette au-dessus de son cocon déchiré et qui se demande comment il a pu se croire en vie quand il n’était que chrysalide.

C’est à Christian que j’ai demandé de m’accompagner la première fois auprès de Jimmy qui s’était isolé avec Cathy, de m’aider à ne plus être qu’une spectatrice silencieuse, mais de commenter ce qu’ils faisaient, d’expliquer ce que je ressentais. C’est lui qui m’a offert les mots pour décrire ce plaisir et je pense qu’il est le seul de la Confrérie à ressentir viscéralement chacune de mes sensations.

À l’instar de Monique et Martial, nous avons aussi nommé notre petite perversion ce bonheur presque enfantin à converser ensemble de sujets anodins, comme le temps qu’il fait et de nous imaginer comment Jimmy et Monique pourraient en profiter, comment ils feraient l’amour, les images que leurs corps nous renverraient, leurs souffles, les vibrations, les ondulations de leur corps, les petits cris si charmants de Monique, la salive de Jimmy déglutie bruyamment, leurs mains sur leur corps, leur sexe luisant, étincelant de leur plaisir et cette évocation nous excite à un tel point que nous faisons l’amour en devenant quatre.

Christian se pencha vers moi, comme s’il me disait un secret. Ils ne méritent pas qu’on leur prête la moindre attention, attendons de les savoir en pleine action. Je ne sais pas comment il se débrouille pour donner l’impression de chuchoter tout en étant parfaitement audible. Jimmy et Monique, aiguillonnés par la raison de notre indifférence, s’en donnèrent à cœur joie. Ce jeu grisant me faisait bouillir le sang.

D’une pression de la main, Christian me fit comprendre qu’il était temps de les honorer de notre regard.

– Tu la trouves si nervurée que ça, la queue de ton Jimmy ? Elle l’est plus que la mienne ?

Le fourbe ! Il me mettait dans une position intenable avec cette question, qui me donnait envie d’arracher Jimmy au corps de Monique, de lui ordonner de me prendre là, tout de suite, maintenant et ainsi de casser le jeu avant même d’avoir débuté la partie. On aurait pu entendre le cliquetis de mes pensées s’ordonnant à toute vitesse dans mon cerveau.

– Je ne sais pas… est-ce que ma chatte est aussi serrée, te gaine-t-elle ta grosse verge autant que celle de ta Monique ?

J’aimais nos sourires et nos clins d’yeux complices, le pouce que Monique leva pour me dire « Bien joué ! » Christian me proposa de m’allonger sur le bureau aux côtés de Monique et de me prendre ainsi, pour comparer.

– Merci bien, Christian ! Du coup, je ne verrai plus rien !

– Tête-bêche alors…

Monique fronça les sourcils. Christian ! Et comme il semblait ne pas comprendre, elle les fronça davantage, leva la main qu’elle ouvrit comme agacée qu’il ait oublié cette évidence. Christian… ! Son éclat de rire m’électrisa. Où avais-je la tête ? La levrette à Dédette, bien sûr ! Il souleva ma jupe, glissa ses doigts sous ma culotte, grogna de désir en la sentant si humide. Penchée en avant, le visage au niveau du ventre de Monique, je tournai un peu la tête et il comprit que je lui accorderai ce présent.

– As-tu remarqué comme ma tendre Monique a su me remettre sur le droit chemin grâce à son expérience professionnelle ? Alors, sers-toi de la tienne pour me décrire le sexe de ton homme.

Sa requête était entrecoupée de silences, ponctuée de han-han involontaires. Sa respiration se faisait de plus en plus sifflante, je pouvais deviner la salive affluer dans sa bouche, ses pupilles se dilater et se rétracter.

– Les reliefs de sa bite me font ressentir ceux de ta verge

Jimmy feignant d’ignorer ma provocation ne put s’empêcher de sourire et de murmurer Capoune ! ce qui était le but recherché.

–  mais pour les décrire plus précis…ooh… précisément… ooh… je dois y regarder… ooh… de plus… près…

Je me penchai vers le pubis de Monique quand un va-et-vient plus vigoureux de Christian me projeta en avant. Le bassin de Monique se souleva. J’entendis le crissement des dents de Jimmy. Je le regardai. Il resplendissait. Son regard, son sourire, les frémissements des ailes de son nez lui donnaient un air un peu fou, mais terriblement sensuel.

J’écartai les lèvres de Monique pour regarder plus attentivement le sexe de Jimmy.

– Tu vois comme il la fait reluire, ta Monique ? Est-ce que ta queue brille autant, Christian ?

J’étais ivre de cette sensation particulière, sentir le sexe de Jimmy frotter entre mon index et mon majeur tandis qu’il allait et venait dans celui de Monique. En écartant davantage ses lèvres, je vis poindre son clitoris, comme une fleur sur le point d’éclore. Je ne pus résister à l’envie de le goûter, de le lécher, de m’en régaler.

Réalisant qu’ainsi j’interdisais à Christian de profiter du spectacle, je relevai la tête et m’en excusai. La main ferme de Monique la plaqua aussitôt. Y a pas d’mal !

Son éclat de rire déclencha le bruissement d’ailes dont j’avais appris à connaître la signification. Je négligeai donc la vue pour me focaliser sur l’audition et faire confiance à l’ectoplasme de Monique qui me soufflait ses conseils. Écoute, écoute les vibrations de mon corps quand ta langue le lèche comme ça, quand tes lèvres du haut jouent avec les miennes du bas. Tu entends la chair de poule qui se répand un peu partout sur ton corps, un collier de perles qui fait le tour de tes chevilles puis s’enroule comme un boa sensuel jusqu’à tes cheveux ? Écoute, écoute Christian ! Tu entends* comme les va-et-vient de sa queue aux reliefs profonds sont chantants ?

J’écoutais les vibrations de Jimmy, bon sang, sa langue affûtant ses dents m’excitait au-delà de l’entendement ! Et ses doigts crispés sur les hanches de Monique, ses doigts qui glissaient, dérapaient pour se crisper davantage, comme c’était jouissif à écouter !

En toute impudeur, je m’étourdissais surtout des vibrations de mon propre plaisir. Je suis certaine de leur mélodie que je suis incapable de reproduire hors-contexte. Je m’amusais à différencier les zwuuiit zouït des va-et-vient de Christian des zouït zwuuiit de ceux de Jimmy.

Je jouis violemment en frissonnant. J’entendis autant que je sentis la main de Christian glisser de mes fesses à l’intérieur de ma cuisse, caresser mon clitoris, l’autre main soulever mon sein, courir autour du mamelon, s’assurer de la chair de poule, avant de le pincer idéalement. J’entendis sa respiration sifflante, d’un sifflement presque acide, son cœur battre plus vite, plus fort, le sperme affluer comme les chevaux sauvages d’un Far-West fantasmé. J’entendis ses poumons s’emplir d’air puis se vider d’un coup et le sperme refluer. J’entendis son sourire satisfait.

J’entendis Monique au bord de l’extase, y succomber sereinement. J’entendis Jimmy se pencher vers mon épaule et ses dents déchirer ma peau tandis que son sperme se déversait, je pourrais dire « en chantant » dans le vagin de Monique, dont l’ectoplasme m’attirait je ne sais où. Je jouis à nouveau.

Enfin, j’entendis la voix tonitruante de Marcel. Té, v’là les deux capounes ! Mon ectoplasme dans un dernier bruissement d’ailes réintégra mon corps.

Je relevai la tête. Regardai Monique dans les yeux. Dégagée de l’étreinte de Jimmy, elle se pencha vers moi. M’embrassa. Je ne pus m’empêcher de penser aux baisers voyous et savants de Jean-Luc. Christian s’excusa. Je ne peux pas me retenir davantage. Son excuse était feinte, c’est pourquoi je lui répondis « C’est pas grave, ça arrive… »

Déconner, c’est… (à votre avis ?)

* Ce qui prouve que l’ectoplasme de Monique ne suit pas les règles grammaticales qu’elle a pourtant enseignées pendant des années !

Une expérience scientifique est alors une expérience qui contredit l’expérience commune *

Nos amis irlandais étaient partis depuis quelques jours. Joseph les avait rejoints la veille. Je déjeunais avec Monique, Jimmy, Jim, Jean-Luc et Alain quand Marcel vint nous passer le bonjour. Il déclina notre offre de partager le repas, mais ne se dit pas opposé à l’idée d’un petit digestif. Je le taquinai en lui faisant remarquer que l’absence de Mireille, toujours attentive à son hygiène de vie, l’arrangeait bien. La main sur le cœur, il jura que ça ne lui avait même pas traversé l’esprit.

Semblant soudain se souvenir d’un détail, il me demanda pourquoi j’avais choisi d’être infirmière. Je répondis à chacune de ses questions, de plus en plus précises.

– Si j’ai bien compris, la science te passionnait. Te passionne-t-elle toujours, ou… ?

Marcel, ce satané Marcel, avec son air con et sa vue basse m’avait tendu un piège dans lequel je m’étais précipitée ! Un filet dont il avait resserré les mailles sans que je m’en aperçoive.

– Donc, je ne suis pas dans l’erreur si j’affirme que tu ne refuseras une proposition d’espérience ès scientifique ?

Comment aurais-je pu le contredire ? Jimmy avait traduit notre échange à Jim qui éclata de rire et fit claquer la paume de sa main dans celle de Marcel.

– T’as noté la techenique, gari ? Des années d’espérience… !

De toute la tablée, j’étais la seule à ne pas avoir saisi le sous-entendu. Néanmoins, j’acceptai de bonne grâce de me prêter à cette espérience ès scientifique. En ce début novembre, la météo était trop capricieuse pour nous permettre de la tenter en extérieur, c’est pourquoi nous nous rendîmes chez Jean-Luc où nous ne risquerions pas d’être interrompus par l’arrivée d’autres confrères et consœurs. C’était le prétexte officiel. En réalité, Marcel voulait inspecter le verger de Valentino qu’il entretient avec un soin presque religieux. Il invita Jim à l’admirer et condescendit à ce que Jean-Luc les accompagne.

J’usais de tous mes charmes pour tenter d’en savoir un peu plus sur cette espérience, mais ni Monique, ni Alain, ni même Jimmy n’y succombèrent. Je crus même, l’espace d’un instant, que Marcel et ses acolytes avaient été témoins de ma pitoyable tentative quand j’entendis retentir le formidable éclat de rire de Jim. Mais ils étaient trop loin pour que cela fût possible.

Quand ils nous rejoignirent, Jean-Luc se montra très empressé auprès de Monique, lui chuchotant des mots d’amour dans le creux de l’oreille, la serrant de toute sa tendresse dans ses bras. Trop poli pour être honnête, pensai-je. L’éclat de rire de Jim redoubla quand il entra dans la véranda où nous les avions attendus, Marcel, hilare, semblait ravi.

– J’y ai montré un arbre inconnu dans son pays, un arbre qui ne se trouve qu’ici, dans ce verger. Comment je t’ai dit qu’on l’appelait, coumpan ?

– Lo poumié à Mounico !

Monique se dégagea vivement de l’étreinte de Jean-Luc.

– Ça, tu vas me le payer, Jean-Cule ! Tu vas me le payer !

– Bé, fallait bien qu’on lui esplique pourquoi qu’on t’appelle Fille de Mère-Nature, Mounico ! Et pis, le Balafré lui a raconté que depuis, t’es incollable sur le sujet. Il a même dit que tu n’avais pas ton pareil pour les leçons de botanique quand t’étais maîtresse d’école… Il lui a même dit pour tes beaux herbiers… alors…

Le visage de Monique se radoucit immédiatement. Jean-Luc se leva et revint vers nous avec un de ces fameux herbiers et je dois reconnaître que j’en ai rarement vus d’aussi beaux.

– Bon. Causons peu, mais causons bien. On est bien tous d’accord sur le… Comment qu’on dit déjà ? Le truc qu’on a causé…

– Le protocole, Marcel, le protocole.

– Tu m’ôtes les mots de la bouche, Jimmy ! Donc, on est bien tous d’accord sur le protocole de cette espérience ès scientifique, hein ?

Ils l’étaient tous. Même Jim qui semblait avoir compris la question. Je ne leur fis pas la joie de les interroger à propos de ce fameux protocole, mais avant tout parce que je frissonnais d’excitation à l’idée d’être le cobaye d’une expérience dont j’ignorais tout. Marcel glissa quelques mots à l’oreille de Monique qui lui répondit à mi-voix. Oui, c’est ça « en double-aveugle », ce qui l’amusa beaucoup.

– Alors, on va faire l’espérience en double-aveugle. On va faire deux groupes. Mounico, Alain, Jean-Luc et moi dans la chambre. Vous autres dans la véranda. Maintenant, laisse-moi t’espliquer le but de cette espérience. On va tenter de vérifier si un phénomène se produit.

– Un… phénomène ? Quel genre de phénomène ?

– Bé… un phénomène du genre… phénoménal. Escuse-moi, mais j’ai peur que si je t’en dis plus ça fausse le résultat. Tu comprends ? C’est scientifique. Mais bon, grosso modo chacun de notre côté, on fera la même figure et Jean-Luc vérifiera qu’on fait pareil en allant d’une pièce à l’autre.

– Pour valider le protocole, en quelque sorte…

– Té, ça se voit bien que t’es une scientifique dans l’âme, Blanche-Minette, t’as tout de suite compris ! À toi l’honneur coumpan, qu’est-ce tu choisis comme figure ?

Je ne sais pas quand ils avaient mis leur numéro au point, ni même s’ils en avaient seulement parlé avant, mais un large sourire illumina le visage de Jim qui se frotta les mains en annonçant Sodomie polie ! Déjà émoustillée par l’ambiance, ces deux mots firent naître en moi une bouffée d’excitation qui m’envahit du bout des orteils à la pointe des cheveux.

– Si c’est ça qui te tente, va pour une sodomie polie !

Monique, Marcel, Alain et Jean-Luc rejoignirent la chambre. Tandis que nous nous déshabillions dans la véranda, le Bavard m’informa que pour cette espérience, bien que ce ne soit pas dans ses habitudes, il devrait le faire à la parlante.

– Té, Mounico, t’es toujours aussi bandante ! Vé comme tu me fais de l’effet ! Hou, boudiou, mais t’es déjà trempée, capoune ! Vé… sentez, vous autres, comme son joli minou…

Haussant le ton, il demanda à Jimmy de traduire un petit préambule au protocole.

– Je vais d’abord lui fourrer un peu son joli petit con… Fatché, comme ma bite se sent bien dans son petit con… !

Les mots de Marcel produisaient leur effet jusque dans la véranda. Jimmy les traduisait, mais il me semble, aujourd’hui encore, que Jim les comprenait viscéralement. Je passais des bras de l’un à ceux de l’autre et nos caresses, nos baisers nous excitaient bien plus qu’ils ne le faisaient habituellement.

– Fatché ! C’est toujours pareil avec Mounico, où que j’y mette ma bite, je suis au Paradis ! Mais tu vas te taire, capoune ?! Ho, le Balafré, occupe-lui la bouche ! Et en anglais, en plus ! Qu’elle va nous faire rater l’espérience avé ses bavardages !

J’arrachai ma bouche de celle de Jimmy pour prendre la défense de ma consœur.

– T’énerve pas, Marcel, elle lui expliquait que c’était toi, le magicien, quoi que tu fasses aux femmes, avec ta bite, avec tes doigts, avec ta bouche, c’est toi qui nous envoies au Paradis !

– Té, Blanche-Minette, tu pouvais pas me le dire avant ?! Va faire sortir le Balafré de sa bouche, maintenant ! Ho, coumpan, t’es prêt pour l’espérience ? Rédi ?

– Oh, my God ! Sure, I am !

– Bon, je me retire de son minou pour laisser la place à… Vé comme elle fait reluire mon membre tant elle mouille ! Vé, il brille comme un sou neuf ! Va pas nous l’abîmer avé ta bite de taureau ! Qué c’est pas comme si ça faisait pas quarante-cinq ans que tu te la fourrais, la Monique ?! Si on peut plus causer… Alors, dis-leur… comment tu te sens dans son petit con ?

– Je suis au Paradis ! Ô pute vierge, vé comme elle se cambre !

– Té, c’est qu’elle veut la politesse… Qu’est-ce vous avez tous, vous autres, à vous marrer ?

– Ho, le Bavard, laisse-nous deux minutes de répit ! J’arrive pas à rester concentré avec tes conneries !

– Parce que vous en êtes où de votre côté ?

– Odette est couchée sur le côté, je suis bien au chaud dans sa minette et Jim…

– Oh my God ! Oh my fucking God ! Ça rentre comme dans du beurre !

– T’as pas perdu le vocabulaire, c’est bien mon gars ! De mon côté, je me prépare… Oh, fatché ! Comme dans du beurre aussi !

– Ça doit tenir à leurs origines normandes…

– Très fine analyse, Jean-Luc, très bonne déduc… ô pute vierge, Monique c’est encore meilleur quand le Bavard est dans ton cul !

– Té, pour sûr que c’est meilleur ! Elle l’a dit tout à l’heure ! Et… vé quand je lui titille ses petits œufs sur le plat…

Soudain, au milieu de nos éclats de rire, des mots que nous échangions tous, je perçus cet étrange bruissement d’ailes et, plus forts que nos voix, j’entendis mes râles de plaisir, mais de l’extérieur. J’entendis le son des doigts de Jim caressant mes seins, le frémissement des ailes du nez de Jimmy, les tressautements de sa lèvre. J’entendis le sang qui coulait dans ses veines. J’entendis la surprise de Jim avant qu’il ne s’exclame  ! J’entendis ses cuisses se crisper puis se détendre.

Je croyais être victime d’une hallucination quand je me rendis compte que j’entendais aussi ce qu’il se passait dans la chambre, mais la voix du Bavard me rassura. Qu’est-ce que je vous avais dit ?! Te voilà enfin ! J’entendais le cœur de Monique battre à tout rompre. J’entendais le crissement de ses poils frottant contre ceux d’Alain. Dis donc, t’es bien curieuse ! Vas-y, te gêne pas ! J’entendais la langue de Monique sur la verge de Jean-Luc, j’entendais même le flux de son sang irriguer sa hampe. et de moi, tu t’en fous ?! J’entendis enfin les va-et-vient de Marcel dans le cul de Monique qui se faisaient plus amples, plus démonstratifs. Ah quand même ! Ho, le Balafré, va donc vérifier le protocole ! J’entendis un autre bruissement d’ailes, très bref. Regarde-la, l’autre capoune, feignasse comme pas deux !

Quand Jean-Luc nous rejoignit, Jim s’écria de nouveau  ! J’avais l’impression qu’une partie de moi était dans la chambre et qu’une partie de Monique était entrée dans la véranda en même temps que Jean-Luc.

– Qu’est-ce qu’ils font ? Mounico, raconte-nous ce qu’ils font !

J’entendais cette conversation chuchotée comme si j’étais à leurs côtés.

– Jimmy est aux anges, Jim sourit en regardant l’épaule de Jean-Cule. Qu’y a-t-il de si drôle ?

– C’est pas son épaule qu’il regarde, c’est ta petite fée qui s’est installée dessus pour pas se fatiguer en chemin ! Et il fait quoi, ton homme ?

– À ton avis ? Odette ouvrait la bouche comme une carpe sortie de son bassin, Jean-Cule en a profité pour y mettre sa queue, pardi !

Évidemment que j’étais bouche bée ! Je venais enfin de réaliser le but de cette espérience ès scientifique ! J’ai aussi un ectoplasme et Marcel, Monique… même Jim étaient capables de le voir alors que moi, non. Une caresse de Jean-Luc sur ma nuque me ramena à la réalité tangible. Je levai les yeux vers lui. Son sourire ravageur me troubla, mais moins que sa voix quand, imitant Jimmy à la perfection, il énonça Odette est viscéralement monogame. Son ventre était secoué par un éclat de rire.

– Il n’y a pas que l’amour qui nous unit. Ce qui nous unit avant tout, c’est notre perspicacité, mais bon, tu ne peux pas le comprendre puisque tu es encore puceau ! Hein, mon amour que c’est ça qui nous unit ? Comme tu es belle, ma Princesse ! Comme tu es belle !

Je dégageai ma tête de l’étreinte de Jean-Luc pour embrasser Jimmy. Aucun des membres de la Confrérie ne s’est moqué de moi quand je leur expliquai que notre véritable mariage eut lieu à ce moment précis, que dans ce baiser-là, il y avait les plus belles alliances dont un couple puisse rêver. J’entendis Monique expliquer à Marcel et à Alain que quelque chose de magique venait de se produire, mais qu’elle ne savait pas quoi exactement, son ectoplasme étant fasciné par la vue de la queue de Jim allant et venant entre mes fesses.

Une folle envie de sucer Jean-Luc m’envahit. Il me complimentait, m’encourageait à me laisser complètement aller. Je voulais bien le croire quand il me disait comme c’était bon pour lui, mais j’aurais tellement voulu atteindre la perfection… La perfection que j’avais entendue dans la chambre… Un bruissement d’ailes, rapide comme une étincelle me fit lever les yeux.

– Té, mais qu’est-ce tu fous là ?! Boudiou ! Elle est pas partie chercher sa co…

Je n’entendis pas la fin de la remarque de Marcel, mais j’en compris bien vite la raison. L’ectoplasme de Monique était allé chercher le mien afin qu’il m’aide ! En entendant les bruits de ma langue, le sang dans la verge de Jean-Luc, en les entendant précisément, je serai capable de reproduire les bruits que mon ectoplasme avait entendus dans la chambre. Je ne me trompais pas.

– Oh oui, Odette ! Oh…tu me suces comme… oh oui… à la perfection… comme… oh… comme si ça faisait des… an… nées… ooh… oui… oh… comme ça !

Je me sentais devenir folle, en proie à un plaisir presque parfait, si ce n’était… Pourquoi Jimmy ne le comprenait pas ? La voix de Monique vint à ma rescousse.

– Putain, Jimmy, qu’est-ce que t’attends pour la mordre ? Tu ne vois pas qu’elle…

J’entendis mon cœur gonfler, enfler, se gorger de sang. J’entendis les dents de Jimmy traverser ma peau et mon sang couler dans sa bouche. J’entendis le sexe de Jim jouir dans mes  fesses. J’entendis, avant même de le sentir, le sperme de Jean-Luc emplir sa verge, affluer vers son gland et se déverser dans ma bouche. J’entendis les lèvres de Jimmy aspirer mon sang. J’entendis sa langue caresser mon épaule. Un dernier bruissement d’ailes, comme une caresse sonore sur mon ventre et tout redevint normal. Enfin, je veux dire, je n’entendais pas autre chose que ce que les autres entendaient.

Le soleil était déjà couché, mais pas encore endormi, quand nous fîmes le bilan de cette espérience ès scientifique en grignotant et surtout en trinquant. Le plus amusant c’est que je n’ai rien vu de ces ectoplasmes, mais que j’ai tout entendu, alors que Monique voyait tout, mais n’a jamais rien entendu. C’est ainsi qu’il s’est toujours comporté avec elle. Marcel a vu ma petite fée qui a ta belle figure. Quant à Jim, il nous a assuré avoir vu deux anges aussi différents l’un de l’autre que je peux l’être de Monique.

Jimmy, Alain et Jean-Luc voulaient toujours plus de détails, de précisions. Je demandai à Marcel pourquoi ça l’agaçait autant. Ne voulait-il pas partager tout ça avec ses confrères ?

– Mais c’est pas ça… Regarde-le ! Déjà qu’il a un membre à faire pâlir de jalousie l’autre… là… le Rocco de mes couilles… En plus, quand il ouvre le robinet, il t’en sort des litres… et non content de ça, voilà qu’à peine on est remis de nos émotions, il bande déjà comme un puceau à son premier rendez-vous ! Et je dis pas ça pour toi, le Balafré, c’est une image !

Si après la pluie vient le beau temps, que devons-nous faire pendant qu’elle tombe ?

*Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique (1938)