Alliance française

Comme dans n’importe quel pince-fesses, nous déambulions d’un buffet à l’autre, un verre, une cigarette à la main. À ceci près que les fesses y étaient plus caressées que pincées, tel un apéritif pré-orgiaque plein de promesses. Dès la fin de leur spectacle, les gamins nous avaient entourés, Émilie surtout voulait savoir si ça nous l’avait refait. Vincent souriait en coin, déjà certain de notre réponse. Une fois encore, quand, sur scène, Émilie avait caressé Vincent, j’avais senti la peau de Marcel sous mes doigts et il avait ressenti mes mains sur son corps et quand Vincent l’avait pénétrée, Christian avait pris la place de Marcel dans nos sensations. Marcel avait d’ailleurs demandé à son petit-fils si, une prochaine fois, il n’y aurait pas moyen de changer l’ordre des choses.

Je cherchai Betsy du regard avant de l’apercevoir en grande discussion avec Joseph, Alain servant d’interprète, je voulais justement les présenter l’une à l’autre. Un peu plus tard, Roweena me fit part de sa surprise en apprenant que Mireille ne parle pas ou si peu anglais. Vincent venait de lui expliquer C’est Émilie qui a traduit les dialogues. J’entendis l’éclat de rire d’Alain et de Jimmy, je les regardai. Monique riait également. Jim avait l’air innocent de l’agneau qui vient de naître. Il argumentait, prenant Jimmy à partie. Il me chercha du regard, je m’approchai escortée de Mireille et Roweena.

– Ils ne me croient pas quand… Jimmy me répète tout le temps que je dois apprendre le français, n’est-ce pas ? Et maintenant que je veux être sûr de comprendre les subtilités de votre langue, il se moque de moi !

– Comment ça ?

– Je voudrais être sûr d’avoir bien saisi la différence entre “fellation post-prandiale”, “turlutte matinale” et “gâterie dominicale”, j’ai demandé à Mounico parce que…

– Parce qu’elle était institutrice ?

– Ah bon ? Elle aussi ? Mais vous étiez tous enseignants ?!

Non, non ! Seulement Monique, Jimmy, Martial et Jean-Luc ! Mais pourquoi Monique alors ?

– Alan m’a appris que pour les pipes, Mounico…

– Aloune ! Si tu m’appelles Mounico, tu l’appelles Aloune, s’il te plaît !

– Aloune m’a dit que Mounico… c’était juste pour apprendre…

– Et comme professeur de mauvaise foi, t’as eu Odette ?

– Non ! Odette c’est la levrette à Dédette !

– Rigole pas en mangeant, je ne suis pas certaine de te ranimer, cette fois !

– De toute façon Christian est infirmier et pompier bénévole, tu ne risques rien parmi nous !

Jimmy traduisit les propos de Mireille. Jim s’exclama

– Vous avez aussi des incendies, ici ?

– Mais boudiou, t’as donc pas vu la végétation ?!

– Et quand je l’aurais vue ? Après l’aéroport, on est allés dans la belle maison et ensuite ici !

– Je te montrerai ça, mon gars, tu verras et tu comprendras.

En revanche, ce que nous ne comprenions pas, c’est que parlant chacun dans sa langue maternelle, ces deux-là se comprenaient parfaitement. Socrates et Linus invitèrent Jimmy, Marcel et Roweena à les rejoindre. Je vis Marcel tendre son traducteur à Linus qui le retourna dans tous les sens avant de le passer à Gideon. Les Irlandais, satisfaits, opinèrent en souriant.

– Hé, Blanche-Minette, quand tu auras fini de rêvasser, tu penseras à remplir tes obligations ! Ne me regarde pas avec tes yeux de merlan frit ! Tu sais bien pourquoi, on ne parle pas toutes le français avec le même accent ! Élève Jim, si vous voulez bien vous donner la peine…

Mireille nous fit signe de la suivre jusque dans le bureau de Jimmy. Alain se joignit à nous afin de superviser la leçon, qui débuta par ses mots.

– Bon, Princesse à Jimmy, montre à tes collègues ce que tu entends par “fellation post-prandiale”, que vous soyez bien d’accord sur les termes.

Je m’agenouillai devant Jim, assis sur le canapé, le débraguettai, constatai qu’il portait son jean à même la peau, ce qui, d’après Mireille “dénote une réelle envie de progresser dans l’apprentissage de la langue de Molière. Jim était aux anges et souriait béatement.

Je léchai son membre d’une langue gourmande, agaçai le bout de son gland avec mes lèvres. Quand il posa ses mains puissantes sur mon crâne, je l’avalai lentement. Quelques va-et-vient, d’autres coups de langue, d’autres agacements, je relevai la tête. “Fellation post-prandiale. Mireille sursauta.

– Ah bon ? Pour ma part, j’aurais ajouté… Oh, mais tu n’avais pas menti, Blanche-Minette ! Votre membre est une œuvre d’art, mon cher, une véritable œuvre d’art ! À une fellation post-prandiale, j’ajouterais… attends, je te montre…

Mireille demanda à Jim d’ôter son jean, ce qu’il fit volontiers, elle comprima alors ses seins pour en faire un petit nid au creux duquel elle blottit les deux œufs de Jim. Elle dégusta son membre d’une langue gourmande, embrassa son gland du bout des lèvres, avant d’avaler son sexe jusqu’à la moitié de la hampe. Quelques va-et-vient, d’autres agacements, ses mains comprimant toujours ses seins.

Jim marmonnait, entre gémissements et grognements. Le contraste entre le ton de sa voix et celle d’Alain, qui traduisait ses propos, était saisissant. “Oh, mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Quel bonheur ! Quel chanceux je suis oh mon Dieu ! Je me suis vu mourir seul dans oh mon Dieu ! Seul dans mon bateau… Princess m’a sauvé oh mon oh oui conte de fées par quel miracle ?” Mireille stoppa net, le regarda dans les yeux, fronça les sourcils.

– Tu as déjà oublié le philtre d’amour ? Tu as été bien attentif pendant la représentation, j’espère !

– Oh oui, Madame !

Elle reprit sa démonstration, offrant les mêmes caresses, les mêmes baisers, les mêmes agacements, les bourses et la base du membre de Jim nichées entre ses seins. Elle cessa dès qu’elle le sentit sur le point de jouir. “Fellation post-prandiale. Jim répéta “Fellation post-prandiale.

– Et pour toi, Monique, c’est comment une fellation post-prandiale ?

– On verra plus tard, montre-nous plutôt la différence entre turlutte matinale et gâterie dominicale !

Mireille se releva, défroissa sa jupe. Jim tendit les mains pour la dégrafer. “Tss, tss ce sera après la leçon. Le bon point récompensant l’élève attentif !” Elle s’assit à la droite de Jim. “Une turlutte matinale, c’est comme ça. Elle ouvrit sa bouche en cœur, fit d’amples va-et-vient, tout en tapotant du bout de ses doigts la hampe du membre de Jim quand sa bouche arrivait au niveau du gland.

– Turlutte matinale

Jim rouvrit les yeux et répéta. “Turlutte matinale”. Satisfaite, Mireille se redressa, sagement assise à la droite de Jim. “Et maintenant, la gâterie dominicale.” Elle se pencha à nouveau, d’une langue humide, lécha Jim des gonades jusqu’au gland, ses lèvres, désormais vierges de toute trace de maquillage, se posèrent dessus et s’ouvrirent pour avaler tout en douceur le membre de notre élève studieux. Avec la même douceur, elle fit marche arrière, asséna une délicate pichenette sur le scrotum.

– Oh, my God !

– Et oui, oh my God ! C’est pour cela qu’on parle de gâterie dominicale, à cause du jour du Seigneur ! À vous de jouer, mesdames !

Je donnai libre cours à mon imagination ou, pour reprendre l’analyse de Mireille “le turlutai à la parisienne et le gâtai comme une impie. Mes confrères et consœurs louent souvent ma mauvaise foi, il me faut admettre que je partage cette qualité avec Madame. Quand Monique s’agenouilla devant Jim, sans nous être concertées, Mireille et moi avons entonné l’air joyeux d’une fanfare de cirque annonçant le clou du spectacle.

– Vous me filez le trac avec vos conneries !

Les yeux et le visage de Jim, muet de surprise, confirmèrent la réputation de notre consœur. Après la leçon, il dut se soumettre à une interrogation orale, c’est le cas de le dire. Les yeux fermés, les mains dans le dos pour ne pas être tenté de les poser sur nos crânes, il lui fallut distinguer les fellations post-prandiales des turluttes matinales et des gâteries dominicales ainsi que l’enseignante qui les lui prodiguait. Une chose est acquise, Jim est un élève studieux, attentif et appliqué puisqu’il ne commit aucune erreur.

Après cette première leçon, Alain, Mireille et Monique se dirigèrent vers la porte du bureau, quand Jim, à l’érection impressionnante, se plaignit. “Vous ne pouvez pas me laisser dans cet état !” Mireille surjoua la surprise.

– Blanche-Minette ne t’a donc pas prévenu qu’elle a changé d’avis ?

Interloqué, il interrogeait Alain du regard quand ses yeux s’écarquillèrent et qu’un sourire incrédule s’épanouit sur son visage. “Oh, oh, oh my… oh my fucking God !”

Face à face

Jim arrive en Provence

Quand les premières informations concernant les incendies en Australie ont été diffusées en France et bien que Perth en soit très éloigné, nous avons proposé à Jim de nous rejoindre dès que cela lui serait possible. D’autant que le climat social en France ne s’apaisait pas, au contraire, la contestation prenait de l’ampleur. Je craignais qu’une grève n’interdise à l’avion de Jim d’atterrir.

– Tu comprends la supériorité de la Provence sur Paris, Blanche-Minette ?

– Bah non ! Marseille c’est la France, une grève nationale reste une grève nationale !

– Boudiou ! Mais qu’elle est bête ! On est à deux pas de l’Italie et à quatre de la Suisse, parisienne de malheur ! C’est pas comme Paris, cité morose au milieu de nulle part…

– Je te déteste quand…

Jimmy et Mireille venaient d’entrer dans la cuisine où je faisais part de mes craintes à Marcel.

– Qu’a donc fait le Bavard pour que tu le détestes, Princesse ?

– Il a raison, je dois reconnaître qu’il a raison et c’est pour ça que je le déteste ! Et regarde-le qui se marre comme un bossu !

– J’ai cloué le bec à Blanche-Minette en lui ouvrant les yeux ! Faudra noter ça dans les registres de la Confrérie du Bouton d’Or !

– J’y ajouterai même que tu l’as fait de fort belle manière !

Marcel me prit dans ses bras pour une accolade légèrement bourrue.

Marcel tint à nous accompagner jusqu’à l’aéroport quand Jimmy et moi y avons accueilli Jim. Et c’est là que les ennuis ont commencé… Jim me serrait contre lui en répétant Princess, oh my sweet Princess ! Excédé, Marcel lui empoigna le bras.

– Non ! Pas Princesse. Blanche-Minette !

– What ? Bl… ?

– Blanche-Minette. Ou ail te poussi !

Jim ébahi s’exclama que ce surnom sonnait agréablement à ses oreilles. White pussy… Il demanda à Marcel de lui répéter et s’entraîna pendant toute la durée du trajet de retour. Blann’cheu minette. C’est à ce moment que j’ai mesuré l’étendue des dégâts. Jim allait apprendre le français avec l’accent provençal. Je voulus en avertir Jimmy, qui me fit une réponse de jésuite. Mais il est où le problème bann’dann’te prinn’cesse ? À une contre trois, j’ai dû capituler.

Il faut dire qu’ils se sont trouvés ces deux-là ! Leur complicité fut immédiate, à tel point qu’en arrivant à la maison du Toine, Alain nous accueillit par un tonitruant Té, Marcel, tu nous as ramené ton pote de régiment ? Avant de lui traduire ce qu’il venait de dire. Le mas était occupé par la petite classe qui répétait une saynète pour fêter son arrivée.

Alain venait de lui faire découvrir un des nombreux secrets de sa maison quand Jim s’exclama (l’Australien s’exclame beaucoup, c’est dans sa nature) J’aurais pu passer mille fois devant, je n’aurais rien remarqué ! Je te le jure !

– Hé, je te crois. Tiens, puisque t’es là, dis-y, toi !

– Ce ne sont pas mille, mais des millions de fois ! C’était la maison de mes grands-parents, j’y ai grandi et je n’en ai appris les secrets qu’à trente ans ! Et encore, parce que ma mamé les transmettait à sa vraie petite-fille, celle du cœur, à la belle Cathy, la femme d’Alain !

– Comment on dit “et de quelques autres” en anglais ?

Il y a peu, c’était moi à la place de Jim, je ne connaissais que peu de secrets de la maison de la rue basse, parce que je n’avais pas eu souvent l’occasion de m’y rendre et qu’elle en recèle davantage bien qu’étant plus petite. Quand Pierrot et Rosalie l’avaient achetée, elle était presque en ruine. Puisqu’ils la rénovaient et savaient pouvoir compter sur le silence des camarades qui les y aidaient, ils avaient pu en installer jusque dans certaines structures. Valentino avait expliqué à Christian sa technique arithmétique pour disséminer des cachettes sous le plancher à intervalles irréguliers, mais dont la logique lui permettait de pouvoir les retrouver sans avoir besoin d’en dessiner les plans. Et c’est en appliquant cette règle que Christian retrouva une petite cache oubliée de tous. Quand Christian m’a raconté l’histoire de cette découverte, Rosalie, Nathalie, Valentino, Barjaco m’étaient déjà assez familiers, mais je ne les connaissais guère que par ce que j’avais lu d’eux ou sur eux. En écoutant Christian, ils s’animèrent. Ils auraient pu apparaître en chair et en os devant moi, ils n’en auraient pas été plus vivants.

Valentino venait d’expliquer son système et voulut savoir si Christian l’avait compris. Ils entrèrent dans une chambre, Valentino supervisant les recherches de Christian, qui trouva toutes les cachettes. Valentino s’apprêtait à le féliciter avant de rejoindre les autres dans la salle à manger, quand Christian annonça Et la dernière ! Valentino allait lui expliquer pourquoi ce n’était pas possible, quand Christian ouvrit une petite trappe tronquée.

– D’un seul coup, les souvenirs ont assailli Valentino. Mais oui ! Elle avait donné lieu à moult négociations. Il avait fallu l’intervention de Rosalie pour que Valentino acceptât de la réaliser. Et c’était justement cette trappe qu’il avait oubliée. Mais ce n’est pas tout ! En descellant la trappe, j’y ai trouvé une petite boite, je l’ai brandie tel un trophée. Valentino sourit et me dit “pas besoin de clé, c’est un coffret à secrets que j’avais offert à la Confrérie du Bouton d’Or”. Nous l’avons descendu. En bas, il y avait Rosalie, Nathalie, Barjaco et Neuneuille, Monique, Alain, Cathy et leur petit qu’elle allaitait encore. Dans ce petit coffret, quatre compartiments et dans chacun, un petit bout de papier soigneusement plié.

J’avais découvert ce coffret oublié, il me revenait donc l’honneur de découvrir et d’annoncer le message qu’il contenait. Tous de la même main. Celle du Toine. Mon papé. Ce message lui tenait à cœur puisqu’il l’avait recopié sur chaque morceau de papier. Il tenait en trois mots La figure Rosalie. Nous avons failli perdre Neuneuille et Barjaco ce jour-là. À quatre-vingts ans passés, quand t’as été gazé dans les tranchées, un fou-rire peut devenir fatal !

Jim ne lâchait pas Marcel d’une semelle. Celui d’entre nous qui parle le moins bien anglais. Quand il lui présenta Mireille, il glissa à l’oreille de celle-ci Il te tarde, madame la curieuse, il te tarde ! Ce qui eut pour effet de la faire glousser et rougir violemment. Jim sursauta et la désignant s’exclama (qu’est-ce que je vous disais des Australiens…!) Wow ! Just like Princess ! Marcel fronça les sourcils, se racla la gorge. Em… Blann’cheu Minette ! Un sourire vainqueur s’épanouit sur le visage du Bavard. Une voix de plus dans son escarcelle et, qui plus est, une voix à l’accent méridional !

Mireille venait d’arriver de la salle de réception-bibliothèque où elle avait dressé deux ou trois petites choses à grignoter. Ce qui peut se traduire par les nazis peuvent revenir, on a de quoi tenir le siège, environ deux Leningrad. Nous nous retrouvâmes tous là-haut. Jim était le pôle d’attraction ce qui le mettait un peu mal à l’aise. Une fois encore, Marcel décoinça la situation en proposant de lui faire découvrir une de nos saynètes.

– Mais elles sont en français, nos saynètes ! Tu vas…

– Eh bé quoi ? Y en a certaines que même sans comprendre les mots, tu comprends quand même ce qui s’y passe et tu devines ce qui va se passer ! Hein ? Qu’est-ce t’en dis, toi ? Hein ? Mouvie ? Hein ? Yes ! Mouvie ! Vous voyez vous autres… Bon comme on est dimanche…

– On est samedi

– Ouais, sauf que chez lui, en Australie, on est dimanche et que les lois de l’hospitalité, si on les respecte… Té, Jimmy Môssieur « Je fais le tour du monde parce que je représente la France dans les colloques internationaux », t’as des progrès à faire question diplomatie ! Merde, y a des règles de base à connaître ! Donc, puisqu’on est dimanche chez lui, jour du Seigneur. Religion.

Dès qu’un personnage apparaissait à l’écran, Marcel le désignait à Jim.

– Hey ! C’est bon, Marcel, vous n’avez pas si changé que ça, il peut vous reconnaître !

– Ta bouche, Madame l’épouse de l’Ambassadeur de la culture française ! Tiens, regarde, par ta faute, tu nous as fait manquer l’essentiel, il va plus rien comprendre…

Il remit donc la vidéo tout au début avec pour prétexte, la question posée à Jim You understand ? Yes ? Ok ! Puis, alors que personne ne lui disait rien, se justifia Comme ça, je suis sûr ! Jim adora littéralement La novice à confesse. Marcel avait raison, bien qu’ayant des connaissances en français plus que limitées, Jim a su en comprendre et en apprécier le propos.

– Beut’ no mouvie ouisse ouaillete poussie…

À Jim fort surpris, Marcel demanda à Alain de traduire Ils se les gardent pour eux. Pourquoi ? Bé, demande-leur ! S’il n’a pas son pareil pour décoincer les situations, Marcel sait également en tirer profit… Afin de ne pas passer pour les derniers des égoïstes aux yeux de Jim, nous fûmes contraints à accepter de leur laisser visionner l’intégralité de nos petites vidéos quand nous serions au mas, puisqu’elles se trouvaient dans l’ordinateur de Jimmy…

– But… Princess

Sortant une clé USB d’une de ses poches, Jim la proposa à Marcel. Et si en plus, t’aimes le pastaga, je t’adopte ! Il a donc fallu faire goûter du Pastis à Jim qui venait de débarquer de Perth. J’eus beau arguer qu’après de longues heures de vol, deux escales, le décalage horaire, le choc culturel, ça n’était pas raisonnable, rien n’y fit. Aucun des effets délétères que je redoutais ne se produisit. Au contraire, l’ambiance se détendit aussi rapidement que les verges se tendirent. Le visionnage de certaines vidéos tournées en Nouvelle-Zélande permit à mes consœurs et confrères de faire plus ample connaissance avec Jim. En se voyant à l’écran, Jim interpela joyeusement Marcel.

– Me ! It’s me !

– Et là, madame l’épouse de l’Ambassadeur, j’y dis quoi ? Qu’il a pas beaucoup changé depuis ?

Une victoire de plus à son actif. Quand je vous parlais de catastrophe…

Jean-Luc nous rejoignit, Marcel entonna Un Balafré qui surgit hors de la nuit, court vers l’aventure au galop. Son nom, il le signe à la pointe de son zguèg, d’un B qui veut dire Balafré ! Jim ne comprenait rien d’autant que les gestes de Marcel pouvaient prêter à confusion. Comprenant qu’il pouvait se méprendre, Alain traduisit les paroles et en expliqua la raison. Jean-Luc, fidèle à lui-même, donna son sexe à voir. Du coup, chacun montra son engin. Ces messieurs découvrirent donc le membre de Jim avant ces dames. S’ils marquèrent un point question diplomatie, ils en perdirent quatre, question galanterie !

– Fouille di roz’ !

Devant l’air surpris de Marcel, Jim répéta Fouille di roz’. Bouffer lo ku !

Boudiou ! Vous lui avez appris le minimum vital ! Et quoi d’autre ? Qu’est-ce que tu sais dire d’autre en français ?

Jim se gratta le menton, compta sur ses doigts en énumérant Bonjour. Bonne nuit. Fouille di roz’. Bouffer lo ku. À genoux ! Mais vous êtes nue, madame ! Je t’aime. C’est trop bon. Sodomie polie. Fellation post-prandiale (étrangement fort bien prononcée).

– C’est tout ?

Touché par je ne sais quelle grâce, Jim eut un éclair soudain Jimmy t’es le roi des cons ! Personne ne voulut admettre que j’ignorais où et comment il avait pu entendre cette phrase. Plus tard, alors que Sylvie, Mireille, Alain, Christian, Jimmy et moi parlions avec lui, Jim demanda Où est Marcel ? Christian lui désigna le banc de prière et de contrition où Marcel et Monique se livraient à une levrette de fort belle manière. Jim sursauta et s’exclama La levrette à Dédette ! ce qui nous fit bien rire.

En regardant dans la direction du banc, je vis Jean-Luc dans la bouche de Monique. Il me fit un clin d’œil conquérant, un brin hautain, mais tellement complice… Alain vanta la qualité légendaire des pipes de Monique. Jim pour indiquer à Alain qu’il mémorisait l’info, hocha la tête en répétant Mounico.

– Il nous l’a ensorcelé ! Le Bavard a jeté un sort sur Jim !

Son explication est plus terre-à-terre. C’est parce que vous parlez trop bien, trop compliqué. Moi, je cause facile, je prononce pas tout. Pour le moment, Marcel était trop occupé avec Monique pour remarquer que nous l’observions.

Jim piquait du nez. En parfaite hôtesse, bien qu’étant dans la maison du Toine, je lui proposai de lui montrer sa chambre. Nous rejoignîmes celle qui nous était réservée. Il tombait de sommeil, mais regrettait de rater cette soirée. Je lui indiquai les œilletons dissimulés dans la pièce. Il sourit en louant l’ingéniosité des anciens.

Le petit judas dissimulé au-dessus de la tête du lit permet d’avoir une vue plongeante sur la bibliothèque. Nous ne résistâmes pas à la curiosité. Marcel était avec Monique, Cathy et Daniel. Mireille avec Alain, Sylvie et Martial. Jimmy allait d’un groupe à l’autre. J’en profitai pour lui donner une leçon de français ainsi que les termes propres à notre Confrérie. Je désignai Martial, Sylvie, Alain et Cathy. La figure Rosalie. Jim sourit et répéta. La figure Rosalie.

Nos peaux se retrouvèrent, mais la fatigue du voyage, le décalage horaire et pour finir le pastis et le rosé que c’est presque pas du vin tellement c’est léger eurent raison de Jim qui tomba comme une masse. Je me lovai contre lui et m’endormis à mon tour. À son réveil, nous dormions tous. Comme nous l’en avions prié, il découvrit la maison. En arrivant dans la cuisine, il tomba nez-à-nez avec Marcel qui bougonna.

– Je suppose que c’est du thé pour toi ? Hein ? Tea ?

– Em… coffee, please.

Coffee ?! T’es un bon gars, mon gars !

Marcel avait acheté un traducteur vocal, il râlait parce que la machine est pas foutue de me comprendre, elle me force à prendre l’accent pointu, celui du Nord. Jim lui avait répondu qu’il rencontrait le même problème. Ils étaient en grande discussion quand Mireille fit son entrée.

– Odette dort encore ?

– Pourquoi ?

– Ce qui m’ennuie, c’est que nous sommes dimanche… la tradition…

– La tradition traditionnelle, tu veux dire ?

– Hé oui, mon Marcel… Il reste un peu de café ?

– Assieds-toi à côté de Jim… l’honneur de la France est en jeu, tu tiens son destin entre tes mains, tes jolies lèvres et au bout de ta langue… Courage, belle Mireille, pense à la France. Tout ira bien.

Marcel se leva, servit un bol à Mireille tout en articulant au traducteur La tradition française de l’hospitalité ! Jim pensa que Marcel employait une formule grandiloquente pour évoquer la galanterie dont il faisait preuve en servant un café à Mireille. Elle en but une gorgée avant de plonger vers l’entrejambe de Jim qui fut ravi de sa méprise. Il s’exclama Fellation post-prandiale ! Marcel le détrompa. Non, non, non. Turlutte matinale ! Tel un diable jaillissant de sa boite, Mireille outrée repris sa place. Si c’est pour lui apprendre n’importe quoi, c’est pas la peine ! Pff…“turlutte matinale”…n’importe quoi ! Se passant du traducteur, elle dit Ce n’était pas une turlutte matinale. Non. Not turlutte matinale. Mais but gâterie dominicale. Gâ-te-rie do-mi-ni-cale.

Jim, en élève appliqué, répéta gâ-te-rie do-mi-ni-cale et, toujours avide de connaissances demanda ce qu’était une turlutte matinale. Mireille s’appliquait à montrer la différence à Jim qui voulait être certain de l’avoir bien saisie, quand je les rejoignis suivie de peu par les membres de la Confrérie. Marcel, pour une fois laconique, nous expliqua. Diplomatie. Si le petit-déjeuner n’a pas tourné à l’orgie, c’est parce que nous avions invité nos amis irlandais à découvrir notre univers avec autant de chaleur qu’ils nous avaient fait découvrir le leur. De plus, cela permit de donner un peu d’air à Jim qui ne fut plus l’unique pôle d’attraction.

Je ne sais pas quelle était son intention quand il demanda à Mireille qui scrutait attentivement son membre s’il était si différent que cela de celui de Martial. Elle suffoqua de surprise. Bien sûr ! Comme il l’est de celui de Marcel, d’Alain…t’as déjà vu deux sexes identiques, toi ?! Je traduisis son propos avec tant de véhémence que Marcel en plaisanta. Hou ! Avec ta question, tu nous l’a dédoublée ! Elle a fait rappliquer sa sœur jumelle !

L’éducation du dedans

Odette&Jimmy – « Il en faut peu pour être heureux »

Pour écouter la version française, cliquez sur ce lien. En cliquant sur la vignette « La playlist à Dédette » sur la droite vous y trouverez en outre la version américaine enregistrée par Louis Amstrong.

J’ai ouvert les yeux vers cinq heures du matin. Je regardai le plafond sans le reconnaître. Je tournai mon regard vers la fenêtre et réalisai enfin où je me trouvais. À la même vitesse que je glissais du sommeil vers l’éveil, mon corps se rappela à moi. Je souris et sentis la main de Jimmy se poser sur ma hanche. Il dormait encore. Son visage et son corps étaient plongés dans l’obscurité, aussi je pouvais imaginer son sourire exactement comme je le souhaitais.

Jimmy poussa un soupir comme un grognement et colla son corps contre le mien. J’avais franchi un pas, peut-être le plus important, le premier, avec une aisance qui me surprenait encore. Celui qui m’attendait m’effrayait un peu, allais-je retrouver l’évidence de la veille ?

Je ressentis une envie pressante. Pour aller aux toilettes, je devais traverser la cour. Le jour n’était pas levé, personne ne pourrait me voir. J’enfilai à la hâte le peignoir de Jimmy. Les souvenirs m’assaillirent par bouffées et m’étourdirent. Je souris en sortant de la chambre.

Avant de rejoindre Jimmy, j’entrouvris la porte de la salle de spectacles afin d’y jeter un rapide coup d’œil.

– Tu n’arrives plus à dormir ?

Je sursautai en reconnaissant la voix de Mireille.

– J’avais besoin d’aller aux toilettes et avant de rejoindre Jimmy, je jetais un coup d’œil…

– Pourquoi n’es-tu pas allée dans celles attenantes à votre chambre ?

– Parce que j’ignorais leur existence !

Mireille me rejoignit dans mon éclat de rire.

– Le souci avec les confrères et les consœurs, c’est qu’ils ne prêtent aucune attention aux contingences matérielles ! Tu veux que je te fasse visiter le mas tant qu’ils dorment encore ?

– Volontiers !

– Reste sur tes gardes, Marcel est matinal et il est équipé d’un radar à belles femmes !

J’ai beaucoup aimé la délicatesse de Mireille, elle me fit découvrir les lieux, les mille et une cachettes et recoins conçus pour ce qu’elle appelle « les pauses tendresse ». Nous revînmes à notre point de départ. Mireille me fit découvrir la scène, les coulisses, la « loge des artistes » ainsi que la salle proprement dite. Les mots pour exprimer mes craintes me vinrent aisément. Mireille les comprit et me rassura en me racontant sa première rencontre avec les membres de la Confrérie et poursuivit,

– J’ai tout de suite compris qu’inventer des saynètes me permettrait de réaliser certains fantasmes, dont celui de l’exhibition. Parce que ce n’est pas Mireille Fabre qui est sur scène, c’est Madame et crois-moi, la différence est essentielle, la saisis-tu ?

– Je crois

– Attends !

Mireille alla dans les coulisses et revint, quelques feuillets dactylographiés à la main. Elle s’assit à mes côtés et lut par-dessus mon épaule les saynètes qu’elle avait inventées, jouées. En les lisant, je sentais me monter le feu aux joues. Je jetai un regard en biais sur ma gauche et constatai que Mireille était elle aussi toute rouge. Elle me sourit comme une gamine faisant lire son journal intime, plein de remarques insolentes, à une autre gamine avec la certitude que ses secrets seraient bien gardés.

– Tu crois que Mireille Fabre pourrait faire de telles choses, en public, qui plus est ? Non, bien sûr que non ! Alors que Madame est tout à fait à l’aise pour endosser ces rôles !

– La scène que vont nous jouer les gamins ce soir, sera du même topo ?

– Oui. Normalement ça aurait dû être une surprise, pourtant… je crains de savoir laquelle ils vont nous interpréter…

– Pourquoi ? Comment ?

– Parce qu’il en manquait une sur les rayonnages où elles sont rangées. Ça m’ennuie un peu de gâcher l’effet de surprise.

– Garde le silence jusqu’à la représentation, il sera toujours temps de me dire après si tu avais bien deviné.

Mireille me fit un gros bisou sur la joue et m’invita à la suivre dans les coulisses, où elle rangea soigneusement les feuillets. Elle me montrait la scène et les marques au sol « Comme ça, on perd moins de temps entre deux tableaux » quand retentit la voix de Marcel. « Où tu te caches, capoune ? » puis, m’apercevant « Fatché ! Elle a pas fait rappliquer sa sœur jumelle ! » ce qui nous fit pouffer.

– La pauvre ! Elle errait comme une âme en peine à la recherche des commodités, je ne pouvais pas rester sans rien faire ! La pauvre, Jimmy ne lui avait pas dit que leur chambre en est pourvue !

– Je te reconnais bien là, toujours prête à porter secours à une âme en détresse ! Hep ! Pas de messe basse sans curé ! Qu’est-ce qu’elle t’a dit de si drôle ?

– Que j’avais raison…

– Boudiou ! Que tu avais raison de quoi ? Tu vas me le dire ou me laisser dans l’ignorance jusqu’à que je sèche sur pied ?

– Si nous te dévoilions tous nos petits secrets, nous perdrions tout intérêt à tes yeux, mon Bavard adoré !

J’avais l’impression d’être au spectacle, Mireille et moi sur la scène, Marcel à la fenêtre, les bras croisés sur le rebord. Je tombai immédiatement sous le charme de leur relation, de leur complicité.

– Tu lui as espliqué pour le café ?

Madame rougit violemment.

– Non, mais puisque tu es là, autant le lui montrer !

Marcel éclata de rire et s’éloigna en se frottant les mains « Boudiou ! Comme je vais l’aimer cette journée ! ». Mireille m’entraîna dans la cuisine en chantonnant « Il lui en faut peu pour être heureux ! ».

Marcel s’affairait en cuisine. Il se tourna vers moi, son regard approbateur me déshabilla plus que je ne l’étais déjà.

– Café pour toi aussi ?

– Plutôt un thé

Comme s’il relevait une évidence, Marcel fit une réflexion sur les Parisiennes.

– C’est quoi ces généralités ?

– Qué « généralités » ? Je constate et pis c’est tout ! Je connais trois Parisiennes et les trois boivent du thé. C’est tout !

– Aahh… je comprends mieux ! J’ai fait aussi ce genre de constatation… par exemple, tous les paysans provençaux que je connais sont des amants exceptionnels, ils savent tous comment s’y prendre avec les femmes, mais ils sont tous tellement bavards qu’on ne se méfie pas d’eux. T’as raison, ça doit être lié.

– Et tu en connais combien de paysans provençaux ?

– Un seul, mais ça m’a suffi pour forger ma conviction !

– Boudiou ! Comme j’aime ton insolence !

Je n’avais pas remarqué qu’il avait mis de l’eau à chauffer. Il me demanda de choisir le thé et me le prépara tandis que Mireille coupait de larges tranches de pain.

La table du petit-déjeuner dressée, j’allai pour m’asseoir aux côtés de Mireille quand Marcel leva son index « Non ! » et l’abaissa en direction du banc d’en face « Observe et mémorise ! ». Mireille haussa les épaules, fataliste.

– Que veux-tu, c’est la tradition

– Je dirais même mieux, la tradition traditionnelle !

Leurs airs de faux-culs absolus me comblaient d’aise. Mireille se servit un grand bol de café, le sucra, le touilla, en prit une cuillerée qu’elle porta à sa bouche, fit la grimace, marmonna « trop chaud » avant de le repousser vers le centre de la table et de plonger vers les cuisses de Marcel, impavide, qui touillait son propre café, le regard dans le vide.

Mireille me demanda de me pencher pour l’observer. Je m’exécutai. Elle me fit un clin d’œil et du pouce m’incita à me redresser et de l’index me conseilla de bien regarder. Un échange de sourires pour lui confirmer que j’avais bien compris. Oui, j’observerai la réaction de Marcel quand elle commencerait à le sucer et oui, je me pencherai à nouveau pour la regarder procéder.

Marcel, dans un premier temps surpris de me voir resurgir de sous la table, comprit immédiatement de quoi il en retournait. Il me sourit en levant les yeux au ciel. Je remarquai qu’il avait posé une soucoupe sur le bol de Mireille, son café serait chaud plus longtemps. Marcel me fit un clin d’œil complice en levant le pouce de la victoire.

Nous parlions de tout et de rien, Mireille prenait son temps, le ton de Marcel se faisait plus impatient, mais je notai son sourire amusé « Ainsi tu as fait le choix de ne pas f… Boudiou ! Que c’est bon ! ». Il avait sursauté, laissant échapper sa cuillère qui tomba dans le bol de café, éclaboussant la table et le menton de Marcel, aux anges.

Je me penchai pour observer Mireille et constatai le plaisir qu’elle prenait à le lécher, des gonades jusqu’au gland, d’une langue gourmande. Elle me regarda en écarquillant les yeux et en ouvrant une bouche en cœur, comme les pin-up ingénues d’Elvgren. Son index tendu me désignait le gland de Marcel. Quand elle fut certaine que j’avais compris, sa bouche ingénue avala tout en douceur le gland qu’elle convoitait, avala un peu plus encore, puis encore un peu plus, davantage encore. Je me demandai jusqu’où elle engouffrerait ce sexe massif, quand elle fit marche arrière et que Mireille asséna une pichenette savante sur les couilles de Marcel qui, loin de s’en plaindre, en grogna d’aise.

Je l’admirai effectuer ainsi plusieurs va-et-vient gourmands quand j’entendis Marcel évoquer un historien espécialiste des traditions et de leur respect. Son interlocuteur s’assit à mes côtés et je n’eus pas besoin de me redresser pour savoir de quel espécialiste il était question et combien il lui importait que les traditions fussent respectées.

J’avais dix-sept ans quand il a fait naître en moi ce déclencheur magique, cette caresse du bout des ongles le long de ma nuque, ses doigts qui se crispent à la naissance de mes cheveux, les plus fins, les plus sensibles, ses doigts qui se relâchent aussitôt pour reposer calmement sur mon occiput. Cette caresse sensuelle m’ensorcelle, il peut faire de moi ce qu’il désire quand il me la prodigue. Il le sait depuis notre réveillon en Australie.

J’entrepris de le sucer, non pas comme Mireille suçait Marcel, mais comme je le fais lors de nos déplacements en avion. Ses mains se crispèrent sur mes tempes.

– T’as raison… outch ! Les traditions… !

Je le suçais avec délectation, faisant de ma langue un boa constrictor s’enroulant autour de son membre devenu séquoia. Pour une fois, la salive me faisait défaut. Je me redressai pour boire une gorgée de thé. Mireille fit de même, laissant Marcel dans le même état que je laissai Jimmy.

Nous discutions, j’aimais les caresses de Jimmy sur ma cuisse qui m’obligeaient à les écarter. J’aimais savoir mon sexe offert à la vue de quiconque regarderait sous la table. Un sursaut me projeta en avant quand les doigts de Jimmy écartèrent mes lèvres et que son majeur explora ma vulve. J’avais du mal à garder un ton neutre. Mireille y parvenait parfaitement, pourtant son corps et son visage cramoisis, les contractions régulières du biceps de Marcel ne laissaient aucune place au moindre doute. Je lui fis part de mon admiration. Elle sourit.

– Et encore, tu l’as pas entendue quand on l’encule ! Fatché ! On dirait pas à l’entendre, et pourtant, on peut dire qu’elle aime ça !

Marcel !

– Quoi « Marcel ! » ? C’est vrai ou c’est pas vrai que t’aimes ça ?

– Toi et ta manie d’exagérer… quand on m’encule ma voix est nettement moins assurée ! Odette, laissons les hommes dire leurs bêtises, nous avons mieux à faire !

En disant ces mots, Mireille plongea sous la table. Je l’imitai. Je ne sais plus combien de temps s’est écoulé avant que j’entende la porte s’ouvrir et d’autres convives venir prendre leur petit-déjeuner. Monique se mit carrément à genoux pour nous rejoindre sous la table. Elle fit la bise à Mireille. Un petit coup de langue sur les couilles de Marcel, qui lâcha un juron. Elle me fit la bise et me demanda d’un regard l’autorisation de saluer Jimmy. Autorisation que je lui accordai. Elle m’indiqua d’un geste ce qu’elle attendait de moi. J’opinai. Sa langue remonta, tel un liseron enchanté, des bourses jusqu’au gland tandis que la mienne faisait le mouvement inverse. Je ne sais pas laquelle de nous deux a été qualifiée de diablesse par Jimmy, sans doute fallait-il l’entendre au pluriel.

J’entendis des bruits de vaisselle, celui des bols qu’on pose sur la table. Les hommes s’installaient sur le banc, je compris mieux les allusions de Marcel et de Jimmy à propos des avantages du mobilier de ferme, de ces grandes tables qu’on installait dans les cours pour un repas convivial avec les ouvriers agricoles à la fin des récoltes, des vendanges.

Sans nous être concertées, Sylvie, Mireille et moi rejoignîmes Monique sous la table. Je m’étonnai de la souplesse de nos articulations. Nous taquinâmes les sexes que nos hommes offraient à nos bouches. Je reconnus celui de Christian et pris le temps de l’observer sous toutes ses coutures. Je voyais les tressautements de sa jambe qui marquaient son impatience. Je déposai un baiser sur la hampe avant de le sucer. Sa main se posa sur mes cheveux et j’entendis son soupir. Signifiait-il qu’il était satisfait de ce que je lui faisais ou qu’il l’était d’avoir la confirmation de qui le lui faisait ?

J’abandonnai ce sexe délicieux pour me retourner et me trouver face à celui qui était paré d’une marque brune. Comme je l’avais fait avec Christian, je pris tout mon temps pour observer cette queue magnifique. Je crois que jusqu’à mon dernier souffle, je serai béate d’admiration devant la beauté d’un phallus, qu’il soit au garde-à-vous ou au repos. Jean-Luc sursauta quand je manipulai sa bite.

– T’inquiète, Dédette, celle de ton frère, elle est toute noire, tu pourras pas te tromper !

– T’es vraiment le roi des cons, Jean-Luc !

– Te tracasse pas, sœurette, c’est le propre des petits puceaux !

J’ai mis un peu de temps à comprendre pourquoi il me fallait interrompre mes pipes peu après les avoir débutées. Je crus tout d’abord que Monique était impatiente de saluer ainsi tous ses confrères, mais il n’en était rien. Quand nous eûmes fait le tour des convives, Sylvie râla « Et voici venu le moment où l’on regrette sa jeunesse perdue ! ». Je ne sais pas comment nos hommes ont pu nous trouver aussi désirables après nous avoir vues nous extirper à grand peine de sous la table.

Je n’oublierai jamais le plaisir indicible et joyeux de me savoir ainsi scrutée sans avoir la certitude de qui le faisait. Je sentais le souffle d’hommes sur mes cuisses, entre elles. J’entendais de vagues échos de commentaires élogieux. De temps à autre, un doigt timide découvrait la douceur de mes replis, leur chaleur moite. Certains doigts, plus audacieux, écartaient mes lèvres, plongeaient dans mon vagin, semblaient vouloir le visiter avant le coup de langue libérateur.

– T’es avec nous, Dédette ?

Toute à mes sensations, j’en avais oublié la discussion que nous avions entamée dès que nos fesses s’étaient posées sur les bancs. Monique se pencha. « J’ai proposé à Odette de lui faire découvrir la crique avec Christian et le Balafré. Vous en pensez quoi ? »

Je jouis d’une bouche inconnue avant d’entendre la réponse enjouée de Jean-Luc. Après m’avoir léchée, sucée, aspirée, la bouche se décolla de ma vulve. Christian affirma qu’il en serait enchanté.

Avant d’échanger une nouvelle fois nos places, Jimmy me prit dans ses bras. « Tu accepterais que je vous y accompagne ? ». J’étais si troublée que je ne pensai pas à plaisanter en répondant non.

Il était dix heures passées quand nous nous mîmes en route.

Hé hé, la crique est de retour !