Qui est qui ? – De Rosalie à Manon

Les personnages se multipliant, au propre comme au figuré, les liens entre eux se complexifiant, je publierai chaque semaine, en page d’accueil, l’arbre généalogique d’une lignée.

À tout seigneur, tout honneur. je débute par les descendants de Rosalie, Bouton d’Or.

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Merci pour le chocolat ! (Compte-rendu de la 2ème séance pré-intronisation)

Le 25 avril 2019

1 – La convocation

Manon est venue nous chercher, pour que nous servions de juges dans un litige sur un point capital, litige qui opposait Lucas et Émilie. Nous cherchions du regard de quoi nous vêtir quand elle a chantonné « Come as U are » à la façon de la pub McDo, ce que Jimmy et le Balafré lui ont reproché. Manon a éclaté de rire, les a regardés « Ah… j’avais oublié… toi, t’es plus branché “L’été s’ra chaud” ! » en effectuant une chorégraphie que d’aucuns qualifieraient de ridicule, mais que je défendrais avec toute la mauvaise foi requise par de longues années d’amitié. Certains ont ri avec Manon, mais d’autres se sont montrés solidaires envers Jimmy.

Madame gloussa comme un dindon en traversant la cour. Elle avait enfilé à la hâte un déshabillé soyeux et les regards concupiscents du Notaire et du Bavard l’avaient poussée à laisser échapper ce cri ridicule. Nous étions légèrement vêtus, mais aucun d’entre nous n’était nu.

En effet, l’heure était grave, le motif du litige d’importance. Qui d’Émilie ou de Lucas préparait le vrai, l’unique chocolat ? Tous les regards se portaient sur nous, les anciens, nous qui savions, nous qui avions dégusté à maintes reprises celui que préparait Louise, nous qui en connaissions la recette, nous qui serions en capacité de trancher et pouvoir ainsi clore définitivement le débat.

Nous prenions notre rôle de jury très à cœur, nous penchant en avant pour mieux confronter nos impressions. Jimmy rendit sa sentence.

– Pour ce qui est du goût, le chocolat préparé par Lucas est incontestablement le plus proche de la recette originale de Louise. Mais le meilleur est celui préparé par Émilie, qui a suivi la recette d’Odette, la version gourmande de celle de Louise.

– Tu… tu connais le goût… d’Odette ?

– On peut dire ça comme ça, en effet !

– Mais non ! Tu vois ce que je veux dire… tu connais le goût du chocolat de mémé Dédette ?

– Oui. Aussi. Mais, pitié, appelle-la plutôt Odette !

– Quoi ? Quoi ? Quoi ? Que cache ce “Aussi” ?

Émilie a sursauté, Jimmy a ri en reprochant au Balafré et à Monique d’avoir trop affûté l’esprit de la petite Manon.

2 – Le récit de Jimmy

Après mon service, j’ai vécu quelques années à Paris. Martial m’invitait souvent à partager leur repas avant de passer la soirée dans sa chambre, à refaire le monde, à boire et à fumer, à écouter de la musique, à nous raconter nos exploits, nos conquêtes réelles ou fantasmées, à nous préparer à sortir en boîte…

Un soir, alors que je revenais de la bibliothèque universitaire, je croisai Odette dans le bus, une surprenante valisette à la main. Je lui demandai où elle allait. Toute excitée, elle m’expliqua qu’une de ses copines organisait une boum et qu’elle avait obtenu à la dernière minute, l’autorisation d’y rester dormir. Ni ses parents ni ceux de sa copine ne possédaient le téléphone, la surprise que sa venue allait lui faire était pour beaucoup dans l’excitation d’Odette. Nous devisions joyeusement, elle trouvait amusant que ce soit à mon tour de passer une soirée studieuse et solitaire.

Je descendis à mon arrêt, me retournai pour lui faire un signe de la main, quand je constatai qu’elle était descendue à ma suite. « Est-ce que je pourrais te demander de me rendre un service ? » À son regard inquiet, je compris que ce n’était pas le genre de service qu’on pouvait demander incidemment au coin d’une rue, fut-elle animée. Supposant qu’elle allait m’avouer qu’elle passerait la soirée et la nuit, non pas chez une copine, mais avec son petit ami, n’osant pas lui proposer de monter dans ma garçonnière, je lui offrais d’en parler autour d’un verre.

– Jure-moi de garder le silence sur ce que je vais te demander. J’ai des copines qui ont déjà couché… elles disent que la première fois, c’est toujours nul, qu’il faut en passer par là, ça ne fait pas toujours mal, mais ça n’est jamais agréable la première fois. Mais moi, je suis sûre que c’est parce que les mecs étaient puceaux eux aussi. Alors, je me demandais… est-ce que tu voudrais me dépuceler, en t’appliquant pour que j’en garde un bon souvenir ?

Abasourdi, je regardai tout autour de moi, effrayé à l’idée que quelqu’un ait pu entendre ses mots. Presque aussitôt, je réalisai que personne ne nous connaissait, que personne ne savait qu’elle était la petite sœur de mon meilleur ami. Pour tous ces gens, nous étions un couple d’amoureux et c’est ainsi que j’acceptai sa proposition, à condition toutefois, de pouvoir en parler librement à Martial si j’en éprouvais le besoin. J’insistai sur ma volonté que les heures qui allaient suivre ne changent en rien les rapports que j’entretenais avec elle. Odette me tendit son petit doigt recourbé afin que j’y accroche le mien, sa façon toute adolescente de « toper là ».

Arrivés chez moi, Odette se tint debout au beau milieu de la pièce, semblant chercher quelque chose du regard, elle respirait à pleins poumons comme pour s’imprégner de l’air ambiant.

Je ne veux rien oublier de cette soirée ! Euh… je me déshabille ou tu me déshabilles ?

Son sourire coquin et son regard mi-effronté, mi-craintif me firent l’effet d’une gifle. Je m’ébrouai comme on cherche sa lucidité et lui annonçai un changement de programme.

– Non, Odette. Non. Pas ici. Pas comme ça. Pas maintenant. Remets ta gabardine, prends ta petite valise et suis-moi !

– Tu… tu me ramènes chez moi ?

– Sauf si tu y tiens, mais… quant à moi… À nana exceptionnelle, il faut une ambiance et un cadre exceptionnels ! Vérifions tout d’abord si nous avons de la chance…

En chemin, je lui expliquai mon plan de bataille et les solutions de repli. J’avais fait exprès d’employer ces termes, un peu par jeu, beaucoup par défi. « Et si pour ce soir, tu oubliais un peu tes études ? » Je ne connais aucun mot pour exprimer l’intensité de notre regard à cet instant précis.

À la sortie du métro, une bouffée d’air chaud nous surprit. Odette retira sa gabardine qu’elle posa sur son avant-bras. Elle courait en direction des quais, se retournant tous les deux pas « Viens ! Mais viens ! Plus vite ! » Je me régalais du spectacle de sa robe qui, en virevoltant, dévoilait ses magnifiques jambes.

Nous avions de la chance, dit l’employé des bateaux-mouche, une table venait de se décommander, nous pouvions donc embarquer pour ce dîner-croisière. Je vous jure que j’ignorais tout de l’histoire de la photo de Jean-Baptiste avant que Martial ne m’en parle, sept ans plus tard !

Une fois installés, Odette me demanda ce qu’elle devait choisir et si sur ma carte aussi les prix étaient absents. Tout en me posant la question, elle se leva et se pencha pour vérifier.

– Ouah ! C’est vachement cher !

– Rien n’est plus beau que tes seins… euh… rien n’est trop beau pour toi !

J’avais du mal à déglutir.

– Bah ! Tu les as même pas vus !

Je lui expliquai qu’elle devrait être attentive au plaisir qu’elle prendrait à sentir le désir de son partenaire s’accroître tout au long de la soirée, qu’elle devrait guetter ces petites flammèches qui le ravivent, l’entretiennent, et lui rappelai encore qu’elle devrait être attentive au plaisir qu’elle prendrait à se sentir ainsi désirée. Elle rétorqua

– C’est facile pour toi, tu le sais tout de suite si tu bandes ou pas, tandis que pour moi…

– Ça ne t’arrive jamais de ressentir comme une brûlure entre les cuisses ?

Odette baissa les yeux et marmonna « Si »

– Et que fais-tu dans ce cas-là ?

Le serveur prit notre commande et revint presque aussitôt avec nos coupes de Champagne. De vraies coupes, puisqu’à l’époque, on ne le servait pas dans des flûtes. Nous trinquâmes et la réponse d’Odette s’évanouit au milieu du tintement des verres qui s’entrechoquaient autour de nous.

– Tu disais ?

– Je mets mon oreiller entre mes cuisses que je serre très fort jusqu’à ce que ça passe…

Je fermai les yeux pour tout à la fois chasser cette image et la graver à tout jamais dans ma mémoire. Odette se méprit.

– Mais je suis encore vierge, tu sais… tu veux touj… ? Pourquoi tu fermes les yeux ?

– Je me représentais la scène et…

– Et ?

– J’ai eu besoin de quelques secondes de… méditation pour m’empêcher de te culbuter. Là. Tout de suite. Sur la table !

– Tu… tu bandes ?

– Oui

Elle me fit craquer quand elle posa ses mains sur ses joues. « Oh… la chance ! » Le serveur venait de nous apporter les entrées quand elle me demanda, si ça ne faisait pas un peu mal. J’éclatai de rire en répondant non, à nouveau, elle soupira « La chance… ! »

– Pourquoi ? Ça te fait mal ? Avec l’oreiller ?

Prenant des airs de conspiratrice, elle me dit.

– Des fois, c’est pire avec l’oreiller ! Tellement pire que je suis obligée de m’asseoir sur du froid pour tout arrêter !

– Et tu n’as jamais eu l’idée de te… soulager ? De t’offrir du plaisir ?

– Tu… tu crois que je peux ?

– Mais bien sûr ! Qui aurait le droit de t’en empêcher ?

– Mais je te demandais pas si je peux, genre « Je peux ? J’ai le droit ? », je te demandais « Je peux ? », genre « Tu crois que c’est possible ? » !

Je remarquai le sourire en coin du serveur qui ne perdait pas une miette de notre conversation. J’éclatai de rire.

– Ça c’est sûr ! Je sais que tu le peux !

Le serveur desservait notre couvert quand elle me demanda « Tu pourras me montrer comment faire ? Tu veux bien ? » Je la rassurai sur ce point. Elle me regarda avec fierté et gratitude.

– J’étais sûre que… avec toi… Après, tu pourras me demander tout ce que tu veux, tu sais ! Tout. Tout. Tout !

Le serveur trébucha, ce qui créa un peu de diversion. Tout au long du repas, elle me posa des tas de questions, me fit des confidences. Nous étions assis côte à côte en attendant le photographe, quand elle me demanda si je bandais. Je répondis oui. « Je peux toucher ? » La peur que l’on remarque son geste malgré la table derrière laquelle nous étions assis, l’excitation que cette crainte engendrait me fit bander puis débander puis rebander mollement. Je sentis sa main sur mon pantalon. Je la dirigeai discrètement.

– C’est normal que quand je te touche ça me fasse des trucs dans les nichons ? Pas sur le bout du téton, mais… tout autour des mamelons… comme plein de petites piqûres d’aiguille, mais en vachement agréable… Oh ! Mais t’en as un autre ou c’est le même ?

Je ne pus calmer mon fou-rire qu’à l’arrivée du photographe. À la fin de cette croisière, avant de descendre sur le quai, Odette ouvrit son porte-monnaie et s’excusa de ne pas pouvoir donner plus au serveur, qui la rassura en lui disant que c’était le geste qui comptait.

Pendant ma vie d’étudiant, j’ai exercé plusieurs petits boulots ; en 1969, j’étais tout à la fois le guide et le conservateur d’un hôtel particulier du 18ᵉ siècle. Quand j’en ouvris les grilles à Odette, elle s’écria « Je suis une princesse ! Je suis une princesse ! » Je la pris dans mes bras « Chaque homme qui te désirera devra te traiter comme telle, Princesse ! »

Je voulus lui faire visiter les lieux, mais dans un des boudoirs, n’y tenant plus, je l’embrassai. Elle me demanda

– C’était bien ? T’as aimé ?

Je lui retournai la question. Elle parut réfléchir, hésiter, m’embrassa de nouveau. « J’adore ça ! » Nous nous effondrâmes sur le sofa, inscrit au Mobilier National, nos baisers étaient de plus en plus fougueux quand elle me supplia de lui “peloter les nichons”. Le temps qu’elle dégrafe sa robe, je me déshabillai. J’étais en train de retirer mon slip quand elle s’arrêta net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules. « Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! » et comme si elle me le reprochait « Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai ! ». Tendant un index timide, elle me demanda « Je peux ? » Comment le lui refuser ? Je lui rappelai toutefois son souhait de se faire peloter les nichons. Elle eut un geste agacé, comme pour me dire « plus tard ».

Nous étions dans ce boudoir parce qu’il n’était percé d’aucune fenêtre, que la lumière pour les visiteurs y était volontairement tamisée. Odette regardait mon sexe de tout près, le touchant, le manipulant comme un enfant découvre un jouet. J’avais eu le tort de lui dire « Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas ». Alors, elle le taquinait du bout de l’index.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Appelons nos amis pour nous départager !

Elle fit alors courir ses longs doigts graciles le long de mon corps.

Bite ? Verge ?

Ses deux mains à plat sur mes cuisses convergèrent vers mon membre. « Pénis ! », puis me regardant.

On dit « pénisse » ou « péni » ?

– Pénisse, sauf si tu veux indiquer que tu plaisantes

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Je ne pus m’empêcher de crisper mes mains autour de sa tête, ni de réprimer un juron quand sa langue lécha mon sexe sur toute sa longueur.

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Je finis de la dévêtir, en prenant tout mon temps. Je voulais qu’elle grave à tout jamais cette nuit dans sa mémoire, mais je tenais également à ne jamais oublier mes propres sensations, à ne jamais oublier l’éclat de sa peau brune magnifiée par cette lumière oblique, sa douceur, sa chaleur, ses seins ronds et déjà lourds. Pour éviter de jouir trop vite, je déplaçai ses mains de mon corps vers le sien, nous nous embrassions comme pour prolonger ces préliminaires. Nos doigts se rejoignirent sur son pubis. J’allais lui expliquer comment soulager la brûlure dont elle m’avait parlé plus tôt quand elle me demanda si j’avais déjà couché avec une noire. Devais-je mentir ? Elle lut la réponse dans mon regard hésitant et manifesta son dépit.

J’aurais dû m’en douter…

– Ça t’ennuie ?

– Non, mais comme tu vas être mon premier… j’aurais aimé être ta première quelque chose…

Comment lui dire qu’elle resterait à jamais la première de beaucoup de choses ? Comment lui expliquer qu’elle resterait pour toujours la première pour laquelle j’avais dépensé en un repas la somme avec laquelle j’aurais pu manger pendant quinze jours et que je ne le regrettais pas… la première avec laquelle je passais un moment aussi joyeux que sensuel, aussi léger qu’émouvant avec une telle évidence… la première que j’emmenais sur mon lieu de travail… la première à m’avoir sucé sur le sofa sur lequel d’anciens propriétaires prestigieux avaient certainement connu les mêmes plaisirs ?

– Je n’ai jamais couché avec la petite sœur d’un de mes amis, tu es donc la première !

– T’es sûr ? Jure-moi que c’est vrai !

– Est-ce que Martial a une autre sœur ? Non.

T’as même pas un peu couché avec une sœur de Jean-Luc ?

– Mais… Jean-Luc n’a pas de sœur !

– C’était pour être sûre… Tant mieux alors !

Soudain, elle retint ma main.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… c’est… comme tout mouillé…

– Mais c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Je glissai mon majeur entre ses lèvres. Bon sang, elle était trempée ! Je la pénétrai de mon doigt avec l’intention de le faire aller et venir, mais elle croisa violemment ses cuisses, bloquant ma main et m’interdisant le moindre mouvement. Je sentais son corps onduler et une longue plainte venue du plus profond de ses tripes s’échappa de sa bouche.

J’aurais voulu qu’elle ne fermât point les yeux. Quand elle les rouvrit, elle voulut s’en excuser.

– C’était tellement bon ! Il n’y a rien de meilleur, n’est-ce pas ?

Regardant mon sexe et remarquant mon sourire, Odette ajouta

– C’est encore meilleur avec une bite ?

Je m’étais promis de lui faire découvrir d’autres plaisirs avant de la pénétrer, mais cette remarque anéantit toutes mes bonnes résolutions. Je me levai, la pris dans mes bras, la déposai sur le lit de la chambre nuptiale. Prenant une voix de baryton, je lui dis enfin.

– Qui t’a parlé de bite ? Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge ! … C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça ! Non ! Garde tes yeux ouverts !

Je la pénétrai lentement, à l’affût du moindre sursaut, du plus léger frémissement indiquant une quelconque douleur ou un éventuel déplaisir. Sa bouche semblait psalmodier une prière, je lui demandai si elle avait mal, pour toute réponse, elle me sourit et, comme anéantie, fit non de la tête, je regardais sa boule afro danser sur l’édredon. Qu’elle était belle ! Quand elle put enfin parler, elle me demanda si c’était aussi agréable pour moi. Voyant mon sourire, elle me demanda d’une toute petite voix si je pouvais me retirer pour la prendre à nouveau. Je m’exécutai avec un étonnement non feint. Elle venait d’ajouter, sans le savoir, un nouvel item “première fois”, parce qu’elle reste la première à avoir exprimé tout naturellement son désir. Je me retirai prestement et la pénétrai de nouveau au ralenti.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! j’aime bien la p’tite bosse…

La p’tite bosse ? Ça ?

– Oui ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

Tu m’as dit « stop »

J’acceptai de reprendre mes va-et-vient à la condition qu’elle me guide avec ses mots, tantôt elle voulait que j’aille vite, tantôt lentement, elle demandait que j’aille « tout au fond » ou, a contrario, de maintenir mon gland à l’entrée de son vagin. Elle donnait parfois l’impression de suffoquer jusqu’à ce qu’une grande inspiration soulève sa magnifique poitrine. Elle me réclamait des baisers, je les lui offrais.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Je pris sa main et la guidai vers son clitoris.

Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

Je posai ma main sur la sienne, mes doigts exerçant une pression sur les siens.

– Odette, je vais jouir…

Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

Ému, je me penchai pour l’embrasser quand je remarquai un cercle saillant autour de ses aréoles. Je décidai de les caresser du bout de la langue, pensant naïvement parvenir à retarder mon éjaculation. Odette poussa un charmant petit cri aigu et délicat.

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

N’arrête pas ! N’arrête… pas !

Je me figeai en elle, espérant ne pas débander trop vite, elle arrêta de se caresser, me demanda de le faire à sa place tandis qu’elle se caressait les seins. Nous nous sentions tellement bien que j’acceptai sa proposition, retarder au maximum l’explosion de son plaisir. Je bougeai à peine tant je redoutais sortir de son vagin et, alors que j’avais craint la débandaison, je sentis ma queue redevenir vaillante. Odette s’en aperçut également.

– Merci, Jimmy !

– Y a pas de quoi, Odette !

Quand elle jouit, ma bite était à nouveau dans une forme olympique, mais je craignais d’irriter le sexe fraîchement dépucelé d’Odette, aussi, je me retirai assez vite.

– Tu me montres la p’tite bosse ?

Dans un sourire, je lui fis découvrir le bourrelet à la base de mon gland. Elle l’embrassa avec tendresse.

C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue… !

Durant toute la nuit, je fus secrètement jaloux de l’homme qui aurait la chance de partager sa vie. Odette était avide de plaisirs, curieuse, belle, libre de son corps, de ses pensées, inventive…

J’étais invité au déjeuner dominical chez Martial et ses parents, une journée s’était passée depuis notre nuit, je me demandais quelle contenance je devrais prendre. J’étais tellement troublé par ces heures passées avec Odette que si elle me l’avait demandé, j’aurais fait ma vie avec elle, mais elle s’en tint à notre accord initial. Elle me fit la bise « Oh, t’as l’air en pleine forme dis-moi ! », Louise m’apprit que depuis la boum à laquelle elle avait assisté, Odette se montrait particulièrement insolente sous ses airs angéliques. J’aurais dû être embarrassé de ce mensonge, mais j’étais heureux de le faire.

Peu après, Odette rencontra Bertrand, avec lequel elle eut très vite un premier enfant, puis un autre et enfin un troisième. Quand je m’installai à Lyon, nos liens se distendirent, nous nous envoyions nos vœux de bonne année, un petit mot pour chaque anniversaire, mais j’avais surtout de ses nouvelles par Martial.

Je ne l’ai vraiment revue qu’aux obsèques de ses parents. Leur mort avait été si brutale qu’elle nous a tous anesthésiés. En revenant du cimetière, avant d’entrer dans leur petite maison, je la vis tirant nerveusement sur une cigarette. Avec l’espoir de faire naître un sourire sur ses lèvres, je lui demandai « Comment va ma Princesse ? ».

Odette s’effondra dans mes bras. Je pensais avoir ravivé ses plaies et m’en voulais quand elle m’avoua ce que toute sa famille ignorait encore.

– Tu parles d’une princesse ! Elle a quarante ans et autant de kilos en plus, ta princesse ! Son mari la fait cocue et va emménager à la fin du mois avec une plus jeune et bien plus belle qu’elle ! Monsieur a besoin de découvrir de nouveaux horizons ! Si seulement, j’en avais la possibilité, moi aussi j’aimerais en découvrir, de nouveaux horizons !

– Serviteur !

Je m’étais incliné vers elle, dans la posture requise par tous les manuels de savoir-vivre.

– Te fous pas de moi, chuis pas d’humeur…

J’attrapai ses poings au vol, l’obligeai à me regarder dans les yeux.

Je suis sérieux, Odette ! Tu peux poser des congés rapidement ?

Ça fait six mois que je suis à la retraite !

– Déjà ? Mais…

Enfin, je la revis sourire ! Elle m’embrassa sur la joue.

Flatteur, va !

– Et ton connard de mari, il compte partir quand au juste ?

Le 30… ils emménagent à Cannes.

– À Cannes ? Pff… quel ringard !

Note de Sylvie : Jimmy a interrompu son récit pour s’adresser à Émilie « Avec tout le respect que je dois à ton grand-père ! »

Tu crois que j’ai l’air plus fine, moi, avec mon pavillon devenu trop grand en Seine-et-Marne ?

– D’où l’urgence de te faire découvrir de nouveaux horizons !

– C’est quoi ce regard lubrique ?

– De nouveaux horizons, Princesse !

Mais t’as vu c’qu’elle est d’venue ta Princesse ? C’est facile pour toi, t’as pas changé, t’as gardé ton corps de jeune homme ! Pas un pèt’ de graisse…

J’objectai mollement, sincèrement flatté qu’elle me vît ainsi. Tel un maquignon estimant la valeur d’un bestiau, elle palpa mon abdomen.

– Oui, mais ça c’est pas du gras ! C’est du rembourrage, ça compte pas ! Alors que moi… regarde-moi ça !

Elle me désigna Martial qui se dirigeait vers nous.

– C’est marrant, tout de même… Papa et maman n’étaient pas gros, alors que nous…

– Ça va ? Pourquoi vous n’entrez pas ?

– J’essaie de convaincre ta sœur d’accepter l’idée de découvrir de nouveaux horizons…

– Avec Bertrand ? Ça s’arrange, finalement ? Sylvie craignait que…

– Oui !

– Pas vraiment…

– Oui ou pas vraiment ? Mettez-vous d’accord !

Bertrand me quitte, il déménage à Cannes avec sa pouffiasse.

Odette !

Quoi « Odette ! » ? Laisse-moi le temps de digérer le truc avant de me demander d’être peace&love !

– D’où les nouveaux horizons

– Ah ouais… genre… « Serviteur ! » ?

– Exactement !

– Dédette, tu peux pas refuser !

– Si je te dis « nouveaux horizons », tu me réponds… ?

– Canada

Alors… va pour le Canada ! On embarque à la fin du mois !

– Mais t’es taré ! Complètement taré !

En s’éloignant, Martial nous dit « Je vais leur dire de vous laisser en paix, que vous avez besoin de vous isoler pour parler un peu. Mais savoir que vous arrangez en douce une escapade amoureuse… c’est comme si papa et maman n’étaient pas morts, que Sylvie n’était pas dans le coma… Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir… la vie continue et vous en êtes la preuve ! »

Note de Sylvie : Émilie s’est exclamée « Mais j’y étais ! » et d’une pichenette sur l’épaule de Lucas « Et tu y étais aussi, non ? »

– Oui, vous y étiez, quant à Sylvie, elle a préféré se faire renverser par une voiture et dormir ensuite pendant vingt-sept longs jours plutôt qu’assister aux obsèques de ses beaux-parents !

« La relève » voulut connaître la suite de l’histoire.

– Et alors ? Bah… je l’ai emmenée au Canada pour lui faire découvrir de nouveaux horizons… et voici ce qu’Odette qualifie de « regard lubrique » !

– Euh… oui, mais en même temps, elle a pas tort ! C’est carrément un regard lubrique ! Vas-y, Jimmy, raconte comment vous avez tout mis au point !

Avec les années, le quotidien, Odette avait oublié qu’elle est belle, qu’elle est née belle, qu’elle a grandi belle, qu’elle sera belle jusqu’à son dernier souffle. La femme qu’elle me décrivait n’était pas celle qui se tenait devant moi. Je crus qu’elle l’avait compris quand je la vis esquisser un sourire. Par jeu, je lui en demandai la raison.

– Je voulais savoir… j’avais droit à combien de vœux ?

– ??

Pour les nouveaux horizons… j’ai privilégié la destination, mais…

– Odette ! Je n’aurai jamais la patience d’attendre tout un mois !

Il le faudra bien, Jimmy. Laisse-moi me faire à l’idée que je peux encore être une princesse !

Mais tu l’es ! Tu es une princesse, Princesse !

– C’est peut-être évident pour toi, mais ça ne l’est plus pour moi et depuis belle-lurette ! Laisse-moi me faire à l’idée… j’ai besoin de faire la paix avec moi-même !

Alors, laisse-moi tout organiser, l’attente sera moins pénible…

Elle se hissa sur la pointe des pieds, pour m’embrasser sur la joue, puis, après avoir jeté un bref coup d’œil en direction de la maison, se ravisa « Après tout… » et me roula une pelle. « À tous les coups, je vais passer un mois entier à rêver de statues… ! » Je lui mis une claque sur les fesses.

Note de Sylvie : Jimmy s’en est excusé, mais a interrompu son récit pour passer un coup de fil. Il est revenu, le sourire aux lèvres.

Odette prend le premier vol, j’ai enfin réussi à la convaincre venir ici, parce que la petite Émilie voulait en apprendre plus sur sa grand-mère.

– Mais… pourquoi vous n’avez pas fait votre vie ensemble ?

– Mais parce que mon désir de ne pas avoir d’enfant était aussi fort que le sien d’en avoir ! Quelles aspirations aurions-nous dû réprimer ? Son désir de fonder une famille nombreuse était-il plus ou moins légitime que le mien ?

– Mais, quand vous vous êtes retrouvés, en 2009, ses enfants étaient partis…

– Quarante années avaient passé ! J’ai ma vie, une vie que j’aime par-dessus tout et… si ta grand-mère a de nombreuses et indéniables qualités, la perfection n’étant pas de ce monde, je dois t’avouer qu’Odette est malheureusement atteinte du syndrome de la monogamie ! Je n’ai aucune envie de cacher que je me tripote si je suis excité par le cul de Monique ou par les seins de Cathy… tu vois ce que je veux dire ? Quant à Odette, elle préfère m’avoir sept semaines une fois par an pour elle toute seule qu’avoir à me partager avec d’autres le reste de l’année…

– Attends ! Il n’y a pas eu qu’un voyage ? Sept semaines par an ? ! Mais on l’aurait remarqué ! Dédette ne quitte son appart’ que pour partir en cure !

– Cure qui dure… ?

– Oh putain ! C’est toi la fameuse cure miraculeuse ? Elle en revient toujours en pleine forme et de super bonne humeur !

– Je suis ravi de voir que vous en profitez aussi !

– Oh putain ! Mémé Dédette… une bombe au pieu… oh putain !

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – La playlist du slideshow

En cliquant sur chacune des images, vous pourrez écouter les chansons ou morceaux auxquels pensait Manon pour sa présentation. En cliquant sur cette phrase, vous atteindrez la playlist complète.

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Compte-rendu de la 1ère séance pré-intronisation

Le 24 avril 2019

À la demande d’Émilie, d’Enzo, de Lucas, de Manon, de Pauline et de Vincent, j’endosse une nouvelle fois mon costume de secrétaire pour rédiger ce compte-rendu.

1 – Émilie

a) Le contexte

Je n’avais pas revu Émilie depuis presque vingt ans. Quand elle est entrée, Martial et moi avons eu un choc, pourtant Odette me l’avait avoué « Je sais que ce n’est pas bien, mais de tous mes petits-enfants, Émilie est ma préférée. J’essaie de ne pas le montrer, mais c’est un fait. Il faudrait que tu la voies pour comprendre, que tu la voies en vrai ! »

J’imagine combien ça a dû être pénible pour Émilie d’avoir à expliquer que ce couple ne l’avait pas adoptée, qu’elle était leur enfant biologique, mais fort égoïstement, je me réjouis qu’elle ressemble tant à son arrière-grand-père, qu’elle ait la même couleur de peau que lui, le même nez, la même bouche, mais, comme me l’a fait remarquer Martial, elle a hérité des oreilles de Louise et des yeux d’Odette. J’étais fascinée de voir danser les mains de Jean-Baptiste avec la grâce et la légèreté de celles de Louise…

b) La rencontre

Quand vous êtes arrivés au mas, nous étions installés dans le patio, en pleine discussion avec « la relève », comme nous vous surnommons avec tendresse et bonheur. Elle battait tellement son plein que nous en avions oublié la petite blague de bienvenue que nous vous avions réservée. Fort heureusement, Vincent a eu la présence d’esprit d’en expliquer la teneur « Tu dois deviner qui est qui, mais pour te mettre sur la voie, chacun porte une tenue en rapport avec sa profession ».

En nous voyant, Émilie a éclaté de rire avant de nous reprocher de savoir trop bien cacher notre jeu. Elle a martelé ces mots en les rythmant d’un index rageur.

C’est bien tenté, jeune fille, mais tu n’obtiendras rien par la flatterie.

– Tu sais que ce n’est pas loin de ce que je m’imaginais ? Le chemisier pas aussi ringard, enfin… presque pas aussi ringard, mais c’est pas loin, Sylvie !

Nous l’avons applaudie et je me suis levée pour cocher mon nom sur le tableau prévu à cet effet.

– Ouah, la jupe ! Ah non, c’est pas possible une jupe comme ça ! Cristina Cordula voit ça, elle meurt direct d’une crise cardiaque !

S’en est suivie une discussion animée, vous n’étiez pas d’accord avec nous, qui prétendions qu’elle a un goût de merde et, avec la dose de mauvaise foi nécessaire en la circonstance, nous avons justifié notre avis par un « depuis quand le Brésil peut se targuer d’être le pays de l’élégance ? ». Nous nous sommes tournés vers Alain, notre expert en la matière. Fin diplomate, il a esquivé l’écueil « Je ne voudrais pas me fâcher tout de suite avec la relève… »

Émilie a posé son index sur sa bouche, comme lorsque l’on a la réponse sur le bout de la langue.

– Si j’en crois ton costume et ton air ahuri, tu dois être… Martial. Me gouré-je ?

Martial a sursauté, surpris non pas qu’elle l’ait reconnu, mais qu’elle ait employé la formule dont se servaient Louise et Odette quand elles voulaient le faire enrager. Et sa voix… il suffit de fermer les yeux pour entendre ma belle-mère !

Nouvelle salve d’applaudissements, malgré quelques « Facile ! » qui fusaient ici et là.

– Je ne sais pas trop si tes cheveux sont blancs ou blond platine, mais tes yeux bleus, ta tenue… Sérieux, y a vraiment des profs qui portaient ça ? Ah ! Je comprends mieux pour les branlettes espagnoles… Tu es Monique, la Fille de Mère-Nature !

– Putain ! Le premier surnom qu’elle donne, c’est le mien ! Ça me poursuivra toute ma vie…

Émilie hésitait. Laquelle était Cathy ? Laquelle était Madame ? Elle sourit. Quelle étrange impression de voir le sourire de Louise s’épanouir sur la bouche de Jean-Baptiste ! Elle s’approcha à pas feutrés de Pauline, lui lança un regard enjôleur, la prit dans ses bras, l’embrassa sur l’épaule, fit glisser son baiser jusque dans le cou, passa sa main dans ses cheveux, rapprocha son visage du sien pour l’embrasser à la commissure des lèvres puis se retourna. D’un index désigna Pauline, de l’autre sa grand-mère.

– Madame, petite-nièce de Gentil Coquelicot !

En plus des applaudissements, nous manifestâmes bruyamment notre admiration.

– Bravo !

– Bien joué !

– Boudiou, l’a pas froid aux yeux, la gamine !

– Admirable sens de l’investigation ! Toutes mes félicitations !

Ces deux derniers commentaires permirent à Émilie de nommer le Bavard et Joseph.

– La cravate est un peu too much, mais même sans, j’aurais reconnu le Notaire… tu as une tête à avoir aimé faire beaucoup d’enfants !

Nous en sommes restés muets de stupeur ! Ça a été plus fort que nous, nous nous sommes tous levés pour l’étreindre avant de regagner nos places. Ne restaient que quatre noms, allait-elle faire un sans-faute ?

– Là, c’est facile parce que mémé Dédette a des photos de Martial pendant son service… Lui, là… avec sa pipe qui n’a jamais servi et ses fausses lunettes, c’est la caricature du mec qui est entré à l’école à trois ans et n’en ressortira que les pieds devant, mais même sans ça et sans ton costume dégueulasse, je t’aurais reconnu, Jimmy ! Et toi, à côté de Monique… c’est marrant, t’as les mêmes sapes que Martial, mais ça rend pas pareil…

Je ne suis pas gros !

Mais non, c’est tous les autres qui sont trop maigres, mon Titi !

– Donc toi, à côté de Monique, tu es Jean-Luc, le Harry Potter de la teub !

Monique s’est penchée vers moi, toujours debout près du tableau « Mais… elle est… nous ! » et s’est précipitée pour l’étreindre une seconde fois.

Émilie a hésité.

– Lui, c’est Alain… et le dernier… Christian.

Regards embarrassés et sourires contrits.

– T’inquiète, moi aussi je les confonds tout le temps !

Après avoir obtenu ce qu’elle voulait, c’est-à-dire la promesse d’une bonne leçon pour apprendre à différencier Alain de Christian, Monique ajouta.

– Pourtant, on avait gaffé en l’appelant par son surnom pour lui demander son avis sur miss magnifaïque…

– C’est pas Priape, ton surnom ?

– Euh non… ça fait quarante ans que je suis Brummel au sein de la Confrérie.

– Pourquoi une blouse blanche ? C’est pas Christian l’infirmier ? Tu l’es aussi ?

– Non, mais avant, les dessinateurs industriels se servaient d’encre de Chine… alors, on portait des blouses blanches…

c) Le premier débat

– Lucas m’a dit que je pouvais parler de tout, qu’il n’y aurait aucun sujet tabou, que je pourrai poser toutes les questions, sur Louise et Jean-Baptiste, sur vous, sur la Confrérie, demander des détails. Tout. Tout. Tout. Alors voilà. Moi, ce qui me prend la tête c’est par rapport à Pauline. Je sais qu’elle est amoureuse de Lucas, que c’est réciproque, qu’ils n’ont pas souvent l’occasion d’être ensemble. Sauf que moi, j’ai jamais autant pris mon pied qu’avec lui… et on n’aura pas beaucoup plus d’occasions de nous voir. Mais si ça doit faire souffrir Pauline, j’ai pas envie… j’ai moins envie… Mais en même temps, j’ai pas envie de m’interdire de coucher avec lui… Vous comprenez ? Comment faisiez-vous ?

– Je ne sais pas comment ils faisaient, mais je suis touchée que tu aies envisagé de te sacrifier pour ne pas me faire de la peine. Ce que je déteste, c’est l’hypocrisie. Tu es cash et ça me va. Je reste fidèle à mes convictions, le plaisir que tu prends avec Lucas, tu ne me le voles pas. Et si je devais me sentir mal à l’aise, je vous en parlerais. Comme disent les vieux et comme le disaient les encore plus vieux avant eux « Profite ! Profite, ma fille ! C’est tout ce qui compte ! »

Nous n’avons pu qu’approuver la sagesse de Pauline et Lucas s’est senti soulagé parce qu’il ne veut faire de mal ni à Pauline, ni à Émilie, ni même à Manon « qui occupe pas mal mes rêves aussi ».

– Je me pose aussi une question… à quoi ressemble ta marque ?

– Non mais… tu crois que je vais montrer ma bite à une gamine de la génération Harry Potter ?

Manon s’est aussitôt écriée

– Oh la mauvaise foi ! C’est toi-même qui m’a conseillé de les lire !

– Et alors ? Je te l’ai montrée, ma bite ? Non. Voilà.CQFD !

– Pff t’es vraiment nul ! Viens avec moi, Émilie, je vais te montrer…

Émilie a suivi Manon jusque dans la salle des fêtes. Je savais qu’elle vient régulièrement chez Jimmy depuis qu’elle s’est découvert une passion pour l’histoire, mais je ne la pensais pas autant dans son élément. La porte n’étant pas close et une des fenêtres entrouverte, nous pouvions entendre des bribes de leur conversation, elles tenaient à ce que nous devinions quel album photo, quels clichés les feraient réagir.

– Non ! Ça c’est pas possible ! C’est un trucage ! Non ! Aussi grande, aussi grosse… non !

– Cherchez pas, les filles, des comme moi y en a plus, le moule est cassé !

Pauline a eu un sourire en coin et a conseillé à Alain de ne pas être aussi affirmatif, laissant planer sur sa réplique un parfum de mystère fort mystérieux… Enzo, Lucas et Vincent souriaient entre ironie et fausse candeur.

– Tiens ! Regarde ! C’est la sienne, c’est lui !

– Ah ouais ! On dirait vraiment une cicatrice… ! Et là… c’est… ? Viens, on y retourne !

– J’ai une meilleure idée. Vous venez nous rejoindre ? Parce que j’aurais aussi ma présentation à vous faire, autant qu’on soit confortables !

Quand nous les avons rejointes, Émilie est allée à la rencontre de Monique, lui a parlé à l’oreille, ce qui a fait éclater de rire la Fille de Mère-Nature, qui lui a ébouriffé les cheveux avant de la serrer très fort contre elle.

2 – La présentation de Manon

À l’invitation de Manon, nous nous sommes installés dans la salle des fêtes. Elle nous demanda de patienter quelques instants, le temps pour elle d’achever les derniers préparatifs. Jimmy et Enzo l’aidèrent en apportant de quoi nous hydrater et nous sustenter, pendant qu’elle se changeait. Lucas, Pauline et Vincent regardaient autour d’eux, manifestement surpris, je réalisai qu’ils ne connaissaient de ce lieu que les descriptions que j’en avais faites. Il est loin le temps du projecteur diapo et du drap blanc en guise d’écran !

À nous tous, nous avons eu les moyens de doter notre salle des fêtes de tout l’équipement moderne, mais je n’avais pas pensé à le préciser.

Émilie était en grande conversation avec Monique, le Bavard et le Balafré. Les voir rire, chahuter ensemble me comblait de bonheur, Martial m’embrassa dans le cou.

– Tu te souviens de la dernière fois où je t’ai dit « je t’aime » ?

Oui

– C’était quand ? À quelle occasion ?

Juste avant de démarrer la voiture, quand tu m’as rappelé ma première visite au mas, quand je me suis souvenue qu’on avait fait le trajet complètement nus dans ta R8 et que je me suis déshabillée…

Ma chérie, tu m’épateras toujours !

– Pourquoi, parce que je me souviens d’un truc qui s’est passé tout à l’heure ?

Mais non ! Parce qu’à ton âge avan… parce que tu n’as pas hésité à refaire le trajet complètement nue aux côtés d’un prof à la retraite !

Manon est revenue, s’est installée sur l’estrade, a allumé l’ordinateur et mis en marche le rétroprojecteur.

J’ai fait cette découverte toute seule, je voulais vous la présenter. L’année dernière, j’aurais juste montré les photos, mais depuis que Christian m’a montré comment me servir réellement d’un ordinateur, j’ai eu envie de faire les choses de mon mieux. J’en profite pour vous remercier tous, tous autant que vous êtes, parce que vous m’avez acceptée telle que je suis et vous m’avez permis de découvrir que je vaux mieux que ce que je croyais. J’étais nulle à l’école et maintenant je sais que ce n’était pas à cause de moi, de ma bêtise, mais à cause de l’école et des professeurs qui se plient à un système aberrant. Bon, ça c’est le Balafré qui le dit comme ça… mais en tout cas, même si je n’obtiens jamais mon bac, je ne me dirais jamais « tout ça pour rien », parce que j’ai découvert le plaisir d’apprendre alors qu’avant c’était une corvée. C’est pour ces raisons que j’ai eu l’idée d’intituler ainsi ma présentation.

Comment l’esprit vient aux filles

Les vieux le savent déjà, mais au cas où Pauline ou Émilie ou Enzo ou Vincent ou Lucas l’ignoreraient, c’est le titre d’un conte érotique de Jean de La Fontaine. Il n’est pas en rapport avec ce qui va suivre, mais je le préférais à « Eurêka ! ».

Un soir, qu’on jouait au mémory, Vincent m’a fait remarquer que tous les membres de la Confrérie avaient au moins un truc brodé par Madame chez eux. Je dis un truc parce que ça peut-être un tableau, un coussin ou un tapis de souris… Des questions ?

– Tu parles d’un jeu de Mémory et des intérieurs des membres de la Confrérie. Peux-tu nous expliquer le rapport entre les deux ?

– Très bonne question, Harry ! Nous avons trouvé des clichés en double ou en triple exemplaires de certaines de vos séances photos. Alors, on les mélange et on les pose sur la table, à l’envers, comme pour un jeu de Mémory normal et on doit reconstituer les paires. Celui qui gagne a le droit de proposer la dernière figure à ses adversaires. Personne n’a refusé jusqu’à présent.

Je suis donc allée chez chacun d’entre vous et avec votre autorisation, j’ai photographié vos broderies sous toutes les coutures. Vous m’avez tous laissée faire, sans me poser de question puisque je vous avais dit que c’était pour une présentation que je comptais faire devant la Confrérie. Vincent m’a super aidée et Christian m’a aussi donné des conseils techniques sans le savoir.

En zoomant sur certaines parties, je me suis aperçue que toutes les broderies avaient un motif en commun, plus ou moins gros, plus ou moins caché alors que les couleurs des broderies, les thèmes et le style variaient suivant les membres.

J’ai adoré chercher, zoomer, espérer, être déçue puis finalement récompensée quand je trouvais enfin. J’aimais quand le motif me sautait aux yeux, mais je crois que j’aime encore plus les motifs qui m’ont donné du fil à retordre, comme dit Madame.

Nous avons applaudi si fort la présentation de Manon, nous lui avons manifesté si bruyamment notre enthousiasme et nos félicitations, qu’elle nous a reproché de vouloir la faire chialer.

À la question « Quel motif t’a donné le plus de fil à retordre ? », Manon a répondu « Le plus difficile était le plus facile à trouver, mais je ne savais pas ce que je devais chercher… C’est ça que j’ai aimé, partir à la recherche d’un truc sans être sûre qu’il y en ait un… me fier à mon intuition… et quand j’ai vu le premier, j’étais sur le cul ! Plus je connais Madame, plus je… Sous ses airs de mémé coincée, c’est la plus teug de vous tous ! »

Remarque d’Alain : On écrit « thug »

Remarque de Sylvie : Elle a dit « teug »

Remarque d’Alain : N’empêche que ça s’écrit « thug »

Qu’est-ce qui te faire dire ça, petite Manon des sources ?

– Par exemple, elle a caché le motif dans un détail de la broderie pour tous les membres de la Confrérie, sauf pour elle. Attendez ! Je vais vous montrer !

Manon est allée chercher la broderie de Jimmy, un tableau dans les tons sépia, un poilu assis à une table, une lampe pigeon répand une faible lueur sur ce qui semble être des lettres et des photos éparpillées. Une de ces photos représente ce fameux motif, qui ne doit pas mesurer plus de 2 cm sur 3. Tout en appuyant sur ce point, Manon poursuivit.

– Alors que chez elle, c’est le motif principal du tableau ! Et qu’il est dans son salon.

– N’importe quoi ! Je l’aurais vu !

– La preuve que non, Pauline ! Même Vincent ne l’avait pas remarqué !

– Et il est où dans le salon ?

– Sur le guéridon du côté de la porte.

– Celui où il y a le crucifix ? Le chapelet de sa communion et Sainte-Mir… Oh putain ! Oh putain ! Oh… putain !

Madame était rouge vif, elle resplendissait de susciter ainsi l’admiration de ces gamins dont deux de ses petits-enfants.

Jimmy proposa à « la relève » de leur laisser la jouissance du corps principal du mas et de notre côté, aller finir la journée dans les dépendances, à condition toutefois qu’ils nous prêtent leur mémory.

– Avec Vincent, on était tellement sûrs que vous alliez nous demander ça, qu’on vous en a fait un rien que pour vous !

– Et avec plus d’images…

Dont « la figure Rosalie » !

– Et « Colin-Maillard » ! Et « Mes hommages, Madame ! »

Ils nous ont remis notre jeu et nous sommes partis rejoindre les dépendances alors que le soleil n’était pas encore couché. Nous évaluions les chances de victoire de chacun quand Martial s’est déclaré certain qu’une fois de plus, j’allais l’épater. C’est pour cette raison qu’en l’entendant éclater de rire et hurler un « Je t’aime » retentissant, vous avez regardé par la porte de la salle des fêtes et que vous m’avez vue traverser la cour complètement nue.

Je vous propose de rédiger ainsi un compte-rendu pour chaque séance de pré-intronisation à la Confrérie du Bouton d’Or.

La Fiancée

Pour écouter la sélection musicale de Manon, cliquez ici

Merci pour le chocolat ! Compte-rendu de la deuxième séance de pré-intronisation

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Évidences et coïncidences

Le 11 avril 2019

Mon petit Lucas,

Si j’ai bien compris ce que tu m’expliquais dans ta lettre, tu as participé à une soirée, de celles où les garçons ne sont pas timides et les jeunes filles peu farouches. Un des participants s’est réjoui de l’arrivée d’une nana « qui assure au pieu » et quand il te l’a présentée, tu as réalisé qu’il s’agissait d’Émilie. Après un moment de gêne que je comprends aisément, elle t’a demandé de la fermer, parce qu’elle ne veut pas que sa famille connaisse ses appétits sexuels. C’est pour cette raison qu’elle participe à ce genre d’événements à l’unique condition qu’ils se déroulent à des centaines de kilomètres de Paris, où elle habite.

Quand elle t’a demandé si tu imaginais la gueule de vos parents, s’ils l’apprenaient, tu lui as répondu que tu imaginais mieux celle de tes grands-parents. Émilie a éclaté de rire et a chambré l’austérité des fonctionnaires de l’Éducation Nationale, la petite conne ! C’est à ce moment qu’a débuté une « animation big bisou » et quand l’animateur a annoncé les bisous coquins, vous n’avez pas voulu vous arrêter. Tu as aimé glisser ton visage sous sa robe, tu as aimé le goût de son sexe, même si tu l’as à peine léché, tu as aimé quand à son tour, elle t’a sucé et tu as eu les boules d’avoir regretté que ça ait duré si peu de temps.

Vous avez passé le reste de la soirée ensemble, unis par le secret de vos liens familiaux. Vous flirtiez, en ayant la bonne excuse de l’ambiance, de la thématique de la soirée, une partouze entre étudiants sans conséquences.

Émilie pensait terminer la nuit dans le lit d’un inconnu, elle n’avait donc pas réservé de chambre d’hôtel. Tu lui as proposé de l’héberger dans ton petit studio. Aussitôt chez toi, le désir vous a enflammés, mais vous n’aviez plus aucune excuse pour nier la réalité de cette pulsion. Émilie avait les larmes aux yeux et ses mains tremblaient quand elle a voulu se justifier. « Je ne suis pas une perverse, j’en ai honte, mais j’ai envie de toi ! Que va-t-on faire ? »

Tu as fini de la convaincre avec tes arguments d’un pragmatisme à toute épreuve, « dans la mesure où on ne se reproduit pas… et puis, la consanguinité… notre métissage d’origine… de toute façon, on veut juste se faire du bien, pas se marier, non ? »

Elle a alors remarqué, le début d’une lettre que tu m’écrivais et a voulu savoir si c’était pour mon anniversaire. Tu lui as répondu que non, que c’était bien plus fort, bien plus beau, bien plus incroyable que ça. Mais tu as refusé de lui en dire davantage tant que je ne t’aurai pas délivré de ta promesse de tenir ta langue.

Tu m’écris qu’avec Émilie, tu as pris un plaisir incroyable quand vous oubliiez vos liens familiaux, mais qu’il était bien plus fort quand vous vous en souveniez. Elle est repartie pour Paris, vous hésitez à vous revoir alors que vous en crevez d’envie.

Tu me demandes de te délier de la promesse que tu m’as faite. Je vais faire mieux que ça, je vous invite à passer quelques jours chez nous. Émilie peut nous téléphoner, si elle a besoin d’une confirmation. Elle devait avoir 5 ou 6 ans la dernière fois que je l’ai vue, je suppose qu’elle a bien changé depuis !

J’en profite pour t’en raconter un peu plus sur vos arrière-grands-parents, tu pourras lire ce souvenir à Émilie, voire le lui faire lire quand vous serez dans les bras l’un de l’autre. J’en ai parlé à Martial et aux membres de la Confrérie, nous n’y voyons aucune perversion. Vous auriez parfaitement pu ne pas vous connaître, vous désirer avec la même ardeur, jouir l’un de l’autre avec la même puissance, entamer une liaison, la poursuivre pendant des mois avant de réaliser que vous aviez deux arrière-grands-parents en commun sur les huit dont vous descendez ! Et ces deux aïeux étaient tout sauf consanguins !

La famille, c’est avant tout celle avec laquelle on tisse des liens, on entrecroise des souvenirs, ce n’est pas qu’une affaire de génétique ! Dès que j’ai connu les parents de Martial, ma famille s’est agrandie, je l’ai senti physiquement. Martial et moi avons eu la chance exceptionnelle de partager ce sentiment, puisqu’il adopta ma famille avec la même évidence qu’il fut adopté par elle, dès leur rencontre.

Quand j’ai eu la certitude d’être enceinte, passé ce court instant de flottement quand se déroule le film de toutes les perspectives que cette nouvelle promet, Martial et moi avons ressenti le besoin de partager notre bonheur avec ses parents.

Louise a ouvert la porte, elle a posé ses mains sur ses joues, ouvert grand la bouche de surprise et ses yeux m’ont inondée de bonheur. Comme à chaque fois, nous ne nous étions pas annoncés, parce que ça faisait partie de notre rituel. Notre arrivée inopinée. Leurs reproches. Nos embrassades et nos éclats de rire.

Louise s’est tournée en direction du salon « R’gard’ donc qui voilà ! » avant de s’effacer pour nous laisser entrer. J’avais à peine franchi le seuil qu’elle caressait mon ventre et me souriait comme une gamine qui découvre un bonbon sous son oreiller en plus de la pièce laissée par la petite souris.

Jean-Baptiste mit plus de temps à comprendre, mais il faut dire que Louise nous posait tant de questions sur Paris, nos boulots respectifs, sur Julien « Et ça se passe comment à l’école ? » « A-t-il repris un peu de poids ? Je l’ai trouvé bien maigrichon la dernière fois » et patati et patata ! Ce n’est qu’à l’apéro qu’il réalisa. Louise venait d’ouvrir une bouteille de Vouvray, j’hésitai à prendre le verre qu’elle me tendait « C’est du bonheur, ça ne peut pas vous faire de mal, ma fille ! » Il nous regarda, incrédule.

– Mais… mais… comment vous avez fait ?

Je souris à Martial « On leur montre ? » et nous éclatâmes de rire. Jean-Baptiste me demanda la permission de toucher mon ventre. Il y posa sa main, regarda son fils en lorgnant ostensiblement vers mon décolleté tout en haussant les sourcils d’un air entendu.

– Les nichons ! Les nichons ! On dirait qu’il n’y a que ça qui les intéresse, les nichons ! Tu vois, ma fille, quel que soit leur âge, ils en reviennent toujours à ça. Aux nichons !

– Et les femmes, hein ? C’est quoi qui les intéresse chez les hommes ?

– Les yeux.

J’avais répondu en même temps que Louise et ce fut comme si l’air s’était soudain chargé de bonheur.

– Tu as annoncé la bonne nouvelle à ta sœur ?

– On n’allait pas vous priver de ce plaisir !

Louise et Jean-Baptiste se regardaient, comblés, comme paralysés par le bonheur.

– Vous attendez le déluge ou quoi ? Faut que je vous fasse le numéro ?

J’adorais les regarder téléphoner, avec cette joie toute simple des gamins découvrant un jouet. Les rôles étaient bien définis. Louise décrochait le combiné. Attendait la tonalité. Composait le 1. Puis le 6. Attendait l’autre tonalité. Puis, sous la dictée de Jean-Baptiste, faisait tourner le cadran « C’est qu’on a l’inter, par chez nous ! »

À chaque fois, après quelques secondes, Louise posait sa main sur le micro « Ça sonne… » comme s’il avait pu en être autrement ! Jean-Baptiste refermait le bloc-répertoire, le reposait sur le buffet avant de prendre l’écouteur et le porter à son oreille.

– Allô, Odette chérie ? C’est maman ! Devine qui est venu à la maison… Oui ! Et devine la bonne nouvelle qu’ils nous ont apportée ! … Euh… non… enfin… je ne crois pas…

– Une bonne nouvelle, Odette ! Maman t’a dit une bonne nouvelle !

Louise fronça les sourcils, se renfrogna exagérément, avant d’écrabouiller le pied de son époux sous le sien, elle retrouva aussitôt son sourire.

– Oui ! Depuis le temps qu’on attendait ça ! Oui ! Ne quitte pas, je te passe Sylvie…

Jean-Baptiste voulu dire quelques mots à sa fille, mais Louise lui arracha le combiné des mains « Tu t’appelles Sylvie, toi, maintenant ? » et me le tendit. Avant même que je me pose la question, Louise et Jean-Baptiste se bousculaient à coups d’épaules sous le regard affligé de Martial. Le téléphone raccroché, ils s’excusèrent auprès de moi « On ne savait pas notre numéro de duettistes tellement au point que tu pouvais y croire ! »

– J’ai vraiment cru que… la grossesse ne me rend pas plus intelligente, on dirait…

– Mais tais-toi donc ! Ça fait… pffff… des années qu’on fait semblant de se quereller, qu’on s’amuse, qu’on se…

– Que vous vous ?

– Tout a commencé pendant notre nuit de noces, tu te souviens, ma chérie ?

– Pourquoi ai-je la sensation que tu vas réécrire l’histoire et la tourner à mon désavantage ?

J’interrogeai Martial du regard, il était aussi surpris que moi et ne voyait pas à quoi ses parents faisaient allusion.

– Je m’étais imaginé, pour la première nuit que nous passerions ensemble, dans le même lit, que Louise m’offrirait du romantisme, mais…

– Votre première nuit ensemble ? ! Mais tu n’étais pas enceinte de Martial quand vous vous êtes mariés ?

– Certes, mais Louise et moi n’avions pas passé une seule nuit ensemble, dans le même lit.

– On savait se tenir !

Louise avait dit ces mots en gigotant comme les commères se rengorgent quand elles se sentent fortes de leur bon droit. Comme j’aimais leur complicité, leur humour ! En les côtoyant, j’ai toujours su qu’il nous serait possible, à Martial et à moi, de vivre une histoire aussi belle.

– Excuse-moi encore, mais tu as précisé « pas une seule nuit ensemble, dans le même lit » cela signifie…

– Ne nous égarons pas ! Je te racontais la surprise que m’a réservée ta belle-mère lors de notre nuit de noces, quant à toi, Louison chérie, ne t’avise pas de m’interrompre ! Comment pensez-vous que je l’ai découverte ?

– Mais… c’est toi qui m’avais demandé !

– Louison, ne m’interromps pas ! Je voulais dire sexy… aguicheuse… séduisante et charmante…

Fallait me le demander comme ça, alors !

Tss… tais-toi donc ! La réalité c’est que t’as failli me faire mourir de peur pendant ma nuit de noces ! Et réfléchis… si j’avais eu une chandelle à la main, hein ? Il se serait passé quoi quand j’ai sursauté de peur ? Mes enfants, je vous fais juges. Imaginez-vous la scène… la chambre est dans l’obscurité la plus totale, j’avance à pas de loup, une lampe torche à la main… Arrivé près du lit, je soulève le drap… Pour trouver une créature à quatre pattes, une pomme dans la bouche et poussant des petits cris porcins !

– Tu voulais passer ta nuit de noces avec une petite cochonne !

– Maman ! C’était votre nuit de noces !

Mais Martial, c’était aussi les restrictions ! J’ai des circonstances atténuantes ! As-tu idée de comme on crevait de faim sur Paris ? En plus, Jean-Baptiste n’était plus soldat ! En 1945, on avait faim, on avait froid, on manquait de tout, d’absolument tout ! Et avec le débarquement, je ne pouvais plus compter sur un petit colis de la famille restée en Normandie ! Quand il m’a demandé de faire ma cochonne, j’ai cru qu’il voulait… je sais pas moi… oublier la guerre, les restrictions… rigoler comme si trouver à manger n’était plus un problème… comme si manger n’était plus une obsession !

– Ta mère n’a pas tout à fait tort et puis… elle n’était pas aussi délurée qu’elle l’est devenue !

– Et t’étais bien content pour la pomme, finalement !

C’est vrai qu’après les efforts qui ont suivi, j’ai eu besoin de réconfort !

– Et pis… elles étaient mignonnes, mes petites oreilles de cochon !

– Pour ça oui…

– Oh, papa, mais tu rougis !

– Je me demande bien où elles sont passées, d’ailleurs… À ton avis, ma fille, où aurais-je bien pu les fourrer ?

Nous nous émerveillions souvent de notre logique commune en matière de rangement, de classement. Je réfléchis quelques instants.

– À ta place… Puisque les enfants sont partis de la maison et ne risquent pas de tomber inopinément dessus… et que ça a quand même un rapport… je dirais à côté du livret de famille.

Satisfaite, Louise fit claquer sa main sur le dessus de la table avant de me désigner comme sa digne héritière. Elle ouvrit le tiroir, en sortit un grand mouchoir qu’elle posa sur la table avant de le déplier délicatement, un mélange de crainte et de fierté dans le regard. J’étais émerveillée par la fraîcheur toute enfantine de cette coiffe ! Deux triangles rose, idéalement cornés, reliés par un ruban rouge.

J’ai fait avec les moyens du bord ! J’ai trouvé du carton assez épais… pis un peu de tissu que j’ai teint avec les moyens du bord… du mercurochrome que j’avais dégoté… après, j’ai cousu les morceaux de tissu autour des formes en carton… et j’ai surjeté le tout avec un rang de mailles serrées… tu vois ? Et je les ai fixés… à la bonne… place…

Tout en m’expliquant, elle avait mimé chacune des étapes et la voir ajuster ses adorables petites oreilles me ravissait. S’apercevant soudain que nous la regardions attentivement, elle voulut faire marche arrière.

– Il faut dire que j’étais un rien jeune… à mon âge, tout ceci serait d’un ridicule achevé !

– Je n’en crois pas un mot, Louise ! Je n’en crois pas un mot !

Après un regard à sa femme pour s’assurer de son approbation, Jean-Baptiste posa une de ses mains sur la mienne et l’autre sur l’avant-bras de Louise.

– S’il est une chose qui ne nous a jamais quittés, c’est bien notre goût du jeu. Prendre les choses au sérieux, c’est leur donner le pouvoir de devenir tragiques… et des tragédies nous en avons assez traversé pour ne pas nous en inventer de nouvelles ! Regarde-nous ! Si nous n’en avions pas ri, nos différences nous auraient éloignés l’un de l’autre ! Que savait une petite Normande exilée à Paris d’un soldat africain venu libérer la France ? Et moi ? Que savais-je de la métropole ? De son climat ? De ses habitants ? De sa nourriture ? Sais-tu qu’il m’a fallu pas mal de temps avant de remarquer que vous n’aviez pas tous la même couleur de peau ? De cheveux ? Pour les yeux, je le savais déjà puisque les blancs auxquels j’avais eu affaire au pays avaient pour la plupart les yeux marron, mais certains les avaient bleu. Quand j’ai rencontré Louise, de nombreux bals fleurissaient un peu partout…

– Faut dire qu’on en avait été privés pendant toute l’Occupation !

– J’avais été arrêté par la foule des danseurs quand j’ai entendu le rire d’un groupe de jeunes filles… comme des moineaux… si les moineaux savaient rire… je me suis retourné… j’ai vu une belle jeune femme devant moi, mais c’en est une autre qui a pris ma main et m’a invité à danser. Au pays, j’étais le boy d’une famille de colons et dans les tâches qui m’étaient assignées, je devais faire danser ces dames en cas de défection d’un de leurs cavaliers habituels… Mais si je savais valser, j’ignorais tout de sa version musette… La gamine me dit « Ne me dites pas que vous êtes un espion à la solde de Hitler venu, habilement grimé, depuis Vienne ? » Je regardai ce petit bout de femme avec son minois, son joli sourire et ses yeux pétillants. Je la serrai plus fort contre moi et lui murmurai à l’oreille « Vous m’avez démasqué ! »

Martial connaissait l’histoire de leur rencontre et me l’avait racontée, mais j’en ignorais tous ces détails.

– Nous avons passé la soirée ensemble, puis j’ai dû rejoindre mon casernement et Louise la petite chambre où elle logeait. Nous nous sommes promis de nous revoir…

Et nous avons tenu parole !

– Avant de nous séparer, nous avons décidé d’écrire chacun de notre côté, quelques mots pour exprimer notre pensée à l’évocation de cette soirée, et de nous les échanger à notre prochain rendez-vous…

– Qui était prévu le lendemain !

– Et… regardez !

Sortant son portefeuille de la poche intérieure de son veston, Jean-Baptiste l’ouvrit, souleva délicatement une photo où il posait fièrement avec femme et enfants sur une banquette d’un bateau-mouche, et en sortit un bout de papier qu’il déplia précautionneusement avant de nous le tendre. Il regarda sa femme avec un amour infini. Martial ignorait tout de cette partie de l’histoire, sa main tremblait d’émotion en lisant les premiers mots que sa mère avait écrits à son père. « J’aurais voulu que tu ne t’arrêtes jamais de parler. Quand tu parles, tes mots, ton accent ont la saveur de la paix. Quand tu parles, c’est comme si moi aussi je pouvais croire en un avenir radieux. Si tu dois partir, reviens-moi vite, pour me parler encore longtemps. Louise ».

Il y avait des surcharges et des ratures, mais quelle magnifique déclaration d’amour ! Je levai des yeux embués d’émotion vers Louise et lui demandai ce que contenait le mot de Jean-Baptiste.

Hélas, ma petiote… figure-toi que je n’en sais rien ! Il a dû tomber de ma poche… celle de mon manteau, où je l’avais mis, afin de le lire tranquillement, au calme seule dans mon lit… et sur le chemin du retour, il a dû tomber…

Toute dépitée de cette déconvenue qui lui avait interdit de lire les premiers mots que Jean-Baptiste lui avait écrits, je commençais à imaginer ce que ce jeune soldat avait pu coucher sur le papier, quand Louise me sortit de ma rêverie en tapant du poing sur la table.

– Mais non, pomme à l’eau ! Comment as-tu pu croire une seconde à ces sornettes ? ! Regarde, même Martial, la candeur même… Allons, Martial, tu ne peux pas le nier ! Même Martial ne s’y est pas laissé prendre !

Ma chérie, quand ma mère t’explique qu’elle s’est montrée patiente, qu’elle a fait quelque chose tranquillement, calmement, elle ne peut que mentir !

Louise apporta un vieil agenda, recouvert d’une toile brodée, qui avait dû être verte, or et rouge ; le vert et l’or s’étaient fondus dans une sorte de caca d’oie immonde et le rouge oscillait entre le carmin et le “cuisse de nymphe émue”, je ne distinguais pas le motif. Elle l’ouvrit pour en extraire une enveloppe qu’elle nous tendit. « Ma chère… Je ne connais même pas ton prénom ! J’ai tellement bavardé que j’ai oublié de te le demander. Je m’en excuse, mais je ne me suis jamais senti aussi bien qu’à tes côtés. À des milliers de kilomètres de ma maison, dans un pays que je ne connaissais que par les leçons du maître d’école, je me suis senti chez moi, parce que tu étais à mes côtés. Je ne pense qu’à cette sensation, que mon chez moi est et sera avec toi. Je me prénomme Jean-Baptiste, mais tu peux m’appeler Baron Hans-Battistte von Machinchose, si tu préfères »

– Tu comprends comment il m’a séduite ? Le sentiment d’avoir eu une chance incroyable en le rencontrant ?

Tu te souviens de votre premier baiser ?

Notre premier baiser ?

– Votre premier vrai baiser, quoi !

Vrai… tu veux dire ?

Elle regardait ses cuisses, celles de son mari. Martial précisa ma pensée.

– La première fois où vous vous êtes roulé une pelle.

– Ah… notre premier baiser, quoi…

Elle avait dit ces mots avec un air si désabusé, je pensais que ça cachait quelque chose avant d’avoir un hoquet de surprise en comprenant sa plaisanterie. Louise feignit de ne pas le remarquer et poursuivit son récit.

– Je me demandais à quoi ressemblerait son baiser comparé à ceux que j’avais déjà échangés… mais pas parce qu’il était noir, simplement parce que j’attendais… la prédiction…

– La prédiction ?

Il faut que tu leur expliques, Louison, sinon…

Avant d’être envoyée à Paris, j’ai été voir une diseuse de bonne-aventure pour qu’elle me prédise mon avenir. Elle m’a demandé si je voulais connaître le professionnel ou le sentimental. Le professionnel, j’en avais une idée puisque je serai bonne à tout faire, c’était le sentimental qui m’intéressait ! Et fichtrement ! Allais-je connaître l’amour ? À quoi, le reconnaîtrais-je ? Comment savoir si c’est le bon ? Elle m’a répondu que l’amour croisera mon chemin, que je le saurai dès notre premier baiser, nos humeurs mêlées faisant vibrer mes viscères en un feu d’artifice continu.

– Ouah ! Précise, la prédiction, maman !

Je sais bien, c’est crétin, mais le fait est qu’elle s’est avérée exacte, cette prédiction ! J’avais embrassé plusieurs autres garçons… surtout depuis la fin août, mais…rien… rien de rien… pourtant, à chaque fois, j’avais l’espoir… et pis, j’ai cru que j’avais trop embrassé pour pouvoir le reconnaître… que ça s’était… usé. Mais à notre premier rendez-vous, au cinéma, quand on s’est embrassés, j’ai ressenti ce feu d’artifice exploser dans mes viscères ! J’aurais voulu que ce baiser ne cesse jamais. Jean-Baptiste a passé la main dans mes cheveux et m’a demandé si j’avais ressenti comme un envol d’hirondelles au plus profond de moi…

– Et savez-vous ce qu’elle m’a répondu ? « Je ne suis pas bien sûre de les avoir toutes comptées » et elle m’a embrassé en me demandant de garder mes yeux ouverts…

– Nous nous retrouvions parfois dans ma chambre de bonne, mais nous devions faire très attention parce que si quelqu’un nous avait démasqués, c’en était fini de mon travail et de mon logement ! Nous usions de mille ruses, ce qui, je dois l’avouer, ajoutait un soupçon de piment. Nous n’avons pas… tout de suite… j’étais encore vierge… je voulais être sûre… Ça l’arrangeait bien aussi… On a pris le temps de connaître nos corps, de les regarder, de les toucher, de les sentir, de les goûter…

– Parce qu’il a fallu… tu sais, dans nos rations… pour calmer les pulsions de ces bêtes sauvages qu’on était censés être…

– Arrête avec tes histoires de bromure à la noix ! La vérité, c’est que t’étais aussi puceau que moi et que ça t’arrangeait bien qu’on prenne notre temps !

– Quoi ?! Papa, à vingt-deux ans t’étais encore puceau ?!

– Presque puceau. Presque. Nuance !

– Comment ça « presque puceau » ? T’avais couché avec une fille ou pas ? Tu l’avais fait ?

– Je l’avais fait… En imagination. Ça compte aussi, non ?

Martial était plus choqué d’apprendre le dépucelage tardif de son père que de savoir que sa mère avait embrassé tant de jeunes hommes dans l’espoir d’y reconnaître son prince charmant.

– Mais en tout cas, ça nous a permis de savoir avant de le faire, que ça se passerait bien. Je ne craignais pas que son membre d’ébène me fasse du mal, puisque je savais déjà tout le plaisir qu’il pouvait m’offrir. Tu te rappelles la première fois où j’ai vu ton sperme ? Il m’a demandé si j’étais étonnée qu’il soit blanc. Je lui ai répondu de ne pas me prendre pour une idiote, que j’étais une fille de la campagne et que la semence d’un mâle ne dépendait pas de la couleur de sa robe ! Il m’a dit « Parce que je suis un animal à tes yeux ? » Je n’ai pas compris de quoi il voulait parler, je lui ai répondu « C’est bien ce que nous sommes, non ? Des mammifères ! Le lait avec lequel les femelles nourrissent leurs petits est blanc, quelle que soit l’espèce, comme la semence des mâles qui les ont engendrés ! » Tu t’en souviens ?

– Non. Bien sûr que non ! Bien sûr que je ne me souviens plus du jour où j’ai compris que je ne serai jamais un nègre à tes yeux, que ce que tu voyais, c’était l’homme derrière l’enveloppe corporelle ! Bien sûr que j’ai oublié cette sensation ! L’Éden, Adam et Ève. Je suis Adam. Voici mon Ève. Et le Paradis terrestre, c’est quand nous sommes ensemble.

– Et vous avez… patienté longtemps ?

– Au moins un mois ! Euh… 17 jours, ça c’est sûr ! Pourtant on se voyait presque tous les jours… les soirs… et on se taquinait…

Tu me taquinais ! Je ne connaissais presque rien au jazz, aux danses modernes, ma Louison dansait merveilleusement…

– Je n’ai jamais tant aimé danser qu’avec toi ! Même si t’as mis du temps à le retirer…

– À retirer quoi ?

– Le manche à balai qu’il avait dans le cul ! Il dansait bien, mais d’une raideur…! Alors, je le chatouillais pour qu’il se décoince… Pas la peine de me faire les gros yeux ! Oui, je le chatouillais aux parties sans que personne ne le remarque… ou je lui disais des mots doux à l’oreille pendant les slows…

– Papa ! Tu rougis encore !

Je vais suivre les conseils avisés de Martial et arrêter là ma lettre en te précisant que si toi et Émilie souhaitiez savoir ce que Louise chuchotait à l’oreille de Jean-Baptiste, vous n’auriez qu’à venir passer le week-end pascal avec nous, en Provence. La fin du récit vous y attend déjà. Je vous embrasse très fort,

Sylvie, “La fiancée”

PS : Si vous voulez passer quelques jours ici, nos maisons sont assez spacieuses pour vous y accueillir.

Quel suspens haletant ! À suivre, donc 😉

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : À cœur vaillant, rien d’impossible !

Le 29 mars 2019

Mon petit Lucas,

Pauline est arrivée, porteuse de ta requête, au beau milieu de notre tournoi de strip-tarot, dont je te laisse deviner les règles ainsi que la finalité.

Un des avantages de la retraite, de la vieillesse tient au fait que les enfants ont quitté la maison et que nous pouvons en profiter pleinement. Enfin !

Comme elle a dû te le raconter, elle était venue à l’improviste, rendre visite à ses grands-parents, le Notaire et Madame et a été surprise quand le Bavard lui a ouvert la porte. Il lui a expliqué que la Confrérie du Bouton d’Or était en pleine réunion.

– Si tu tiens à les voir maintenant, finis d’entrer, mais on fait un strip-tarot et ils ne jouent pas aussi bien que moi ! Si j’ouvre cette porte… ils sont tous à moitié à poil…

Pauline a regardé son grand-père droit dans les yeux. Le Bavard a ouvert la porte du grand salon et nous a annoncé « Mesdames et messieurs, consœurs et confrères : la relève ! »

Nous avons tous sursauté. Jimmy ne portait plus que sa chaussette gauche. Joseph n’avait eu à retirer que sa cravate. Martial avait déjà ôté son pantalon. Le Balafré était complètement nu, mais il faut dire qu’il ne portait que son maillot de bain au début de la partie ! A contrario, Alain porte toujours toute une gamme d’accessoires vestimentaires, il devrait perdre toute la soirée avant qu’on puisse distinguer le moindre cm2 de sa peau ! Rien que pour nous faire chier puisque, circonstance aggravante, il joue super bien, presque aussi bien que le Bavard dont je me demande si je l’ai vu une seule fois perdre au tarot ! En règle générale, Christian joue plutôt bien, mais à l’arrivée de Pauline, il était aux 3/4 nu.

Monique l’était totalement, mais à l’instar du Balafré, elle ne portait qu’un seul vêtement au début du tournoi. Une vieille chemise de Christian. Leur chemise porte-bonheur parce qu’elle lui permet de perdre dès le premier tour. Dire que Monique aime être nue serait un doux euphémisme ! Ce n’est pas uniquement par goût de l’exhibition, elle aime beaucoup sentir l’air sur sa peau, il lui est même arrivé de prendre son vélo, au beau milieu de la nuit et de rouler totalement nue jusqu’à la petite crique, à une douzaine de kilomètres, rien que pour le plaisir de sentir la fraîcheur de l’air provençal sur sa peau, de l’eau quand elle nage et de rentrer au village, au mas ou chez l’un ou l’autre de ses confrères et de réveiller son prince, sa princesse charmante en lui faisant goûter sa peau salée. Fidèles aux volontés de ses grands-parents, sa porte n’est jamais fermée à clé. Tu ne peux pas t’imaginer le nombre de fois où, passant chez elle à l’improviste, je l’ai trouvée, totalement nue, penchée sur des copies qu’elle corrigeait.

Cathy n’avait ôté qu’un seul de ses longs gants de cuir. J’étais déjà à moitié dévêtue et Madame était présentement en train de dégrafer son soutien-gorge. Je ne saurais te dire qui de la grand-mère ou de la petite-fille a rougi le plus violemment ! Ce qui déclencha une salve d’applaudissements. Quel bonheur de constater qu’elle a hérité de cette particularité ! Le Bavard l’embrassait comme du bon pain.

Elle s’est assise, c’était une des raisons de sa visite. En lisant les exploits de Madame, elle avait voulu lui dire qu’elle aussi rougissait. Pauline nous a regardés les uns après les autres, comme un prof vérifie qu’il ne manque personne avant de débuter son cours. Satisfaite, elle a pris une profonde inspiration et s’est tournée vers le Bavard.

– Et puis… Vincent et moi… on aime bien commenter pendant…

Elle nous a ensuite expliqué la mission que tu lui avais confiée, cette lettre dans laquelle tu demandais à Madame, puisque je t’ai raconté certains de ses scenarii, de m’inciter à faire de même avec l’une de mes saynètes. Tu as cru bon d’ajouter « Si vous pensez qu’elle en aura le courage ». Sache, petit impertinent, puisque tu lui donnais du « chère consœur », que primo, au sein de la Confrérie, on se tutoie et que deuzio, quand on me lance un défi, je le relève !

Salle des profs

Deux tables. Sur l’une, une vieille ronéo, une pile de tracts, une ramette de papier vierge, quelques stylos, rouleaux de scotch, paires de ciseaux. Sur une cloison de vieilles affiches syndicales, divers papiers punaisés et autres autocollants. Autour de l’autre table, quatre chaises, sur l’une est assis le Bavard, sur une autre Christian, sur la troisième Martial. Alain fait son entrée, manifestant son incrédulité outrée en parlant plus fort que nécessaire.

– Non, mais… vous connaissez la dernière ? Une bonne-sœur ! Ils ont recruté une bonne-sœur comme C.P.E. ! Dans un établissement public !

– Qu’est-ce que tu racontes ?

– J’ai entendu le Proviseur prononcer « Je suis ravi de vous avoir comme conseillère principale d’éducation, sœur Marie-Thérèse » On ne peut pas laisser passer ça !

Ils évoquent alors l’idée d’une pétition, se proposent d’alerter la F.C.P.E., les parents ne pouvant que les approuver, d’agiter la menace d’une grève, quand je fais mon entrée.

S’ils portent tous leur uniforme CAMIF, costume en velours marron côtelé, chemise à carreaux, je porte une robe droite, très stricte, comme les vieilles blouses des professeurs de sciences naturelles.

– Messieurs, bonjour !

Me tournant vers le paperboard disposé entre les deux tables, un feutre à la main, je poursuis.

– Avant toute chose, mon nom de famille s’écrit Thayriez, c’est pour cette raison que mes parents m’ont prénommée Sœur-Marie… ils ont toujours eu un humour de merde…

Me retournant pour leur faire face, j’ouvre ma robe, dévoilant mon corps nu.

– Lequel d’entre vous me fera rire ?

Les quatre lèvent le doigt « Moi ! Moi ! Moi, m’dame ! ». Je m’allonge sur la table, les cuisses écartées, les pieds ballants. Je ferme les yeux et leur demande de se présenter, tout en admirant mon sexe offert à leur vue. L’un après l’autre, ils défileront entre mes cuisses et attiseront mon désir « en faisant preuve d’humour, d’originalité et de professionnalisme ». Celui qui aura le mieux réussi l’exercice aura le droit de me baiser devant ses collègues.

J’entends le raclement d’une chaise qu’on traîne sur le plancher. Le premier candidat s’assied devant moi, me demande de poser les pieds sur ses épaules.

– Je m’appelle Christian, je suis professeur de sciences naturelles. Laissez-moi vous décrire ce que je vois, je suis certain que vous ne pourrez qu’en être excitée. Tout d’abord, l’aspect général. Outre le fait que votre corps est magnifique, je pense que vous êtes adepte des activités au grand-air et des bains de soleil. Votre peau est hâlée, dorée à souhait, toutefois, les marques de votre maillot de bain trahissent une carnation très claire, presque laiteuse. J’espère ne jamais vous croiser sur la plage, parce que je ne pourrai pas vous cacher l’érection que cette vision susciterait.

Caressant, palpant mon corps tout au long de sa tirade, Christian poursuit.

– Vos seins ont la rondeur et la perfection de ces astres auxquels rêvent tous les astronomes… votre peau est douce et souple sous mes mains… je la sens vibrante, ardente… Je ne peux résister au plaisir d’observer de plus près ce trésor rosé que je distingue derrière votre splendide toison pubienne. Plus brune que votre chevelure. Oh, mes chers collègues, attendez-vous à la beauté intense de la femme dans toute sa perfection ! Je ne saurai la décrire sans l’avoir explorée, sans l’avoir goûtée ! Me permettez-vous ?

Christian, prenant tout son temps, fouille mon sexe de ses longs doigts puissants et délicats. Il les fait aller et venir, je sens mon vagin se gonfler de désir, comme s’il voulait sentir encore plus fort les doigts de Christian… ses doigts qui paraissent presque frais tant ils me font bouillir. Il ne les ressort, afin de les sucer, qu’après m’avoir fait jouir. Il se lève, s’avance jusqu’à mon visage, se penche vers moi « Souvenez-vous. Christian. Professeur de sciences naturelles. »

Je sens qu’un autre professeur s’est installé à la place laissée vacante par Christian.

– Je suis le professeur de dessin, ou d’arts plastiques comme il faut dire désormais… laissez-moi… Boudiou ! Mais, cher collègue, pourquoi avoir omis de nous décrire tous ces reliefs, tous ces changements subtils de couleurs, de nuances, comme si l’on nous indiquait le chemin ? Té, je ne mens pas, venez voir et regardez ! Regardez donc, messieurs, ce brun pourpré qui se départit de sa brunissure pour ne conserver que ce pourpre profond… mais… regardez mieux, chers collègues, si l’on écarte délicate… ment… cette première… le pourpre se teinte de carmin. Et je suis sûr que pour le rendre plus lumineux, il faut le faire briller de mille feux ! En titillant ce petit soleil qui se dresse tout là-haut, par exemple ? Ce petit soleil qui se dresse et qui pointe le bout de son nez, rosé hors de l’abri qui l’encapuchonnait ? Oh ! Regardez, à peine l’ai-je effleuré… vé comme la grotte ruisselle de lumière ! Faire luire avec les doigts… et… d’un coup de… langue… faire… reluire ! Admirez ces nouveaux trésors qui s’offrent à notre vue ! Existe-t-il de tableau plus charmant ? Et si… tout en explorant les alentours de la grotte d’une main, je suivais cet autre chemin… le bistre… celui qui descend… oh ! Mais le voici plutôt qu’il vient à moi ! Regardez comme d’un coup de langue… d’une pression digitale… son abord devient accueillant… mais je ne voudrais pas abuser de votre temps… Cher collègue, c’est à vous !

Je suis pantelante. Alors que je me demande s’il est possible d’être plus excitée que je ne le suis déjà, un homme attrape ma main, les yeux toujours clos, je me redresse. Il prend place derrière moi, malgré les quolibets de ses collègues, qui craignent que la table cède sous son poids.

– Ne les écoutez pas, Sœur-Marie, on m’appelle Robin des Bois, je m’en vais par les champs et les bois et je chante ma joie par-dessus les toits ! Comme vous l’avez deviné, je suis professeur de musique. Votre corps mérite bien mieux que la description qu’en ont faite mes collègues, et néanmoins rivaux ! À l’évidence, ce que je peux imaginer rien qu’en observant votre toison doit être digne d’éloges, mais votre corps tout entier l’est ! Écartez votre bras, laissez-vous faire, je voudrais que l’espace d’une chanson, vous oubliiez votre condition humaine et acceptiez de devenir le plus beau des instruments de musique…

Le bout de ses ongles effleure ma peau, comme s’il cherchait la meilleure façon de faire vibrer cet instrument que je suis en cet instant. Je peux deviner l’intensité de son désir pour moi à la chanson qu’il interprétera. S’il veut laisser une chance à l’un de ses collègues, il fredonnera « This melody », ses caresses, le son de sa voix, son souffle sur mon épaule, m’attiseront… pour augmenter ses chances d’être choisi, il chantera « Le Sud »… il mime les arpèges sur mon ventre, titille mes seins quand il juge que la note doit être plus aiguë… surtout… il la chante si bien… ! Quand il a décidé que cette fois-ci, il sera l’élu, il entonnera « Le chanteur », ne me demande pas pourquoi, mais ça marche à tous les coups !

Pendant que je me remets de cette leçon de musique. Le dernier des professeurs s’approche de moi.

– I’m the English teacher at this school, so let me be yours tonight! My name is Dick. Big Dick. Pour vous exciter et remporter le défi que vous nous avez lancé, plutôt que vous décrire votre magnifique corps, dont vous connaissez certainement tous les secrets et tous les plaisirs qu’il peut vous offrir, tentez de garder vos yeux fermés et imaginez, rien qu’en le sentant parcourir votre peau, les plaisirs que mon membre pourrait vous offrir… sentez-vous comme il est long ? Imaginez-vous son diamètre ou dois-je vous en donner une idée en forçant votre bouche de mon gland ? Tss tss ! On n’ouvre pas les yeux ! Mais je vous sens gourmande… laissez-moi m’éloigner un peu, notez seulement les mouvements de mon coude qui, en frottant sur votre cuisse, vous indiquera comment je me branle pour vous, comment vous me donnez envie de vous combler et comment j’ai la prétention d’y parvenir. Don’t forget, my name is Dick. Big Dick!

Comme tu dois déjà t’en douter, cette compétition s’achève la plupart du temps façon « L’école des fans » et je m’offre du plaisir avec les quatre enseignants.

Je pense avoir relevé le défi, mais à mon âge, faire remonter tous ces souvenirs… je te laisse, il faut que j’aille vérifier auprès de mes confrères et consœurs, l’exactitude de ma description.

Je t’embrasse bien fort,

Sylvie, la Fiancée

Lettre n° 14

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Madame à confesse

Le 15 mars 2019

Mon petit Lucas,

Puisque tu le souhaites, je poursuis le récit de nos petites représentations théâtrales et comme je confierai cette lettre à Pauline, elle portera plus particulièrement sur sa grand-mère afin que vous puissiez la lire dans les bras l’un de l’autre.

Quand Madame a décidé de tourner le dos à l’Église, elle a aussi choisi de rester fidèle à sa foi. À ce moment-là de sa vie, notre soutien et surtout celui de Nathalie et de Barjaco lui ont été d’un grand secours. Néanmoins, son besoin d’exprimer sa rage et sa colère se manifestait dans les saynètes qu’elle interprétait. De toutes nos créations, les siennes étaient les plus anticléricales.

D

Je pense en particulier à celle où elle jouait une novice s’apprêtant à devenir nonne, qui se confessait à un moine lubrique, rôle tenu par le Bavard « le hasard des coïncidences » faisant qu’il avait le crâne dégarni « comme une tonsure » alors que ses autres confrères avaient leur chevelure intacte. Comme tu l’imagines, le confesseur demandait à la novice si elle avait déjà commis le péché de la chair, si elle avait eu de mauvaises pensées. La novice répondait qu’elle ne comprenait pas le sens de sa question, alors le confesseur lui demandait de le rejoindre et la tourmentait de questions.

– Ma fille, lors de ta toilette, comment laves-tu ton corps ? Montre-moi…

Madame faisait tomber sa tenue, ne conservant que son voile et une liquette très légère en coton blanc. Le Bavard faisait signe à deux curés, le Père Alain et le Père Martial, qui déposaient à ses côtés un bénitier rempli d’eau. Madame mouillait son corps, en commençant par les épaules, puis les seins, le ventre, les cuisses, les mollets, les pieds. Le Bavard lui désignait son entrejambe.

– Et là ? Comment fais-tu ?

Madame prenait de l’eau dans sa main, la glissait entre ses cuisses, se lavait et le Bavard appuyait sur sa main

– Frotte plus fort, petite ! Frotte plus fort ! N’as-tu toujours aucune mauvaise pensée ?

– Je crois que si, désormais…

– Il faut les extirper de ton âme !

Pour ce faire, Père Alain lui tendait un goupillon, que le Bavard faisait coulisser entre les seins de Madame.

Te sens-tu purifiée, ma fille ?

– Pas tout à fait…

Alors, Père Martial tendait un second goupillon.

– Et maintenant ?

Oh non ! Je crois que c’est encore pire ! Mes pensées…

– À quoi penses-tu ?

– À votre goupillon, celui qui se dresse sous votre robe de bure, je… je le…

Lui tendant un des deux goupillons, le Bavard demandait à la novice de mimer ses pensées. Madame se livrait alors à une fellation sur l’un des goupillons, tout en attrapant le second qu’elle faisait glisser le long de son corps avant de se masturber avec.

– Délivrez-moi de ces pensées impures, mon frère ! Délivrez-moi !

Le Bavard, toujours serviable, l’enjoignait alors à s’agenouiller devant lui « approche-toi, pécheresse, que je puisse te délivrer ». Madame s’approchait, le Bavard relevait le bas de sa robe de bure, Madame s’y engouffrait, de la tête jusqu’à mi-dos.

– Ne dis plus un mot, ouvre ta bouche et… oui… tu as compris comment… outch, ne sois pas si gour… man… de… Oh mes frères, cette novice commet le péché de gourmandise… Venez à ma rescousse !

À ce moment, Père Martial et Père Alain, s’approchaient, tandis que l’un soulevait la chemise encore humide de Madame, l’autre entreprenait de la fesser. Madame se tortillait dans tous les sens, gloussant de plaisir.

Le Malin la possède au-delà de ce qu’elle nous a avoué ! Père Martial, tentez d’extirper le démon qui la ronge ! Appliquons la procédure requise et vous Père Alain, priez en attendant votre tour !

Quand Madame eut l’idée de cette saynète, le film L’exorciste était sorti en France depuis trois ans. Si elle en connaissait le pitch, elle ne l’avait pas encore vu. En fait, des provençaux seuls Alain et Christian avaient été le voir. Monique venait de s’installer au village au moment de sa sortie nationale et, tout comme moi, avait craint d’en faire des cauchemars.

Cathy n’allait presque jamais au cinéma, à cause de ses horaires de travail et parce qu’elle préférait consacrer ses loisirs à des activités physiques. Après la mort de Paulo, elle avait passé ses soirées à regarder fixement l’écran de sa petite télé qu’elle ne pensait pas toujours à allumer. Fin 1974, elle passait beaucoup de temps avec Monique, la seule femme à l’époque avec laquelle elle pouvait parler librement de ses appétences sexuelles et aussi de ses tourments.

Les rares fois où le Bavard allait au cinéma, c’était en famille pour regarder ou bien les comédies françaises, ou alors le dernier Bébel ou bien encore des westerns et autres productions hollywoodiennes.

Joseph n’était pas très amateur de cinéma, il lui préférait le théâtre mais surtout les opérettes, ce que je trouvais vraiment ringard, mais il assumait ses goûts avec une telle évidence que jamais personne n’a songé à le chambrer à ce sujet.

Jimmy, tout à la rédaction de sa thèse, n’avait pas vu l’Exorciste, contrairement à Martial, qui, comme tu le sais, est friand de ce genre de films.

Lors d’une séance de la Confrérie, Madame s’était isolée avec Alain « pour régler quelques détails d’une surprise que je vous prépare ». Comme je te l’ai expliqué, il était hors de question qu’elle nous rencontre au vu et au su des villageois afin de garder intacte sa couverture officielle de respectabilité. Elle voulait qu’Alain lui donne certaines précisions.

–Le Bon Dieu est à tes côtés, jolie Madame, figure-toi que…

L’entraînant dans le salon, la réunion se tenait chez eux, il avait ouvert “le placard à malices” et avait sorti deux cassettes betamax. Je ne saurais te dire si le format VHS existait déjà, quoi qu’il en soit, Alain était le seul, parmi mes connaissances, à posséder un magnétoscope et à participer à un trafic de films piratés ou qualifiés de sulfureux. Ils convinrent d’un rendez-vous afin qu’elle puisse le visionner sans dévoiler la surprise qu’elle nous réservait. Ils nous avaient ensuite rejoints dans la bibliothèque.

Note de Madame : Je crois que jamais un film ne m’a autant impressionnée. Une chance qu’Alain ait été à mes côtés ! J’ai eu si peur que je n’ai même pas songé à…

Note d’Alain : À mon grand regret, parce que ta poitrine qui se soulevait… ô pute vierge, mon membre aurait tant aimé vibrer au rythme des battements de ton cœur !

Note du Bavard : Fas cagua, la Fiancée ! Avec tes blablas, tu me coupes tout l’effet érotique ! J’ai plus vingt ans… je me mets en route tout doucettement, piano piano, et quand je bande, tu nous fais les cahiers du cinéma… en plus, Madame, elle s’en est même pas servi… alors, si c’est pas pour me faire chier, c’est bien imité !

Note de Sylvie :Le Bavard, s’il n’a pas tout à fait raison, n’a pas vraiment tort non plus !

Père Martial relevait alors la liquette de Madame, découvrant son fessier rosi par les claques qu’il avait reçues et la pénétrait en psalmodiant à mi-voix des incantations dans une langue qui aurait pu être du latin, puis allait et venait en elle selon les recommandations du Bavard, « Plus vite plus fort sortez de sa grotte, Père Martial rentrez-y d’un coup encore plus fort plus loin sortez entrez fessez-la mieux que ça ! Chassez le démon qui la possède en la possédant plus fort ! ».

Nous ne pouvions voir comment Madame suçait le Bavard, mais nous pouvions l’imaginer quand il sortait de son rôle de “frère confesseur” en criant ses jurons habituels « Boudiou ! Fatché ! Madame, tu me suces trop bien ! » et quand nous voyions les mains du Bavard se crisper sur sa robe de bure.

Quand Madame était sur le point de jouir, Père Martial se retirait, rafraîchissait le derrière de la pénitente en l’aspergeant d’eau “bénite” avec l’un des goupillons.

Le Bavard invitait alors Madame à se relever. Bon sang ! À chaque fois, elle était rouge carmin des cheveux jusqu’au nombril, nous savions tous ce que cela signifiait. La liquette presque transparente bien que quasi sèche, collait encore à sa peau. J’aimais sentir l’excitation collective que la vue de ses mamelons durcis, brunis faisait naître chez tous les spectateurs. Nous avions du mal à ne pas nous ruer les uns sur les autres avant la fin de la saynète et il nous arrivait souvent de nous caresser sans en avoir pleinement conscience.

Madame, dans un geste théâtral, ouvrait alors sa liquette dévoilant sa magnifique poitrine et, tout en suppliant son confesseur de l’aider à chasser le démon qu’elle sentait là, tout contre son cœur, caressait ses seins splendides, lourds d’une façon tellement sensuelle que le désir de les toucher, de les embrasser, de les lécher, de les sucer s’emparait de toute l’assistance. Le Frère Confesseur se sacrifiait alors, nous faisant baver d’envie.

Madame ne m’avait pas menti lors de notre première rencontre, sous ses airs lourdauds, grossiers, vulgaires, le Bavard est un amant exceptionnel !

Dès qu’elle commençait à se pâmer, le Frère Confesseur cessait de la caresser, demandait au Père Alain de prendre place entre les seins de Madame. Pendant ce temps, il ôtait sa robe de bure.

Assis sur nos chaises, à quelques mètres de lui, nous constations souvent son excitation extrême, son gland violacé perlait et si je tournais le regard vers Monique, je voyais, avec un amusement sans cesse renouvelé, sa bouche entrouverte d’où sortait le bout de sa langue gourmande.

Madame agenouillée, la queue de Père Alain allant et venant entre ses seins, disparaissant, réapparaissant, suppliait ces trois hommes d’Église de la délivrer enfin. Elle se mettait ensuite à parler d’une voix rauque et métallique, dans une langue étrange faite de borborygmes et de sifflements, entrecoupés de jurons spécialement orduriers et, semblant avoir perdu toute contenance, écartait les lèvres de son sexe, se masturbait frénétiquement. Regarde ma chatte ! Regarde ma chatte de salope ! avant de reprendre sa logorrhée incompréhensible.

Le Bavard reprenait alors place dans le confessionnal et lui ordonnait de s’empaler sur son goupillon béni des dieux. Selon son degré d’excitation, Madame choisissait de le faire ou bien par l’entrée principale ou bien par l’entrée des artistes et suçait alternativement Père Alain et Père Martial qui se tenaient debout à ses côtés.

J’adorais voir toutes ces mains courir sur le corps de Madame, caresser ses seins, son ventre, son clitoris. J’aimais l’entendre crier quand elle jouissait enfin. Un cri retentissant, l’expression même de la délivrance, quand l’orgasme s’échappe tel un cheval fougueux !

En règle générale, le Bavard et le Père Martial avaient déjà joui. Père Alain faisait courir son énorme goupillon personnel sur le corps et le visage de Madame, qui ne cessait de le caresser, avant de l’inonder de son flot de sperme et de tracer sur son front maculé un signe de croix. Le Frère Confesseur donnait alors la dernière réplique « Tes péchés sont pardonnés au nom du Père (il désignait Père Alain), du Fils (Père Martial) et (han !) du Saint-Esprit » tandis que nous les applaudissions à tout rompre.

Ma prochaine lettre portera sur un autre aspect de la Confrérie du Bouton d’Or, mais t’en dévoiler le sujet me priverait du plaisir de te savoir sur les charbons ardents. Nous avons chargé Pauline de t’embrasser pour nous, à bientôt !

Sylvie, la Fiancée

Lettre n° 13

Manon à l’école buissonnière – Le Who’s Who de la Confrérie du Bouton d’Or

Depuis le début de l’année, puisque Sylvie écrit à Lucas et puisque j’ai vraiment fait la connaissance des membres de la Confrérie du Bouton d’Or, je me suis lancé un défi : rédiger une petite fiche sur chacun d’entre eux, d’entre nous.

J’ai toujours peur d’oublier des détails ou d’avoir mal compris. En plus, je n’ai jamais compris comment on prend des notes, mais j’ai osé l’expliquer au Balafré et à Alain qui ont rigolé en m’expliquant que Monique avait les mêmes craintes quand elle a repris ses études. Je trouve que c’est normal puisque je ne suis plus obligée de le faire, mais que j’ai choisi de reprendre les études, ma réussite me tient à coeur.

J’étais en train de leur expliquer ça, quand Martial, Monique, Sylvie et Jimmy sont arrivés. Ils se sont moqués de tous ces enseignants qui ont toujours vu en moi qu’une abrutie, une cancre.

Je leur ai demandé s’ils pouvaient bien m’expliquer et me donner des exercices pour apprendre à prendre des notes. Le Balafré était instituteur, tatie aussi, Jimmy a passé sa vie à l’Université, Martial était prof de français et c’est Sylvie qu’ils ont désignée. Parce qu’ils trouvent qu’elle est la meilleure d’entre eux pour cet exercice et « comme dirait le Bavard, je pourrais t’apprendre quelques uns de mes zigouigouis ! »

Alain l’a chambrée « Oh oui ! Et tu mettras tes lunettes, dis ? »

Sylvie lui a demandé si elle devait comprendre qu’il souhaitait quelques leçons de rattrapage et on a tous rigolé.

J’ai commencé à faire ma petite enquête et comme me l’a suggéré Alain, j’ai enregistré les conversations. Comme ça, Sylvie peut comparer mes notes avec ce que la personne m’a dit et m’expliquer pourquoi ce mot-là est important, pourquoi celui-ci l’est moins. Mais surtout, elle m’a dit de me fier à mon instinct et de prendre tout le temps nécessaire.

Je classerai ici les fiches au fur et à mesure que je les aurais rédigées.

Madame