La nouvelle vie d’Odette – Partie remise

Contrairement à ce qui était prévu, je ne testerai pas le cheval mécanique aujourd’hui. Il me faudra attendre un jour de plus, parce que la journée d’hier et mon réveil charmant m’ont épuisée et comblée. Je ne veux pas que ce tour de carrousel ne soit pas à la hauteur de notre attente.

Linus le comprend fort bien et me remercie de cette attention. Nous profitons de ce répit pour lui faire visiter la maison rue Basse. Christian lui en dévoile les cachettes, les trappes sous les planchers, les œilletons secrets et invisibles. J’étais certaine qu’il aurait la réaction qu’il a eue, toutefois sa remarque « ils avaient l’âme steampunk avant la naissance du steampunk » me surprend.

Nous sommes tous les deux dans le cabinet de la curiosité, je viens de lui montrer les judas, la pièce sur laquelle ils donnent. Je m’apprête à refermer le petit volet coulissant quand je sens son souffle sur ma nuque.

– Décris-moi ce que tu vois.

– Que veux-tu que je te décrive ? La pièce est vide !

– Non ! Regarde mieux ! Qui vois-tu ?

– Personne !

Sa voix devient plus vibrante, plus métallique.

– Regarde mieux, Petronilla, sinon je vais devoir appeler la détestable Princess Hope qui ponctuera ses propos torrides de remarques acerbes, aussi désagréables qu’un seau de glace jeté dans un bain relaxant !

– Je vois une femme inconnue se faire baiser par un homme que je distingue à peine. Je ne sais même pas s’il est petit ou grand, gros ou maigre, jeune ou vieux.

– Et pourquoi tu ne le vois pas ?

– Parce que tout ce qui m’intéresse c’est de regarder sa bite aller et venir. Imaginer ce que cette femme ressent.

Je sens les mains de Linus se faufiler sous mon tee-shirt. Mon soutien-gorge dégrafé, il en profite pour caresser mes seins. Je sens aussi son souffle sur ma nuque. Sa bouche se pose à la naissance de mon cou.

– Continue…

– Par ta faute, je me pose des questions auxquelles je n’aurais jamais songé sinon. Se connaissent-ils ? Sont-ils des amants occasionnels ou vivent-ils une relation suivie ? Où sont leurs mains ? Je n’arrive pas à les voir…

– Ferme les yeux et laisse les images venir à toi…

– Je les ferme, mais j’ai besoin que tu me dises ce que tu…

– Ce que je ?

– Ce que tu vois, ce que tu veux voir, ce que tu veux me faire voir, ce que tu veux que je voie

Linus me fait pivoter, mes yeux sont toujours fermés. Il m’embrasse. Son baiser a le goût des films hollywoodiens… Je suis Pam Grier dans les bras de Burt Lancaster. Derrière nous, le décor projeté d’une tempête. Notre bateau tangue. À moins que ce ne soient que mes jambes. Je me demande si mon baiser a le même goût dans sa bouche quand je l’entends fredonner un chant de marin. La mélodie se répand dans mon corps. J’en ai le souffle coupé.

Il desserre son étreinte, je m’accroche à lui et le supplie en français de m’embrasser encore. Son sourire bruyant comme un éclat de rire contenu m’indique qu’il en est ravi. Ce deuxième baiser a le goût d’un tatouage de marin fait à la plume dans l’arrière-salle crasseuse d’un bar portuaire. Le dessin s’affine quand je le regarde de plus près. En me concentrant pour le distinguer au milieu des volutes de fumée, j’y vois un profil épuré, des routes séparées qui se rejoignent, se séparent à nouveau pour se rejoindre encore avant une nouvelle séparation et de nouvelles retrouvailles dessinant une carte imaginaire… Je connais ce motif, mais je ne me souviens plus où je l’ai vu. Je glisse mes mains sous son tee-shirt, comme si le fait de sentir sa peau pouvait raviver ma mémoire.

Son baiser a désormais le goût de la lave. L’océan est en feu, mais tant que nos langues danseront ensemble, tant que ses mains caresseront ma nuque, mon corps, tant que mes caresses répondront aux siennes, nous ne risquerons rien.

Je sens qu’il a ouvert les yeux, je fais de même. Je me noie dans le plaisir de son regard, je sais que c’est réciproque. Il décolle sa bouche de la mienne le temps de me dire à quel point il aime nos baisers. J’ai la respiration haletante. Son sourire est incrédule quand il me demande si j’en veux encore.

Je lui reproche de me poser la question. Je le bouscule, le pousse contre le petit bureau, il trébuche et je l’embrasse avec une rage amoureuse. Je suis de nouveau à Hollywood, mais la bande-son est viscérale, des coups de baguette sur des timbales, un rythme frénétique qui va crescendo. Nous entamons alors un tango animal. Nous voulons contraindre au silence la violence de notre désir, il se venge en explosant de toutes parts.

Oh oui, je les vois ces images, et combien elles m’excitent ! Je comprends dans nos baisers que nous nous sommes masturbés pendant des années avec cette même rage, presque de la précipitation, qui contrastait avec ces autres séances de plaisirs solitaires, sereines où nous prenions le temps de jouir et de jouer avec la montée orgasmique.

Nous nous regardons encore. Ses yeux étonnés, je baisse les paupières pour lui donner l’autorisation muette de me poser la question qui le taraude et que son regard vient de trahir. Toi aussi, tu t’es déjà enfermée, adossée à la porte pour te branler à toute vitesse ? Je lui souris. Oui. Il ne cache pas son sourire qui semble me dire et bien, pose-la ta question ! Je viens de regarder sa poche. T’en as sur toi ? Feignant la candeur, il agite le petit morceau de pierre d’alun.

– Tu n’es pas trop fatiguée pour… ?

– Je le suis certainement, mais l’envie de te sentir comme la dernière fois est bien plus forte. J’aurais tout le temps de me reposer plus tard ! Viens, mais promets-moi de m’embrasser encore quand tu ne pourras plus sortir de ma chatte !

Je ne sais pas ce qui me prend, quand il commence à tapisser les parois de mon vagin, je me mets à fredonner « What’s new pussycat ? » qu’il reprend en chœur et à mi-voix. Linus me propose de choisir le préservatif qu’il utilisera. Parmi les cinq, je choisis le plus texturé. Quitte à faire. Son rire contenu me transporte. J’aurais dû parier ! La légèreté disparaît aussi soudainement qu’elle était apparue.

Son gland à l’entrée de mon vagin, Linus me demande de lui décrire ce que je vois dans ses yeux. Nous ferons l’amour au gré de ces images.

— Je ne vois qu’un brouillard à couper au couteau. Il est trop épais pour que je puisse distinguer les personnages qui semblent s’animer.

– Un épais brouillard, tu es sûre ?

Son gland ne m’a toujours pas pénétrée. Son pouce caresse mon Mont de Vénus.

– Penche-toi un peu, que je voie mieux. C’est peut-être de la fumée… Oui ! Une salle enfumée qui sent le tabac.

Linus se penche, m’embrasse. Je ferme les yeux. L’image devient progressivement plus nette. Son baiser a le goût d’un pub irlandais tel que je me les imaginais à vingt ans.

– Que vois-tu ?

– Une pinte de bière brune surplombée d’une mousse épaisse, dense, ambrée… Un truc volète autour…

– Un truc ?!

– On dirait comme un insecte, mais ce n’en est pas un… Entre plus profond en moi, caresse-moi plus fort…

Linus y consent et embrasse la main que j’ai posée sur son épaule. Plouf ! Le truc a plongé dans le verre.

– Je vois un bras tatoué. Le tatouage a vieilli, mais c’est celui que j’ai vu tout à l’heure. Les doigts plongent dans le verre pour en ressortir le truc qui est tombé dedans.

– Regarde mieux !

J’ouvre les yeux, plonge dans son regard. Je veux ne faire qu’une avec son sourire. Il le remarque, s’enfonce davantage en moi, taquine mes doigts avec ses lèvres.

– C’est ta main ! Je reconnais ta main ! Tu secoues le truc dans tous les sens pour le débarrasser de la mousse qui le recouvre. Oh ! Ce n’est pas un insecte. On dirait… un elfe… ou une fée… une banshee…

Je ferme les yeux. Linus m’embrasse. Il accélère les mouvements de son bassin. Je sais qu’il en profite au cas où, comme la dernière fois, il resterait coincé dans mon vagin. Son baiser a le goût des légendes irlandaises. Après avoir déposé la créature dans le creux de sa main, il l’essuie délicatement de la pulpe de son pouce, un coup de langue coquin pour retirer la mousse accrochée sur le bas-ventre dévoile un pubis immaculé. Linus m’embrasse toujours, mais je le sens sourire. Il sait que j’ai enfin compris, cette créature, c’est moi dans un univers dont j’ignore presque tout.

Je m’éloigne de mes sensations tout en les ressentant de plus en plus fortes. Ma main glisse de son épaule jusqu’à mon clitoris. Je me caresse et je sens épaissir la verge de Linus. Ses grognements de contentement pourraient me faire jouir. On dirait qu’ils cherchent à m’attirer hors de mon corps, hors de moi-même tout en me suppliant d’y rester. Son souffle n’a plus sa mélodie coutumière. Il est plus puissant, plus intime. Un bruissement d’ailes. Enfin, t’en as mis du temps ! Quel est ce phénomène qui parle ainsi à mon ectoplasme ? J’ouvre les yeux et le vois dans ceux de Linus, qui me sourit. Tu es un ange démoniaque et je suis un démon angélique. C’est tout ce que tu as à savoir de nous. Je ne te vois pas, mais entends parfaitement ta surprise. On fait le voyage ensemble ? Wow ! Tu jouis de ma proposition !

Une pudeur incongrue m’empêche de poser la question qui m’obsède. Pudeur surprenante autant que stupide puisque Linus la devine dans mon regard. Je ferme les yeux et me tais. Je veux me concentrer uniquement sur mes sensations. Mais insidieuse, cette petite chose me tarabuste, comme si elle me bousculait à petits coups de poings sur l’épaule. À quoi tu penses ? À quoi tu penses ? Je m’efforce de faire réintégrer mon corps à mon ectoplasme pour qu’il ne me trahisse pas. J’y parviens, mais une caresse sur mon ventre délie ma propre bouche. Toi aussi, tu as un ectoplasme ? Depuis combien de temps le sais-tu ? D’un haussement d’épaules, Linus m’avoue son ignorance. Je crois que je l’ai remarqué quand nous étions sur scène… Mais… je ne sais pas… Je crois que j’ai perçu le tien sans savoir ce que c’était, ni si c’était moi qui le percevais ou si c’était lui.

Linus sourit. J’entends sa question muette et j’y réponds de la même façon. Oui, je sens que mon vagin se resserre autour de sa verge. Oui, j’aime ça. Un bruissement d’ailes. J’entends le cœur de Linus battre à tout rompre. Il bat si fort qu’il résonne dans mon vagin. Sa bouche, la mienne nous crient leur envie d’être réunies. Son baiser a le goût du secret. Ses mains quittent mon corps pour se poser sur mes yeux. Comme si ce geste pouvait masquer quoi que ce soit !

Linus déambule sur un long tapis rouge, sûr de lui, hautain. Il traverse différents lieux. Une cohorte de femmes se pâment à son passage, l’interpellant, le suppliant. Il ne leur prête aucune attention, sauf à certaines auxquelles il consent à offrir son sexe, démesurément long et massif, à leurs baisers, à leurs seins, à leurs cuisses. À leurs cuisses ?! Mon ectoplasme est aussi curieux que moi. Le sien me répond. Quel homme serait assez stupide pour résister au plaisir de se faire branler ainsi ? Complices et malicieux, nos ectoplasmes concluent à l’unisson. À part cet idiot d’Alister ?!

Nous rions, toujours unis dans le baiser. Linus consent enfin à me laisser ouvrir les yeux pour le regarder. Je plonge dans un océan de tendresse et d’émotion.

– Tu entends comme ta chatte est mélodieuse quand tu es sur le point de jouir ?

– C’est parce que tu as trouvé les accords pour la faire chanter… Écoute, écoute la mélodie de tes va-et-vient et tes couilles en guise de percussion…

Nous fermons les yeux pour mieux profiter de nos ectoplasmes. La porte du cabinet de la curiosité s’ouvre. Malgré nos paupières closes, nous savons qu’il est inondé de lumière. Odette ? Linus ? Le cabinet replonge dans l’obscurité. Personne ici non plus. La porte se referme. Comment se fait-il que Christian ne nous ait pas remarqués ?

La bouche de Linus est sur mon sein, sa langue tourne autour de mon mamelon couvert de chair de poule, comme s’il lui roulait une pelle. J’agrippe sa nuque. Je ne veux pas qu’il jouisse maintenant. Je veux profiter encore de la magie qui nous nimbe. Il relève la tête, s’approche de ma bouche. Son baiser a le goût de l’aventure.

Je surplombe Linus et le regarde, allongé sur le lit, l’air gourmand, les mains derrière la tête, il est heureux parce qu’il sait que son appétit sera bientôt satisfait. Dans ses yeux se reflète la cime d’un volcan enneigé qu’il regarde au travers de voilages qu’une brise soulève à intervalles réguliers. J’aime le goût de ce baiser serein au parfum d’aventure. D’ailleurs, d’où vient-il ce parfum ? Du trajet qui nous a menés jusqu’ici ?

– Viens ! Viens ! Suis-moi ! C’est le moment où jamais ! Viens avant qu’il ne soit trop tard !

L’ectoplasme de Linus attire le mien à l’entrée de mon vagin. Je l’entends se faufiler à l’intérieur impatient. Viens ! Mais viens donc ! J’écoute attentivement le son du frottement du préservatif à l’entrée de mon vagin. L’ectoplasme de Linus m’arrache à cette écoute et m’entraîne à l’intérieur. Quand il sera coincé, ce sera trop tard ! Excité comme un enfant, il s’extasie.

– Tu vois quelque chose ? Moi, je ne peux qu’entendre…

– Je ne sais pas si je vois, j’entends ou je ressens ou les trois, mais quelle importance ? Laisse-toi aller et prends ma main !

– Ta… main ?!

Linus m’embrasse toujours, ses doigts se glissent entre les miens. Comme ça. J’ouvre les yeux, les siens sont fermés. J’entends les frissons de nos corps de l’intérieur, ils sont parfois couverts par les remarques de nos ectoplasmes. Les lèvres de Linus s’étirent dans un large sourire, même sa langue paraît s’amuser de ce qu’il ressent. Nos ectoplasmes glissent le long de ses reliefs comme sur des toboggans en poussant des petits cris joyeux.

Mes parois se sont encore resserrées. La verge de Linus est coincée, mais mon vagin palpite fort. J’ondule du mieux que je peux. Ne crains rien, tu ne me feras pas mal. Linus me regarde, me rassure. Que vois-tu ? Je le décris, allongé sur le lit.

– Un volcan, c’est sûr, mais regarde mieux, dans et avec mes yeux !

L’image tourne à toute vitesse, comme une caméra qu’on aurait laissé filmer en passant d’un opérateur à l’autre. Oh ! Linus sourit. Point de voilages agités par les pales d’un ventilateur, point de volcan enneigé à l’horizon, mais mon pubis derrière un jupon que ses doigts s’amusent à soulever. D’où vient ce grondement comme une cavalcade ? Les cris de joie de nos ectoplasmes qui viennent d’être douchés par l’orgasme de Linus et qui en profitent pour s’échapper de mon corps. Il me semble les entendre s’ébrouer.

– Reste encore en moi…

– Parce que tu crois que j’ai le choix ?

– Offre-moi encore un baiser… Un baiser pour estomper le brouillard qui me masque le spectacle.

Son baiser a le goût du calme après la tempête. Je suis, nous sommes sur un bateau, un bateau de pirate semblable à celui qu’aurait eu Gideon lors de notre traversée transatlantique s’il avait possédé un bateau de pirate. Les mains de Linus glissent le long de mon corps, invitant les miennes à faire de même le long du sien. Le bateau devient de plus en plus grand à moins que ce soit moi qui rétrécisse.

Le baiser de Linus a désormais le goût de la poussière qui s’évapore, ce goût qui agace tout autant qu’il soulage. Un couvercle se soulève. Je me déploie, car je suis une petite ballerine qui tourne sur elle-même au rythme d’une boite à musique. Linus s’amuse de cette vision qui me fait rougir et me rend plus fragile. Plus fragile à mes yeux, plus désirable aux siens. Encore ? Mon vagin vient de se contracter, sa verge durcit de nouveau. Même à vingt ans, je ne rebandais pas aussi vite, ni aussi fort ! Il m’embrasse encore.

Son baiser a le goût de la sueur. Je rétrécis toujours, mais je ne le vois plus.

– Je suis perdue. Je ne sais pas où je suis et toi, où es-tu ?

– Regarde, regarde autour de toi ! Regarde au-dessus de toi ! Tu ne remarques rien ? Moi, je te vois.

– Je suis à l’intérieur d’une cathédrale de bois. Le toit est crevé, seules quelques poutres y sont accrochées.

– Combien de poutres ?

– …

– Tu ne peux pas répondre à cette simple question ?

– Embrasse-moi encore !

Je rentre ma tête dans les épaules en voyant passer une ombre au-dessus de moi.

– Je crains que ça ne suffise pas à t’ouvrir les yeux, ma belle !

Ses doigts caressent mon pubis, excitent mon clitoris qui n’attendait que ça. Le bruissement d’ailes familier. Un mot, un conseil chuchoté à plusieurs voix. Écoute !

– Ça y est, je te vois ! Ce ne sont pas des ombres menaçantes au-dessus de moi, mais tes doigts qui grattent les cordes d’une guitare ! Oui, cette cathédrale de bois, c’est une guitare et je suis à l’intérieur ! Oh, je t’en supplie, fais-moi vibrer comme ça. N’arrête pas ! N’arrête… pas !

Linus n’arrête pas, il joue de mon corps comme il sait si bien le faire avec son instrument et son souffle, les va-et-vient de sa verge me susurrent la plus merveilleuse des chansons. Alors, alors je m’entends chanter avec lui, d’une voix à la fois pure et éraillée. La voix dont j’ai toujours rêvé. La chanson dure longtemps et nous jouissons, bouche contre bouche, langue avec langue, mes ongles s’enfonçant dans ses reins, ses doigts autour de ma vulve.

Je le regarde, amusée, retirer son préservatif, y faire un nœud, regretter de ne pouvoir le conserver comme une sainte relique.

Quand nous rejoignons le salon, Jimmy et Christian sont en pleine discussion. Ils ne peuvent que remarquer d’où nous sortons.

– Mais… mais… comment…?

– Rien de tel qu’un peu de magie irlandaise pour nous rendre invisibles !

Christian s’amuse de la réponse de Linus. Jimmy se lève, m’entraîne dans la cuisine.

– Que s’est-il passé ? Tu as un drôle d’air. Linus n’aurait pas… Tu as l’air…

– Ne t’en fais pas… Linus n’a rien fait… enfin, rien de ce que tu sembles craindre.

– Alors, pourquoi cet air étrange, chagrin ?

– Tu connais mon esprit rationnel, ma passion pour la rigueur scientifique… Je ne m’explique pas ce que je viens de vivre. C’est ça qui me contrarie, mais sois tranquille, c’était agréable. Merveilleusement agréable !

– Tu me raconteras ?

– Oui, mais d’abord, je veux en parler aux Pomponnettes. Je vais avoir besoin de tous nos pouvoirs conjugués pour démêler les fils de cette étrange aventure…

Jimmy me serre dans ses bras, m’embrasse. Nous entrons dans le salon.

– Je savais bien que j’oubliais un truc, Jimmy.

Il me regarde.

– Je t’aime !

La nouvelle vie d’Odette – Réveil charmant

Au petit matin, la conversation à mi-voix entre Jim et Jimmy me sort du sommeil. Leurs caresses aussi. Jim, dans mon dos, s’extasie de pouvoir regarder mon corps sitôt réveillé et de pouvoir le toucher.

– Rien n’égale la lumière de l’aube provençale… Vé, elle fait resplendir sa peau comme si elle était recouverte de poussière d’or !

Je suis à chaque fois troublée d’entendre la voix grave de Jim lors de ses échanges avec Jimmy, l’anglais a presque déserté sa bouche et son accent australien cède peu à peu la place à celui chantant de la Provence. Les yeux toujours clos, je m’étire, féline, attrape la main la plus proche, la pose sur mon pubis. J’ondule et d’une voix éraillée par le sommeil, leur demande de se montrer polis. Je sens leur sourire.

– Et comment devons-nous nous montrer polis ?

Je me retourne pour sentir le corps de Jimmy contre mon dos.

– En respectant les traditions.

Je n’ouvre pas les yeux. Jim semble ignorer mon éveil et poursuit son propos brièvement interrompu.

– Tu crois qu’un peintre pourrait rendre cette impression ?

– Ou un photographe…

– Non. Aucun ne serait assez subtil. Il faut du temps pour rendre… vé… là… sur son ventre… sur ses seins… et son bras…

– Une chambre alors…

– Une chambre ?

– Une chambre photographique… tu sais, les vieux appareils… avec des plaques… le temps de pause était assez long…

Je sens l’érection de Jimmy contre mes reins.

– Il me tarde que ma Princesse sorte de son sommeil parce que la sentir vivante contre moi… Tu sais comment on réveille une princesse endormie ?

– Par le baiser de son Prince Charmant !

– Mais ce matin, lequel de nous deux le sera ?

– Embrasse ses lèvres du haut, je m’occupe de celles du bas…

J’ai du mal à réfréner mon envie de rire. Ce rire nerveux et incontrôlable qui monte en moi, un mélange de bonheur enfantin et d’émotion transgressive. Je me concentre pour ne pas ouvrir les yeux trop vite. Jouer à la princesse assoupie le plus longtemps possible, profiter encore de la douceur de leurs baisers. J’y parviens en imaginant une succession de paupières recouvrir mes globes oculaires comme des stores vénitiens qu’on descendrait d’une pichenette sur le cordon.

Les lèvres de Jimmy sur ma bouche, sa langue agace mes dents les incitant à s’entrouvrir, sa langue qui s’insinue pour partir à la rencontre de la mienne, ravie de la retrouver dans une danse sensuelle et humide. La bouche de Jim qui prend tout son temps avant d’embrasser ma vulve. Ses lèvres douces bien qu’un peu rugueuses semblent hésiter, elles s’attardent sur mes seins, descendent lentement jusqu’à mon pubis, remontent un peu. Je succombe et ne parviens pas à empêcher mes cuisses de s’écarter, mon bassin de se projeter en avant.

Jimmy a sans doute envie de me croire endormie, à moins qu’il ne veuille sentir mon corps collé à son corps. Sa main toute en douceur ferme, presse mon ventre me contraignant à l’immobilité. Il n’interrompt pas son baiser pour autant. La langue de Jim se faufile dans les replis de mon sexe dont il se délecte en grognant d’aise. Je repense à ce qu’il m’avait dit à Katherine en m’offrant ma huitième breloque, à ses mots quand il avait comparé notre plaisir au magma bouillonnant dans les entrailles de la terre.

Je veux contenir mon plaisir, le retenir en moi, le faire bouillonner avant de le laisser exploser dans sa bouche. Les sensations de notre première sodomie polie m’assaillent. Ma peau se souvient de la fraîcheur qui régnait dans cette grotte, je sens encore l’odeur de nos souffles mêlés, celle de la peinture qui recouvrait nos corps, je me rappelle de l’obscurité totale qui me rassurait. Je veux croire que ces mêmes souvenirs les envahissent aussi, quand les doigts de Jimmy glissent le long de ma raie, quand Jim invoque son dieu dans un murmure, quand il attend un signe de son ami, son frère avant de me pénétrer, m’inondant de mots d’amour et enfin, enfin, sentir le gland brûlant de Jimmy à l’entrée de ce paradis que j’ai trop longtemps pris pour l’enfer.

Il se demande à mi-voix si dans mon sommeil, je pourrais percevoir le passage de sa petite bosse. Jim lui conseille de ne pas aller au-delà, d’aller et venir doucement, comme s’il voulait ne stimuler que son bourrelet. C’est ce que je ferais à ta place. Leur conversation reprend. Excitée et excitante.

– Pourquoi restes-tu immobile ?

– Parce que tes va-et-vient suffisent à me stimuler.

– Vraiment ?

– Vraiment.

– Et si j’arrête de bouger, tu bougerais à ton tour ?

– Oui

Jimmy s’enfonce un peu plus et se fige. Jim va et vient en moi. À la demande de Jimmy, il sort entièrement de mon vagin pour me pénétrer d’un coup de rein.

– Princesse aime tellement cette sensation…

– Blanche-Minette, tu veux dire…

– Non. Princesse. Blanche-Minette est notre consœur, Princesse, c’est notre femme.

– Notre femme ?!

Je sens l’émotion dans la voix de Jim et dans la crispation de sa main sur mon épaule. J’entends à peine la réponse de Jimmy parce que la main de Jim caresse ma joue et s’est arrêtée sur mon oreille. Je crois avoir compris qu’il est question de chambre conjugale qui est désormais aussi la sienne.

Jimmy reprend ses va-et-vient plus vigoureusement. Je dois faire un effort surhumain pour ne pas ouvrir les yeux. J’ai renoncé à ne pas onduler. Mes lèvres se posent sur le torse de Jim. Je sens le bout de ses doigts effleurer ma nuque. Ils plaisantent sur ma scarification rituelle, la tendresse de leur ton me fait chavirer. Je n’y tiens plus, j’ondule plus visiblement. Dans un sursaut aveugle, je me redresse pour embrasser la bouche de Jim. D’une voix évaporée, je prononce ces mots qui scellent notre union. Je fais le vœu qu’à chaque fois où dans mes rêves, deux princes, frères d’âme, me feront l’amour comme ils le font en ce moment, ils ne puissent résister à l’envie de transpercer ma peau de leurs dents puissantes, que leur morsure me sorte du sommeil et qu’à mon réveil, je les trouve à mes côtés, aussi comblés que je le serai.

Je fais toujours semblant d’être endormie. Jim demande à Jimmy s’il a bien compris ce qu’il a cru comprendre. Je sens son cœur battre à tout rompre. Jimmy le lui confirme. Mais où devrais-je mordre Princess ? Il lit la réponse sur mes lèvres plus qu’il ne l’entend. Où tu le souhaiteras.

Jim ne bouge plus. L’étreinte de Jimmy se fait fougueuse. Il se déchaîne en me suppliant d’attendre un peu avant de me réveiller. Je sens dans mes orteils les picotements annonciateurs de cet orgasme qui n’attend qu’une étincelle pour exploser. Les yeux toujours clos, je sais exactement à quoi ressemble le visage de Jimmy. Je le sais à sa façon de déglutir, aux gouttes de salive qui s’échappent de sa bouche malgré ses efforts pour les retenir. Son souffle s’approche de ma nuque. Je visualise sa langue affutant ses dents. Que j’aime quand son cri transperce ma peau aussi sûrement que ses crocs !

L’étincelle a fait exploser le premier orgasme, mais mon corps en veut plus. Jimmy le comprend. Il se retire et pendant que Jim se déchaîne à son tour, ses doigts prennent le relai. Je me demande s’il sent les va-et-vient de son ami, son frère qu’il encourage. Quelle folie s’empare de moi, qui me fait supplier Jim de me donner son plaisir à boire ?

– Il ne fait jamais contrarier une princesse endormie.

Jim suit les conseils avisés de son ami, son frère et tandis que ses doigts prennent eux aussi la place de son membre, il me baise la bouche comme si nos vies en dépendaient. Je jouis comme une chienne lubrique et je tète son sexe comme un nourrisson affamé. En se penchant pour enfin goûter au plaisir de me mordre, son membre s’enfonce si profondément que je perçois à peine le goût de son sperme. Comme Alain, il a cette faculté à jouir longtemps, à longs jets, ce qui me permet d’en profiter quand même.

Quand ses dents déchirent ma peau, je perds le contrôle de mes jambes que je sens remuer dans tous les sens, comme celles d’un pantin désarticulé. Jamais cette perte de contrôle n’a été aussi vive.

Jim sort de ma bouche, m’embrasse d’un baiser au goût métallique, celui de mon sang. Jimmy m’embrasse à son tour. Je me retrouve dans la position de départ, face à lui, Jim dans mon dos. Je m’étire, baille exagérément avant d’ouvrir les yeux. Je les regarde alternativement et, ingénue, leur fais part des bribes du merveilleux rêve que je viens de faire. Tendrement, Jimmy caresse ma joue en m’affirmant envier ma chance et demande à Jim s’il ne m’envie pas aussi.

La faim nous tenaille, mais nous devons attendre une bonne demi-heure avant de trouver la force de sortir du lit. De notre lit. Notre lit conjugal.

Après ce réveil charmant, Odette aura-t-elle la force de tenir sa promesse et de faire un tour sur le carrousel avec Linus ?

La nouvelle vie d’Odette – Chevauchée fantastique

La soirée était bien avancée quand nous arrivâmes au mas. La nuit avait déjà pris le dessus sur le jour. Monique s’était réjouie de pouvoir se garer aussi facilement. Toute à mes papotages entre consœurs, je n’avais pas remarqué la camionnette à côté de la voiture de Jimmy. Je n’y prêtai pas plus attention que ça, j’étais encore sur mon petit nuage et n’avais aucune envie d’en descendre.

Je fis une entrée spectaculaire dans la grande salle qui tient lieu de cuisine et de salle à manger, entre personnalité de marque et grande blessée. Monique criait à tue-tête Place ! Place ! Faites place ! Ses jambes ne la soutiennent plus ! C’était vrai, mais un peu plus de discrétion ne m’aurait pas froissée. Christian et Jimmy se précipitèrent à mon secours, tandis qu’Alain et Jim apportaient un des fauteuils de la salle des spectacles. Je me sentais un brin ridicule, sans en éprouver la moindre honte. Mireille m’offrit quelques mignardises, le front déjà rougi.

– Alors, ça fait quoi ? C’était comment de te faire culbuter par des inconnus ?

– C’était génial, mais j’en ai reconnus certains…

– Normau, t’as triché en envoyant ta petite fée nous espionner !

– Parce que tu crois que je peux décider de ça ?! C’est pas ma faute si tu la fais apparaître, monsieur le Wizard !

– Et en plus, tu te moques, capoune ?! Tu mériterais que…

Il n’empêche que le Bavard était fier que je lui attribue ce mérite.

– Et puis, j’avais reconnu Alain avant !

L’éclat de rire fut général. Comme s’il en était dépité, Alain se demanda à haute voix s’il ne devrait pas se la raboter un peu. Le cri unanime de ses consœurs Surtout pas ! le fit se gonfler d’orgueil. Il tira sur des bretelles imaginaires en souriant. C’est alors que j’entendis des coups de marteau venir de la salle des spectacles.

– Linus ?!

Comme s’il n’attendait que mon appel pour nous rejoindre, il entra dans la pièce. Pendant un court instant, je me demandai combien de temps avait duré mon expérience qui avait débuté le 7 février. Jimmy levait les yeux au ciel, son éternel sourire indulgent aux lèvres.

– Linus est venu en avance pour les préparatifs de la Saint-Valentin

Je me levai afin que Jimmy prenne ma place sur le fauteuil et que je puisse m’asseoir sur ses genoux. Ses lèvres sur mon cou, ses mots chuchotés à mon oreille.

– Ne change pas, reste à la fois surprenante de sagesse et confondante de naïveté. Si tu savais la surprise qui est mienne de ressentir chaque jour la puissance de l’amour ! Je t’aime, ma Princesse, il me tarde d’être au 4 septembre !

– Rapport à la nuit de noces ?

– Capoune !

– J’ai envie de sentir ta main sur mon sein, tes dents déchirer ma peau.

– Là ? Tout de suite ?

– Là. Tout de suite.

– Serviteur !

Je sentis ma peau céder sous sa morsure. Je jouis sereinement en silence. Jimmy le remarqua, son sexe se dressa.

– Je t’aime, Jimmy, je t’aime !

Je pris conscience qu’une conversation avait été interrompue par ces derniers mots que j’avais prononcés plus fort que je ne l’avais voulu. Pour me donner une contenance, je demandai à Linus quels étaient les préparatifs qui l’avaient contraint à avancer sa venue.

– Imagines-tu Betsy et Alister fêter la Saint-Valentin sans cheval mécanique ?

– Tu crois qu’ils pourront s’en passer d’ici là ?

– Peut-être n’auront-ils pas à le faire…

Je me dévissai la tête et regardai en direction de la salle des spectacles. Linus sourit.

– Non, ce n’est pas ce que tu penses, celui que j’installe est le cadeau que nous vous offrons en remerciement…

Je repensai à leur séjour de la Toussaint, aux conséquences qu’il avait eues sur la vie de Socrates et de Roweena. Je revis Betsy émue aux larmes pendant leur séjour fin décembre, Joseph tel le Prince Charmant de la Belle au Bois Dormant, qui avait sorti Aunt Molly de sa torpeur, de sa folie macabre.

– Tu penses avoir fini l’installation à temps pour leur venue ?

– Oui ! Il est déjà prêt, je pensai attendre demain pour te proposer de le tester, parce que ce soir après la journée que tu as eue…

– Tu sais que j’ai reconnu ta main sur ma cuisse, mais je pensais avoir été victime d’une hallucination…

Alain avait traduit notre échange. Mireille leva un doigt timide et toute rougissante demanda à Linus s’il était absolument nécessaire que je fusse la première à l’essayer. Prenant son mari à témoin, elle s’en expliqua.

– Dans mon milieu, les jeunes filles prenaient des leçons d’équitation, c’est juste pour vérifier si les soubresauts de la monture mécanique sont semblables à ceux des vrais chevaux…

– Une espérience ès scientifique, en quelque sorte…

– Tu m’ôtes les mots de la bouche, Blanche-Minette !

Pour déterminer qui serait son partenaire d’espérience, nous décidâmes de nous en remettre au sort. Chaque homme nota son prénom sur un bout de papier, le plus difficile fut de déterminer quelle main serait assez innocente pour procéder au tirage. Mireille estima que cet honneur me revenait. Je plongeai la main dans le saladier. Perplexe, je lus à haute voix. La figure Rosalie. Jimmy éclata de rire. Je me levai pour lui permettre de tenir son rôle de coéquipier.

– De toute manière, n’importe lequel de tous les hommes ici présents m’aurait convenu.

Personne n’eut à traduire la remarque de Mireille à Linus, surtout après notre Pomponnettes Power ! crié collectivement. Elle s’installa sur le cheval et sut d’instinct comment faire pour rendre sa position la plus confortable possible.

– On dit du manque de savoir-vivre des classes populaires, mais vous noterez que dans la haute, ces demoiselles chevauchent les fesses à l’air…

Linus se retourna et fit un clin d’œil à Martial.

– Tu comprends le français ?!

– Joseph nous donne des leçons… Je ne comprends pas tous les mots, mais je comprends l’idée générale.

– J’aime beaucoup Joseph, mais si tu veux faire de réels progrès, ces dames ici présentes enseignent d’une façon… wow ! Amazing !

Mireille installée, Jimmy prit place face à elle, le dos appuyé contre l’encolure du cheval. Linus leur montra comment régler la longueur et la cadence des va-et-vient mécaniques à l’aide de la télécommande. Avant tout, il leur fallut manœuvrer une molette afin de positionner précisément le gland de Jimmy à l’entrée du vagin de Mireille. Elle rougissait, gloussait. Dans mon dos j’entendis Daniel, admiratif, se murmurer à lui-même Madame Fabre.

– Tout est Ok ? Oui ? Alors…

Mireille actionna la télécommande. La vitesse était assez lente pour qu’elle et Jimmy puissent s’habituer aux sensations. Linus recula de deux pas, revint auprès du cheval et demanda à Mireille si elle n’avait pas envie de sentir le souffle de la liberté sur sa magnifique poitrine. Entre deux gémissements, elle lui demanda de l’aide pour libérer ses seins.

Fascinée, je regardais le sexe de Jimmy s’enfoncer au ralenti dans celui de Mireille, puis apparaître à la même vitesse, s’arrêter au niveau de la petite bosse qui semblait servir de repère pour enclencher un autre va-et-vient. J’entendais leurs soupirs, leurs gémissements de plaisir, mais comme s’ils étaient au loin. De tous mes sens, la vue avait pris le dessus. Je ne détachais pas mon regard de ce spectacle si excitant, même lorsque je sentis la présence de Christian à mes côtés. Il savait mieux que quiconque ce que je ressentais, nul besoin de le lui dire, ni de le regarder. Il me fit un bisou dans le cou et partit de l’autre côté du cheval pour bénéficier d’un point de vue plus à son goût.

– Je voulais être sûr que le cheval fonctionnait avant de l’installer sur le carrousel.

– Comment te remercier, Linus ?

Je ne le regardais pas plus que j’avais regardé Christian. Il prit ma main. Son sexe était dur. Il le fut davantage quand je serrai mes doigts de toutes mes forces autour de la hampe et que je le branlai au rythme des mouvements du cheval. Je sentais tous les reliefs de son sexe et je m’imaginais ceux du membre de Jimmy dans le vagin de Mireille.

– En appuyant sur la touche droite, tu accélères les mouvements. Tu veux bien essayer, Mireille ?

Elle fut tentée d’objecter.

– C’est pour valider l’espérience ès scientifique, Madame !

Jimmy se tourna vers moi, son regard glissa le long de mon bras. Il me sourit.

– Si c’est Princesse qui te le dit, nulle raison de remettre en cause son argument. Vaï, fais comme Linus te demande…!

Le cheval accéléra progressivement. Je branlais Linus au même rythme. Je sentis sa main se frayer un chemin dans ma culotte, ma chatte qui avait été soumise à tant de pénétrations, à tant d’attouchements quelques heures plus tôt était d’une sensibilité exacerbée. Les caresses de Linus étaient aussi délicates que les miennes étaient rugueuses.

Autour de nous, les confrères et les consœurs commentaient ce qu’ils voyaient. Marcel s’était approché pour regarder de son œil espert si les mouvements de la monture étaient réalistes. Il fit une moue dubitative. Monique lui demanda s’il s’y connaissait tant que ça en la matière.

– Hé bé oui ! Mon grand-père, paix à son âme, que tu as bien connu avait une carriole tirée par une jument. Marguerite, qu’elle s’appelait !

– Ah bon ?! Je ne l’ai jamais vue…

– Té, qu’elle nous a quittés en 1942, la pauvre !

– Ah oui… donc un an avant ta naissance…

– Et alors ?! N’empêche que Barjaco, il avait une jument…

– Pierrot aussi, si tu vas par là…

– Ben alors, qu’est-ce t’attends pour venir espértiser ?!

Jim s’approcha aussi, puisqu’il est espécialiste des chevaux australiens. Il ne s’attarda pas trop sur les mouvements de la monture, mais reprocha à son coumpan de ne pas avoir remarqué la souffrance des mamelles de Madame qui réclamaient leur dose de caresses. Tout en les soulageant, il s’étonna du manque d’attention de son confrère.

– Mon époux, mon époux, offrez-moi un de vos doux baisers et mon bonheur sera complet !

– Avec plaisir, Madame… Madame Fabre !

Linus demanda à Mireille de tourner la molette de façon à amplifier les va-et-vient et d’appuyer sur le bouton gauche pour les ralentir. Elle obtempéra de bonne grâce à cette requête, je le branlais donc plus amplement et plus lentement. Quelques minutes plus tard, il lui fait faire la manœuvre inverse et mes gestes suivirent cette nouvelle cadence. Je regardais, toujours aussi fascinée, le sexe de Jimmy entrer et sortir de celui de Mireille, à chaque fois plus luisant. Je ne détachais mon regard que lorsque je sentis le sien posé sur moi. Il me souriait, heureux. Sa langue aiguisa ses dents. Je sais ce que cela signifie. Il jouit dans un grognement de plaisir, au même moment, je sentis ma main recouverte du sperme de Linus.

– Perfect timing !

Mireille descendit à grand peine de la monture. « À regret » serait plus exact. Après le dîner, Cathy prit sa première leçon d’équitation avec Alain. Fourbue, je partis me coucher et comme fréquemment, m’endormis entre Jim et Jimmy. Avant de rejoindre notre chambre, je souhaitai une bonne nuit à Linus, lui dis ma hâte de chevaucher avec lui et regrettai de ne pas avoir songé à me procurer de la pierre d’alun. Il me rendit mon baiser, me fit un clin d’œil et en sortit un morceau de sa poche.

Réveil charmant