Chroniques matrimoniales – Est-ce qu’il y a besoin de se mettre la cervelle à l’envers pour être heureux dans l’amour ?

b9072c4f9d7aec73e7d403841a3ff29dJusqu’à sa mort, je taquinais Neuneuille en m’excusant régulièrement d’avoir chamboulé son programme si bien établi. Il me menaçait alors de sa canne « Méfie-toi ! Si je t’attrape, canaille, gare à tes fesses ! », mais c’était pour le simple plaisir de me faire éclater de rire.

Je dois reconnaître que pour les avoir bouleversés, nous les avions sacrément bouleversés, nos plans ! Tous autant que nous étions !

Dès la première réunion de la Confrérie du Bouton d’Or, nous avions tous noté une nette amélioration de l’état de Neuneuille. À la fin de ce premier dimanche consacré à la Confrérie, les vieux évoquèrent sa vie solitaire, l’ennui durant ces journées et ces soirées qui lui paraissaient interminables. Dans un même élan, nous proposâmes à Neuneuille de venir s’installer rue Basse avec Rosalie, Valentino et Nathalie s’il ne craignait pas les commérages à son propos. Il eut cette réponse qui m’étonna avant de me paraître évidente.

– Parce que tu crois que les gens s’imaginent que nous batifolons encore à nos âges ? Et même toi, petite, quand tu me croisais dans le village, y pensais-tu ?

Je dus reconnaître que non.

– Les vieux, ou ce qu’il en reste, savent tous que Nathalie et moi soulagions les tourments des anciens combattants, leurs enfants, qui ont l’âge d’être vos parents, le savent aussi… plus ou moins… Même quand nous étions des « jeunesses », personne ne s’est jamais douté de quoi que ce soit… alors, tu t’imagines bien que ce n’est pas à nos âges…

Alain se demanda à voix haute pourquoi on n’imaginait jamais que les vieux puissent avoir une sexualité.

– Parce que nous sommes conditionnés à relier la sexualité à la procréation ! Or, les vieilles ne peuvent plus enfanter, quant aux vieux… on s’imagine que la longue mise en route est rédhibitoire. Je pense surtout que personne ne veut admettre que son pépé, sa mémé, son père, sa mère puissent s’envoyer en l’air !

Rosalie poursuivit en me prenant pour exemple. Il est vrai qu’avant de lire son cahier, je ne l’aurais jamais imaginée pratiquant une sexualité identique à la mienne quand elle avait mon âge et qu’après l’avoir lu, après plus d’un an passé à ses côtés, je n’avais pas soupçonné qu’elle rejoignait Valentino quand elle s’absentait plusieurs jours.

Cathy, Alain, Christian et moi partagions souvent nos dîners avec eux, tantôt rue Basse, tantôt « chez Toine », c’est lors de ces repas que je taquinais Neuneuille.

Barjaco finit par s’installer avec ses amis, prétextant vouloir offrir un peu de liberté à son fils et à sa bru. Le Bavard travaillait toujours dans l’exploitation familiale, mais il venait de s’installer dans sa propre maison. Tu te rends compte ? Après dix ans de mariage ! Cette promiscuité a parfois engendré des drames familiaux, mais je n’en avais absolument pas conscience à cette époque.

Je me souviens parfaitement du soir où la décision fut prise. Barjaco venait d’arriver, comme à son habitude, il fit un gros bisou baveux sur la nuque de Bouton d’Or. Il aimait par-dessus tout me taquiner à propos de mon geste agacé pour essuyer la salive qui n’était pourtant pas sur ma peau. De mon côté, j’aimais par-dessus tout qu’il me taquinât ainsi et il savait que j’aurais été déçue qu’il ne le fît pas. Et s’il le savait, c’est parce que je le lui avais dit.

Aucune séance de la Confrérie du Bouton d’Or n’était prévue, mais il avait voulu passer la soirée avec nous parce que la télé lui cassait les oreilles, malgré le volume trop bas pour qu’il puisse suivre les dialogues. Il n’entendait qu’un brouhaha gênant et fatiguant à la longue, il comprenait cependant qu’après une journée d’un dur labeur, son fils ait besoin de se détendre. Il était donc venu passer quelques heures en notre compagnie.

Il n’avait jamais ressenti une affection particulière pour le Bavard, après tout, il avait de nombreux petits-enfants et était même déjà arrière grand-père. Mais depuis ce fameux 13 juillet 1974, il s’était rapproché de lui. « Grâce à toi, Mounico, grâce à toi ! » Maintenant que le Bavard était parti avec femme et enfants, pour emménager dans sa propre maison, Barjaco ne se sentait plus à son aise à la ferme. Il se surprenait à réagir comme réagissaient ses parents quand il voulait moderniser l’exploitation.

Puis, comme s’il nous avouait une faute, il finit par nous dire que la veille au soir, il avait surpris la fin d’une conversation entre son fils et sa bru. Pour être exacte, il n’avait entendu que ces quelques mots « Tant que le père sera parmi nous, ce n’est pas la peine d’y songer » Il nous regarda, ne chercha pas une seconde à masquer sa peine, à contenir ses larmes « Je leur pourris la vie, comme mes parents ont pourri la mienne ». Il y eut un silence embarrassé. Barjaco se reprit aussitôt, se racla la gorge.

– Dis, cousin, puisque tu vas vivre ici, chez Bouton d’Or, tu voudrais bien me la prêter, ta bicoque ? Ou me la louer ?

– Certainement pas ! Non, n’y compte pas !

Avant que mon « Pourquoi ? » ne sorte de ma bouche, Valentino posa sa main sur l’épaule de Barjaco.

– Tu te figures tout de même pas que je vais laisser ma maison, l’héritage de MES ancêtres à un gars comme toi ? Tu crois qu’on va te laisser tout seul, là-bas maintenant que nous sommes réunis ? N’y compte pas ! Tu viens t’installer ici, avec nous ! Non, mais !

C’était vraiment leur truc, ça ! Offrir un cadeau comme on quémande une faveur ou comme on inflige une sanction et celui qui le recevait râlait comme s’il lui en coûtait ! Au début, je m’en étais étonnée, mais en cet automne 1975, je m’y étais déjà accoutumée.

Nathalie, toute guillerette, taquina la moustache de Barjaco avant de lui rouler une pelle. Rosalie nous désigna à son amie d’un mouvement de menton. Nathalie nous regarda, Cathy et moi.

– Hé bé ?

– On voyait ta langue… et la sienne !

– Et alors ? Vous faites comment, vous autres ? ! Vous mettez pas la langue ?

– Oui, mais… on est…

– Jeunes ? C’est ça ?

En réalité, ce qui nous avait troublées, ce n’étaient pas tant leur langue, ni même leur âge, mais Nathalie avait embrassé Barjaco exactement comme Cathy embrassait Christian. Il était plus simple pour nous de le leur expliquer.

– Tu sais donc ce qu’il te reste à faire, mon garçon !

En disant ces mots, Barjaco enroula sa longue moustache autour de son index ce qui m’amusa beaucoup.

Nous décidâmes de fêter dignement cette nouvelle installation. Je vis pétiller les yeux de ma grand-mère, ceux de celle de mon mari. Je me souvins du récit que Bonne-Maman m’avait fait de leurs retrouvailles avec Pierrot et Toine. Rosalie posa sa main sur la mienne.

– Si tu as une bonne idée, ne la garde pas pour toi !

– Si nous nous offrions un séjour à Nice pour fêter ça ?

Plus tard, quand je lui demandai comment elle avait su à quoi je pensais, Bonne-Maman me répondit « le bleu de tes yeux a eu, l’espace d’une seconde, le reflet ambré de l’huile d’olive ».

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Dessin de Marc Dubigeon

J’étais assise aux côtés du Bavard, peu avant, nous avions décidé qu’à la première occasion, nous rendrions la monnaie de leur pièce à Rosalie et Barjaco qui riaient comme des gamins à me voir sursauter quand il l’embrassait ou lui pinçait les fesses. Pour que le phénomène se produise, il fallait que je sois dans la même pièce que Rosalie et nous le savions déjà. Nous le savions sans pour autant nous l’expliquer.

Le Bavard m’avait suggéré d’inverser les rôles et de faire sursauter Rosalie quand elle s’y attendrait le moins. Nous étions assis sur le canapé, tandis que Rosalie et Nathalie parlaient avec Catherine près de la fenêtre. Neuneuille faisait quelques pas dans le jardin en compagnie de Valentino et d’Alain. Barjaco, sur le pas de la porte du salon, discutait avec Christian. Nous attendions tous l’arrivé du Balafré pour mettre au point notre séjour à Nice.

Le Bavard m’embrassa dans le cou, mais Rosalie ne réagit pas. Je ricanai quand il me demanda à l’oreille si son absence de réaction n’était pas due à « sa vieille peau tannée par les ans et le soleil de la douce Provence », il glissa alors sa main sous ma robe, caressa l’intérieur de ma cuisse espérant que la sensibilité n’ait pas disparu, elle aussi. Aucune réaction de Rosalie, mais je remarquai un léger sursaut de Barjaco qui regarda la paume de sa main d’un air surpris.

Dans un sourire, je dis au Bavard « C’est pas elle… c’est lui ! » et caressai son sexe au travers du tissus. L’aïeul et son descendant marmonnèrent simultanément « Boudiou ! »

Je tournai mon visage vers Barjaco et lui souris comme une gamine effrontée. Personne ne remarqua mon manège, jusqu’à ce que Barjaco, pétri de mauvaise foi, demande à Rosalie si la diablerie était le fait des Normandes. Rosalie me regarda, me sourit et haussa les épaules pour toute réponse.

– Que racontes-tu là, Barjaco ?

– Je parle de diablerie et de ces diablesses normandes !

– Tout finit par s’expliquer un jour, aie confiance en la science et dans ses progrès !

Nathalie se prit la tête entre les mains.

Pauvres de nous ! Maintenant que Toinou et Pierrot ne sont plus là, c’est lui qui s’y met !

Serrant ses poings sur ses hanches, elle défia Valentino du regard.

Et si ça nous plaît mieux, à nous, d’y voir de la magie, en quoi ça te dérange ?

Ça me dérange qu’on traite ma Rosalinetta de diablesse, voilà ce qui me dérange !

Boudiou, tu m’as fait peur… j’ai cru un moment que tu me reprochais le mot « normande »… !

Allons, voyons, cousin, je le savais depuis le début… souviens-toi… quand elle m’a déniaisé…

Toute l’assemblée éclata de rire, puis nous nous sommes regardés et l’air de la pièce s’est soudain chargé d’une sérénité absolue.

Le Balafré arriva enfin, s’excusa de son retard, mais la bonne nouvelle dont il était porteur nous récompensa amplement de notre attente. Il avait trouvé où nous loger pendant notre séjour à Nice et, si d’aventure il prenait aux autres membres de la Confrérie l’idée de venir nous rendre visite, nous pourrions les y héberger ! Valentino lui ouvrit grand ses bras et leur accolade m’emplit de bonheur. Nous trinquâmes à la joyeuse perspective de ce séjour.

Avant de passer à table, le Bavard tint à remercier Rosalie d’avoir convié Barjaco à vivre chez elle, lui offrant ainsi une bonne raison de passer quelques soirées au village « rapport à la piété filiale ! Non seulement, je passe pour un brave petit, mais je peux profiter des caresses de Monique, de ses baisers.. »

– Et de mon petit con et de mon joli cul !

– Tu vois, Rosalie, c’est ça, le drame de ma génération… les filles n’ont plus le goût à la poésie, tout ce qui les intéresse c’est de tout salir !

Je m’assis à ses côtés, il me fit un clin d’œil complice et je remarquai qu’il s’était débrouillé pour sortir son sexe de son pantalon sans que personne ne s’en aperçoive.

Durant tout le repas, nous nous amusâmes à taquiner Barjaco. Le Bavard me caressa la cuisse et quand nous eûmes confirmation que Barjaco ressentait la même chose que mon comparse, nous poussâmes le jeu un peu plus en avant.

Je portai ma cuillère à ma bouche quand le Bavard me heurta le coude.

– C’est mariée, mais ça ne sais toujours pas manger proprement !  Regarde, tu t’en es foutu partout !

En disant ces mots, il fit mine d’essuyer ma robe. Personne ne nous prêtait spécialement attention, ce qui nous convenait bien.

Mais… tu ne t’es pas brûlée, au moins ?

En disant ces mots, il échancra l’encolure de ma robe et caressa ma poitrine de sa grosse main rugueuse et délicate à la fois. Barjaco, surpris, lâcha sa cuillère qui tomba avec fracas sur le bord de son assiette. Le silence se fit le temps que chacun comprenne qu’il ne s’agissait pas là d’un malaise. Les conversations reprirent, mais je vis un large sourire s’épanouir sur le visage de Rosalie.

Confortée par cette marque silencieuse de complicité, je glissai ma main le long de la cuisse du Bavard, qui fit tomber ma serviette en me traitant de maladroite. Je me penchai donc pour la ramasser, mais faisant preuve d’une maladresse supplémentaire, je la fis glisser… oh… pas de chance… jusqu’au centre de la table… ce qui me contraignit à me mettre à genoux entre les cuisses du Bavard.

Je souris en repensant à mon relatif dépit ce soir-là. J’aurais donné tout ce que je possédais pour être à la place du Bavard et voir la réaction de Barjaco quand ma langue humide a léché le gland de son petit-fils, quand mes lèvres se sont entrouvertes et que ma bouche a commencé à déguster sa bite raide, dure, appétissante comme le meilleur des sucres d’orge…

La plaisanterie ne dura que quelques dizaines de secondes, mais le Bavard me dit que je venais de lui offrir le plus beau cadeau qu’il aurait pu imaginer. Je repris ma place à table. Barjaco me fit les gros yeux, mais il eut en même temps un hochement flatteur de la tête pour signifier à son petit-fils qu’il avait bien de la chance.

Tout ceci se passa sans que les autres conversations aient cessé. Je n’y prêtais guère attention, toute occupée à imaginer le prochain « agacement ». Barjaco voulu me faire la réponse du berger à la bergère en titillant Rosalie, mais elle fit comme si sa conversation avec Cathy revêtait une telle importance qu’elle ne voulait pas l’interrompre avec ces billevesées. Elle repoussa la main de Barjaco d’un mouvement agacé de l’épaule, tout en m’adressant un discret clin d’œil. Barjaco voulut alors l’embrasser. Valentino intervint.

– Mais fous-lui donc la paix, bordel de dieu !

– C’est la gamine ! Depuis tout à l’heure, ces deux-là… je voulais…

– Et pour toi, Rosalinetta, c’est une poupée ?! Une poupée avec laquelle tu vas faire enrager les gamins ? ! Et c’est quoi la prochaine étape ? Ma… cette mentalité… je comprends pourquoi papa a préféré s’installer à Paris… !

Barjaco ayant expliqué ce qui se passait, toute l’assemblée voulut étudier le phénomène « Ma… c’est à visée scientifique… tu te doutes bien que si c’était pas pour la science… »

Je m’assis sur le canapé, aux côtés du Bavard, tandis que Barjaco s’installait dans le grand fauteuil près de la fenêtre. Alain, Christian, Cathy, Nathalie, Neuneuille, Rosalie, Valentino et le Balafré s’étaient levés, comme si la position debout accentuait le caractère « amoureux de la science » de l’observation.

Je caressai du bout des ongles la queue mi-molle du Bavard. « Escusez… c’est… l’émotion ! » Il a toujours eu un sens de l’humour incroyable ce Bavard… ! Il reprit de son assurance en même temps que sa vigueur. Je le branlai doucement. Un « OOOOHHH ! » ébaubi enfla et emplit la pièce.

Je n’osai pas encore regarder « en vrai » la queue de Barjaco, mais son regard m’informait de son état. Sa voix fut d’une beauté et d’une mélodie incroyables quand il nous dit :

– Petit, tu as compris maintenant ? Tu as compris pourquoi ton corps connaissait le sien ? Pourquoi tu la connaissais si bien dès la première fois? Elle a la douceur de Bouton d’Or, la fille de Mère-Nature ! Et toi, tu as ma peau ! Et vous autres… si vous aviez… sous la table… tout à l’heure… !

Il fit un très joli sourire à Rosalie « Les jolies chattes font de douces minettes… ! », cligna de l’œil et, en plaisantant, me demanda si je voulais « renouveler l’espérience ». Je ne saisis pas la plaisanterie sur l’instant.

Un peu gênée, j’acceptai à condition que les vieux ne me regardent pas faire. Je ne saurais expliquer la raison de cet accès soudain de pudeur, puisqu’ils nous avaient déjà tous matés depuis leurs postes d’observation pendant plusieurs partouzes.

Personne ne me taquina ou ne fit la moindre remarque.

Je m’installai le plus confortablement possible et suçai le Bavard en y mettant tout mon cœur, toute mon âme, tous mes rêves, toute mon ardeur et toute ma science. Pour la première fois, nous les entendîmes commenter en même temps ce que ma bouche leur offrait. C’était surprenant, leurs mots, leurs interjections, leurs cris, leurs souffles qui se répondaient, s’entrechoquaient, comme sur une mauvaise bande stéréo.

Mon ectoplasme s’échappa une nouvelle fois. Valentino caressait la poitrine de Rosalie, il lui fallut un peu de courage pour oser s’approcher un peu d’eux et constater que Rosalie était empalée sur le sexe de Valentino et qu’elle « se faisait minette ».

Neuneuille avait calé son membre entre les seins de Nathalie, que je trouvai étonnamment beaux.

Barjaco, affalé dans le fauteuil souriait aux anges « Continue… oui… comme ça… »

Catherine me regardait attentivement, elle encourageait régulièrement le Balafré et Christian à se branler. Elle savait trouver les mots justes pour expliquer ce que nous ressentions, elle et moi, quand des hommes nous observant, se branlaient ostensiblement, comme les sentir envieux nous excitait, nous donnait envie d’en offrir davantage…

Alain venait en elle dans une levrette claquée.

Le Bavard se laissait faire, ses doigts froissant mes cheveux, parlant comme à son habitude « Ah ! Te voilà, toi ? Dis, pépé, tu la vois, toi aussi ? » Mon ectoplasme se dirigea vers Barjaco, qui ne le vit pas, malgré les indications précises du Bavard.

Té, Alain… fais-lui plaisir ! Montre-lui mieux ta grosse queue brillante de la mouille de ton épouse ! Voui ! Comme ça ! T’es contente, hé capoune ? T’aime bien regarder comme une petite vicieuse… ça te donne des idées… c’est ça ?

Mon ectoplasme fit oui de la tête et sourit au Bavard qui l’invita à s’approcher d’un geste de la main.

Vai… fais-moi venir, petite créature… fais-moi venir… peti…

Le Bavard jouit dans ma bouche, mais il me sembla percevoir un arrière-goût, un goût différent, un goût jusque là inconnu de mes papilles.

Barjaco se plaignit.

Boudiou ! Même puceau… même minot… jouir comme ça… sans rien faire… sans rien contrôler… mais… boudiou de boudiou… quelle pipe !

La Confrérie du Bouton d’Or à la rescousse ! (hommage à Enid Blyton)

Chroniques matrimoniales – Soirée dansante entre amis

Sur le chemin du retour, je chantais à tue-tête les rengaines dont le Balafré sifflait l’introduction. Je crois que ce furent mes premières leçons d’anglais. Le Balafré, patient, corrigeait ma prononciation et me traduisait les paroles.

J’avais hâte de retrouver Christian, de lui raconter ce séjour loin de lui et de l’entendre me raconter ce qu’il avait vécu en mon absence. Le Balafré klaxonna devant « la maison du Toine », ainsi que nous la nommions encore à l’époque.

POUËT ! POUËT !

La fenêtre s’ouvrit à la volée, Christian cria à pleins poumons « Ah ! Te voilà, toi ? Regarde, la voilà la pomponnette… » dans un sourire, le Balafré me conseilla d’entrer avant que Christian ne termine la tirade. Je répondis à la question qu’il ne me posait pas.

Pas besoin d’une leçon de rattrapage pour « la femme du boulanger »… c’est que je connais mes classiques, moi !

Le Balafré gara sa voiture, puisqu’Alain et Catherine venaient de l’inviter à prendre l’apéro. Après avoir salué Cathy et Alain, je me blottis dans les bras de Christian. Bon sang, comme ils m’avaient manqué, ses bras ! Cathy me demanda comment s’était passé mon séjour, j’évoquai brièvement mes leçons particulières, maintenant on dirait « un stage de remise à niveau », parce que j’avais hâte qu’ils me racontent ce qui s’était passé pendant mon absence.

Je parlai aussi des deux amis que le Balafré m’avait présentés, tous trois connaissaient déjà Jimmy, mais seul Alain avait déjà rencontré Martial.

Il faut que je vous dise que désormais, grâce à Martial, Monique a goûté aux étreintes dans les bras d’un…

Noir ?

Métis ?

Faites fonctionner vos petites cellules grises, les amis ! Nous parlons de Monique !

UN PARISIEN !

Goguenard, le Balafré désigna Catherine.

Preuve est faite que le sixième sens féminin est une réalité… Bravo, Cathy ! Tu la connais bien, notre Monique !

La bouche dans mes cheveux, Christian me demanda si c’était si différent que ça entre un provençal et un parisien. Je ne pensai pas une seconde qu’il faisait allusion aux origines africaines de Martial, parce que je n’y ai jamais prêté attention. La peau de Martial était noire, ses cheveux étaient crépus, mais ça n’avait pas plus d’importance à mes yeux que les cheveux bruns et ondulés, que la peau mate d’Alain et puis… si je devais comparer la taille de leur sexe respectif, Alain remporterait la palme haut la main !

C’est bizarre… il y a des mots que je préfère en parisien, mais d’autres que je préfère en provençal…

Lesquels ?

Ô, pute vierge… je viens… je viens !

Tu fais moins la maline, Monique… hein ? Allez ! Redis-nous ça comme si tu pouvais compter sur le soutien de Martial !

Je marmonnai un « je vieng’ ! », le Balafré se moqua de ma couardise. Nous ricanions comme des gamins farceurs, tout en grignotant et en buvant. C’est un luxe que je n’ai compris que bien plus tard, celui de pouvoir parler de tout et de rien, de boire, de manger, de commenter l’actualité, de rire tout en étant nus, de m’interrompre au milieu d’une phrase pour (par exemple) sucer mon voisin et de reprendre ma conversation… S’il m’a fallu autant de temps, c’est aussi parce que je n’avais connu que ce genre de relation et que le seul récit d’une vie amoureuse que j’avais lu jusqu’à présent était celui de ma grand-mère…

Je brûlais de désir pour Christian, j’avais une folle envie de lui, de ses bras, de sa peau, de ses yeux dans les miens, de son souffle sur ma  peau, de le faire saliver d’excitation, de plaisir. N’y tenant plus, je l’embrassai passionnément. Comme s’il n’attendait que ce signal, Alain s’exclama « C’est pas trop tôt ! » et se dirigea vers l’électrophone.

Lisant ma curiosité, mon impatience aussi, dans mon regard, dans mes baisers, dans mes caresses, Christian me raconta leur soirée « partie fine » avec la bande habituelle. Soirée qui avait tout de même duré près de quarante heures !

Heureusement que « Madame » y participait ! Sinon, la pauvre Cathy…

Qué « la pauvre Cathy » ? Quand je me suis plainte ?

Catherine était tombée dans le panneau et nos hommes s’en réjouissaient bruyamment ! Elle fit semblant d’en être vexée et, au lieu du magistral strip-tease que nous attendions tous, elle glissa vers moi d’un pas léger et m’invita à danser. Elle m’embrassa doucement dans le cou et susurra à mon oreille « T’en penses quoi de Jimmy ? Il baise comme un Dieu, tu ne trouves pas ? »

Oh oui !

Et ses coups de rein quand il jouit…

Ah ? Ça non ! J’ai pas remarqué, mais…

Je dénudai mon épaule pour lui montrer les traces de morsure.

Oh fatché ! Il n’y est pas allé de main morte !

Qu’est-ce que vous complotez, mes nines ?

Monique me montrait…

Le Balafré s’approcha, surpris parce qu’il ne lui avait pas semblé que Jimmy m’avait mordu si fort.

C’est parce que c’était pas toi de l’autre côté de ses dents ! Putain, je les ai senti passer ses morsures !

Mais… fallait le dire !

Tss tss, Monique… réponds pas… ils y comprennent rien !

On n’y comprend rien à quoi ?

À rien…

J’avais mal, mais à la fois… c’était si bon… !

Je le note !

Pfff tu vois ! Tu n’y comprends rien ! Jimmy sait mordre ! Ça ne s’apprend pas, je crois… y’a ceux qui savent et ceux qui te font que mal… ou ceux qui ne te mordent pas assez fort… et Jimmy sait mordre… c’est tout !

C’était la première fois que j’entendais Cathy parler sur ce ton, calme, posé, mais ferme… elle avait bien plus d’expérience que nous en ce domaine et nous faisait partager son savoir, il émanait d’elle une autorité naturelle qui me fascina. Elle lut notre admiration sur nos visage et nous lûmes sa fierté sur le sien. Le Balafré se prit à imaginer une chaire à l’université où l’on enseignerait l’art de l’amour, des plaisirs et dont Cathy serait la titulaire. Tout en développant son idée, il l’invita à danser d’un geste très élégant.

Je veux bien, mais je te préviens, j’ai fini ma plaquette hier, alors je ne couche plus qu’avec Alain !

Mais… c’est pas possible que tu tombes enceinte aujourd’hui ! Si ?

Normalement, non, Monique, mais c’est un risque que je ne veux pas courir. Ce bébé, je veux être sûre et certaine qu’il soit de mon Alain chéri… si je couche avec d’autres hommes… comment je pourrais en être sûre ?

Si à la naissance, le bébé s’écrie « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » c’est qu’il sera de ton époux !

Le Balafré arrêta le geste de Cathy qui menaçait de le boxer, il lui prit la main et réitéra sa proposition.

– Mais quelques pas de danse… tu n’aurais pas le coeur de me les refuser ?

– Tant qu’on ne couche pas ensemble…

Le Balafré la plaqua contre lui, il reluquait ostensiblement dans son décolleté, un sourire gourmand aux lèvres.

Il me tarde que tu sois enceinte, Cathy…

Pour pouvoir coucher avec moi ?

Non ! Enfin… si… aussi, mais je pensais à tes seins… je les imagine… tendus… lourds… tentants…

– Et ça te fait bander bien fort…

Et ça me fait bander bien fort !

Je sentis les mains d’Alain sur mes fesses, je gloussai d’excitation. Le Balafré me regarda, un étrange sourire aux lèvres. Dans les bras d’Alain, je l’entendis marmonner tout en dansant avec moi. Je lui demandai ce qu’il disait, il me chuchota « J’ai peur de me réveiller… »

Mais tu ne dors pas !

Si… je dors et je suis en train de rêver… j’ai peur de me réveiller… tout seul… dans mon lit trop grand…

Je me libérai de ses bras, reculai d’un pas et le giflai à plusieurs reprises, de toutes mes forces. Cathy, Christian et le Balafré se figèrent stupéfaits de ce soudain accès de violence. Alain se frotta la joue en me souriant.

Merci, Monique ! Merci !

Il m’enlaça et me fit tourner dans les airs en riant comme j’aimais tant l’entendre rire, d’un rire puissant, retentissant, chantant… un rire qui vient du fond des tripes et qu’on partage avec ses amis.

Aussi soudainement qu’il m’avait fait tournoyer, Alain me reposa sur le sol, se dirigea vers Cathy et la fit danser dans une espèce de chorégraphie quelque peu ridicule, mais tellement touchante ! Christian m’interrogea du regard, j’allai vers lui et lui expliquai.

– Alain avait peur de rêver… Il n’arrive toujours pas à admettre la réalité, qu’il est l’époux de Catherine, qu’elle l’aime si fort qu’elle veut un enfant de lui… Fallait bien que je fasse quelque chose… t’aurais fait quoi, toi ?

Je lui aurais pincé le bras, la main… c’est comme ça qu’on fait… « Pince-moi, je rêve ! » vous connaissez pas ça, à Paris ?

– « Pince-moi, je rêve… » ? Ah ah ! Quelles chochottes ces provençaux !

Notre conversation à mi-voix était couverte par la musique, les autres ne voyaient que mes épaules secouées par mon éclat de rire et la mine mi-affligée, mi-amusée de Christian.

– Ho la parisenca, ta rencontre avec Martial t’a rendue moqueuse !

– Faut croire… Tu savais que sa mère est normande ? De pas loin d’Avranches ?

– Non, je l’ignorais… Tu me raconteras tout ? Il me tarde que tu me racontes… tu étais heureuse ?

– Oh oui ! Mais tu me manquais… tu m’as tellement manqué !

– Qu’est-ce qui t’a manqué ?

– Tout !

– Quoi, plus précisément ?

– Tout ! Toi ! Moi ! Nous ! Tout ! Mais en même temps, j’étais heureuse… vraiment heureuse… J’aurais voulu être deux… une Monique ici… avec vous et une autre Monique… là-bas… avec eux…

– Ou plus simplement, nous tous ensemble !

– Non. Pas tous ensemble. Ça n’aurait pas été pareil… j’aurais eu… honte…

– Honte ? ! Mais honte de quoi ?

– De ne pas… de pas avoir été au collège… de rien connaître… de rien savoir… devant toi, j’aurais eu trop honte… alors j’aurais moins bien aimé… je ne l’aurais pas fait…

– Mais… mais tu sais qu’ils sont bien plus diplômés que moi, pourtant ! Je n’ai que le bac tandis qu’eux…

– Je le sais bien ! Mais avec eux… ça ne me dérangeait pas, mais devant toi…

homme_cocu_trompe demiChristian me regarda en psalmodiant « Monique… Monique… Monique ! » et c’est à cet instant précis, m’a-t-il dit plus tard, qu’il comprit en la lisant dans mes yeux, la profondeur de mon amour pour lui. Le disque était fini, Alain nous demanda d’attendre un peu, il voulait nous faire écouter un album qu’il avait acheté la veille. Le Balafré en profita pour s’approcher de nous et de me proposer « une démonstration de la figure Monique ».

– C’est pas sympa pour Cathy !

Alain, la pochette du disque à la main, nous interpella.

– Tu n’as qu’à la faire avec Christian et le Balafré, parce que moi, j’y ai droit… à la belle Catherine !

Il exultait comme un gamin qui fait enrager ses copains !

– Mais non, Aloune ! Pour « la figure Monique », il faut trois garçons pour une fille… et de la lecture aussi !

– Et si on inventait « la figure Catherine » ?

– Comment tu l’imagines ?

– On regarde Alain prendre Catherine. Le Balafré commence à te prendre comme Cathy le souhaite. Moi, je vous regarde depuis là-bas… comme si vous ne saviez pas que je suis là… après, j’arrive…

Ciel, mon mari !

Oui, c’est exactement ça ! Et là, Cathy m’ordonne de te prendre de la façon qui l’excite le plus !

Catherine battit des mains comme une enfant impatiente d’ouvrir ses cadeaux et nous demanda de venir l’embrasser à tour de rôle. Le baiser de Christian fut passionné, celui du Balafré fougueux, mais je fus la seule à penser à l’embrasser sur son autre bouche ! Elle ondulait sous ma langue, ses doigts se crispaient sur mes cheveux… elle gémissait de plaisir… J’entendais nos hommes se traiter d’idiots de ne pas y avoir pensé. Ils nous reluquaient de si près que j’aurais pu sentir la chaleur de leur gland.

Quand les doigts de Christian s’aventurèrent entre mes cuisses, ils y trouvèrent les miens. Un juron enthousiaste s’échappa de sa bouche et il partit se cacher dans le cagibi attenant au salon, pour nous mater tranquillement. Au bord de l’orgasme, je cédai ma place à Alain. D’un regard, je demandai la permission à Cathy d’écarter les lèvres de son sexe et d’observer attentivement le gland d’Alain la pénétrer. Elle me l’accorda, elle a toujours trouvé mon regard excitant. Le gland tendu, gonflé d’Alain la pénétra au ralenti. Cathy se cambra. Alain me demanda si j’avais bien vu et, sans attendre ma réponse, sortit de son vagin. Couverte de la mouille de son épouse, la queue d’Alain était encore plus impressionnante ! Plus tentante, aussi… Ils me taquinèrent à cause du bout de ma langue que je n’avais pas su retenir.

Té, Monique ! Ne te prive pas !

Je le suçai jusqu’à ce que sa queue ait perdu le goût du sexe de Catherine, écartai de nouveau ses « lèvres du bas » et observai… admirai la lente pénétration d’Alain. Le Balafré demanda à Cathy comment elle voulait qu’il me prenne.

– Viens un peu par ici… que je te suce pendant que… oohh mes chéris !

Le clin d’oeil d’Alain m’avait invitée à titiller le clito de Catherine tandis qu’il la prenait au ralenti… j’admirai ses savants va-et-vient et… bon sang, comme j’aimais le goût de ma Cathy ! Je voulais la faire jouir et j’y parvins. Alain se pâmait presque autant qu’elle de la sentir jouir autour de sa queue. Je relevai la tête. Le Balafré caressait doucement le visage de Cathy qui le suçait tendrement. Puis, comme si elle le congédiait, elle lui dit « Vaï ! J’aimerais bien te regarder la prendre en levrette… » Je remerciai Catherine d’un sourire complice, elle me connaissait si bien !

– Pendant que tu fais rien, mets-nous le disque !

Le Balafré siffla, admiratif. Alain avait acheté la version « import » de l’album de Rod Stewart « Atlantic crossing » c’était son péché mignon, les disques anglophones dans leur version d’origine, dite « import » ! Le disque venait à peine de sortir en France et il en avait déjà un pressage « import » !  Tu es de la génération Amazon, tu ne peux pas t’imaginer ce que cela signifiait ! Les grandes enseignes étaient bien trop éloignées, mais Alain avait son réseau et pouvait nous épater de ses trouvailles. Il contribua grandement à mon éducation musicale.

Les premières notes retentirent. À genoux aux côtés de Cathy, je regardais Alain aller et venir… j’observai le bassin de mon amie, de ma soeur, se tendre vers le plafond, avant de faire le chemin inverse… je sentis une douce caresse sur mes reins… le Balafré faisait glisser lentement le dos de sa main le long de mon dos… Il me pénétra tendrement, comme s’il voulait me prouver de quelle douceur il était capable avant le déchaînement qui allait suivre. Cathy l’exhortait « Plus fort ! Plus vite ! Plus… pro… profond ! Tu sais ce qu’on aime… dans les levrettes… Monique et moi ? »

– Dis-le moi…

– Quand… oohh… quand les… quand les… ooohh… quand les couilles giflent nos… lèvres… nos cuisses… quand… ooohh… quand on les entend… oooh… battre sur notre peau… hein, Monique… c’est ce qu’on… ooohh… ce qu’on aime ?

– Oooh… oui ! Oooh… oui !

Le Balafré me rudoyait idéalement dans cette levrette sauvage à souhait. La pièce semblait nimbée d’un nuage de sensualité, d’amour, d’amitié charnelle et nous en avions tous conscience. Christian fit son entrée sur les premières notes de « Stone cold sober ».

– Mais je vous surprends donc en pleine orgie ! ! Et dans la maison de mes aïeux, en plus ! Quelle honte ! Comment pourrais-je laver un tel affront ?

Mon sourire lui indiqua que j’avais bien ma petite idée à ce sujet. Il vint devant moi, se tint debout, son sexe dur à la main. Cathy se pâmait, blottie dans une bulle de plaisir, un plaisir intime qu’elle partageait avec Alain. Oubliant notre présence, ils se criaient des mots d’amour comme si nous ne pouvions pas les entendre….

Christian était encore dans ma bouche quand retentit le fameux « Ô, pute vierge ! Je viens ! Je viens ! » Ils s’enlacèrent, se dirent d’autres mots d’amour. Alain voulut écouter la face B de l’album, le temps d’aller jusqu’à l’électrophone, de retourner le disque, il rebandait déjà ! Il était au moins aussi étonné que nous ! Pour le taquiner, Christian lui demanda s’il « tirerait à blanc » pour pouvoir jouir plus longtemps de son exclusivité sur Catherine.

Parce que tu crois qu’il ne me tarde pas déjà de le tenir dans mes bras, notre bébé  ? !

Où Monique, Christian, le Bavard et le Balafré découvrent la genèse et les règles d’une société secrète… (hey, c’est intrigant, non ?)

 

Chroniques matrimoniales – Lecture à voix haute

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Dessin de Milo Manara

Nous étions ici depuis trois jours, enfin, depuis trois nuits et nous étions à l’aube de cette troisième journée quand je quittai les bras du Balafré, encore endormi, pour préparer mon petit-déjeuner. Je fis la moue en ouvrant la porte du frigo… plus de lait… je devrais donc patienter encore, le mas était trop éloigné du premier commerce pour que je puisse m’y rendre à pied.

Je sortis dans la cour, je voulais cueillir quelques fleurs en espérant qu’une leçon de botanique serait au programme. Je me retournai en entendant des pas sur le gravier. Martial tenait un bidon de lait à la main et l’agitait au-dessus de sa tête.

Té pitchoune, tu ne veux pas déjeuner avant ?

Nous étions morts de rire, son accent méridional sonnait aussi faux que le mien !

Oh peuchère… j’ai faing, mais il n’y avait plus de lait…

Je revieng d’en acheter !

As-tu pensé au paing ?

Oui ! J’ai pensé au paing ! Et comme on dit au païs « du paing, du ving, du Boursing et tout va bieng ! »

Je reçus sur la joue quelques éclaboussures de l’eau que Jimmy avait jetée au visage de Martial. Ce qui nous fit rire davantage. Jimmy parut nous lancer une malédiction en provençal.

Qu’est-ce qu’il a dit ?

Je ne sais pas. Je ne parle pas le sauvage !

Pourtant, tu t’es installée par ici…

Je suis venue leur apporter la civilisation… une missionnaire en quelque sorte…

Avant que Jimmy ne mette ses menaces à exécution, nous nous réfugiâmes dans le mas. Je mis le lait à chauffer pendant que Martial dressait la table. Le café était en train de passer doucement et je me laissais bercer par la musique de la croûte de pain cédant sous la lame du couteau. Martial taillait des tranches épaisses en sifflotant. Par la fenêtre, je regardais Jimmy traverser la cour, pointant vers moi un index menaçant, mais ce qui me préoccupait était la bosse dans la poche de son jeans, que contenait-elle ?

Le lait était chaud, je m’apprêtais à le verser dans mon bol, quand Martial interrompit mon geste. « Laisse-moi le faire, ce matin ». Il prépara mon chocolat avec une attention que je n’avais jamais apportée jusque là. « Tu me diras ce que tu en penses ». Je m’assis, pris ma serviette et la posai sur mes cuisses. Le Balafré fit son entrée, le visage encore tout froissé de sommeil.

J’ai rêvé ou le mot « missionnaire » a été prononcé ?

Jimmy haussa les épaules d’un air las.

Pas dans le sens où tu l’entends… ils se moquaient de nous, si tu veux tout savoir…

Monique m’expliquait la raison de sa venue ici… une missionnaire venue apporter la civilisation dans une contrée peuplée de sauvages…

Il souriait. Le Balafré dodelina, leva les yeux au ciel.

Monique… Monique… !

Me méprenant, je pris Martial à témoin.

Tu es d’accord avec moi, non ?

Je reprochai au Balafré son air condescendant. Martial posa sa main sur la mienne, m’obligeant ainsi à le regarder dans les yeux.

Les missionnaires sont venus en Afrique pour apporter la civilisation aux sauvages qui la peuplaient… Mon père est arrivé en France avec les tirailleurs sénégalais pendant la seconde guerre mondiale…

Oh merde ! Pardon ! J’y avais pas pensé ! Pour moi, t’es juste un parisien, comme moi… pardon !

Ne t’en excuse pas ! Ça me fait tellement plaisir que tu n’y aies pas pensé !

Et ta mère est aussi sénégalaise ?

Non, pas du tout ! Pas plus que mon père qui est natif de Côte d’Ivoire…

Alors, pourquoi dis-tu qu’il était tirailleur sénégalais ?

Parce que c’est ainsi qu’on appelait les indigènes d’Afrique incorporés dans les troupes françaises…

Mais c’est complètement con !

Martial me sourit. Jimmy regardait le Balafré, eux aussi souriaient.

Je trouve aussi

Et vachement méprisant, non ?

Si ! Aussi !

Fais attention, ma chérie, tu vas faire de la bouillie à force…

Toute à cet échange, j’avais oublié ma tartine qui trempait dans mon bol, elle se délitait dans le chocolat encore chaud. Je la mangeai rapidement, avant de boire une gorgée. Le chocolat était délicieux, je félicitai Martial.

C’est une recette de ma maman !

Tu sais d’où est originaire « maman Martial » ?

De Nice ?

– Non

– Marseille ?

– Non plus !

– Aubagne ?

– Non !

– Toulon ? Cassis ?

– Essaie encore…

– Je brûle ?

Éclat de rire des trois amis.

– Oui et non…

Jimmy reprocha aux deux autres de se moquer de moi, il me donna un indice « P’tète ben qu’oui, p’tète bien qu’non ! » Bon sang ! Son accent pointu était au moins tout aussi pourri que mon accent méridional ! Toutefois, je compris son message.

Ta mère est Normande ?

Oui, elle vient d’un village près d’Avranches…

Hé ! Mais si ça se trouve, on est cousins ! Ma grand-mère vient de Montchaton, à côté de Coutances !

– Sait-on jamais…

Je bus mon bol comme j’aimais à le faire, d’une seule gorgée, le tenant à deux mains. J’ai toujours aimé la sensation humide au-dessus de ma lèvre supérieure, la moustache de lait que j’essuyais avec ma serviette quand elle commençait à sécher. Depuis un an, j’avais appris à aimer le regard que les hommes portaient sur moi quand ils me voyaient faire. « Tu féliciteras ta mère de ma part, Martial, je n’ai jamais bu un aussi bon chocolat ! ».

J’allais plier ma serviette quand Jimmy sortit de sa poche un petit paquet fait à la va vite et me le tendit. Je l’ouvris et découvris un rond de serviette en bois gravé à mon prénom. Je ne savais pas si je devais en rire, alors, je me levai et embrassai la joue de Jimmy en me penchant au-dessus de la table.

Depuis notre arrivée, j’avais eu droit à quelques « leçons de rattrapage » en français. Les séances débutaient toujours de la même façon, je choisissais un costume, le Balafré, Jimmy et Martial se concertaient et décidaient quelle oeuvre ils allaient me raconter.

Mue par je ne sais quelle inspiration, sans doute liée à la mélodie d’une vieille ritournelle que sifflait le Balafré, occupé à faire la vaisselle, j’ouvris la valise et la vidai entièrement. Je reconnus la fameuse robe de bergère qui avait tant plu à Nathalie, je la dépliai avec l’idée de demander au Balafré si, comme moi, il trouvait qu’elle irait mieux à Cathy qu’à moi, mais ce faisant, le premier cahier de Bonne-Maman tomba sur le carrelage. Je le ramassai.

C’est toi qui as demandé à Christian de le mettre dans la valise ? Quelle bonne idée !

Hélas, non ! J’aurais aimé l’avoir eue, mais c’est une initiative de Christian !

Je souris en pensant à lui, mais je me retins de le dire au Balafré la phrase qui me brûlait les lèvres « C’est aussi pour ça que je l’aime ». Je ne voulais pas qu’il perde la face devant ses amis et j’ignorais encore que ça n’aurait pas été le cas. Je tendis le cahier à Jimmy « Tu veux le lire ? ». Il allait me répondre quand je remarquai son regard par-dessus mon épaule. Le Balafré lui avait fait signe de refuser ma proposition.

Si on en profitait pour varier les plaisirs ?

Une leçon de botanique ?

Ton enthousiasme me va droit au coeur, fille de Mère-Nature,  non… je pensais… ce matin, tu nous lirais à voix haute… en soignant ta lecture… le cahier de Rosalie pendant que nous te ferions l’amour…

Ouah ! Tout le cahier ? !

Ah, ah ! Je te reconnais bien là, petite gourmande… ! Essaie déjà d’aller au bout d’un seul chapitre ! Mais je te laisse choisir lequel…

Je préfère que ce soit Jimmy qui choisisse.

Jimmy, touché, entreprit de le feuilleter, il s’extasia de la jolie calligraphie et sourit en découvrant les titres de chacun des chapitres.

Je ne résiste pas à Baudelaire…

Il  me tendit le cahier ouvert à la bonne page. Je fis sans doute la moue, puisqu’il me demanda ce qui me déplaisait. J’aurais préféré un chapitre plus joyeux, toutefois ma mine contrariée me permit de décider où et comment relever ce défi. Dans un des appentis était entassé tout un bric-à-brac, dont un vieux lit qui correspondait à l’image que je me faisais d’un divan profond comme un tombeau. Le mas avait subi quelques modifications au cours des décennies précédentes, l’époque était alors au modernisme et au formica. Combien de meubles anciens avaient fini en bois de chauffe ? Je ne saurais le dire, mais par chance, le lit n’avait été que démonté et ses éléments empilés dans un coin. Nous transportâmes le tout dans la cour pour un dépoussiérage et un remontage. J’avais estimé à une demi-heure le temps nécessaire à ces préparatifs, l’horloge sonna midi quand nous en vînmes enfin à bout ! Comme le fit remarquer le Balafré, si Valentino avait été là, nous aurions gagné un temps certain. J’aimais les regarder s’activer, s’interpeller. J’avais aimé leurs « Non ! Laisse-nous faire, Monique ! », mais par-dessus tout leur désobéir et ainsi leur prouver que je n’étais pas une faible créature.

Cette journée, un peu fraîche était malgré tout très ensoleillée, je ne portais que la chemise d’homme dans laquelle j’avais dormi, je décidai de ne pas la retirer pour le moment, au contraire, je la reboutonnai soigneusement pendant que Jimmy et Martial étaient partis chercher le grand matelas sur lequel nous dormions le Balafré et moi. Comme il le faisait souvent, le Balafré se caressa la commissure des lèvres en souriant, il ne savait pas encore à quel point ce geste m’excitait, mais il commençait à s’en apercevoir. Il me demanda, à brûle-pourpoint, si j’étais heureuse, pour toute réponse, je lui souris.

Approche !

Comprenant où je voulais en venir, il me dit « Tu vas t’écorcher les genoux, ma chérie ! »

Je m’en fous, la douleur sera minime comparée au plaisir que je vais prendre ! Mais avant…

Je me blottis dans ses bras, fermai les yeux et levai mon visage vers le sien. C’était notre petit rituel d’amour, de tendresse avant le déchaînement de nos pulsions, celui qui s’était imposé à nous sans que nous l’ayons choisi. J’aimais sentir le souffle du Balafré sur ma peau, sa main sur mes reins, l’autre qui caressait doucement mon visage, chaque caresse précédait un baiser léger, chaque baiser léger était suivi d’un mot d’amour, d’un compliment. Je me laissais faire, le corps déjà tendu vers le bonheur. Quand une mèche de mes cheveux le dérangeait, il soufflait dessus pour la remettre en place. Pour finir, il posait ses lèvres sur les miennes, ma langue forçait un peu ses dents pour retrouver la sienne et nous nous embrassions longuement. J’appréciai tout particulièrement la saveur de ce baiser matinal, sa salive au goût de café se mêlait à la mienne, chocolatée… Je détachai le bouton de son pantalon, fis glisser la fermeture, constatai qu’il ne portait rien dessous et qu’il bandait déjà très fort.

Mes paupières toujours closes, je m’agenouillai devant lui et tentai de redessiner le tracé de sa cicatrice du bout de ma langue. J’entendis crisser le gravier, puis le bruit mat du matelas jeté sur le sommier. Me sachant observée, je décidai de faire de cette pipe une véritable oeuvre d’art. J’humectai le gland en salivant le plus possible, j’avais déjà en horreur cette manie de cracher sur autrui, je n’y ai toujours vu que mépris, ce qui annihilait tout désir. Quand il fut assez humide à mon goût, j’avalai un peu plus sa queue, les mains du Balafré caressaient mon crâne sous mes cheveux… ma langue s’enroulait autour de son sexe… dans un sens… puis dans l’autre selon que je l’avalais ou au contraire que je le sortais de ma bouche. Nous déglutissions tous les quatre au même rythme et c’était moi qui l’imposais, ce rythme. Cette constatation m’emplit d’une force incroyable qui décupla ma fougue. J’entendis Jimmy s’extasier, me comparer à une prêtresse en adoration devant une divinité priapique. J’interrompis cette fellation pour lui demander ce que ça voulait dire.

Je te le dirai après ta lecture… si tu lis bien !

Je me relevai, malgré les jérémiades du Balafré et ordonnai à Jimmy de s’allonger sur le lit. Il était déjà nu et maintenait la base de sa queue déjà dure, de telle façon qu’une ombre se dessinait sur son ventre. Imitant tant bien que mal la voix du Bavard, je fis un clin d’oeil au Balafré et lui dis « Boudiou ! Mais c’est qu’il me fait pas le cadran solaire, le coquin ! » Le Balafré éclata de rire et fit semblant de me le reprocher.

J’allais m’empaler sur ce sexe dressé quand une petite voix me conseilla de ne rien en faire, de profiter du pouvoir que m’offrait la situation. La veille, ils s’étaient moqués de moi, de ma « candeur toute enfantine », j’avais la possibilité de leur rendre la monnaie de leur pièce, je n’allais pas m’en priver ! 

C’est parce qu’ils se remémoraient d’anciens souvenirs, que j’appris l’origine de leur amitié. Le Balafré et Jimmy s’étaient connus sur les bancs de l’université où tous deux étudiaient l’histoire, de sursis en sursis, ils avaient reporté leur incorporation et, comme Jean-Pierre, le cousin de Christian, le faisait à l’époque, ils avaient opté pour la coopération. C’est pendant leur service qu’ils avaient fait la connaissance de Martial, étudiant lui aussi. Leur amitié ne s’était jamais démentie au fil des ans. C’est au cours de sa coopération, que le Balafré avait décidé de changer son fusil d’épaule, si je puis m’exprimer ainsi, de renoncer à une carrière universitaire pour devenir instituteur. J’avais fait un calcul mental, mais doutant de mon résultat, j’avais fini par leur demander leur âge. J’avais bien calculé et m’étais exclamée « Mais vous êtes super vieux ! Je ne l’aurais pas cru ! » ce qui avait déclenché leurs moqueries. Plus tard, quand nous n’étions que tous les deux, le Balafré m’avait fait remarquer qu’il était plus jeune que Catherine et m’avait demandé si je la qualifierais de « super vieille ». Il avait raison, elle ne l’était pas, mais j’aurais cru qu’il avait l’âge de Christian quand il avait celui d’Alain. « C’est parce que je suis bien conservé ! »

Je les regardais donc, prenant tout mon temps, j’ordonnai à Jimmy de rester allongé, au Balafré d’apporter un coussin très épais, de le poser à terre près du lit, de s’agenouiller dessus, face à moi, qui me tenais à la droite du lit et à Martial de se tenir debout dans mon dos. Je voulais sentir leurs mains me caresser et m’échauffer des baisers savants du Balafré sur mes cuisses, sur mon sexe.

Avant de débuter la lecture, puisque vous ignoriez l’existence de ce cahier, laissez-moi vous en parler un peu. Ma grand-mère, Rosalie y raconte comment elle a quitté sa Normandie natale, chassée par sa famille, reniée pour avoir fait une fugue afin de rencontrer Pierrot, mon papé dont elle était marraine de guerre… Elle y raconte sa vie amoureuse, amicale et sexuelle… C’est à peu près ça, non ?

Le Balafré fit oui de la tête. Jimmy lui reprocha de ne pas avoir entendu la réponse. À regret, il décolla ses lèvres de mon entrecuisse et en profita pour ajouter « Le récit débute en 1917 et s’achève en 1920 ».

Les mains de Martial couraient sur ma peau, sous la chemise. Je me cambrai sous toutes ces différentes caresses. Martial pinçait mes tétons de la manière idéale… Je fermai les yeux, rejetai ma tête en arrière et tendis ma bouche vers la sienne pour quémander un baiser… Que ses baisers étaient délicieux ! Suaves… ! Il aimait tout autant les miens… J’interrompis quelques instants ce long baiser, le temps de m’empaler sur Jimmy car je voulais lui offrir cet orgasme qui menaçait d’exploser… Martial reprit ses caresses sur ma peau, ses pincements aussi… et son long baiser… le Balafré glissa ses doigts entre ma chatte et le ventre de Jimmy.

Tu… tu sens… Jimmy ? Tu me sens… jouir ?

Fatché oh oui ! Putain… c’que c’est bon ! Oh… put…

Martial détacha le premier bouton, celui du col de la chemise que je portais.

À chacun de tes orgasmes, j’en dégraferai un… tu devras avoir fini ta lecture avant de les avoir tous détachés, sinon…

Sinon ? Sinon quoi ?

Sinon, nous…

STOP, Martial ! STOP ! Sa grand-mère m’a prévenu « Aucune sanction, elle y prendrait trop de plaisir !

La sagesse faite femme !

Je débutai ma lecture, mais ils savaient y faire ! Mon troisième orgasme déclencha celui de Jimmy… Nous n’avions pas songé à cette éventualité, mais la solution fut vite trouvée… Le Balafré prit la place de Jimmy qui prit celle de Martial qui remplaça le Balafré… Il ne restait plus qu’un seul bouton quand Martial put enfin prendre la place du Balafré qu’il convoitait depuis pas mal de temps, maintenant. Il ne me restait plus qu’un bouton et je n’en étais pas à la moitié du texte ! Je m’empalai sur son membre, nous nous regardions et nous souriions… complices… du même coin… de Paris… je fis deux va-et-vient.

Ta queue est parfaite pour ma chatte !

Tu trouves aussi ?

Ouais… putain ! C’est… Ah oui… la lecture…

Le Balafré m’avait rappelée à l’ordre d’une petite claque sur la fesse… J’étais en train de chercher où j’en étais avant le changement de partenaires, je venais de trouver quand le Balafré caressa mon petit trou d’un doigt habile… léger… curieux… coquin.

C’est pas du… oooh… jeu… !

Le Balafré détacha le bouton, le dernier, celui du poignet droit, m’ôta la chemise, la lança au loin, en prit une autre qui pendait sur le dossier du lit, celle de Jimmy, justement… il me l’enfila, la reboutonna soigneusement… Il me fallut plusieurs chemises avant d’achever ma lecture. Le Balafré interrogea Jimmy et Martial, satisfait de leurs réponses, il me félicita.

Tu as réussi l’exercice, ma chérie ! Et si tu le souhaites… on pourrait dire que tu as inventé « la figure Monique »… !

Je rougis un peu. J’étais surtout épatée que Martial et Jimmy aient réussi à écouter et à mémoriser le texte ! Je me repris tout de suite. J’étais heureuse et je voulais les faire rire.

J‘ai pas droit à une récompense ?

Un bon-point, par exemple ?

Euh… non… je pensais à une récompense… plus… personnalisée !

Comme quoi ?

Je réfléchis quelques minutes, le temps de sentir mes cuisses commencer à devenir humides.

Vous me léchez à tour de rôle ! Toi d’abord… tu me lèches… me roules une pelle pendant que Martial me lèche… il me roule une pelle pendant que Jimmy me lèche… etc. jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien !

Si un jour, je rencontrais une nana comme toi, Monique, je la demanderais direct en mariage ! Je la laisserais pas passer !

Et tu la partagerais ?

Bien sûr ! Quand tu as la chance de trouver un tel trésor… tu… oh oui, je la partagerais !

En effet, le 31 décembre suivant, lors du réveillon, Martial rencontra Sylvie, ne la laissa pas passer et nous la présenta lors de leurs fiançailles qui ressemblèrent beaucoup aux miennes.

Leurs baisers s’avérèrent un peu trop efficaces à mon goût, mais le soleil déclinait déjà et nous étions morts de faim. Le matelas réintégra sa place. Le Balafré me demanda la raison de ce sourire en coin.

– J’imaginais la figure Monique avec toi, Christian et Aloune…

Surtout le final ?

– Ouais !

La figure Monique devint une de nos favorites, avec quelques variantes quand Cathy se joignait à nous.

Jimmy dévora le cahier de Rosalie. La Première Guerre Mondiale et les années qui suivirent étaient justement son sujet d’étude ! Quand il me parla de sa vie, j’en aurais pleuré. Sa mère avait accouché sous X en 1945, lui avait donné ce prénom, Jimmy, en hommage à son père, un soldat britannique, mais il n’en savait pas plus. Il fut envoyé en nourrice à Paradou, où il grandit sans que jamais personne ne vienne le chercher ou l’adopter. Il considérait ses parents nourriciers comme ses vrais parents, leurs enfants, biologiques ou pas, comme ses frères et soeurs et toute cette petite troupe formait une famille très unie, c’est pour cette raison qu’il me disait de ne pas avoir du chagrin quant à sa naissance. Il pensait que son goût pour l’histoire venait du fait qu’il ne connaîtrait jamais ses véritables origines, ses racines…

Quand le mas fut mis en vente, Jimmy l’acheta et nous nous y retrouvions dès que nous en avions la possibilité. J’y suis venue seule, accompagnée de Cathy, du Balafré, de Christian… en fait, dès que nous avions le temps pour un « week-end partouze » ou un « Woodstock sous la lavande ».

Soirée dansante entre amis