Chroniques matrimoniales – L’occasion fait le larron

800px-Almanach_1939Même si Valentino aime m’en attribuer tous les mérites, je voudrais te raconter ce qui s’est réellement passé, comme dans un compte-rendu, t’écrire comment les événements se sont enchaînés, comment ils lui ont permis d’échapper au pire et de lui assurer une certaine tranquillité.

La vie au village s’écoulait au rythme des événements internationaux, parfois de longues semaines d’apaisement, qui s’achevaient dans le fracas des bruits de bottes, bruits qui finissaient par s’évanouir dans ce mouvement perpétuel que je comparerais à celui des vagues s’écrasant sur une plage.

L’amicale des anciens combattants se réunissait plus souvent qu’au début des années 30. La crainte d’une nouvelle guerre faisait ressurgir les horribles cauchemars et nous demeurions les confidentes de ces hommes. Il n’y a jamais eu d’accord formel, mais nous ne parlions jamais de politique entre nous, nous savions que notre amitié, que notre complicité n’y résisteraient pas, qu’elles risquaient de voler en éclats ce qu’aucun de nous ne souhaitait.

Valentino vivait caché, tapi dans le repère que lui avait trouvé Toine.

À l’occasion du 14 juillet 1939, alors que nous batifolions tous près de « la source aux fées », Barjaco nous annonça, quelque peu dépité, que son cousin « le parisien » avait décidé de passer ses vacances « au pays ». Avec sa mauvaise foi coutumière, Barjaco le regrettait.

– Qué « au pays » ? Je ne l’ai vu qu’une seule fois ! Son père est parti bien avant ma naissance, avant même son mariage ! Et il n’a même pas marié une femme normale, non ! Monsieur a épousé une… parisienne !

Me voyant froncer les sourcils, il s’était adressé à Pierrot.

– Ça aurait pu être plus pire, tu me diras, il aurait pu tomber sur une…
(enchaînant les signes de croix, telle la bigote se préservant du Malin)… une… une Normande ! Dieu soit loué, elle n’était que Parisienne… !

J’avais fait mine de ne rien avoir entendu ou de m’en moquer, mais quand Barjaco s’était approché de moi, j’avais fait semblant de m’enfuir.

– Boudiou, la Rosalie ! Ne me laisse pas dans cet état ! Vé comme môssieur (c’est ainsi qu’il surnommait son membre) a besoin que tu le soulages !

– Je l’aurais bien volontiers sucé… voire je lui aurais bien volontiers offert mon corps, mais vois-tu… je suis Normande… si ça se trouve, c’est contagieux… Je m’en voudrais de te contaminer… que tu attrapes la Normandite aiguë… !

Claironnant un « Tu parles d’or ! », Barjaco s’était tourné vers Nathalie, qui lui ouvrit les bras en grand.

Il n’avait jamais évoqué Valentino, comme s’il ignorait son retour, mais il est vrai que nous ne nous rencontrions presque jamais rien que tous les deux. Valentino se terrait comme l’animal traqué qu’il était, je ne connaissais pas sa tanière. Par mesure de sécurité, seul Toine savait où elle se trouvait exactement. De temps à autre, ils arrivaient chez nous, à la nuit tombée. Je restais avec Toine pendant que Valentino se confiait à Pierrot.

Parfois, nous faisions l’amour, parfois, non, mais à chaque fois, Toine me demandait de soulever ma robe, il regardait ma « blonde toison » et passait ses longs doigts entre mes poils qu’il lissait, comme on peigne des cheveux. À sa façon de prononcer « Bouton d’Or », je savais si ses doigts allaient s’aventurer plus bas, écarter délicatement les lèvres de « cette bouche que l’on se délecte à faire miauler » comme il aimait à le dire, caresser la peau humide juste au-dessus du « bouton caché de Bouton d’Or », l’appeler d’un doux baiser, le faire éclore, le téter d’une bouche avide et délicate, de glisser ses doigts jusqu’à l’entrée de « la grotte miraculeuse »… ou si son « Bouton d’Or » n’était qu’une incantation, le phare auquel raccrocher son espoir, espoir de savoir les cauchemars envolés, de savoir que le pire était passé, qu’il était derrière nous.

Il arrivait que Toine propose à Valentino de passer la nuit avec moi, dans la chambre qu’il retapait pour le retour de son aîné, le père de Christian. Nous faisions alors l’amour avec plus d’absolu qu’avant, nous avions viscéralement conscience que ce pouvait être la dernière fois. Les menaces, le danger étaient constants, omniprésents, tapis dans les bosquets du manque de vigilance né de l’habitude, prêts à bondir et à anéantir Valentino.

Barjaco était furieux, parce que depuis l’instauration des congés payés, nous avions pris l’habitude de fêter la veille des vacances le 31 juillet, par une orgie où le vin coulait à flots, où les corps s’échangeaient, se mélangeaient et que son cousin l’importun avait annoncé son arrivée pour le 30.

– C’est un vieux garçon, en plus ! Vé si ça se trouve, il est encore puceau !

– Dans ce cas-là, viens avec lui, Bouton d’Or se chargera de le déniaiser… !

– Tu m’ôtes les mots de la bouche, Toine !

– Dis-moi, coquine, montre-moi comment tu t’y prendrais pour le déniaiser, mon cousin le parisien… !

– Ton cousin le parisien ? Je croyais que tu parlais de ton cousin l’importun…

– Té, mais c’est le même peuchère ! Il a le double-nom ! Mon cousin le Parisien-L’importun !

Je m’étais approchée de lui, m’étais faite câline, j’avais soulevé la combinaison de soie que je portais, découvrant ainsi mon triangle doré, l’avais contraint à lever les yeux, à croiser mon regard.

– Montre-moi comment tu voudrais que je m’y prenne avec lui…

Barjaco avait juré en patois, m’avait caressée à m’en arracher la peau, me demandant de lui apprendre comment faire pour préparer le corps d’une femme à d’autres attouchements. J’avais décollé ses mains, m’étais assise à califourchon sur ses cuisses, les yeux dans les siens, lui avais demandé d’imaginer une apparition féerique, comme un halo de lumière, une bulle de savon qu’un geste trop brusque ferait éclater.

– Essaie de la caresser avec toute la délicatesse cachée au bout de tes doigts…

Les caresses de Barjaco se firent idéalement aériennes, mon corps ondulait, s’échauffait… Je m’enivrai de mes mots quand je lui susurrai

– Que tes lèvres soient mille Sylphides, qu’elles volent sur ma peau et y déposent de chauds baisers, là… et puis là… et là encore… oui ! là… plus bas… que ta langue lèche ma rose tétine… Oh ! Sens-tu comme ton gourdin frappe à ma porte ? Veux-tu me prendre à la hussarde ? Ou préfères-tu, au contraire, faire ton entrée sur la pointe des pieds ?

– Pierrot ! C’est le diable que tu nous as rapporté là !

Je lui souris de toute mon amitié, de toute notre complicité, de tout mon désir aussi. Semblant se raviser, il pria ses « collègues et néanmoins amis » (la formule nous amusait beaucoup) de ne surtout pas chercher à l’exorciser, que c’était trop…

– Fatché ! Regarde-moi ça ! Môssieu est entré sans même demander la permission !

Il bougonnait, sans chercher à masquer le plaisir qu’il prenait. J’interpellai Nathalie. Nous aimions ce code secret, comme une langue des signes, que nous avions inventé, nous en changions dès qu’un de nos partenaires commençait à le décrypter, pour le plaisir de les surprendre à chaque fois que l’envie nous en prenait.

– Nathalie, viens par ici ! Barjaco ne doit pas pâtir de ses obligations familiales… !

Je fis un signe des doigts.

– Boudiou ! Qu’est-ce que vous manigancez toutes les deux ?

Je m’empalai d’un coup, au plus profond, sur le sexe dur et épais de Barjaco, je sentis ainsi à quel point mon minou était trempé. Je me relevai lentement, laissant à Nathalie le temps de s’agenouiller. Qu’elle était ravissante, juvénile, à plus de quarante ans, avec son éternelle robe de bergère ! Nous l’avions à peine modifiée au fil des ans, tant son corps et elle étaient restés les mêmes… Qu’il était attendrissant ce petit bout de langue gourmande qui apparaissait derrière son sourire… ! Et l’éclat de son regard, pétillant et léger comme des bulles de Champagne !

Elle léchait chaque centimètre carré de peau que je découvrais en me relevant. Quand je coulissais sur le sexe de Barjaco jusqu’à ce qu’il disparaisse, les baisers de Nathalie me précédaient et quand il avait disparu, elle léchait la cuisse, l’aine de Barjaco… Mais, toujours aussi gourmande, elle m’incitait presque aussitôt à hâter la cadence.

Barjaco était aux anges. Fidèle à sa tradition familiale, il commentait au gré de ses sensations…

– Fatché, la Nathalie… libère-moi donc tes belles mamelles ! Qué « Non » ? Qu’est-ce qui te ferait changer d’avis ? Qu’un de… outch… doucement, Rosalie… tu vas me faire venir ! Alors, Nathalie, tu dirais oui si un de ces… chhhhu Rosalie… tout doux… si un de ceux-ci te culbutait par derrière ? Vai ! Fallait le dire ! Messieurs… un volontaire ?

Toine, dont le sexe énorme se dressait tel un flambeau avait fait un pas vers nous. Il souleva le jupon de Nathalie.

– Oh, ma pitchoune ! Tu as pensé à moi… !

Depuis peu, il s’était découvert une passion pour les vieux dessous, les vieilles culottes fendues d’antan, en cotonnade, maintenues par des rubans multicolores, il ne s’en expliquait pas la raison, mais de nous voir ainsi attifées le remplissait d’une joie lubrique. Il aimait nous prendre ainsi pendant de longues minutes, nous ramoner jusqu’à nous laisser au seuil de la jouissance… Alors, il se retirait, préférant quand nous le suppliions, nous ôtait la culotte, la lançait au loin et reprenait ses va-et-vient. « Voilà, c’est ainsi que jouissent les honnêtes femmes ! Le con, le cul et les reins à l’air ! »

Toine me demanda de me relever un peu plus « Cambre-toi aussi, tant que t’y es, que je ne sois pas venu pour rien ! » Je ne relevai même pas la mauvaise foi et lui obéis.

– Ho, Barjaco !Tu préfères comme elle te suce quand je la prends comme ça ?

Rien qu’à ses petits cris, je devinai comment il était en train de prendre Nathalie, alors que je lui tournais le dos, comment il bougeait en elle.

– Oh boudiou… ouh fan… ouh que c’est bon ! Oui ! Oui ! Comme ça !

– … ou quand je… Hou, Pitchounette ! Venez tous voir comme…  Hou, ma Pitchoune… Si t’étais pas déjà mon épouse, je te marierais !

– Boudiou ! Elle… ô fan de Diou ! C’est encore meilleur !

Barjaco m’attrapa par la taille et me fit aller au rythme des coups de langue de Nathalie qui le léchait au rythme des coups de boutoirs de son Toine. Elle dégagea enfin sa poitrine du carcan de tissu en criant à Barjaco qu’elle ne le faisait que pour lui. Barjaco se déversa en moi, noyant ses jurons habituels de tendres remerciements.

La journée s’était ensuite écoulée paisiblement, comme une rivière lascive, par endroits agitée de tourbillons, je veux parler de nos galipettes, nos cochonneries réjouissantes et joyeuses, comme nous les appelions.

Le lundi 31 juillet au matin, nous préparions la maison pour recevoir nos amis et fêter les congés payés, même si la plupart étaient des paysans et ne prenaient donc aucun jour de vacances, spécialement à cette période ! Antonella et Léonie étaient déjà depuis 15 jours chez leur tante, Marie, la soeur de Pierrot, elles aimaient s’occuper de leur cousin, jouer avec lui comme avec un baigneur, « de vraies petites mères » comme on disait alors.

Barjaco toqua à la vitre, le béret ainsi tenu à la main indiquait qu’il ne rendait pas une visite amicale, mais qu’elle était plus formelle. Pierrot lui ouvrit tout grand la porte et le fit entrer. Quand il fut assis, après s’être assuré que nous n’étions que tous les trois, il nous demanda

– Il compte se cacher ainsi combien de temps ?

Pas la peine de prononcer son nom, nous savions de qui il parlait. D’un haussement d’épaules, Pierrot et moi lui signifiâmes notre ignorance. Baissant la voix, avec des airs de conspirateur, d’espion comme dans les films que nous voyions au cinéma itinérant, il nous confia « Parce que j’ai peut-être la solution… » et il nous raconta l’incroyable aventure qu’il avait vécue.

– Je suis allé le chercher à la Blancarde, parce que le Parisien voulait goûter à l’ivresse marseillaise avant de passer son mois d’août « en famille »… ô pute borgne, je t’en ficherais, moi, de la famille ! Heureusement qu’il m’a reconnu, sinon je serais passé devant lui sans le savoir… Nous voilà partis pour la tournée des grands ducs… il me demande si j’ai quelques bonnes adresses à lui conseiller, me propose de passer quelques heures dans un « lupanar local »… ce qui répond à notre interrogation… le cousin n’était pas puceau ! Je lui rétorque que je n’ai aucune envie d’attraper la vérole avec une fille qui s’ennuie, que je connais deux charmantes créatures qui s’offrent avec plaisir et que si ça lui dit… Le cousin était bigrement intéressé, mais il a quand même voulu « se perdre dans les rues de Marseille ». Et que je veux visiter ci, et que je compare tout à Paris… et que je veux voir ça et que je te raconte ma vie… Boudiou ! Il me farcissait le crâne de toutes ses histoires ! Qué bavard ! Rigolez pas ! Plus pire que moi, je vous dis ! Avec tout ça, le temps de rentrer avec ma carriole… qu’il a moquée, en plus ! Le temps de rentrer, tout le monde dormait. Sauf la mamé, mais de toute façon, la mamé, elle s’économise… elle se désaltère d’une goutte de vin, se nourrit d’une miette de pain et se repose d’un battement de cils… On avait déjà soupé, on est allés au lit… pas ensemble, hein ! Allez pas vous imaginer… ! Et ce matin… c’est vrai que je le trouvais rougeot… tout le dimanche, il s’est plaint de la chaleur, de la soif, mais moi, je croyais que c’était un prétexte pour boire un coup ! Ce matin… ô peuchère ! Je me le suis pas trouvé raide mort dans son lit ! Alors, je me suis pensé puisqu’il est venu mourir ici, puisque personne ne le connaît de par ici… autant qu’il soit pas mort pour rien… que ça serve à quelqu’un ! La mamé ne dira rien et en plus, elle y voit plus très bien… c’était la nuit… On pourrait habiller Valentino avec les affaires du cousin… échanger les papiers… ni vu, ni connu ! Qu’est-ce que vous en pensez ?

Nous étions abasourdis ! Pierrot fut plus prompt que moi à réagir, à réfléchir.

– Il faudrait prévenir Toine. On ne sait pas où se cache Valentino et il faut faire l’échange avant que ta femme découvre le corps, qu’elle…

– Té… mais t’es couillon comme…

En éclatant de rire, il me désigna.

– … comme cette femelle ! Pourquoi crois-tu qu’il y a une bâche sur ma carriole?

– Allons chez Toine sans tarder, alors !

– Parce que tu crois que je ne sais pas où il se cache, ton Valentino ? Allez… vai ! On fait comme ça… j’ai ma petite idée…

C’est ainsi que le corps d’un va-nu-pieds fut découvert par Barjaco parti inspecter ses champs, qu’il en avisa monsieur le Maire et que le cousin de Barjaco vint s’installer au pays, un mois avant le début de la drôle de guerre… !

En vérifiant sur son livret militaire que « tout collait », pendant que Valentino échangeait les photos d’identité, je constatai que les patronymes n’étaient pas les mêmes. Je m’en étonnai, Barjaco m’expliqua alors que son oncle était le fruit d’une liaison adultère que son grand-père avait entretenue avec la jeune fille qui aidait sa femme, qu’il l’aurait bien gardée parce qu’elle avait la galipette rieuse et bavarde, mais que malheureusement, son épouse n’avait rien voulu savoir. Quand le bambin était né, comme c’était un garçon et que la grand-mère de Barjaco n’avait eu jusque là que des filles, la gamine était montée à Paris avec son enfant, mais qu’ils étaient tous restés en très bons termes, que l’existence de cet « enfant de l’amour » n’avait jamais été tenue secrète. Cet enfant qui avait grandi à Paris, épousé une parisienne, avait eu un fils qui venait de mourir sur les terres de ses ancêtres.

– Comme un cercle… la fin est l’origine et l’origine est la fin…

Barjaco est un homme à l’aspect, aux manières rustres, ses mots sont souvent grossiers, il semble dénué de toute délicatesse, je peux témoigner qu’il en déborde, au contraire ! Tout comme il regorge d’une loyauté sans faille.

Tu comprends, Monique, pourquoi je refuse que Valentino parle de moi comme d’une héroïne, parce que s’il devait y avoir un héros dans cette histoire, ce serait Barjaco et personne d’autre ! Je me suis contentée d’enregistrer le décès d’un homme sous l’identité d’un autre.

Monique va de surprise en surprise…

Chroniques matrimoniales – L’anniversaire de Catherine – Deuxième partie

En demandant l’aide du Bavard, du Notaire, de Joseph et du Balafré pour l’organisation de cette fête d’anniversaire, j’étais loin d’en mesurer toutes les conséquences. Comme ce fut à chaque fois le cas, ils se montrèrent tous à la hauteur de la surprise qu’Alain voulait offrir à sa Catherine.

J’avais suivi les préparatifs de loin, par crainte de dévoiler ce plan secret, un mot en entraînant un autre, mais la raison principale était que je passais beaucoup de temps avec Rosalie et Valentino. Au fil des mois, j’avais pris conscience d’être passée à côté de mon grand-père. J’avais de vagues souvenirs d’un vieillard prompt à la rigolade, à l’accent provençal très prononcé, mais j’étais trop petite quand il est mort pour deviner le Pierrot qui se cachait derrière mon papé.

La première fois où Valentino m’avait parlé de lui, un bonheur incroyable s’était emparé de moi, un sentiment de joie profonde et de sérénité. Savoir que ce que Valentino et Rosalie vivaient ensemble n’avait jamais nui à l’amitié qui l’unissait à Pierrot. J’avais voulu tout de même avoir quelques précisions.

Mais quand vous vous rencontriez, quand vous parliez politique, quand vous passiez des soirées, des journées entières ensemble avec Pierrot, Toine et Nathalie, tu n’avais pas envie de prendre Rosalie dans tes bras ? De l’embrasser ? De la caresser ?

Ils s’étaient regardés, abasourdis par ma question.

– Mais j’étais face à Rosalie !

– Justement !

– Non ! Tu ne comprends pas ! Ce n’était pas ma Rosalina, ma Rosalinetta… non ! Là, j’étais face à Rosalie, la femme de Pierrot, mon ami… tu comprends ce que je veux dire ?

J’avais été sidérée de tant d’évidence…

Les semaines avaient passé. Arriva l’anniversaire de Catherine. Ils s’étaient tous surpassés, quelle fête incroyable ! Alain avait loué une belle villa dans les terres. Il avait prévenu Catherine que le meilleur traiteur de la région leur cuisinerait ses plats préférés, qu’un serveur viendrait les leur servir « comme si on était les deux seuls clients d’un restaurant étoilé », mais elle n’en savait pas plus.

Christian et moi arrivâmes avant tout le monde. Je découvris, épatée, la villa. La salle où se tiendrait le dîner était pourvue de grands miroirs sans tain, ce qui nous permit de ne rien rater du spectacle, sans être vus. Pour être tout à fait certain de ne pas être remarqués, Christian s’installa à table et me demanda de parler depuis un des salons derrière un miroir. Ce que je fis. Ne me demande ni pourquoi, ni comment, mais j’entendais distinctement chacun de ses mots alors que ma voix ne lui était pas audible.

J’en eus la confirmation quand le Balafré arriva dans mon dos, qu’il me surprit en me prenant dans ses bras. Je criai et Christian ne l’entendit pas. Je lui expliquai en deux mots ce que nous étions en train de vérifier et lui demandai si c’était lui qui avait eu l’idée de cette villa. Il eut un sourire éclatant.

– Non ! Pour la villa, c’est le Notaire et le Bavard qui méritent tes louanges !

Arriva le moment que je redoutais un peu, tout en l’espérant vivement.

Tu veux toujours connaître mon vœu ?

Qu’il était radieux en prononçant ces mots ! Son visage semblait parcouru de décharges électriques qui faisaient palpiter les ailes de son nez, tressauter sa lèvre supérieure d’une façon extraordinairement sensuelle. Je sentis mon propre trouble dans le ton de ma voix.

– Tu oses me poser la question ? Combien de fois te l’ai-je demandé ?

Je n’ai jamais su s’il avait voulu faire durer le suspens ou si l’arrivée des premiers invités l’avait interrompu. Sa version varie à chaque fois que je lui pose la question. Il me désigna ces hommes qui arrivaient dans la salle à manger, saluant Christian qui leur donnait les consignes.

– Voici ma contribution !

Je les regardais, je ne pouvais m’empêcher de les jauger. Un autre groupe arriva. Je m’exclamai « Mais y’en a combien ? » quand je sentis la grosse main puissante du Bavard triturer mes fesses.

– Fais marcher ta tête, Monique ! Elle va faire combien, la Catherine ?

Euh… 33 ans…

– Alors, tu l’as, ta réponse !

Trente-trois hommes pour Catherine ! Je l’enviai tout en me demandant si je pourrais survivre à tant de plaisir. Joseph arriva, me salua. Comme toujours, ses mots étaient choisis et délicats. Le Bavard lui proposa d’aller saluer les collègues qui patientaient dans un autre salon, me laissant seule avec le Balafré. Je trépignais d’impatience.

– Alors ? Ce vœu ?

Avant qu’il ait eu le temps de me répondre, je perçus une agitation dans la salle à manger. Joseph venait de prévenir tous les participants de l’arrivée prochaine d’Alain et de Catherine. Toute la petite troupe partit se cacher dans les différents salons, seul un homme en smoking ne les rejoignit pas, il serait le majordome durant la soirée.

Je les regardais, machinalement, j’avais posé mes mains sur un miroir et m’y étais collée en me demandant lequel ferait quoi… et comment… et quand… Je sentis les lèvres du Balafré sur mon cou, il les faisait danser sur ma peau, de l’épaule jusqu’à l’oreille… ses mains couraient sur ma robe, remontant de mon ventre à ma poitrine… il fit glisser la fermeture Éclair d’une main et de l’autre caressa mon sein.

– Oh, Monique… !

– Pourquoi ce ton plein de reproches ?

– Tu… j’aurais voulu que tu portes un soutif… mais… sentir tes seins… tes jolis petits seins… savoir que tu étais nue sous ta robe… oh, Monique !

Je voulus me retourner pour voir ses yeux, son visage, son sourire, mais il m’en empêcha. Malgré notre intimité, malgré toutes les fois où nous avions couché ensemble, il n’osait affronter mon regard.

– Voici le vœu que tu me dois, Monique. Pendant tout le week-end, aussi longtemps que durera la fête, je te prendrai après chacun des partenaires avec lesquels tu coucheras, je ne jouirai pas en toi, cependant… je veillerai à m’arrêter avant et tu enchaîneras avec le suivant. À chaque fois, je te prendrai comme il t’aura prise… Et lorsque tu me supplieras, que tes supplications seront à la hauteur de ton désir pour moi, je jouirai enfin, là où tu le souhaiteras…

Je me retournai, le regardai droit dans les yeux.

– Pourquoi ce vœu ? Ce vœu si… particulier ?

– Tu le sais bien !

– Peut-être que je le sais… mais je veux que tu me le dises… je veux t’entendre me le dire…

– Parce que je suis amoureux de toi, Monique ! Je t’aime !

– Et tu sais pourquoi j’accepte…

– Parce que tu me dois un vœu et que tu es de parole !

Tu n’as donc pas compris ? !

– Qu’est-ce que je n’ai pas compris ?

– Mais… que je suis amoureuse de toi ! Que je t’aime !

– Mm… et Christian ?

– Je l’aime aussi, mais différemment… mon amour pour lui est aussi sincère que celui que j’éprouve pour toi… il est juste différent… mais… je… Quand tu ne viens pas partouzer avec nous, tu me manques… Je rêve qu’un jour tu viennes… que tu m’enlèves… comme ça… un jour comme les autres… un jour où je ne m’y attendrai pas… et qu’on passe un week-end… quelques jours ensemble… rien que toi… toi et moi…

– Et Christian le sait ?

– Bien sûr ! Pourquoi devrais-je le lui cacher ? Ce n’est pas honteux !

– Et il en pense quoi ?

– Il dit que tu es mon Valentino ! Et puis… il sait qu’il restera pour toujours l’homme de ma vie… Il t’aime beaucoup, tu sais… Il a beaucoup de respect pour toi, parce que…

– Parce que ?

– Parce qu’il aime te regarder quand on couche ensemble… parce que, comme il dit, il t’arrive souvent de me faire tellement l’amour que tu en oublies de me baiser… parce que tu sais me faire l’amour en me laissant rester salope aussi…

– Elle dit vrai, tu sais !

Christian nous avait rejoints et avait demandé aux partenaires de la soirée qu’il me réservait, de patienter dans un autre salon privé.

– Mais ça ne t’ennuie pas un peu ? Elle ne parle pas que de cul ! Elle parle de sentiments… d’amour ! Ça ne t’ennuie vraiment pas ?

– Pourquoi veux-tu que ça m’ennuie ? ! Au plus elle aime, au mieux elle aime, ma merveilleuse Monique !

– Tu voudrais bien me laisser ta place pour ce week-end ?

– Comment ça ?

– Je te regarde la baiser… tu la baises comme un fou… et après… je la prendrai dans ton foutre… oh ! Je voudrais vivre rien qu’une fois, ce que tu vis… ce que tu as la chance de vivre…

Les yeux de Christian s’emplirent de larmes, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Il déglutit bruyamment avant d’accepter. Mon cœur s’emballa quand ils se donnèrent l’accolade. Je me blottis contre eux et les embrassai… à tour de rôle… l’un après l’autre… encore et encore…

Christian remonta la fermeture Éclair de ma robe en me souriant. Je compris tout de suite ce qu’il voulait. Je penchai ma tête sur le côté… un regard coquin… un sourire enjôleur… le bout de ma langue entre mes dents… mes doigts sur son tee-shirt… les doigts du Balafré sur ma fermeture Éclair… Un cran… des sourires… un autre cran… d’autres sourires… leur sexe dur contre mes cuisses… mes doigts s’aventurant sur la peau de Christian… quelques crans encore… des encouragements… mes attitudes de Sainte-Nitouche… de Sainte-Quitouche comme le disait Toine… les mains soudain impatientes de Christian… ma robe totalement ouverte…

Je me retrouvai les mains plaquées sur le mur, le visage collé au miroir… ma robe ouverte dont Christian releva le bas… ses doigts qui me fouillaient… ses mots à mon oreille… « Tu aimes ça ? »… ses doigts qui me fouillaient davantage, à la recherche de la réponse… ses doigts qui la trouvèrent… « Fatché ! Oh oui ! Tu aimes ça… ! » … « Penche-toi davantage »… le bruissement du tissu d’un pantalon jeté à terre… À nouveau ses doigts… son gland qui me pénètre… Je remarquai à peine Catherine et Alain trinquant au Champagne, seuls au milieu de cette grande salle… Je me contractai autour de son gland, ce qui le fit durcir davantage… ses doigts remontèrent le long de mon ventre… j’aimais ces caresses romantiques et sauvages sur mes seins… Les premiers va-et-vient passionnés, de plus en plus brutaux… Christian me baisait exactement comme j’avais envie de l’être à ce moment précis…

L’orgasme montait en moi, comme une fusée de feu d’artifice monte dans le ciel… je le sentais monter… monter… enfler… m’envahir… monter encore… Christian et le Balafré m’exhortaient

– Laisse-toi aller !

– Vas-y ! Crie comme une chienne !

– Sors l’animal qui est en toi ! Libère-le !

– Oui ! Oui ! Encore ! Crie encore comme ça !

– Dis-le plus fort que c’est bon !

– Crie ! Crie, Monique !

– Regarde comme il se branle ! Il t’aime comme je t’aime !

– Oui ! Regarde-moi, Monique ! Regarde comme je me branle pour toi !

– Tu aimes ça ? Oh oui, Monique ! Crie-le encore que tu aimes ça !

– Regarde encore, Monique !

– Regarde-le ! Vé comme il aime nous mater quand je te baise !

Je perdis tout contrôle et la fusée explosa enfin. Comme le ciel noir est aspergé de lumières multicolores, l’orgasme qui éclata en moi colora de vie chaque cellule de mon corps… Je n’étais plus Monique, il n’était plus Christian, nous n’étions que jouissance… Je sentis les ondes de son plaisir monter en lui avant même qu’il n’explose en moi… Christian rugit. Lui aussi redevenait animal !

Dessin de Milo Manara

Il se retira. J’étais pantelante… Je m’affalai sur le sofa et, avec une joie infinie,  écartai mes jambes… mes cuisses… pour que Christian puisse montrer « son œuvre » au Balafré qui siffla, admiratif, avant de me rouler une pelle… Peu de mes partenaires m’embrassaient ainsi… nous en parlions parfois avec Catherine, nous étonnant de cet accès de pudeur de la part d’hommes qui par ailleurs se livraient totalement à nous.

Le Balafré posa mes chevilles sur ses épaules, me demanda d’écarter mes genoux au rythme de sa pénétration.

– Comme c’est bon de la baiser dans ton foutre tout chaud ! Putain… c’que c’est bon !

Je les regardais se sourire, j’aimais l’amitié qui les unissait… j’aimais en être l’origine… Le Balafré allait et venait en moi. Il avait écarté les deux pans de ma robe, mais avait refusé que je l’enlève… il regardait mon corps… il caressait mon ventre… mes seins… il écarta d’une main les lèvres de mon sexe et se saoula de la vue de mon clito bandé… luisant… il s’enfonça profondément en moi… « pour que mes poils noirs se tissent avec ta blonde toison » … Je souris, surprise de l’entendre utiliser une expression de Rosalie… Je me cambrai tant pour ne faire qu’une avec son corps, que j’étais presque en position de souplesse arrière, seul le dessus de mon crâne touchait le canapé. Je devais ressembler à une contorsionniste ! Christian s’exclama « Qu’elle est belle… » et ajouta « … ta Monique ! »

Je sentis le sexe du Balafré enfler. Ses va-et-vient se firent plus amples, moins saccadés… pour cette nuit, je serai sa femme, il pouvait donc me faire l’amour sereinenement. D’une voix douce, il me demanda

– Ma chérie, tu veux bien sucer mon ami ? Qu’il puisse goûter à la douceur de ta bouche quand je te baise…

Christian, qui ne bandait pas, refusa ma bouche d’un geste de la main. Je n’ai jamais su s’ils avaient mis au point ce scénario ou s’il naquit de la situation.

– Ne t’en fais pas, mon ami, les pipes de ma femme feraient bander un mort ! Allez, ma chérie, montre-lui ! Suce-le bien pendant que je te baise !

Christian s’approcha de moi, son sexe tout mou avait du mal à rester dans ma bouche. Je fermai les yeux. Le Balafré se pencha vers moi, me souleva un peu la tête et, dans un mouvement d’une assurance absolue, me fit pivoter. Je me retrouvai ainsi allongée sur le côté. Nous voulions me mettre à quatre pattes sans qu’il ne sorte de moi.

Quand ce fut chose faite, qu’il me prit en levrette, il remarqua que je rejetais la tête en arrière et comprit ce que je désirais. D’une main, il attrapa la queue de Christian qui reprenait un semblant de vigueur, me la fourra dans la bouche, tandis que de l’autre, il me tira les cheveux.

– Regarde mon ami dans les yeux, ma Monique ! Montre-lui comme tu suces bien les queues quand je te fourre !

Christian bandait tout à fait désormais. Je sentais à nouveau tout le plaisir de chacune de mes cellules vouloir converger au creux de mon ventre, en faire une boule de feu qui grossirait jusqu’à exploser les irradiant en retour. Je dégageai ma bouche.

– Je le sucerais mieux si tu me parlais, mon amour et si ton ami m’encourageait de ses mots…

Le Balafré, amusé, me dit

– Ce sera tout ?

– Non ! Baise-moi comme une salope ! Montre à ton ami comme tu sais bien le faire !

Je sentis l’excitation du Balafré à la crispation de ses doigts sur mes hanches. J’aimais « le faire à la parlante », comme on disait, mais ce soir-là, leurs commentaires me firent décoller bien plus vite, bien plus haut, bien plus fort que je ne l’aurais imaginé.

– C’est vrai qu’elle suce bien, ta petite femme !

– Regarde-le, Monique !  Fais-lui ton regard de salope !
Oui… comme ça… suce-lui bien la pine !

– Oui ! Regarde-moi comme ça !

– Tu aimes comme elle te suce ?

– Oui ! Fatché ! Elle s’y connaît ! Elle suce toujours comme ça ?

–Regarde, si je lui touche le clito…

Je grognai de plaisir, la bouche pleine du sexe de Christian.

– Hummm que c’est bon quand elle grogne… ! Avale, avale ma queue !

– Tu veux que je la fasse rugir ?

– Oh oui ! Montre-moi comment tu t’y prends !

– Regarde…

Tout en allant et venant en moi, le Balafré posa un doigt sur mon petit trou et entreprit de l’enfoncer. Je criai de plaisir.

– Ouch… tu as raison, c’est bon quand elle rugit…

– Elle ne rugit pas encore… regarde comment il faut s’y prendre…

Il se retira lentement, du bout de ses doigts récolta un peu de nectar au fond de ma chatte et s’en servit pour lubrifier ses doigts qui entrèrent dans mon cul comme dans du beurre. Je poussai toute une gamme de cris. Je sentais mon ectoplasme à l’étroit dans mon corps, mais il y restait coincé… pour la première fois de ma vie, je me demandai comment faire pour le libérer.

– Regarde ! Regarde comme elle me tend ses fesses ! Tu vois ?

– Tu ne vas pas l’enculer, tout de même ! Pas devant moi…

Je sentis la salive du Balafré sur mes reins et celle de Christian sur mon omoplate, ils étaient aussi excités que moi !

– Elle n’attend que ça !

– Tu crois ?
Dis-moi, Monique… tu veux bien que… que ton… que ton mari t’encule devant moi ?

Je grognai « Oui ! », la bouche pleine du sexe de Christian qui l’avait enfoncé encore plus profondément dans ma bouche. Une claque sur mes fesses « On ne parle pas la bouche pleine ! » libéra mon ectoplasme.

Je nous vis, moi à quatre pattes, bien plus cambrée que je ne l’aurais imaginé, Christian dans ma bouche, une main sur sa hanche, l’autre caressant mon visage, la cicatrice brune du Balafré apparaissant, disparaissant entre mes fesses si blanches, apparaissant disparaissant encore, ses mains qui couraient sur mon corps, les miennes qui se crispaient sur un coussin du sofa.

Ils n’avaient pas interrompu leur conversation, mais fascinée par le spectacle de nous trois dans ce petit salon, je ne la captais que par bribes…

– Mais bien sûr que si ! Elle est en train de rugir !

– Ne dis pas n’importe quoi ! Elle miaule à peine !

– Ça ne peut pas être mieux que ça…

– Attends et tu vas voir ce qu’elle peut offrir, ma petite femme…

J’aurais voulu qu’ils fussent mille et que ces mille me prissent mille fois, de mille manières, au même moment ! Mon sang galopait dans mes veines avec la fougue d’un troupeau de tauraux sauvages à la poursuite d’un seul objectif, le plaisir.

– Allez ! Lâche tout, ma Monique ! Lâche tout !
Libère la lionne qui est en toi !

– Il a raison ! Lâche tout, ma… sa…

Mon ectoplasme captura leur regard au vol.

– … notre Monique !

– On ne sera pas trop de deux, si tu veux mon avis…

Alors, Christian fit l’amour à ma bouche, pendant que le Balafré le faisait à mes fesses, leurs mains se complétaient idéalement pour aimer le reste de mon corps. Toute mon animalité put enfin sortir de moi dans un incroyable rugissement. Le Balafré ne put ou ne voulut se retirer à temps, il jouit en criant presque aussi fort que moi, que Christian dont le sperme avait le goût du meilleur des nectars.

J’étais vidée ! Le Balafré et Christian m’apprirent qu’ils avaient convié les membres de notre « amicale » à une partouze pour les remercier d’avoir permis à Alain d’offrir ce beau cadeau à Catherine…

Catherine ! Je l’avais presque oubliée ! Catherine et ses trente-trois amants d’un soir ! Pourvu qu’elle ne succombe pas à tant d’hommes… j’étais vidée… comment ferait-elle ? Je demandai quelques minutes de répit, le Balafré me répondit

– Bien sûr ! Et puis… tu dégoulines de partout… il va falloir faire appel à un nettoyeur…

Pourquoi cet air de dégoût ? Lui et Christian étaient plutôt amateurs du spectacle de mon corps ruisselant, couvert de sperme… J’eus la réponse dès que le nettoyeur entra dans la pièce et qu’ils me racontèrent son histoire.

Je ne suis pas cruelle, si vous souhaitez savoir ce qui arriva ensuite, il vous suffit de cliquer ici !

 

 

 

 

Chroniques matrimoniales – Tout finit par des chansons

Nous roulions depuis peu quand nous aperçûmes Rosalie qui revenait du village, le Balafré lui proposa de la déposer, ce qu’elle refusa

– Je préfère marcher un peu, mon garçon !

Devant son air dépité, elle eut un sourire amusé, sembla le reconnaître.

Mais ne serait-ce donc pas le jeune Sherlock Holmes qui pense avoir reconnu qui se cachent derrière les surnoms que j’ai donnés ?

Elle l’invita à la suivre, je restai seule dans la voiture et les regardai s’éloigner avec des airs de conspirateurs. Je ne distinguais que la danse de leur dos, le Balafré enfonça ses poings dans ses poches, shoota dans un caillou, l’air satisfait. Rosalie lui ébouriffa joyeusement les cheveux, puis ils revinrent vers moi.

– Il avait vu juste ?

– Oui !

– C’était qui ?

– Ça, ma petiote, c’est à lui de te le dire !

Rosalie m’embrassa, me fit un clin d’oeil et s’en alla en sifflotant. Le Balafré prenait tout son temps, je décidai de le laisser profiter de cet instant. Au bout d’un temps qui me parut durer une éternité, en réalité ce n’était qu’une poignée de secondes, je n’y tins plus.

Alors ? C’était qui ?

Le Balafré sourit, mais demeura silencieux.

– Tu vas me le dire ?

– N’y compte pas !

Le Balafré démarra la voiture, comme si de rien n’était, comme s’il ne me laissait pas sur des charbons ardents. Je jouais toute une gamme de supplications pour le faire infléchir. Tout d’abord, je pris un air de chien battu, tentant de faire trembler mon menton, joignis les mains dans une prière improbable, plissai les yeux en espérant faire jaillir une larme, pris un ton pleurnichard.

S’il te plaît…

Le Balafré me regarda et se contenta de sourire. Je me fis câline, pris ma voix la plus douce, lui caressai la joue d’une main légère.

– S’il te plaît… allez… dis-le moi… !

Le Balafré prit une profonde inspiration, me regarda entre tendresse et émotion, son joli sourire jurait avec le non qu’il faisait de la tête.

Nous étions arrivés devant la maison quand j’eus l’idée du siècle, l’argument auquel il ne pourrait résister. Je me fis intransigeante et tandis que nous entrions dans la salle à manger, le menaçant d’un index sévère, lui dis

– Je te préviens, si tu ne me dis pas immédiatement qui c’est, tu n’auras plus jamais… plus jamais tu entends ? Tu n’auras plus jamais droit à mes faveurs ! Plus jamais je ne te sucerai, plus jamais je ne te caresserai, plus jamais je ne t’offrirai mon corps, mon cul, ma chatte, ma bouche… plus rien ! Et qui sera bien puni ?

Le Balafré éclata de rire, me fit signe d’approcher, descendit sensuellement la fermeture Éclair de son pantalon, sortit sa queue déjà dure et gonflée, il caressa du bout du doigt la longue cicatrice brune. Je sentis une bouffée de désir s’emparer de moi, je savais que mes yeux brillaient, que mes joues s’empourpaient, ma langue humectait mes lèvres… comme j’avais envie de lui ! Je levai les yeux, il me sourit et en silence fit mine de se rhabiller.

Tu as posé la bonne question, Monique ! Lequel de nous deux sera bien puni ?

Je le renversai sur le canapé en le traitant de salaud, avant de rire avec lui quand Christian fit son entrée.

– Ai-je bien entendu le mot « punition » ?

Je sus immédiatement sur qui elle s’abatterait… Ils montèrent à l’étage chercher le banc. Je les entendais rire et chuchoter assez fort pour que je sache qu’ils conspiraient, mais trop bas pour que je puisse savoir ce qu’ils mijotaient.

Depuis mon installation au village, j’avais pris goût au rituel de l’apéro. Chez mes parents, on ne servait l’apéritif que pour les grandes occasions, anniversaires, Noël, diplômes ou les rares réunions familiales auxquelles ne participaient que ma famille paternelle. Je ne les appréciais pas plus que ça, l’ambiance guindée faussement décontractée, les petits fours en quantité insuffisante qu’on devait manger avec parcimonie pour ne pas prendre le risque de se couper l’appétit et je n’avais droit qu’à un verre de soda.

Je n’avais jamais bu de Pastis avant que Christian m’y fasse goûter. Ici, j’avais aussi appris à aimer la simplicité des tartines de pâté, de tapenade, les olives et les éclats de rire, l’odeur de l’anis, le bruit des glaçons qui s’entrechoquent… J’aimais beaucoup les préparer, surtout quand je devais les improviser. Je chantonnai ce tube dans la cuisine tout en écoutant Christian et le Balafré installer le banc, il me fallut un peu de temps avant de remarquer qu’ils en sifflaient la mélodie.

Quand j’entrai dans la salle à manger, je les trouvai installés devant la table. Ils avaient sorti une piste de dés et semblaient vouloir débuter une partie de 4 21. Je m’exclamai

– La Provence dans toute sa splendeur ! Soleil, pastis, partie de dés, deux beaux mecs à l’accent chantant… que rêver de mieux ?

Ils se regardèrent, complices, un sourire coquin s’épanouissait sur leur visage, mais je me souvins de la sanction que j’avais promise au Balafré… pensant trouver un soutien auprès de Christian, je me plaignis et lui annonçai fièrement.

– Pour toi, c’est d’accord, mais lui… NON ! Il ne le mérite pas ! Tu sais, il ne veut même pas me dire qui il a reconnu !

– On a qu’à jouer ça aux dés !

L’idée me parut excellente. Nous inventâmes cette règle, un mélange de 4 21 et de strip-poker. À chaque tour, le vainqueur donnait un gage au perdant qui devait l’exécuter. Christian remporta la première manche et demanda au Balafré de retirer son tee-shirt. J’étais un peu dépitée parce que j’avais cru qu’il lui demanderait de répondre à la question qui me taraudait. Je râlai un peu pour la forme, mais au fond de moi, cette attente m’excitait beaucoup, je la trouvais plaisante.

Je perdis le deuxième tour, remporté par Christian.

– Ôte un de tes vêtements !

– Mais je ne porte qu’une robe !

– Comme ça, tu ne perdras pas trop de temps à réfléchir !

J’aurais voulu protester, ne serait-ce que par principe, mais un rayon du soleil couchant fit étinceler l’alliance au doigt de Christian, alors je lui dis « Oh Christian… comme je t’aime ! » Ce qui les surprit.

Nous étions tous trois dévêtus quand je pus enfin obliger le Balafré à me répondre. Malheureusement, les verres que j’avais bus entre temps avaient produit leur effet et je m’embrouillai

– Donne-moi un indice !

Soulagé, il me répondit

Un indice ? La Provence ! Oui, au moins l’un d’entre eux était provençal !

Non ! Non ! Non ! Tu dois me dire qui exactement !

Le Balafré fronça les sourcils.

Tu n’as droit qu’à un gage !

– Tu n’es pas dans ta classe et je ne suis pas ton élève !

Quoi ? Quoi ? Quoi ? Rébellion ? On trace des rails de train dans la purée ? !

Cette phrase, qui ne voulait rien dire, fut dès lors comme un mot de passe entre nous trois. Mot de passe annonciateur de rieuses sanctions.

Je pris un air contrit, me levai et présentai mes fesses au Balafré pour recevoir une fessée « bien méritée », c’est alors que le jeu prit une toute autre tournure. Christian proposa de me bander les yeux, que je m’installe sur le banc, pendant qu’ils lanceraient les dés, le vainqueur ferait autant de va-et-vient qu’il aurait marqué de points.

Je me mis à quatre pattes et entendis rouler les dés. Le Balafré remporta la première manche, fit 12 mouvements dans ma « petite chatte si accueillante ». Christian remporta la suivante, 10 va-et-vient seulement.

– Encore, mon chéri ! Ne t’arrête pas !

Une claque sur mes fesses « pour t’apprendre la politesse ». Je me cambrai. « Et en plus, elle en redemande ! ». Je m’enivrais de ce mélange de sensations, aveugle, je cherchais à deviner à combien de va-et-vient j’aurais droit. Christian remporta une bonne dizaine de manches successives, je le reconnaissais à ses pénétrations, mais avant tout à sa façon de poser sa main sur mon épaule.

Mais c’est toujours toi qui gagnes ou tu joues tout seul ?

Christian éclata de rire. Ils relancèrent les dés.

Ma parole, tu as une chance de…

Une chance de cocu ?

Je me raidis, faillis arracher mon bandeau.

Ne dis pas n’importe quoi, mon chéri ! Tu n’es pas cocu ! C’est comme ça que tu aimes et c’est comme ça que j’aime ! Tu serais cocu si je faisais ça dans ton dos, en te jurant l’exclusivité ! Nous, c’est pas pareil, c’est… du partage !

Tu as raison, je ne suis pas cocu, mais ça m’amusait de le dire…

Il se retira… zut ! Cette fois, il n’avait marqué que 7 petits points… Mais après être sorti de ma chatte, il me demanda d’ouvrir « ta jolie bouche pleine de sagesse ». Encore 6 va-et-vient, juste assez pour me faire saliver de désir. Je m’en plaignis pour la forme et les suppliai de me prendre tous les deux, je n’en pouvais plus de ces coïts interrompus… Les dés roulèrent et je reconnus enfin le Balafré.

Ah ! C’est pas trop tôt !

Une claque sur mes fesses.

Merci !

Quand je te disais qu’elle adore ça !

Je ronronnais, miaulais, grognais, j’aimais sentir mes chairs s’ouvrir pour accueillir leur membre, leurs doigts, j’aimais ces baisers tendres sur ma bouche qu’ils m’offraient en supplément.

Quand je jouis pour la première fois, je surpris Christian qui allait et venait lentement, profondément en moi. Alors, le jeu connut une première variante : quand le vainqueur de la manche me prenait, il devait s’efforcer de me faire jouir dans le temps imparti, ils me connaissaient assez pour savoir quelles caresses, quelles morsures me propulseraient vers l’orgasme. Juste avant de me faire jouir, le vainqueur faisait un signe au perdant qui forçait mes lèvres de son gland. Je me sentais tellement fière de leurs compliments, n’importe qui les qualifieraient d’obcènes, mais je les recevais comme autant de marques de respect, parce que c’en étaient.

Il y eut quelques matchs nuls, je devais désigner le vainqueur, mais à chaque fois je demandais « les deux en même temps ! ». Je faillis pleurer de bonheur quand, après le premier « ex-aequo » et mon premier « les deux en même temps ! », Christian s’exclama

Ô ma Monique, mon amour, si tu savais comme je t’aime !

Et que le Balafré lui répondit

Quel veinard tu fais ! Monique est une déesse de l’amour !

Mon estomac se mit à gargouiller et je réalisai que nous n’avions toujours pas dîné. Christian voulut préparer de quoi grignoter un peu, mais le Balafré lui dit « Laisse, je m’en occupe ! » et partit dans la cuisine en chantonnant. Qu’il était bruyant ! À croire qu’il prenait une casserole pour taper sur une autre ! Il claquait les portes des placards avec une telle force que je faillis lui demander de faire attention, mais les baisers de Christian, ses caresses sur mes seins, sur mon ventre, me firent jouir si fort que j’oubliais tout le reste.

Christian jouit en moi, en me remerciant de tout le bonheur que je lui offrais, d’être la femme que j’étais, me répétant son amour.

Reste en moi, mon amour !

Mais le Balafré était déjà de retour… Christian se retira pour lui laisser la place, ses doigts écartaient mes petites lèvres, il prenait son temps, regardait ma chatte pleine du sperme de son ami, le bout de son gland à l’entrée de mon vagin, il me prit au ralenti, millimètre par millimètre… je m’exclamai

Aloune ? !

Un éclat de rire général retentit.

– Ô pute vierge, je suis démasqué ! Pas moyen de te baiser incognito ! Mais ne m’appelle plus « Aloune », je m’appelle Alain !

C’est bien ce que j’ai dit… Aloune…

Tiens, voilà pour toi, petite impertinente !

Alors que je me cambrai pour accueillir la fessée, Alain me pénétra de tout son long, d’un seul coup de reins. Sous l’effet de la surprise, je relevai la tête et ma bouche s’ouvrit. Catherine en profita pour me rouler une pelle.

– Ô pute vierge, elles se gouinent encore !

D’une voix féline, terriblement sensuelle, Catherine demanda « Y’en a que ça dérange ? » avant de détacher le bandeau qui me masquait la vue. Qu’elle était rayonnante ! Nos regards se croisèrent, elle me sourit, nous nous comprîmes sans avoir à parler. Elle s’approcha de moi, je me redressai un peu, la queue énorme d’Alain toujours en moi et dégrafai un à un les boutons de sa robe, libérant ainsi sa magnifique poitrine opulente que j’aimais tant. Je léchai un de ses seins, caressai sa joue avant de demander à mon tour « Y’en a que ça dérange ? »

– Les diablesses ! Vé… elles me refont bander !

Christian exhibait son sexe gonflé, il rayonnait de bonheur. Le Balafré corrigea son propos

Plus qu’à des diablesses, nous avons affaire à deux déesses… les déesses de l’amour…

Il lança les dés et annonça « nénette ! ». Je ne sais pas si tu connais les règles du 4 21, «nénette » c’est le plus petit nombre de points qu’un joueur puisse faire 2,2,1. En l’annonçant, le Balafré reconnaissait sa défaite, Christian s’approcha de Catherine, souleva sa robe déjà déboutonnée et constata, ravi, qu’un homme avait déjà joui en elle, puis, se ravisant « ou peut-être deux ? Où préfères-tu que je te prenne, belle Cathy ? » La réponse collective fusa « Dans le cul ! ». Catherine resplendissait, heureuse de nous savoir enchantés qu’on l’aime pour ce qu’elle était, une femme à l’appétit sexuel insatiable, une femme qui prenait plaisir à en offrir. Elle m’embrassa amoureusement, nous étions semblables, mais nous ne fûmes jamais rivales, nous nous aimions avec naturel et simplicité, avec une évidence que nous n’avons jamais cherché à qualifier, à expliquer.

Oh oui, Christian ! Comme ça… !

Puis, me regardant

Il encule vraiment bien, ton mari !

– Le tien aussi… quand il daigne honorer mon cul… !

Té, Monique ! S’il n’y a que ça pour te faire plaisir…

Je sentis son doigt sur mon petit trou, comme si du pouce, il voulait en éprouver la souplesse. Il se retira presqu’à regret de ma chatte et me prit les fesses. Malgré la taille monstrueuse de sa queue, il savait s’y prendre pour que ce ne soit jamais douloureux. J’avais fermé les yeux pour mieux profiter de cette sensation et quand je les rouvris, je fis signe au Balafré d’approcher. Nous le suçâmes tout en continuant à nous embrasser à la salope.Dessin_1443

Ô pute vierge ! Elles me font venir ! Je viens… ! Je viens !

Alain voulut se retirer, mais je le supplai

Non ! Pour une fois, je veux tout dans mon cul ! Tout rien que pour m… ooohhh… c’est si bon quand tu… ooohhh…

Pour me faire taire, mon mari attrapa la queue du Balafré et me l’enfonça dans la bouche. Catherine criait son plaisir, encourageant Christian, le félicitant « Comme tu m’encules bien, Christian ! Au plus tu me baises… aaahhh… au plus… ooohhh… tu me fais jouir ! ». Quand Alain se retira, il écarta mes fesses pour que ses comparses puissent admirer « son oeuvre ». Le Balafré toucha mon anus d’une caresse légère, ce qui me fit jouir. Mon orgasme déclencha le sien, suivi de peu par celui de Christian.

Nous étions tous les cinq repus de plaisir. J’ai toujours aimé ces moments post-orgiaques, comme les nommait le Notaire, ces moments où nous nous affalions dans les bras des uns les autres, où nos caresses et nos baisers n’avaient pour toute fonction que de nous apaiser… Je demandai à Catherine s’ils voulaient partager notre repas.

Tu as vu l’heure, Monique ? Non, nous avons déjà dîné ! Nous sommes venus pour vous dire que nous ne serons pas là ce week-end…

Elle regarda Alain avec un amour infini.

Parce que mon mari m’offre un week-end romantique, rien que tous les deux en amoureux pour mon anniversaire !

Nous les félicitâmes. J’aidai Catherine à se rhabiller, caressant sa poitrine si excitante, je l’embrassai et lui souhaitai en avance un joyeux anniversaire. Quand ils sortirent de la maison, Christian ouvrit la fenêtre et leur cria « À dimanche soir, alors ! », puis se retournant, il demanda au Balafré

Que fais-tu ce soir après dîner ?

Sur le même ton, tout en me désignant, il lui répondit

J’aurais tant aimé bien l’enculer… !

Et arriva enfin le moment où Le Balafré demanda à Monique d’exaucer son vœu

Chroniques matrimoniales – La vie n’est rien sans l’amitié

Quand nous entrâmes, nous fûmes accueillis par Pierrot, Toine et Nathalie. Valentino semblait mal à l’aise, gêné comme s’il avait revêtu un costume qui n’était pas à sa taille, coupé à ses mesures. Il répondait à nos question parfois de façon très détaillée, mais le plus souvent très laconique. Il semblait avoir perdu de son assurance, tout en ayant gagné des certitudes. C’était très étrange. Petit à petit, un malaise s’installait, nous étions loin des retrouvailles joyeuses que nous nous étions imaginées. Pierrot parut plonger dans les yeux de Valentino, il hocha la tête, ils se levèrent et sortirent dans le jardin. Je racontai nos retrouvailles à Toine et à Nathalie puis la discussion s’éteignit comme une chandelle totalement consumée.

Il fallut leur retour à l’intérieur de la maison pour que je m’aperçoive de la faim qui me tenaillait. Je réalisai par là même que Valentino n’avait pas mangé non plus. J’étais à mes fourneaux quand Pierrot me prit par la taille, son souffle chaud dans ma nuque me réchauffait le cœur, il me murmura

– Ne t’en fais pas, ma Rosalie… Valentino a besoin de tuer ses démons, il a besoin de moi comme j’ai eu besoin de Nathalie, comme Toine a eu besoin de toi.

Comme si ses mots m’avaient ôté un poids sur les épaules, je respirai à plein poumons. La lumière parut refaire son apparition dans la maison en même temps que la légèreté. Valentino, Toine et Nathalie entrèrent dans la cuisine comme si notre éclat de rire avait été le signal convenu. Tout en disposant deux assiettes sur la table, Pierrot répondit à la question muette que tous nous posaient.

Cette créature est une diablesse ! Non ! Pire ! C’est une…

Toine entra immédiatement dans son jeu.

Une… une Normande, tu veux dire ?

Exactement ! Tu ne crois pas si bien dire !

Comme intimidé par l’assiette posée devant lui, Valentino nous regardait, Toine frotta une gousse d’ail sur une tranche de pain rassis, y versa un filet d’huile, la lui tendit et d’une voix très douce, que je ne lui avais pas entendue depuis des années, l’invita à manger. Valentino croqua dedans, ferma les yeux pour mieux goûter ce moment, avant de manger la soupe que je venais de réchauffer. Après quelques minutes d’un silence interrompu par le bruit de nos cuillères, il leva ses yeux emplis de larmes.

Merci !

Nathalie, toujours aussi curieuse, nous demanda la raison de notre éclat de rire et pourquoi Pierrot me traitait de diablesse.

Je venais de lui dire que Valentino a besoin de chasser ses cauchemars, qu’il a besoin de moi comme j’ai eu besoin de toi, comme Toine a eu besoin de Rosalie à notre retour…

Ouh, fan de Diou ! Tu veux dire tout… tout pareil ? !

Prenant l’assistance à témoin, je désignai Nathalie

Ah… tu vois !

Toine se bidonnait, Valentino sourit enfin. D’un sourire où l’indulgence s’unissait à une tendresse incroyable, au soulagement aussi. Avant que le jour se lève, Toine partit avec lui pour lui indiquer une cachette sûre en attendant des jours meilleurs. Nathalie rentra dans ses foyers, je restai seule avec Pierrot.

Que signifient ce regard et ce sourire ?

Je suis tellement heureuse…

Que Valentino soit de retour parmi nous ?

Oui, mais…

Mais ?

Mais surtout que tu sois l’homme que tu es, mon Pierrot ! Et tous… la Nathalie, le Toine… Barjaco aussi… vous êtes tous si… si… je ne trouve pas le mot !

Pierrot caressait ma joue, m’embrassait dans le cou, me répétant son amour. Nous sortîmes de la maison. J’avais laissé un mot sur la table de la cuisine pour qu’Antonella et Léonie ne s’inquiètent pas. Ce n’était pas la première fois qu’elles trouveraient la maison vide à leur réveil et savaient parfaitement se débrouiller toutes seules.

Imitant Pierrot, j’enfourchai ma bicyclette. Depuis toutes ces années, la région n’avait plus aucun secret pour moi, je connaissais chaque lieu où l’on pouvait s’ébattre à l’abri des regards indiscrets et à la vue des regards complices. Je calculai mentalement et à toute vitesse, le temps dont nous disposions, la distance qui nous séparait des différents endroits susceptibles de nous convenir, quand Pierrot fit allusion à ma façon de diriger un attelage « à la mode normande ». Je compris où il voulait que nous allions. C’était notre cachette, notre endroit rien qu’à nous, aucun autre homme ne m’y avait jamais culbutée et Pierrot n’y avait jamais culbuté aucune autre femme. Cette grange au milieu de nulle part, où nous avions fait une halte après sa demande en mariage et notre passage chez le notaire.

Il n’aurait pas pu choisir meilleur endroit. Vingt ans après, j’étais dans le même état d’esprit que ce premier samedi du mois de mai 1919. Je montai à l’échelle quand il me complimenta, dès qu’il me rejoignit, je lui dis « Question beauté et fraîcheur, tu n’es pas en reste, mon Pierrot ! » Il fit semblant de ne pas avoir compris, « avé ton assent… »

Je lui répétai au moins dix fois, modulant ma voix, variant ses inflexions, tournant autour de lui comme un maquignon le ferait dans une foire aux bestiaux. Je faisais mine de tâter ses muscles, tout en le déshabillant. Quand il fut totalement nu, je caressai ses gonades du dos de la main, remontai le long de son membre et, le regardant droit dans les yeux, lui répétai une fois encore

– Question beauté et fraîcheur, tu n’es pas en reste, mon Pierrot !

Vingt années s’étaient écoulées, mon corps s’était épanoui, mais comme je l’aimais mon corps qui me le rendait si bien ! J’aimais l’aisance avec laquelle il s’emboîtait à celui de Pierrot. Mon Pierrot qui me scrutait, semblant chercher à découvrir des trésors qu’il connaissait pourtant par cœur.

Laisse-toi faire, ma Rosalie…

Il écarta mes cuisses d’une caresse délicate. J’étais debout face à lui. Avant de s’agenouiller devant moi, il caressa mon « joli petit ventre », me sourit en faisant semblant de découvrir la blondeur de ma toison, « blonde comme les blés », embrassa mon cou, mes épaules, mes seins.

Je n’en pouvais plus de désir, mes jambes tremblaient tant mon impatience était grande. Je manquai de défaillir quand ses doigts écartèrent mes lèvres. Il me demanda d’une voix craintive, comme on quémande une faveur, s’il pouvait encore « se régaler les yeux de tant de beauté ».

Dès sa requête « laisse-toi faire », je savais qu’il me voulait passive. Je veux dire, je savais que je ne devais prendre aucune initiative, je ne devais ni le caresser, ni l’embrasser, pourtant, j’en crevais d’envie, je ne devais anticiper aucune de ses caresses, aucun de ses baisers, pourtant je me sentais brûler de désir.

Quand sa langue me lécha, je laissai échapper un grognement animal, mes mains s’agrippèrent à ses cheveux, j’aurais dû me taire, mais je psalmodiai « Ô Pierrot ! Ô mon Pierrot ! Oh, c’est si bon ! » entre deux cris bien plus sauvages, entre deux plaintes de plaisir animal.

Sa voix était rauque lorsque, ses mains sur mes hanches, il me demanda de danser sur sa langue. Mes yeux étaient clos, ma tête rejetée en arrière, pourtant, j’aurais pu décrire l’étincelle de son regard rien qu’en sentant son souffle sur ma peau…

Je me demandais combien de temps allait durer ce supplice qu’il s’infligeait ainsi quand une onde de plaisir me traversa de part en part avec la puissance d’une lame de fond. S’il ne m’avait pas tenue aussi fermement, je serais tombée à la renverse… Il poussa un cri, une sorte de juron amusé, j’ouvris enfin les yeux, desserrai mes doigts et regardai dans ma paume, les cheveux que je venais de lui arracher.

Comment me faire pardonner, mon Pierrot ?

Il s’allongea sur le sol où ne subsistaient, ici et là, que quelques brins de paille séchée et me demanda de le chevaucher. Je m’accroupis au-dessus de son membre. Bon sang ! Son gland était d’un pourpre presque noir ! J’avais appris à estimer la puissance de son désir, le degré de son excitation à la couleur de son gland. Au plus il était sombre, au plus il était proche de l’explosion. Je ne voulais pas qu’il jouisse trop vite, je voulais qu’il profite lui aussi, lui offrir autant de plaisir qu’il m’en offrait.

Ma Rosalie, nous n’avons plus trop de temps devant nous !

En disant ces mots, il m’empala brutalement. Mon plaisir explosa une nouvelle fois et le cri qu’il poussa en jouissant remonta le long de ma colonne vertébrale. Nous préférions ne pas nous arracher l’un à l’autre tout de suite après son orgasme. J’aimais, nous aimions profiter de ces longues minutes où mon puits d’amour palpitait autour de son sexe qui perdait peu à peu de sa raideur. Nous aimions nous dire de jolies phrases, les yeux dans les yeux, son sourire répondant à mes mots, le mien répondant aux siens. Il caressa ma joue.

Ma Rosalie, si je te demandais ce que tu veux, que me répondrais-tu ?

Que les vingt prochaines années soient aussi belles que les vingt dernières…

Pierrot fit la moue. Ce n’était pas la réponse qu’il avait espérée, je le savais parfaitement. L’air contrit, je haussai les épaules et me plaignis

Mais c’est ta faute, Pierrot ! Si tu ne m’avais pas ôté le corsage…

avant de lui tirer la langue et de lui faire un clin d’œil malicieux. Il me traita de bougresse et nous roulâmes enlacés dans la poussière de paille, comme deux gamins heureux de profiter d’une récréation inattendue.

ba9d5ab3a97d228cfe9c6b0d929f6bbaIl était temps de nous rhabiller, d’enfourcher nos bicyclettes et d’aller travailler. Quand nos chemins se séparèrent, il allait aux champs et moi dans les bureaux du père de Toine, Pierrot me houspilla « C’était bien la peine de te couper les cheveux… ! » et ôta les brins de paille qui s’y étaient logés avant de m’embrasser et de me souhaiter « la bonne journée ».

Le récit de Rosalie se poursuit ici…

 

Mais entre temps, Monique nous raconte d’autres jolis souvenirs, si vous souhaitez les découvrir, cliquez donc là !

Le cahier de Bonne-Maman — « Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme »

J’ai commencé à trouver étrange le comportement de Nathalie peu après l’arrivée du printemps. Elle semblait toujours lasse et quand je lui demandais ce qui la tracassait, elle me répondait « Rien, mais je n’ai goût à rien. Je voudrais dormir, dormir et dormir encore », à peine le temps d’en être inquiète, elle avait retrouvé tout son entrain. Et quel entrain !

Et puis vint le week-end pascal. Toine était arrivé le premier à la maison, ce dimanche 4 avril, et il remplissait le tronc de petits papiers sur lesquels il avait inscrit « la figure Rosalie », quand je lui demandai quelle mouche l’avait piqué, il me répondit

C’est en remplissant le tableau que j’ai eu cette idée

Valentino lui avait envoyé une lettre lui demandant de l’inscrire pour toutes les tâches de menuiserie, mais aussi celles de plomberie, de maçonnerie…

Il faudra lui expliquer qu’il n’a pas besoin d’alibi pour passer du temps avec moi !

Mais j’étais touchée de cette attention et très excitée à l’idée de le revoir, il avait dû accepter un chantier bien éloigné de la Provence, parce qu’une telle occasion ne se présentait pas souvent… deux mois loin de ses bras, deux mois sans nos baisers, deux mois sans ses « Rosalina », sans ses « Rosalinetta », deux mois sans nos corps à corps… La brûlure de son absence se réveillait maintenant que je savais que nous nous reverrions sous peu…

Mais qu’est-ce qu’ils fichent ?

Pierrot et Nathalie étaient en retard à notre rendez-vous hebdomadaire. Je regardais le corps de Toine, déjà nu, son impatience faisait plaisir à voir ! Feignant de lui accorder une faveur, un prix de consolation, je m’assis à côté de lui, détachai négligemment mon chignon, pris ­–l’air de rien– une mèche de mes cheveux, en entourai son sexe et commençai à le branler, en lui parlant de tout et de rien, puis petit à petit, de ce que j’aimerais que nous fassions, lui et moi, si nous devions nous passer de la présence de Pierrot et de Nathalie. Il sourit et tournant le regard vers la cuisine

Tu me rends amoureux du beurre, Bouton d’Or !

Nous riions de bon cœur, notre complicité nous ravissait autant l’un que l’autre. Enfin, Pierrot et Nathalie firent leur entrée.

C’est pas trop tôt ! On se demandait si vous viendriez !

Ne vous en prenez pas à moi, mais à mademoiselle ! Elle voulait aller se confesser et j’ai dû… lui faire changer d’avis…

Tu voulais… aller à confesse ? Parce qu’on est le dimanche de Pâques ?

Non, Rosalie, mais… peut-être un peu oui… je ne sais pas… Je n’ai jamais été comme ça ! L’envie de sexe me réveille au milieu de la nuit… Je me soulage… je me rendors… et l’envie me réveille encore ! Je ne pense qu’à ça…

Viens me voir, Pitchounette dans ces cas-là ! Je saurais te soulager, si tu venais me voir !

Mais tu travailles à la ville, mon Toinou !

Parce que ça te prend aussi dans la journée ? !

Je vous l’ai dit ! Je suis possédée ! Ça me prend tout le temps ! Je ne pense qu’à ça… tiens, regardez donc ! Rien que de vous voir, je suis toute échauffée… ! Comme si je ne l’avais pas fait depuis des jours…

Il n’y a pas de temps à perdre, alors, ma Pitchounette ! Tiens, à toi l’honneur… que ta main innocente nous indique…

Je ne levai même pas les yeux au ciel, Nathalie pêcha un petit bout de papier. « La figure Rosalie ». Nous fîmes tous semblant d’en être étonnés. Nathalie s’allongea en travers du lit, ses jambes outrageusement écartées, livraient son sexe à notre vue, il palpitait de désir tout en coulant de la semence que Pierrot y avait déversé quelques minutes plus tôt.

Pierrot s’excusa de devoir me faire attendre un peu, Toine plaisanta sur la capacité de son gros goupillon à extirper le mal qui consumait Nathalie. Quand il la pénétra, elle gémit de plaisir et lui demanda de la brusquer un peu…

Je vous veux tous les trois… je vous veux tous les trois !

Je me mis à califourchon sur son visage, elle me dévorait le minou avec art et gourmandise, de nous regarder ainsi excita davantage Toine, et Pierrot commença à retrouver toute sa vigueur, il caressa la poitrine de Nathalie d’une main tout en se masturbant de l’autre. Quand sa main toucha les seins de Nathalie, elle me téta le bouton avec une avidité accrue, même si elle n’avait pas crié, j’aurais su, nous aurions su la force de son orgasme. Toine avait les yeux rivés sur ma toison et caressait Nathalie, comme il aurait eu envie de me caresser.

Que nous avons aimé ce dimanche pascal ! Nous faisions l’amour, chacun notre tour, à Nathalie, qui nous remerciait à chaque fois avec plus d’ardeur, plus de tendresse.

Le sommeil se saisit d’elle brutalement. La journée s’était écoulé à toute vitesse, il était déjà l’heure de dîner, pour une fois tous les quatre, mais Nathalie dormait profondément.

Nous la laissâmes dans les bras de Morphée et allâmes dans la cuisine pour manger un peu. Me voyant sortir la petite motte de beurre, Toine plaisanta avec Pierrot sur la façon dont je m’arrangeais pour le leur faire apprécier. Je riais avec eux, quand Toine se plaignit de souffrir du même mal que Nathalie.

Oh fatché ! Je bande encore ! Oh, mais regardez-moi comme penser à ma grosse queue dans le cul de la Rosalie me fait de l’effet !

Tu parles de travers, Toine… ce n’est pas ça qui te fait bander…

J’avais laissé ma phrase en suspens, pour les titiller un peu.

… ce qui te fait bander, c’est la bonne odeur du beurre, sa douceur… tu sais quand je fais..

Je pris un bon morceau de beurre et du bout des doigts en tartinai le sexe de Toine, surtout son gland… Quand il était très excité, Toine avait tendance à saliver plus que de raison… Quand je sentis une goutte de salive tomber sur mon avant-bras, je levai les yeux vers lui…

C’est appétissant, n’est-ce pas ? Moi, je ne peux pas y résister…

D’une langue gourmande, je retirai tout le beurre que je venais de mettre sur la verge de Toine. Il jouait avec mes cheveux en me disant combien il aimait faire ce que nous faisions, combien voir Pierrot se branler en admirant le spectacle l’excitait davantage. Je fis semblant de réaliser la présence de mon amoureux et abandonnai Toine pour aller le retrouver et lui enduire à son tour le sexe de beurre.

Prise à mon propre jeu, je passais de l’un à l’autre, m’enivrais de toutes ces sensations, de leurs mots de plus en plus crus, des miens qui le devenaient aussi, de leurs caresses… enfin, n’y tenant plus, je suppliai Toine.

Fais-le ! Fais-le moi enfin… !

Que je te fasse quoi ?

Prise par je ne sais quelle furie sensuelle, je le bousculai, l’obligeant à s’asseoir sur une chaise, enduisis mon derrière et son gland de beurre et m’empalai d’un coup sur sa verge dressée.

Oh, Bouton d’Or !

Oh, ma Rosalie !

La surprise les avait cueillis tous les deux et leur voix s’étaient mêlées dans ce cri. J’avais éprouvé autant de plaisir que de douleur, mais je voulais l’éprouver encore. Je me relevai et m’empalai de nouveau.

D’un ton qui ne m’était pas coutumier, j’ordonnai à Pierrot de s’asseoir sur l’autre chaise, aux côtés de Toine. Ils comprirent immédiatement. Je passai de l’un à l’autre, en les suppliant de ne pas arrêter de commenter, de parler de moi ainsi… Quand Toine jouit, Pierrot se releva et prit « la direction des opérations » comme il aimait à le dire. Il demanda à son ami de s’asseoir sur la table, d’offrir sa queue à ma bouche, écarta mes fesses et me sodomisa avec une rage que je ne lui avais jamais connue avant.

Apaisés, nous dînâmes avant de rejoindre Nathalie toujours endormie. Nous aimions beaucoup l’étroitesse du lit qui nous obligeait à dormir au plus près les uns des autres. J’eus un sommeil agité cette nuit-là, peuplé de rêves où des démons venaient me posséder, des démons qui ressemblaient fort à Pierrot, à Toine, à Valentino et à quelques autres comparses.

Les baisers de Nathalie me réveillèrent. Toine allait et venait en elle, brutalement, me semblait-il. Je savais reconnaître cette lueur dans son regard. Regarder sa promise me faire jouir de sa bouche, pendant qu’il lui faisait l’amour l’excitait énormément, le faire au réveil, après avoir passé la nuit tous les quatre était plus que rare à cette période de notre vie, alors il voulait en jouir pleinement. Pierrot se réveilla, un magnifique sourire aux lèvres et commença à caresser les seins de Nathalie qui en cria de plaisir.

À ton tour, Pierrot ! Cette créature aura ma peau… !

Si c’est pour rendre service… tu me connais, je ne laisserais jamais un collègue dans l’embarras…

Il fut surpris de trouver le sexe de Nathalie à la fois si étroit et si souple et tellement chaud.

T’as la fièvre du minou, ma Nathalie !

Elle me dévorait le minou, mais ses baisers devenaient trop ardents pour mon bouton. Toine me souleva, m’allongea en travers du lit, de telle sorte que mon visage reposait sur le ventre de Nathalie. Pierrot lui caressait les seins, quand Toine me pénétra d’un coup, de tout son long. Sans qu’aucun son ne sorte de sa bouche, il articula « Tes cheveux… tes cheveux ! », alors, j’en pris une mèche et lui fouettai les cuisses, les reins. Toujours sans émettre aucun son, il m’en remercia et arrangea artistiquement d’autres mèches sur le corps de Nathalie.

Nous enchaînâmes les figures, en inventant au passage, puis, comme la veille au soir, Nathalie s’endormit brutalement. Nous la laissâmes se reposer, et comme la veille au soir, nous rejoignîmes la cuisine pour déjeuner.

Aucun de mes amis provençaux n’appréciait la cuisine au beurre, mais je ne pouvais pas me résoudre à manger une côtelette d’agneau frite dans de l’huile. Je fis comme à mon habitude, deux poêlées, la mienne et la leur. J’étais en train de les servir quand Nathalie entra dans la cuisine. Je ris en la voyant essuyer ma poêle avec un morceau de pain avant de le porter à sa bouche.

Pour quelqu’un qui n’aime pas le beurre fondu…

Je ne sais pas pourquoi, mais j’en avais une de ces envies… Non ! Je t’en prie, ne fais pas cuire ma côtelette dans l’huile… rien que d’y penser…

Elle fit une moue de dégoût qui nous amusa tous.

Nous venions de finir de manger quand nos invités toquèrent à la porte. Pierrot leur ouvrit « Bienvenue à l’amicale des anciens combattants ! ». Nous nous connaissions tous assez pour avoir nos habitudes. Une d’elles était que nous n’embrassions Bouche Divine qu’en dernier, parce que ses baisers… ses baisers étaient la promesse de tant de plaisirs que nous n’aurions prêté aucune attention aux autres comparses si nous l’avions embrassé en premier.

Nous nous connaissions assez pour qu’aucun n’ait à rougir de ses « manies », par exemple, Gentil Coquelicot s’était découvert un plaisir qui lui était propre, mais n’avait pas hésité bien longtemps avant de nous en parler. Ce qui l’aidait à se mettre en condition pendant nos étreintes collectives, était d’avoir l’une de nous deux allongée sur son ventre pendant qu’elle se faisait prendre par un autre homme. Il en devenait écarlate de désir, ensuite, il nous « ravageait » l’une après l’autre, en nous inondant de mots doux prononcés comme des insultes.

Nous avions tous parfaitement conscience qu’il ne pouvait partager cette particularité qu’avec des personnes en lesquelles il avait une confiance absolue.

Le plaisir de Neuneuille était de nous observer sous toutes les coutures, mais aussi et surtout de nous palper, de nous fouiller, avant, pendant et après l’amour. Barjaco s’étourdissait de ses bavardages, à chaque fois qu’il constatait qu’un mot nous faisait réagir, il en prenait plus de plaisir encore.

Bouche Divine était secrètement amoureux de moi, secret qui avait fait long feu dès le début tant il était évident. Il appréciait que Pierrot ne lui en tint point rigueur. Plus tard, avec la même passion mêlée de désespoir qu’il était tombé amoureux de moi, il tomba éperdument amoureux de Nathalie. Puis, à nouveau de moi. Puis de Nathalie. Il n’a jamais été amoureux de nous deux en même temps, mais je crois que c’est parce que ça l’arrangeait bien, finalement.

Quand il était amoureux de moi, il aimait « se venger » de mon « infidélité » en se surpassant quand il faisait l’amour à Nathalie, plus elle se pâmait, plus il répétait « Je pourrais le faire à Rosalie si elle acceptait de ne plus coucher avec d’autres hommes que moi ! » et comme pour mieux me faire regretter ma « conduite », il l’embrassait avec tout son don. Il lui suffisait d’être amoureux de Nathalie pour que je bénéficie de ses prouesses.

En ce lundi de Pâques, Nathalie s’impatientait des politesses d’usage. Elle s’approcha de Neuneuille et lui glissa quelques mots à l’oreille. Il lui répondit par un sourire et glissa une main sous son jupon. Nous la regardions onduler en psalmodiant « Encore… plus fort… encore ! », avant de nous préoccuper de nous-mêmes.

Toute occupée à enfiler la capote sur le sexe de Bouche Divine, je ne remarquai pas que Nathalie s’était approchée de nous « Pardon, Rosalie, mais… ». Elle allait et venait sur lui, concentrée sur le plaisir qu’elle volait. Enfin, elle ne le volait pas vraiment, mais elle le prenait sans se demander si elle en offrait en retour, ce qui n’était pas dans ses habitudes.

Allongée sur Gentil Coquelicot, je me laissais aller aux caresses de Neuneuille. Barjaco riait de voir Nathalie se déchaîner, quand il lui en fit la remarque, elle répondit :

Je suis possédée, c’est sûr, maintenant !

Qué « possédée » ?

J’ai toujours envie… ça me réveille la nuit… ça me travaille le jour… au plus je le fais, au plus j’en ai envie…

Heureusement qu’elle dort beaucoup… sinon, on serait morts!  C’est pas une vie, je te le dis !

La mauvaise foi de Toine était absolue, mais moins que celle de Pierrot !

Et c’est pas le plus grave ! Figure-toi qu’elle est passé dans l’autre camp… celui de la… (mimant exagérément l’écœurement)… de la cuisine au beurre ! Alors que l’huile…

Nathalie plissa son joli nez, un air de dégoût froissa son minois.

Tais-toi Pierrot… rien que de penser à l’odeur de l’huile…

Barjaco se leva d’un bond, tendit la main à Nathalie, s’excusa auprès de Bouche Divine « Tu permets ? »

Allonge-toi sur la table et écarte les cuisses… laisse faire le docteur…

Il la pénétra de ses doigts, comme pour l’ausculter, il avait un air très sérieux. Nathalie frémit davantage quand il caressa sa poitrine qu’il regardait d’un œil expert.

Boudiou, coquine ! Tu n’es pas possédée, mais tu l’as été pour sûr ! Mets-toi à quatre pattes que je te prenne un peu…

Nathalie s’exécuta, le corps vibrant d’impatience, tandis que Barjaco enfilait sa capote. Il la pénétra, attentif à ses sensations.

Fatché ! Comme c’est bon de prendre une femelle quand elle est pleine… !

Pendant quelques instants, nous fûmes tous frappés de stupeur. Barjaco nous houspilla pour la forme.

C’est bien la peine d’être paysans pour ne pas reconnaître les signes…

Il énuméra, tout en continuant ses va-et-vient

Le feu au cul, le sommeil qui assomme, le dégoût de… serre plus tes cuisses, boudiou !… le dégoût de ce qu’est bon… les nichons fiers comme deux Artaban et sensibles et frémissants comme le cul d’une pucelle sous les mains d’un homme… le petit con souple, chaud et accueillant… elle est pleine, j’vous dis !

Puis s’adressant directement à Nathalie

C’est quand que t’as saigné la dernière fois ?

Je… ooohh… je… ooohh… je ne sais… ooohhh… j’ai oublié… ooohh… !

Nathalie essayait de s’en souvenir, mais Barjaco ne cessait de la houspiller.

Mais serre donc les cuisses, bougresse ! Tends ton derrière ! Mieux que ça ! C’est ça que tu veux ?

Tout en allant et venant dans son vagin, il la pénétra non pas d’un, mais avec deux de ses doigts.

Oh ! Fan de Diou ! Ça remonte à la Sainte-Martine !

Messieurs, retenez la leçon ! Rien ne vaut deux doigts dans le cul pour faire retrouver la mémoire à une femelle !

Fier de sa bêtise, il éclata d’un rire tonitruant.

Ainsi donc, Nathalie était enceinte ! C’était arrivé le dimanche que j’avais passé avec Valentino, juste avant son départ si loin de moi…

En fin d’après-midi, nos invités partis, nous évoquâmes la régularisation de notre situation. Puisque le mariage devenait urgent, je voulus délier Nathalie de sa promesse.

Je n’aurai jamais l’accord de mes parents, de toute façon…

Nathalie entra dans un de ses rares, mais légendaires courroux. Le visage empourpré de colère, elle tapa du pied par terre et du poing sur la table

On a dit une double-cérémonie, ce sera une double-cérémonie ou rien du tout !

Pour l’apaiser, Toine me conseilla d’écrire une autre lettre à mes parents. J’éclatai en sanglots, me levai, ouvris le tiroir du buffet et lançai quatre enveloppes sur la table. Toine et Pierrot les prirent, les mains tremblantes de rage, de surprise, de peine aussi. Elles n’avaient pas même été ouvertes, la mention « Refusé – Retour à l’envoyeur » à l’encre rouge barrant leur adresse.

Pourquoi ne pas nous l’avoir dit, Bouton d’Or ?

La tête entre les mains, je pleurais à chaudes larmes.

J’ai tellement honte… À cause de moi… Nathalie…

À cause de toi ? ! Mais, ma Rosalie, ce n’est pas ta faute si tes parents sont des cons !

Ne pleure pas, Bouton d’Or, je vais demander à mon père, s’il n’y aurait pas…

NON ! Le notaire a été très clair sur ce point, hein mon Pierrot ? Sans l’autorisation de mes parents… même si j’étais majeure, j’en aurais eu besoin…

Toine raccompagna Nathalie chez elle puisque Pierrot avait tenu à rester à mes côtés. Il passa la nuit à me consoler, à me demander d’avoir confiance, que tout allait s’arranger. J’enviai son optimisme. D’avoir tant pleuré m’avait épuisée, je m’endormis comme une masse.

Le lendemain matin, le père de Toine m’accueillit en me demandant si je pouvais lui rendre un petit service. En tant que maire, il avait un courrier officiel à envoyer, il l’avait déjà rédigé, mais pensait qu’il ferait « plus officiel » s’il était dactylographié. Or, il ne savait pas taper à la machine, pourrais-je lui rendre ce petit service ? Comment aurais-je pu le lui refuser ? Il me tendit la lettre, je la lus.

Vous pensez vraiment ça de moi ? Vous n’exagérez pas un petit peu, tout de même ?

Non, Rosalie, je suis même en-dessous de la réalité !

J’éclatai de rire et de sanglots en même temps… Ainsi, dès mon arrivée au village, j’avais agi comme une héroïne, j’avais pris en charge la classe des petits tant que l’instituteur était sur le front. Puis, au retour des combattants, j’avais su écouter leur peine et leurs tourments et grâce à mon comportement leur éviter de sombrer dans l’alcoolisme. Ainsi, la vie avait repris son cours normal, celui qu’elle n’aurait jamais dû cesser de suivre sans cette saignée.

Un de ses administrés voulait tenir la promesse qu’il m’avait faite quand il se battait pour la France, mais l’attitude de mes parents le lui interdisait. Ma réserve et ma pudeur naturelle m’avaient interdit d’en parler avant et c’est tout à fait par hasard qu’il avait appris ma situation.

La lettre se terminait par un « Je vous demande votre soutien, en tant que premier élu de votre ville aidez ce jeune homme à tenir parole, il ne supporterait pas qu’on le prenne pour un menteur, cela lui serait plus insupportable que ces longues années passées au front. Je vous en conjure, allez trouver les parents de Rosalie et tentez de les convaincre. »

Il signa la lettre et me sourit en apposant le cachet officiel de la commune.

Et d’une !

Comment ça « Et d’une » ?

Si tes parents sont aussi obtus qu’il m’y paraît, je pense qu’il faut les attaquer de toutes parts. Et puis, si Nathalie refuse le mariage à mon Antoine… Je ne veux pas que mon petit-fils, ma petite-fille apparaisse comme un enfant illégitime dans les registres… Nous avons mis au point un ordre de bataille. On va les attaquer sur trois fronts et je suis sûr qu’ils céderont !

Sur trois fronts ?

C’est une question d’honneur qui les a fait te renier, n’est-ce pas ? Selon eux, leur nom a été sali par ta conduite, n’est-ce pas ? Et bien, il est grand temps que ce soit la leur qui le salisse. J’ai téléphoné au père de Marie-Louise, à l’heure qu’il est, il a contacté son notaire, qui contactera celui de Coutances pour préparer les papiers, et il s’est engagé à payer l’addition « C’est bien le moins que je puisse faire pour Rosalie, sans elle, j’aurais dû revendre mon bien, mon affaire ». Son notaire expliquera la situation, sans rien omettre de ce que tu as fait pour Charles et lui aussi évoquera la dette d’honneur qu’il a vis-à-vis de toi ! Crois-moi, quand ceux que toi et mon fils appelez « les puissants » se piquent d’obtenir quelque chose, ils l’obtiennent !

Je le regardais, éberluée, il se donnait tant de mal pour moi, parce que je savais que la grossesse de Nathalie était le prétexte qu’il invoquait pour que je ne puisse refuser. Il a toujours eu cette façon de procéder, quand il faisait un cadeau, quand il accordait une faveur, il se débrouillait toujours pour nous donner l’impression qu’on lui rendait service en l’acceptant.

Je marmonnai un « Merci, merci beaucoup » quand il me dit

Tu ne sais donc plus compter ?

Levant le pouce, il annonça « le courrier du maire », levant l’index « le courrier du notaire » et il me regarda comme un maître d’école attendant une réponse.

Le troisième front ! Quel est le troisième front ?

Ah quand même ! Antoine aurait été vexé que tu ne me posasses pas la question ! Et bien, figure-toi que le troisième front vient de l’Amicale des Anciens Combattants ! Pourquoi rougis-tu ?

Qu’est-ce que c’est cette histoire ?

Toine a battu le rappel des anciens combattants du village, et ils ont décidé d’écrire, à leur tour, avec leurs mots, une lettre à l’amicale des anciens combattants de Coutances, pour expliquer ta situation et leur demandant de tenter de convaincre tes parents, et s’ils n’y parviennent pas, de faire paraître un avis dans le journal local racontant, en les nommant, la conduite de tes parents pour leur faire honte.

Je ne saurais dire quel argument a le plus porté, mais le fait est que dans le mois qui suivait, monsieur le maire recevait un courrier du notaire de Coutances auquel était joint le consentement parental à mon mariage.

Nous aurions donc pu nous marier avant même le début de l’été, mais comme le souhaita Nathalie « Puisque de toute façon, ça se verra que j’ai fêté Pâques avant les Rameaux, je propose qu’on se marie le 4 septembre, le jour de la Sainte-Rosalie ! ».

Je n’aurais jamais osé espérer une plus belle noce que celle que nous vécûmes ! Tout le village était présent, il y avait aussi Marie-Louise avec son bambin dans les bras, Charles à ses côtés, leurs parents, tous nos amis à l’exception de Valentino qui craignait de ne pas se sentir à sa place dans cette fête.

Il est temps pour Bonne-Maman de refermer le cahier et d’expliquer à Monique pourquoi elle l’a écrit.

Le cahier de Bonne-Maman — « L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’imagination »

J’avais ouvert ma « malle aux trésors » et nous en vidions le contenu en nous apostrophant joyeusement. Marie-Louise s’était montrée plus que généreuse en m’offrant toutes ces merveilles. Extirpant une drôle de veste, Toine me demanda « À ton avis, qui a joué le rôle du chasseur ? ». J’étais la seule, avec lui, à connaître les membres de cette famille, Pierrot et Nathalie attendaient ma réponse, mais j’avais beau me creuser la tête, je ne parvenais pas à imaginer un homme de cette maison bourgeoise acceptant d’endosser cet accoutrement.

Par jeu, Toine l’enfila, en l’ajustant, il eut un regard surpris, plongea la main dans une des poches, en sortit ce que je pris pour une page arrachée d’un livre.

Qui, parmi vous croit aux coïncidences ?

Nous nous interrogeâmes du regard. Personne. Un étrange sourire aux lèvres, il prit une intonation théâtrale pour déclamer, en tenant la feuille exagérément loin de son visage, le bras tendu devant lui, l’autre main, faisant des sortes de moulinets

Fées, répandez partout
La rosée sacrée des champs ;
Et bénissez chaque chambre,
En remplissant ce palais de la paix la plus douce

D’une petite voix un peu hésitante, Nathalie brisa le silence qui s’était abattu sur la maison

Des fois, j’y crois un peu… aux coïncidences… parce que des fois… je ne m’explique pas tout… mais comme tu n’y crois pas, alors je préfère ne pas y croire, mais…

Que me dis-tu là, Pitchounette ?

Comme tu n’y crois pas… que tu dois avoir raison…

Ayant retrouvé tout son sérieux, il la prit dans ses bras.

Mais que tu y croies ou que tu n’y croies pas, ça ne changera pas l’amour que je te porte, ma Pitchounette ! Comment puis-je défendre la liberté de penser si je t’impose la mienne ? !

Je ne sais pas… mais si tu n’y crois pas… tu es plus savant que moi… Mais des fois… tu vois, il y a des choses que je ne m’explique pas… alors, je me dis que c’est… le destin… ou… Comment tu dirais, toi, pour ces mots que tu as trouvé justement aujourd’hui ? Comment tu dirais ?

Je ne sais pas ! Une chance ! La chance de sentir, là… tout au fond de moi à quel point je t’aime ! La chance de tenter de te convaincre de ne pas renier celle que tu es pour me plaire, parce que tu me plais telle que tu es, Pitchounette… telle que tu es… C’est toi que j’aime, toi, Nathalie, la femme que tu es, je ne veux pas d’un tas de glaise que je modèlerais à ma guise… Je veux que tu… Oh… je t’aime, ma Nathalie, je t’aime !

Blottie dans les bras de Pierrot, je les regardais heureuse, émerveillée, chancelant de bonheur quand il me murmura dans un baiser sur ma nuque « Je t’aime tout autant qu’il l’aime, tu sais… »

Je ne saurais dire combien de temps a duré ce moment de bonheur serein, ce moment où tout avait été dit, ce soulagement, cet apaisement, peut-être n’a-t-il duré que quelques secondes, quelques minutes, peut-être plus. Nous étions silencieux, unis.

Et puis, la réalité, notre réalité est remontée à la surface. Toine s’est assis sur le canapé, a invité Pierrot à s’asseoir à ses côtés et a relu le quatrain.

Tu peux le redire encore, Toinou ? Je trouve ça très beau !

Oui, c’est vrai, c’est très beau ! C’est une pièce de théâtre, un opéra ou un poème ?

Toine retourna la feuille de papier

C’est tiré du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare…

Puis voyant nos mines, il demanda

Vous ne connaissez pas Shakespeare ?

Il ne se moquait pas de nous, lui seul avait poursuivi ses études après le certificat d’études, Pierrot, Nathalie et moi étions des enfants de paysans, après l’école obligatoire, nous avions travaillé à la ferme. Il le savait et avait conscience de sa chance d’avoir pu aller au collège.

Roméo et Juliette… vous connaissez ? C’est de lui, c’est de Shakespeare…

Nous connaissions l’histoire, mais n’avions ni lu, ni vu la pièce.

Comment tu dis, Toine ? « Shakespeare » ? Je croyais que ça se disait…

Quelques semaines plus tôt, le père de Toine avait reçu une malle pleine de vieux livres. Ne sachant qu’en faire, il avait décidé d’en faire don à l’embryon de bibliothèque municipale qu’il avait créée. Il n’y avait pas de locaux à proprement parler, mais des étagères inutilisées dans la grande salle de la mairie. C’était là que trônaient fièrement la dizaine de romans de notre bibliothèque. Il m’avait demandé de ranger les livres de cette fameuse malle sur ces rayons et parmi eux, plusieurs pièces de théâtre de Shakespeare, dont « Roméo et Juliette ».

Tu croyais que ça se disait… ?

Je te préviens, si tu te moques de moi… je te préviens ! Si tu ris… gare à toi !

Promis !

Je croyais qu’on disait « Chat qu’espère »… t’avais promis, Toine ! T’avais promis…

Je ne me moque pas, mais… « Chat qu’espère »… c’est… tu sais c’est très poétique, Bouton d’Or…

Je faisais un peu la moue, vexée sans l’être tout à fait. Nathalie, solidaire, annonça.

Pour ta peine, on va t’attacher à une chaise et tu devras regarder tes trois couillons préférés se donner du plaisir… hein qu’on va faire ça ?

Pierrot, ravi de l’aubaine approuvait vigoureusement de la tête, tandis que Toine faisait semblant de ne pas être content de la tournure des événements.

Les cordes de chantier que nous possédions ne convenaient pas, mais Pierrot trouva de vieux bouts de ficelles dans une caisse à outils. Le temps de nous retourner, Toine était déjà nu !

Ho gari ! T’as pas l’air de redouter ta punition !

Attache-le donc à la chaise pendant que Nathalie et moi nous changeons… et mets cette tenue, nous revenons tout de suite !

Nathalie avait choisi cette robe de bergère d’opérette qui lui avait tant plu samedi soir, quant à moi, je décidai d’utiliser de nouveau la robe que je portais le matin même. J’aimais beaucoup ce sentiment de me sentir plus impudique habillée que nue. Sentiment tout à fait nouveau pour moi.

Nous allâmes mettre nos costumes dans la chambre qui donne sur le jardin. Que Nathalie était belle ainsi costumée ! Nous entendions leurs éclats de rire. Pierrot se plaignait d’avoir l’air couillon et Toine, au lieu de le rassurer, riait de plus belle en lui reprochant d’avoir trop serré les liens.

À mi-voix, nous mîmes au point notre première mise en scène, nous improvisant tour à tour costumières, accessoiristes, dialoguistes… C’est Nathalie qui eut l’idée de ceindre mon front d’une couronne de fleurs. De longues années passées à veiller sur des troupeaux nous avaient conféré habileté et rapidité dans cet art.

Afin de ne rien dévoiler de notre « plan secret », nous enjambâmes la fenêtre pour aller chercher de quoi la confectionner. Le temps de revenir dans la chambre, il ne restait déjà plus à Nathalie qu’à la nouer avant de la poser sur mes cheveux coiffés en un chignon très lâche, un chignon « à la sauvage » comme nous les nommâmes par la suite…

Nathalie, les joues rougies d’excitation, me précéda dans la salle à manger. J’entendis son rire surpris qu’elle avait du mal à contenir.

Hé, monsieur le chasseur ! Vous me voyez bien dans l’embarras… Je dois mener mon troup…

J’imaginai son air courroucé, les poings sur ses hanches quand elle s’interrompit pour tancer le Toine « Descessa de rire, Toinou ! »

… je dois mener mon troupeau et j’ai perdu ma badine… Ah… si seulement une bonne fée venait à passer par là…

J’improvisai un petit pas sauté, ouvrant les bras comme je l’avais vu faire une fois, dans mon enfance, quand j’avais assisté à un spectacle à Montchaton.

Ai-je bien entendu ? Une bergère m’aurait appelée à son secours ?

Bien que je l’aie toujours nié, je dois reconnaître que mon Pierrot était bien ridicule dans cette tenue de chasseur d’opérette, les bras ballants, la bouche grande ouverte et le regard ahuri, mais je n’en laissai rien paraître.

Mais, petite étourdie, qu’as-tu fait de ta badine ?

Je l’ai égarée, Madame la Fée… sauriez-vous la retrouver ?

Hélas… je ne le puis, mais si tu suis mon conseil, tu en feras apparaître une autre…

Je fis semblant de lui chuchoter un secret à l’oreille, tout en l’aidant à dénouer son corsage, sa poitrine en jaillit, conquérante. Faisant mine de vouloir la faire pigeonner, je la caressai, sachant l’effet que mes gestes produiraient sur Pierrot et aussi sur Toine.

Voilà qui est fait ! Que cette journée te soit douce, jolie bergère !

Nathalie fit semblant de chercher du regard…

Mais… bonne Fée… je ne la vois point !

Ouvre grands tes yeux, jolie bergère et regarde !

Déboutonnant Pierrot, lui arrachant presque ce pantalon ridicule, je désignai son sexe gonflé, tendu, dressé. Nathalie, jouant la surprise, s’approcha de lui, s’agenouilla, le caressa du bout des doigts, comme si elle le découvrait.

Mais quelle étrange badine… si douce… si chaude… comme vivante… je n’en ai point vu de semblable de toute ma vie ! Quelle étrange badine…

Jolie bergère, apprends qu’on l’on doit la nommer…

Je me retournai pour regarder Toine droit dans les yeux

… que l’on doit la nommer « verge »

Toine ne put empêcher ses joues de s’empourprer, mais se reprenant aussitôt, il m’adressa un clin d’œil complice.

Comment l’appelez-vous ? « Vierge » ?

Mais non ! « VERGE » ! Et regarde, jolie bergère, ces deux jolis fruits ne sont point des grelots, il faut les dorloter, les caresser, en prendre grand soin, sinon la verge se brisera.

Oh, ce serait tellement dommage…

Nous caressions le sexe de Pierrot, qui semblait paralysé de plaisir, prises nous-mêmes par ce jeu qui avait commencé comme une farce et qui nous tournait désormais la tête.

Oh ! Regardez, madame la Fée, la verge a du chagrin…

Le sexe de Pierrot commençait à perler, je notai les contractions de ses cuisses, je me demandai à quoi il se forçait à penser pour retenir l’éjaculation qui menaçait de mettre fin à cette saynète que nous jouions avec tant de plaisir.

Jolie bergère, elle n’a pas de chagrin, c’est sa façon de réclamer le baiser auquel elle a droit… regarde, il faut l’apaiser ainsi…

Du bout de mes lèvres, je frôlai le gland gonflé de désir, d’excitation. Nathalie me rejoignit dans ce baiser, nos langues jouaient ensemble dans des baisers sensuels. Pierrot, voulant repousser nos bouches pour ne pas jouir trop vite, fit voler ma couronne de fleurs qui atterrit sur les genoux de Toine. Son geste avait été trop brusque pour mon « chignon à la sauvage », en me relevant pour récupérer ma couronne, mes cheveux reprirent leur liberté. Faisant mine de remarquer la présence de Toine, je le houspillai.

Ce n’est pas amusant, monsieur le captif ! Cessez donc de rire !

Mais je ne ris pas, madame la Fée, je ne faisais que sourire…

Le traitant de menteur, je giflai ses cuisses de ma couronne qui se délita davantage à chaque coup porté. Les fleurs parsemaient le sol, ses cuisses, telle une furie, je me servis de mes cheveux pour le souffleter. Ses yeux me hurlaient son plaisir, sa respiration saccadée, tantôt profonde, tantôt haletante me criait son désir.

Viens par ici, jolie bergère, que je t’apprenne un nouveau mot.

Nathalie vint me rejoindre, je lui désignai le sexe de son Toinou, elle fit mine d’être surprise, un peu effarouchée par sa taille, je l’invitai à le toucher, à en éprouver la dureté en serrant sa main autour.

Vois-tu, quand une badine a cette apparence, on ne la nomme ni « badine », ni « verge », mais on l’appelle « houssine » et ne va pas t’en servir pour mener ton troupeau, elle est bien trop dure et bien trop effrayante pour de craintives brebis…

Mais que fait-on quand on la rencontre ?

On la masque à la vue du troupeau !

Et je m’empalai d’un coup sec. Toine ne put contenir un cri de surprise agrémentée de plaisir. Je fis quelques mouvements, sous les commentaires de Nathalie, quand Pierrot se rappela à notre bon souvenir « Je croyais que nous devions le punir… », j’échangeai un sourire complice avec Nathalie et semblant reprendre mes esprits comme on sort d’un songe, je me levai brusquement « Mais où avais-je la tête ? Tu as raison, Pierrot, laissons le moqueur à sa moquerie ! » et nous le rejoignîmes.

Allongé sur le sol, sa verge enfoncée en elle, les mains comblées de Pierrot caressaient les seins de Nathalie. Pour que la punition soit totale, j’entrouvris les pans de ma tenue de fée, dévoilant la blondeur de ma toison au regard de Toine, qui ne pouvait ni la toucher, ni l’embrasser. Entravé comme il l’était, il ne pouvait pas se caresser, il se plaignit maintes fois que son érection était douloureuse, mais nous restâmes sourds à ses supplications tant que nous n’eûmes pas joui les uns des autres.

Alors, nous consentîmes à le libérer, il me pénétra comme j’aimais tant qu’il le fasse « un coup pour la fée » il sortit aussitôt, attrapa Nathalie, la pénétra à son tour « un coup pour la bergère », avant de recommencer « un coup pour la fée ». Nous gémissions, nous criions de plaisir, il recouvrait le corps de Nathalie de mes longs cheveux quand le clocher de l’église sonna la fin de la récréation. Il était convenu que Nathalie rentrât chez elle après les vêpres, c’était l’unique condition pour qu’elle puisse passer le dimanche avec nous… et manquer les offices.

Ce dimanche-là, comme cela arrivait de plus en plus souvent, Pierrot passa la nuit avec moi, nous riions encore, ivres du bonheur de cette journée, quand le sommeil nous prit.

Le lendemain, sur la table qui me servait de bureau, je trouvai un recueil de pièces de Shakespeare. Toine était allé à la mairie, à tout hasard et y avait trouvé cet exemplaire. En guise de marque-page, une carte sur laquelle il avait dessiné une bergère pensive, qui ressemblait fort à Nathalie, sous son dessin, pour toute légende « Il y a des choses que je ne m’explique pas ». Je souriais et en tournant la carte, cet autre dessin sans aucune légende, puisqu’elle eut été inutile, un petit chat songeur, qui semblait attendre on ne sait quoi.

De cette première lecture, que je fis dès le mardi soir, je me souviens avoir noté dans mon journal intime, cette citation qui nous ressemblait tant « Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants, et l’imagination si fertile qu’ils perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. »

Décembre 1919, Rosalie retourne chez Marie-Louise et la journée se terminera sur la plus belle des perspectives. (Si ça ne vous donne pas envie de cliquer sur le lien, c’est à désespérer de tout ! 😉  )

Même si elle ne fut pas académique, telle fut notre initiation à l’art théâtral

Le cahier de Bonne-Maman – « Jouis, il n’est pas d’autre sagesse ; fais jouir ton semblable, il n’est pas d’autre vertu »

Pendant cette année 1919, nous fîmes, Nathalie et moi, la connaissance de presque tous nos partenaires. Certains ont cessé de nous rencontrer après leur mariage, après la naissance d’un enfant ou après un deuil, mais tous ont gardé secrets nos ébats et aucun ne nous a jamais manqué de respect.

Pour autant, n’allez pas vous imaginer que notre vie sexuelle se limitait à ces orgies ou à une accumulation d’amants. Certes, nous aimions nous étourdir dans ces soirées, mais ce que nous aimions par-dessus tout, c’était de jouir de nos corps en toute liberté, de ne pas rougir de nos envies. Quand on est intimement convaincu que la vie s’achève avec la mort, qu’il n’y a rien après, ni paradis, ni enfer, on profite de chaque instant, malgré les contingences, malgré les souffrances et on est plus attentif aux autres, plus ouvert. En tout cas, c’est ainsi que nous étions, que nous sommes toujours.

Un matin de septembre, alors que je reportais des écritures comptables sur le grand registre du père de Toine, je sentis son regard lourd d’embarras se poser sur moi. Je travaillais sur une table installée dans son bureau, je levai la tête, il m’expliqua ce qui le tracassait.

Un de ses plus anciens clients, un riche propriétaire terrien, avait une fille qui avait fait un « mariage d’amour » quelques années avant la guerre. Jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle, la plupart des mariages étaient dits « de raison », quelle que fût l’origine sociale des époux. Par la suite, surtout dans les familles avec du bien, cette tradition a perduré, perdure encore. Le berger qui épouse la princesse, ou inversement, est un mythe que la littérature a contribué à distiller dans nos esprits, s’il est très plaisant à imaginer, il est cependant fort éloigné de la réalité.

Quoi qu’il en soit, cette jeune fille avait épousé un jeune homme, de son milieu, mais qu’elle avait choisi. Ce qui me permit de comprendre immédiatement l’amour que lui portaient ses parents. La veille, le père de Toine avait eu un rendez-vous chez ce client, dont le gendre devait reprendre laffaire. S’étonnant qu’il ne participât point au rendez-vous, l’homme lui expliqua

Il est en crise, je ne sais pas combien de temps elle durera… Je crains qu’il ne me faille revendre mon affaire… Les mois passent, rien ne change. Les drogues n’ont plus d’effet sur lui et quand il les prend, on dirait un fantôme… Il effraie ses enfants à crier comme un possédé… Il leur fait honte à sangloter comme une fillette… Et puis, tout semble rentrer dans l’ordre… Jusqu’à la crise suivante. On ne peut jamais savoir quand elle va débuter, ni combien de temps elle durera…

Je regardai le père de Toine et lui demandai

Vous voudriez savoir si je pourrais lui apporter mon aide ?

Non ! Enfin… si… mais… ce que tu fais avec Antoine, ce que Nathalie fait avec Pierre, ce que vous faites avec les autres, ceux du village, tu ne pourrais le faire avec lui… Comprends-tu, il demeure à plus de cinquante kilomètres… comment pourrais-tu t’y rendre si une crise se déclenchait au milieu de la nuit ?

Avant qu’il n’ait fini d’exposer le fond de sa pensée, je lui proposai de rencontrer cet homme et son épouse pour tenter de leur expliquer comment nous procédions. Il me sourit, soulagé, me remercia chaleureusement et termina par cette boutade

Je louerais bien notre Seigneur de t’avoir mise sur notre route, mais puisque tu ne fréquentes pas plus l’église que mon fils, je craindrais de heurter tes convictions !

Au village, seules trois personnes possédaient le téléphone. Le père de Toine était l’une d’elles. Il appela son client, lui parla de moi et lui fit part de ma proposition. La crise avait été plus violente que d’ordinaire, il avait fallu appeler le médecin en pleine nuit, qui lui avait fait une piqûre, avait évoqué la nécessité de le mettre chez les fous, ce que sa fille avait fermement refusé, pour le moment, son gendre dormait encore, mais je serais la bienvenue quand je souhaiterai venir parler à sa fille.

Le père de Toine n’était pas homme à tergiverser. C’est ainsi qu’une demi-heure plus tard, nous nous mettions en route. J’aimais beaucoup me déplacer en automobile à ses côtés. Je découvrais des villages, des villes que je ne connaissais que de nom et il avait toujours une histoire à me raconter à leur propos, quand il ne me parlait pas d’un client. Nous arrivâmes au milieu de la matinée et nous fûmes accueillis par ce patriarche à l’air sévère, je ne me l’étais pas du tout imaginé ainsi. Il fit appeler sa fille qui nous rejoignit immédiatement. Je demandai à lui parler en tête à tête et la suivis dans ses appartements, à l’étage.

Cette femme était mon aînée de quinze ans, pourtant avant même d’avoir parlé avec elle, je sus le respect que je lui inspirais et la confiance qu’elle me faisait. Elle entrouvrit la porte de sa chambre et je pus observer son mari s’agiter dans son sommeil.

Quand il est ainsi, je sais que la crise n’est pas finie…

Sa voix était étranglée de sanglots. Je me demandais si elle serait assez forte pour supporter l’horreur des souvenirs de son époux. Nous étions dans l’antichambre, elle s’apprêtait à refermer la porte quand je lui demandai « Avez-vous un mot, un geste secret qui le rend particulièrement… amoureux ? »

Quelle sorcière étais-je donc, moi, la gamine pas même mariée, pour connaître l’existence de tels gestes, de tels mots entre un mari et sa femme ? Sa détresse était plus grande que la bienséance, elle eut un sourire contrit, le rouge lui monta aux joues, je l’encourageai du regard, s’en excusant presque, elle me souffla

Un baiser sur ses doigts… un certain… baiser… sur ses doigts

Il s’agita davantage.

Allez à ses côtés, rassurez-le en lui disant que vous êtes près de lui, qu’il est à l’abri, dans sa maison et… embrassez-lui les doigts !

Elle fit comme je venais de le lui conseiller, je souris en la regardant embrasser les doigts de son époux. Pourquoi m’étais-je imaginé un doux baiser pudique ? Parce que son univers était pétri de convenances bourgeoises ou parce que je n’avais jamais pensé que nous étions mus par les mêmes émotions ?

Elle embrassai l’index et le majeur de son mari comme on taille une pipe, n’interrompant son baiser que pour lui dire « Je suis là… tu es revenu ». Il paraissait s’apaiser, d’un geste de la main, d’un hochement de tête, j’encourageai cette femme à continuer. Oubliant ma présence, ou feignant de l’oublier, ses baisers se firent plus précis, je regardais, fascinée, sa bouche s’ouvrir, aller et venir, le bout de sa langue titiller la petite peau entre l’index et le majeur, avant de s’enrouler autour des doigts. Soudain, la magie opéra tout à fait. Les doigts de l’endormi se mirent à jouer avec les lèvres de son épouse, il sourit enfin dans son sommeil « Tu es revenu et je suis là ! »

Comme si on avait arraché un masque tragique, je vis le visage de cet homme changer du tout au tout. Quand il glissa hors du sommeil, quand il prit conscience de ma présence, ce fut comme s’il me connaissait déjà. En quelques mots, il comprit la raison de ma venue et m’en remercia, mais demeurait incrédule. Comment une gamine pourrait supporter l’évocation de ses souvenirs ? Avec douceur, mais avec fermeté, avec patience, je lui parlai d’autres anciens combattants qui venaient me livrer les leurs au village, je le rassurai en lui affirmant que les mots crus ne m’effaroucheraient pas et puis, ce n’était que pour cette fois « pour amorcer la pompe » ensuite, s’il le souhaitait, il pourrait se livrer à son épouse.

Je m’isolai avec lui, dans ce qui devait être son bureau, pendant que sa femme patientait dans son boudoir. Je n’avais jamais vu une telle propriété, plusieurs appartements dont chacun devait être plus vaste que ma maison toute entière ! Je n’étais pas envieuse, mais très surprise de constater, de visu, cette différence.

Charles, puisque c’est ainsi qu’il se prénommait, évoqua les cris, la boue, l’odeur de la mort, celle de la merde, l’odeur de la peur, le froid, l’humidité, le bruit, le silence angoissant qui précède l’assaut. Enfin, après presque une heure de confidences, cette vision qui venait le hanter, surgissant à l’improviste, parfois dans son sommeil, parfois alors qu’il était éveillé. Ce traumatisme qu’il ne parvenait pas à surmonter. Il suffoquait, son corps entier toujours bouleversé par ce qu’il avait vécu.

Monté à l’assaut avec plusieurs hommes, un obus les avait ensevelis, il ne savait pas combien de temps il était resté ainsi, couvert de terre, sans pouvoir bouger, sans savoir s’il était debout ou couché, la tête vers le ciel ou enfoncée dans le sol, mais avec la certitude qu’il allait mourir asphyxié, personne ne viendrait les sauver, personne ne saurait où ils étaient, ils allaient mourir là, oubliés de tous, sans avoir dit adieu aux êtres chers. Un autre obus souleva la terre et le projeta dans les airs, quand il réalisa qu’il s’en était sorti vivant, plus contusionné que blessé, il éclata de rire, soulagé, avant de s’apercevoir qu’il était entouré de cadavres et que plusieurs de ses compagnons demeuraient ensevelis. Il a creusé longtemps, priant de tout son cœur pour un miracle qui ne s‘est jamais produit.

Les larmes inondaient son visage, je lui demandai s’il voulait répéter à sa femme ce qu’il venait de me raconter ou s’il préférait que je le fasse. J’estimais qu’il était important qu’elle connût la raison des cris de son époux. Pour achever de le convaincre, je lui affirmai que l’ignorance était bien plus douloureuse que la réalité. Il l’appela, je la fis asseoir aux côtés de son époux et je débutai le récit, une respiration plus ample et saccadée m’indiqua qu’il ressentait dans sa chair ce que j’expliquais. Je demandai à Marie-Louise, puisque c’était son prénom, de se tenir prête. Elle lui suça les doigts quand Charles s’enfonça dans l’horreur et Charles revint à lui.

Comment vous remercier ? Vous le sauvez de l’asile, savez-vous ? Nous vous serons éternellement reconnaissants !

Je vous ai donné la méthode que j’applique, rien de plus ! Mais je sais que vous n’en avez pas fini avec les cauchemars, avec les cris, les crises de votre époux… Si vous le souhaitez, si vous en avez besoin, n’hésitez pas à me faire signe, j’essaierais de vous aider avec mes faibles moyens…

Une cloche retentit. Il était temps de passer à table. Ne vous moquez pas, mais en redescendant vers la salle à manger, aux côtés Charles et Marie-Louise rayonnants, le sourire et le regard plein de fierté du père de Toine fut ma plus belle récompense.

Le repas fut joyeux comme l’étaient ceux de la bourgeoisie de l’époque, point d’éclats de rire, point de plaisanteries, mais des sourires polis, des « je vous en prie » prononcés avec légèreté, des considérations sur les mets, sur les vins, sur la douceur de cette fin d’été, sur l’odeur des fleurs. Je n’en fus pas surprise, le père de Toine avait souvent évoqué cette particularité quand je demeurais chez lui et que nos conversations s’animaient ou que nous riions un peu trop fort lors des repas.

Après le déjeuner, pendant que les hommes buvaient une eau-de-vie digestive, Marie-Louise et sa mère me proposèrent de profiter de l’ombre de la tonnelle pour me détendre un peu avant de reprendre la route. De nouveau, elles me remercièrent, me demandèrent comment me rendre la pareille. Je n’en savais fichtre rien ! Pour couper court à la discussion, je leur désignai les superbes rideaux qui ornaient les vitres du « salon d’hiver », leur demandant si elles pouvaient m’indiquer où acheter un tissu semblable qui me permettrait d’en confectionner pour habiller les fenêtres de ma future maison.

Sans le savoir, j’avais tapé dans le mille ! Elles étaient toutes deux passionnées de spectacle, d’opéra, de théâtre et leur marotte était de recréer les décors et les costumes pour rejouer des extraits de leurs œuvres favorites. Au fil des ans, tout ceci s’était accumulé dans une réserve. Marie-Louise était certaine qu’il restait des coupons de ce tissu, ou d’un autre similaire.

Souhaitez-vous m’y accompagner ? Vous pourriez faire votre choix et je serais si heureuse de savoir qu’il y a un peu de mon univers chez vous !

Quand je découvris la réserve, je devais ressembler à Ali-Baba voyant pour la première fois les trésors de la caverne ! Je ne savais où poser mon regard ! Tant de jolis objets, de costumes chatoyants ! Marie-Louise m’invita à essayer une robe, puis une autre, ravie comme une fillette qui joue avec sa poupée. Nous étions, à peu de choses près, bâties sur le même gabarit, « Il y aurait si peu de retouches à faire… je vous en prie, prenez celles-ci ! »

Sur le trajet du retour, le père de Toine plaisanta à propos de la malle remplie de tissus et de costumes qu’il avait dû arrimer à l’arrière de l’auto.

Mais que vas-tu faire de tout ce fatras ?

J’ai ma petite idée, mais promettez-moi de n’en parler à personne. Je voudrais faire une surprise à mon Pierrot et à votre fils…

Il rit de plus belle, mais tint sa promesse. En chemin, il fit un détour pour me permettre de parler à Nathalie, à qui je demandai d’arriver une bonne heure avant Pierrot et Toine lors de notre prochain rendez-vous dominical. Une fois encore, nous étions amusées, excitées et complices sans avoir eu besoin de mots supplémentaires.

Ce soir-là, comme ça ne m’était pas arrivé depuis plusieurs semaines, je dînai chez les parents de Toine, qui me raccompagna chez moi après le repas. Voulant me taquiner, il me dit

Alors, Bouton d’Or, comme ça, tu es passée à l’ennemi ? Tu réconfortes ces salauds de bourgeois ?

Piquée au vif, je lui répondis

J’ai soulagé un être humain, son épouse. Si pour toi, c’est « passer à l’ennemi », alors oui, je suis passée à l’ennemi et j’en suis fière !

Avant de me dire au revoir, il remarqua mon front plissé.

Ho ! Que t’arrive-t-il, Bouton d’Or ? Je t’aurais blessée en voulant te taquiner ?

Je balayai ses craintes d’un revers de la main.

Parfois, tous ces souvenirs que je n’ai pas vécus semblent m’envahir et prendre possession de mon cerveau… Ce n’est rien… un mauvais moment à passer…

Il entra avec moi, me demandant comment il pourrait m’aider.

Je ne sais pas… ou alors… peut-être que…

Angelo Asti femme blonde assise
Angelo Asti

Je me dévêtis, m’assis sur le sofa et lui demandai de poser sa tête sur mes cuisses. Sans un mot, nous passâmes une partie de la soirée ainsi, son regard perdu dans ma toison et ses doigts qui en lissaient les poils. Mes mains caressant ses cheveux, je laissais couler des torrents de larmes sur mes joues.

Fais-moi… tu aurais envie de jouir… là… maintenant ? Rien que toi et moi ? Tu aurais envie qu’on jouisse ensemble ?

Ho, Bouton d’Or ! Tu me poses la question ? Si je retire mon pantalon, je vais me crever un œil tellement je bande !

Des sanglots dans mon éclat de rire, je l’aidai à se déshabiller « en prenant garde à tes yeux ! » Il me prit dans ses bras et m’invita à danser avec lui, mon corps nu collé au sien, nous valsions dans le silence de la pièce.

J’aime quand tu me fais danser, Toine !

J’aime te faire danser, Bouton d’Or ! Et tu sais pourquoi ?

Non ! Pourquoi ?

Parce que tu connais le secret de cette danse, jolie Normande

Le secret ? Mais quel secret ?

Il me fit tourner dans un sens, puis dans un même mouvement dans l’autre.

Ma belle, tu valses aussi bien à l’envers qu’à l’endroit !

Comme tout le monde, non ?

Mais non ! Justement pas ! Oh… quand tu souris comme ça… laisse-moi faire…

Continuant à me serrer contre lui, d’une main, il retira les épingles, les peignes qui maintenaient mon chignon en place. Je sentis mes cheveux couler sur mon dos, comme si c’était de l’eau.

À ton tour de te laisser faire…

Je m’agenouillai devant lui, enroulai une mèche de mes cheveux blonds autour de son sexe, Toine était émerveillé. D’autant plus que la faible lumière de la lampe à pétrole conférait à la scène une ambiance féerique, presque irréelle.

Ho, Bouton d’Or ! Mais que fais-tu ?

Je léchais son sexe au travers de mes cheveux

Si tu savais comme j’aime le goût de ta verge…

Fais-moi plaisir, Bouton d’Or, pour une fois dis-moi « ta grosse queue » au lieu de « ta verge » !

Je préfère le mot « verge » quand je parle de la tienne

Et pourquoi… donc… ooh… oui… comme ça… avec tes cheveux… dorés… Et pourquoi donc ?

Parce que par chez moi… hummm… comme j’aime son goût… chez moi… quand on… hmm… fesse un gamin… hmm… on dit… hmm… qu’on lui… assène… des coups… de verges… et…

Ho, Bouton d’Or… tu me… mets à la tor… oohh… à la… torture… et ?

Sentir le… contact de ta… verge sur mes… fesses… oohh… si tu savais…

Voulant être certain de bien comprendre ma raison, il me releva, d’un mouvement de l’index sous mon menton, il m’obligea à le regarder dans les yeux.

Sur tes fesses ou dans tes fesses ?

Sur mes fesses…

Je voulus détourner le regard, il m’en empêcha, la lumière de son regard, son sourire…

… mais surtout dans mes fesses… quand je pense à toi…

Quand tu penses à moi ?

Je me caresse souvent en imaginant ta verge dans mes fesses… Je pense à Nice… à quand on vous a expliqué pour l’huile d’olive… à la fois où tu les as honorées… comme tu ne le fais plus… je rêve et je me caresse…

Mais c’est parce que j’ai peur de te faire mal ! Tu as vu la taille de mon engin ? ! Si tu savais comme j’en ai envie… mais je ne veux pas te faire mal !

Si c’est ainsi que tu définis « me faire du mal », ne t’en prives pas ! Fais-moi du mal et dès que tu le voudras !

Comme s’il était possédé, il sortit de la pièce, le temps de réaliser qu’il était toujours nu et qu’il ne voulait pas me fuir, je l’entendis pester dans la cuisine

Putoù que… dis-moi, Bouton d’Or où tu la caches ton huile d’olive ?

Je le rejoignis en riant et lui expliquai que j’avais oublié d’en racheter. Il fit la grimace. Je lui pris la main et l’entraînai dans le petit cellier, où je pouvais entreposer les denrées qui avaient besoin de fraîcheur pour ne pas se gâter. Puisqu’il était toujours prompt à me taquiner sur mes origines, je lui proposai de le faire « à la mode de chez moi ». Il plongea ses doigts dans la petite motte de beurre. « Une chance que la Normande soit de nature prévoyante ! » et entreprit de m’enduire le derrière. Je sentais mon corps se détendre sous ses caresses. Il ne les stoppa que pour allumer une lampe à pétrole et quelques chandelles. « Je veux voir ton regard, ton sourire, Bouton d’Or ». J’aurais voulu garder les yeux ouverts, comme il le souhaitait, mais quand je sentis son gland me pénétrer, ils se fermèrent malgré moi.

Que marmonnes-tu, Bouton d’Or ? Dis… que marmonnes-tu ?

C’est encore meilleur que l’autre fois… encore… meilleur… encore… encore… encore !

Je ne te fais pas mal ?

Oh non ! C’est comme…

Je sentais le moindre des reliefs de sa verge et c’était comme autant de caresses différentes. J’ouvris les yeux.

… comme si… elle avait été… oh oui ! Comme si… pour que tu… ooh… pour que tu la mettes là…

Ô, Bouton d’Or…

Je caressais son cou, ses épaules, ses bras, son dos. Je griffais doucement ses reins du bout de mes ongles. Je voulais le sentir davantage en moi, mais il se retirait déjà. Doucement.

Non ! Pas tout de suite ! Pas déjà !

Il me pénétra à nouveau. Cette fois-ci, je parvins à garder mes yeux grand ouverts. Nous nous criions en silence de jolis mots, pleins de tendresse crue. Le temps semblait suspendu à nos souffles coupés. Je sentais mes chairs s’ouvrir pour mieux l’accueillir au plus profond de moi. Je sentais aussi les contractions de mon plaisir croissant. Quand j’allais y succomber, il se retira encore.

Oooh… tu me…

Je te ? Je te quoi, joli Bouton d’Or ?

Tu me tourneboules… oh non ! Ne ris pas !

Quel drôle de mot ! Et pourquoi donc ?

Je ne sais pas ce… oooh… ce que… je préfère…

Quand il allait et venait en moi, je pensais que c’était ça que je préférais. Puis, quand il s’enfonçait d’un coup de rein, de tout son long, que mon corps était empli de sa verge, je me disais « ah non… non… c’est ça que je préfère ». Alors, il se retirait, qu’il le fasse rapidement ou au ralenti, je préférais subitement cette sensation. Jusqu’au moment où son gland, à chaque fois un peu plus bouillant, à chaque fois un peu plus dur, me pénétrait, écartant mon orifice étroit… J’avais à peine le temps de réaliser que c’était ça que je préférais qu’il recommençait ses va-et-vient… Alors, pour ne pas « tourner fada » comme il disait, je décidai de ne pas chercher à savoir ce que je préférais, mais de m’abandonner au plaisir.

Allongée sur le dos, le poids de son corps ajouté au mien, mes longs cheveux dénoués me tiraient un peu, avant que ça ne devienne désagréable, je me soulevai légèrement et d’un geste vif, les projetai sur le côté. Sans l’avoir cherché, j’avais fouetté Toine. Il sursauta, surpris. Me sourit. Alors, je pris mes longs cheveux dans ma main et recommençai. Pour lire dans ses yeux, dans son sourire, le plaisir de cette sensation… Plus il me disait qu’il aimait ça, plus j’y prenais plaisir.

J’étais comme possédée, comme prise dans une vague de sensations plus agréables les unes que les autres. Je me demandai s’il pouvait percevoir la violence de l’orgasme qu’il m’offrait, quand il me chuchota, d’une voix qu’il avait du mal à dompter « Que c’est bon de te sentir jouir… » Il ferma les yeux et jouit au plus profond de moi.

Il nous fallut attendre un long moment avant de trouver le courage, d’avoir la force de nous relever pour aller nous coucher, mais nous ne pûmes nous résoudre à ne pas dormir ensemble.

Allongés dans les bras l’un de l’autre, encore étourdis de tout ce plaisir, nous ne parvenions pas à trouver le sommeil, alors, nous nous chuchotions des secrets qui n’auraient pas accepté d’être révélés à voix haute. Je n’oublierai jamais combien il fut bouleversé quand je lui fis cet aveu

Parfois, je me déteste. Quand j’entends les récits de vos années dans les tranchées, quand je pense aux souffrances que vous avez endurées, je souffre pour vous… Mais, en même temps, une petite voix au fond de moi me rappelle que s’il n’y avait pas eu la guerre, je n’aurais jamais correspondu avec Pierrot. Je serais restée la petite Rosalie, dure à la tâche, dans sa ferme normande… Je n’aurais connu ni l’amour, ni l’amitié, ni même le plaisir… Je mène une vie dont je n’aurais jamais osé rêver et cette vie, mon bonheur, je les ai construits sur les cadavres de la plus horrible des boucheries… Si tu savais comme je me déteste de me dire que la chance de ma vie aura été cette putain de guerre 14-18…

Il déposa de doux baisers sur mon front, entrecoupés de mots bien plus doux encore, sécha mes larmes par des caresses d’une tendresse incroyable. Apaisée d’avoir pu enfin confier ce secret qui commençait à me ronger, je m’endormis sereinement.

Le dimanche suivant, jour de la Sainte-Reine, voici ce qu’il advint

Le cahier de Bonne-Maman – « Si nous ne goûtions pas à l’adversité, la réussite ne serait pas tant appréciée »

C’est en cherchant à savoir pourquoi on nommait ainsi la maison que Pierrot avait choisie pour abriter notre amour, que je repris mes études. Certes, je ne suis pas retournée sur les bancs de l’école, je n’ai reçu aucun diplôme pour les sanctionner, mais j’ai appris, tellement appris !

J’ai appris le plaisir d’apprendre, celui de partager mes découvertes, mes savoirs, j’ai appris la curiosité, j’ai appris la souplesse, je veux dire de ne pas rester ancrée dans mes convictions, dans mes certitudes si j’étais dans l’erreur, de ne jamais rien tenir pour acquis, et tout ceci vaut bien plus à mes yeux qu’un bout de papier paraphé par un vieux barbon académique !

Toutes ces années auprès de Toine et de ses amis et, dans une moindre mesure, après de mon Pierrot, m’ont imprégnée du mépris des médailles qu’on accroche au revers de son veston.

Le père de Toine avait retrouvé de vieux registres qui tombaient presque en poussière, les pages mangées par les souris, piquetées par les vrillettes, il m’a fallu apprendre à déchiffrer ces calligraphies, à comprendre ces tournures de phrases si différentes de celles que je connaissais, apprendre à débusquer un comportement choquant au détour d’une phrase qui m’eut paru anodine si je n’y avais pris garde, mais j’y parvins.

Je consacrais tout mon temps libre à ces recherches et c’est avec grand plaisir que j’offrais la primeur de mes découvertes à Toine et à ses parents. Cette quête fut longue, mais dès mes premières « révélations », il m’arrivait d’être interpellée dans la rue par un ancien du village qui voulait en savoir plus ou, le plus souvent, m’indiquer une nouvelle piste.

C’est en voulant reconstituer l’histoire de ma nouvelle maison que je devins, en quelque sorte, l’historienne du village… Je n’avais pas vingt ans, je venais de par-delà « le Nord » –qui pour les villageois se situait vers Lyon– quand je fus définitivement adoptée, malgré mes cheveux blonds, malgré ma drôle façon de m’exprimer, mon drôle « d’assent », malgré même mon goût pour la cuisine au beurre, goût qui ne m’a jamais quittée et que j’ai réussi à faire partager à Pierrot, Nathalie et Toine.

Comme je vous l’ai écrit plus haut, la première fois où j’entrai dans notre maison, il me fallut la voir dans le regard de Pierrot pour deviner ce qu’elle allait devenir. Il faisait ses plans à voix haute, estimant les matériaux nécessaires, le coût des travaux. Le trouvant bien optimiste, je lui demandai d’où il comptait sortir l’argent. « Ne te tracasse pas, si je te dis que c’est possible, c’est que ça l’est ! Ou que ça le deviendra ! Rien ne sera jamais trop beau pour toi, pour nous ! »

Son optimisme me fascinait tant que j’oubliais d’en être effrayée. La vie s’est chargée de me confirmer que j’avais eu bien raison de lui faire confiance. La réhabilitation de cette ruine fut sa première victoire personnelle.

Il nous fallut presque deux ans pour qu’elle soit totalement restaurée, mais dès septembre 1919, je pus y vivre, soulagée de ne plus être l’invitée des parents de Toine. Ils n’ont jamais accepté que je leur verse la moindre pension. J’aidais, comme je le pouvais, aux tâches ménagères et je mettais chaque mois, dans une enveloppe, la somme que j’aurais dû débourser pour me loger, me nourrir. Le jour de mon départ, je la glissai entre les draps rangés en pile dans la grande armoire.

Comme il m’en avait fait la promesse, Toine contribua aussi à faire de cette ruine le palais de nos amours. Vous le savez déjà, il avait passé quelques années à Nice pour apprendre son métier et avait fréquenté des anarchistes, pour la plupart italiens. Parmi eux, bon nombre étaient « de la corporation du bâtiment », je ne sais pas comment m’exprimer autrement, les qualifier de « maçons » ne serait pas très juste, car il y avait des charpentiers, des plombiers et tant d’autres corps de métiers !

J’avais souvent le tournis en réalisant la puissance de cette chaîne d’amitié, de solidarité. Certains faisaient le trajet pour ne travailler que quelques heures et ne souhaitaient pour tout paiement qu’un bon repas partagé entre « compagnons », d’autres restaient plus longtemps, revenaient si leur présence, leur savoir-faire s’avérait utile. Quand la rénovation, la restauration de notre maison fut terminée, nous les y invitâmes, mais tous ne purent pas venir, alors nous envoyâmes aux absents une photo où nous posions tous fièrement devant.

Nous avions gardé l’habitude des petits papiers tirés au sort, mais puisque la boîte aux lettres nous était désormais accessible, nous dûmes trouver une autre urne pour y déposer nos idées. Nous étions tous les quatre des athées radicaux aussi quand Pierrot arriva un jour avec un tronc, qu’il avait déniché je ne sais où, nous décidâmes de lui trouver cette utilité. Nous éprouvions un plaisir enfantin à y glisser nos papiers en prononçant cette formule « accepte cette offrande pour le plaisir de nos corps ».

Un jour que je dépliai le papier tiré au sort, écrit de la main de Toine, je sursautai, le relus plusieurs fois « dans ma tête » avant de lui demander si j’avais bien compris. Pierrot et Nathalie, déjà impatients, pensaient que nous leur jouions un tour.

Si j’ai bien compris, il faudrait que nous soyons plus que quatre ou alors, tu t’es mal expliqué, Toine !

Mal s’expliquer n’était vraiment pas dans ses habitudes, il était toujours clair et précis, c’est pourquoi j’avais été surprise. Essayant de garder une certaine contenance, par le fait, bombant un peu trop le torse et se faisant trop fanfaron, il affirma que j’avais bien compris, je lus donc son souhait et nous en parlâmes longuement. Si trouver d’autres partenaires de confiance ne semblait pas poser trop de problèmes, nous voulions être tous certains que vivre cette expérience ne détruirait pas notre relation, ne modifierait pas le regard que nous portions les uns sur les autres. Quand nous en fûmes convaincus, nous décidâmes de charger Toine de nous trouver de nouveaux complices, puisque l’idée était la sienne.

Puisque c’est partie remise, que décidons-nous pour aujourd’hui ?

La figure Rosalie !

Colin-Maillard !

Les deux ! La figure Rosalie et Colin-Maillard !

Té pitchoune, t’es devenue bien gourmande !

La faute à qui, beau Toinou ? La faute à qui ?

Pour moi, c’est d’accord, je me sens capable de relever ce défi, mais à la condition que vous nous fassiez la danse des sept voiles avant… !

Pierrot aimait cette figure, que Toine avait nommée ainsi, il aimait vraiment nous voir, Nathalie et moi, danser ensemble, nous caresser, nous embrasser, nous faire l’amour, il lui arrivait même de ne pas avoir envie de nous toucher ensuite, tant le plaisir que nous avions pris ensemble l’avait comblé. Un regard complice, Nathalie fit semblant de râler « J’étais déjà toute nue, maintenant, je dois me rhabiller… » parce que la danse des sept voiles comportait évidemment une partie effeuillage…

Ce soir-là, alors que Toine était déjà parti raccompagner Nathalie chez ses parents et avant de rentrer chez les siens, Pierrot me souhaita « la bonne nuit », je me blottis dans ses bras, pas tout à fait comme d’habitude.

Qu’est-ce qui te tracasse, ma Rosalie ?

Tu me jures que tu m’aimeras toujours, aussi fort, après la figure du Toine ?

Bon sang ! Que son visage était beau, que son sourire était rayonnant, son regard tendre quand il me répondit

Comment peux-tu en douter, ma Rosalie ? Tu es l’amour de ma vie et tu le resteras jusqu’à ma mort !

Tu ne me verras pas comme… comme une fille perdue ? Comme une catin ?

Pourquoi devrais-je te voir ainsi ? Tu n’es ni une fille perdue, ni une catin ! Ma Rosalie, tu vas offrir du bonheur, du plaisir à d’autres et tu vas en prendre, tu ne perdras rien ! Et certainement ni mon amour, ni mon respect ! Mais toi, en as-tu l’envie ?

Oui, je voudrais essayer au moins une fois, mais à l’unique condition que ça ne détruise pas l’amour que tu me portes, parce que sans ton amour, je ne suis rien…

Nous pleurions tous les deux, surpris du besoin que nous avions l’un de l’autre, de la force de l’amour qui nous unissait. Peu avant de mourir, mon Pierrot écoutait souvent « La valse à mille temps » de Jacques Brel et à chaque fois, après les mots « Au troisième temps de la valse, nous dansons enfin tous les trois, au troisième temps de la valse, il y a toi, y’a l’amour et y’a moi », il s’exclamait « Ça, il nous l’a volé, ma Rosalie ! Tu te rappelles ? » et je savais qu’il faisait allusion à cette soirée précise.

Pendant les jours qui suivirent, je me demandais souvent quel goût aurait l’amour dans les bras d’un italien. Quand je les entendais rire, parler entre eux, quand je les voyais arriver, transporter les matériaux, les outils, quand je les observais travailler, quand ils mangeaient sur la grande table improvisée, j’essayais de deviner dans les bras desquels je succomberai…

La veille de cette fameuse fois, Toine nous demanda si nous étions toujours d’accord et nous précisa qu’il serait plus prudent qu’elle ait lieu dans la maison pour des questions de discrétion. Je passai les heures suivantes dans un état d’excitation totale, je veux dire une excitation pas uniquement sexuelle, mais tous mes sens étaient en alerte, y compris mon imagination.

Ce jour-là, aucun ouvrier ne vint travailler sur le chantier, je trouvai que Toine était vraiment passé maître dans l’art du suspens. J’avais pensé deviner quels hommes me feraient chavirer en observant ceux qui viendraient, mais je me trompais lourdement.

Alors que je m’attendais à frémir sous les caresses d’un fier italien, Pierrot et Toine arrivèrent avec des hommes qui, comme eux, revenaient de la guerre, ils tinrent à leur répéter en notre présence que nous n’étions pas des putains d’un bordel de campagne, mais leur futures épouses et que nous méritions leur respect.

Nous avions préparé un petit banquet, Nathalie et moi, composé de pâtisseries, d’autres gourmandises et de boissons variées. Nous fîmes connaissance en grignotant, je notai qu’ils veillaient à ne pas trop boire. Pour exécuter la figure de Toine, il aurait fallu deux autres hommes, mais ils en avaient invité quatre ! Nous étions aussi intimidées qu’ils l’étaient, pourtant, rapidement, l’ambiance se détendit.

Toine nous expliqua qu’il était en train de faire sa proposition aux deux premiers, quand les autres étaient arrivés et avaient demandé de quoi ils parlaient. « Je n’ai pas eu le cœur à mentir, et je me suis dit « Pourquoi pas? », mais si vous ne voulez pas, on peut tout à fait passer la soirée à parler et nous exécuterons la figure une autre fois »

Nous nous sentions de plus en plus à l’aise les uns avec les autres, quand Neuneuille, nous le surnommions ainsi, non pas parce qu’il était borgne, mais parce qu’il gardait l’œil droit toujours grand ouvert, nous dit que nous n’avions pas à craindre une maladie, que les fois où il était allé au bordel, il avait toujours mis sa « capote réglementaire ».

Ni Nathalie, ni moi n’en avions vu avant, il la sortit de sa boite métallique et nous la montra, « bien lavée, bien talquée, comme au premier jour ! », nous demandâmes à Toine et à Pierrot pourquoi ils ne nous avaient jamais montré les leur, Pierrot avait perdu la sienne, mais il ne savait où et Toine l’avait échangée contre du tabac quand il était au front.

Et puis, de toute façon, la fiancée que j’avais là-bas était propre, elle ne m’aurait jamais refilé la chtouille !

Il dit ça avec un grand sourire, en tendant la main, comme pour me désigner. Nathalie eut un hoquet de surprise et se retourna vers moi, entre colère et déception.

Je te jure… ce n’était pas moi !

Comprenant la méprise, Toine éclata de rire

Hé, mais que vas-tu imaginer, Pitchoune ? Je ne te parle pas de Bouton d’Or, je te parle de ma main ! Tu crois que si on avait couché ensemble là-haut, elle aurait été surprise en découvrant mon membre à Nice et que je l’aurais été devant la blondeur de sa toison ?

Nos invités étaient muets de surprise, tant de la teneur des propos de Toine que du fait qu’ils s’adressaient à nous, deux jeunes filles. Nous leur expliquâmes que nous refusions d’être vues comme des petites choses fragiles, que si nous étions capables d’écouter les cauchemars et les souvenirs tragiques de Toine et de Pierrot, les mots crus n’allaient pas nous choquer.

Il fallut que Toine explique ce dont ils parlaient avec nous et du bien que ça leur faisait, pour qu’ils acceptent enfin l’idée et pour gagner leur respect qui ne s’est jamais démenti par la suite. Eux, n’avaient personne avec qui parler, sauf d’anciens troufions, nous leur proposâmes d’être ces oreilles attentives, ces déversoirs à mauvais souvenirs, mais un autre jour.

J’ai oublié de vous dire que l’un de ces quatre hommes faisait partie des graves mutilés rentrés au village. Il avait perdu sa main gauche et les trois-quarts du bras droit. Il ne pourrait jamais plus travailler à la ferme, ne vivait que de sa maigre pension et n’avait aucun espoir de rencontrer une femme, il ne le souhaitait d’ailleurs pas, il aurait été un fardeau pour elle. Il avait certes une prothèse, mais sa voix se brisa quand il nous dit  

— Dire que je ne saurai jamais à quoi ressemble la douceur d’un sein dans le creux de ma main…

Émue par son chagrin, je m’approchai de lui

Mais au moins, tu peux goûter à la douceur d’un baiser que tu déposerais sur le mien…

J’ouvris mon corsage, j’aurais pu entendre battre son cœur tant il cognait fort et tant le silence s’était fait quand je m’étais levée, sa respiration était saccadée, quand il murmura « Laisse-moi te regarder, contempler cette merveille, oh que c’est beau ! » Je me dévêtis totalement « Regarde, voici un corps de femme »

Je levai les yeux au ciel et soupirai, indulgente, quand les autres me demandèrent de tourner sur moi, pour admirer et s’étonner de ma blondeur. Celui qui était resté silencieux jusque là ne put s’empêcher de me demander

Mais comment t’as fait ça ? C’est de naissance ou…?

Tu crois que je suis née avec un corps de femme ? Tu as vu mes cheveux, je suis blonde… oh pis vous m’agacez avec ça ! Si vous continuez, je vais remettre ma culotte !

Puis, me retournant à nouveau, je m’approchai du mutilé et entrepris de le dévêtir. Sa bouche me disait « Non ! », mais ses yeux me hurlaient « OUI ! S’IL TE PLAÎT, OUI ! » je décidai de rester sourde à sa voix pour n’écouter que son regard.

Tu n’as pas envie de sentir un corps de femme sur le tien ? Tu pourras profiter des caresses de mes seins sur ta poitrine… Ne refuse pas le plaisir qui s’offre à toi, essaie d’oublier ceux que tu ne pourras pas connaître… Profite… profite tout simplement…

J’offris mon sein à sa bouche et quand il l’embrassa, je ne pus que m’écrier

Nathalie ! Nathalie ! Viens ! Viens !

Ils étaient tous frappés de stupeur, Nathalie s’approcha, vit mon regard et comprit… elle retira son corsage, sa chemise et offrit à son tour sa poitrine aux baisers de cet homme sans main, avec un bras en moins. Je lus dans son regard qu’elle ressentait la même chose que moi, que sa surprise avait été aussi grande que la mienne. Je la bousculai un peu « À mon tour, maintenant ! »

De toute ma vie, je peux l’affirmer désormais, je n’ai, nous n’avons jamais connu un homme capable de nous embrasser comme il le faisait. Il nous est arrivé, même bien après cette première soirée, d’aller le voir rien que pour le plaisir de nous laisser aller à ses baisers. Quelque soit la partie de notre corps qu’il embrassait, ses baisers atteignaient la perfection. Avec le temps, il prit de l’assurance et se faisait désirer, nous aimions bien entrer dans son jeu, l’aguicher, le supplier… et puis, ses baisers étaient la promesse d’autres plaisirs, parce qu’il était un amant exceptionnel. Nous l’avons dès lors appelé « Bouche divine ».

Toine et Pierrot qui avaient craint qu’il nous ait fait mal, furent soulagés quand Nathalie leur fit signe d’approcher « Ouh fan de Diou, regardez où ses baisers transportent notre Rosalie ! ». Je ne pouvais me résoudre à arracher mon sein de sa bouche, il fallut que Toine fasse une remarque amusée et coquine « Ho, Bouton d’Or, tu ne veux pas qu’il te goûte plus bas ? » pour que je consente à faire cesser ce baiser. Je m’allongeai sur le lit improvisé que nous avions installé dans la salle, écartai mes cuisses « Oublie que tu n’as plus de main, laisse faire ta bouche… ! »

Il me fit jouir encore et encore avant que je réalise que tout le monde était nu et que Nathalie avait commencé à exécuter la figure de Toine. Elle faisait semblant de se plaindre « Je ne peux pas tout faire à moi toute seule, Rosalie ! »

Nous étions tous passablement éméchés, ce qui n’est en rien une excuse, si nous ne l’avions pas été, je ne pense pas que les événements se soient déroulés autrement, mais l’ivresse générale a permis que cette première soirée se passât dans la joie et les rires.

Quand « Bouche divine » me laissa reprendre mes esprits, encore tout surpris de pouvoir donner autant de plaisir alors que j’étais la première femme qu’il embrassait, je m’aperçus que l’homme d’ordinaire silencieux ne cessait de parler, de commenter ce qu’il faisait, ce qu’il voyait, ce qu’il ressentait avec des mots aussi amusants que crus, Toine venait de le tancer, sur le ton de la plaisanterie

Ho Barjaco, tu vas parler tout le temps comme ça ?

C’est dans mon sang ! Oh boudiou, arrête de me sucer, je veux profiter de la Rosalie et… oh boudiou, mais cesse donc, tu vas me faire venir, coquine !

Il se retira de la bouche de Nathalie dans un grand bruit flasque, un peu vulgaire et terriblement excitant à la fois.

Chez nous, les hommes parlent pendant la chose… ça nous plaît, c’est comme ça, c’est dans notre sang !

Rosalie, la bouche libérée de ce sexe, un peu coquine surtout curieuse demanda

Et les femmes de ta famille, elles parlent aussi ?

« Barjaco » éclata de rire

Elles se contentent de gémir et parfois, elles approuvent « oh oui ! oh oui ! », mais je ne sais pas quoi…

En 1919, trois générations cohabitaient dans la ferme de Barjaco, d’après certains commérages, il semblerait que cette tradition ait perduré avec ses fils qui doivent avoir la cinquantaine, maintenant.

Barjaco et le quatrième complice vinrent nous rejoindre, mais je leur demandai d’attendre un peu, je voulais offrir à « Bouche divine », ce qu’il n’osait me demander. Je lui chuchotai « Veux-tu que je sois ta première fois ? », il me sourit, soulagé. Je poursuivis « Nous serons à égalité, puisque ce sera la première fois avec une capote, pour moi », ses lèvres collées à mon oreille me susurrèrent un doux « Merci ».

Je lui demandai de s’allonger, je serai ainsi plus à mon aise pour enfiler le manchon de caoutchouc et je m’empalai lentement sur lui, un peu surprise de ce contact étrange dans mon corps, qui me donnait l’impression de faire l’amour à un objet plus qu’à un homme, mais nos regards me suffisaient, ses yeux se noyaient dans les miens, je voyais ses lèvres s’entrouvrir, comme gonflées de plaisir, je me penchai sur lui, et nous nous embrassâmes.

Fut-ce notre baiser, le contact de mes seins sur sa poitrine, la vigueur de ce membre caoutchouté, le contact de mon bouton sur son pubis ? Je fus secouée par un orgasme violent qui le fit jouir à son tour, bien avant qu’il ne l’eut souhaité. Poursuivant mes caresses, mes baisers, je le rassurai « La soirée ne fait que commencer ».

Un peu avant minuit, je caressais Bouche Divine d’une main, Gentil Coquelicot de l’autre, tout en suçant Barjaco. Pendant ce temps, Nathalie profitait des corps de Neuneuille, de son Toinou et de mon Pierrot.

Nous passâmes des uns aux autres avec un plaisir croissant, au fur et à mesure que nous apprenions à nous connaître, à plaisanter de nos complexes, le quatrième invité, par exemple, était plutôt bel homme, mais ce qui le minait, c’est que sous le coup d’une forte émotion, d’une surprise, de l’excitation, de la jouissance, il devenait tout rouge, pas seulement des joues, mais de la racine des cheveux jusqu’au nombril, nous balayâmes ce complexe en le surnommant « Gentil coquelicot ». Bien sûr, au début, il crut que nous le moquions, mais nous lui prouvâmes qu’il avait tort en lui montrant comme ça nous excitait, comme ça nous faisait jouir de le voir s’empourprer ainsi.

Le jour se levait quand ils repartirent avec la promesse de nous retrouver bien vite. Nous étions à nouveau tous les quatre, plus unis que jamais, je regardai mon Pierrot se gratter le menton, comme il le faisait toujours quand sa barbe naissante commençait à le démanger, Toine avait les yeux dans le vide, mais son sourire était serein, apaisé, il était heureux tout simplement heureux, Nathalie chantonnait en se lavant dans le tub. Touchée par je ne sais quelle inspiration, je la rejoignis, lui chuchotai quelques mots à l’oreille, elle se mit à glousser, nous entendant pouffer, Pierrot nous demanda ce qu’il nous arrivait.

Pour une fois, Rosalie a trouvé le nom idéal pour la figure et avant toi, mon Toinou et tu n’en trouveras pas de mieux !

Nous ricanâmes de plus belle.

Ho, Bouton d’Or, ne nous fais pas languir ! Quel nom lui as-tu donné ?

L’amicale des anciens combattants !

Une journée déterminante dans la vie de Rosalie

Les souvenirs de Tatie Monique – Le mariage – La cérémonie

Bonne-Maman et Nathalie avaient organisé un déjeuner en famille, auquel n’assisteraient ni Alain, ni Catherine, prétextant qu’avec ce double mariage, nous serions trop accaparés par les invités lors du vin d’honneur et de l’apéritif dînatoire qui suivraient la cérémonie.

Nous devisions joyeusement comme on peut le faire quand on est heureux de se voir, mais qu’on ignore combien d’années nous sépareront de la prochaine rencontre. Après le dessert,  pendant que le café passait, je me levai et annonçai que je devais rejoindre Catherine pour nous préparer et mettre au point certaines détails de la cérémonie.

Dans la rue, je fermai les yeux, soulagée de constater qu’il restait assez de sperme d’Alain dans mon sexe pour que je le sente couler et mouiller ma culotte. Je retrouvai Catherine devant la petite mairie. Joseph avait accepté d’être le complice de la surprise que nous réservions au notaire, il riait sous cape, comme un gamin farceur. 

Catherine lui avait confié le soin de nous apporter nos tenues, parce que nous voulions respecter la tradition et ne pas les dévoiler à nos fiancés avant la cérémonie. Nous voulions lire l’émerveillement dans leurs yeux quand nous les rejoindrions sur le parvis de la mairie.

Nous pénétrâmes dans le petit hôtel de ville, nous enfermâmes dans la pièce qui tenait à la fois d’archives municipales et de débarras pour y revêtir nos beaux atours. Nous entendîmes le notaire discuter avec Joseph, il savait que nous nous changions et expliquait à notre complice qu’il voulait répéter son discours et vérifier que les registres ne comportaient aucune erreur. Il chargeait Joseph de faire le guet pour empêcher quiconque d’entrer inopinément dans l’une des deux pièces.

Avant de boutonner ma robe, Catherine glissa sa main entre mes cuisses et, constatant l’humidité de ma culotte, me susurra « Ça va, il en reste ! », je devinai son sourire, l’éclat de ses yeux. Elle me caressa les seins en m’affirmant aimer peloter une future mariée le jour de ses noces.

Je me retournai, l’embrassai, la caressai à mon tour. Elle n’avait pas encore enfilé sa robe. Bon sang, qu’elle était belle avec ses dessous de dentelle blanche ! Je glissai à mon tour ma main entre ses cuisses. « Ne t’inquiète pas, j’ai fait le plein avant de venir ! ». Nous ne parvenions pas à calmer notre fou-rire. Comment une telle horreur avait pu sortir d’une aussi jolie bouche ?

J’eus du mal à boutonner sa robe, prenant soudain conscience de l’importance de cette cérémonie. Catherine me maquilla, je maquillai Catherine, nous posâmes les diadèmes sur le dessus de nos têtes, rabattîmes le voile qui devait masquer notre visage et vérifiâmes que la traîne de chacune « tombait bien ». Satisfaites, nous sortîmes du petit local et nous dirigeâmes vers la grande salle qui tenait lieu de salle des mariages et des délibérations du conseil municipal.

Joseph siffla d’admiration quand il nous vit « Toute la beauté du monde incarnée en deux femmes ! », je me sentis rougir de ce compliment. Nous toquâmes à la porte et entrâmes, avant d’y avoir été invitées.

Le notaire, surpris, releva la tête. Ses yeux pétillaient quand il nous sourit. « Je répétais mon laïus » Qui d’autre que lui employait ce terme ? ! Catherine s’approcha de la grande table où se trouvaient deux gros registres, divers papiers et le discours, prit le tout dans ses bras et les posa sur un des bancs du deuxième rang. Quant à moi, je m’emparai de l’écharpe tricolore, en ceignis le notaire, puis nous nous allongeâmes, les jambes pendantes, nos robes relevées sur nos cuisses écartées, en travers de la table derrière laquelle il officierait dans moins d’une heure.

– Justement… on avait pensé que…

– … pour ne pas bafouiller, il te faudrait…

– … donner un peu d’exercice…

– … comme un échauffement

Et, d’une même voix

– … à ta langue !

– Mais vous êtes… diaboliques !

Néanmoins, il s’exécuta avec toute sa science. J’aimais comme ses doigts écartaient le tissu de ma culotte, sa langue gourmande… J’aimais l’hésitation dans son regard. Devait-il faire jouir l’une et ensuite, l’autre ou butiner de ci, de là ? Catherine ne lui laissa pas le choix. Elle maintint sa bouche collée sur mon minou, pendant qu’elle et moi nous embrassions, n’ayant dégagé que nos bouches de nos voiles pudiques. 

Le notaire se montra plus habile encore que d’ordinaire. Je jouis rapidement. Il semblait vouloir aspirer tout mon plaisir au travers du tissu de ma culotte. Mon pied frôla son pantalon et je sentis sur ma cheville la puissance de son érection.

Nos doigts avaient froissé ses cheveux, reprenant son souffle, la bouche luisante, il s’apprêtait à faire de même à Catherine. Elle tint à s’excuser par avance du sperme d’Alain qui inondait sa culotte.

– Tu sais bien que j’aime ça ! Ne fais pas l’innocente !

– Qu’est-ce qui t’excite tant ?

Catherine venait de poser la question que je n’avais jamais réussi à formuler. Le notaire, soudain sérieux, chercha les mots précis avant de nous répondre.

– Quand vous êtes pleines de son sperme, quand je le vois vous faire l’amour, quelque soit l’orifice qu’il honore, je pense au regard, au corps de ma femme si elle était à votre place et ça m’excite incroyablement.

Baissant la voix, il ajouta « Voilà, vous connaissez mon lourd secret. »

– Fais-moi jouir avec ta langue, que je réfléchisse mieux !

Catherine appuya la tête du notaire entre ses cuisses. Elle retenait ses cris, comme j’avais dû contenir les miens quelques minutes auparavant. Elle ondulait. La voyant faire, j’attrapai les doigts du notaire, agrippés au rebord de la table et m’en servis pour me faire jouir dans une caresse rapide avant de rabattre mon voile sur mon visage. Catherine jouit à son tour. À son sourire, je sus qu’elle avait trouvé la solution.

Nous venions de poser pied à terre quand nous entendîmes Joseph saluer bruyamment la secrétaire de mairie venue assister le notaire, qui tentait de masquer son érection derrière l’écharpe tricolore, nous lui affirmâmes que si elle la remarquait, ce serait à cause d’un regard mal placé. Ses lèvres luisaient encore, je les lui essuyai d’une caresse de mon pouce.

Avant que la secrétaire n’entre, tandis que nous remettions tout en place, je m’adressai au notaire, au travers de mon voile et lui demandai « En quoi aimer offrir et recevoir du plaisir est diabolique ? » Vaincu, il haussa les épaules, ce fut ma première victoire de ce qu’il nomma, par la suite, nos joutes philosophiques.

Quand nous sortîmes de la mairie, encadrant Joseph « Notre ami a-t-il goûté votre douce surprise ? » « Il me semble bien ! », je fus saisie en voyant nos époux si beaux. Ils nous regardaient comme si nous étions une apparition miraculeuse. Nos invités, les villageois se tournèrent vers nous quand le bavard s’exclama « Fatché ! Qu’elles sont belles ! » puis, se retournant vers Christian et Alain « Autant qu’ils sont beaux ! »

Le soleil rebondissait sur les murs des maisons, sur le dallage de la place, même le monument aux morts semblait nous sourire. Je ne sais pas qui a commencé à applaudir, mais bientôt, tout le monde battait des mains. 

Je regardai mon père, fier et heureux, ma mère essuya une larme, mais bientôt je n’eus d’yeux que pour Bonne-Maman et Nathalie qui se tenaient par la main. Qui dans l’assistance, à part nous six, aurait pu deviner ce que ce geste signifiait ?

Christian et Alain nous reprochèrent notre beauté, nous accusant d’avoir voulu les faire mourir d’admiration avant la cérémonie. Nous leur retournâmes le compliment.

J’avais promis aux fillettes de la petite classe le rôle de demoiselles d’honneur. Je souris, émue de les voir prendre place pour tenir nos traînes, quatre gamines sur chaque voile… pourvu qu’aucune ne tombe, sinon… Dans cette école, il y avait un garçon, toujours prompt à la bagarre, rétif à l’ordre, craint plus qu’apprécié des autres écoliers. Il se tenait à l’écart, pour une fois bien habillé, à peu près bien coiffé, étrangement gracieux. Quand je vis Alain s’approcher de lui, se pencher et lui murmurer quelque chose à l’oreille, il se gonfla d’orgueil, hocha la tête en guise d’approbation et fendit la masse des autres bambins, un sourire éclatant d’une oreille à l’autre. « Ce sera notre garçon d’honneur » je l’avais compris avant même que Christian me le précise.

La cérémonie fut splendide. Quand le notaire nous demanda de soulever nos voiles pour qu’il puisse constater de visu que nous étions bien celles que nous prétendions être, ses pommettes se teintèrent de rose. Je lui souris avant de me tourner vers Christian. « Tu étais si belle… et ton regard clair et pur… et le notaire… j’ai tout de suite compris ce que vous veniez de faire. Je t’aurais volontiers culbutée, là… devant tout le monde ! Mais il y a des choses qui ne se font pas… surtout devant ma maman ! »

Je me souviens aussi très bien de ce petit coussin, où reposaient nos alliances, tenu à bout de bras par ce gamin, gonflé d’orgueil qu’on le remarque pour autre chose qu’un méfait. Je me souviens de Christian ayant du mal à me passer l’anneau « Boudiou ! C’est qu’elle est encore vierge ! Tu verras, ça rentrera tout seul cette nuit ! » Les éclats de rire dans la salle, le regard en biais que je lançai au bavard, son air jovial et innocent. 

– Vous pouvez embrasser la mariée

– Oh fatché ! Il va nous la dévorer toute crue !

L’hilarité générale, les gros yeux et le coup de coude dans les côtes que sa femme lui décocha.

Et puis, ce fut un tourbillon. La sortie de la mairie, les photos de groupe, en couple.

– Les deux couples ensemble !

– Avec les parents.

– Et les mamies !

– Et les témoins !

– Et la famille, maintenant !

L’entrée dans la salle des fêtes. Le parfum enivrant de nos fleurs préférées. Les toasts que l’on s’apprêtait à porter. Une silhouette familière, mais que je ne reconnaissais pas. Un jeune homme aux cheveux ras. « VIVE LES MARIÉS ! », la silhouette qui se retourne. L’étudiant, le cousin de mon Christian ! Son sourire. « Je peux ? » « Et comment ! » Ses bras m’enlaçaient, je le remerciai et lui demandai ce qu’il devenait. Il avait repoussé, de sursis en sursis, son incorporation, et avait finalement opté pour un service outre-mer, et prononça le mot magique « coopération », qui était à l’époque l’aristocratie des troufions. Christian et Nathalie, leur grand-mère, l’avaient invité, lui demandant le secret afin de me faire la surprise. Sous le coup de l’émotion, je criai « JE T’AIME, MON CHRISTIAN ! » à l’instant précis où les conversations se calmaient, laissant place à un silence soudain.

La musique retentit, Catherine, Alain, Christian et moi ouvrant le bal. Petit à petit, les invités nous rejoignirent. Une danse en entraînant une autre. L’alcool coulait à flots, les fumées de tabacs blonds et bruns se mélangeaient, envahissant la salle. 

Je remarquai Alain dansant avec la femme du notaire, le clin d’œil de Catherine m’indiqua que son plan fonctionnait.

Un peu plus tard dans la soirée, je parlais avec ma mère, quand le notaire s’excusa auprès d’elle. « M’autorisez-vous à vous emprunter votre fille ? J’aurais un détail amusant à lui faire découvrir », d’un mouvement de tête, il invita également Catherine et Christian à le suivre.

À l’étage, entrouvrant une poste, nous vîmes « Madame le Notaire », la tenue en désordre, se faire culbuter par Alain, qui avait laissé tomber la veste, mais avait gardé son beau costume, son sexe qui sortait par la braguette, paraissait encore plus énorme que d’habitude.

Comme une mauvaise bande stéréo, j’entendais les « Alain… Alain… nous sommes fous… ooohhoohh… Alain… mais… Alain… mais que faites… ooooOOOOooohhh… Alain… Alain ! Osez tout ! » de la femme du notaire, tandis que dans mon dos, je l’entendais chuchoter « OUI ! Oh oui, Alain ! Baise-la bien ! Oui ! Encore ! Comme ça ! Oh oui ! Baise-la fort, ma femme ! Comme tu sais si bien le faire ! », tout en le sentant se branler.

Je croisai le regard de Christian, celui de Catherine. Sans un mot, elle et moi nous agenouillâmes, prenant soin de relever nos robes pour ne pas les salir. Nos langues dansaient sur son sexe pendant qu’il regardait sa femme se faire baiser, comme il n’aurait jamais osé en rêver. 

Christian dit à mi-voix « Une telle cérémonie mérite bien une cravate, monsieur le notaire ! », je dégrafai le haut de la robe de Catherine, juste assez pour qu’il puisse glisser son sexe entre ses seins généreux. 

Je nous vis, une fois encore comme échappée de mon corps. Le notaire, la queue entre les seins de Catherine, observant son épouse se faire baiser par Alain dans la pièce d’à côté, moi à quatre pattes aux côtés de Catherine, léchant le gland, la hampe de ce membre qui disparaissait et réapparaissant à allure régulière dans le fourreau soyeux, chaud et cuivré de la poitrine généreuse de mon amie. Christian qui tantôt faisait le guet, tantôt regardait Alain, tantôt le trio que nous formions avec le notaire et qui se branlait, le sexe enveloppé de mon voile blanc. 

– Ô, pute vierge ! Mets-toi à genoux, que je te vienne dans la bouche !

Le notaire attrapa le visage de Catherine entre ses mains et jouit du regard surpris de sa femme quand Alain « ouvrit le robinet ». Christian répandit sa semence sur mon voile et sur mes cheveux.

Nous nous hâtâmes de redescendre avant que la femme du notaire ne s’aperçoive qu’elle avait été observée, prenant du bon temps avec l’un des deux mariés. 

Quand nous arrivâmes dans la salle, les invités au vin d’honneur commençaient à rentrer chez eux. Bonne-Maman parlait avec ses filles et leur époux, Marie-Claire vint à ma rencontre. M’embrassant, elle s’excusa de devoir nous abandonner, elle se sentait fatiguée. Je la crus volontiers, les crispations de son visage, les cernes apparues brusquement ne laissaient place à aucun doute. J’embrassai Jean-Pierre et leur dis « À demain ! »

Nathalie parlait avec un papy que je crus être un parent éloigné, mais Christian ne le connaissait pas non plus. Il me faisait cette réflexion, quand nous remarquâmes l’éclat dans leurs yeux, leur sourire et leurs mains qui s’interdisaient les caresses dont elles avaient envie.

Un peu plus tard dans la soirée, la voix du notaire retentit, couvrant le brouhaha.

– Votre attention s’il vous plait ! On m’informe que les mariés sont priés de rejoindre les véhicules qui les mèneront à l’hôtel réservé spécialement pour eux !

Cette longue et merveilleuse journée se termine en apothéose par la nuit de noces

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