Allez hop, tout l’monde à la campagne ! – Neuvième et dernier épisode

Écrire que nous nous sommes régalés au restaurant serait en dessous de la vérité tant chaque mets était élaboré avec soin, tant chaque plat était le prélude idéal au suivant. Nous avions opté pour un accord mets-vins ce qui a accentué encore un peu plus la perfection de ce déjeuner. L’idée de prendre un taxi pour nous rendre au restaurant et en revenir s’est avérée des plus judicieuses, non pas que nous en soyons sortis ronds comme des queues de pelles, mais nous ne voulions pas risquer un accident sur le chemin du retour, ni renoncer au plaisir de trinquer à cette belle journée.

Maintenant que nous avons retrouvé notre nid d’amour, je ne saurais dire lequel de nous trois est le plus impatient de voir mon époux déballer ses cadeaux. Nous décidons de ne pas attendre la fin du dîner pour les lui offrir. Nous sommes néanmoins suffisamment attachés à la tradition pour ne le faire qu’une fois les soixante-huit bougies soufflées, nous nous montrerons raisonnables et ne prendrons qu’une petite part de gâteau.

La météo très clémente nous permet de profiter de ce moment sur la terrasse. J’accompagne notre conjoint dans la remise où nous avons caché les paquets. Il se plaint d’être à l’étroit dans le pantalon que mon mari lui a prêté pour l’occasion. Je lui fais remarquer que s’il ne bandait pas… Son sourire est charmant.

– C’est à cause de ta jupe

– Ma jupe ?! Qu’est-ce qu’elle a de si excitant ? Je la trouve plutôt sage

– Justement ! Elle me fait penser à… avant… Pour moi, vous étiez « monsieur et madame Bien-comme-il-faut »… Toujours bien mis, jamais un mot plus haut que l’autre, un sourire pour chaque personne croisée « Bonjour madame, bonsoir monsieur ». Je suis sûr que tu peux appeler chaque gamin du quartier par son prénom ! Et maintenant que je vous connais… Je sais que sous cette jupe bien sage, trop même, stricte et tout, il y a un volcan qui ne demande qu’à entrer en éruption… et que je suis un de ceux que tu autorises à le faire… alors, oui, je bande !

– « Monsieur et madame Bien-comme-il-faut », c’est amusant… Je voulais te dire… tu nous rends tellement heureux, notre vie était agréable avant toi, elle est devenue merveilleuse depuis que tu la partages avec nous. J’aime la femme que tu fais naître en moi, j’aime l’homme qu’est devenu mon mari… et surtout… surtout, je t’aime et pas uniquement pour tes prouesses sexuelles.

Sa gorge se noue. Nous nous étreignons et comme si nous nous réveillions soudainement, nous réalisons que mon époux doit se demander ce qui nous arrive. Nous sortons de la remise, les bras chargés de cadeaux.

– C’est pas trop tôt ! J’étais à deux doigts de penser que vous vous envoyiez en l’air dans la remise !

– Mon chéri, permets-moi de te dire que c’est une pensée indigne de monsieur Bien-comme-il-faut !

– Monsieur Bien-comme-il-faut ?

– C’est ce que j’expliquais à ta femme…

– À notre femme, tu veux dire

– C’est ce que je lui expliquais, jusqu’à la Saint-Sylvestre, pour moi, vous étiez monsieur et madame Bien-comme-il-faut

– Et depuis la Saint-Sylvestre ?

– Les personnes qui me rendent heureux, celles aux côtés desquelles j’ai envie de vivre.

– Ouah ! « monsieur et madame Qui-me-rendent-heureux-aux-côtés-desquels-j’ai-envie-de-vivre » du coup, il faut une carte de visite à rallonges !

J’allume les bougies sur le gâteau et nous les soufflons ensemble. Les cris de surprise et de joie de mon mari quand il découvre le chevalet, les toiles, pinceaux, couleurs et autres n’ont pas de prix. Le gâteau est délicieux et tandis que mon époux adoré nous parle des tableaux que nos cadeaux lui donnent envie de peindre, sans même nous en apercevoir, nous le dévorons (le gâteau, pas mon mari). Après toutes ces agapes, il est temps de passer aux activités digestives et masturbatoires, notre conjoint lui demande (à mon époux, pas au gâteau) quelle vidéo lui ferait plaisir. Ainsi que nous l’escomptions, mon mari proteste. Pour son anniversaire, il veut du vrai, du show, du live

Son érection étant faiblarde, enfin, le prétend-il, si je pouvais d’un ou de deux coups de langue agile… Je décrète que dans ces conditions, j’ai bien envie de rendre hommage à la fameuse fable de La Fontaine. Ces deux incultes me demandent laquelle, à moins qu’ils ne me jouent un tour à leur façon. Je fronce les sourcils à l’adresse de notre conjoint et je lui montre une des cartes que nous avions sélectionnées ce matin

– Mais… mon ange… ce n’est pas une fable de La Fontaine !

– Ah bon ? T’es sûr ? Pourtant, j’aurais parié que « Le gourmand, la gourmande et la gourmandise »… Qu’en penses-tu, mon chéri ?

– Je pense qu’une pipe gourmande m’inclinerait à te pardonner ton insolence.

Il se tasse sur sa chaise, je le débraguette surprise de le trouver nu sous son pantalon, je lui demande s’il ne serait pas sous l’influence de notre conjoint.

– C’est le Friday wear, ma chérie, le Friday wear…

– Le Friday wear du lundi… plutôt audacieux comme concept !

Notre conjoint aurait voulu me voir garder ma jupe, mais elle ne se prête pas à l’exercice et, de toute façon, mon époux se refuse à louper la moindre miette du spectacle. Les fesses à l’air, mais en chemisier, je m’agenouille devant mon époux et entreprends de le lécher des bourses jusqu’au gland. Je fais exprès de ne pas le sucer comme il aime que je le fasse tant que notre conjoint ne sera pas agenouillé derrière moi pour me lécher le sexe. Quand je sens enfin sa langue descendre entre mes lèvres vers mon clito, malgré les frissons de plaisir qui me parcourent, je fais ma mijaurée fellatrice. J’ai de plus en plus de mal à ne pas me laisser aller au plaisir que je prends à sucer, je trouve soudain une échappatoire. Je me redresse à moitié et me tourne vers notre conjoint.

– Comment voulez-vous que j’offre une fellation digne de ce nom à mon époux pour son anniversaire, si vous vous contentez d’un cunni prénuptial ?!

– Un « cunni prénuptial » ? Mais que puis-je faire d’autre ?

– Ça tombe sous le sens ! Si vous aviez lu les fables de La Fontaine, vous connaitriez la morale du « Gourmand, la gourmande et la gourmandise » que vous appliqueriez à la lettre « Et c’est ainsi qu’en ce jour où l’époux prend un an de plus, à son épouse, l’amant avisé bouffe le cul » !

Mes deux hommes éclatent de rire, mais quand la langue de notre conjoint caresse la raie de mes fesses, s’attarde sur mon anus, il m’est presque impossible de ne pas faire jouir mon époux. Bon sang, que cette sensation est divine ! La délicatesse des reliefs de la bite de mon mari, la suavité moelleuse de son gland unies à la magie de la langue de notre conjoint…

Mon mari se dégage de ma bouche. « Les pointillés, ma chérie, les pointillés ! Je tiens à pouvoir me branler en vous matant baiser au fond du jardin ! » Les yeux mi-clos, pantelante, haletante, je ne me relève pas immédiatement. J’ondule sous la langue de notre conjoint en grognant de plaisir, ma main entre mes cuisses retrouve le bout de ses doigts. J’aime la douceur de cette sensation humide et glissante. Je redresse la tête, ouvre les yeux et crie un « Je t’aime ! » qui s’adresse à eux deux. Une fois debout, comme si je lui accordais une faveur, j’invite mon époux à toucher ma chatte comme le bossu le faisait de sa bosse, pour porter bonheur.

Je laisse mon mari à sa belle érection et je me dirige avec notre conjoint vers le fond du jardin. En chemin, il se débarrasse de son pantalon dans lequel il se trouve « si engoncé que ça en devient presque douloureux », il quémande un baiser que je lui accorde sans retenue.

Nous aimons batifoler dans le jardin, mais subissons parfois des contraintes météorologiques, averses plus ou moins drues, vent plus ou moins du Nord, soleil plus ou moins accablant, contraintes auxquelles s’ajoute la crainte d’être effectivement surpris, crainte supérieure à l’idée excitante de l’être potentiellement…

Un après-midi, alors que nous nous envoyions en l’air tous les trois à l’abri des haies, nous avons entendu craquer des branches sèches. Nous nous sommes figés le temps que la menace s’éloigne, mais les pas semblaient se rapprocher. Que faire ? Nous relever et partir nous réfugier dans la maison en courant, nus comme des vers ? Nous tasser davantage en espérant que les herbes nous cachent à la vue des passants ? En plein dilemme, nous nous sommes retrouvés face à la truffe d’un chien errant, ravi d’avoir trouvé de nouveaux copains.

Notre conjoint a réparé le grillage, mais cette mésaventure nous a fait prendre conscience de nos limites en matière d’exhibition. C’est pour cette raison que nous avons acheté une petite tente de camping, que nous avons dressée au fond du jardin. Elle ouvre sur la terrasse et c’est vers elle que je me dirige avec notre conjoint pour offrir à mon mari le spectacle dont il rêve.

Devant la tente, je me retourne vers la terrasse et j’adresse un grand signe de la main à mon époux qui, en retour, m’envoie des baisers. Je remarque que, lui aussi, a ôté son pantalon et gardé sa belle chemise et son élégante cravate, négligemment rejetée sur son épaule. Il a décidé d’étrenner ses cadeaux en nous dessinant « si vos ébats m’excitent assez pour m’inspirer ». J’embrasse notre conjoint, ma main, mue par une volonté propre, caresse, soupèse ses couilles. Un frisson de désir court le long de ma colonne vertébrale, je sens pointer le bout de mes seins. Notre baiser s’éternise.

Enfin, notre conjoint me demande quelle carte je choisirais parmi celles que nous avons sélectionnées ce matin.

– Puisque votre visage est grave et votre sourire clair…

– ??

– … et que vous semblez être gai comme un Italien !

– Pardon ? « Comme un Italien » ?

– Mais oui, comme un Italien quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin !

– Ça me rappelle quelque chose… vaguement… c’est un poème ? Non. Une chanson !

– Ah la, la… ces bonshommes… pas romantiques pour un sou ! Nicole Croisille !

– Ah oui ! Vous m’avez promis de m’expliquer le pourquoi de la légende de cette carte.

Nous nous glissons dans la tente. Je commence mon explication. Quand je suis assise ainsi sur lui, avant même toute pénétration, je ressens une intimité extrême. Je me sens libre de lui offrir mon regard, miroir de l’âme, mon visage ou de ne pas lui offrir. Je peux lire son désir en observant les va-et-vient de sa pomme d’Adam, les pincements répétés de ses lèvres plus gonflées qu’à l’ordinaire, les mouvements anarchiques de sa langue tantôt visible tantôt à l’abri de ses dents. Je peux regarder, fascinée, les pulsations des ailes de son nez. Enfin, je peux lire son plaisir illuminant son regard, parfois même le faisant chavirer un court instant.

Dans cette position, mes seins se rappellent leur jeunesse, quand ils se maintenaient au-dessus de la mêlée, même affaissés par le poids des ans, ils m’offrent les mêmes sensations. J’oublie les bourrelets et les replis de mon ventre, seuls comptent les éclairs d’excitation, de plaisir qui le traversent.

Il me suffit de jouer avec l’écartement de mes cuisses, comme un violoncelliste joue avec son archet, pour lui dévoiler plus ou moins les secrets de mon intimité, être la seule maîtresse en la matière. Je dois reconnaître que j’aime mon impudeur sous son regard, il m’arrive même parfois… souvent, d’ouvrir mes lèvres avec mes doigts. J’aime la sensation que me procure le jaillissement de mon clitoris, comme un suricate sortant la tête d’on ne sait où.

La pénétration de son membre, comme le point d’orgue de cette mélodie précise, me propulse dans un autre univers, fait de paillettes multicolores et d’images un peu kitch alors, dès nos premiers mouvements, je sens vibrer mes tripes au son de la voix de Nicole Croisille.

Toute à mon explication, je réalise à peine que j’en fais la démonstration. Notre conjoint irradie de bonheur. Je devine les battements de son cœur plus que ne les vois. En revanche, je vois nettement battre sa carotide. Je ne me laisse pas abuser par le ton faussement moqueur de sa remarque « Et mes couilles… rien ? » Je singe l’indulgence extrême, à la limite de la condescendance, pour lui répondre qu’elles offrent à mes fesses le plus délicieux des coussins.

– Je voudrais rester des heures à vous écouter, mon ange, et à vous faire l’amour… comme ça… au ralenti…

– Et qu’est-ce qui nous en empêcherait ?

– L’envie encore plus pressante de vous voir dérailler sous mes assauts, de vous entendre grogner, crier le plaisir que je vous offre ! Quand vos mots d’amour se teintent de grossièreté.

Son regard glisse vers mon entrecuisse. Il se réjouit de voir sa queue luire de ma mouille. Il sait que dans sa bouche, le mot « mouille » agit sur moi comme un détonateur. Il a ce geste autant obscène que délicat, branler mon clitoris entre son pouce et son index, comme si je n’existais plus, comme s’il le découvrait et voulait en expérimenter toute la magie. La voix de Nicole Croisille explose en moi, mon cri est tellement puissant qu’il a dû faire choir le chevalet de mon époux. Je rassemble mes dernières forces pour tourner mon visage vers lui. Le chevalet est à sa place.

Notre conjoint, troublé, ému a joui en me disant des mots d’amour, mais en omettant le vouvoiement. Nous restons dans cette position, laissant la nature reprendre ses droits et son sexe débander. J’aime sentir son sperme couler de mon vagin, sa chaleur me fait prendre conscience que le fond de l’air s’est rafraîchi. Les minutes ont tourné autour de nous, sans jamais réussir à nous atteindre.

Nous nous résolvons à rejoindre mon époux sur la terrasse après un dernier baiser.

Et un autre.

Et un autre encore.

La nuit est tombée, nous discutons allongés dans le lit. Mon mari adoré nous remercie de lui « avoir offert la plus belle journée de ma nouvelle vie ».

– S’il n’y a que ça pour te faire plaisir, je veux bien recommencer tous les jours ! Et toi, mon ange ?

– Je ne dirais pas non, toutefois, faire l’amour avec mon époux me manquerait bien vite…

Notre conjoint répond par la blague habituelle « je ne suis pas jaloux ». Une plaisanterie en entraînant une autre, toutes pleines de sous-entendus salaces font naître en moi une furieuse envie de rouler une pelle à mon mari.

Autant ma langue et celle de notre conjoint se font l’amour naturellement, autant il me faut apprivoiser longuement celle de mon époux avant d’obtenir une galoche acceptable. En règle générale, mon mari n’attend pas ce point de bascule, il abrège la pelle autant que faire se peut. Il n’aime pas rouler des patins, c’est un fait établi, comme est établi le fait que notre conjoint et moi adorons ça.

Mon époux devine mon envie et m’accorde ce baiser. Sa langue se rétracte quand la mienne entre dans sa bouche, comme si elle cherchait à la fuir. Je commence à peine à pouvoir la frôler quand notre conjoint s’approche de nous. « Voyons voir si c’est aussi excitant que ça de mater un roulage de pelle de tout près… » Étonnamment, ses mots rassurent mon mari.

Notre conjoint m’attrape délicatement par les cheveux et, afin de mieux profiter du spectacle, me demande de décoller un peu ma bouche de celle de mon époux. Tel un expert, en quelques mots précis, il donne une leçon de roulage de galoche que mon mari reçoit comme un cadeau supplémentaire.

– Laissez-vous guider par sa langue… comme dans une danse, il y n’y en a qu’un seul qui la mène, laissez-lui ce rôle… Voilà… vous voyez où elle veut en venir ? Profitez de sa souplesse, de sa force délicate et suivez-la… Voilà… Elle est douce, n’est-ce pas ? Et fougueuse… Et caressante ! Ça ne vous rappelle rien ? C’est troublant, n’est-ce pas ?

Le dos de la main de notre conjoint glisse le long de mon dos avec la même douceur que la tendresse de sa voix. Le baiser s’éternise, je veux chevaucher mon époux, mais il refuse.

– Aujourd’hui, je ne veux être que spectateur… Ah, si seulement mon ami en avait la force… ! Vous pourriez m’offrir le dernier acte de votre programme…

– Et comment que j’en ai la force ! En vous matant, ma bite a retrouvé toute la vigueur de ses vingt ans ! Au lieu de rire, admirez l’engin !

Pendant notre apéro-dînatoire, j’ai remis à mon époux les cartes représentant les positions que nous avons réalisées pour lui. Il en restait une dernière. « Il est à craindre que je me sois montré présomptueux, mon cher ami… J’avoue que notre séjour sous la tente m’a vidé de mes dernières forces. Je ne pourrais pas l’exécuter avant… demain matin, peut-être… demain midi, certainement. »

Je charrie souvent notre conjoint avec sa manie de la procédure, j’exagère en affirmant que pour lui tout est contrat et qu’il vérifie à chaque action qu’il en respecte bien les termes. Aussi, quand il prend position derrière moi et qu’il nous demande « Levrette ou sodomie ? », je ricane « Quelles seront les conditions pour cette… » mon mari m’interrompt en plein envol oratoire.

– Mon cher ami, en cette journée particulière et pour fêter mon anniversaire, j’apprécierais un peu de poésie.

– Puisque les circonstances l’exigent, va pour la poésie !

Je me réjouis parce que j’en avais vraiment envie. Je ferme les yeux pour anticiper le plaisir que nous allons prendre. Notre conjoint sifflote « Hello, le soleil brille » en enduisant son « ouah ! braquemard d’enfer ! ». Je tremble d’excitation en entendant ces mots et quand je sens ses doigts recouverts de gel caresser « la porte d’entrée de mon intimité la plus intime »…

– Hé bien, mon ange, que vous arrive-t-il ? Le fond de l’air serait-il soudain trop frais ? Vous tremblez comme une feuille et vos reins se couvrent de chair de poule…

Mon corps lui répond mieux que ne le feraient mes mots. Je ne pense pas à m’étonner quand mon mari me demande de l’embrasser, qu’il soulève la tête et entrouvre ses lèvres. Sa langue ne redoute plus la mienne, notre baiser est un oxymore, une fougue langoureuse. Je sens l’érection de mon époux contre mon ventre, ainsi que sa main caresser son sexe.

Notre conjoint semble hésiter à me pénétrer. Son gland appuie contre mon anus, sa main se faufile sous mon ventre, attrape celle de mon mari, la dirige vers mon vagin.

– Cher ami, doigtez-la pendant que je l’encule.

– Amis de la poésie, bonsoir !

Ignorant ma réplique, après quelques secondes d’hésitation, il reprend.

– Cher ami, doigtez-la pendant que je l’encule, du bout de mon gland jusqu’à mes testicules. Mes amis, livrons-nous au plaisir majuscule, tous trois sans honte, ni crainte du ridicule !

Je ne sais pas comment ils parviennent à se synchroniser, quoi qu’il en soit, les doigts de mon mari et le sexe de notre conjoint me pénètrent au même rythme, leurs va-et-vient sont synchrones aussi. Mes cris de plaisirs sont tantôt brefs, tantôt longs comme si je criais en morse. Ce plaisir semble s’être concentré dans mon ventre, je m’affaisse un peu. Mon époux adoré nous fait alors remarquer que mon ventre soumis aux coups de boutoir de notre conjoint agit comme une sorte de branlette subtile sur son sexe.

– Une branlette à la façon du Duc de Wellington, en quelque sorte ?

– Oooh… NON !

– « NON ! », mon ange ?

– Oooh… ooohh… à la… Lord… By… Byron ! Oooh… c’est… si bon ! Ooh… !

Mon époux entrouvre ses lèvres, drague ma langue avec la sienne qui joue les aguicheuses. Nos bouches sont distantes de plusieurs centimètres lors de cette pelle aérienne. Comment pourrait-il en être autrement tant qu’il nous apparaît essentiel que notre conjoint en soit le spectateur ? Notre poète de la sodomie se penche pour ne pas en perdre une miette. Ses énormes couilles caressent mes cuisses. Les doigts de mon mari et le sexe de notre ami vont et viennent en moi. J’ai beaucoup de mal à ne pas trop onduler, à contenir l’envie de me cabrer, de crainte qu’un des deux ne soit expulsé de mon corps. Je sens le souffle court, saccadé de notre conjoint sur ma joue. Entendre mes cris tout en voyant ma langue danser avec celle de mon époux le rend fou d’excitation. Ses assauts se font, enfin, délicieusement rugueux.

Les fourmillements que je connais si bien, annonciateurs de l’orgasme imminent, commencent à me chatouiller les orteils. Je sais qu’ils remonteront le long de mes jambes, feront une halte au niveau de mes mollets, je remarquerai alors cette sensation, au niveau de mes cervicales, vive comme un coup de fouet, diffuser jusqu’au creux de mes reins. Les fourmillements reprendront leur course, pour rejoindre la fouettée dans un mouvement tournant, transformant mon ventre en un volcan au bord de l’éruption.

Je relève un peu la tête, regarde mon mari adoré droit dans les yeux et, rassemblant ce qui me reste d’esprit, lui demande de me regarder dans les yeux quand son ami me fait jouir comme ça. Je vois son regard chavirer avant que le mien ne chavire à son tour. Mon orgasme est puissant comme j’aime que mes orgasmes le soient. Je sens mon sexe palpiter autour des doigts de mon mari, je sens mon cul en faire autant autour de l’énorme queue de notre conjoint. Je me cambre davantage, c’est ma façon de l’encourager à se déchaîner. Oh oui, comme ça ! Défonce-moi le cul, comme ça ! Oh oui ! Et tes couilles… gifle-moi les cuisses avec tes belles et grosses couilles ! Hélas, ces mots restent coincés dans mon cerveau, le plaisir a la fâcheuse tendance à me rendre muette, tout juste capable de grogner.

Mon époux crie, je sens son sperme chaud sur mon ventre. Il ouvre les yeux. Je le regarde et parviens à prononcer « Joyeux anniversaire, mon chéri ! ». Le cri de notre conjoint se contracte autour de mon clitoris. Je sais que s’il s’enfonce encore davantage dans mon cul, c’est pour éjaculer de tout son saoul.

– Joyeux anniversaire, cher ami !

En sueur, nous nous écroulons sur le lit. J’embrasse notre poète, il me répète à quel point il nous aime. Nous l’assurons de la réciprocité de nos sentiments. Je l’embrasse encore. Je m’endors dans les bras de mon époux, sa main caresse ma joue, avant que le sommeil ne me happe, je l’entends dire :

– Regarde comme elle est belle quand elle s’endort repue de plaisir ! Tu n’as pas idée de tout le bonheur que vous m’avez offert aujourd’hui, je te promets de te le rendre au centuple quand tu fêteras ton anniversaire.

À la Saint-Valentin, faisons-nous du bien ! – Deuxième épisode

Après avoir déjeuné, même si le repas n’était pas gargantuesque, nous avons décidé de suivre les recommandations sanitaires de mon époux en nous offrant notre séance rituelle d’agacements masturbatoires. En effet, si notre voisin nous rend visite chaque jour, nous ne baisons pas ensemble au quotidien (sauf à considérer que la pratique du sexe oral entre dans la catégorie « baiser »).

Prétextant revêtir une tenue plus adéquate, je vais me changer dans la chambre. En revenant dans le salon, un frisson d’excitation me saisit, comme un coup de fouet qui remonte du bas de mes reins à ma nuque, quand je les vois, mon époux adoré tiré à quatre épingles aux côtés de notre voisin dans son jogging distendu. Ils discutent en m’attendant. Je m’enivre de leurs compliments que je sais sincères autant qu’exagérés.

Nous avons décidé d’une petite mise en scène à l’attention de notre voisin qui ne se doute de rien. Je lui quémande « un petit baiser » auquel il consent volontiers. Mon époux assiste au spectacle de nos bouches avides, de nos langues impudiques engagées dans leur tango sensuel. Pour avoir un meilleur point de vue, il se tient dans mon dos, sa main, comme mue d’une volonté propre, se glisse sous ma robe, rapide et prudente comme une belette sortant de son terrier à la recherche d’une proie cachée dans les fourrés.

– Mais où avais-tu la tête, ma chérie ? Tu as oublié de mettre une culotte ! Je vous prends à témoin, mon cher ami, constatez, constatez !

– Je constate, je constate ! S’agirait-il là de ce que les spécialistes appellent « un acte manqué » ?

– Il me semble bien, surtout que ma chère épouse semble avoir également oublié… Ma chérie, ne m’avais-tu pas dit que tu avais écrit un petit compliment à l’attention de notre cher ami en cette occasion particulière ?

J’attends que notre voisin et mon époux se soient assis dans le canapé, je fais une sorte de petite révérence et, reprenant le quatrain cher aux fillettes par-delà les générations « Si j’étais jardinière, je t’offrirais des fleurs, comme je suis écolière, je t’offre mon cœur », je déclame « Si j’étais poétesse, je vous offrirais des vers, puisque j’étais secrétaire, prenez donc mes fesses ».

Notre voisin éclate de rire avant de réaliser ce que mes mots signifient. Ses yeux semblent balbutier leur surprise. D’un regard enjôleur, d’un mouvement de tête, je l’invite à me suivre dans la chambre. Mon époux lui demande s’il préfère rester seul avec moi, notre voisin confirme. Nous l’appellerons plus tard.

Les rideaux tamisent à peine la lumière, je m’en réjouis intérieurement. Notre voisin a déjà retiré son jogging, il s’approche de moi.

– J’aimerais vous déshabiller, regarder votre corps réagir à cette première fois.

Tant que je peux garder mon caraco… Je ne sais pas comment notre voisin a pu lire dans mes pensées, il poursuit, balayant de ses mots ce simple espoir.

– Avez-vous conscience que si mes mains connaissent votre corps, mes yeux n’en ont vu que quelques détails ? Je comprends ce que vous redoutez… Bien sûr, votre corps a vieilli, bien sûr, il s’est empâté, je sais bien que sa peau n’est plus celle de vos trente ans… la belle affaire ! Parce que je ne connais pas cette jeune femme que vous fûtes, j’en ai vu, certes, quelques photos, mais je ne sais rien d’elle. En revanche, je sais que la femme vous êtes devenue me fait bander, que j’aime la souplesse de sa peau sous mes caresses, que ce corps m’offre des plaisirs, je les espère partagés, des plaisirs qu’aucune autre ne m’a jamais offerts, des plaisirs insoupçonnés…

Je le laisse me déshabiller, je ne sais pas comment lui dire que ses mots m’émeuvent davantage qu’un bouquet de roses, fussent-elles rouges passion, que je les reçois comme un cadeau d’une valeur inestimable, un cadeau à côté duquel une parure de diamant semblerait minable. Une fois nue, je manque de m’évanouir sous les caresses de son regard. Cette femme de soixante-sept ans, il la trouve belle, alors, je deviens belle.

En spectateur attentif et en assistant complice de nos ébats, notre voisin sait déjà comment préparer mon cul pour que la sodomie ne soit que plaisir. Nous en avons parlé avec lui, mon mari et moi, il sait qu’en plus de trente ans de pratique, je n’ai jamais ressenti la moindre douleur. Il sait aussi que seul mon époux a eu accès à mon entrée privée. De mon côté, je sais que la sodomie n’a jamais dépassé le stade du fantasme pour notre voisin.

Nous souhaitons, lui et moi, pouvoir nous regarder quand il me pénétrera. Mon corps prêt, sa grosse pine (comme il aime que je la nomme) elle aussi enduite de gel, je m’allonge sur le lit. Mes fesses sont trop loin du bord, je l’ai fait exprès, parce que je savais que j’aimerai la sensation quand mes jambes sur ses bras, il m’attirera vers lui. Il a lu ma ruse son mon visage.

– C’est avec ce genre de comportement que vous… c’est ce genre de comportement qui me… Ma si désirable voisine, lorsque je porterai plainte auprès des instances dédiées pour avoir dérobé mon cœur, vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous-même ! Et ça vous fait sourire… !

Je sens la chaleur de son corps irradier sur ma vulve et sur mes fesses enduites de gel. Ma main rejoint la sienne sur sa queue si dure, si désirable. Notre voisin me regarde. Sans un mot, dans un échange de sourires, nous guidons son gland contre mon anus. La pression qu’il y exerce est à la fois douce et résolue. Nous respirons au même rythme. Il est entré et s’enfonce lentement en moi. Ça y est, ma vieille, ton voisin est en train de t’enculer. Et t’aime ça, hein, ma vieille ?! Putain, sa bite est encore plus grosse, elle me dilate le cul comme jamais… Putain, c’que c’est bon !

Notre voisin se régale du spectacle. Je le sais parce que ses lèvres ont gonflé. Elles le font toujours quand il prend son pied. Il délaisse ce spectacle pour me regarder. Il voulait me dire quelque chose, mais il a remarqué ma bouche entrouverte, ma langue qui passe sur mes lèvres, elles aussi plus gonflées que d’ordinaire. Dans un sourire, il se penche vers moi. Je me redresse autant que je le peux. Nos bouches se rejoignent. Han ! D’un coup de reins involontaire (ou pas), sa grosse bite s’est enfoncée jusqu’à la garde. C’que c’est bon ! Je sais que ses va-et-vient seront encore meilleurs.

Notre voisin se murmure à lui-même « C’que c’est bon, oh, c’que c’est bon ! » Son regard va de son sexe à mon visage. Je pousse des petits cris de plaisir, au rythme et en écho à sa mélopée. Les mots qui s’échappent de ma bouche ne sont pas ceux que je souhaiterais.

– Vous m’enculez tellement bien… cher voisin… Oh ! Vous m’enculez comme un prince !

Je jouis une première fois. Je jouis d’autant plus fort que je ressens ainsi à quel point sa grosse pine m’emplit. Mon époux, répondant à notre appel, entre dans la chambre à l’instant précis où notre voisin se retire de mes fesses. Il regarde son sexe. Me regarde. Me sourit. « C’est trop bon… » D’un coup de rein, il me pénètre à nouveau, mais alors que je m’attends à des va-et-vient rapides et profonds, notre voisin se retire au ralenti.

– Si je continue, je vais jouir et avant de jouir, je voudrais nous offrir…

– Nous offrir quoi ??

Notre voisin me prend dans ses bras. « Vous ne vous en doutez pas ?! Allons, ne me faites pas croire que… » Il m’embrasse sans finir sa phrase.

Je regarde mon époux, frappée par le contraste entre sa tenue impeccable et le corps nu de notre voisin.

– Cette première fois aura-t-elle été à la hauteur de vos fantasmes ?

– Je peux vous affirmer qu’elle l’a été au-delà de tout ce que j’aurais pu m’imaginer.

Par la pression qu’il exerce sur ma hanche, notre voisin m’invite à me mettre à quatre pattes. De fait, je ne vois pas la scène qui se joue dans mon dos, mais la devine dans le dialogue entre mon époux adoré et notre voisin.

– Je n’en reviens pas, vous avez réussi à convaincre ma chère épouse de se mettre toute nue en plein jour !

– Vous ne vous imaginez pas comme j’en suis heureux !

Je sens ses mains écarter mes fesses, je le supplie.

– S’il vous plaît…

– S’il vous plaît quoi ? Dois-je comprendre que… ?

– Oui !

– Comme ça ?

Je gémis de plaisir quand il me pénètre d’un vigoureux coup de reins. Mon bassin ondule. Je me sens indécente, impudique, mais qu’est-ce que j’aime ça ! Je fais signe à mon époux. Il s’approche, sans se déshabiller, il sort son sexe de son pantalon. Je commence à le sucer et, au même moment, je comprends ce que notre voisin tenait tant à m’offrir avant de jouir. Dans cette position, je sens ses grosses couilles battre contre mes cuisses, caresser ma vulve. J’aime crier des « Oh, oui ! Oh, oui ! » et grogner de plaisir la bouche pleine du sexe de mon époux adoré. J’aime sentir les doigts de notre voisin agripper mes hanches, la furie de ses va-et-vient.

J’aime sa voix d’une sonorité irréelle de sensualité quand il me demande si j’aime ça, si je sens ses grosses couilles bringuebaler. J’abandonne un instant le sexe de mon mari.

– Oh oui ! Oh oui, j’aime… vous m’en… Oh oui… ooh… !

– Je vous en… quoi ?

– Oohh… !

– Je vous encule comme un prince, c’est ça ? C’est ce que votre épouse m’a avoué, tout à l’heure…

– Non ! Non… vous m’enculez… comme… Oohh… comme un dieu ! Et vos ma… vos magnifiques… Oohh… couilles… oh… ooh… ooohh… !

Le plaisir qui s’empare de moi vole mes mots entre mon cerveau et ma bouche. Je reprends ma pipe là où je l’avais laissée. Mon époux s’en félicite avec des mots qui attisent mon plaisir. Je sens ses mains sur mes seins. Je les sens se glisser entre mes cuisses. Je l’entends exclamer sa surprise de trouver ma chatte trempée comme jamais.

Et le temps se dissout dans le plaisir que nous prenons tous les trois. Il me semble que mes orgasmes s’enchaînent. À moins que ce n’en soit qu’un seul, qui au lieu d’exploser comme d’habitude, aurait opté pour le flux et le reflux, des ondes comme les vagues à marée montante… Je jouis encore quand je sens un grognement naître dans les tripes de notre voisin, enfler avant de s’échapper par sa bouche. Il ne se retire pas. « Permettez-moi de débander en vous, de profiter encore un peu de cette sensation ». Des vaguelettes de plaisir, plus douces, plus sereines me parcourent.

Quand notre voisin se retire, il reste derrière moi. Je sens les mains de mon époux écarter mes fesses. Il se penche en avant. Son sexe s’enfonce davantage dans ma bouche.

– Que c’est beau ! Regardez comme c’est beau ! Était-ce aussi bon pour vous que c’est beau à voir ?

– C’était même meilleur !

– Ooh… que c’est… beau !

Mon mari jouit dans ma bouche en prononçant ces mots. Nous restons dans le lit le temps de nous remettre de nos émotions. Les mots que nous nous disons sont empreints de douceur, de respect… et de grivoiserie.

– Avec tout ça, on n’a toujours pas joué notre partie d’échecs…

– Figurez-vous, cher ami, que je me faisais la même réflexion !

Nous sortons de la chambre. Mon époux y retourne aussitôt, son téléphone à la main. Il nous rejoint ensuite pour nous montrer la photo qu’il vient de prendre.

– Ainsi, le souvenir de cet extraordinaire moment ne s’effacera jamais de nos mémoires

La nouvelle vie d’Odette – Réveil charmant

Au petit matin, la conversation à mi-voix entre Jim et Jimmy me sort du sommeil. Leurs caresses aussi. Jim, dans mon dos, s’extasie de pouvoir regarder mon corps sitôt réveillé et de pouvoir le toucher.

– Rien n’égale la lumière de l’aube provençale… Vé, elle fait resplendir sa peau comme si elle était recouverte de poussière d’or !

Je suis à chaque fois troublée d’entendre la voix grave de Jim lors de ses échanges avec Jimmy, l’anglais a presque déserté sa bouche et son accent australien cède peu à peu la place à celui chantant de la Provence. Les yeux toujours clos, je m’étire, féline, attrape la main la plus proche, la pose sur mon pubis. J’ondule et d’une voix éraillée par le sommeil, leur demande de se montrer polis. Je sens leur sourire.

– Et comment devons-nous nous montrer polis ?

Je me retourne pour sentir le corps de Jimmy contre mon dos.

– En respectant les traditions.

Je n’ouvre pas les yeux. Jim semble ignorer mon éveil et poursuit son propos brièvement interrompu.

– Tu crois qu’un peintre pourrait rendre cette impression ?

– Ou un photographe…

– Non. Aucun ne serait assez subtil. Il faut du temps pour rendre… vé… là… sur son ventre… sur ses seins… et son bras…

– Une chambre alors…

– Une chambre ?

– Une chambre photographique… tu sais, les vieux appareils… avec des plaques… le temps de pause était assez long…

Je sens l’érection de Jimmy contre mes reins.

– Il me tarde que ma Princesse sorte de son sommeil parce que la sentir vivante contre moi… Tu sais comment on réveille une princesse endormie ?

– Par le baiser de son Prince Charmant !

– Mais ce matin, lequel de nous deux le sera ?

– Embrasse ses lèvres du haut, je m’occupe de celles du bas…

J’ai du mal à réfréner mon envie de rire. Ce rire nerveux et incontrôlable qui monte en moi, un mélange de bonheur enfantin et d’émotion transgressive. Je me concentre pour ne pas ouvrir les yeux trop vite. Jouer à la princesse assoupie le plus longtemps possible, profiter encore de la douceur de leurs baisers. J’y parviens en imaginant une succession de paupières recouvrir mes globes oculaires comme des stores vénitiens qu’on descendrait d’une pichenette sur le cordon.

Les lèvres de Jimmy sur ma bouche, sa langue agace mes dents les incitant à s’entrouvrir, sa langue qui s’insinue pour partir à la rencontre de la mienne, ravie de la retrouver dans une danse sensuelle et humide. La bouche de Jim qui prend tout son temps avant d’embrasser ma vulve. Ses lèvres douces bien qu’un peu rugueuses semblent hésiter, elles s’attardent sur mes seins, descendent lentement jusqu’à mon pubis, remontent un peu. Je succombe et ne parviens pas à empêcher mes cuisses de s’écarter, mon bassin de se projeter en avant.

Jimmy a sans doute envie de me croire endormie, à moins qu’il ne veuille sentir mon corps collé à son corps. Sa main toute en douceur ferme, presse mon ventre me contraignant à l’immobilité. Il n’interrompt pas son baiser pour autant. La langue de Jim se faufile dans les replis de mon sexe dont il se délecte en grognant d’aise. Je repense à ce qu’il m’avait dit à Katherine en m’offrant ma huitième breloque, à ses mots quand il avait comparé notre plaisir au magma bouillonnant dans les entrailles de la terre.

Je veux contenir mon plaisir, le retenir en moi, le faire bouillonner avant de le laisser exploser dans sa bouche. Les sensations de notre première sodomie polie m’assaillent. Ma peau se souvient de la fraîcheur qui régnait dans cette grotte, je sens encore l’odeur de nos souffles mêlés, celle de la peinture qui recouvrait nos corps, je me rappelle de l’obscurité totale qui me rassurait. Je veux croire que ces mêmes souvenirs les envahissent aussi, quand les doigts de Jimmy glissent le long de ma raie, quand Jim invoque son dieu dans un murmure, quand il attend un signe de son ami, son frère avant de me pénétrer, m’inondant de mots d’amour et enfin, enfin, sentir le gland brûlant de Jimmy à l’entrée de ce paradis que j’ai trop longtemps pris pour l’enfer.

Il se demande à mi-voix si dans mon sommeil, je pourrais percevoir le passage de sa petite bosse. Jim lui conseille de ne pas aller au-delà, d’aller et venir doucement, comme s’il voulait ne stimuler que son bourrelet. C’est ce que je ferais à ta place. Leur conversation reprend. Excitée et excitante.

– Pourquoi restes-tu immobile ?

– Parce que tes va-et-vient suffisent à me stimuler.

– Vraiment ?

– Vraiment.

– Et si j’arrête de bouger, tu bougerais à ton tour ?

– Oui

Jimmy s’enfonce un peu plus et se fige. Jim va et vient en moi. À la demande de Jimmy, il sort entièrement de mon vagin pour me pénétrer d’un coup de rein.

– Princesse aime tellement cette sensation…

– Blanche-Minette, tu veux dire…

– Non. Princesse. Blanche-Minette est notre consœur, Princesse, c’est notre femme.

– Notre femme ?!

Je sens l’émotion dans la voix de Jim et dans la crispation de sa main sur mon épaule. J’entends à peine la réponse de Jimmy parce que la main de Jim caresse ma joue et s’est arrêtée sur mon oreille. Je crois avoir compris qu’il est question de chambre conjugale qui est désormais aussi la sienne.

Jimmy reprend ses va-et-vient plus vigoureusement. Je dois faire un effort surhumain pour ne pas ouvrir les yeux. J’ai renoncé à ne pas onduler. Mes lèvres se posent sur le torse de Jim. Je sens le bout de ses doigts effleurer ma nuque. Ils plaisantent sur ma scarification rituelle, la tendresse de leur ton me fait chavirer. Je n’y tiens plus, j’ondule plus visiblement. Dans un sursaut aveugle, je me redresse pour embrasser la bouche de Jim. D’une voix évaporée, je prononce ces mots qui scellent notre union. Je fais le vœu qu’à chaque fois où dans mes rêves, deux princes, frères d’âme, me feront l’amour comme ils le font en ce moment, ils ne puissent résister à l’envie de transpercer ma peau de leurs dents puissantes, que leur morsure me sorte du sommeil et qu’à mon réveil, je les trouve à mes côtés, aussi comblés que je le serai.

Je fais toujours semblant d’être endormie. Jim demande à Jimmy s’il a bien compris ce qu’il a cru comprendre. Je sens son cœur battre à tout rompre. Jimmy le lui confirme. Mais où devrais-je mordre Princess ? Il lit la réponse sur mes lèvres plus qu’il ne l’entend. Où tu le souhaiteras.

Jim ne bouge plus. L’étreinte de Jimmy se fait fougueuse. Il se déchaîne en me suppliant d’attendre un peu avant de me réveiller. Je sens dans mes orteils les picotements annonciateurs de cet orgasme qui n’attend qu’une étincelle pour exploser. Les yeux toujours clos, je sais exactement à quoi ressemble le visage de Jimmy. Je le sais à sa façon de déglutir, aux gouttes de salive qui s’échappent de sa bouche malgré ses efforts pour les retenir. Son souffle s’approche de ma nuque. Je visualise sa langue affutant ses dents. Que j’aime quand son cri transperce ma peau aussi sûrement que ses crocs !

L’étincelle a fait exploser le premier orgasme, mais mon corps en veut plus. Jimmy le comprend. Il se retire et pendant que Jim se déchaîne à son tour, ses doigts prennent le relai. Je me demande s’il sent les va-et-vient de son ami, son frère qu’il encourage. Quelle folie s’empare de moi, qui me fait supplier Jim de me donner son plaisir à boire ?

– Il ne fait jamais contrarier une princesse endormie.

Jim suit les conseils avisés de son ami, son frère et tandis que ses doigts prennent eux aussi la place de son membre, il me baise la bouche comme si nos vies en dépendaient. Je jouis comme une chienne lubrique et je tète son sexe comme un nourrisson affamé. En se penchant pour enfin goûter au plaisir de me mordre, son membre s’enfonce si profondément que je perçois à peine le goût de son sperme. Comme Alain, il a cette faculté à jouir longtemps, à longs jets, ce qui me permet d’en profiter quand même.

Quand ses dents déchirent ma peau, je perds le contrôle de mes jambes que je sens remuer dans tous les sens, comme celles d’un pantin désarticulé. Jamais cette perte de contrôle n’a été aussi vive.

Jim sort de ma bouche, m’embrasse d’un baiser au goût métallique, celui de mon sang. Jimmy m’embrasse à son tour. Je me retrouve dans la position de départ, face à lui, Jim dans mon dos. Je m’étire, baille exagérément avant d’ouvrir les yeux. Je les regarde alternativement et, ingénue, leur fais part des bribes du merveilleux rêve que je viens de faire. Tendrement, Jimmy caresse ma joue en m’affirmant envier ma chance et demande à Jim s’il ne m’envie pas aussi.

La faim nous tenaille, mais nous devons attendre une bonne demi-heure avant de trouver la force de sortir du lit. De notre lit. Notre lit conjugal.

Après ce réveil charmant, Odette aura-t-elle la force de tenir sa promesse et de faire un tour sur le carrousel avec Linus ?