Le cahier de Bonne-Maman, la presse en parle aussi !

VendeurJournaux annonce Rosalie 666 pxJe mets ici les liens vers les articles et les critiques de mon deuxième roman autoédité « Le cahier de Bonne-Maman », si leur lecture fait naître en vous le désir de posséder Rosalie et ses amis, rien de plus facile, il vous suffit de cliquer sur ce lien et vous arriverez directement dans « La boutique à Palli » !

Maître Roger, oui, vous avez bien lu LE fameux Maître Roger m’avait déjà fait l’honneur de ma première interview (à lire ici), de ma première critique (à lire là) et bien figurez-vous que Maître Roger, le fondateur et rédacteur suprême de désinformations.com renouvelle cet honneur en publiant la première critique de mon second roman ! Pour la lire, rien de plus facile… il vous suffit de cliquer sur cette phrase… je l’avais déjà écrit, mais je le répète, y’a pas à dire, c’est quand même beau, la magie d’internet !

La charmante, souriante et gracieuse Charlie Fortenis de Charlieliveshow (je crois qu’elle est noble, d’où la particule 🙂 …) ne s’est pas contentée de faire une lecture d’un texte (et des poussières) extrait du Cahier de Bonne-Maman, donnant au passage souffle, corps et voix aux personnages, spécialement à Nathalie, elle a également fait une présentation flatteuse de ce roman.

Mais, Palli, comment fait-on pour lire les mots de Charlie et écouter sa voix ?

Ben, tu cliques sur cette phrase, Dugenou ! (je suis toujours avenante avec mon public)

Hier, alors que j’écrivais, au calme, la fin d’un texte des « Chroniques matrimoniales« , j’apprends qu’ Ève de Candaulie (purée, c’est fou le nombre de nobles qui figurent dans mon carnet d’adresse… 😉 !) a publié sur son blog une critique du « Cahier de Bonne-Maman », nous en avions parlé lors de notre entretien, je savais qu’elle avait aimé les personnages, mais je ne me doutais vraiment pas qu’elle ferait une critique aussi élogieuse de mon roman ! Merci, merci mille fois, Ève !

Puisqu’elle me l’a demandé, et que ce n’est pas la seule à l’avoir fait, j’en profite pour vous informer que j’autoéditerai également le troisième volet de cette saga « Les chroniques matrimoniales« . Je ne manquerai pas de vous tenir au courant.

Si vous souhaitez me contacter pour une interview ou plus d’amples informations sur mes romans, la façon dont j’écris, etc., n’hésitez pas à me contacter en remplissant ce formulaire.

Mes p’tites conneries inspirées par Rosalie et Monique

Je vous propose un florilège des derniers photomontages inspirés par les photos envoyées par mes lecteurs, auxquels s’ajoutent d’odieux détournements dont je suis l’auteure !

 

Voici la vidéo régulièrement mise à jour des photos que vous m’envoyez

Et voici cette autre vidéo de la couverture du Cahier de Bonne-Maman revisitée « à la façon de », vidéo dans laquelle je rends hommage à Charlieliveshow à qui je dois tant…

 

 

Le cahier de Bonne-Maman

Je suis heureuse de vous annoncer que « Le cahier de Bonne-Maman » est sous presse et qu’il sera bientôt disponible !

Couverture définitive du cahier de Bonne-Maman

Voici à quoi ressemblera la couverture. À ce propos, je tenais à remercier mon imprimeur et spécialement son maquettiste qui a fait un travail admirable. Si parmi mes lecteurs, mes lectrices se trouvaient des auteurs, des autrices dans ma situation, c’est-à-dire sans maison d’édition, je ne saurais que trop leur conseiller autres-talents.fr !

Tic-tac… tic-tac…

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Pour savoir combien de temps il reste avant la fin de la campagne de financement, cliquez sur ce lien

Tic-tac… tic-tac… le temps qui passe, vaste sujet ! Mais avant qu’il ne soit trop tard, vous pouvez participer à la campagne de financement que je viens de lancer sur Ulule, elle prendra fin quelques secondes avant la Saint-Valentin…

– Mais, in-femme Palli, pourquoi donc une nouvelle campagne de financement participatif ?

– Pour publier « Le cahier de Bonne-Maman », pardi ! Saperlipopette, voilà que je me mets à parler comme Rosalie !

Si l’aventure vous tente, cliquez sur cette phrase et d’avance merci ! 

Quelques mots d’explication

Mis à part le préambule et l’épilogue, tous les titres du cahier de Bonne-Maman sont ou bien des proverbes, ou bien des citations. En voici les clés :

À table comme en amour, le changement donne du goût est un proverbe provençal.

Là où il y a des filles amoureuses, il est inutile de verrouiller les portes est un proverbe niçois.

La liberté est au-dessus de toutes les richesses est une citation de Carlo Goldoni (Maximes et pensées – 1794).

Je ne saurais vous plaindre de n’avoir point de beurre en Provence, puisque vous avez de l’huile admirable est extrait d’une lettre de la Marquise de Sévigné du 16 mars 1672.

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères, des divans profonds comme des tombeaux sont les deux premiers vers du magnifique sonnet de Charles Baudelaire « La mort des amants » (Les fleurs du mal – 1857).

Le printemps est venu. Comment ? Nul ne l’a su sont des vers du poète espagnol Antonio Machado (1875-1939).

S’il n’y avait pas d’hiver, le printemps ne serait pas si agréable est la première partie d’une citation Anne Bradstreet (1612-1672).

Si nous ne goûtions pas à l’adversité, la réussite ne serait pas tant appréciée est la fin de cette même citation.

Jouis, il n’est pas d’autre sagesse ; fais jouir ton semblable, il n’est pas d’autre vertu est une citation d’Étienne de Sénancourt (1770-1846).

À la Sainte-Reine, sème tes graines est un dicton « agricole ».

L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’imagination est une citation extraite de la pièce de William Shakespeare « Le songe d’une nuit d’été ».

La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans l’amour est une citation extraite des « Nouvelles nourritures » d’André Gide (1935).

Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme est une citation de Colette (1873-1954).

 

Le cahier de Bonne-Maman – Épilogue

Ma toute petite, mon petiot,

Je vous ai raconté ces quelques souvenirs, parce que j’ai vu arriver au village une jeune parisienne, qui avait de belles étincelles d’effronterie dans les yeux et petit à petit, j’ai trouvé qu’elle me ressemblait bien, cette jeune parisienne… Surtout j’ai remarqué que cette jeune parisienne, comme la jeune normande que j’avais été, devenait au fil des jours un peu plus attachée à la Provence, à ce village et à certains de ses habitants, plus particulièrement au petit-fils de ma chère Nathalie.

Je me suis toujours battue pour la liberté, pour mes convictions, pour ne pas avoir à me justifier de mon mode de vie, de mes choix. Quand mes filles ont décidé de faire leur vie ailleurs, loin de ce qui est devenu mon pays, même si je regrettais leur conformisme, voire, le méprisais un peu, je n’ai jamais eu envie de leur imposer ma vision de la vie. J’aurais aimé qu’elles cherchassent à découvrir ce qui se cachait dans la mienne, mais elles n’ont jamais été bien curieuses, pas plus Léonie, ta tante, qu’Antonella, ta mère.

Quand je t’ai vue parler avec Christian et son cousin Jean-Pierre, mes tripes m’ont tout de suite appris ce qui vous unissait, alors quand j’ai entendu ton lit grincer, quand j’ai entendu leur voix, j’ai su que mes tripes ne m’avaient pas trompée.

Je sais bien que tu ne voyais en moi qu’une vieille bonne-femme, un peu fofolle par moment, avec de drôles de lubies, comment pourrais-je t’en vouloir ? Quelle est la personne qui verrait dans sa grand-mère la jeune fille, la femme qu’elle fut ?

« Nous aimions plus que tout le regard de nos hommes quand nous nous costumions en « dames de la haute »… ce regard plein de promesses sensuelles… »

J’avais peur de te brusquer en t’avouant tout à trac ces souvenirs, la Nathalie a eu une riche idée en me conseillant d’écrire ces pages, parce que si leur lecture devait te déranger, te troubler plus que de raison, tu pourrais refermer ce cahier et le rouvrir quand tu en aurais envie, quand tu serais prête, voire même l’oublier dans ce train qui te mènera loin d’ici.

Avant de terminer mon récit, je voulais te dire, une chose et vous en dire une autre, à toi et à ton Christian.

La première, c’est que plus le jour de ton départ approche, plus des paillettes de tristesse semblent ternir tes beaux yeux bleus. Tu n’as que vingt ans, nos vies ressemblent à une progression arithmétique. J’en avais seize quand j’ai quitté la Normandie pour la Provence, ta mère en avait dix-huit quand elle partit de son village pour Paris. Elle y a trouvé le bonheur, elle y a trouvé l’amour, elle y a fondé sa famille, tout comme j’ai construit la mienne ici. Si tu sens, au creux de ton ventre, au fond de ton cœur que la tienne est ici, n’hésite pas, reste parmi nous. La maison est assez grande pour t’y accueillir et elle a tant d’amour à t’offrir !

Mais si tu fais ce choix, il faut que je t’écrive clairement ce que tu as peut-être déjà deviné. Nous formions un drôle de « couple » puisque nous le formions à quatre, j’étais la femme de ton papé tout autant que Nathalie l’était, Nathalie était la femme de son Toinou tout autant que je l’étais. Si tu choisis de faire ta vie avec Christian, comme vos sourires, vos regards, vos soupirs le laissent présager, je dois vous dire que je n’ai jamais su qui était réellement le père de mes filles, les deux ont hérité de ma blondeur, de mes gènes normands, si j’avais enfanté des garçons, l’évidence aurait été peut-être plus… évidente ! Mais la vie est souvent facétieuse… des deux fils de Nathalie, un au moins est celui de Toine, qu’est-ce que nous riions en le voyant barboter tout nu aux côtés de son grand frère ! La différence était flagrante, mais c’est ce frère aîné qui est le père de Christian… alors, pour lui comme pour mes filles, le doute subsiste.

Nous jugeons plus honnête de vous en avertir, mais surtout que ça ne vous empêche nullement de vivre votre amour ni même de faire des enfants, j’ai trop usé mes yeux dans les registres pour pouvoir vous affirmer que votre, vos enfants ne seraient pas tarés quand bien même auriez-vous un grand-père commun.

Ma petiote, ma Monique, tu vas bien me manquer, mais je sais que nous nous reverrons sous peu puisque j’ai cru comprendre que tu viendrais à la Toussaint, sous le prétexte délicieusement fallacieux de fleurir la tombe de ton grand-père ! Je voudrais que la vie t’offre tout le bonheur qu’elle m’a offert et te conseiller de le lui voler si jamais elle te refusait ce cadeau !

Si tu lis ces mots, j’aimerais que tu les partages avec ton Christian, mais si tu ne le souhaites pas, agis à ta guise. Sois la maîtresse de ton destin, et si tu commets des erreurs, ne les regrette pas, assume-les, mais ne les regrette pas. C’est à ce prix qu’on obtient la liberté. N’oublie jamais que, comme l’écrivait Kropotkine, « Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent ».

Nathalie se joint à moi pour te serrer contre nos cœurs, pour vous prendre, toi ma petiote et toi mon petiot, dans nos vieux bras qui ne sont pas si faibles qu’il y paraît.

Ta Bonne-Maman, la Rosalie

Le cahier de Bonne-Maman — « Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme »

J’ai commencé à trouver étrange le comportement de Nathalie peu après l’arrivée du printemps. Elle semblait toujours lasse et quand je lui demandais ce qui la tracassait, elle me répondait « Rien, mais je n’ai goût à rien. Je voudrais dormir, dormir et dormir encore », à peine le temps d’en être inquiète, elle avait retrouvé tout son entrain. Et quel entrain !

Et puis vint le week-end pascal. Toine était arrivé le premier à la maison, ce dimanche 4 avril, et il remplissait le tronc de petits papiers sur lesquels il avait inscrit « la figure Rosalie », quand je lui demandai quelle mouche l’avait piqué, il me répondit

C’est en remplissant le tableau que j’ai eu cette idée

Valentino lui avait envoyé une lettre lui demandant de l’inscrire pour toutes les tâches de menuiserie, mais aussi celles de plomberie, de maçonnerie…

Il faudra lui expliquer qu’il n’a pas besoin d’alibi pour passer du temps avec moi !

Mais j’étais touchée de cette attention et très excitée à l’idée de le revoir, il avait dû accepter un chantier bien éloigné de la Provence, parce qu’une telle occasion ne se présentait pas souvent… deux mois loin de ses bras, deux mois sans nos baisers, deux mois sans ses « Rosalina », sans ses « Rosalinetta », deux mois sans nos corps à corps… La brûlure de son absence se réveillait maintenant que je savais que nous nous reverrions sous peu…

Mais qu’est-ce qu’ils fichent ?

Pierrot et Nathalie étaient en retard à notre rendez-vous hebdomadaire. Je regardais le corps de Toine, déjà nu, son impatience faisait plaisir à voir ! Feignant de lui accorder une faveur, un prix de consolation, je m’assis à côté de lui, détachai négligemment mon chignon, pris ­–l’air de rien– une mèche de mes cheveux, en entourai son sexe et commençai à le branler, en lui parlant de tout et de rien, puis petit à petit, de ce que j’aimerais que nous fassions, lui et moi, si nous devions nous passer de la présence de Pierrot et de Nathalie. Il sourit et tournant le regard vers la cuisine

Tu me rends amoureux du beurre, Bouton d’Or !

Nous riions de bon cœur, notre complicité nous ravissait autant l’un que l’autre. Enfin, Pierrot et Nathalie firent leur entrée.

C’est pas trop tôt ! On se demandait si vous viendriez !

Ne vous en prenez pas à moi, mais à mademoiselle ! Elle voulait aller se confesser et j’ai dû… lui faire changer d’avis…

Tu voulais… aller à confesse ? Parce qu’on est le dimanche de Pâques ?

Non, Rosalie, mais… peut-être un peu oui… je ne sais pas… Je n’ai jamais été comme ça ! L’envie de sexe me réveille au milieu de la nuit… Je me soulage… je me rendors… et l’envie me réveille encore ! Je ne pense qu’à ça…

Viens me voir, Pitchounette dans ces cas-là ! Je saurais te soulager, si tu venais me voir !

Mais tu travailles à la ville, mon Toinou !

Parce que ça te prend aussi dans la journée ? !

Je vous l’ai dit ! Je suis possédée ! Ça me prend tout le temps ! Je ne pense qu’à ça… tiens, regardez donc ! Rien que de vous voir, je suis toute échauffée… ! Comme si je ne l’avais pas fait depuis des jours…

Il n’y a pas de temps à perdre, alors, ma Pitchounette ! Tiens, à toi l’honneur… que ta main innocente nous indique…

Je ne levai même pas les yeux au ciel, Nathalie pêcha un petit bout de papier. « La figure Rosalie ». Nous fîmes tous semblant d’en être étonnés. Nathalie s’allongea en travers du lit, ses jambes outrageusement écartées, livraient son sexe à notre vue, il palpitait de désir tout en coulant de la semence que Pierrot y avait déversé quelques minutes plus tôt.

Pierrot s’excusa de devoir me faire attendre un peu, Toine plaisanta sur la capacité de son gros goupillon à extirper le mal qui consumait Nathalie. Quand il la pénétra, elle gémit de plaisir et lui demanda de la brusquer un peu…

Je vous veux tous les trois… je vous veux tous les trois !

Je me mis à califourchon sur son visage, elle me dévorait le minou avec art et gourmandise, de nous regarder ainsi excita davantage Toine, et Pierrot commença à retrouver toute sa vigueur, il caressa la poitrine de Nathalie d’une main tout en se masturbant de l’autre. Quand sa main toucha les seins de Nathalie, elle me téta le bouton avec une avidité accrue, même si elle n’avait pas crié, j’aurais su, nous aurions su la force de son orgasme. Toine avait les yeux rivés sur ma toison et caressait Nathalie, comme il aurait eu envie de me caresser.

Que nous avons aimé ce dimanche pascal ! Nous faisions l’amour, chacun notre tour, à Nathalie, qui nous remerciait à chaque fois avec plus d’ardeur, plus de tendresse.

Le sommeil se saisit d’elle brutalement. La journée s’était écoulé à toute vitesse, il était déjà l’heure de dîner, pour une fois tous les quatre, mais Nathalie dormait profondément.

Nous la laissâmes dans les bras de Morphée et allâmes dans la cuisine pour manger un peu. Me voyant sortir la petite motte de beurre, Toine plaisanta avec Pierrot sur la façon dont je m’arrangeais pour le leur faire apprécier. Je riais avec eux, quand Toine se plaignit de souffrir du même mal que Nathalie.

Oh fatché ! Je bande encore ! Oh, mais regardez-moi comme penser à ma grosse queue dans le cul de la Rosalie me fait de l’effet !

Tu parles de travers, Toine… ce n’est pas ça qui te fait bander…

J’avais laissé ma phrase en suspens, pour les titiller un peu.

… ce qui te fait bander, c’est la bonne odeur du beurre, sa douceur… tu sais quand je fais..

Je pris un bon morceau de beurre et du bout des doigts en tartinai le sexe de Toine, surtout son gland… Quand il était très excité, Toine avait tendance à saliver plus que de raison… Quand je sentis une goutte de salive tomber sur mon avant-bras, je levai les yeux vers lui…

C’est appétissant, n’est-ce pas ? Moi, je ne peux pas y résister…

D’une langue gourmande, je retirai tout le beurre que je venais de mettre sur la verge de Toine. Il jouait avec mes cheveux en me disant combien il aimait faire ce que nous faisions, combien voir Pierrot se branler en admirant le spectacle l’excitait davantage. Je fis semblant de réaliser la présence de mon amoureux et abandonnai Toine pour aller le retrouver et lui enduire à son tour le sexe de beurre.

Prise à mon propre jeu, je passais de l’un à l’autre, m’enivrais de toutes ces sensations, de leurs mots de plus en plus crus, des miens qui le devenaient aussi, de leurs caresses… enfin, n’y tenant plus, je suppliai Toine.

Fais-le ! Fais-le moi enfin… !

Que je te fasse quoi ?

Prise par je ne sais quelle furie sensuelle, je le bousculai, l’obligeant à s’asseoir sur une chaise, enduisis mon derrière et son gland de beurre et m’empalai d’un coup sur sa verge dressée.

Oh, Bouton d’Or !

Oh, ma Rosalie !

La surprise les avait cueillis tous les deux et leur voix s’étaient mêlées dans ce cri. J’avais éprouvé autant de plaisir que de douleur, mais je voulais l’éprouver encore. Je me relevai et m’empalai de nouveau.

D’un ton qui ne m’était pas coutumier, j’ordonnai à Pierrot de s’asseoir sur l’autre chaise, aux côtés de Toine. Ils comprirent immédiatement. Je passai de l’un à l’autre, en les suppliant de ne pas arrêter de commenter, de parler de moi ainsi… Quand Toine jouit, Pierrot se releva et prit « la direction des opérations » comme il aimait à le dire. Il demanda à son ami de s’asseoir sur la table, d’offrir sa queue à ma bouche, écarta mes fesses et me sodomisa avec une rage que je ne lui avais jamais connue avant.

Apaisés, nous dînâmes avant de rejoindre Nathalie toujours endormie. Nous aimions beaucoup l’étroitesse du lit qui nous obligeait à dormir au plus près les uns des autres. J’eus un sommeil agité cette nuit-là, peuplé de rêves où des démons venaient me posséder, des démons qui ressemblaient fort à Pierrot, à Toine, à Valentino et à quelques autres comparses.

Les baisers de Nathalie me réveillèrent. Toine allait et venait en elle, brutalement, me semblait-il. Je savais reconnaître cette lueur dans son regard. Regarder sa promise me faire jouir de sa bouche, pendant qu’il lui faisait l’amour l’excitait énormément, le faire au réveil, après avoir passé la nuit tous les quatre était plus que rare à cette période de notre vie, alors il voulait en jouir pleinement. Pierrot se réveilla, un magnifique sourire aux lèvres et commença à caresser les seins de Nathalie qui en cria de plaisir.

À ton tour, Pierrot ! Cette créature aura ma peau… !

Si c’est pour rendre service… tu me connais, je ne laisserais jamais un collègue dans l’embarras…

Il fut surpris de trouver le sexe de Nathalie à la fois si étroit et si souple et tellement chaud.

T’as la fièvre du minou, ma Nathalie !

Elle me dévorait le minou, mais ses baisers devenaient trop ardents pour mon bouton. Toine me souleva, m’allongea en travers du lit, de telle sorte que mon visage reposait sur le ventre de Nathalie. Pierrot lui caressait les seins, quand Toine me pénétra d’un coup, de tout son long. Sans qu’aucun son ne sorte de sa bouche, il articula « Tes cheveux… tes cheveux ! », alors, j’en pris une mèche et lui fouettai les cuisses, les reins. Toujours sans émettre aucun son, il m’en remercia et arrangea artistiquement d’autres mèches sur le corps de Nathalie.

Nous enchaînâmes les figures, en inventant au passage, puis, comme la veille au soir, Nathalie s’endormit brutalement. Nous la laissâmes se reposer, et comme la veille au soir, nous rejoignîmes la cuisine pour déjeuner.

Aucun de mes amis provençaux n’appréciait la cuisine au beurre, mais je ne pouvais pas me résoudre à manger une côtelette d’agneau frite dans de l’huile. Je fis comme à mon habitude, deux poêlées, la mienne et la leur. J’étais en train de les servir quand Nathalie entra dans la cuisine. Je ris en la voyant essuyer ma poêle avec un morceau de pain avant de le porter à sa bouche.

Pour quelqu’un qui n’aime pas le beurre fondu…

Je ne sais pas pourquoi, mais j’en avais une de ces envies… Non ! Je t’en prie, ne fais pas cuire ma côtelette dans l’huile… rien que d’y penser…

Elle fit une moue de dégoût qui nous amusa tous.

Nous venions de finir de manger quand nos invités toquèrent à la porte. Pierrot leur ouvrit « Bienvenue à l’amicale des anciens combattants ! ». Nous nous connaissions tous assez pour avoir nos habitudes. Une d’elles était que nous n’embrassions Bouche Divine qu’en dernier, parce que ses baisers… ses baisers étaient la promesse de tant de plaisirs que nous n’aurions prêté aucune attention aux autres comparses si nous l’avions embrassé en premier.

Nous nous connaissions assez pour qu’aucun n’ait à rougir de ses « manies », par exemple, Gentil Coquelicot s’était découvert un plaisir qui lui était propre, mais n’avait pas hésité bien longtemps avant de nous en parler. Ce qui l’aidait à se mettre en condition pendant nos étreintes collectives, était d’avoir l’une de nous deux allongée sur son ventre pendant qu’elle se faisait prendre par un autre homme. Il en devenait écarlate de désir, ensuite, il nous « ravageait » l’une après l’autre, en nous inondant de mots doux prononcés comme des insultes.

Nous avions tous parfaitement conscience qu’il ne pouvait partager cette particularité qu’avec des personnes en lesquelles il avait une confiance absolue.

Le plaisir de Neuneuille était de nous observer sous toutes les coutures, mais aussi et surtout de nous palper, de nous fouiller, avant, pendant et après l’amour. Barjaco s’étourdissait de ses bavardages, à chaque fois qu’il constatait qu’un mot nous faisait réagir, il en prenait plus de plaisir encore.

Bouche Divine était secrètement amoureux de moi, secret qui avait fait long feu dès le début tant il était évident. Il appréciait que Pierrot ne lui en tint point rigueur. Plus tard, avec la même passion mêlée de désespoir qu’il était tombé amoureux de moi, il tomba éperdument amoureux de Nathalie. Puis, à nouveau de moi. Puis de Nathalie. Il n’a jamais été amoureux de nous deux en même temps, mais je crois que c’est parce que ça l’arrangeait bien, finalement.

Quand il était amoureux de moi, il aimait « se venger » de mon « infidélité » en se surpassant quand il faisait l’amour à Nathalie, plus elle se pâmait, plus il répétait « Je pourrais le faire à Rosalie si elle acceptait de ne plus coucher avec d’autres hommes que moi ! » et comme pour mieux me faire regretter ma « conduite », il l’embrassait avec tout son don. Il lui suffisait d’être amoureux de Nathalie pour que je bénéficie de ses prouesses.

En ce lundi de Pâques, Nathalie s’impatientait des politesses d’usage. Elle s’approcha de Neuneuille et lui glissa quelques mots à l’oreille. Il lui répondit par un sourire et glissa une main sous son jupon. Nous la regardions onduler en psalmodiant « Encore… plus fort… encore ! », avant de nous préoccuper de nous-mêmes.

Toute occupée à enfiler la capote sur le sexe de Bouche Divine, je ne remarquai pas que Nathalie s’était approchée de nous « Pardon, Rosalie, mais… ». Elle allait et venait sur lui, concentrée sur le plaisir qu’elle volait. Enfin, elle ne le volait pas vraiment, mais elle le prenait sans se demander si elle en offrait en retour, ce qui n’était pas dans ses habitudes.

Allongée sur Gentil Coquelicot, je me laissais aller aux caresses de Neuneuille. Barjaco riait de voir Nathalie se déchaîner, quand il lui en fit la remarque, elle répondit :

Je suis possédée, c’est sûr, maintenant !

Qué « possédée » ?

J’ai toujours envie… ça me réveille la nuit… ça me travaille le jour… au plus je le fais, au plus j’en ai envie…

Heureusement qu’elle dort beaucoup… sinon, on serait morts!  C’est pas une vie, je te le dis !

La mauvaise foi de Toine était absolue, mais moins que celle de Pierrot !

Et c’est pas le plus grave ! Figure-toi qu’elle est passé dans l’autre camp… celui de la… (mimant exagérément l’écœurement)… de la cuisine au beurre ! Alors que l’huile…

Nathalie plissa son joli nez, un air de dégoût froissa son minois.

Tais-toi Pierrot… rien que de penser à l’odeur de l’huile…

Barjaco se leva d’un bond, tendit la main à Nathalie, s’excusa auprès de Bouche Divine « Tu permets ? »

Allonge-toi sur la table et écarte les cuisses… laisse faire le docteur…

Il la pénétra de ses doigts, comme pour l’ausculter, il avait un air très sérieux. Nathalie frémit davantage quand il caressa sa poitrine qu’il regardait d’un œil expert.

Boudiou, coquine ! Tu n’es pas possédée, mais tu l’as été pour sûr ! Mets-toi à quatre pattes que je te prenne un peu…

Nathalie s’exécuta, le corps vibrant d’impatience, tandis que Barjaco enfilait sa capote. Il la pénétra, attentif à ses sensations.

Fatché ! Comme c’est bon de prendre une femelle quand elle est pleine… !

Pendant quelques instants, nous fûmes tous frappés de stupeur. Barjaco nous houspilla pour la forme.

C’est bien la peine d’être paysans pour ne pas reconnaître les signes…

Il énuméra, tout en continuant ses va-et-vient

Le feu au cul, le sommeil qui assomme, le dégoût de… serre plus tes cuisses, boudiou !… le dégoût de ce qu’est bon… les nichons fiers comme deux Artaban et sensibles et frémissants comme le cul d’une pucelle sous les mains d’un homme… le petit con souple, chaud et accueillant… elle est pleine, j’vous dis !

Puis s’adressant directement à Nathalie

C’est quand que t’as saigné la dernière fois ?

Je… ooohh… je… ooohh… je ne sais… ooohhh… j’ai oublié… ooohh… !

Nathalie essayait de s’en souvenir, mais Barjaco ne cessait de la houspiller.

Mais serre donc les cuisses, bougresse ! Tends ton derrière ! Mieux que ça ! C’est ça que tu veux ?

Tout en allant et venant dans son vagin, il la pénétra non pas d’un, mais avec deux de ses doigts.

Oh ! Fan de Diou ! Ça remonte à la Sainte-Martine !

Messieurs, retenez la leçon ! Rien ne vaut deux doigts dans le cul pour faire retrouver la mémoire à une femelle !

Fier de sa bêtise, il éclata d’un rire tonitruant.

Ainsi donc, Nathalie était enceinte ! C’était arrivé le dimanche que j’avais passé avec Valentino, juste avant son départ si loin de moi…

En fin d’après-midi, nos invités partis, nous évoquâmes la régularisation de notre situation. Puisque le mariage devenait urgent, je voulus délier Nathalie de sa promesse.

Je n’aurai jamais l’accord de mes parents, de toute façon…

Nathalie entra dans un de ses rares, mais légendaires courroux. Le visage empourpré de colère, elle tapa du pied par terre et du poing sur la table

On a dit une double-cérémonie, ce sera une double-cérémonie ou rien du tout !

Pour l’apaiser, Toine me conseilla d’écrire une autre lettre à mes parents. J’éclatai en sanglots, me levai, ouvris le tiroir du buffet et lançai quatre enveloppes sur la table. Toine et Pierrot les prirent, les mains tremblantes de rage, de surprise, de peine aussi. Elles n’avaient pas même été ouvertes, la mention « Refusé – Retour à l’envoyeur » à l’encre rouge barrant leur adresse.

Pourquoi ne pas nous l’avoir dit, Bouton d’Or ?

La tête entre les mains, je pleurais à chaudes larmes.

J’ai tellement honte… À cause de moi… Nathalie…

À cause de toi ? ! Mais, ma Rosalie, ce n’est pas ta faute si tes parents sont des cons !

Ne pleure pas, Bouton d’Or, je vais demander à mon père, s’il n’y aurait pas…

NON ! Le notaire a été très clair sur ce point, hein mon Pierrot ? Sans l’autorisation de mes parents… même si j’étais majeure, j’en aurais eu besoin…

Toine raccompagna Nathalie chez elle puisque Pierrot avait tenu à rester à mes côtés. Il passa la nuit à me consoler, à me demander d’avoir confiance, que tout allait s’arranger. J’enviai son optimisme. D’avoir tant pleuré m’avait épuisée, je m’endormis comme une masse.

Le lendemain matin, le père de Toine m’accueillit en me demandant si je pouvais lui rendre un petit service. En tant que maire, il avait un courrier officiel à envoyer, il l’avait déjà rédigé, mais pensait qu’il ferait « plus officiel » s’il était dactylographié. Or, il ne savait pas taper à la machine, pourrais-je lui rendre ce petit service ? Comment aurais-je pu le lui refuser ? Il me tendit la lettre, je la lus.

Vous pensez vraiment ça de moi ? Vous n’exagérez pas un petit peu, tout de même ?

Non, Rosalie, je suis même en-dessous de la réalité !

J’éclatai de rire et de sanglots en même temps… Ainsi, dès mon arrivée au village, j’avais agi comme une héroïne, j’avais pris en charge la classe des petits tant que l’instituteur était sur le front. Puis, au retour des combattants, j’avais su écouter leur peine et leurs tourments et grâce à mon comportement leur éviter de sombrer dans l’alcoolisme. Ainsi, la vie avait repris son cours normal, celui qu’elle n’aurait jamais dû cesser de suivre sans cette saignée.

Un de ses administrés voulait tenir la promesse qu’il m’avait faite quand il se battait pour la France, mais l’attitude de mes parents le lui interdisait. Ma réserve et ma pudeur naturelle m’avaient interdit d’en parler avant et c’est tout à fait par hasard qu’il avait appris ma situation.

La lettre se terminait par un « Je vous demande votre soutien, en tant que premier élu de votre ville aidez ce jeune homme à tenir parole, il ne supporterait pas qu’on le prenne pour un menteur, cela lui serait plus insupportable que ces longues années passées au front. Je vous en conjure, allez trouver les parents de Rosalie et tentez de les convaincre. »

Il signa la lettre et me sourit en apposant le cachet officiel de la commune.

Et d’une !

Comment ça « Et d’une » ?

Si tes parents sont aussi obtus qu’il m’y paraît, je pense qu’il faut les attaquer de toutes parts. Et puis, si Nathalie refuse le mariage à mon Antoine… Je ne veux pas que mon petit-fils, ma petite-fille apparaisse comme un enfant illégitime dans les registres… Nous avons mis au point un ordre de bataille. On va les attaquer sur trois fronts et je suis sûr qu’ils céderont !

Sur trois fronts ?

C’est une question d’honneur qui les a fait te renier, n’est-ce pas ? Selon eux, leur nom a été sali par ta conduite, n’est-ce pas ? Et bien, il est grand temps que ce soit la leur qui le salisse. J’ai téléphoné au père de Marie-Louise, à l’heure qu’il est, il a contacté son notaire, qui contactera celui de Coutances pour préparer les papiers, et il s’est engagé à payer l’addition « C’est bien le moins que je puisse faire pour Rosalie, sans elle, j’aurais dû revendre mon bien, mon affaire ». Son notaire expliquera la situation, sans rien omettre de ce que tu as fait pour Charles et lui aussi évoquera la dette d’honneur qu’il a vis-à-vis de toi ! Crois-moi, quand ceux que toi et mon fils appelez « les puissants » se piquent d’obtenir quelque chose, ils l’obtiennent !

Je le regardais, éberluée, il se donnait tant de mal pour moi, parce que je savais que la grossesse de Nathalie était le prétexte qu’il invoquait pour que je ne puisse refuser. Il a toujours eu cette façon de procéder, quand il faisait un cadeau, quand il accordait une faveur, il se débrouillait toujours pour nous donner l’impression qu’on lui rendait service en l’acceptant.

Je marmonnai un « Merci, merci beaucoup » quand il me dit

Tu ne sais donc plus compter ?

Levant le pouce, il annonça « le courrier du maire », levant l’index « le courrier du notaire » et il me regarda comme un maître d’école attendant une réponse.

Le troisième front ! Quel est le troisième front ?

Ah quand même ! Antoine aurait été vexé que tu ne me posasses pas la question ! Et bien, figure-toi que le troisième front vient de l’Amicale des Anciens Combattants ! Pourquoi rougis-tu ?

Qu’est-ce que c’est cette histoire ?

Toine a battu le rappel des anciens combattants du village, et ils ont décidé d’écrire, à leur tour, avec leurs mots, une lettre à l’amicale des anciens combattants de Coutances, pour expliquer ta situation et leur demandant de tenter de convaincre tes parents, et s’ils n’y parviennent pas, de faire paraître un avis dans le journal local racontant, en les nommant, la conduite de tes parents pour leur faire honte.

Je ne saurais dire quel argument a le plus porté, mais le fait est que dans le mois qui suivait, monsieur le maire recevait un courrier du notaire de Coutances auquel était joint le consentement parental à mon mariage.

Nous aurions donc pu nous marier avant même le début de l’été, mais comme le souhaita Nathalie « Puisque de toute façon, ça se verra que j’ai fêté Pâques avant les Rameaux, je propose qu’on se marie le 4 septembre, le jour de la Sainte-Rosalie ! ».

Je n’aurais jamais osé espérer une plus belle noce que celle que nous vécûmes ! Tout le village était présent, il y avait aussi Marie-Louise avec son bambin dans les bras, Charles à ses côtés, leurs parents, tous nos amis à l’exception de Valentino qui craignait de ne pas se sentir à sa place dans cette fête.

Il est temps pour Bonne-Maman de refermer le cahier et d’expliquer à Monique pourquoi elle l’a écrit.

Le cahier de Bonne-Maman — « L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’imagination »

J’avais ouvert ma « malle aux trésors » et nous en vidions le contenu en nous apostrophant joyeusement. Marie-Louise s’était montrée plus que généreuse en m’offrant toutes ces merveilles. Extirpant une drôle de veste, Toine me demanda « À ton avis, qui a joué le rôle du chasseur ? ». J’étais la seule, avec lui, à connaître les membres de cette famille, Pierrot et Nathalie attendaient ma réponse, mais j’avais beau me creuser la tête, je ne parvenais pas à imaginer un homme de cette maison bourgeoise acceptant d’endosser cet accoutrement.

Par jeu, Toine l’enfila, en l’ajustant, il eut un regard surpris, plongea la main dans une des poches, en sortit ce que je pris pour une page arrachée d’un livre.

Qui, parmi vous croit aux coïncidences ?

Nous nous interrogeâmes du regard. Personne. Un étrange sourire aux lèvres, il prit une intonation théâtrale pour déclamer, en tenant la feuille exagérément loin de son visage, le bras tendu devant lui, l’autre main, faisant des sortes de moulinets

Fées, répandez partout
La rosée sacrée des champs ;
Et bénissez chaque chambre,
En remplissant ce palais de la paix la plus douce

D’une petite voix un peu hésitante, Nathalie brisa le silence qui s’était abattu sur la maison

Des fois, j’y crois un peu… aux coïncidences… parce que des fois… je ne m’explique pas tout… mais comme tu n’y crois pas, alors je préfère ne pas y croire, mais…

Que me dis-tu là, Pitchounette ?

Comme tu n’y crois pas… que tu dois avoir raison…

Ayant retrouvé tout son sérieux, il la prit dans ses bras.

Mais que tu y croies ou que tu n’y croies pas, ça ne changera pas l’amour que je te porte, ma Pitchounette ! Comment puis-je défendre la liberté de penser si je t’impose la mienne ? !

Je ne sais pas… mais si tu n’y crois pas… tu es plus savant que moi… Mais des fois… tu vois, il y a des choses que je ne m’explique pas… alors, je me dis que c’est… le destin… ou… Comment tu dirais, toi, pour ces mots que tu as trouvé justement aujourd’hui ? Comment tu dirais ?

Je ne sais pas ! Une chance ! La chance de sentir, là… tout au fond de moi à quel point je t’aime ! La chance de tenter de te convaincre de ne pas renier celle que tu es pour me plaire, parce que tu me plais telle que tu es, Pitchounette… telle que tu es… C’est toi que j’aime, toi, Nathalie, la femme que tu es, je ne veux pas d’un tas de glaise que je modèlerais à ma guise… Je veux que tu… Oh… je t’aime, ma Nathalie, je t’aime !

Blottie dans les bras de Pierrot, je les regardais heureuse, émerveillée, chancelant de bonheur quand il me murmura dans un baiser sur ma nuque « Je t’aime tout autant qu’il l’aime, tu sais… »

Je ne saurais dire combien de temps a duré ce moment de bonheur serein, ce moment où tout avait été dit, ce soulagement, cet apaisement, peut-être n’a-t-il duré que quelques secondes, quelques minutes, peut-être plus. Nous étions silencieux, unis.

Et puis, la réalité, notre réalité est remontée à la surface. Toine s’est assis sur le canapé, a invité Pierrot à s’asseoir à ses côtés et a relu le quatrain.

Tu peux le redire encore, Toinou ? Je trouve ça très beau !

Oui, c’est vrai, c’est très beau ! C’est une pièce de théâtre, un opéra ou un poème ?

Toine retourna la feuille de papier

C’est tiré du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare…

Puis voyant nos mines, il demanda

Vous ne connaissez pas Shakespeare ?

Il ne se moquait pas de nous, lui seul avait poursuivi ses études après le certificat d’études, Pierrot, Nathalie et moi étions des enfants de paysans, après l’école obligatoire, nous avions travaillé à la ferme. Il le savait et avait conscience de sa chance d’avoir pu aller au collège.

Roméo et Juliette… vous connaissez ? C’est de lui, c’est de Shakespeare…

Nous connaissions l’histoire, mais n’avions ni lu, ni vu la pièce.

Comment tu dis, Toine ? « Shakespeare » ? Je croyais que ça se disait…

Quelques semaines plus tôt, le père de Toine avait reçu une malle pleine de vieux livres. Ne sachant qu’en faire, il avait décidé d’en faire don à l’embryon de bibliothèque municipale qu’il avait créée. Il n’y avait pas de locaux à proprement parler, mais des étagères inutilisées dans la grande salle de la mairie. C’était là que trônaient fièrement la dizaine de romans de notre bibliothèque. Il m’avait demandé de ranger les livres de cette fameuse malle sur ces rayons et parmi eux, plusieurs pièces de théâtre de Shakespeare, dont « Roméo et Juliette ».

Tu croyais que ça se disait… ?

Je te préviens, si tu te moques de moi… je te préviens ! Si tu ris… gare à toi !

Promis !

Je croyais qu’on disait « Chat qu’espère »… t’avais promis, Toine ! T’avais promis…

Je ne me moque pas, mais… « Chat qu’espère »… c’est… tu sais c’est très poétique, Bouton d’Or…

Je faisais un peu la moue, vexée sans l’être tout à fait. Nathalie, solidaire, annonça.

Pour ta peine, on va t’attacher à une chaise et tu devras regarder tes trois couillons préférés se donner du plaisir… hein qu’on va faire ça ?

Pierrot, ravi de l’aubaine approuvait vigoureusement de la tête, tandis que Toine faisait semblant de ne pas être content de la tournure des événements.

Les cordes de chantier que nous possédions ne convenaient pas, mais Pierrot trouva de vieux bouts de ficelles dans une caisse à outils. Le temps de nous retourner, Toine était déjà nu !

Ho gari ! T’as pas l’air de redouter ta punition !

Attache-le donc à la chaise pendant que Nathalie et moi nous changeons… et mets cette tenue, nous revenons tout de suite !

Nathalie avait choisi cette robe de bergère d’opérette qui lui avait tant plu samedi soir, quant à moi, je décidai d’utiliser de nouveau la robe que je portais le matin même. J’aimais beaucoup ce sentiment de me sentir plus impudique habillée que nue. Sentiment tout à fait nouveau pour moi.

Nous allâmes mettre nos costumes dans la chambre qui donne sur le jardin. Que Nathalie était belle ainsi costumée ! Nous entendions leurs éclats de rire. Pierrot se plaignait d’avoir l’air couillon et Toine, au lieu de le rassurer, riait de plus belle en lui reprochant d’avoir trop serré les liens.

À mi-voix, nous mîmes au point notre première mise en scène, nous improvisant tour à tour costumières, accessoiristes, dialoguistes… C’est Nathalie qui eut l’idée de ceindre mon front d’une couronne de fleurs. De longues années passées à veiller sur des troupeaux nous avaient conféré habileté et rapidité dans cet art.

Afin de ne rien dévoiler de notre « plan secret », nous enjambâmes la fenêtre pour aller chercher de quoi la confectionner. Le temps de revenir dans la chambre, il ne restait déjà plus à Nathalie qu’à la nouer avant de la poser sur mes cheveux coiffés en un chignon très lâche, un chignon « à la sauvage » comme nous les nommâmes par la suite…

Nathalie, les joues rougies d’excitation, me précéda dans la salle à manger. J’entendis son rire surpris qu’elle avait du mal à contenir.

Hé, monsieur le chasseur ! Vous me voyez bien dans l’embarras… Je dois mener mon troup…

J’imaginai son air courroucé, les poings sur ses hanches quand elle s’interrompit pour tancer le Toine « Descessa de rire, Toinou ! »

… je dois mener mon troupeau et j’ai perdu ma badine… Ah… si seulement une bonne fée venait à passer par là…

J’improvisai un petit pas sauté, ouvrant les bras comme je l’avais vu faire une fois, dans mon enfance, quand j’avais assisté à un spectacle à Montchaton.

Ai-je bien entendu ? Une bergère m’aurait appelée à son secours ?

Bien que je l’aie toujours nié, je dois reconnaître que mon Pierrot était bien ridicule dans cette tenue de chasseur d’opérette, les bras ballants, la bouche grande ouverte et le regard ahuri, mais je n’en laissai rien paraître.

Mais, petite étourdie, qu’as-tu fait de ta badine ?

Je l’ai égarée, Madame la Fée… sauriez-vous la retrouver ?

Hélas… je ne le puis, mais si tu suis mon conseil, tu en feras apparaître une autre…

Je fis semblant de lui chuchoter un secret à l’oreille, tout en l’aidant à dénouer son corsage, sa poitrine en jaillit, conquérante. Faisant mine de vouloir la faire pigeonner, je la caressai, sachant l’effet que mes gestes produiraient sur Pierrot et aussi sur Toine.

Voilà qui est fait ! Que cette journée te soit douce, jolie bergère !

Nathalie fit semblant de chercher du regard…

Mais… bonne Fée… je ne la vois point !

Ouvre grands tes yeux, jolie bergère et regarde !

Déboutonnant Pierrot, lui arrachant presque ce pantalon ridicule, je désignai son sexe gonflé, tendu, dressé. Nathalie, jouant la surprise, s’approcha de lui, s’agenouilla, le caressa du bout des doigts, comme si elle le découvrait.

Mais quelle étrange badine… si douce… si chaude… comme vivante… je n’en ai point vu de semblable de toute ma vie ! Quelle étrange badine…

Jolie bergère, apprends qu’on l’on doit la nommer…

Je me retournai pour regarder Toine droit dans les yeux

… que l’on doit la nommer « verge »

Toine ne put empêcher ses joues de s’empourprer, mais se reprenant aussitôt, il m’adressa un clin d’œil complice.

Comment l’appelez-vous ? « Vierge » ?

Mais non ! « VERGE » ! Et regarde, jolie bergère, ces deux jolis fruits ne sont point des grelots, il faut les dorloter, les caresser, en prendre grand soin, sinon la verge se brisera.

Oh, ce serait tellement dommage…

Nous caressions le sexe de Pierrot, qui semblait paralysé de plaisir, prises nous-mêmes par ce jeu qui avait commencé comme une farce et qui nous tournait désormais la tête.

Oh ! Regardez, madame la Fée, la verge a du chagrin…

Le sexe de Pierrot commençait à perler, je notai les contractions de ses cuisses, je me demandai à quoi il se forçait à penser pour retenir l’éjaculation qui menaçait de mettre fin à cette saynète que nous jouions avec tant de plaisir.

Jolie bergère, elle n’a pas de chagrin, c’est sa façon de réclamer le baiser auquel elle a droit… regarde, il faut l’apaiser ainsi…

Du bout de mes lèvres, je frôlai le gland gonflé de désir, d’excitation. Nathalie me rejoignit dans ce baiser, nos langues jouaient ensemble dans des baisers sensuels. Pierrot, voulant repousser nos bouches pour ne pas jouir trop vite, fit voler ma couronne de fleurs qui atterrit sur les genoux de Toine. Son geste avait été trop brusque pour mon « chignon à la sauvage », en me relevant pour récupérer ma couronne, mes cheveux reprirent leur liberté. Faisant mine de remarquer la présence de Toine, je le houspillai.

Ce n’est pas amusant, monsieur le captif ! Cessez donc de rire !

Mais je ne ris pas, madame la Fée, je ne faisais que sourire…

Le traitant de menteur, je giflai ses cuisses de ma couronne qui se délita davantage à chaque coup porté. Les fleurs parsemaient le sol, ses cuisses, telle une furie, je me servis de mes cheveux pour le souffleter. Ses yeux me hurlaient son plaisir, sa respiration saccadée, tantôt profonde, tantôt haletante me criait son désir.

Viens par ici, jolie bergère, que je t’apprenne un nouveau mot.

Nathalie vint me rejoindre, je lui désignai le sexe de son Toinou, elle fit mine d’être surprise, un peu effarouchée par sa taille, je l’invitai à le toucher, à en éprouver la dureté en serrant sa main autour.

Vois-tu, quand une badine a cette apparence, on ne la nomme ni « badine », ni « verge », mais on l’appelle « houssine » et ne va pas t’en servir pour mener ton troupeau, elle est bien trop dure et bien trop effrayante pour de craintives brebis…

Mais que fait-on quand on la rencontre ?

On la masque à la vue du troupeau !

Et je m’empalai d’un coup sec. Toine ne put contenir un cri de surprise agrémentée de plaisir. Je fis quelques mouvements, sous les commentaires de Nathalie, quand Pierrot se rappela à notre bon souvenir « Je croyais que nous devions le punir… », j’échangeai un sourire complice avec Nathalie et semblant reprendre mes esprits comme on sort d’un songe, je me levai brusquement « Mais où avais-je la tête ? Tu as raison, Pierrot, laissons le moqueur à sa moquerie ! » et nous le rejoignîmes.

Allongé sur le sol, sa verge enfoncée en elle, les mains comblées de Pierrot caressaient les seins de Nathalie. Pour que la punition soit totale, j’entrouvris les pans de ma tenue de fée, dévoilant la blondeur de ma toison au regard de Toine, qui ne pouvait ni la toucher, ni l’embrasser. Entravé comme il l’était, il ne pouvait pas se caresser, il se plaignit maintes fois que son érection était douloureuse, mais nous restâmes sourds à ses supplications tant que nous n’eûmes pas joui les uns des autres.

Alors, nous consentîmes à le libérer, il me pénétra comme j’aimais tant qu’il le fasse « un coup pour la fée » il sortit aussitôt, attrapa Nathalie, la pénétra à son tour « un coup pour la bergère », avant de recommencer « un coup pour la fée ». Nous gémissions, nous criions de plaisir, il recouvrait le corps de Nathalie de mes longs cheveux quand le clocher de l’église sonna la fin de la récréation. Il était convenu que Nathalie rentrât chez elle après les vêpres, c’était l’unique condition pour qu’elle puisse passer le dimanche avec nous… et manquer les offices.

Ce dimanche-là, comme cela arrivait de plus en plus souvent, Pierrot passa la nuit avec moi, nous riions encore, ivres du bonheur de cette journée, quand le sommeil nous prit.

Le lendemain, sur la table qui me servait de bureau, je trouvai un recueil de pièces de Shakespeare. Toine était allé à la mairie, à tout hasard et y avait trouvé cet exemplaire. En guise de marque-page, une carte sur laquelle il avait dessiné une bergère pensive, qui ressemblait fort à Nathalie, sous son dessin, pour toute légende « Il y a des choses que je ne m’explique pas ». Je souriais et en tournant la carte, cet autre dessin sans aucune légende, puisqu’elle eut été inutile, un petit chat songeur, qui semblait attendre on ne sait quoi.

De cette première lecture, que je fis dès le mardi soir, je me souviens avoir noté dans mon journal intime, cette citation qui nous ressemblait tant « Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants, et l’imagination si fertile qu’ils perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. »

Décembre 1919, Rosalie retourne chez Marie-Louise et la journée se terminera sur la plus belle des perspectives. (Si ça ne vous donne pas envie de cliquer sur le lien, c’est à désespérer de tout ! 😉  )

Même si elle ne fut pas académique, telle fut notre initiation à l’art théâtral

Le cahier de Bonne-Maman – À la Sainte-Reine, sème tes graines

Nathalie arriva chez moi dès le samedi soir, elle était si excitée à l’idée de voir toutes ces tenues, ces pièces de tissus que j’avais rapportées qu’elle n’avait pas eu la patience d’attendre jusqu’au dimanche matin. Quand je lui avais raconté ce qui m’était arrivé, ce jeudi, j’avais évoqué en deux mots l’idée « de nouveaux jeux, de nouvelles figures ».

Ouh fan… ! Il y en a combien en tout ? !

Je ne sais pas ! J’ai attendu que tu viennes pour ouvrir la malle et les compter avec toi ! Et puis… regarde… tu as vu ? Il y a même des costumes pour Pierrot et Toine ! Ils ne sont pas tout à fait à leur taille, mais on pourra arranger ça, non ?

Nathalie dansait avec un costume de bergère posé contre son corps. Nous riions comme des fillettes ravies de cette bonne aubaine, quand une idée surgit « et si nous faisions une surprise à nos amoureux ? »

Depuis que j’y demeurais, nous nous retrouvions tous les quatre dans la maison, chaque dimanche à 9 heures. Munies d’un panier de victuailles, notre costume sous nos robes, Nathalie et moi nous mîmes en route avant le lever du jour, pour ne pas prendre le risque d’être vues. Nous improvisant stratèges, nous fîmes même un grand détour, évitant ainsi de passer devant la ferme de Pierrot et celle de Joli Coquelicot.

Avant notre départ, nous avions laissé ce quatrain, bien en évidence sur la grande table

Il se dit que, près d’une certaine source,
À la Sainte-Reine, quelques jeunes fées
Par l’été assoiffées, s’y retrouvent pour se désaltérer
Alors, messieurs, venez les y rejoindre… et au pas de course !

Arrivées dans cette forêt au sol rocailleux, nous ôtâmes nos robes, et les rangeâmes près des paniers, que nous cachâmes dans une sorte de petite grotte où régnait une fraîcheur fort agréable. L’été avait été déroutant, au froid relatif avait succédé une période de forte chaleur, les arbres en semblaient déboussolés, les branches de certains étaient déjà presque nues tandis que d’autres arboraient encore un feuillage tout printanier.

Sur les conseils de Nathalie, j’avais détaché mon chignon et elle avait longtemps brossé mes longs cheveux, les rendant vaporeux, féeriques… Elle portait les siens déjà beaucoup plus courts, mais tandis que je la coiffais, je fus saisie par sa beauté particulièrement éclatante ce matin-là.

Nous riions beaucoup, plaisantant en les attendant, nous taquinant aussi, nos caresses étaient tendres, nos baisers aussi. Nous aimions depuis longtemps faire l’amour ensemble, mais c’est ce jour précis, à l’ombre de ces arbres centenaires, près de ce filet d’eau qui chantait, que l’évidence nous sauta à la figure.

Nous avions longtemps cru que la part sexuelle de notre relation avait été un pis-aller pendant l’absence de Toine et de Pierrot, ensuite, nous savions qu’elle les excitait. Ils aimaient nous voir faire l’amour et nous aimions leur offrir ce spectacle, mais en ce matin, alors qu’ils allaient bientôt nous rejoindre et que nous étions seules, nous dûmes nous rendre à l’évidence. Nous nous aimions pleinement, nous nous aimions tout simplement. Loin de nous troubler, cette révélation nous apporta une force, une sérénité supplémentaire.

J’aimais sentir mon corps vibrer sous ses caresses, j’aimais sentir le sien vibrer sous les miennes. La douceur de sa peau, la plénitude de ses seins, les aréoles plus brunes, plus larges que les miennes, cette petite ligne cuivrée joliment dessinée, qui courait de son nombril vers son pubis à la toison brune, comme pour guider mes baisers… sa bouche, ses yeux, ses mains… Oh oui, j’aimais et je désirais son corps avec autant de fougue que celui d’un homme !

Elle me faisait l’amour d’une façon incroyable, en me disant que c’était tellement facile. Je la comprenais. Nos corps ne se contentaient pas de réagir aux caresses, aux baisers, aux griffures, aux morsures, ils indiquaient ce dont ils avaient soif, comme s’ils nous criaient « Ici ! Comme ça ! Encore ! Plus fort ! Moins fort ! Encore ! Encore ! Oui ! Comme ça ! »

Je n’ai, nous n’avons jamais cherché à savoir ce que je, ce que nous préférions, les plaisirs étaient différents, mais pourquoi vouloir les hiérarchiser ? Comment comparer ce qui est incomparable ? La question est tout aussi ridicule que si l’on me demandait si je préfère l’aïoli à la tarte aux pommes ! Ce qui compte, n’est-ce pas le moment, la puissance de l’abandon au plaisir ?

Il n’était guère plus que dix heures quand nous entendîmes des pas lourds écraser des brindilles, des voix d’hommes se répondre. Un dernier baiser rien que pour nous et nous rejoignîmes notre cachette. Oh ! Le terme « cachette » est bien exagéré puisque nous n’avions qu’un désir, un désir ardent, celui qu’ils nous trouvassent !

Ça y est ! Je les vois !

Nathalie et moi sursautâmes, étonnées d’entendre la voix de Bouche Divine, ainsi, Pierrot et Toine étaient venus avec des comparses… Nous avions prévu de faire semblant d’être effarouchées et de nous égailler en poussant des petits cris suraigus pour qu’ils nous courent après. Mais, paralysées par la surprise, nous ne pûmes que tourner nos visages vers eux.

Quand mon regard croisa celui de Bouche Divine, je pris conscience qu’il était le plus jeune des villageois partis combattre. Il ressemblait à un enfant émerveillé. Je me levai, fis semblant de me réfugier derrière un arbre, mais de l’index, l’invitai à s’approcher de moi.

De son côté, Toine invita Barjaco à succomber aux charmes de Nathalie et recula d’un pas. Aux côtés de Pierrot, les bras croisés, ils observaient la scène, amusés, comme pour nous dire « à malin, malin et demi ».

Offre-moi un de tes divins baisers, jeune homme…

Après une seconde d’hésitation, il entra dans le jeu que je lui proposai. Un baiser sur mon front, un second à la naissance de mon cou. De ses mains artificielles, il dénoua le ruban qui retenait les pans de ma robe. Je lus dans ses yeux qu’il avait peur de me blesser en faisant jaillir mes seins dont il ne pouvait sentir la fragilité, j’accompagnai donc son geste et lui volai le baiser suspendu à ses lèvres.

Une fois de plus, la douceur, la fougue de ses lèvres, la tendresse et l’habileté de sa langue me transportèrent loin de la réalité. Sa bouche se promena le long de mon cou, fit un détour par mes épaules. J’aurais voulu avoir la force de la diriger sur mes seins, mais je n’en étais déjà plus capable…

Quand enfin sa langue les caressa, qu’il me dit, rougissant « on dirait deux petits boutons de roses prêts à éclore », une vague de bonheur me submergea et mon désir enfla comme un torrent à la fonte des neiges. Je lui arrachai ses vêtements plus que je ne le dévêtis, sans prendre garde aux lanières de cuir qui ceinturaient son buste. Plus tard, bien plus tard, il m’avoua que mes gestes ce matin-là lui avaient rendu sa « normalité ».

Je m’agenouillai devant lui, comme j’aurais aimé avoir son don, rien qu’une fois, son merveilleux don… ! Adossé à cet arbre, il criait pour la première fois son plaisir, m’encourageant, me guidant, me remerciant, m’encourageant encore, émerveillé de sentir ma langue, ma salive inonder son sexe…

À sa demande, je le laissai s’allonger et m’allongeai sur lui. Sexes contre bouches, nous étions seuls au monde. Je me sentais comme un bateau en papier que je ne pouvais diriger au milieu d’un océan de plaisir, à la merci de ses vagues. Quand il arracha sa bouche à mon sexe, je fus propulsée dans la réalité, dans cette clairière ensoleillée, entourée des personnes que j’aimais le plus au monde.

Je voudrais regarder tes jolis seins danser au rythme de mes coups de reins…

Dans la précipitation du départ pour cette escapade imprévue, il avait oublié de prendre sa « capote réglementaire » comme nous nous amusions à les nommer. Barjaco était en train de se servir de la sienne avec Nathalie. Les rouages de mon cerveau tournèrent à toute vitesse. Il ne souffrait d’aucune maladie vénérienne, les anglais débarqueraient le mardi suivant… Le désir prit le pas sur la raison, je m’accroupis au-dessus de son sexe dressé comme s’il voulait défier les cieux…

Et moi, je voudrais que tu n’oublies jamais cette sensation…

Le plus lentement que je pus, je me pénétrai de lui, m’émerveillant de son émerveillement, m’enivrant de l’ivresse de ses sens… Oubliant un instant ses mutilations, il tendit ses prothèses vers mes seins. Une ombre de désespoir assombrit son regard, comme un nuage masquant le soleil. Je la chassai en frottant mes petits globes doucement sur elles. Écartant ses bras, il me demanda de le caresser « encore une fois… comme l’autre fois ». Je me penchai, en profitai pour lui quémander un long baiser.

Le premier fut bref, interrompu par « Ta langue à le goût de m… »

Moi, je l’aime ce goût ! Pas toi ?

Un long baiser et il explosa au fond de moi, mais je restais maîtresse de mes mouvements, je l’empêchais de sortir de tout le poids de mon corps sur le sien. Lors de « l’amicale des anciens combattants », j’avais constaté à quelle vitesse son membre reprenait de sa vigueur. « Regarde la Nathalie ! Aimes-tu la regarder prendre du plaisir autant que j’aime la regarder ? Sens-tu comme ça me chauffe les sangs ? Et quand je vois mon Pierrot et le Toine… regarde comme ils bandent ! » L’effet fut immédiat, je sentis son sexe durcir, malgré l’éclat de rire que lui arrachèrent les commentaires de Barjaco

Boudie ! Baiser ton petit con en pleine nature… espinchouner l’autre coquine… et ton cul qui danse… Ô fatché, sens… ça me fait venir ! »

Je regardais Bouche Divine, le reflet de ses yeux, son sourire, sa poitrine qui se soulevait comme pour s’emplir de tout ce bonheur, de tout ce plaisir… J’allais me pencher pour l’embrasser encore quand Nathalie, d’une bourrade, m’en empêcha.

À mon tour de profiter de tes baisers !

Me faisant face, elle s’assit presque sur sa bouche, poussant un cri de plaisir à son contact. Le sexe de Bouche Divine sembla doubler de volume et de dureté. Nathalie appela Toine et Pierrot qui firent mine de ne pas vouloir approcher davantage. Elle minaudait, faisant pigeonner sa magnifique poitrine, relevant puis agitant sa superbe chevelure brune, fit la moue, mais rien n’y faisait, ils ne bougeaient pas d’un centimètre. Que j’aimais leurs sourires complices, taquins, amusés !

Je me penchai vers elle, lui murmurai à l’oreille « Ils ne résisteront pas à ça… » et je l’embrassai, lui caressai le corps. Ses mains glissèrent de la même façon le long du mien, elle savait me faire frémir quand sa main glissait de mon ventre au bas de mon dos. Une décharge de plaisir me foudroya quand du dos de sa main, elle effleura le creux de ma taille.

Bouche Divine semblait aux anges, masqué par le corps de Nathalie, je ne pouvais le voir, mais j’entendais ses grognements de plaisir et je sentais son sexe toujours plus dur, toujours plus puissant.

Toine et Pierrot nous accusèrent de ne point être des fées, mais de diaboliques sorcières et vinrent enfin à nos côtés. Pour être exacte, Toine derrière mon dos, agenouillé, me caressait les seins, le ventre, ses doigts rejoignant ceux de sa fiancée. Pierrot, sur le côté gauche de Nathalie, lui aussi à genoux, faisait de même avec les miens.

Barjaco, resté quelques instants muet de surprise, s’exclama « Oh, mais vous me faites rebander, sacrées coquines ! Oh malheur ! Il faut me calmer le feu ! » Il approcha son sexe épais de ma bouche, je léchai un peu son gland, mais j’avais encore envie des baisers de Nathalie, je le délaissai le temps de l’embrasser. Elle me fit un clin d’œil

Hé Barjaco, tu préfères ma bouche ?

Elle le suça un peu…

Ou celle de ma Rosalie ?

Et me laissa faire. Barjaco en bégaya de surprise. Une pichenette sur mon épaule, Nathalie regarda son Toine, comprit, lui sourit, avant de poursuivre

Ho Barjaco, ne me dis pas…

Et nous entreprîmes de le sucer en même temps, excitées par ses exclamations de plaisir.

Je sentis les doigts de Toine glisser dans ma toison « Tu veux jouir de mes doigts, Bouton d’Or ? » À sa question susurrée à mon oreille, je répondis en rejetant ma tête en arrière, comme si j’avais voulu offrir mon visage aux caresses du soleil et lui caressai le corps de mes longs cheveux, il me mordit un peu l’épaule avant de m’offrir un orgasme radieux comme un sourire complice.

Ho, petite… !

Sans laisser à Barjaco la possibilité de se plaindre, je léchai, d’une langue gourmande, la hampe de son sexe, avant de retrouver celle de Nathalie sur le bout de son gland.

Boudie ! Regardez ce que vous m’avez fait faire !

Nos joues éclaboussées de son sperme, nous riions quand Nathalie fut secouée d’un spasme violent. En s’affaissant sur le côté, elle libéra le visage de Bouche Divine, qui hurla son plaisir à en déraciner les arbres alentour.

Pierrot me prit dans ses bras « On leur montre la figure Rosalie ? ». Nous l’exécutâmes avec une grâce folle, comme un ballet dans le plus beau des opéras.

Barjaco et Bouche Divine nous dirent au revoir, ils ne pouvaient manquer le déjeuner dominical et il était déjà presque une heure de l’après-midi. Déjà repus de plaisir, nous déjeunâmes tous les quatre, les pieds barbotant dans l’eau fraîche de cette source.

Nous étions sur le chemin du retour quand je leur parlai de la malle pleine de vêtements, de tissus que m’avait offerte Marie-Louise. Taquin, Toine me demanda si parmi eux, il y avait un costume du Petit Chaperon-Rouge « avec son petit pot de beurre ». J’éclatai de rire en faisant mine de vouloir le boxer.

De retour dans sa maison, Rosalie décide de montrer à Pierrot et à Toine les trésors contenus dans la malle que lui a offerte Marie-Louise

Le cahier de Bonne-Maman – « Jouis, il n’est pas d’autre sagesse ; fais jouir ton semblable, il n’est pas d’autre vertu »

Pendant cette année 1919, nous fîmes, Nathalie et moi, la connaissance de presque tous nos partenaires. Certains ont cessé de nous rencontrer après leur mariage, après la naissance d’un enfant ou après un deuil, mais tous ont gardé secrets nos ébats et aucun ne nous a jamais manqué de respect.

Pour autant, n’allez pas vous imaginer que notre vie sexuelle se limitait à ces orgies ou à une accumulation d’amants. Certes, nous aimions nous étourdir dans ces soirées, mais ce que nous aimions par-dessus tout, c’était de jouir de nos corps en toute liberté, de ne pas rougir de nos envies. Quand on est intimement convaincu que la vie s’achève avec la mort, qu’il n’y a rien après, ni paradis, ni enfer, on profite de chaque instant, malgré les contingences, malgré les souffrances et on est plus attentif aux autres, plus ouvert. En tout cas, c’est ainsi que nous étions, que nous sommes toujours.

Un matin de septembre, alors que je reportais des écritures comptables sur le grand registre du père de Toine, je sentis son regard lourd d’embarras se poser sur moi. Je travaillais sur une table installée dans son bureau, je levai la tête, il m’expliqua ce qui le tracassait.

Un de ses plus anciens clients, un riche propriétaire terrien, avait une fille qui avait fait un « mariage d’amour » quelques années avant la guerre. Jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle, la plupart des mariages étaient dits « de raison », quelle que fût l’origine sociale des époux. Par la suite, surtout dans les familles avec du bien, cette tradition a perduré, perdure encore. Le berger qui épouse la princesse, ou inversement, est un mythe que la littérature a contribué à distiller dans nos esprits, s’il est très plaisant à imaginer, il est cependant fort éloigné de la réalité.

Quoi qu’il en soit, cette jeune fille avait épousé un jeune homme, de son milieu, mais qu’elle avait choisi. Ce qui me permit de comprendre immédiatement l’amour que lui portaient ses parents. La veille, le père de Toine avait eu un rendez-vous chez ce client, dont le gendre devait reprendre laffaire. S’étonnant qu’il ne participât point au rendez-vous, l’homme lui expliqua

Il est en crise, je ne sais pas combien de temps elle durera… Je crains qu’il ne me faille revendre mon affaire… Les mois passent, rien ne change. Les drogues n’ont plus d’effet sur lui et quand il les prend, on dirait un fantôme… Il effraie ses enfants à crier comme un possédé… Il leur fait honte à sangloter comme une fillette… Et puis, tout semble rentrer dans l’ordre… Jusqu’à la crise suivante. On ne peut jamais savoir quand elle va débuter, ni combien de temps elle durera…

Je regardai le père de Toine et lui demandai

Vous voudriez savoir si je pourrais lui apporter mon aide ?

Non ! Enfin… si… mais… ce que tu fais avec Antoine, ce que Nathalie fait avec Pierre, ce que vous faites avec les autres, ceux du village, tu ne pourrais le faire avec lui… Comprends-tu, il demeure à plus de cinquante kilomètres… comment pourrais-tu t’y rendre si une crise se déclenchait au milieu de la nuit ?

Avant qu’il n’ait fini d’exposer le fond de sa pensée, je lui proposai de rencontrer cet homme et son épouse pour tenter de leur expliquer comment nous procédions. Il me sourit, soulagé, me remercia chaleureusement et termina par cette boutade

Je louerais bien notre Seigneur de t’avoir mise sur notre route, mais puisque tu ne fréquentes pas plus l’église que mon fils, je craindrais de heurter tes convictions !

Au village, seules trois personnes possédaient le téléphone. Le père de Toine était l’une d’elles. Il appela son client, lui parla de moi et lui fit part de ma proposition. La crise avait été plus violente que d’ordinaire, il avait fallu appeler le médecin en pleine nuit, qui lui avait fait une piqûre, avait évoqué la nécessité de le mettre chez les fous, ce que sa fille avait fermement refusé, pour le moment, son gendre dormait encore, mais je serais la bienvenue quand je souhaiterai venir parler à sa fille.

Le père de Toine n’était pas homme à tergiverser. C’est ainsi qu’une demi-heure plus tard, nous nous mettions en route. J’aimais beaucoup me déplacer en automobile à ses côtés. Je découvrais des villages, des villes que je ne connaissais que de nom et il avait toujours une histoire à me raconter à leur propos, quand il ne me parlait pas d’un client. Nous arrivâmes au milieu de la matinée et nous fûmes accueillis par ce patriarche à l’air sévère, je ne me l’étais pas du tout imaginé ainsi. Il fit appeler sa fille qui nous rejoignit immédiatement. Je demandai à lui parler en tête à tête et la suivis dans ses appartements, à l’étage.

Cette femme était mon aînée de quinze ans, pourtant avant même d’avoir parlé avec elle, je sus le respect que je lui inspirais et la confiance qu’elle me faisait. Elle entrouvrit la porte de sa chambre et je pus observer son mari s’agiter dans son sommeil.

Quand il est ainsi, je sais que la crise n’est pas finie…

Sa voix était étranglée de sanglots. Je me demandais si elle serait assez forte pour supporter l’horreur des souvenirs de son époux. Nous étions dans l’antichambre, elle s’apprêtait à refermer la porte quand je lui demandai « Avez-vous un mot, un geste secret qui le rend particulièrement… amoureux ? »

Quelle sorcière étais-je donc, moi, la gamine pas même mariée, pour connaître l’existence de tels gestes, de tels mots entre un mari et sa femme ? Sa détresse était plus grande que la bienséance, elle eut un sourire contrit, le rouge lui monta aux joues, je l’encourageai du regard, s’en excusant presque, elle me souffla

Un baiser sur ses doigts… un certain… baiser… sur ses doigts

Il s’agita davantage.

Allez à ses côtés, rassurez-le en lui disant que vous êtes près de lui, qu’il est à l’abri, dans sa maison et… embrassez-lui les doigts !

Elle fit comme je venais de le lui conseiller, je souris en la regardant embrasser les doigts de son époux. Pourquoi m’étais-je imaginé un doux baiser pudique ? Parce que son univers était pétri de convenances bourgeoises ou parce que je n’avais jamais pensé que nous étions mus par les mêmes émotions ?

Elle embrassai l’index et le majeur de son mari comme on taille une pipe, n’interrompant son baiser que pour lui dire « Je suis là… tu es revenu ». Il paraissait s’apaiser, d’un geste de la main, d’un hochement de tête, j’encourageai cette femme à continuer. Oubliant ma présence, ou feignant de l’oublier, ses baisers se firent plus précis, je regardais, fascinée, sa bouche s’ouvrir, aller et venir, le bout de sa langue titiller la petite peau entre l’index et le majeur, avant de s’enrouler autour des doigts. Soudain, la magie opéra tout à fait. Les doigts de l’endormi se mirent à jouer avec les lèvres de son épouse, il sourit enfin dans son sommeil « Tu es revenu et je suis là ! »

Comme si on avait arraché un masque tragique, je vis le visage de cet homme changer du tout au tout. Quand il glissa hors du sommeil, quand il prit conscience de ma présence, ce fut comme s’il me connaissait déjà. En quelques mots, il comprit la raison de ma venue et m’en remercia, mais demeurait incrédule. Comment une gamine pourrait supporter l’évocation de ses souvenirs ? Avec douceur, mais avec fermeté, avec patience, je lui parlai d’autres anciens combattants qui venaient me livrer les leurs au village, je le rassurai en lui affirmant que les mots crus ne m’effaroucheraient pas et puis, ce n’était que pour cette fois « pour amorcer la pompe » ensuite, s’il le souhaitait, il pourrait se livrer à son épouse.

Je m’isolai avec lui, dans ce qui devait être son bureau, pendant que sa femme patientait dans son boudoir. Je n’avais jamais vu une telle propriété, plusieurs appartements dont chacun devait être plus vaste que ma maison toute entière ! Je n’étais pas envieuse, mais très surprise de constater, de visu, cette différence.

Charles, puisque c’est ainsi qu’il se prénommait, évoqua les cris, la boue, l’odeur de la mort, celle de la merde, l’odeur de la peur, le froid, l’humidité, le bruit, le silence angoissant qui précède l’assaut. Enfin, après presque une heure de confidences, cette vision qui venait le hanter, surgissant à l’improviste, parfois dans son sommeil, parfois alors qu’il était éveillé. Ce traumatisme qu’il ne parvenait pas à surmonter. Il suffoquait, son corps entier toujours bouleversé par ce qu’il avait vécu.

Monté à l’assaut avec plusieurs hommes, un obus les avait ensevelis, il ne savait pas combien de temps il était resté ainsi, couvert de terre, sans pouvoir bouger, sans savoir s’il était debout ou couché, la tête vers le ciel ou enfoncée dans le sol, mais avec la certitude qu’il allait mourir asphyxié, personne ne viendrait les sauver, personne ne saurait où ils étaient, ils allaient mourir là, oubliés de tous, sans avoir dit adieu aux êtres chers. Un autre obus souleva la terre et le projeta dans les airs, quand il réalisa qu’il s’en était sorti vivant, plus contusionné que blessé, il éclata de rire, soulagé, avant de s’apercevoir qu’il était entouré de cadavres et que plusieurs de ses compagnons demeuraient ensevelis. Il a creusé longtemps, priant de tout son cœur pour un miracle qui ne s‘est jamais produit.

Les larmes inondaient son visage, je lui demandai s’il voulait répéter à sa femme ce qu’il venait de me raconter ou s’il préférait que je le fasse. J’estimais qu’il était important qu’elle connût la raison des cris de son époux. Pour achever de le convaincre, je lui affirmai que l’ignorance était bien plus douloureuse que la réalité. Il l’appela, je la fis asseoir aux côtés de son époux et je débutai le récit, une respiration plus ample et saccadée m’indiqua qu’il ressentait dans sa chair ce que j’expliquais. Je demandai à Marie-Louise, puisque c’était son prénom, de se tenir prête. Elle lui suça les doigts quand Charles s’enfonça dans l’horreur et Charles revint à lui.

Comment vous remercier ? Vous le sauvez de l’asile, savez-vous ? Nous vous serons éternellement reconnaissants !

Je vous ai donné la méthode que j’applique, rien de plus ! Mais je sais que vous n’en avez pas fini avec les cauchemars, avec les cris, les crises de votre époux… Si vous le souhaitez, si vous en avez besoin, n’hésitez pas à me faire signe, j’essaierais de vous aider avec mes faibles moyens…

Une cloche retentit. Il était temps de passer à table. Ne vous moquez pas, mais en redescendant vers la salle à manger, aux côtés Charles et Marie-Louise rayonnants, le sourire et le regard plein de fierté du père de Toine fut ma plus belle récompense.

Le repas fut joyeux comme l’étaient ceux de la bourgeoisie de l’époque, point d’éclats de rire, point de plaisanteries, mais des sourires polis, des « je vous en prie » prononcés avec légèreté, des considérations sur les mets, sur les vins, sur la douceur de cette fin d’été, sur l’odeur des fleurs. Je n’en fus pas surprise, le père de Toine avait souvent évoqué cette particularité quand je demeurais chez lui et que nos conversations s’animaient ou que nous riions un peu trop fort lors des repas.

Après le déjeuner, pendant que les hommes buvaient une eau-de-vie digestive, Marie-Louise et sa mère me proposèrent de profiter de l’ombre de la tonnelle pour me détendre un peu avant de reprendre la route. De nouveau, elles me remercièrent, me demandèrent comment me rendre la pareille. Je n’en savais fichtre rien ! Pour couper court à la discussion, je leur désignai les superbes rideaux qui ornaient les vitres du « salon d’hiver », leur demandant si elles pouvaient m’indiquer où acheter un tissu semblable qui me permettrait d’en confectionner pour habiller les fenêtres de ma future maison.

Sans le savoir, j’avais tapé dans le mille ! Elles étaient toutes deux passionnées de spectacle, d’opéra, de théâtre et leur marotte était de recréer les décors et les costumes pour rejouer des extraits de leurs œuvres favorites. Au fil des ans, tout ceci s’était accumulé dans une réserve. Marie-Louise était certaine qu’il restait des coupons de ce tissu, ou d’un autre similaire.

Souhaitez-vous m’y accompagner ? Vous pourriez faire votre choix et je serais si heureuse de savoir qu’il y a un peu de mon univers chez vous !

Quand je découvris la réserve, je devais ressembler à Ali-Baba voyant pour la première fois les trésors de la caverne ! Je ne savais où poser mon regard ! Tant de jolis objets, de costumes chatoyants ! Marie-Louise m’invita à essayer une robe, puis une autre, ravie comme une fillette qui joue avec sa poupée. Nous étions, à peu de choses près, bâties sur le même gabarit, « Il y aurait si peu de retouches à faire… je vous en prie, prenez celles-ci ! »

Sur le trajet du retour, le père de Toine plaisanta à propos de la malle remplie de tissus et de costumes qu’il avait dû arrimer à l’arrière de l’auto.

Mais que vas-tu faire de tout ce fatras ?

J’ai ma petite idée, mais promettez-moi de n’en parler à personne. Je voudrais faire une surprise à mon Pierrot et à votre fils…

Il rit de plus belle, mais tint sa promesse. En chemin, il fit un détour pour me permettre de parler à Nathalie, à qui je demandai d’arriver une bonne heure avant Pierrot et Toine lors de notre prochain rendez-vous dominical. Une fois encore, nous étions amusées, excitées et complices sans avoir eu besoin de mots supplémentaires.

Ce soir-là, comme ça ne m’était pas arrivé depuis plusieurs semaines, je dînai chez les parents de Toine, qui me raccompagna chez moi après le repas. Voulant me taquiner, il me dit

Alors, Bouton d’Or, comme ça, tu es passée à l’ennemi ? Tu réconfortes ces salauds de bourgeois ?

Piquée au vif, je lui répondis

J’ai soulagé un être humain, son épouse. Si pour toi, c’est « passer à l’ennemi », alors oui, je suis passée à l’ennemi et j’en suis fière !

Avant de me dire au revoir, il remarqua mon front plissé.

Ho ! Que t’arrive-t-il, Bouton d’Or ? Je t’aurais blessée en voulant te taquiner ?

Je balayai ses craintes d’un revers de la main.

Parfois, tous ces souvenirs que je n’ai pas vécus semblent m’envahir et prendre possession de mon cerveau… Ce n’est rien… un mauvais moment à passer…

Il entra avec moi, me demandant comment il pourrait m’aider.

Je ne sais pas… ou alors… peut-être que…

Angelo Asti femme blonde assise
Angelo Asti

Je me dévêtis, m’assis sur le sofa et lui demandai de poser sa tête sur mes cuisses. Sans un mot, nous passâmes une partie de la soirée ainsi, son regard perdu dans ma toison et ses doigts qui en lissaient les poils. Mes mains caressant ses cheveux, je laissais couler des torrents de larmes sur mes joues.

Fais-moi… tu aurais envie de jouir… là… maintenant ? Rien que toi et moi ? Tu aurais envie qu’on jouisse ensemble ?

Ho, Bouton d’Or ! Tu me poses la question ? Si je retire mon pantalon, je vais me crever un œil tellement je bande !

Des sanglots dans mon éclat de rire, je l’aidai à se déshabiller « en prenant garde à tes yeux ! » Il me prit dans ses bras et m’invita à danser avec lui, mon corps nu collé au sien, nous valsions dans le silence de la pièce.

J’aime quand tu me fais danser, Toine !

J’aime te faire danser, Bouton d’Or ! Et tu sais pourquoi ?

Non ! Pourquoi ?

Parce que tu connais le secret de cette danse, jolie Normande

Le secret ? Mais quel secret ?

Il me fit tourner dans un sens, puis dans un même mouvement dans l’autre.

Ma belle, tu valses aussi bien à l’envers qu’à l’endroit !

Comme tout le monde, non ?

Mais non ! Justement pas ! Oh… quand tu souris comme ça… laisse-moi faire…

Continuant à me serrer contre lui, d’une main, il retira les épingles, les peignes qui maintenaient mon chignon en place. Je sentis mes cheveux couler sur mon dos, comme si c’était de l’eau.

À ton tour de te laisser faire…

Je m’agenouillai devant lui, enroulai une mèche de mes cheveux blonds autour de son sexe, Toine était émerveillé. D’autant plus que la faible lumière de la lampe à pétrole conférait à la scène une ambiance féerique, presque irréelle.

Ho, Bouton d’Or ! Mais que fais-tu ?

Je léchais son sexe au travers de mes cheveux

Si tu savais comme j’aime le goût de ta verge…

Fais-moi plaisir, Bouton d’Or, pour une fois dis-moi « ta grosse queue » au lieu de « ta verge » !

Je préfère le mot « verge » quand je parle de la tienne

Et pourquoi… donc… ooh… oui… comme ça… avec tes cheveux… dorés… Et pourquoi donc ?

Parce que par chez moi… hummm… comme j’aime son goût… chez moi… quand on… hmm… fesse un gamin… hmm… on dit… hmm… qu’on lui… assène… des coups… de verges… et…

Ho, Bouton d’Or… tu me… mets à la tor… oohh… à la… torture… et ?

Sentir le… contact de ta… verge sur mes… fesses… oohh… si tu savais…

Voulant être certain de bien comprendre ma raison, il me releva, d’un mouvement de l’index sous mon menton, il m’obligea à le regarder dans les yeux.

Sur tes fesses ou dans tes fesses ?

Sur mes fesses…

Je voulus détourner le regard, il m’en empêcha, la lumière de son regard, son sourire…

… mais surtout dans mes fesses… quand je pense à toi…

Quand tu penses à moi ?

Je me caresse souvent en imaginant ta verge dans mes fesses… Je pense à Nice… à quand on vous a expliqué pour l’huile d’olive… à la fois où tu les as honorées… comme tu ne le fais plus… je rêve et je me caresse…

Mais c’est parce que j’ai peur de te faire mal ! Tu as vu la taille de mon engin ? ! Si tu savais comme j’en ai envie… mais je ne veux pas te faire mal !

Si c’est ainsi que tu définis « me faire du mal », ne t’en prives pas ! Fais-moi du mal et dès que tu le voudras !

Comme s’il était possédé, il sortit de la pièce, le temps de réaliser qu’il était toujours nu et qu’il ne voulait pas me fuir, je l’entendis pester dans la cuisine

Putoù que… dis-moi, Bouton d’Or où tu la caches ton huile d’olive ?

Je le rejoignis en riant et lui expliquai que j’avais oublié d’en racheter. Il fit la grimace. Je lui pris la main et l’entraînai dans le petit cellier, où je pouvais entreposer les denrées qui avaient besoin de fraîcheur pour ne pas se gâter. Puisqu’il était toujours prompt à me taquiner sur mes origines, je lui proposai de le faire « à la mode de chez moi ». Il plongea ses doigts dans la petite motte de beurre. « Une chance que la Normande soit de nature prévoyante ! » et entreprit de m’enduire le derrière. Je sentais mon corps se détendre sous ses caresses. Il ne les stoppa que pour allumer une lampe à pétrole et quelques chandelles. « Je veux voir ton regard, ton sourire, Bouton d’Or ». J’aurais voulu garder les yeux ouverts, comme il le souhaitait, mais quand je sentis son gland me pénétrer, ils se fermèrent malgré moi.

Que marmonnes-tu, Bouton d’Or ? Dis… que marmonnes-tu ?

C’est encore meilleur que l’autre fois… encore… meilleur… encore… encore… encore !

Je ne te fais pas mal ?

Oh non ! C’est comme…

Je sentais le moindre des reliefs de sa verge et c’était comme autant de caresses différentes. J’ouvris les yeux.

… comme si… elle avait été… oh oui ! Comme si… pour que tu… ooh… pour que tu la mettes là…

Ô, Bouton d’Or…

Je caressais son cou, ses épaules, ses bras, son dos. Je griffais doucement ses reins du bout de mes ongles. Je voulais le sentir davantage en moi, mais il se retirait déjà. Doucement.

Non ! Pas tout de suite ! Pas déjà !

Il me pénétra à nouveau. Cette fois-ci, je parvins à garder mes yeux grand ouverts. Nous nous criions en silence de jolis mots, pleins de tendresse crue. Le temps semblait suspendu à nos souffles coupés. Je sentais mes chairs s’ouvrir pour mieux l’accueillir au plus profond de moi. Je sentais aussi les contractions de mon plaisir croissant. Quand j’allais y succomber, il se retira encore.

Oooh… tu me…

Je te ? Je te quoi, joli Bouton d’Or ?

Tu me tourneboules… oh non ! Ne ris pas !

Quel drôle de mot ! Et pourquoi donc ?

Je ne sais pas ce… oooh… ce que… je préfère…

Quand il allait et venait en moi, je pensais que c’était ça que je préférais. Puis, quand il s’enfonçait d’un coup de rein, de tout son long, que mon corps était empli de sa verge, je me disais « ah non… non… c’est ça que je préfère ». Alors, il se retirait, qu’il le fasse rapidement ou au ralenti, je préférais subitement cette sensation. Jusqu’au moment où son gland, à chaque fois un peu plus bouillant, à chaque fois un peu plus dur, me pénétrait, écartant mon orifice étroit… J’avais à peine le temps de réaliser que c’était ça que je préférais qu’il recommençait ses va-et-vient… Alors, pour ne pas « tourner fada » comme il disait, je décidai de ne pas chercher à savoir ce que je préférais, mais de m’abandonner au plaisir.

Allongée sur le dos, le poids de son corps ajouté au mien, mes longs cheveux dénoués me tiraient un peu, avant que ça ne devienne désagréable, je me soulevai légèrement et d’un geste vif, les projetai sur le côté. Sans l’avoir cherché, j’avais fouetté Toine. Il sursauta, surpris. Me sourit. Alors, je pris mes longs cheveux dans ma main et recommençai. Pour lire dans ses yeux, dans son sourire, le plaisir de cette sensation… Plus il me disait qu’il aimait ça, plus j’y prenais plaisir.

J’étais comme possédée, comme prise dans une vague de sensations plus agréables les unes que les autres. Je me demandai s’il pouvait percevoir la violence de l’orgasme qu’il m’offrait, quand il me chuchota, d’une voix qu’il avait du mal à dompter « Que c’est bon de te sentir jouir… » Il ferma les yeux et jouit au plus profond de moi.

Il nous fallut attendre un long moment avant de trouver le courage, d’avoir la force de nous relever pour aller nous coucher, mais nous ne pûmes nous résoudre à ne pas dormir ensemble.

Allongés dans les bras l’un de l’autre, encore étourdis de tout ce plaisir, nous ne parvenions pas à trouver le sommeil, alors, nous nous chuchotions des secrets qui n’auraient pas accepté d’être révélés à voix haute. Je n’oublierai jamais combien il fut bouleversé quand je lui fis cet aveu

Parfois, je me déteste. Quand j’entends les récits de vos années dans les tranchées, quand je pense aux souffrances que vous avez endurées, je souffre pour vous… Mais, en même temps, une petite voix au fond de moi me rappelle que s’il n’y avait pas eu la guerre, je n’aurais jamais correspondu avec Pierrot. Je serais restée la petite Rosalie, dure à la tâche, dans sa ferme normande… Je n’aurais connu ni l’amour, ni l’amitié, ni même le plaisir… Je mène une vie dont je n’aurais jamais osé rêver et cette vie, mon bonheur, je les ai construits sur les cadavres de la plus horrible des boucheries… Si tu savais comme je me déteste de me dire que la chance de ma vie aura été cette putain de guerre 14-18…

Il déposa de doux baisers sur mon front, entrecoupés de mots bien plus doux encore, sécha mes larmes par des caresses d’une tendresse incroyable. Apaisée d’avoir pu enfin confier ce secret qui commençait à me ronger, je m’endormis sereinement.

Le dimanche suivant, jour de la Sainte-Reine, voici ce qu’il advint