La nouvelle vie d’Odette – L’amour est enfant de bohème, il n’a jamais jamais connu de loi *

Le mois de janvier s’écoulait paresseusement, la vie avait repris son cours normal au mas après l’agitation de la fin décembre. Jim avait trouvé sa place parmi nous et passait beaucoup de temps avec Marcel et Vincent à parler avenir et agriculture. J’aimais quand l’un ou l’autre venait nous raconter leurs discussions épiques voire leurs disputes sur tel ou tel choix, mais ils finissaient toujours par s’accorder sur un point : Le petit Vincent est bien gentil, mais il n’y connaît rien. Ce qui n’était rien d’autre qu’une marque d’affection et l’affirmation nette que Jim avait enfin trouvé sa famille, son chez-soi.

Cathy m’avait proposé d’aller au cinéma avec elle. Le film nous avait plu, nous en avions parlé sur le chemin du retour. En me garant devant sa maison, elle me dit soudain « Il en a mis du temps, mon Alain, pour avoir des cheveux blancs ! » Elle éclata de rire et se demanda pourquoi cette idée lui avait traversé l’esprit. J’en profitai pour lui demander de me raconter leur histoire.

– Tu as du temps devant toi ?

– Oui et de toute façon, si je ne l’avais pas, je le prendrais !

Je repris donc le volant et me laissai guider. À environ trente kilomètres de sa maison, elle me demanda de me garer.

Je repris donc le volant et me laissai guider. À environ trente kilomètres de sa maison, elle me demanda de me garer. Nous marchâmes quelques minutes, Cathy râlait parce que les lieux avaient été tout salopés pour accueillir les touristes.

– Voilà. C’était là… c’est ici que je l’ai rencontré la première fois… Hou fan… si j’avais pu deviner qu’on ferait notre vie ensemble ! J’étais mariée depuis six ans avec Paulo. En six ans, je m’étais fait un nom parmi les partouzeurs du coin. Té, me regarde pas comme ça ! J’aimais ça, être la Cathy la belle salope, la reine des parties fines ! Paulo n’avait pas encore acheté sa belle camionnette… On nous avait parlé d’un gars monté comme un taureau, mais je demandais à voir, parce qu’entre ce qu’ils pensent d’eux-mêmes et la réalité, il y a souvent un monde. Remarque, c’est pareil pour nous autres… des fois, on se croit super ceci ou super cela, que les hommes pensent à nous comme ci, comme ça… et pis les hommes… Bé… ils pensent pas comme nous croyons qu’ils pensent ! C’était en 69… au printemps 69…

– Mireille te dirait qu’il faut y voir un signe du destin… 69…

– Parce que toi, t’y crois pas aux signes du destin, toi peut-être ?!

– Pas autant que vous deux, c’est sûr !

– Tu sais pourquoi ? C’est parce que vous, les filles du Nord, c’est du jus de navet qui coule dans vos veines ! C’est quoi ce sourire ironique ?

– Fille du Nord… c’est ça qui m’a fait sourire… avec un père ivoirien…

– Je me comprends.

Je repensais à ce que Monique dit tout le temps à propos de Cathy. Elle n’a pas sa pareille pour attiser le désir, que ce soit pour le sexe, la nourriture ou te raconter un film,une anecdote

– Tu te souviens de cette époque ? Les hommes avaient les cheveux longs, au moins la nuque, certains portaient la barbe, ou la moustache, d’autre des rouflaquettes… Même les plus sérieux… Le Notaire, par exemple… Hou fan de Diou, faudrait demander à Madame qu’elle te retrouve des photos de l’époque ! Avec ses belles boucles, oui, des boucles ! Et ses longues pattes… ! Même s’ils ne les gardaient pas longtemps, les pantalons « pattes d’eph », les chemises avec les cols pelle à tarte… Mais bon, que veux-tu, c’était la mode…

J’étais occupée avec quelques amis quand il est arrivé sur son solex. Les cheveux ras du bidasse, maigre comme un coucou dans son treillis… J’ai tout de suite remarqué qu’il en avait une grosse, mais j’ai pensé que c’était à cause de la coupe de son pantalon. Quand il l’a retiré…

– T’as compris ton erreur !

– Exactement ! Je t’ai dit qu’il avait fini son service, mais ce n’est pas tout à fait ça… C’était sa dernière perm, avant celle de presque un mois et d’être… heu…

– Libéré des obligations militaires.

– Oui, c’est ça « Libéré des obligations militaires ». Il avait un peu picolé pour fêter son retour prochain à la vie civile et un peu plus pour se donner du courage… Comme je te l’ai dit, j’avais déjà ma petite réputation et il n’avait jamais partouzé avant. Il avait déjà couché de-ci de-là, mais de façon plus traditionnelle, si tu vois ce que je veux dire… Quand il s’est mis à poil… hou, fan de Diou ! J’ai eu envie de me le régaler de partout ! Je devais faire une drôle de tête parce qu’il a eu un petit sourire… tu sais, celui de quand on s’excuse. Je me suis assise là… Ils l’ont retiré, mais il y avait un banc. Pourquoi ils l’ont retiré si c’est pour rien mettre à la place ?!

– Surtout que ça mériterait une stèle commémorative, avec une petite plaque et tout !

– Vas-y, moque-toi, femme sans cœur ! Moque-toi ! Je me suis assise et je lui ai fait signe d’approcher… Avec ses cuisses toutes maigres… fan… on aurait cru que son membre était plus épais qu’elles ! De tout près, même si le soleil était couché, je voyais bien qu’il était super excité à l’idée que je le suce…

– Ben, quel homme ne le serait pas ?

– Non ! Pas excité « normalement », mais… un peu trop… Un tel membre… Je ne voulais pas gâcher cette première pipe en le faisant venir trop vite. Tu vois ce que je veux dire ? Je voulais qu’il en profite longtemps et m’en régaler longtemps aussi. Je ne savais pas que je le reverrai. Alors, je lui donnais que des petits coups de langue. Les autres me regardaient et me moquaient de ma timidité. Pour les faire taire, je les suçais chacun leur tour et je revenais à Alain… À chaque fois, je lui en faisais plus… Hou fan ! Je n’avais jamais eu une queue aussi grosse dans ma bouche, mais on s’accordait bien quand même… Il regardait les autres se branler, commenter, m’encourager. Je me souviens que ça me faisait tout drôle quand je levais les yeux, ses cheveux étaient si courts et ses poils si longs… et puis, il m’a posé une drôle de question.

Cathy interrompit son récit, elle ferma les yeux comme pour se replonger dans ses souvenirs. Elle cherchait les mots exacts, ce qui la rendait à la fois plus belle et plus fragile. Les yeux toujours fermés, elle sourit, les rouvrit.

– « Je peux vous toucher les seins ? » Ils ont tous ri, Paulo lui a dit « Au point où tu en es, tu peux la tutoyer ! » J’ai réalisé que je ne connaissais pas son prénom. Je l’ai regardé, lui ai tendu la main. « Je m’appelle Catherine, enchantée de faire ta connaissance ! » Il m’a fait le plus beau des sourires. « Tout le plaisir est pour moi, Alain pour vous servir ! » Avant de lâcher sa main, je l’ai posée sur mon épaule pour qu’il touche mes seins, mais il a d’abord caressé ma joue. Quand il a fait courir ses doigts vers mes seins, j’ai arrêté de le sucer. J’ai tendu mon visage vers le sien, il s’est penché, on s’est embrassés. Il s’est mis à genoux devant moi. Il me caressait les jambes, les cuisses, le ventre, les seins, je sentais son souffle sur ma peau. J’ai écarté mes cuisses… hou fan ! Quand j’y repense, j’ai des frissons de partout ! Je me disais « s’il me baise aussi bien qu’il me lèche… » J’entendais la voix de Paulo, celle des autres hommes, mais je ne cherchais pas à écouter leurs mots, ils parlaient au même rythme que les ondulations de mon plaisir. La langue d’Alain faisait connaissance avec mon minou et tout le monde appréciait…

– Tout le monde ?!

– Oui… Paulo était dans ma bouche et les autres se branlaient. Ils me connaissaient et savaient qu’au plus je prendrai mon plaisir avec Alain, au plus je leur en donnerai après… N’y tenant plus, Alain s’est relevé, il m’a demandé « Je peux ? » Je n’avais pas envie que Paulo sorte de ma bouche, parce que… J’aimais vraiment Paulo, on se connaissait si bien… Il a répondu pour moi « Elle n’attend que ça ». Comme il avait peur de me blesser, de me faire mal, il m’a prise tout doucement. Moi, je croyais qu’il y allait lentement pour mieux profiter, mais non. Il me l’a dit bien plus tard… bien plus tard…

Quand j’ai senti mes lèvres s’écarter, ma chatte accueillir son gland, Paulo a crié « Oui ! Comme ça ! » parce qu’il sentait… Ma bouche lui donnait la mesure de mon plaisir… Il disait à haute voix comment Alain me faisait… comment les mouvements d’Alain, le plaisir qu’il me donnait, se ressentaient dans la façon que je le suçais. Un des hommes caressait mes seins, un autre titillait mon clito. Alain et Paulo m’ont senti jouir… « Tu sens comme tu la fais bien jouir, la Cathy ? » Je sentais Alain trembler de partout, mais il n’arrêtait pas pour autant, toujours au même rythme. Il ne disait pas un mot, mais je devinais qu’il avait peur de jouir trop vite. « Vas-y plus fort ! Regarde ses yeux, ses mains, son ventre ! Oui ! C’est ça ! Plus fort ! Plus vite ! Oui, comme ça ! » Et pour la première fois, j’ai entendu Alain dire « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » Il n’arrêtait pas pour autant, mais… Comment j’aurais pu deviner pour sa particularité particulière ? Même quand le nettoyeur a dit…

– Le nettoyeur ?!

– Ah oui, tu ne l’as pas connu ! C’était un monsieur très bien, très comme il faut, avec une belle situation, bien élevé et tout et à lui, ce qu’il aimait, c’était de lécher les chattes pleines de foutre. Il venait aux partouzes rien que pour ça… C’était comme ça qu’il prenait son plaisir. Souvent, il n’avait même pas besoin de se branler pour jouir. Et tant mieux dans un sens, parce qu’il voulait qu’on lui attache les mains dans le dos… et avé les menottes, s’il vous plaît ! Au début, je trouvais ça bizarre parce que dans son métier, il donnait des ordres, mais j’ai constaté que c’était souvent le cas. Au plus ils avaient une bonne situation, au plus ils étaient sévères dans leur vie officielle, au plus ils aimaient… enfin, ceux que je connaissais qui aimaient se faire humilier, dominer étaient ceux qui étaient les plus dominateurs dans leur vie de tous les jours. Mais cette fois-là, il n’avait pas les mains attachées, il remerciait Alain et faisait remarquer aux autres comment j’avais été si remplie que ça dégoulinait. Alain faisait des yeux de gòbi.

On lui a expliqué comment nous contacter s’il voulait recommencer. Je croyais qu’on ne le reverrait plus, j’en étais sûre et certaine. Paulo disait que je me trompais. C’était déjà presque la fin de l’été quand il est revenu. Té, c’était le Notaire qui avait organisé la fête, d’ailleurs ! Quand c’était lui qui organisait, c’était toujours bien parce qu’il nous trouvait toujours de beaux endroits, dans de belles villas… C’était ça le plus compliqué pour nous, trouver un lieu où on n’était pas connus, où on ne risquait pas de voir débouler les gendarmes, d’être surpris par les commères du village ou des piliers de comptoir à la langue trop pendue… Après, quand on a eu la camionnette, c’était bien parce que je ne savais jamais où Paulo allait m’emmener, combien d’hommes me prendraient, ni qui ils seraient. Ô fan… que j’aimais ça ! Tu sais, quand dans ta tête tu te dis « Tu te fais prendre comme une chienne et ça te fait jouir comme une salope », mais qu’au lieu d’en avoir honte, tu en es super fière et que tu en es tellement fière que ça te fait jouir encore plus fort…

– Oui, je vois parfaitement ce que tu veux dire. Mais Alain ? Raconte !

– Alain ? Il est revenu ce soir-là, il avait fini son armée, il avait les cheveux à la… Tu te rappelles de Zig et Puce ? Hé bé, voilà, il avait les cheveux à la Zig et Puce, la moustache à la mode gitane… et son pantalon… Mon Dieu ! Tout serré sur ses miches de rat… Il était vraiment pas gros à l’époque… Son pantalon tout serré en haut et des pattes… même pas des pattes d’éléphant, non. Des pattes de mammouth… de dinosaure ! En velours violet… enfin, lui il dirait que je déparle que le velours n’était pas violet, mais pourpre. De toute ma vie, je n’ai jamais connu quelqu’un qui portait les fringues les plus ridicules avec autant de classe et d’élégance que lui. Et ce pantalon serré d’en haut… côté face… tu me comprends. Il revenait de Londres, il s’était offert quelques semaines de vacances avant de chercher du travail. Il ne s’en faisait pas parce qu’il avait un bon métier, dessinateur industriel, avé le diplôme et tout…

Les premiers temps, il ne venait pas souvent parce qu’il voyageait, surtout à Londres et à Amsterdam, il y trouvait des disques qu’on ne trouvait pas par chez nous. Et des vêtements, aussi. Il a commencé à venir à presque chaque fois après une discussion avec Paulo et moi. Il me baisait super bien, de mieux en mieux, mais à chaque fois, il voulait jouir dans ma bouche et quand il le faisait, il me massait la gorge pour me forcer à avaler. Un soir, il est arrivé bien avant les autres et je lui ai demandé pourquoi il le faisait, si ça l’aidait à venir ou quoi. Il m’a répondu que non, mais qu’il ne voulait pas être vu comme une bête de foire, comme un monstre, que déjà avec la taille de son membre… Alors Paulo lui a dit qu’au lieu d’en avoir honte, il devait apprendre à en tirer sa gloire et il lui a parlé de nous. Il lui a demandé s’il me méprisait d’aimer me faire baiser encore et encore, le plus souvent par des inconnus. Alain a répondu que non. Paulo a continué. « Tu me vois plutôt comme un brave cocu ou plutôt comme un sale maquereau ? » Alain ne le voyait ni comme l’un, ni comme l’autre. Alors, Paulo lui a fait comprendre qu’il ne devait pas rougir de sa particularité particulière. C’est Paulo qui a inventé l’expression.

Alain a sorti sa queue… hou fan de Diou, que j’aime le voir faire ça ! Il m’a fait son sourire charmeur, son sourire coquin et il m’a demandé « Où tu la veux, ma grosse queue ? » « Dans mon cul, mais à condition que tu jutes pas dedans, que tu me montres si c’est autant que je crois ! » Son sourire s’est crispé. « Je ne demanderais pas mieux, mais à chaque fois que j’ai essayé, j’ai fait mal à ma partenaire et j’aime tant te regarder pendant… » Paulo lui a dit ce qu’il me répétait souvent. « Pour résoudre un problème, le mieux est de commencer par l’énoncer ». Il a été chercher de la vaseline… Tu sais bien, à l’époque, on n’avait pas tous ces gels super lubrifiants, on n’avait guère que la vaseline…

– Ou les mottes de beurre !

– Misère ! J’ai l’impression d’entendre la Rosalie ! Même Monique lui préférait l’huile d’olive !

– Quoi ?! Monique trahissait donc ses origines sans vergogne ?!

– Paulo a aussi installé un miroir pour qu’Alain puisse voir ma figure, mais j’ai dit que je préférais plutôt qu’il s’installe sur le fauteuil et que je m’empale sur lui. Comme ça, je pourrai maîtriser la pénétration, la guider et aussi donner la cadence. Paulo m’a préparée, il a montré à Alain comment le faire et comment être super attentif à mes réactions. Je me souviens aussi qu’on avait mis un disque et pendant qu’Alain refaisait les gestes de Paulo, il chantait. Et que c’était la première fois que j’entendais quelqu’un dire les vraies paroles, pas des « gnouin ouingue hin hin love you ». Je crois qu’à l’époque, de tous ceux que je connaissais, il devait être le seul à parler anglais. Ça m’excitait encore plus. Il l’a remarqué. Ça l’a fait rire, surtout quand je lui ai dit que quand il parlait de Londres, c’était comme s’il était Christophe Colomb racontant sa découverte des Amériques. Il riait tellement qu’il en avait oublié ce qu’il me faisait avec ses doigts. Il s’en est souvenu quand il m’a senti jouir. « Tu es rassuré, maintenant ? Tu vois à quel point j’aime ça, il y a pas de raison pour que ça se passe mal ! » Il s’est assis. Je lui ai demandé de tenir sa queue bien droite, d’une main ferme. Je l’ai guidée jusqu’à mon petit trou et là, je lui déboutonnais sa chemise au même rythme que je m’empalais sur lui. On se regardait, on se souriait, on s’embrassait. Paulo m’a retiré mon soutien-gorge pour qu’Alain puisse sentir mes seins caresser son torse et il nous a laissés tous les deux. Il a dit que c’était pour faire patienter les « convives » qui n’allaient pas tarder, mais on savait bien tous les trois que c’était pour nous laisser ce moment rien qu’à Alain et à moi. Paulo était vraiment un brave homme ou un mec bien, comme vous dites, vous autres. Il avait à la fois une bite en acier et un cœur en or.

Grâce au Notaire, j’ai compris le plaisir que je pouvais prendre quand j’en offrais avec mes seins. Alors, je profitais du contact de mes mamelons sur la poitrine d’Alain. Je lui demandais s’il aimait ça, mais il ne me répondait pas. Par chance, ses yeux, son sourire, ses mains parlaient pour lui.

J’ai posé ses mains sur mes hanches, je l’ai embrassé et je lui ai demandé de me faire coulisser sur son membre. J’aimais le sentir au plus profond. J’aimais la douceur avec laquelle il me faisait aller et venir. Il ne détachait pas son regard du mien. « Qu’est-ce qui te fait sourire ? Je m’y prends si mal que ça en devient risible ? » Je n’en revenais pas ! Comment pouvait-il penser ça ? « Tu déparles, Alain ! Je pensais juste l’inverse, que je me demandais si tu n’avais pas un peu exagéré en te disant novice… » Il a de nouveau souri. « Vraiment ? » Et il est redevenu silencieux. Je lui avais dit de se faire confiance, d’être attentif à ses sensations, aux miennes et de suivre son instinct, ce qu’il l’incitait à faire. Hou, fan de Diou ! Il me faisait tellement… presque jouir à chaque va-et-vient, et son regard quand il espinchavo mes seins… Il sortait le bout de sa langue, mais ne cherchait pas à me les lécher. Je savais que le contact de sa langue sur ses propres lèvres augmentait son plaisir et lui permettrait de se souvenir de ce moment, plus tard. Mes seins personne ne savait quand il aurait l’occasion de les lécher tandis que ses propres lèvres… Il me faisait pousser les petits cris que j’aime tant pousser. Je me cambrais parce que j’aimais le sentir au plus profond de moi et la sensation d’avoir les fesses ouvertes comme un fruit bien mûr… et mes seins pouvaient mieux profiter de sa poitrine. Et aussi, j’aimais le contact de mon minou sur ses poils et en me cambrant, quand il m’empalait… pfiou…!

Le disque était fini, on entendait des éclats de rire et les échos d’une joyeuse discussion derrière la porte. Alain a serré mes hanches plus fort, il a pris une longue inspiration et il a accéléré les va-et-vient en les faisant plus amples, plus saccadés. Il était maigrichon, aussi je ne l’aurais pas cru capable d’une telle poigne. Fatché ! D’un seul coup, il m’a soulevée, décollée de son corps, il est sorti de moi… son membre semblait avoir triplé de volume… « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » Et c’est la première fois où je l’ai vu jouir. Ça ne s’arrêtait pas ! Mes seins et mon ventre en étaient couverts, j’en avais même reçu sur le front ! Alain regardait mon corps. Je lui ai demandé de me faire la promesse de ne plus jamais avoir honte de sa particularité particulière. Hou fan ! Son sourire quand il m’a répondu « Promis ! » Il a ouvert la porte et la soirée a vraiment commencé.

Les années ont passé, il venait souvent, mais ne proposait jamais de parties fines. Alain n’était pas très bavard, je ne savais rien de sa vie. Au fil des ans, il s’était étoffé. C’était vraiment un très bel homme, avec une belle situation… Je le savais de ce que j’en entendais dans ses conversations avec le Notaire et plus tard avec Christian. Pour moi, il était marié ou en concubinage. Je ne pouvais pas m’imaginer qu’aucune femme n’ait songé à lui mettre le grappin dessus.

Un voile noir a soudain obscurci le regard de Cathy. Sa gorge s’est nouée, elle déglutit bruyamment, les larmes remplirent ses yeux, elle voulut s’en excuser. Je la serrai fort contre moi et lui répondis qu’en aucun cas la vivacité de son chagrin, même quarante-sept ans plus tard était ridicule. Nous remontâmes en voiture et sur le chemin du retour, elle me raconta la mort de Paulo, son monde qui s’était soudain effondré.

– Paulo n’aurait pas dû mourir. Il ne pleuvait pas, la camionnette était en bon état, presque neuve. Il revenait de sa tournée. Il n’avait pas bu, il ne roulait pas trop vite. Il n’a pas vu un bout de ferraille sur la route, il a roulé dessus. Le pneu a éclaté et Paulo… a perdu le contrôle… il est sorti de la route et la camionnette a plongé dans un ravin. Il est mort avant qu’on le découvre. Il est mort tout seul.

Cathy me raconta les obsèques, les condoléances des partouzeurs qui avaient une bonne raison d’y participer.

– Ce n’était vraiment pas le moment d’attirer l’attention des voisins, des clients sur nos relations… amicales. Le Bavard est venu parce qu’il fournissait Paulo en fruits et légumes. Le Notaire, parce qu’il estimait souvent les biens avant les ventes aux enchères et qu’il était conseiller municipal du village voisin. Tout le monde savait qu’on se connaissait, alors il a pu venir. Joseph est venu aussi parce qu’il était un client fidèle de la boulangerie, sa femme et ses enfants étant très gourmands de pâtisseries, il est d’ailleurs venu avec elle et leur aîné. Mais Alain n’avait aucune raison d’y assister, pas plus que Christian ou Jimmy. Le Balafré m’avait saluée à la sortie du cimetière parce qu’il était le maître d’école des neveux de Paulo. Tu sais, on a beau te dire « Si tu as besoin, n’oublie pas que je suis là », tu n’oses pas demander de l’aide ou des nouvelles. Je pensais aussi que j’avais mangé tout mon pain blanc, que je mourrai veuve. Avec qui aurais-je pu refaire ma vie ? Je n’aurais pas pu mentir à mon mari en ne lui parlant pas de ma vie avec Paulo, mais en parler… Déjà, il m’aurait vue comme une moins que rien et puis, j’aurais dû « dénoncer » les partouzeurs, briser le sceau du secret et ça… Plutôt crever toute seule dans mon fauteuil que révéler nos secrets !

Peu avant d’arriver au village, Cathy me demanda si j’étais d’accord pour poursuivre son « road-movie ». Nous avons donc traversé le village, continué vers le Nord. Son silence attisait ma curiosité. Nous nous arrêtâmes sur une place. Elle ne sortit pas de la voiture, mais baissant la vitre, me désigna la boulangerie et un petit immeuble en face, au-dessus de ce qui fut une boucherie.

Peu avant d’arriver au village, Cathy me demanda si j’étais d’accord pour poursuivre son « road-movie ». Nous avons donc traversé le village, continué vers le Nord.

La suite, la suite, la suite !

*Georges Bizet, Henri Meilhac, Ludovic Halévy, L’amour est un oiseau rebelle in Carmen (1875)

Le cahier de Bonne-Maman – « Jouis, il n’est pas d’autre sagesse ; fais jouir ton semblable, il n’est pas d’autre vertu »

Pendant cette année 1919, nous fîmes, Nathalie et moi, la connaissance de presque tous nos partenaires. Certains ont cessé de nous rencontrer après leur mariage, après la naissance d’un enfant ou après un deuil, mais tous ont gardé secrets nos ébats et aucun ne nous a jamais manqué de respect.

Pour autant, n’allez pas vous imaginer que notre vie sexuelle se limitait à ces orgies ou à une accumulation d’amants. Certes, nous aimions nous étourdir dans ces soirées, mais ce que nous aimions par-dessus tout, c’était de jouir de nos corps en toute liberté, de ne pas rougir de nos envies. Quand on est intimement convaincu que la vie s’achève avec la mort, qu’il n’y a rien après, ni paradis, ni enfer, on profite de chaque instant, malgré les contingences, malgré les souffrances et on est plus attentif aux autres, plus ouvert. En tout cas, c’est ainsi que nous étions, que nous sommes toujours.

Un matin de septembre, alors que je reportais des écritures comptables sur le grand registre du père de Toine, je sentis son regard lourd d’embarras se poser sur moi. Je travaillais sur une table installée dans son bureau, je levai la tête, il m’expliqua ce qui le tracassait.

Un de ses plus anciens clients, un riche propriétaire terrien, avait une fille qui avait fait un « mariage d’amour » quelques années avant la guerre. Jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle, la plupart des mariages étaient dits « de raison », quelle que fût l’origine sociale des époux. Par la suite, surtout dans les familles avec du bien, cette tradition a perduré, perdure encore. Le berger qui épouse la princesse, ou inversement, est un mythe que la littérature a contribué à distiller dans nos esprits, s’il est très plaisant à imaginer, il est cependant fort éloigné de la réalité.

Quoi qu’il en soit, cette jeune fille avait épousé un jeune homme, de son milieu, mais qu’elle avait choisi. Ce qui me permit de comprendre immédiatement l’amour que lui portaient ses parents. La veille, le père de Toine avait eu un rendez-vous chez ce client, dont le gendre devait reprendre laffaire. S’étonnant qu’il ne participât point au rendez-vous, l’homme lui expliqua

Il est en crise, je ne sais pas combien de temps elle durera… Je crains qu’il ne me faille revendre mon affaire… Les mois passent, rien ne change. Les drogues n’ont plus d’effet sur lui et quand il les prend, on dirait un fantôme… Il effraie ses enfants à crier comme un possédé… Il leur fait honte à sangloter comme une fillette… Et puis, tout semble rentrer dans l’ordre… Jusqu’à la crise suivante. On ne peut jamais savoir quand elle va débuter, ni combien de temps elle durera…

Je regardai le père de Toine et lui demandai

Vous voudriez savoir si je pourrais lui apporter mon aide ?

Non ! Enfin… si… mais… ce que tu fais avec Antoine, ce que Nathalie fait avec Pierre, ce que vous faites avec les autres, ceux du village, tu ne pourrais le faire avec lui… Comprends-tu, il demeure à plus de cinquante kilomètres… comment pourrais-tu t’y rendre si une crise se déclenchait au milieu de la nuit ?

Avant qu’il n’ait fini d’exposer le fond de sa pensée, je lui proposai de rencontrer cet homme et son épouse pour tenter de leur expliquer comment nous procédions. Il me sourit, soulagé, me remercia chaleureusement et termina par cette boutade

Je louerais bien notre Seigneur de t’avoir mise sur notre route, mais puisque tu ne fréquentes pas plus l’église que mon fils, je craindrais de heurter tes convictions !

Au village, seules trois personnes possédaient le téléphone. Le père de Toine était l’une d’elles. Il appela son client, lui parla de moi et lui fit part de ma proposition. La crise avait été plus violente que d’ordinaire, il avait fallu appeler le médecin en pleine nuit, qui lui avait fait une piqûre, avait évoqué la nécessité de le mettre chez les fous, ce que sa fille avait fermement refusé, pour le moment, son gendre dormait encore, mais je serais la bienvenue quand je souhaiterai venir parler à sa fille.

Le père de Toine n’était pas homme à tergiverser. C’est ainsi qu’une demi-heure plus tard, nous nous mettions en route. J’aimais beaucoup me déplacer en automobile à ses côtés. Je découvrais des villages, des villes que je ne connaissais que de nom et il avait toujours une histoire à me raconter à leur propos, quand il ne me parlait pas d’un client. Nous arrivâmes au milieu de la matinée et nous fûmes accueillis par ce patriarche à l’air sévère, je ne me l’étais pas du tout imaginé ainsi. Il fit appeler sa fille qui nous rejoignit immédiatement. Je demandai à lui parler en tête à tête et la suivis dans ses appartements, à l’étage.

Cette femme était mon aînée de quinze ans, pourtant avant même d’avoir parlé avec elle, je sus le respect que je lui inspirais et la confiance qu’elle me faisait. Elle entrouvrit la porte de sa chambre et je pus observer son mari s’agiter dans son sommeil.

Quand il est ainsi, je sais que la crise n’est pas finie…

Sa voix était étranglée de sanglots. Je me demandais si elle serait assez forte pour supporter l’horreur des souvenirs de son époux. Nous étions dans l’antichambre, elle s’apprêtait à refermer la porte quand je lui demandai « Avez-vous un mot, un geste secret qui le rend particulièrement… amoureux ? »

Quelle sorcière étais-je donc, moi, la gamine pas même mariée, pour connaître l’existence de tels gestes, de tels mots entre un mari et sa femme ? Sa détresse était plus grande que la bienséance, elle eut un sourire contrit, le rouge lui monta aux joues, je l’encourageai du regard, s’en excusant presque, elle me souffla

Un baiser sur ses doigts… un certain… baiser… sur ses doigts

Il s’agita davantage.

Allez à ses côtés, rassurez-le en lui disant que vous êtes près de lui, qu’il est à l’abri, dans sa maison et… embrassez-lui les doigts !

Elle fit comme je venais de le lui conseiller, je souris en la regardant embrasser les doigts de son époux. Pourquoi m’étais-je imaginé un doux baiser pudique ? Parce que son univers était pétri de convenances bourgeoises ou parce que je n’avais jamais pensé que nous étions mus par les mêmes émotions ?

Elle embrassai l’index et le majeur de son mari comme on taille une pipe, n’interrompant son baiser que pour lui dire « Je suis là… tu es revenu ». Il paraissait s’apaiser, d’un geste de la main, d’un hochement de tête, j’encourageai cette femme à continuer. Oubliant ma présence, ou feignant de l’oublier, ses baisers se firent plus précis, je regardais, fascinée, sa bouche s’ouvrir, aller et venir, le bout de sa langue titiller la petite peau entre l’index et le majeur, avant de s’enrouler autour des doigts. Soudain, la magie opéra tout à fait. Les doigts de l’endormi se mirent à jouer avec les lèvres de son épouse, il sourit enfin dans son sommeil « Tu es revenu et je suis là ! »

Comme si on avait arraché un masque tragique, je vis le visage de cet homme changer du tout au tout. Quand il glissa hors du sommeil, quand il prit conscience de ma présence, ce fut comme s’il me connaissait déjà. En quelques mots, il comprit la raison de ma venue et m’en remercia, mais demeurait incrédule. Comment une gamine pourrait supporter l’évocation de ses souvenirs ? Avec douceur, mais avec fermeté, avec patience, je lui parlai d’autres anciens combattants qui venaient me livrer les leurs au village, je le rassurai en lui affirmant que les mots crus ne m’effaroucheraient pas et puis, ce n’était que pour cette fois « pour amorcer la pompe » ensuite, s’il le souhaitait, il pourrait se livrer à son épouse.

Je m’isolai avec lui, dans ce qui devait être son bureau, pendant que sa femme patientait dans son boudoir. Je n’avais jamais vu une telle propriété, plusieurs appartements dont chacun devait être plus vaste que ma maison toute entière ! Je n’étais pas envieuse, mais très surprise de constater, de visu, cette différence.

Charles, puisque c’est ainsi qu’il se prénommait, évoqua les cris, la boue, l’odeur de la mort, celle de la merde, l’odeur de la peur, le froid, l’humidité, le bruit, le silence angoissant qui précède l’assaut. Enfin, après presque une heure de confidences, cette vision qui venait le hanter, surgissant à l’improviste, parfois dans son sommeil, parfois alors qu’il était éveillé. Ce traumatisme qu’il ne parvenait pas à surmonter. Il suffoquait, son corps entier toujours bouleversé par ce qu’il avait vécu.

Monté à l’assaut avec plusieurs hommes, un obus les avait ensevelis, il ne savait pas combien de temps il était resté ainsi, couvert de terre, sans pouvoir bouger, sans savoir s’il était debout ou couché, la tête vers le ciel ou enfoncée dans le sol, mais avec la certitude qu’il allait mourir asphyxié, personne ne viendrait les sauver, personne ne saurait où ils étaient, ils allaient mourir là, oubliés de tous, sans avoir dit adieu aux êtres chers. Un autre obus souleva la terre et le projeta dans les airs, quand il réalisa qu’il s’en était sorti vivant, plus contusionné que blessé, il éclata de rire, soulagé, avant de s’apercevoir qu’il était entouré de cadavres et que plusieurs de ses compagnons demeuraient ensevelis. Il a creusé longtemps, priant de tout son cœur pour un miracle qui ne s‘est jamais produit.

Les larmes inondaient son visage, je lui demandai s’il voulait répéter à sa femme ce qu’il venait de me raconter ou s’il préférait que je le fasse. J’estimais qu’il était important qu’elle connût la raison des cris de son époux. Pour achever de le convaincre, je lui affirmai que l’ignorance était bien plus douloureuse que la réalité. Il l’appela, je la fis asseoir aux côtés de son époux et je débutai le récit, une respiration plus ample et saccadée m’indiqua qu’il ressentait dans sa chair ce que j’expliquais. Je demandai à Marie-Louise, puisque c’était son prénom, de se tenir prête. Elle lui suça les doigts quand Charles s’enfonça dans l’horreur et Charles revint à lui.

Comment vous remercier ? Vous le sauvez de l’asile, savez-vous ? Nous vous serons éternellement reconnaissants !

Je vous ai donné la méthode que j’applique, rien de plus ! Mais je sais que vous n’en avez pas fini avec les cauchemars, avec les cris, les crises de votre époux… Si vous le souhaitez, si vous en avez besoin, n’hésitez pas à me faire signe, j’essaierais de vous aider avec mes faibles moyens…

Une cloche retentit. Il était temps de passer à table. Ne vous moquez pas, mais en redescendant vers la salle à manger, aux côtés Charles et Marie-Louise rayonnants, le sourire et le regard plein de fierté du père de Toine fut ma plus belle récompense.

Le repas fut joyeux comme l’étaient ceux de la bourgeoisie de l’époque, point d’éclats de rire, point de plaisanteries, mais des sourires polis, des « je vous en prie » prononcés avec légèreté, des considérations sur les mets, sur les vins, sur la douceur de cette fin d’été, sur l’odeur des fleurs. Je n’en fus pas surprise, le père de Toine avait souvent évoqué cette particularité quand je demeurais chez lui et que nos conversations s’animaient ou que nous riions un peu trop fort lors des repas.

Après le déjeuner, pendant que les hommes buvaient une eau-de-vie digestive, Marie-Louise et sa mère me proposèrent de profiter de l’ombre de la tonnelle pour me détendre un peu avant de reprendre la route. De nouveau, elles me remercièrent, me demandèrent comment me rendre la pareille. Je n’en savais fichtre rien ! Pour couper court à la discussion, je leur désignai les superbes rideaux qui ornaient les vitres du « salon d’hiver », leur demandant si elles pouvaient m’indiquer où acheter un tissu semblable qui me permettrait d’en confectionner pour habiller les fenêtres de ma future maison.

Sans le savoir, j’avais tapé dans le mille ! Elles étaient toutes deux passionnées de spectacle, d’opéra, de théâtre et leur marotte était de recréer les décors et les costumes pour rejouer des extraits de leurs œuvres favorites. Au fil des ans, tout ceci s’était accumulé dans une réserve. Marie-Louise était certaine qu’il restait des coupons de ce tissu, ou d’un autre similaire.

Souhaitez-vous m’y accompagner ? Vous pourriez faire votre choix et je serais si heureuse de savoir qu’il y a un peu de mon univers chez vous !

Quand je découvris la réserve, je devais ressembler à Ali-Baba voyant pour la première fois les trésors de la caverne ! Je ne savais où poser mon regard ! Tant de jolis objets, de costumes chatoyants ! Marie-Louise m’invita à essayer une robe, puis une autre, ravie comme une fillette qui joue avec sa poupée. Nous étions, à peu de choses près, bâties sur le même gabarit, « Il y aurait si peu de retouches à faire… je vous en prie, prenez celles-ci ! »

Sur le trajet du retour, le père de Toine plaisanta à propos de la malle remplie de tissus et de costumes qu’il avait dû arrimer à l’arrière de l’auto.

Mais que vas-tu faire de tout ce fatras ?

J’ai ma petite idée, mais promettez-moi de n’en parler à personne. Je voudrais faire une surprise à mon Pierrot et à votre fils…

Il rit de plus belle, mais tint sa promesse. En chemin, il fit un détour pour me permettre de parler à Nathalie, à qui je demandai d’arriver une bonne heure avant Pierrot et Toine lors de notre prochain rendez-vous dominical. Une fois encore, nous étions amusées, excitées et complices sans avoir eu besoin de mots supplémentaires.

Ce soir-là, comme ça ne m’était pas arrivé depuis plusieurs semaines, je dînai chez les parents de Toine, qui me raccompagna chez moi après le repas. Voulant me taquiner, il me dit

Alors, Bouton d’Or, comme ça, tu es passée à l’ennemi ? Tu réconfortes ces salauds de bourgeois ?

Piquée au vif, je lui répondis

J’ai soulagé un être humain, son épouse. Si pour toi, c’est « passer à l’ennemi », alors oui, je suis passée à l’ennemi et j’en suis fière !

Avant de me dire au revoir, il remarqua mon front plissé.

Ho ! Que t’arrive-t-il, Bouton d’Or ? Je t’aurais blessée en voulant te taquiner ?

Je balayai ses craintes d’un revers de la main.

Parfois, tous ces souvenirs que je n’ai pas vécus semblent m’envahir et prendre possession de mon cerveau… Ce n’est rien… un mauvais moment à passer…

Il entra avec moi, me demandant comment il pourrait m’aider.

Je ne sais pas… ou alors… peut-être que…

Angelo Asti femme blonde assise
Angelo Asti

Je me dévêtis, m’assis sur le sofa et lui demandai de poser sa tête sur mes cuisses. Sans un mot, nous passâmes une partie de la soirée ainsi, son regard perdu dans ma toison et ses doigts qui en lissaient les poils. Mes mains caressant ses cheveux, je laissais couler des torrents de larmes sur mes joues.

Fais-moi… tu aurais envie de jouir… là… maintenant ? Rien que toi et moi ? Tu aurais envie qu’on jouisse ensemble ?

Ho, Bouton d’Or ! Tu me poses la question ? Si je retire mon pantalon, je vais me crever un œil tellement je bande !

Des sanglots dans mon éclat de rire, je l’aidai à se déshabiller « en prenant garde à tes yeux ! » Il me prit dans ses bras et m’invita à danser avec lui, mon corps nu collé au sien, nous valsions dans le silence de la pièce.

J’aime quand tu me fais danser, Toine !

J’aime te faire danser, Bouton d’Or ! Et tu sais pourquoi ?

Non ! Pourquoi ?

Parce que tu connais le secret de cette danse, jolie Normande

Le secret ? Mais quel secret ?

Il me fit tourner dans un sens, puis dans un même mouvement dans l’autre.

Ma belle, tu valses aussi bien à l’envers qu’à l’endroit !

Comme tout le monde, non ?

Mais non ! Justement pas ! Oh… quand tu souris comme ça… laisse-moi faire…

Continuant à me serrer contre lui, d’une main, il retira les épingles, les peignes qui maintenaient mon chignon en place. Je sentis mes cheveux couler sur mon dos, comme si c’était de l’eau.

À ton tour de te laisser faire…

Je m’agenouillai devant lui, enroulai une mèche de mes cheveux blonds autour de son sexe, Toine était émerveillé. D’autant plus que la faible lumière de la lampe à pétrole conférait à la scène une ambiance féerique, presque irréelle.

Ho, Bouton d’Or ! Mais que fais-tu ?

Je léchais son sexe au travers de mes cheveux

Si tu savais comme j’aime le goût de ta verge…

Fais-moi plaisir, Bouton d’Or, pour une fois dis-moi « ta grosse queue » au lieu de « ta verge » !

Je préfère le mot « verge » quand je parle de la tienne

Et pourquoi… donc… ooh… oui… comme ça… avec tes cheveux… dorés… Et pourquoi donc ?

Parce que par chez moi… hummm… comme j’aime son goût… chez moi… quand on… hmm… fesse un gamin… hmm… on dit… hmm… qu’on lui… assène… des coups… de verges… et…

Ho, Bouton d’Or… tu me… mets à la tor… oohh… à la… torture… et ?

Sentir le… contact de ta… verge sur mes… fesses… oohh… si tu savais…

Voulant être certain de bien comprendre ma raison, il me releva, d’un mouvement de l’index sous mon menton, il m’obligea à le regarder dans les yeux.

Sur tes fesses ou dans tes fesses ?

Sur mes fesses…

Je voulus détourner le regard, il m’en empêcha, la lumière de son regard, son sourire…

… mais surtout dans mes fesses… quand je pense à toi…

Quand tu penses à moi ?

Je me caresse souvent en imaginant ta verge dans mes fesses… Je pense à Nice… à quand on vous a expliqué pour l’huile d’olive… à la fois où tu les as honorées… comme tu ne le fais plus… je rêve et je me caresse…

Mais c’est parce que j’ai peur de te faire mal ! Tu as vu la taille de mon engin ? ! Si tu savais comme j’en ai envie… mais je ne veux pas te faire mal !

Si c’est ainsi que tu définis « me faire du mal », ne t’en prives pas ! Fais-moi du mal et dès que tu le voudras !

Comme s’il était possédé, il sortit de la pièce, le temps de réaliser qu’il était toujours nu et qu’il ne voulait pas me fuir, je l’entendis pester dans la cuisine

Putoù que… dis-moi, Bouton d’Or où tu la caches ton huile d’olive ?

Je le rejoignis en riant et lui expliquai que j’avais oublié d’en racheter. Il fit la grimace. Je lui pris la main et l’entraînai dans le petit cellier, où je pouvais entreposer les denrées qui avaient besoin de fraîcheur pour ne pas se gâter. Puisqu’il était toujours prompt à me taquiner sur mes origines, je lui proposai de le faire « à la mode de chez moi ». Il plongea ses doigts dans la petite motte de beurre. « Une chance que la Normande soit de nature prévoyante ! » et entreprit de m’enduire le derrière. Je sentais mon corps se détendre sous ses caresses. Il ne les stoppa que pour allumer une lampe à pétrole et quelques chandelles. « Je veux voir ton regard, ton sourire, Bouton d’Or ». J’aurais voulu garder les yeux ouverts, comme il le souhaitait, mais quand je sentis son gland me pénétrer, ils se fermèrent malgré moi.

Que marmonnes-tu, Bouton d’Or ? Dis… que marmonnes-tu ?

C’est encore meilleur que l’autre fois… encore… meilleur… encore… encore… encore !

Je ne te fais pas mal ?

Oh non ! C’est comme…

Je sentais le moindre des reliefs de sa verge et c’était comme autant de caresses différentes. J’ouvris les yeux.

… comme si… elle avait été… oh oui ! Comme si… pour que tu… ooh… pour que tu la mettes là…

Ô, Bouton d’Or…

Je caressais son cou, ses épaules, ses bras, son dos. Je griffais doucement ses reins du bout de mes ongles. Je voulais le sentir davantage en moi, mais il se retirait déjà. Doucement.

Non ! Pas tout de suite ! Pas déjà !

Il me pénétra à nouveau. Cette fois-ci, je parvins à garder mes yeux grand ouverts. Nous nous criions en silence de jolis mots, pleins de tendresse crue. Le temps semblait suspendu à nos souffles coupés. Je sentais mes chairs s’ouvrir pour mieux l’accueillir au plus profond de moi. Je sentais aussi les contractions de mon plaisir croissant. Quand j’allais y succomber, il se retira encore.

Oooh… tu me…

Je te ? Je te quoi, joli Bouton d’Or ?

Tu me tourneboules… oh non ! Ne ris pas !

Quel drôle de mot ! Et pourquoi donc ?

Je ne sais pas ce… oooh… ce que… je préfère…

Quand il allait et venait en moi, je pensais que c’était ça que je préférais. Puis, quand il s’enfonçait d’un coup de rein, de tout son long, que mon corps était empli de sa verge, je me disais « ah non… non… c’est ça que je préfère ». Alors, il se retirait, qu’il le fasse rapidement ou au ralenti, je préférais subitement cette sensation. Jusqu’au moment où son gland, à chaque fois un peu plus bouillant, à chaque fois un peu plus dur, me pénétrait, écartant mon orifice étroit… J’avais à peine le temps de réaliser que c’était ça que je préférais qu’il recommençait ses va-et-vient… Alors, pour ne pas « tourner fada » comme il disait, je décidai de ne pas chercher à savoir ce que je préférais, mais de m’abandonner au plaisir.

Allongée sur le dos, le poids de son corps ajouté au mien, mes longs cheveux dénoués me tiraient un peu, avant que ça ne devienne désagréable, je me soulevai légèrement et d’un geste vif, les projetai sur le côté. Sans l’avoir cherché, j’avais fouetté Toine. Il sursauta, surpris. Me sourit. Alors, je pris mes longs cheveux dans ma main et recommençai. Pour lire dans ses yeux, dans son sourire, le plaisir de cette sensation… Plus il me disait qu’il aimait ça, plus j’y prenais plaisir.

J’étais comme possédée, comme prise dans une vague de sensations plus agréables les unes que les autres. Je me demandai s’il pouvait percevoir la violence de l’orgasme qu’il m’offrait, quand il me chuchota, d’une voix qu’il avait du mal à dompter « Que c’est bon de te sentir jouir… » Il ferma les yeux et jouit au plus profond de moi.

Il nous fallut attendre un long moment avant de trouver le courage, d’avoir la force de nous relever pour aller nous coucher, mais nous ne pûmes nous résoudre à ne pas dormir ensemble.

Allongés dans les bras l’un de l’autre, encore étourdis de tout ce plaisir, nous ne parvenions pas à trouver le sommeil, alors, nous nous chuchotions des secrets qui n’auraient pas accepté d’être révélés à voix haute. Je n’oublierai jamais combien il fut bouleversé quand je lui fis cet aveu

Parfois, je me déteste. Quand j’entends les récits de vos années dans les tranchées, quand je pense aux souffrances que vous avez endurées, je souffre pour vous… Mais, en même temps, une petite voix au fond de moi me rappelle que s’il n’y avait pas eu la guerre, je n’aurais jamais correspondu avec Pierrot. Je serais restée la petite Rosalie, dure à la tâche, dans sa ferme normande… Je n’aurais connu ni l’amour, ni l’amitié, ni même le plaisir… Je mène une vie dont je n’aurais jamais osé rêver et cette vie, mon bonheur, je les ai construits sur les cadavres de la plus horrible des boucheries… Si tu savais comme je me déteste de me dire que la chance de ma vie aura été cette putain de guerre 14-18…

Il déposa de doux baisers sur mon front, entrecoupés de mots bien plus doux encore, sécha mes larmes par des caresses d’une tendresse incroyable. Apaisée d’avoir pu enfin confier ce secret qui commençait à me ronger, je m’endormis sereinement.

Le dimanche suivant, jour de la Sainte-Reine, voici ce qu’il advint

Le cahier de Bonne-Maman – « S’il n’y avait pas d’hiver, le printemps ne serait pas si agréable »

Le lendemain, nous nous retrouvâmes à la crique. Pierrot arriva le dernier, nous désignant sa musette qui nous parut bien remplie. Je courus vers lui, il me chuchota « Tu leur as dit ? »

Non ! Je voulais qu’on leur annonce ensemble !

Il m’embrassa, me répétant son amour. Tout comme moi, il s’était réveillé ce matin-là en se demandant s’il n’avait pas rêvé tout ceci. Je lui dis que pour être certaine du contraire, il m’avait fallu tenir à nouveau dans ma main les papiers remis par le notaire. Il allait me répondre quand nous fûmes interrompus par Toine « Qu’est-ce que vous manigancez, tous les deux ? » En nous retournant, nous éclatâmes de rire.

Toine se tenait debout, les poings serrés sur les hanches pour marquer sa désapprobation. De nous quatre, il était toujours le premier à se dévêtir, il aimait la nudité par-dessus tout, mais à cet instant le contraste entre sa mine sévère, son allure réprobatrice et son érection était franchement comique.

Oh gari, quand tu nous engueules, essaie de ne pas bander comme un âne !

Toine regarda son sexe dressé avant d’éclater de rire.

On pourrait croire que tu veux décrocher le soleil !

J’en serais bien capable, Bouton d’Or !

Sortant une « bonne bouteille » de sa musette, Pierrot annonça qu’on aurait quelque chose à fêter, mais avant, il nous fallait découvrir ce que « le sort » nous avait réservé. Nous nous déshabillâmes, nous assîmes, Pierrot déplia le bout de papier qu’il avait pêché dans « la boîte à désirs », je reconnus l’écriture de Nathalie.

Colin-Maillard

Pierrot crut avoir mal lu, mais Nathalie expliqua

Rosalie et moi on aurait les yeux bandés et vous nous feriez… et nous, on devrait deviner qui fait quoi, mais interdiction de parler… Colin-Maillard, quoi !

Té, Pitchoune, vous avez une drôle de façon de jouer à Colin-Maillard dans ta famille !

Nathalie voulut s’expliquer, plus elle parlait, plus Toine et Pierrot la moquaient. Je pris sa défense, l’assurant que de toute façon, les garçons comprenaient toujours tout de travers. Pierrot sauta sur l’occasion.

Mais oui ! Bien sûr ! Les garçons comprennent toujours tout de travers… ! Voyons, c’est bien connu ! Dis-moi, Nathalie, toi qui es une fille, que répondrais-tu, si après avoir fait les premières démarches en vue de te marier, le Toine te disait « Demande-moi ce que tu veux » ? Dis, que répondrais-tu ?

Nathalie ouvrit des yeux comme des soucoupes.

Il t’a fait sa demande ?

Oui ! Hier !

Pierrot insista

Que répondrais-tu ?

Tu as déjà offert la bague ?

Non !

Alors, la bague ou… pourquoi tu ris Pierrot ? Et Rosalie, pourquoi tu lèves les yeux au ciel ?

Parce qu’il raconte n’importe comment !

Pierrot me prit dans ses bras en riant.

Non ! Non ! Non !

Toine observait la scène, amusé, des éclats de tendresse, d’amitié dans les yeux. Exagérant mon accent, le rendant ridicule, Pierrot me singea « Fais jaillir mes seins de mon corsage et caresse-les comme toi seul sais les caresser »

Toine rejoignit Pierrot dans un formidable fou-rire, tandis que Nathalie bégayait « mais… mais… mais… »

La Normande est moins vénale que la Provençale, si je comprends bien ! Quand même, Bouton d’Or, tu aurais pu pousser l’avantage…

L’interrompant, je m’exclamai « Nous étions en train de… de batifoler… je le chevauchais et… par pitié, Pierrot, raconte mieux ! Tu n’as pas dit… »

Pierrot, un air de contentement sur son visage, sortit quatre timbales, déboucha la « bonne bouteille », nous servit les uns après les autres, leva son verre et nous invita à trinquer « à l’amour, à l’amitié, à la vie ». Je le suppliai encore, le menaçai et, n’y tenant plus

Il aurait trouvé les mots mieux que moi… il m’avait déjà offert la maison de la boîte aux lettres !

Toine faillit s’étrangler en avalant sa gorgée de vin, à cause d’un éclat de rire.

Ho fatché, Pierrot, tu émerveilles, tu combles Bouton d’Or avec une ruine !

Ces deux-là étaient en train de transformer ce magnifique moment en une pantalonnade… Toine s’approcha de moi, tendit sa main et de son pouce essuya la larme sur ma joue avant qu’elle n’ait eu le temps de jaillir de mes yeux.

On te taquine, Bouton d’Or ! Et puis, tu sais, on va te la retaper, ta maison ! Tu verras tout le canton voudra y passer du temps, la visiter !

Notre maison, Toine, ce sera la maison de Pierrot et de moi !

Toine me tendit son gobelet vide, prit la main de Nathalie l’enjoignant à se lever, posa un genou à terre.

Nathalie, voudrais-tu devenir ma femme ?

Je… oh ! Mais cesse donc ! Arrête ! Je…

Toine la caressait entre les cuisses, la léchait du bout de sa langue. N’y tenant plus, elle plaqua le visage de son prétendant contre son minou, se laissa aller au plaisir de ce baiser.

Vautrée sur Pierrot, je les regardais en me délectant de ses caresses. Alors que ses doigts puissants glissaient de ma toison jusque mon bouton, il s’exclama d’une voix tonitruante « Ho, la Nathalie, on l’a pas entendue ta réponse ! Tu le veux, qu’il te marie, le Toine ou tu le veux pas ? »

Je remarquai les soubresauts des épaules de Toine, qui devait réprimer un éclat de rire, mais ne voulait certainement pas interrompre ce qu’il était en train de faire.

Oh, fan de Diou ! Oh que oui, je le veux !

Pierrot poussa un long « Aaahhh » de soulagement, comme s’il y avait eu le moindre suspens.

Ne lui offrant pas la possibilité de la faire jouir, Nathalie s’arracha à l’étreinte de son Toine, le fit se mettre debout. Bon sang ! Son sexe semblait encore plus long, plus gros qu’à l’ordinaire ! Je n’étais pas la seule à l’avoir remarqué, Pierrot avait marmonné un « C’est pas humain… Pour sûr, il a été croisé avec un taureau ! »

Nathalie s’agenouilla « Et toi, mon Toinou, veux-tu me marier ? » Avant qu’il n’ait eu le temps de répondre, elle le lécha sur toute la longueur, des gonades jusqu’au gland avant de l’avaler. Toine grognait de plaisir. Qu’ils étaient beaux, ces deux-là !

Je n’eus pas le loisir de taquiner Toine sur son absence de réponse, parce que voir Nathalie se régaler ainsi me donna une impérieuse envie de me régaler de mon Pierrot. Je tremblais déjà de plaisir quand j’entendis la voix vibrante de Toine « Oh, Pitchoune, ô, ma Nathalie ! Je le veux ! Tu le sens comme… han… je le veux ? » et il cria à en effrayer tous les oiseaux de la création.

La « bonne bouteille » et sa petite sœur étaient vidées depuis longtemps quand nous ouvrîmes le panier pour déjeuner. C’est à la fin de ce pique-nique que nous vint l’idée du double-mariage. J’étais allongée, la tête sur le ventre de Pierrot qui caressait le corps de Nathalie, Toine regardait ma toison, ses doigts glissaient entre mes poils, le soleil nous léchait la peau d’une façon fort agréable. Nos corps enchevêtrés, nous plaisantions « si quelqu’un nous voyait, il se demanderait qui est avec qui ! », quelques rires plus tard, quelques caresses et un peu plus de baisers, quelques mots d’amour et d’amitié encore et la décision fut prise, nous nous marierons le même jour, une double cérémonie, coûte que coûte.

Nathalie tint sa promesse malgré tout, me houspilla quand je lui proposai d’avancer la date de son propre mariage puisque je n’avais toujours aucune nouvelle de mes parents presque un an après ce pique-nique. Têtue comme une bourrique, elle tapa du pied « On a décidé d’une double-cérémonie, on s’y tient ! Un point c’est tout ! » Quelle amie formidable… !

Échauffés par le vin, par le soleil, enivrés par la promesse de cette double-cérémonie, nous nous laissions envahir par une certaine langueur quand Pierrot étendit son bras, à la recherche d’une pièce de tissu pour bander les yeux de Nathalie. Pour finir, il utilisa son pantalon, alors que les grands torchons qui nous avaient servi à emballer nos provision auraient tout à fait convenu. « C’est plus amusant ainsi ! »

Quand elle était excitée, Nathalie riait d’une façon qui nous troublait tous, elle en avait conscience, elle aurait pu en jouer si elle avait su maîtriser ce rire si particulier, mais elle n’a jamais cherché à le faire. Elle riait, déjà aveugle, je sentais le désir me posséder, m’envahir, je regardais les sexes de nos compagnons se gonfler, se dresser avant de ne plus rien y voir. Les yeux recouverts par le pantalon de Toine, je sentais son odeur, ce qui m’excitait davantage, moqueur, il s’adressa à Nathalie

Dis, Pitchoune, maintenant que vous n’y voyez plus, que fait-on ? Quelles sont les règles de ton Colin-Maillard familial ?

Mais… ce n’est pas…

Nathalie pouffait, excitée, excitante

— … vous nous faites tourner et nous, on doit vous attraper, celui qu’on touche fait ce qu’il veut de nous…

Colin-Maillard, quoi !

Attendez qu’on vous attrape, vous ne perdez rien pour attendre !

Ils nous firent virevolter à nous en faire perdre l’équilibre, le soleil était haut dans le ciel, nous étions un peu grises du vin que nous avions bu, je chancelai, les mains en avant à la recherche d’un corps. Le premier qu’elles trouvèrent fut celui de Nathalie, que j’aimais sentir ses jolis seins dans le creux de mes mains !

Ah ah ! Te voilà bien puni, Toinou !

Nathalie avait collé son corps contre le mien et se livrait, impudique, à mes caresses, ses lèvres embrassaient mes épaules, descendaient vers mes seins…

Tu dis vrai, Pitchoune, nous voilà bien punis !

Elle riait, merveilleuse, reprochant l’ironie de son Toinou, reprochant à Pierrot de rire aussi. Je sentis des mains d’homme empoigner ma taille, sans pouvoir déterminer lesquelles, ces mains m’arrachèrent à Nathalie qui poussa un soupir de dépit.

À nouveau, je tournoyais, à nouveau, je chancelais, trébuchant, manquant de perdre l’équilibre, de tomber, je ne dus mon salut qu’à une branche d’arbuste à laquelle je m’agrippai « Heula ! L’est bien moelleuse c’te branche… ! » J’entendis, non loin de là, le rire de Nathalie qui avait attrapé Pierrot.

Je sentis la main de Toine prendre la mienne, lui faire effleurer mes seins. Il aimait par-dessus tout que je me caresse pour lui, devant lui… Je devinai l’éclat de son regard, son sourire, le bruit de sa langue humectant ses lèvres, j’entendis son souffle déjà court de désir, aveugle je me livrais avec impudeur, ma voix était un peu rauque quand je lui demandai « Comme ça ? » pour toute réponse, je l’entendis souffler plus fort par le nez, comme un taureau avant la saillie, me guidant à ce son, je m’approchai de lui, ondulante, une main sur mes seins, l’autre sur mon pubis.

Quand je fus assez près pour sentir son souffle sur ma peau, j’écartai mes cuisses, basculai mon bassin vers l’avant, ouvris les lèvres de mon sexe de mes doigts, me caressai. Je sentais mon bouton durcir, se gonfler de plaisir, saillir comme un pénis miniature, j’étais envoûtée par ma propre voix quand je lui redemandai « Comme ça ? », son souffle plus puissant, plus saccadé pour toute réponse. « Comme ça ? »

Enfin, je sentis ses doigts, j’allais retirer les miens, quand il m’en empêcha « N’arrête pas, Bouton d’Or ! N’arrête pas… » il me sembla entendre couler sa salive pleine de désir « … n’arrête pas ». Comme une supplique, il me demanda « Dis-le… dis-le, Bouton d’Or… dis-le moi ici, en plein jour… dis-le », alors je lui dis les mots que je lui répétais pendant ces nuits d’hiver, pour l’aider à chasser ses cauchemars « Regarde comme j’aime me faire jouir, rien que pour toi… regarde comme j’aime ça ! Regarde le plaisir que tu m’offres avec tes yeux ! Regarde et n’oublie pas ! »

Il agrippa mes hanches pour mieux profiter du spectacle, pour m’empêcher de tomber et aussi pour sentir mon corps chavirer, je jouis en poussant un long cri, la pression de ses mains s’accentua, je compris qu’il guidait mon corps pour que je puisse m’empaler sur lui, quand il me pénétra, mon sexe palpitait toujours, nous psalmodions à mi-voix « Comme c’est bon ! Que c’est bon ! »

J’essayais de le contraindre à me pénétrer de tout son long.

Je vais te faire mal, Bouton d’Or et je ne le veux pas…

Je te veux tout entier, tout au fond de moi, Toine !

Je me penchais tantôt en avant, tantôt en arrière, me soulevais un peu, pour mieux m’enfoncer, étrangement guidée par mes sensations tout autant que par les cris de plaisir de Nathalie et de Pierrot, il me semblait qu’ils s’étaient rapprochés de nous, en entendant Nathalie crier « Oh, fan de Diou ! Oh, fan de Diou ! », mon corps s’ouvrit tout à fait et le sexe de Toine put entrer de toute sa longueur, de toute son épaisseur, sans me faire le moindre mal.

Je continuais à me pencher, tantôt en avant, tantôt en arrière, à me soulever, à m’enfoncer pour jouir de ces différentes sensations, mon plaisir n’étant pas distrait par la vue. « Tu aimes, Toine ? Tu aimes ça autant que moi ?», pour toute réponse, je n’avais que ses cris étouffés.

J’entendis Pierrot crier son plaisir, le bruissement du tissu qu’on dénoue, un chuchotement de Pierrot, le rire étouffé de Nathalie, mais je n’en pris conscience que plus tard. Pour le moment, je n’étais attentive qu’au seul plaisir que je prenais avec Toine.

Ses mains se crispaient sur mes hanches, accompagnant mes mouvements « Oh, fatché ! Comme c’est bon ! Comme c’est bon ! » Enfin, il retrouvait l’usage de la parole ! Enfin, je savais qu’il y prenait plaisir ! Mes mains devenues folles couraient sur mon corps, sur le sien au gré de mes ondulations, de mes mouvements « Un baiser, Bouton d’Or, offre-moi un de tes baisers ! »

En me penchant pour exaucer ce souhait, mon bouton tout bandé, tout excité, frotta le sexe, le pubis de Toine, libérant mon plaisir. Je criai la bouche grande ouverte collée à celle de Toine qui enfonça ses ongles dans mes fesses, donna un ultime coup de rein et déversa son plaisir tout au fond de moi.

Avant de me rendre la vue, ayant retrouvé tous ses esprits, il me demanda

Alors, Bouton d’Or, as-tu deviné qui tu as attrapé ?

Quelle question ! La Nathalie !

Dessin de Paul-Émile Bécat

Nous aimions nous ébattre nus dans la mer après avoir pris du plaisir, sentir l’eau tiède sur notre peau. Si Pierrot et Toine nageaient comme des poissons, Nathalie ne le savait pas, quant à moi, je ne savais nager « que là où j’ai pied », ce qui irritait l’esprit logique de Toine « Si tu sais nager, tu sais nager !  Au plus tu as d’eau sous ton corps, au mieux tu flottes ! », mais je n’en démordais pas, hors de question de m’aventurer au loin !

Je crois que j’étais déjà l’épouse de Pierrot quand j’ai osé leur avouer que cette mer étrange, sans marée, presque sans vagues m’effrayait un peu, je ne savais pas la déchiffrer et je craignais de ne pas savoir y déceler les signaux d’alerte d’un danger imminent.

Nous étions sur le sentier qui mène à la crique, main dans la main, quand Nathalie se retourna en riant

Pierrot m’a dit « si elle portait un corsage, elle lui demanderait de faire jaillir ses seins et de les lui caresser ! »

J’entendis le rire de Toine, Pierrot sourit comme le ravi de la crèche, fier de lui, je haussai les épaules, levai les yeux au ciel « Tu parles de travers, Pierrot ! Toine ne venait pas de me demander en mariage, juste avant ! » et je m’échappai en riant pour éviter la claque sur mes fesses que Pierrot s’apprêtait à m’asséner.

Quand nous retournâmes au village, que Toine et moi entrâmes chez ses parents, nous avions les yeux brillants d’avoir trop joué dans la mer, d’avoir trop regardé le soleil, d’avoir trop bu, d’avoir trop ri. Toine s’en excusa auprès de son père

Nous avons fêté deux bonnes nouvelles, nous allons nous marier le même jour et Pierrot va acheter la vieille maison, rue Basse, pour lui et pour Rosalie…

Il va acheter la maison de toutes les débauches ?

Devant notre air ahuri, il expliqua

C’est ainsi que les anciens l’appelaient, n’y vois aucune offense, Rosalie !

Rosalie découvre pourquoi on appelait ainsi sa future maison