La nouvelle vie d’Odette – L’oiseau que tu croyais surprendre battit de l’aile et s’envola. L’amour est loin, tu peux l’attendre, tu ne l’attends plus, il est là. *

Peu avant d’arriver au village, Cathy me demanda si j’étais d’accord pour poursuivre son « road-movie ». Nous avons donc traversé le village, continué vers le Nord.

– Ça faisait presque neuf mois que Paulo était sous terre quand Monique est entrée dans la boulangerie. Je me souviens encore du bruit du rideau de perles et du carillon au-dessus de la porte. Je l’ai regardée, j’ai tout de suite vu qu’elle savait qui j’étais. Alors, j’ai regardé vers la place et j’ai vu l’auto de Christian. « Bonjour, je m’appelle Monique, j’aimerais te parler seule à seule ». Je me suis pensé qu’elle allait me dire « Christian c’est mon homme, alors requin… loin des côtes ! » Mais elle avait un si joli sourire. Je voyais bien qu’elle ne voulait pas faire un esclandre public, alors je lui ai proposé de me retrouver chez moi pendant ma pause… Là, dans mon petit appartement au-dessus de la boucherie… au premier étage. Hou fan, si j’avais pu deviner ! J’aurais fermé la boulangerie tout de suite, je ne serais pas restée une heure, plus d’une heure à me cailler les sangs !

Cathy prit une profonde inspiration et sur le ton de la confidence poursuivit son récit.

– On a parlé normalement. Et puis je lui ai dit que j’étais contente de la visite de ma remplaçante. Qu’est-ce qu’elle m’a pas crié ! Hou ! Qu’est-ce que j’avais pas dit là !

Imitant tant bien que mal l’accent parisien, mais mimant Monique à la perfection.

– Quelle remplaçante ?! Personne ne pourra jamais prendre ta place ! Tu m’entends ?! Personne ! Tu es unique ! Regarde-moi ! Comment je pourrais être ta remplaçante ?! Tu es irremplaçable ! Elle m’a raconté ses vacances, ses rencontres, c’est là qu’elle m’a dit que je leur manquais à tous. Elle m’a demandé si ça ne me manquait pas un peu à moi aussi. Je lui ai répondu que non, que ça ne me manquait pas un peu. Que ça me manquait beaucoup. C’était la première fille avec qui je me sentais en confiance… Elle m’a demandé de lui parler de la camionnette et quand je lui racontais… Elle écoutait avec de la gourmandise dans les yeux ! Ça me faisait tout drôle parce que c’était la première amie que j’avais. Je l’ai tout de suite su… qu’on serait amies. On aurait dû être rivales, mais non. J’ai tout de suite su qu’on ne le serait jamais. Et cette amie qui me tombait miraculeusement du ciel partirait dans quelques heures pour Paris. Elle était aussi dépitée que moi, mais elle m’a promis de revenir passer quelques jours avec sa grand-mère dès que possible, que quand elle reviendrait, elle passerait me voir et qu’on s’organiserait une petite fête pour fêter ça. Je lui avais dit qu’elle était la femme idéale pour Christian et elle m’avait dit que j’étais la femme idéale pour Alain. On avait rigolé parce qu’elle m’avait raconté comment elle s’amusait à l’appeler Aloune et comment ça l’escagassait beaucoup-beaucoup. J’ai repris le travail et je ne pouvais pas m’empêcher de sourire en pensant à ce qu’elle m’avait dit d’Alain. Je savais que je guetterai l’arrivée du facteur parce qu’on s’était promis de s’écrire presque chaque jour pour faire mieux connaissance. Je n’avais pas le téléphone à l’époque.

J’avais fini de dîner quand on a toqué à ma porte. Monique était là. « J’ai pas pu prendre le train. Ma vie est ici. Je le sens là », elle a mis la main sur son cœur, « et là aussi », elle l’a mise entre ses cuisses. « Je m’installe au village chez ma Bonne-Maman ». Je la sentais comme embêtée, comme si elle cherchait ses mots. « Tu voudrais bien passer la première soirée de ma nouvelle vie avec nous ? » « Avec vous ?! » « Euh… avec Christian, moi… » Hou ce regard coquin ! « Et Aloune ! » Et le pire du pire, tu sais quoi, Blanche-Minette ? Et le pire, elle m’a remerciée, à moi d’accepter et qu’elle était sincère ! Je voulais me changer parce que j’étais en nuisette, mais Monique m’a dit de ne rien en faire, que quand j’avais ouvert la porte, elle avait cru que je portais une tenue sexy pour regarder la télé. « Attends au moins que je mette une culotte ! » « Si ça te semble indispensable… » On a descendu les escaliers en pouffant comme deux gamines qui font le mur pour aller s’encanailler en ville.

Quand Alain nous a vues… fan de Diou ! C’était comme s’il était témoin d’une apparition de la Vierge ! Euh… oui… la Vierge, c’est peut-être pas… Mais je ne vois pas comment te l’expliquer autrement. Il ouvrait des yeux larges comme la main. « Ô, pute vierge ! » On est montées à l’arrière de l’auto, Christian nous espinchavo dans le rétro et Alain se retournait toutes les trente secondes, comme s’il y croyait pas. « Ô, pute vierge, la Cathy ! La Cathy et la Monique ! Ô, pute vierge ! » Avec Monique, on se tenait la main et on rigolait. On était des amies de toujours qui venaient de faire connaissance, alors, on avait des réflexes de l’enfance, comme se tenir la main pour partager notre gaieté.

 Cette première soirée dans la petite chambre de Monique… hou ! Je retrouvais mon Christian, heureux comme un pape d’avoir trouvé sa moitié et de la partager. Mon Alain était tellement heureux qu’il m’a demandée en mariage ! J’ai répondu oui parce que je savais pas s’il était vraiment sincère, mais que j’avais envie d’y croire. Mais surtout, je faisais la connaissance de Monique… Tu sais, je m’étais déjà gouinée dans des partouzes, mais comme ça… On n’avait pas vraiment de désir, mais on savait que ça excitait les hommes et on aimait ça… les exciter comme ça, facilement. Mais Monique, quand elle m’a regardée c’était autre chose. Elle me désirait vraiment pour moi, pour elle, pour la femme que j’étais et qu’elle trouvait belle. Christian et Alain n’auraient pas été là, elle m’aurait désirée tout pareil. J’ai remarqué le sourire de Christian, il m’a fait un petit clin d’œil discret. J’ai regardé Monique et je suis tombée amoureuse de leur amour et puis, j’ai regardé Alain…

 Je me suis assise sur le bord du lit, je déboutonnais la braguette d’Alain en prenant tout mon temps, pour ne pas oublier. Il se laissait faire, immobile comme une statue. Je le regardais, il avait fermé ses yeux et sa main s’est animée. Il a caressé mes cheveux… Ça faisait neuf mois que je n’avais pas sucé un homme et quand j’ai senti son gland entre mes lèvres, sous ma langue, c’est comme si je me réveillais d’un mauvais rêve. J’aurais voulu le sucer plus longtemps, mais il s’est retiré de ma bouche. Il m’a prise dans ses bras et m’a fait danser, collé-serré. « Tu m’as tellement manqué, Catherine ! Tu m’as tellement manqué ! » Je voyais Christian dans le dos de Monique, il se branlait en nous regardant danser. Il n’avait pas changé en neuf mois et restait le Christian que je connaissais, celui qui prend son plaisir en regardant faire les autres, à attendre qu’ils aient fini pour faire l’amour à celle qu’il convoite. Mais ce qui me troublait davantage, c’était de voir Monique se caresser en nous regardant, à sortir le bout de sa langue quand les mains d’Alain me caressaient et les petites étoiles dans ses yeux…

 De les voir tous les deux si excités et surtout de sentir le membre gros et dur d’Alain contre mon ventre… hou ! J’aurais pu m’évanouir de désir ! Je me suis allongée sur le lit, j’ai supplié Alain de me prendre, je n’en pouvais plus, c’est comme si mon corps me disait « J’ai trop attendu ». Alain m’a fait un de ses beaux sourires, j’ai fermé les yeux pour mieux profiter de ce moment, mais de sa voix la plus douce, il m’a demandé de les garder ouverts. « Je veux voir ton regard, jolie Catherine ». Il me pénétrait tout doucement, au ralenti. Je profitais au mieux de cette sensation si familière qui m’était pourtant devenue étrangère. Je fixais mon attention sur cette première pénétration depuis mon deuil. Je regardais Alain, mais je ne le voyais pas, je voyais à l’intérieur de mon vagin… le gland d’Alain qui progressait en moi. Soudain, ma vue est redevenue normale, j’ai vu son regard, son visage, la salive à la commissure de ses lèvres et sa voix… sa voix comme s’il ne croyait pas ce qu’il était en train de vivre ! « Oh que c’est bon, que c’est bon, ma Catherine… ma Catherine ! »

 Je ne voulais pas reconnaître que l’amour puisse naître aussi facilement, qu’Alain puisse être amoureux de moi et moi de lui. Je ne voulais pas non plus qu’il s’imagine que j’avais changé, que je serai monogame. Comme s’il avait lu dans mes pensées, Christian s’est approché de moi. Il sait comment y faire pour que je ne résiste pas à l’envie de le sucer. Il a approché sa bite, presque timidement de ma bouche, avec son gland il a caressé mes lèvres… Hou que ça te rappelle quelque chose à toi aussi ! Alors, on se comprend… comme tu me comprends si je te parle du plaisir de sucer une queue bien dure pendant qu’une autre aussi dure va et vient dans ta chatte, alors que tu croyais que tu ne connaîtrais plus ce plaisir… hein, capoune ?

 Monique était debout, un peu à l’écart. Elle se touchait en nous regardant. Elle est venue près du lit, elle a touché mes seins comme aucune femme ne les avait jamais touchés. Elle caressait mon ventre, embrassait Christian. Tu vois le tableau ? Moi allongée en travers du lit de Christian, les chevilles sur les épaules d’Alain qui va et vient en moi. Christian à genoux sur le lit, qui caresse mon visage pendant que je le suce et Monique debout qui l’embrasse en se touchant et en me caressant. Par en dessous, je voyais la langue de Monique et celle de Christian. Tu me prends pour une folle si je te dis que je le suçais en m’imaginant rouler une pelle à cette nana que je ne connaissais pas quelques heures auparavant ?

– Non, pas du tout ! Même si je n’ai jamais vécu ça, je comprends tout à fait et je ne suis pas folle.

– Alain allait de plus en plus vite, de plus en plus fort, comme j’aime tant… Je me sentais onduler. C’était si bon… si bon de me sentir vivante au milieu des vivants ! Et Alain qui me répétait comme je lui manquais. Pas comme je lui avais manqué, mais comme je lui manquais. Sa façon de me faire comprendre qu’il ne tenait qu’à moi de ne plus lui manquer. Je sentais mon plaisir sur le point d’exploser, mais je ne voulais pas savoir qui me ferait jouir. J’ai arrêté de sucer Christian le temps de leur demander de me faire jouir tous les trois. J’ai senti leurs doigts caresser mon clitoris et mon orgasme a explosé, comme j’avais oublié qu’il pouvait exploser. La bouche pleine de la queue de Christian, je les suppliais « Encore ! Encore ! Encore ! Encore ! » Alain répétait « Ô, pute vierge ! Je vais venir ! Tu me fais venir…! Ô, pute vierge ! Un mot de toi et je vais venir ! » Monique a répondu pour moi « Viens ! Viens ! Viens, Alain ! » Sans arrêter ses va-et-vient, Alain a joui en moi « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » Il s’est retiré et juste avant que Christian me prenne, j’ai remarqué que Monique prenait du plaisir à regarder ma chatte. Quand Christian m’a pénétrée, ça me l’a refait… comme si ces longs mois froids et solitaires étaient derrière moi, comme si la vie me disait qu’elle sera toujours plus forte que la mort.

 Je sais qu’Alain a fait jouir Monique avec ses doigts, avec sa bouche, mais je ne les ai pas vus. J’avais fermé les yeux pour mieux profiter, pour mieux sentir Christian me baiser comme il sait que j’aime qu’il me baise. Comme tu le sais, j’ai été la première nana avec qui il a couché, comme le dit Monique, je l’ai fait à ma main… J’ai rouvert mes yeux quand j’ai senti Alain s’allonger à côté de moi. Hou fan, sa queue était énorme et il me semblait qu’il avait joui en moi quelques minutes seulement avant… Il m’a pris la main et Monique s’est accroupie au-dessus de lui. Elle regardait Christian aller et venir en moi en même temps qu’elle montait et descendait le long du membre d’Alain. On s’embrassait, on se caressait… Je jouissais encore plus fort parce que je sentais jouir Christian et aussi Monique. C’est là qu’Alain m’a demandé de le marier et que je lui ai répondu oui et tu sais ce qu’il a dit ?

– « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » ?

Satisfaite, Cathy fit claquer ses doigts.

– Hé bé non ! Il a dit « Ô, mon Dieu ! Bon Dieu, c’est le plus beau jour de ma vie ! » Alors, j’ai demandé à Monique de bouger sur mon homme, de me montrer comment elle le faisait jouir. J’ai dit « mon homme », comme si j’avais renoncé à lutter contre cet amour. Monique se cambrait pour que je puisse mieux voir « la grosse queue veineuse de ton homme reluire de ma mouille de salope ». Elle disait « mouille » « grosse queue » et « salope » avec tellement de gourmandise dans la voix qu’elle nous ouvrait l’appétit. Avec ma main, je caressais ses fesses pour qu’elle monte plus haut. Les mains sur ses hanches, Alain l’obligeait à s’enfoncer à fond. Je te le dis sans honte, ce petit jeu entre moi et Alain nous plaisait beaucoup à nous quatre. « C’est trop de bonheur…! Vous me faites venir, mes douces coquines…! Vous me… ô, pute vierge, je viens, je viens !

 Quelle soirée mes aïeux ! Je… c’est comme si je sortais du coma, plutôt comme Hibernatus. Je revenais dans ma vie, celle que j’aimais. Celle que je méritais de vivre comme me l’a dit Alain quand nous sommes allés chez lui. Hou fan ! Il me regardait et me répétait « C’est comme si j’avais fait un vœu et qu’il était en train de s’exaucer ! » Sur les murs, il y avait des posters, j’étais étonnée de ne pas y voir un seul de pin-up. Alain m’a dit qu’il rangeait son album à fantasmes dans le tiroir de sa table de chevet. On aurait dit un album-photo sauf qu’au lieu des photos, c’était des dessins. Je ne savais pas qu’il dessinait si bien… autre chose que des plans, je veux dire… Alain était tout gêné parce que les premiers dessins on ne voyait… c’était que des détails… un buste avec une belle poitrine… une chatte… beaucoup de dessins de chattes sous différents angles, avec une bite dedans ou pas… des culs de femme… Ça me faisait sourire qu’il soit tout gêné de me montrer ses dessins comme s’ils pouvaient me choquer. C’est quand j’ai vu le premier dessin de pipe… Je suis revenue en arrière. J’ai regardé Alain.« C’est… c’est moi ?! »

Je ne m’étais jamais vue comme ça. Bien sûr, j’avais déjà regardé dans des miroirs pendant, mais tu sais ce que c’est… dans le feu de l’action, on est un peu… distraites… Alors en dessin… Je regardais attentivement. Ça me faisait drôle d’être excitée par des dessins pornos de moi. Alain bandait comme un dingue et on commentait, on s’échauffait… Je tournais les pages, mais d’un seul coup, il s’est montré raisonnable. Il a repris l’album, l’a refermé d’un coup et il a dit qu’il fallait qu’on se repose. On s’est couchés et on s’est endormis.

Cathy éclata de rire.

– Ça casse le mythe, non ?

– Oui, mais c’est compréhensible, quelques heures plus tôt, tu te voyais vieillir toute seule, Monique te rend visite et…

– Fatché, on reconnaît bien là la professionnelle de santé !

– Allez, au lieu de te moquer, continue…

– On avait mis le réveil parce que je travaillais le lendemain, mais je me suis réveillée un peu avant. J’ai regardé Alain. C’était la première fois que je voyais quelqu’un sourire dans son sommeil. Qu’il était beau ! Il dormait encore, je le savais à cause de sa respiration, mais son corps s’est réveillé avant lui… Il a dressé la tente, comme on dit et je n’ai pas pu résister. Blottie dans ses bras, je le branlais doucement. Que c’était bon ! Sa main s’est posée sur mon bras, elle a glissé vers ma main. Les yeux fermés, il a marmonné « Si tu es réelle, si tu es vraiment dans mon lit, Catherine et que je ne rêve pas, dis-le-moi que j’ouvre les yeux. Sinon, je préfère rêver encore un peu ». Je me suis allongée sur lui. Son membre a tout de suite trouvé le chemin. Je sentais son gland à l’entrée de mon vagin. Je me suis un peu redressée pour qu’il me pénètre. Je lui ai fait un baiser sur la bouche. « Ouvre tes yeux, tu ne rêves pas… Aloune ! » Fatché, son sourire ! Ses mains ont couru sur mon corps, sur mes hanches, sur mes seins… Il a dit « Sors du corps de la belle Catherine, petite Mounico ! » et il a ouvert les yeux. Mais le réveil a sonné…

– Merde alors, le réveil était aussi de la partie pour casser le mythe !

– J’allais te raconter la suite, parce que… il y a quelque chose que tu ignores, mais puisque tout ce qui t’intéresse à toi, c’est de me moquer… Remets le contact et ramène-nous chez moi…

Je m’excusai, lui fis mes yeux de chien battu. Elle eut un petit sourire vainqueur.

– Ma bonté me perdra… Vaï, au lieu de nous retourner au village, ramène-nous à Aubagne… Tu m’as tout embrouillé mes souvenirs dans ma vieille tête… je dois les rassembler.

Quand je remis le contact, il me sembla entendre la voix de Monique. Qu’est-ce que je t’ai dit à propos de l’art du teasing de la belle Cathy ?!

Alors, il s’est passé quoi après la sonnerie du réveil ?

*Georges Bizet, Henri Meilhac, Ludovic Halévy, L’amour est un oiseau rebelle in Carmen (1875)