La nouvelle vie d’Odette – Réveil charmant

Au petit matin, la conversation à mi-voix entre Jim et Jimmy me sort du sommeil. Leurs caresses aussi. Jim, dans mon dos, s’extasie de pouvoir regarder mon corps sitôt réveillé et de pouvoir le toucher.

– Rien n’égale la lumière de l’aube provençale… Vé, elle fait resplendir sa peau comme si elle était recouverte de poussière d’or !

Je suis à chaque fois troublée d’entendre la voix grave de Jim lors de ses échanges avec Jimmy, l’anglais a presque déserté sa bouche et son accent australien cède peu à peu la place à celui chantant de la Provence. Les yeux toujours clos, je m’étire, féline, attrape la main la plus proche, la pose sur mon pubis. J’ondule et d’une voix éraillée par le sommeil, leur demande de se montrer polis. Je sens leur sourire.

– Et comment devons-nous nous montrer polis ?

Je me retourne pour sentir le corps de Jimmy contre mon dos.

– En respectant les traditions.

Je n’ouvre pas les yeux. Jim semble ignorer mon éveil et poursuit son propos brièvement interrompu.

– Tu crois qu’un peintre pourrait rendre cette impression ?

– Ou un photographe…

– Non. Aucun ne serait assez subtil. Il faut du temps pour rendre… vé… là… sur son ventre… sur ses seins… et son bras…

– Une chambre alors…

– Une chambre ?

– Une chambre photographique… tu sais, les vieux appareils… avec des plaques… le temps de pause était assez long…

Je sens l’érection de Jimmy contre mes reins.

– Il me tarde que ma Princesse sorte de son sommeil parce que la sentir vivante contre moi… Tu sais comment on réveille une princesse endormie ?

– Par le baiser de son Prince Charmant !

– Mais ce matin, lequel de nous deux le sera ?

– Embrasse ses lèvres du haut, je m’occupe de celles du bas…

J’ai du mal à réfréner mon envie de rire. Ce rire nerveux et incontrôlable qui monte en moi, un mélange de bonheur enfantin et d’émotion transgressive. Je me concentre pour ne pas ouvrir les yeux trop vite. Jouer à la princesse assoupie le plus longtemps possible, profiter encore de la douceur de leurs baisers. J’y parviens en imaginant une succession de paupières recouvrir mes globes oculaires comme des stores vénitiens qu’on descendrait d’une pichenette sur le cordon.

Les lèvres de Jimmy sur ma bouche, sa langue agace mes dents les incitant à s’entrouvrir, sa langue qui s’insinue pour partir à la rencontre de la mienne, ravie de la retrouver dans une danse sensuelle et humide. La bouche de Jim qui prend tout son temps avant d’embrasser ma vulve. Ses lèvres douces bien qu’un peu rugueuses semblent hésiter, elles s’attardent sur mes seins, descendent lentement jusqu’à mon pubis, remontent un peu. Je succombe et ne parviens pas à empêcher mes cuisses de s’écarter, mon bassin de se projeter en avant.

Jimmy a sans doute envie de me croire endormie, à moins qu’il ne veuille sentir mon corps collé à son corps. Sa main toute en douceur ferme, presse mon ventre me contraignant à l’immobilité. Il n’interrompt pas son baiser pour autant. La langue de Jim se faufile dans les replis de mon sexe dont il se délecte en grognant d’aise. Je repense à ce qu’il m’avait dit à Katherine en m’offrant ma huitième breloque, à ses mots quand il avait comparé notre plaisir au magma bouillonnant dans les entrailles de la terre.

Je veux contenir mon plaisir, le retenir en moi, le faire bouillonner avant de le laisser exploser dans sa bouche. Les sensations de notre première sodomie polie m’assaillent. Ma peau se souvient de la fraîcheur qui régnait dans cette grotte, je sens encore l’odeur de nos souffles mêlés, celle de la peinture qui recouvrait nos corps, je me rappelle de l’obscurité totale qui me rassurait. Je veux croire que ces mêmes souvenirs les envahissent aussi, quand les doigts de Jimmy glissent le long de ma raie, quand Jim invoque son dieu dans un murmure, quand il attend un signe de son ami, son frère avant de me pénétrer, m’inondant de mots d’amour et enfin, enfin, sentir le gland brûlant de Jimmy à l’entrée de ce paradis que j’ai trop longtemps pris pour l’enfer.

Il se demande à mi-voix si dans mon sommeil, je pourrais percevoir le passage de sa petite bosse. Jim lui conseille de ne pas aller au-delà, d’aller et venir doucement, comme s’il voulait ne stimuler que son bourrelet. C’est ce que je ferais à ta place. Leur conversation reprend. Excitée et excitante.

– Pourquoi restes-tu immobile ?

– Parce que tes va-et-vient suffisent à me stimuler.

– Vraiment ?

– Vraiment.

– Et si j’arrête de bouger, tu bougerais à ton tour ?

– Oui

Jimmy s’enfonce un peu plus et se fige. Jim va et vient en moi. À la demande de Jimmy, il sort entièrement de mon vagin pour me pénétrer d’un coup de rein.

– Princesse aime tellement cette sensation…

– Blanche-Minette, tu veux dire…

– Non. Princesse. Blanche-Minette est notre consœur, Princesse, c’est notre femme.

– Notre femme ?!

Je sens l’émotion dans la voix de Jim et dans la crispation de sa main sur mon épaule. J’entends à peine la réponse de Jimmy parce que la main de Jim caresse ma joue et s’est arrêtée sur mon oreille. Je crois avoir compris qu’il est question de chambre conjugale qui est désormais aussi la sienne.

Jimmy reprend ses va-et-vient plus vigoureusement. Je dois faire un effort surhumain pour ne pas ouvrir les yeux. J’ai renoncé à ne pas onduler. Mes lèvres se posent sur le torse de Jim. Je sens le bout de ses doigts effleurer ma nuque. Ils plaisantent sur ma scarification rituelle, la tendresse de leur ton me fait chavirer. Je n’y tiens plus, j’ondule plus visiblement. Dans un sursaut aveugle, je me redresse pour embrasser la bouche de Jim. D’une voix évaporée, je prononce ces mots qui scellent notre union. Je fais le vœu qu’à chaque fois où dans mes rêves, deux princes, frères d’âme, me feront l’amour comme ils le font en ce moment, ils ne puissent résister à l’envie de transpercer ma peau de leurs dents puissantes, que leur morsure me sorte du sommeil et qu’à mon réveil, je les trouve à mes côtés, aussi comblés que je le serai.

Je fais toujours semblant d’être endormie. Jim demande à Jimmy s’il a bien compris ce qu’il a cru comprendre. Je sens son cœur battre à tout rompre. Jimmy le lui confirme. Mais où devrais-je mordre Princess ? Il lit la réponse sur mes lèvres plus qu’il ne l’entend. Où tu le souhaiteras.

Jim ne bouge plus. L’étreinte de Jimmy se fait fougueuse. Il se déchaîne en me suppliant d’attendre un peu avant de me réveiller. Je sens dans mes orteils les picotements annonciateurs de cet orgasme qui n’attend qu’une étincelle pour exploser. Les yeux toujours clos, je sais exactement à quoi ressemble le visage de Jimmy. Je le sais à sa façon de déglutir, aux gouttes de salive qui s’échappent de sa bouche malgré ses efforts pour les retenir. Son souffle s’approche de ma nuque. Je visualise sa langue affutant ses dents. Que j’aime quand son cri transperce ma peau aussi sûrement que ses crocs !

L’étincelle a fait exploser le premier orgasme, mais mon corps en veut plus. Jimmy le comprend. Il se retire et pendant que Jim se déchaîne à son tour, ses doigts prennent le relai. Je me demande s’il sent les va-et-vient de son ami, son frère qu’il encourage. Quelle folie s’empare de moi, qui me fait supplier Jim de me donner son plaisir à boire ?

– Il ne fait jamais contrarier une princesse endormie.

Jim suit les conseils avisés de son ami, son frère et tandis que ses doigts prennent eux aussi la place de son membre, il me baise la bouche comme si nos vies en dépendaient. Je jouis comme une chienne lubrique et je tète son sexe comme un nourrisson affamé. En se penchant pour enfin goûter au plaisir de me mordre, son membre s’enfonce si profondément que je perçois à peine le goût de son sperme. Comme Alain, il a cette faculté à jouir longtemps, à longs jets, ce qui me permet d’en profiter quand même.

Quand ses dents déchirent ma peau, je perds le contrôle de mes jambes que je sens remuer dans tous les sens, comme celles d’un pantin désarticulé. Jamais cette perte de contrôle n’a été aussi vive.

Jim sort de ma bouche, m’embrasse d’un baiser au goût métallique, celui de mon sang. Jimmy m’embrasse à son tour. Je me retrouve dans la position de départ, face à lui, Jim dans mon dos. Je m’étire, baille exagérément avant d’ouvrir les yeux. Je les regarde alternativement et, ingénue, leur fais part des bribes du merveilleux rêve que je viens de faire. Tendrement, Jimmy caresse ma joue en m’affirmant envier ma chance et demande à Jim s’il ne m’envie pas aussi.

La faim nous tenaille, mais nous devons attendre une bonne demi-heure avant de trouver la force de sortir du lit. De notre lit. Notre lit conjugal.

Après ce réveil charmant, Odette aura-t-elle la force de tenir sa promesse et de faire un tour sur le carrousel avec Linus ?

La nouvelle vie d’Odette – Tout autour de toi, vite, vite il vient, s’en va, puis il revient *

Vaï, au lieu de nous retourner au village, ramène-nous à Aubagne…

Nous venions de nous installer à la terrasse d’un café quand nos téléphones sonnèrent. Je rassurai Sylvie et lui précisai dans un éclat de rire que les propos que tenaient Cathy ne reflétaient pas l’exacte vérité et lui fis promettre de la rétablir auprès de son époux.

– Qu’est-ce qui te fait dire que je parlais à Alain ?

Je pris un air « on ne me la fait pas ».

– « T’inquiète chéri, tout va bien, mais tu connais Odette et ses bavardages incessants. Je te rappelle quand on reprend la route »

Cathy éclata de rire.

– C’était Monique !

– « Chérie » pouvait prêter à confusion, je n’ai pas entendu le e muet…

Cathy sursauta, visiblement sidérée.

– Tu… tu es en train de me dire que Monique… que Monique serait… une fille ?!

– Au lieu de te moquer de moi, raconte-moi la suite, après la sonnerie du réveil !

– Quand Monique est venue me chercher, le soleil se couchait, la place était vide, il n’y avait personne dans les rues, mais au moment de rentrer… Même s’il n’était que six heures du matin, même si Alain me déposait en voiture, je ne voulais pas prendre le risque de croiser quelqu’un en nuisette et les fesses à l’air. Ni Monique, ni moi n’y avions songé dans l’excitation de la veille… Alain m’a prêté un short et une de ses chemises, je ne pouvais pas caser mes nichons dans ses tee-shirts. Il fallait que je parte très vite pour ne pas croiser quelqu’un là-bas, la sœur à Paulo ou un de ses enfants ou son mari… tu vois ? Pour ces mêmes raisons, je ne pouvais pas demander à Alain de monter jusque chez moi ou lui demander d’attendre en bas. Il a souri et il m’a dit « Dans ces conditions, je garde ta nuisette en otage, tu ne la récupéreras qu’en échange de mes vêtements ! »

Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas été aussi avenante avec les clients de la boulangerie que je le fus ce dimanche matin. Autant distraite aussi ! À peine je me suis dit que le temps s’écoulait trop lentement, qu’il était déjà l’heure de fermer la boulangerie. Je suis rentrée chez moi, j’ai préparé mon déjeuner en chantonnant alors que je n’avais même pas allumé le poste. Après manger, je me suis allongée pour me faire une bonne sieste. Alain m’avait donné rendez-vous sur le chemin qui mène au village et nous devions nous y retrouver en fin d’après-midi pour une nuit de plaisir « et plus si affinité ». Il avait ri en disant ces mots qu’on voyait fleurir sur les petites annonces. Je ne travaillais pas le lundi et ses congés avaient débuté le samedi.

Je devais être plus fatiguée que je le croyais parce que je dormais profondément quand la sonnette a retenti. Je me suis réveillée en sursaut, j’ai ouvert la porte. Monique était là, souriante. « Je ne te dérange pas ? » Elle est entrée, elle a eu un petit sourire gêné « Ah. Tu n’es pas seule… Je me disais bien… » Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. D’un coup de menton, elle me désigna le short et la chemise d’Alain sur le dossier de la chaise. Fan, j’aurais pu m’étouffer de rire ! Je lui ai expliqué pourquoi ils étaient là. « En plus, j’ai toqué plusieurs fois, comme tu ne répondais pas j’ai sonné, et comme tu as mis longtemps à ouvrir… Je me suis dit que tu n’étais pas seule et je préfère être seule pour… » Monique cherchait ses mots, on était plantées là, comme deux cruches. Elle s’est assise, je lui ai servi un café qu’elle touillait en fixant les tourbillons dans la tasse. Elle a levé les yeux vers moi, elle a souri. « Non, pas besoin de sucre, de toute façon, je n’aime pas le café ! » Elle a pris une grande inspiration. « À propos d’hier soir… je voulais te dire… j’étais un peu jalouse… » « De moi ?! » « Mais non ! D’Aloune et de Christian ! Quand je t’ai vue, maintenant que je te vois… j’ai la bouche sèche, le cœur qui s’emballe, la chatte humide… J’ai envie de toi, qu’on se caresse, qu’on s’embrasse, qu’on fasse l’amour, mais rien que toi et moi. Rien que pour nous deux. C’est la première fois que ça m’arrive de me caresser en pensant à une nana. Si tu ne veux pas, c’est pas grave, je n’insisterai pas, ça ne changera rien à l’amitié que je te porte, mais c’est justement au nom de notre amitié que j’ai voulu te dire toute la vérité. » Fatché ! En moins de vingt-quatre heures, je me prenais deux déclarations d’amour et de la part de deux personnes qui me plaisaient bien. « Finis ton café et rejoins-moi dans ma chambre ! » Pourquoi j’ai dit ça ? Je crois que je serai morte et enterrée avant de le savoir ! Monique s’est levée en même temps que moi, elle m’a fait un clin d’œil, elle a souri et elle a jeté le contenu de sa tasse dans l’évier. « Pas de temps à perdre avec ces conneries ! »

J’ai adoré la fougue de notre premier baiser, comme si nos bouches se connaissaient, comme si nos langues avaient toujours tournoyé ensemble. J’ai été surprise de l’impatience de Monique à retirer ma robe, sa maladresse et ses jurons quand il s’est agi de dégrafer mon soutien-gorge. C’était la première fois qu’une nana s’y essayait avec moi et je crois bien qu’aucun de mes amants ne s’y est aussi mal pris. Excitée, troublée, je ne pouvais contenir mon fou-rire. Hou fan ! Ça l’énervait encore plus ! Pour la faire enrager, j’avais refusé de l’aider « Si tu veux voir mes nichons, tu dois le mériter ». Fatché, on dit des miennes, mais les colères de Monique… c’est quelque chose ! Et ses menaces… hou ! D’ailleurs, c’est quand elle a parlé d’aller chercher une paire de ciseaux que j’ai cédé. Monique, tu sais à quel point je l’aime, mais elle change souvent la vérité historique pour raconter comme ça l’arrange. C’est pour ça qu’elle ne parle jamais de cet épisode… mais telle que je me la connais, elle serait capable de dire que c’est par pudeur !

Cathy riait, émue à ce souvenir. Soudain, sa voix prit les accents de la confidence.

– Je crois qu’elle est la seule femme de ma connaissance qui n’a jamais eu besoin de porter un soutien-gorge… C’est avec moi qu’elle s’est acheté son premier. Elle n’en porte que pour exciter le Balafré et le Bavard.

Sa voix baissa encore d’un ton.

– Tu sais comment elle les appelle ? Les pièges à couillons ! Mais le plus amusant c’est qu’elle adorait, qu’elle adore toujours me voir en porter et ceux qu’elle m’offre… hou ! Elle les choisit toujours plus beaux les uns que les autres…

Quand on a été complètement nues, on a réalisé que ce serait la première fois qu’on coucherait avec une nana pour notre propre plaisir. Ne crois pas que j’avais été forcée de le faire avant, non pas du tout ! Monique avait vaguement caressé une autre femme avant moi, mais que les nichons et moi quand je l’avais fait… Je pourrais presque te dire que je ne l’avais jamais fait, parce que ce qui me plaisait c’était d’exciter les hommes en mimant… tu vois ? Je n’y mettais pas de cœur, mes partenaires non plus… On savait ce qu’il fallait faire, ce que les hommes voulaient voir, s’attendaient à voir alors on faisait comme ils pensaient que deux femmes font ensemble. On assurait le spectacle parce qu’on aimait ce sentiment de puissance… faire semblant et être excitées par leur excitation. J’y avais pris du plaisir, mais c’était pas un plaisir né d’un désir profond, d’un désir réel pour une autre femme. Tu comprends ? Alors, avec Monique on se sentait comme deux pucelles, on a bien été obligées de faire confiance à nos corps, à notre instinct, à notre amour naissant. Nos mains tremblaient de désir, nos corps sursautaient de surprise sous nos premières caresses. Monique découvrait le plaisir que lui offraient mes seins et celui qu’elle pouvait leur offrir. Elle s’émerveillait à haute voix, fan ! Que ses mots, ses baisers, ses caresses me rendaient belle ! Et comme j’aimais ses deux petits œufs sur le plat, comme elle les appelait ! Quand nos mains ont glissé plus bas… Je n’avais jamais vu une vraie-vraie blonde, ni un bond aussi blond du bas. Elle m’a fait promettre de ne jamais la surnommer « Bouton d’or », mais sans m’en donner la raison… Bé, de toute façon, j’ai vite appris pourquoi… Arrête de m’interrompre, tu m’embrouilles dans mes souvenirs et je vais encore oublier le principal !

– Mais je n’ai rien dit !

– Ouais, ouais, il y a des silences qui sont plus pires que des questions et pis, je me comprends !

Cathy but son verre d’un trait, héla le serveur pour en commander un autre. Quand il l’eut apporté, elle reprit son récit.

– C’est fou comme un minou peut être délicieux quand on aime la femme à qui on…

– Le broute ?

Cathy me mit une tape sèche sur le dos de la main.

– L’honore ! T’es brave et tout, Blanche-Minette, mais question romantisme, t’as des progrès à faire ! Où que j’en étais ? Je ne me lassais pas de découvrir le sien avec la langue, avec les doigts, avec les yeux… Et j’étais tout autant surprise du plaisir que m’offraient ses doigts, sa bouche et ses yeux… Elle jouissait de moi et moi d’elle rien que pour nous deux. Nous nous sommes promis de nous garder des moments rien qu’à nous, rien qu’à elle et à moi, de nous faire l’amour sans homme pour nous espincha… rien que Monique et Cathy, Cathy et Monique. Même si quelques semaines plus tard on l’a fait devant ceux qui sont devenus nos confrères, on a toujours gardé nos moments rien qu’à nous. Et quand on fait l’amour devant eux, à chaque fois, c’est qu’on a vraiment envie l’une de l’autre. C’est beaucoup plus fort que ce que j’avais vécu avant, mais je crois que les hommes ne s’en sont jamais aperçu.

Monique était venue à vélo, elle ne savait pas que j’avais rendez-vous avec Alain. On a fait le chemin côte à côte, moi avec mon sac rempli de tout ce que j’aurais besoin pour ces deux jours, Monique avec son vélo à la main. Alain nous attendait à l’endroit convenu et Christian était avec lui. Ils s’étaient croisés au village et quand Alain lui avait dit « J’ai rendez-vous avec la belle Catherine ce soir, elle restera jusqu’à mardi matin », Christian lui avait répondu « Elles seront peut-être ensemble, Monique voulait passer du temps avec elle ». Comme la veille, on est montées à l’arrière, sauf que là, on a fait le trajet le coffre ouvert à cause du vélo. Alain me demandait toutes les trente secondes si ça ne m’ennuyait pas qu’on ne soit pas que tous les deux et toutes les trente secondes, je lui répondais que non.

Té, tu m’as encore fait oublier un détail avec tes questions dans tes yeux ! Sur le chemin avant qu’on voie l’auto, j’ai demandé à Monique si elle allait dire à Christian pour nous deux, que c’était pas que du sexe, qu’il y avait du véritable amour. Elle m’a répondu que oui, bien sûr qu’il comprendrait. Je n’en étais pas aussi sûre qu’elle, alors, elle m’a parlé du cahier qu’elle nous avait remis la veille, celui écrit par Rosalie. Elle ne m’a pas dit ce qu’il contenait, mais qu’en le lisant, je comprendrai pourquoi elle était aussi sûre de son fait.

Monique n’était jamais entrée dans l’appartement d’Alain. Elle était surprise qu’il en ait choisi un si petit. Alors, il lui a expliqué que le bail incluait la location d’un box pour y garer son auto et que ça n’avait pas de prix, surtout l’été avec celles des touristes qui encombraient les rues et surtout certains avaient du mal à manœuvrer avec leur caravane. Elle a fait le tour des lieux. On l’a entendue éclater de rire, elle est revenue vers nous en tendant ma nuisette avec ses deux mains, elle l’avait trouvée sur l’oreiller. Elle la faisait danser devant elle « Tu nous avais caché ça, Aloune ! Tu dois être super sexy avec ! » Au plus Alain essayait de lui expliquer, au plus elle se montrait de mauvaise foi, jurant que je ne portais pas de nuisette la veille que j’étais venue en robe. Elle tenait absolument qu’il nous montre comment il était sexy en nuisette…

Cathy s’essuya le coin des yeux humides d’avoir tant ri à l’évocation de ce souvenir qui l’amusait encore quarante-six ans plus tard.

– « Me dis pas que ça t’excite pas, Aloune ! Tu bandes tellement que ton pantalon va exploser ! » « Tu mériterais que je te chasse à coup de pieds au cul, Monique ! Tu as de la chance que je te sois aussi reconnaissant ! Me regarde pas comme ça ! Si tu n’avais pas décidé de rester, je ne sais pas quand j’aurai trouvé le courage de faire signe à la belle Catherine… Je ne sais même pas si je l’aurais trouvé un jour ! » Il l’a prise dans ses bras, lui a fait un gros bisou sur le crâne avant de lui faire les gros yeux « Mais que je ne t’y reprenne pas ! » Alain a mis de la musique, il nous servait à boire quand Monique lui a demandé où il cachait ses revues pornos, celles qu’il rapportait de ses voyages. Elle le soupçonnait d’aller en Hollande pour en trouver des plus salées. Alain m’a interrogée du regard. Je lui ai fait le signe de la bouche cousue. Christian a remarqué notre manège. « Et à moi, Cathy, tu me le dirais ? » Alain m’a regardée, il s’est levé et il est allé chercher son album à fantasmes. « Voilà ce qui m’a permis de tenir ».

J’ai été vachement surprise parce qu’ils m’ont reconnue dès le premier dessin. Quand ils sont arrivés à la première page des gros plans sur ma chatte pleine d’une queue énorme, Monique a fait la moue, elle a demandé à Christian « Tu trouves que c’est réaliste ? Moi, je demande à voir… » Alain souriait, mais il a joué l’artiste offensé. « Bien sûr que oui ! On leur montre ? » Je bouillais de désir, alors tu penses bien que j’ai sauté sur l’occasion ! En fait, on attendait tous un signal pour passer aux choses pas sérieuses. « Puisque Monique affirme que ce dessin n’est pas réaliste, il faut le soumettre à un regard d’expert, une chance que nous ayons le meilleur en la matière, je vais pouvoir te prouver que tu te trompes, Monique ! » Il y a certains moments dans la vie qui forgent une amitié, qui la rendent indestructible, eh bé, ce moment-là… Bien sûr, on en a connus bien d’autres, mais celui-ci…

Pour faire exactement comme sur le dessin, il aurait fallu qu’on s’installe sur un canapé, mais Alain n’en avait pas, alors on est allés dans la chambre. Monique et Christian ont pris une chaise et se sont installés face à nous. Alain était presque assis sur le lit, le dos calé par des oreillers. Fatché, de le voir ainsi… j’étais tellement trempée qu’il m’a pénétrée d’un coup ! Christian regardait le dessin, nous regardait à nous. « Écarte un peu plus les cuisses, Cathy… encore un peu… non ! Un peu moins… cambre-toi un peu plus… encore… tes cuisses, Cathy… » Monique commentait aussi. C’est la première fois que j’ai remarqué ce détail, quand ils sont très excités, Monique et Christian ont une voix un peu métallique. Tu vois ce que je veux dire ? Monique n’était pas convaincue, alors elle donnait ses indications. « Enfonce-toi un peu plus, Aloune… Non ! Pas autant ! Oui ! C’est mieux… » Elle regardait le dessin. « Ah, mais non ! Recommence, mais moins vite… non… plus vite… plus profond… non… moins… » Christian reprenait « Écarte tes cuisses, Cathy… Alain, va plus au fond… Non, moins… Non plus ! Cambre-toi, Cathy ! » Monique faisait sa critique d’art « Tu vois que ce dessin n’est absolument pas réaliste ! Regarde, le clito de Cathy est bien plus gonflé dans la réalité ! »

Alain riait, il la traitait de bougresse. Monique s’est levée, elle est allée à côté de nous, elle a pris la main d’Alain, elle l’a posée sur mon minou. « Tu me traites de menteuse, en plus ?! » J’étais en train de jouir, Monique s’est penchée sur mon entrejambe, elle a regardé Christian. « Tu vois bien que c’est pas du tout comme sur le dessin ! » J’ai retiré la main d’Alain et je lui ai demandé de me décrire ce qui se passait dans la culotte de Monique, qui n’en portait pas, mais on se comprenait. « Elle commence à être légèrement excitée » Monique a failli tomber dans le panneau, heureusement que Christian a dit « Hé bé, excite-la assez pour que tu puisses la prendre comme tu… Stop ! Ne bouge plus ! Ça y est, c’est exactement comme sur… oh ce… c’est parfait… tout est parfait…! » Je le regardais se branler en nous matant tous les trois, moi empalée sur Alain qui faisait aller et venir ses doigts dans la chatte de Monique.

J’ai fait l’innocente et j’ai demandé à Monique de prendre ma place pour être sûre que sur le dessin c’était bien moi et pas elle. Quand elle s’est installée, je me suis assise à côté de Christian. Au plus je lui disais que c’était pareil, elle ou moi, au plus il me montrait les différences. J’avais posé ma tête sur son épaule et je le branlais en donnant des indications à Alain comme Monique l’avait fait plus tôt. J’ai mis longtemps à reconnaître qu’ils avaient raison et pour me faire pardonner, j’ai sucé Christian qui me griffait le crâne tant ses doigts se crispaient sous mes cheveux. Il entendait sa Monique gémir de plaisir, il la regardait jouir de son ami, j’étais à ses côtés, je le suçais, ça le rendait tellement heureux…! Quand Alain a dit « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! », j’ai arrêté de sucer Christian et je lui ai dit « Montre-moi comme tu vas bien la baiser ta petite femme maintenant que mon homme a joui dans sa chatte et qu’il l’a bien fait jouir ».

Des clients se sont installés à la table d’à côté, nous avons décidé qu’il était temps de rentrer au village. Dans la voiture, Cathy a achevé son récit.

– Après tous ces efforts, nous sommes passés à table. Monique et Christian feuilletaient l’album à fantasmes. Elle était vraiment très excitée par les dessins de sodomie. « Ça m’excite beaucoup parce que je ne le ferai jamais. J’ai tellement peur d’avoir mal… » Nous parlions sans tabou, elle écoutait mes arguments de femme et nos hommes comprenaient les craintes des femmes à propos de cette pratique. Christian tournait les pages de l’album quand Alain lui a presque arraché des mains et l’a refermé comme il l’avait fait la veille, sauf que là, il n’avait plus l’excuse « Il est temps de dormir ». Je lui ai demandé s’il avait honte ou quoi. Il ne nous regardait plus et il avait l’air un peu triste, comme quand la fête s’interrompt brusquement alors qu’on s’amusait si bien. J’ai posé ma main sur la sienne pour lui dire qu’il pouvait garder ça pour lui. Il a regardé Christian « Vous allez me trouver ridicule » et il a ouvert l’album à la bonne page. Le papier était plus luxueux, le dessin plus appliqué et… pas du tout érotique. Il me représente assise à sa table, un bol de café devant moi et lui en train de me tendre une tartine de pain. En dessous, il avait écrit « Rêver un impossible rêve – Janvier 1974 ». Monique lui a demandé « Pourquoi “impossible” ? » Christian lui a demandé en quoi c’était ridicule. Et moi, je lui ai demandé pourquoi il avait fallu que Monique m’invite pour qu’on se revoie. « Je ne savais pas comment faire sans trahir Paulo… et puis… tu es tellement parfaite, je me sens si minable à côté de lui, de toi… Je n’aurais jamais osé… »

Alors c’est vrai que je l’ai un peu crié… « Si tu dis que tu es minable, maintenant que j’ai compris que je suis amoureuse de toi, tu dis que je suis amoureuse d’un minable et ça, je ne veux plus jamais l’entendre, tu m’entends ?! Plus jamais ! Et je vous prends à témoin, vous autres ! » Je venais de lui crier que j’étais amoureuse de lui, Alain était tellement surpris qu’il a ouvert la bouche en grand et ne la refermait pas. Monique lui a lancé une olive. Tu sais à quel point je l’aime, ma Monique, mais la prends jamais dans ton équipe à la pétanque parce qu’au lieu d’atterrir dans la bouche d’Alain, l’olive a failli me crever un œil ! Mais bon, au moins elle aura réussi à détendre l’atmosphère !

Avant de rentrer chez eux, Monique nous a demandé de prendre le temps de lire le cahier de sa Bonne-Maman pour qu’on puisse en parler ensemble, tous les quatre. Voilà, de ce jour-là, j’ai commencé à vivre avec Alain, mais je prenais toujours garde à faire semblant de dormir chez moi. Ça ne faisait pas un mois que je jouais cette comédie que la sœur à Paulo m’a surprise en m’attendant devant la porte de mon appartement. J’étais un peu gênée et comme je ne voulais pas qu’elle fasse un esclandre dans la cage d’escalier, je l’ai fait entrer chez moi. « Tu as rencontré quelqu’un, c’est ça ? Pourquoi tu t’en caches ? Je suis bien contente que tu cesses enfin de porter le deuil de Paulo, mais je suis bien triste que tu ne me fasses pas assez confiance pour me donner la bonne nouvelle ». Elle m’a prise dans ses bras et m’a souhaité tout le bonheur possible. Nous sommes restées très proches jusqu’à la fin, trente ans plus tard, mais elle n’a jamais su pour Paulo, la camionnette, les partouzes.

Quand nous sommes entrées dans la maison du Toine, Monique, Sylvie, Alain, Christian, Jimmy et Martial étaient en grande discussion à propos de la pandémie qui ne portait pas encore son nom, des mensonges d’État et de la répression qui s’abat chaque jour un peu plus violente sur les opposants à notre Napoléon III 2.0, comme l’appelle Monique. Je ne pus m’empêcher de sourire en l’imaginant faire enrager Aloune, la nuisette de Cathy à la main.

7 février 2020, les Pomponnettes font un beau cadeau à Blanche-Minette

*Georges Bizet, Henri Meilhac, Ludovic Halévy, L’amour est un oiseau rebelle in Carmen (1875)

La version de Carmen qui m’a fait découvrir la sensualité de cette œuvre, bien loin de l’interprétation lugubre de Maria Callas. Cette dernière remarque n’engageant que son autrice, c’est-à-dire ma pomme !

La nouvelle vie d’Odette – L’oiseau que tu croyais surprendre battit de l’aile et s’envola. L’amour est loin, tu peux l’attendre, tu ne l’attends plus, il est là. *

Peu avant d’arriver au village, Cathy me demanda si j’étais d’accord pour poursuivre son « road-movie ». Nous avons donc traversé le village, continué vers le Nord.

– Ça faisait presque neuf mois que Paulo était sous terre quand Monique est entrée dans la boulangerie. Je me souviens encore du bruit du rideau de perles et du carillon au-dessus de la porte. Je l’ai regardée, j’ai tout de suite vu qu’elle savait qui j’étais. Alors, j’ai regardé vers la place et j’ai vu l’auto de Christian. « Bonjour, je m’appelle Monique, j’aimerais te parler seule à seule ». Je me suis pensé qu’elle allait me dire « Christian c’est mon homme, alors requin… loin des côtes ! » Mais elle avait un si joli sourire. Je voyais bien qu’elle ne voulait pas faire un esclandre public, alors je lui ai proposé de me retrouver chez moi pendant ma pause… Là, dans mon petit appartement au-dessus de la boucherie… au premier étage. Hou fan, si j’avais pu deviner ! J’aurais fermé la boulangerie tout de suite, je ne serais pas restée une heure, plus d’une heure à me cailler les sangs !

Cathy prit une profonde inspiration et sur le ton de la confidence poursuivit son récit.

– On a parlé normalement. Et puis je lui ai dit que j’étais contente de la visite de ma remplaçante. Qu’est-ce qu’elle m’a pas crié ! Hou ! Qu’est-ce que j’avais pas dit là !

Imitant tant bien que mal l’accent parisien, mais mimant Monique à la perfection.

– Quelle remplaçante ?! Personne ne pourra jamais prendre ta place ! Tu m’entends ?! Personne ! Tu es unique ! Regarde-moi ! Comment je pourrais être ta remplaçante ?! Tu es irremplaçable ! Elle m’a raconté ses vacances, ses rencontres, c’est là qu’elle m’a dit que je leur manquais à tous. Elle m’a demandé si ça ne me manquait pas un peu à moi aussi. Je lui ai répondu que non, que ça ne me manquait pas un peu. Que ça me manquait beaucoup. C’était la première fille avec qui je me sentais en confiance… Elle m’a demandé de lui parler de la camionnette et quand je lui racontais… Elle écoutait avec de la gourmandise dans les yeux ! Ça me faisait tout drôle parce que c’était la première amie que j’avais. Je l’ai tout de suite su… qu’on serait amies. On aurait dû être rivales, mais non. J’ai tout de suite su qu’on ne le serait jamais. Et cette amie qui me tombait miraculeusement du ciel partirait dans quelques heures pour Paris. Elle était aussi dépitée que moi, mais elle m’a promis de revenir passer quelques jours avec sa grand-mère dès que possible, que quand elle reviendrait, elle passerait me voir et qu’on s’organiserait une petite fête pour fêter ça. Je lui avais dit qu’elle était la femme idéale pour Christian et elle m’avait dit que j’étais la femme idéale pour Alain. On avait rigolé parce qu’elle m’avait raconté comment elle s’amusait à l’appeler Aloune et comment ça l’escagassait beaucoup-beaucoup. J’ai repris le travail et je ne pouvais pas m’empêcher de sourire en pensant à ce qu’elle m’avait dit d’Alain. Je savais que je guetterai l’arrivée du facteur parce qu’on s’était promis de s’écrire presque chaque jour pour faire mieux connaissance. Je n’avais pas le téléphone à l’époque.

J’avais fini de dîner quand on a toqué à ma porte. Monique était là. « J’ai pas pu prendre le train. Ma vie est ici. Je le sens là », elle a mis la main sur son cœur, « et là aussi », elle l’a mise entre ses cuisses. « Je m’installe au village chez ma Bonne-Maman ». Je la sentais comme embêtée, comme si elle cherchait ses mots. « Tu voudrais bien passer la première soirée de ma nouvelle vie avec nous ? » « Avec vous ?! » « Euh… avec Christian, moi… » Hou ce regard coquin ! « Et Aloune ! » Et le pire du pire, tu sais quoi, Blanche-Minette ? Et le pire, elle m’a remerciée, à moi d’accepter et qu’elle était sincère ! Je voulais me changer parce que j’étais en nuisette, mais Monique m’a dit de ne rien en faire, que quand j’avais ouvert la porte, elle avait cru que je portais une tenue sexy pour regarder la télé. « Attends au moins que je mette une culotte ! » « Si ça te semble indispensable… » On a descendu les escaliers en pouffant comme deux gamines qui font le mur pour aller s’encanailler en ville.

Quand Alain nous a vues… fan de Diou ! C’était comme s’il était témoin d’une apparition de la Vierge ! Euh… oui… la Vierge, c’est peut-être pas… Mais je ne vois pas comment te l’expliquer autrement. Il ouvrait des yeux larges comme la main. « Ô, pute vierge ! » On est montées à l’arrière de l’auto, Christian nous espinchavo dans le rétro et Alain se retournait toutes les trente secondes, comme s’il y croyait pas. « Ô, pute vierge, la Cathy ! La Cathy et la Monique ! Ô, pute vierge ! » Avec Monique, on se tenait la main et on rigolait. On était des amies de toujours qui venaient de faire connaissance, alors, on avait des réflexes de l’enfance, comme se tenir la main pour partager notre gaieté.

 Cette première soirée dans la petite chambre de Monique… hou ! Je retrouvais mon Christian, heureux comme un pape d’avoir trouvé sa moitié et de la partager. Mon Alain était tellement heureux qu’il m’a demandée en mariage ! J’ai répondu oui parce que je savais pas s’il était vraiment sincère, mais que j’avais envie d’y croire. Mais surtout, je faisais la connaissance de Monique… Tu sais, je m’étais déjà gouinée dans des partouzes, mais comme ça… On n’avait pas vraiment de désir, mais on savait que ça excitait les hommes et on aimait ça… les exciter comme ça, facilement. Mais Monique, quand elle m’a regardée c’était autre chose. Elle me désirait vraiment pour moi, pour elle, pour la femme que j’étais et qu’elle trouvait belle. Christian et Alain n’auraient pas été là, elle m’aurait désirée tout pareil. J’ai remarqué le sourire de Christian, il m’a fait un petit clin d’œil discret. J’ai regardé Monique et je suis tombée amoureuse de leur amour et puis, j’ai regardé Alain…

 Je me suis assise sur le bord du lit, je déboutonnais la braguette d’Alain en prenant tout mon temps, pour ne pas oublier. Il se laissait faire, immobile comme une statue. Je le regardais, il avait fermé ses yeux et sa main s’est animée. Il a caressé mes cheveux… Ça faisait neuf mois que je n’avais pas sucé un homme et quand j’ai senti son gland entre mes lèvres, sous ma langue, c’est comme si je me réveillais d’un mauvais rêve. J’aurais voulu le sucer plus longtemps, mais il s’est retiré de ma bouche. Il m’a prise dans ses bras et m’a fait danser, collé-serré. « Tu m’as tellement manqué, Catherine ! Tu m’as tellement manqué ! » Je voyais Christian dans le dos de Monique, il se branlait en nous regardant danser. Il n’avait pas changé en neuf mois et restait le Christian que je connaissais, celui qui prend son plaisir en regardant faire les autres, à attendre qu’ils aient fini pour faire l’amour à celle qu’il convoite. Mais ce qui me troublait davantage, c’était de voir Monique se caresser en nous regardant, à sortir le bout de sa langue quand les mains d’Alain me caressaient et les petites étoiles dans ses yeux…

 De les voir tous les deux si excités et surtout de sentir le membre gros et dur d’Alain contre mon ventre… hou ! J’aurais pu m’évanouir de désir ! Je me suis allongée sur le lit, j’ai supplié Alain de me prendre, je n’en pouvais plus, c’est comme si mon corps me disait « J’ai trop attendu ». Alain m’a fait un de ses beaux sourires, j’ai fermé les yeux pour mieux profiter de ce moment, mais de sa voix la plus douce, il m’a demandé de les garder ouverts. « Je veux voir ton regard, jolie Catherine ». Il me pénétrait tout doucement, au ralenti. Je profitais au mieux de cette sensation si familière qui m’était pourtant devenue étrangère. Je fixais mon attention sur cette première pénétration depuis mon deuil. Je regardais Alain, mais je ne le voyais pas, je voyais à l’intérieur de mon vagin… le gland d’Alain qui progressait en moi. Soudain, ma vue est redevenue normale, j’ai vu son regard, son visage, la salive à la commissure de ses lèvres et sa voix… sa voix comme s’il ne croyait pas ce qu’il était en train de vivre ! « Oh que c’est bon, que c’est bon, ma Catherine… ma Catherine ! »

 Je ne voulais pas reconnaître que l’amour puisse naître aussi facilement, qu’Alain puisse être amoureux de moi et moi de lui. Je ne voulais pas non plus qu’il s’imagine que j’avais changé, que je serai monogame. Comme s’il avait lu dans mes pensées, Christian s’est approché de moi. Il sait comment y faire pour que je ne résiste pas à l’envie de le sucer. Il a approché sa bite, presque timidement de ma bouche, avec son gland il a caressé mes lèvres… Hou que ça te rappelle quelque chose à toi aussi ! Alors, on se comprend… comme tu me comprends si je te parle du plaisir de sucer une queue bien dure pendant qu’une autre aussi dure va et vient dans ta chatte, alors que tu croyais que tu ne connaîtrais plus ce plaisir… hein, capoune ?

 Monique était debout, un peu à l’écart. Elle se touchait en nous regardant. Elle est venue près du lit, elle a touché mes seins comme aucune femme ne les avait jamais touchés. Elle caressait mon ventre, embrassait Christian. Tu vois le tableau ? Moi allongée en travers du lit de Christian, les chevilles sur les épaules d’Alain qui va et vient en moi. Christian à genoux sur le lit, qui caresse mon visage pendant que je le suce et Monique debout qui l’embrasse en se touchant et en me caressant. Par en dessous, je voyais la langue de Monique et celle de Christian. Tu me prends pour une folle si je te dis que je le suçais en m’imaginant rouler une pelle à cette nana que je ne connaissais pas quelques heures auparavant ?

– Non, pas du tout ! Même si je n’ai jamais vécu ça, je comprends tout à fait et je ne suis pas folle.

– Alain allait de plus en plus vite, de plus en plus fort, comme j’aime tant… Je me sentais onduler. C’était si bon… si bon de me sentir vivante au milieu des vivants ! Et Alain qui me répétait comme je lui manquais. Pas comme je lui avais manqué, mais comme je lui manquais. Sa façon de me faire comprendre qu’il ne tenait qu’à moi de ne plus lui manquer. Je sentais mon plaisir sur le point d’exploser, mais je ne voulais pas savoir qui me ferait jouir. J’ai arrêté de sucer Christian le temps de leur demander de me faire jouir tous les trois. J’ai senti leurs doigts caresser mon clitoris et mon orgasme a explosé, comme j’avais oublié qu’il pouvait exploser. La bouche pleine de la queue de Christian, je les suppliais « Encore ! Encore ! Encore ! Encore ! » Alain répétait « Ô, pute vierge ! Je vais venir ! Tu me fais venir…! Ô, pute vierge ! Un mot de toi et je vais venir ! » Monique a répondu pour moi « Viens ! Viens ! Viens, Alain ! » Sans arrêter ses va-et-vient, Alain a joui en moi « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » Il s’est retiré et juste avant que Christian me prenne, j’ai remarqué que Monique prenait du plaisir à regarder ma chatte. Quand Christian m’a pénétrée, ça me l’a refait… comme si ces longs mois froids et solitaires étaient derrière moi, comme si la vie me disait qu’elle sera toujours plus forte que la mort.

 Je sais qu’Alain a fait jouir Monique avec ses doigts, avec sa bouche, mais je ne les ai pas vus. J’avais fermé les yeux pour mieux profiter, pour mieux sentir Christian me baiser comme il sait que j’aime qu’il me baise. Comme tu le sais, j’ai été la première nana avec qui il a couché, comme le dit Monique, je l’ai fait à ma main… J’ai rouvert mes yeux quand j’ai senti Alain s’allonger à côté de moi. Hou fan, sa queue était énorme et il me semblait qu’il avait joui en moi quelques minutes seulement avant… Il m’a pris la main et Monique s’est accroupie au-dessus de lui. Elle regardait Christian aller et venir en moi en même temps qu’elle montait et descendait le long du membre d’Alain. On s’embrassait, on se caressait… Je jouissais encore plus fort parce que je sentais jouir Christian et aussi Monique. C’est là qu’Alain m’a demandé de le marier et que je lui ai répondu oui et tu sais ce qu’il a dit ?

– « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » ?

Satisfaite, Cathy fit claquer ses doigts.

– Hé bé non ! Il a dit « Ô, mon Dieu ! Bon Dieu, c’est le plus beau jour de ma vie ! » Alors, j’ai demandé à Monique de bouger sur mon homme, de me montrer comment elle le faisait jouir. J’ai dit « mon homme », comme si j’avais renoncé à lutter contre cet amour. Monique se cambrait pour que je puisse mieux voir « la grosse queue veineuse de ton homme reluire de ma mouille de salope ». Elle disait « mouille » « grosse queue » et « salope » avec tellement de gourmandise dans la voix qu’elle nous ouvrait l’appétit. Avec ma main, je caressais ses fesses pour qu’elle monte plus haut. Les mains sur ses hanches, Alain l’obligeait à s’enfoncer à fond. Je te le dis sans honte, ce petit jeu entre moi et Alain nous plaisait beaucoup à nous quatre. « C’est trop de bonheur…! Vous me faites venir, mes douces coquines…! Vous me… ô, pute vierge, je viens, je viens !

 Quelle soirée mes aïeux ! Je… c’est comme si je sortais du coma, plutôt comme Hibernatus. Je revenais dans ma vie, celle que j’aimais. Celle que je méritais de vivre comme me l’a dit Alain quand nous sommes allés chez lui. Hou fan ! Il me regardait et me répétait « C’est comme si j’avais fait un vœu et qu’il était en train de s’exaucer ! » Sur les murs, il y avait des posters, j’étais étonnée de ne pas y voir un seul de pin-up. Alain m’a dit qu’il rangeait son album à fantasmes dans le tiroir de sa table de chevet. On aurait dit un album-photo sauf qu’au lieu des photos, c’était des dessins. Je ne savais pas qu’il dessinait si bien… autre chose que des plans, je veux dire… Alain était tout gêné parce que les premiers dessins on ne voyait… c’était que des détails… un buste avec une belle poitrine… une chatte… beaucoup de dessins de chattes sous différents angles, avec une bite dedans ou pas… des culs de femme… Ça me faisait sourire qu’il soit tout gêné de me montrer ses dessins comme s’ils pouvaient me choquer. C’est quand j’ai vu le premier dessin de pipe… Je suis revenue en arrière. J’ai regardé Alain.« C’est… c’est moi ?! »

Je ne m’étais jamais vue comme ça. Bien sûr, j’avais déjà regardé dans des miroirs pendant, mais tu sais ce que c’est… dans le feu de l’action, on est un peu… distraites… Alors en dessin… Je regardais attentivement. Ça me faisait drôle d’être excitée par des dessins pornos de moi. Alain bandait comme un dingue et on commentait, on s’échauffait… Je tournais les pages, mais d’un seul coup, il s’est montré raisonnable. Il a repris l’album, l’a refermé d’un coup et il a dit qu’il fallait qu’on se repose. On s’est couchés et on s’est endormis.

Cathy éclata de rire.

– Ça casse le mythe, non ?

– Oui, mais c’est compréhensible, quelques heures plus tôt, tu te voyais vieillir toute seule, Monique te rend visite et…

– Fatché, on reconnaît bien là la professionnelle de santé !

– Allez, au lieu de te moquer, continue…

– On avait mis le réveil parce que je travaillais le lendemain, mais je me suis réveillée un peu avant. J’ai regardé Alain. C’était la première fois que je voyais quelqu’un sourire dans son sommeil. Qu’il était beau ! Il dormait encore, je le savais à cause de sa respiration, mais son corps s’est réveillé avant lui… Il a dressé la tente, comme on dit et je n’ai pas pu résister. Blottie dans ses bras, je le branlais doucement. Que c’était bon ! Sa main s’est posée sur mon bras, elle a glissé vers ma main. Les yeux fermés, il a marmonné « Si tu es réelle, si tu es vraiment dans mon lit, Catherine et que je ne rêve pas, dis-le-moi que j’ouvre les yeux. Sinon, je préfère rêver encore un peu ». Je me suis allongée sur lui. Son membre a tout de suite trouvé le chemin. Je sentais son gland à l’entrée de mon vagin. Je me suis un peu redressée pour qu’il me pénètre. Je lui ai fait un baiser sur la bouche. « Ouvre tes yeux, tu ne rêves pas… Aloune ! » Fatché, son sourire ! Ses mains ont couru sur mon corps, sur mes hanches, sur mes seins… Il a dit « Sors du corps de la belle Catherine, petite Mounico ! » et il a ouvert les yeux. Mais le réveil a sonné…

– Merde alors, le réveil était aussi de la partie pour casser le mythe !

– J’allais te raconter la suite, parce que… il y a quelque chose que tu ignores, mais puisque tout ce qui t’intéresse à toi, c’est de me moquer… Remets le contact et ramène-nous chez moi…

Je m’excusai, lui fis mes yeux de chien battu. Elle eut un petit sourire vainqueur.

– Ma bonté me perdra… Vaï, au lieu de nous retourner au village, ramène-nous à Aubagne… Tu m’as tout embrouillé mes souvenirs dans ma vieille tête… je dois les rassembler.

Quand je remis le contact, il me sembla entendre la voix de Monique. Qu’est-ce que je t’ai dit à propos de l’art du teasing de la belle Cathy ?!

Alors, il s’est passé quoi après la sonnerie du réveil ?

*Georges Bizet, Henri Meilhac, Ludovic Halévy, L’amour est un oiseau rebelle in Carmen (1875)