Le cahier à fermoir – Vendredi 17 août 1945

Jean-Baptiste reprendra le travail lundi, je ne sais pas si je trouverai le temps d’écrire quand je serai seule avec le bébé, alors j’en profite pour le faire maintenant.

Notre petit Martial est plus beau chaque jour. Je me demande comment c’est possible puisqu’il était déjà parfait à la naissance. Il a dix jours aujourd’hui. Dix jours ! Tu te rends compte ? Dix jours que Jean-Baptiste le prend en photo à la moindre occasion, presque une semaine qu’il essaie, en vain, de lui faire dire « Papa » ! Si tu voyais les échanges de regards entre eux ! Je ne saurais dire lequel des deux est le plus fasciné.

Marcelle est venue nous rendre visite avant-hier, quand elle a pris Martial dans ses bras, elle a semblé surprise, elle s’est approchée de la fenêtre comme pour être sûre de ce qu’elle voyait.

– Vous le badigeonnez à l’Ambre Solaire ou quoi ?

– Je me demandais si je n’étais pas victime d’hallucination parce que je trouvais que sa peau devenait plus foncée, malheureusement, en Côte d’Ivoire j’étais coupé des indigènes, il m’était formellement interdit de les fréquenter et j’étais du genre obéissant. Le hasard fait souvent bien les choses, en allant poster une lettre, j’ai remarqué un petit enfant qui se précipitait dans les bras de sa maman à la peau noire. Je lui ai expliqué ce qui me troublait, elle a éclaté de rire devant tant de candeur, mais quand je lui ai raconté mon histoire, sa moquerie s’est muée en compassion. Elle m’a affirmé que la peau de Martial foncerait pendant un certain temps avant d’avoir sa couleur définitive. Elle a ajouté, qu’aux Antilles, il arrivait même que des enfants naissent blancs de peau avant de devenir nègres après quelques jours.

J’avais eu peur de passer pour une idiote en posant la question, pourtant il me semblait bien que la peau de Martial fonçait un peu plus chaque jour. J’avais eu peur de passer pour une idiote, maintenant, je me sentais parfaitement stupide de ne pas avoir osé en parler avec Jean-Baptiste.

Pour notre mariage, monsieur Dubois nous a offert un magnifique cadeau, un gramophone qui lui avait appartenu avant-guerre, il pense que nous en ferons un meilleur usage que lui. En fait, il ne s’en sert plus depuis des années. Il nous a aussi offert sa collection de 78 tours. J’ai fait la grimace en les découvrant, des chansons d’un autre temps, de la musique classique, rien de moderne, que de la musique de vieux ! Heureusement, Jean-Baptiste a dégotté un disque de Charles Trenet (le vrai, pas celui du square Dupleix !), deux de Raymond Legrand et son orchestre, un de Ray Ventura et ses collégiens, et surtout trois du Jazz de Paris d’Alix Combelle, notre orchestre préféré.

Ce midi, après sa tétée, Martial n’était pas décidé à dormir. J’étais installée sur le canapé, Jean-Baptiste m’a tendu le bébé, il a ouvert le gramophone et il a soigneusement choisi un disque. Les premières notes ont retenti. Horreur ! « Le beau Danube bleu » ! Il a pris Martial dans ses bras.

– Il n’est jamais trop tôt pour apprendre, mon fils. Je vais te donner ta première leçon de danse, parce qu’il se trouve que ce sont mes qualités de danseur qui ont séduit ta maman.

Tout sourire, il a commencé à danser. Soudain, il a fait semblant de remarquer mon air désabusé.

– Mais ta maman te dirait que ce n’est pas ainsi que l’on valse, qu’on doit le faire ainsi. Qu’en penses-tu, petit bonhomme ?

Je dois admettre que la valse de Vienne ne se prête pas au style musette. Mon Jean-Baptiste exultait.

– Attention, tu vas le faire vomir !

Après cette première valse, Jean-Baptiste a choisi « Bébé d’amour » et j’ai pu constater les bienfaits de mes leçons. Qu’il est beau quand il danse comme ça ! Martial s’est endormi, Jean-Baptiste l’a couché dans son moïse, posé près de notre lit et il m’a rejointe sur le canapé.

– Tes joues se sont teintées de rouge, mon amour lumineux, quelle en est la raison ?

– Je pensais à mes leçons de danse, quand j’incitais Albert à te décoincer… Si tu savais comme ça me manque…

– Tes leçons de danse ?

– Albert, nos taquineries… Je n’ose pas demander à madame Meunier quand Albertine pourra retrouver son Albert.

Jean-Baptiste a souri. Sa main puissante a serré la mienne.

– Je vois bien ton impatience, Albert, hélas je ne peux t’offrir rien d’autre que mes caresses et mes baisers.

– L’entends-tu, cette fausse modeste ou réelle candide ? Comme si elle avait oublié tous les plaisirs que ses mains, que sa bouche peuvent t’offrir !

Aussi bête que cela puisse paraître, je me suis trouvée toute gênée à l’idée de libérer Albert de sa geôle de tissu, de me pencher vers lui et de l’embrasser, pourtant Dieu sait à quel point j’en avais envie. Je ne sais pas d’où me venait cet accès de pudeur. Je pouffais d’un rire qui peinait à masquer mon embarras, je sentais que mon visage virait au cramoisi. Je redoutais avant tout qu’une plaisanterie de Jean-Baptiste m’ôte tout désir, fasse de cette gêne passagère un obstacle infranchissable.

– Si tu ne te sens pas tout à fait prête, nous pouvons attendre, ma Louise. Rien ne presse, nous avons toute la vie devant nous. De toute façon, il est grand temps que tu retournes t’allonger…

Il s’est levé, il m’a tendu la main. J’ai vu qu’Albert ne se dressait plus. Je ne sais pas pourquoi, mais ça a ravivé la flamme de mon désir. J’ai déboutonné avec tant de hâte le short colonial de Jean-Baptiste qu’un des boutons a volé dans les airs. Nous avons ri en le regardant tournoyer sur le plancher. Adieu mes craintes, adieu ma gêne, j’ai retrouvé Albert comme si nous avions été séparés pendant de longues années !

J’avais oublié à quel point j’aime son goût, à quel point l’odeur du pubis de Jean-Baptiste peut m’enivrer. Ma bouche se montrait trop avide, ma gourmandise risquait d’écourter mon plaisir. Alors, je me suis calmée. J’ai prêté attention aux mains de Jean-Baptiste crispées sur mes cheveux. J’ai senti leur étreinte se desserrer, ses doigts descendre lentement vers mes oreilles, vers mes joues. En même temps, je prenais conscience de la douceur de la peau de ses cuisses sous mes mains.

Albertine voulait hurler son désir, mais j’ai contracté mes cuisses pour la faire taire. Je ne lui céderai pas tant que madame Meunier ne m’aura pas affirmé que je peux le faire.

Mes baisers devenaient légers, suaves comme une île flottante sur de la crème anglaise. Je dégustais Albert avec délectation, mais élégance. Sur le moment, l’image m’a parue romantique, mais en écrivant ces mots, j’en mesure le côté amusant. Ma langue parcourait Albert, comme si elle voulait s’assurer que ses reliefs n’avaient pas changé. La salive emplissait ma bouche et faisait résonner les mots de Jean-Baptiste « Ô, ma Louise ! Ma Louise ! Mon amour lumineux ! »

Mes mains ont remonté le long de ses cuisses, elles ont touché ses fesses de telle façon que Jean-Baptiste a compris qu’il était temps pour Albert de faire l’amour à ma bouche. Je pensais qu’il se montrerait impatient, comme un cheval trop longtemps enfermé se rue dans la prairie qui s’ouvre devant lui, mais Albert a pris tout son temps.

Mon cœur battait à tout rompre. Je suis sûre et certaine que Jean-Baptiste a senti ses battements sur mes tempes. Mais il n’a pas accéléré le mouvement pour autant. Dans mon ventre toute une escouade s’est mise en marche. Mes cuisses étaient tellement serrées que je n’ai pas senti venir l’explosion du plaisir d’Albertine. Quand il a explosé, un flot de salive a inondé ma bouche. J’ai dégluti si fort qu’Albert est enfin parti au galop. Les mains de Jean-Baptiste se sont faites sauvages, elles tenaient mon visage si fermement qu’il ne formait plus qu’un avec elles. J’ai senti que mes mains faisaient la même chose avec ses cuisses.

Bon sang, que le cri que Jean-Baptiste a tenté de retenir m’a électrisée ! Le plaisir d’Albert a explosé dans ma bouche et je me suis sentie redevenir femme.

Enfin apaisés, nous avons regagné notre chambre. Jean-Baptiste m’a fait éclater de rire quand il a paru se souvenir de quelque chose, qu’il m’a laissée seule dans le lit avant de revenir le bouton de son short à la main. Il le regardait comme s’il se demandait s’il devait le considérer comme un trophée.

C’est à boire, à boire, à boi-re, c’est à boire qu’il nous faut !

La nouvelle vie d’Odette – Réveil charmant

Au petit matin, la conversation à mi-voix entre Jim et Jimmy me sort du sommeil. Leurs caresses aussi. Jim, dans mon dos, s’extasie de pouvoir regarder mon corps sitôt réveillé et de pouvoir le toucher.

– Rien n’égale la lumière de l’aube provençale… Vé, elle fait resplendir sa peau comme si elle était recouverte de poussière d’or !

Je suis à chaque fois troublée d’entendre la voix grave de Jim lors de ses échanges avec Jimmy, l’anglais a presque déserté sa bouche et son accent australien cède peu à peu la place à celui chantant de la Provence. Les yeux toujours clos, je m’étire, féline, attrape la main la plus proche, la pose sur mon pubis. J’ondule et d’une voix éraillée par le sommeil, leur demande de se montrer polis. Je sens leur sourire.

– Et comment devons-nous nous montrer polis ?

Je me retourne pour sentir le corps de Jimmy contre mon dos.

– En respectant les traditions.

Je n’ouvre pas les yeux. Jim semble ignorer mon éveil et poursuit son propos brièvement interrompu.

– Tu crois qu’un peintre pourrait rendre cette impression ?

– Ou un photographe…

– Non. Aucun ne serait assez subtil. Il faut du temps pour rendre… vé… là… sur son ventre… sur ses seins… et son bras…

– Une chambre alors…

– Une chambre ?

– Une chambre photographique… tu sais, les vieux appareils… avec des plaques… le temps de pause était assez long…

Je sens l’érection de Jimmy contre mes reins.

– Il me tarde que ma Princesse sorte de son sommeil parce que la sentir vivante contre moi… Tu sais comment on réveille une princesse endormie ?

– Par le baiser de son Prince Charmant !

– Mais ce matin, lequel de nous deux le sera ?

– Embrasse ses lèvres du haut, je m’occupe de celles du bas…

J’ai du mal à réfréner mon envie de rire. Ce rire nerveux et incontrôlable qui monte en moi, un mélange de bonheur enfantin et d’émotion transgressive. Je me concentre pour ne pas ouvrir les yeux trop vite. Jouer à la princesse assoupie le plus longtemps possible, profiter encore de la douceur de leurs baisers. J’y parviens en imaginant une succession de paupières recouvrir mes globes oculaires comme des stores vénitiens qu’on descendrait d’une pichenette sur le cordon.

Les lèvres de Jimmy sur ma bouche, sa langue agace mes dents les incitant à s’entrouvrir, sa langue qui s’insinue pour partir à la rencontre de la mienne, ravie de la retrouver dans une danse sensuelle et humide. La bouche de Jim qui prend tout son temps avant d’embrasser ma vulve. Ses lèvres douces bien qu’un peu rugueuses semblent hésiter, elles s’attardent sur mes seins, descendent lentement jusqu’à mon pubis, remontent un peu. Je succombe et ne parviens pas à empêcher mes cuisses de s’écarter, mon bassin de se projeter en avant.

Jimmy a sans doute envie de me croire endormie, à moins qu’il ne veuille sentir mon corps collé à son corps. Sa main toute en douceur ferme, presse mon ventre me contraignant à l’immobilité. Il n’interrompt pas son baiser pour autant. La langue de Jim se faufile dans les replis de mon sexe dont il se délecte en grognant d’aise. Je repense à ce qu’il m’avait dit à Katherine en m’offrant ma huitième breloque, à ses mots quand il avait comparé notre plaisir au magma bouillonnant dans les entrailles de la terre.

Je veux contenir mon plaisir, le retenir en moi, le faire bouillonner avant de le laisser exploser dans sa bouche. Les sensations de notre première sodomie polie m’assaillent. Ma peau se souvient de la fraîcheur qui régnait dans cette grotte, je sens encore l’odeur de nos souffles mêlés, celle de la peinture qui recouvrait nos corps, je me rappelle de l’obscurité totale qui me rassurait. Je veux croire que ces mêmes souvenirs les envahissent aussi, quand les doigts de Jimmy glissent le long de ma raie, quand Jim invoque son dieu dans un murmure, quand il attend un signe de son ami, son frère avant de me pénétrer, m’inondant de mots d’amour et enfin, enfin, sentir le gland brûlant de Jimmy à l’entrée de ce paradis que j’ai trop longtemps pris pour l’enfer.

Il se demande à mi-voix si dans mon sommeil, je pourrais percevoir le passage de sa petite bosse. Jim lui conseille de ne pas aller au-delà, d’aller et venir doucement, comme s’il voulait ne stimuler que son bourrelet. C’est ce que je ferais à ta place. Leur conversation reprend. Excitée et excitante.

– Pourquoi restes-tu immobile ?

– Parce que tes va-et-vient suffisent à me stimuler.

– Vraiment ?

– Vraiment.

– Et si j’arrête de bouger, tu bougerais à ton tour ?

– Oui

Jimmy s’enfonce un peu plus et se fige. Jim va et vient en moi. À la demande de Jimmy, il sort entièrement de mon vagin pour me pénétrer d’un coup de rein.

– Princesse aime tellement cette sensation…

– Blanche-Minette, tu veux dire…

– Non. Princesse. Blanche-Minette est notre consœur, Princesse, c’est notre femme.

– Notre femme ?!

Je sens l’émotion dans la voix de Jim et dans la crispation de sa main sur mon épaule. J’entends à peine la réponse de Jimmy parce que la main de Jim caresse ma joue et s’est arrêtée sur mon oreille. Je crois avoir compris qu’il est question de chambre conjugale qui est désormais aussi la sienne.

Jimmy reprend ses va-et-vient plus vigoureusement. Je dois faire un effort surhumain pour ne pas ouvrir les yeux. J’ai renoncé à ne pas onduler. Mes lèvres se posent sur le torse de Jim. Je sens le bout de ses doigts effleurer ma nuque. Ils plaisantent sur ma scarification rituelle, la tendresse de leur ton me fait chavirer. Je n’y tiens plus, j’ondule plus visiblement. Dans un sursaut aveugle, je me redresse pour embrasser la bouche de Jim. D’une voix évaporée, je prononce ces mots qui scellent notre union. Je fais le vœu qu’à chaque fois où dans mes rêves, deux princes, frères d’âme, me feront l’amour comme ils le font en ce moment, ils ne puissent résister à l’envie de transpercer ma peau de leurs dents puissantes, que leur morsure me sorte du sommeil et qu’à mon réveil, je les trouve à mes côtés, aussi comblés que je le serai.

Je fais toujours semblant d’être endormie. Jim demande à Jimmy s’il a bien compris ce qu’il a cru comprendre. Je sens son cœur battre à tout rompre. Jimmy le lui confirme. Mais où devrais-je mordre Princess ? Il lit la réponse sur mes lèvres plus qu’il ne l’entend. Où tu le souhaiteras.

Jim ne bouge plus. L’étreinte de Jimmy se fait fougueuse. Il se déchaîne en me suppliant d’attendre un peu avant de me réveiller. Je sens dans mes orteils les picotements annonciateurs de cet orgasme qui n’attend qu’une étincelle pour exploser. Les yeux toujours clos, je sais exactement à quoi ressemble le visage de Jimmy. Je le sais à sa façon de déglutir, aux gouttes de salive qui s’échappent de sa bouche malgré ses efforts pour les retenir. Son souffle s’approche de ma nuque. Je visualise sa langue affutant ses dents. Que j’aime quand son cri transperce ma peau aussi sûrement que ses crocs !

L’étincelle a fait exploser le premier orgasme, mais mon corps en veut plus. Jimmy le comprend. Il se retire et pendant que Jim se déchaîne à son tour, ses doigts prennent le relai. Je me demande s’il sent les va-et-vient de son ami, son frère qu’il encourage. Quelle folie s’empare de moi, qui me fait supplier Jim de me donner son plaisir à boire ?

– Il ne fait jamais contrarier une princesse endormie.

Jim suit les conseils avisés de son ami, son frère et tandis que ses doigts prennent eux aussi la place de son membre, il me baise la bouche comme si nos vies en dépendaient. Je jouis comme une chienne lubrique et je tète son sexe comme un nourrisson affamé. En se penchant pour enfin goûter au plaisir de me mordre, son membre s’enfonce si profondément que je perçois à peine le goût de son sperme. Comme Alain, il a cette faculté à jouir longtemps, à longs jets, ce qui me permet d’en profiter quand même.

Quand ses dents déchirent ma peau, je perds le contrôle de mes jambes que je sens remuer dans tous les sens, comme celles d’un pantin désarticulé. Jamais cette perte de contrôle n’a été aussi vive.

Jim sort de ma bouche, m’embrasse d’un baiser au goût métallique, celui de mon sang. Jimmy m’embrasse à son tour. Je me retrouve dans la position de départ, face à lui, Jim dans mon dos. Je m’étire, baille exagérément avant d’ouvrir les yeux. Je les regarde alternativement et, ingénue, leur fais part des bribes du merveilleux rêve que je viens de faire. Tendrement, Jimmy caresse ma joue en m’affirmant envier ma chance et demande à Jim s’il ne m’envie pas aussi.

La faim nous tenaille, mais nous devons attendre une bonne demi-heure avant de trouver la force de sortir du lit. De notre lit. Notre lit conjugal.

Après ce réveil charmant, Odette aura-t-elle la force de tenir sa promesse et de faire un tour sur le carrousel avec Linus ?

La nouvelle vie d’Odette – Tout autour de toi, vite, vite il vient, s’en va, puis il revient *

Vaï, au lieu de nous retourner au village, ramène-nous à Aubagne…

Nous venions de nous installer à la terrasse d’un café quand nos téléphones sonnèrent. Je rassurai Sylvie et lui précisai dans un éclat de rire que les propos que tenaient Cathy ne reflétaient pas l’exacte vérité et lui fis promettre de la rétablir auprès de son époux.

– Qu’est-ce qui te fait dire que je parlais à Alain ?

Je pris un air « on ne me la fait pas ».

– « T’inquiète chéri, tout va bien, mais tu connais Odette et ses bavardages incessants. Je te rappelle quand on reprend la route »

Cathy éclata de rire.

– C’était Monique !

– « Chérie » pouvait prêter à confusion, je n’ai pas entendu le e muet…

Cathy sursauta, visiblement sidérée.

– Tu… tu es en train de me dire que Monique… que Monique serait… une fille ?!

– Au lieu de te moquer de moi, raconte-moi la suite, après la sonnerie du réveil !

– Quand Monique est venue me chercher, le soleil se couchait, la place était vide, il n’y avait personne dans les rues, mais au moment de rentrer… Même s’il n’était que six heures du matin, même si Alain me déposait en voiture, je ne voulais pas prendre le risque de croiser quelqu’un en nuisette et les fesses à l’air. Ni Monique, ni moi n’y avions songé dans l’excitation de la veille… Alain m’a prêté un short et une de ses chemises, je ne pouvais pas caser mes nichons dans ses tee-shirts. Il fallait que je parte très vite pour ne pas croiser quelqu’un là-bas, la sœur à Paulo ou un de ses enfants ou son mari… tu vois ? Pour ces mêmes raisons, je ne pouvais pas demander à Alain de monter jusque chez moi ou lui demander d’attendre en bas. Il a souri et il m’a dit « Dans ces conditions, je garde ta nuisette en otage, tu ne la récupéreras qu’en échange de mes vêtements ! »

Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas été aussi avenante avec les clients de la boulangerie que je le fus ce dimanche matin. Autant distraite aussi ! À peine je me suis dit que le temps s’écoulait trop lentement, qu’il était déjà l’heure de fermer la boulangerie. Je suis rentrée chez moi, j’ai préparé mon déjeuner en chantonnant alors que je n’avais même pas allumé le poste. Après manger, je me suis allongée pour me faire une bonne sieste. Alain m’avait donné rendez-vous sur le chemin qui mène au village et nous devions nous y retrouver en fin d’après-midi pour une nuit de plaisir « et plus si affinité ». Il avait ri en disant ces mots qu’on voyait fleurir sur les petites annonces. Je ne travaillais pas le lundi et ses congés avaient débuté le samedi.

Je devais être plus fatiguée que je le croyais parce que je dormais profondément quand la sonnette a retenti. Je me suis réveillée en sursaut, j’ai ouvert la porte. Monique était là, souriante. « Je ne te dérange pas ? » Elle est entrée, elle a eu un petit sourire gêné « Ah. Tu n’es pas seule… Je me disais bien… » Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. D’un coup de menton, elle me désigna le short et la chemise d’Alain sur le dossier de la chaise. Fan, j’aurais pu m’étouffer de rire ! Je lui ai expliqué pourquoi ils étaient là. « En plus, j’ai toqué plusieurs fois, comme tu ne répondais pas j’ai sonné, et comme tu as mis longtemps à ouvrir… Je me suis dit que tu n’étais pas seule et je préfère être seule pour… » Monique cherchait ses mots, on était plantées là, comme deux cruches. Elle s’est assise, je lui ai servi un café qu’elle touillait en fixant les tourbillons dans la tasse. Elle a levé les yeux vers moi, elle a souri. « Non, pas besoin de sucre, de toute façon, je n’aime pas le café ! » Elle a pris une grande inspiration. « À propos d’hier soir… je voulais te dire… j’étais un peu jalouse… » « De moi ?! » « Mais non ! D’Aloune et de Christian ! Quand je t’ai vue, maintenant que je te vois… j’ai la bouche sèche, le cœur qui s’emballe, la chatte humide… J’ai envie de toi, qu’on se caresse, qu’on s’embrasse, qu’on fasse l’amour, mais rien que toi et moi. Rien que pour nous deux. C’est la première fois que ça m’arrive de me caresser en pensant à une nana. Si tu ne veux pas, c’est pas grave, je n’insisterai pas, ça ne changera rien à l’amitié que je te porte, mais c’est justement au nom de notre amitié que j’ai voulu te dire toute la vérité. » Fatché ! En moins de vingt-quatre heures, je me prenais deux déclarations d’amour et de la part de deux personnes qui me plaisaient bien. « Finis ton café et rejoins-moi dans ma chambre ! » Pourquoi j’ai dit ça ? Je crois que je serai morte et enterrée avant de le savoir ! Monique s’est levée en même temps que moi, elle m’a fait un clin d’œil, elle a souri et elle a jeté le contenu de sa tasse dans l’évier. « Pas de temps à perdre avec ces conneries ! »

J’ai adoré la fougue de notre premier baiser, comme si nos bouches se connaissaient, comme si nos langues avaient toujours tournoyé ensemble. J’ai été surprise de l’impatience de Monique à retirer ma robe, sa maladresse et ses jurons quand il s’est agi de dégrafer mon soutien-gorge. C’était la première fois qu’une nana s’y essayait avec moi et je crois bien qu’aucun de mes amants ne s’y est aussi mal pris. Excitée, troublée, je ne pouvais contenir mon fou-rire. Hou fan ! Ça l’énervait encore plus ! Pour la faire enrager, j’avais refusé de l’aider « Si tu veux voir mes nichons, tu dois le mériter ». Fatché, on dit des miennes, mais les colères de Monique… c’est quelque chose ! Et ses menaces… hou ! D’ailleurs, c’est quand elle a parlé d’aller chercher une paire de ciseaux que j’ai cédé. Monique, tu sais à quel point je l’aime, mais elle change souvent la vérité historique pour raconter comme ça l’arrange. C’est pour ça qu’elle ne parle jamais de cet épisode… mais telle que je me la connais, elle serait capable de dire que c’est par pudeur !

Cathy riait, émue à ce souvenir. Soudain, sa voix prit les accents de la confidence.

– Je crois qu’elle est la seule femme de ma connaissance qui n’a jamais eu besoin de porter un soutien-gorge… C’est avec moi qu’elle s’est acheté son premier. Elle n’en porte que pour exciter le Balafré et le Bavard.

Sa voix baissa encore d’un ton.

– Tu sais comment elle les appelle ? Les pièges à couillons ! Mais le plus amusant c’est qu’elle adorait, qu’elle adore toujours me voir en porter et ceux qu’elle m’offre… hou ! Elle les choisit toujours plus beaux les uns que les autres…

Quand on a été complètement nues, on a réalisé que ce serait la première fois qu’on coucherait avec une nana pour notre propre plaisir. Ne crois pas que j’avais été forcée de le faire avant, non pas du tout ! Monique avait vaguement caressé une autre femme avant moi, mais que les nichons et moi quand je l’avais fait… Je pourrais presque te dire que je ne l’avais jamais fait, parce que ce qui me plaisait c’était d’exciter les hommes en mimant… tu vois ? Je n’y mettais pas de cœur, mes partenaires non plus… On savait ce qu’il fallait faire, ce que les hommes voulaient voir, s’attendaient à voir alors on faisait comme ils pensaient que deux femmes font ensemble. On assurait le spectacle parce qu’on aimait ce sentiment de puissance… faire semblant et être excitées par leur excitation. J’y avais pris du plaisir, mais c’était pas un plaisir né d’un désir profond, d’un désir réel pour une autre femme. Tu comprends ? Alors, avec Monique on se sentait comme deux pucelles, on a bien été obligées de faire confiance à nos corps, à notre instinct, à notre amour naissant. Nos mains tremblaient de désir, nos corps sursautaient de surprise sous nos premières caresses. Monique découvrait le plaisir que lui offraient mes seins et celui qu’elle pouvait leur offrir. Elle s’émerveillait à haute voix, fan ! Que ses mots, ses baisers, ses caresses me rendaient belle ! Et comme j’aimais ses deux petits œufs sur le plat, comme elle les appelait ! Quand nos mains ont glissé plus bas… Je n’avais jamais vu une vraie-vraie blonde, ni un bond aussi blond du bas. Elle m’a fait promettre de ne jamais la surnommer « Bouton d’or », mais sans m’en donner la raison… Bé, de toute façon, j’ai vite appris pourquoi… Arrête de m’interrompre, tu m’embrouilles dans mes souvenirs et je vais encore oublier le principal !

– Mais je n’ai rien dit !

– Ouais, ouais, il y a des silences qui sont plus pires que des questions et pis, je me comprends !

Cathy but son verre d’un trait, héla le serveur pour en commander un autre. Quand il l’eut apporté, elle reprit son récit.

– C’est fou comme un minou peut être délicieux quand on aime la femme à qui on…

– Le broute ?

Cathy me mit une tape sèche sur le dos de la main.

– L’honore ! T’es brave et tout, Blanche-Minette, mais question romantisme, t’as des progrès à faire ! Où que j’en étais ? Je ne me lassais pas de découvrir le sien avec la langue, avec les doigts, avec les yeux… Et j’étais tout autant surprise du plaisir que m’offraient ses doigts, sa bouche et ses yeux… Elle jouissait de moi et moi d’elle rien que pour nous deux. Nous nous sommes promis de nous garder des moments rien qu’à nous, rien qu’à elle et à moi, de nous faire l’amour sans homme pour nous espincha… rien que Monique et Cathy, Cathy et Monique. Même si quelques semaines plus tard on l’a fait devant ceux qui sont devenus nos confrères, on a toujours gardé nos moments rien qu’à nous. Et quand on fait l’amour devant eux, à chaque fois, c’est qu’on a vraiment envie l’une de l’autre. C’est beaucoup plus fort que ce que j’avais vécu avant, mais je crois que les hommes ne s’en sont jamais aperçu.

Monique était venue à vélo, elle ne savait pas que j’avais rendez-vous avec Alain. On a fait le chemin côte à côte, moi avec mon sac rempli de tout ce que j’aurais besoin pour ces deux jours, Monique avec son vélo à la main. Alain nous attendait à l’endroit convenu et Christian était avec lui. Ils s’étaient croisés au village et quand Alain lui avait dit « J’ai rendez-vous avec la belle Catherine ce soir, elle restera jusqu’à mardi matin », Christian lui avait répondu « Elles seront peut-être ensemble, Monique voulait passer du temps avec elle ». Comme la veille, on est montées à l’arrière, sauf que là, on a fait le trajet le coffre ouvert à cause du vélo. Alain me demandait toutes les trente secondes si ça ne m’ennuyait pas qu’on ne soit pas que tous les deux et toutes les trente secondes, je lui répondais que non.

Té, tu m’as encore fait oublier un détail avec tes questions dans tes yeux ! Sur le chemin avant qu’on voie l’auto, j’ai demandé à Monique si elle allait dire à Christian pour nous deux, que c’était pas que du sexe, qu’il y avait du véritable amour. Elle m’a répondu que oui, bien sûr qu’il comprendrait. Je n’en étais pas aussi sûre qu’elle, alors, elle m’a parlé du cahier qu’elle nous avait remis la veille, celui écrit par Rosalie. Elle ne m’a pas dit ce qu’il contenait, mais qu’en le lisant, je comprendrai pourquoi elle était aussi sûre de son fait.

Monique n’était jamais entrée dans l’appartement d’Alain. Elle était surprise qu’il en ait choisi un si petit. Alors, il lui a expliqué que le bail incluait la location d’un box pour y garer son auto et que ça n’avait pas de prix, surtout l’été avec celles des touristes qui encombraient les rues et surtout certains avaient du mal à manœuvrer avec leur caravane. Elle a fait le tour des lieux. On l’a entendue éclater de rire, elle est revenue vers nous en tendant ma nuisette avec ses deux mains, elle l’avait trouvée sur l’oreiller. Elle la faisait danser devant elle « Tu nous avais caché ça, Aloune ! Tu dois être super sexy avec ! » Au plus Alain essayait de lui expliquer, au plus elle se montrait de mauvaise foi, jurant que je ne portais pas de nuisette la veille que j’étais venue en robe. Elle tenait absolument qu’il nous montre comment il était sexy en nuisette…

Cathy s’essuya le coin des yeux humides d’avoir tant ri à l’évocation de ce souvenir qui l’amusait encore quarante-six ans plus tard.

– « Me dis pas que ça t’excite pas, Aloune ! Tu bandes tellement que ton pantalon va exploser ! » « Tu mériterais que je te chasse à coup de pieds au cul, Monique ! Tu as de la chance que je te sois aussi reconnaissant ! Me regarde pas comme ça ! Si tu n’avais pas décidé de rester, je ne sais pas quand j’aurai trouvé le courage de faire signe à la belle Catherine… Je ne sais même pas si je l’aurais trouvé un jour ! » Il l’a prise dans ses bras, lui a fait un gros bisou sur le crâne avant de lui faire les gros yeux « Mais que je ne t’y reprenne pas ! » Alain a mis de la musique, il nous servait à boire quand Monique lui a demandé où il cachait ses revues pornos, celles qu’il rapportait de ses voyages. Elle le soupçonnait d’aller en Hollande pour en trouver des plus salées. Alain m’a interrogée du regard. Je lui ai fait le signe de la bouche cousue. Christian a remarqué notre manège. « Et à moi, Cathy, tu me le dirais ? » Alain m’a regardée, il s’est levé et il est allé chercher son album à fantasmes. « Voilà ce qui m’a permis de tenir ».

J’ai été vachement surprise parce qu’ils m’ont reconnue dès le premier dessin. Quand ils sont arrivés à la première page des gros plans sur ma chatte pleine d’une queue énorme, Monique a fait la moue, elle a demandé à Christian « Tu trouves que c’est réaliste ? Moi, je demande à voir… » Alain souriait, mais il a joué l’artiste offensé. « Bien sûr que oui ! On leur montre ? » Je bouillais de désir, alors tu penses bien que j’ai sauté sur l’occasion ! En fait, on attendait tous un signal pour passer aux choses pas sérieuses. « Puisque Monique affirme que ce dessin n’est pas réaliste, il faut le soumettre à un regard d’expert, une chance que nous ayons le meilleur en la matière, je vais pouvoir te prouver que tu te trompes, Monique ! » Il y a certains moments dans la vie qui forgent une amitié, qui la rendent indestructible, eh bé, ce moment-là… Bien sûr, on en a connus bien d’autres, mais celui-ci…

Pour faire exactement comme sur le dessin, il aurait fallu qu’on s’installe sur un canapé, mais Alain n’en avait pas, alors on est allés dans la chambre. Monique et Christian ont pris une chaise et se sont installés face à nous. Alain était presque assis sur le lit, le dos calé par des oreillers. Fatché, de le voir ainsi… j’étais tellement trempée qu’il m’a pénétrée d’un coup ! Christian regardait le dessin, nous regardait à nous. « Écarte un peu plus les cuisses, Cathy… encore un peu… non ! Un peu moins… cambre-toi un peu plus… encore… tes cuisses, Cathy… » Monique commentait aussi. C’est la première fois que j’ai remarqué ce détail, quand ils sont très excités, Monique et Christian ont une voix un peu métallique. Tu vois ce que je veux dire ? Monique n’était pas convaincue, alors elle donnait ses indications. « Enfonce-toi un peu plus, Aloune… Non ! Pas autant ! Oui ! C’est mieux… » Elle regardait le dessin. « Ah, mais non ! Recommence, mais moins vite… non… plus vite… plus profond… non… moins… » Christian reprenait « Écarte tes cuisses, Cathy… Alain, va plus au fond… Non, moins… Non plus ! Cambre-toi, Cathy ! » Monique faisait sa critique d’art « Tu vois que ce dessin n’est absolument pas réaliste ! Regarde, le clito de Cathy est bien plus gonflé dans la réalité ! »

Alain riait, il la traitait de bougresse. Monique s’est levée, elle est allée à côté de nous, elle a pris la main d’Alain, elle l’a posée sur mon minou. « Tu me traites de menteuse, en plus ?! » J’étais en train de jouir, Monique s’est penchée sur mon entrejambe, elle a regardé Christian. « Tu vois bien que c’est pas du tout comme sur le dessin ! » J’ai retiré la main d’Alain et je lui ai demandé de me décrire ce qui se passait dans la culotte de Monique, qui n’en portait pas, mais on se comprenait. « Elle commence à être légèrement excitée » Monique a failli tomber dans le panneau, heureusement que Christian a dit « Hé bé, excite-la assez pour que tu puisses la prendre comme tu… Stop ! Ne bouge plus ! Ça y est, c’est exactement comme sur… oh ce… c’est parfait… tout est parfait…! » Je le regardais se branler en nous matant tous les trois, moi empalée sur Alain qui faisait aller et venir ses doigts dans la chatte de Monique.

J’ai fait l’innocente et j’ai demandé à Monique de prendre ma place pour être sûre que sur le dessin c’était bien moi et pas elle. Quand elle s’est installée, je me suis assise à côté de Christian. Au plus je lui disais que c’était pareil, elle ou moi, au plus il me montrait les différences. J’avais posé ma tête sur son épaule et je le branlais en donnant des indications à Alain comme Monique l’avait fait plus tôt. J’ai mis longtemps à reconnaître qu’ils avaient raison et pour me faire pardonner, j’ai sucé Christian qui me griffait le crâne tant ses doigts se crispaient sous mes cheveux. Il entendait sa Monique gémir de plaisir, il la regardait jouir de son ami, j’étais à ses côtés, je le suçais, ça le rendait tellement heureux…! Quand Alain a dit « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! », j’ai arrêté de sucer Christian et je lui ai dit « Montre-moi comme tu vas bien la baiser ta petite femme maintenant que mon homme a joui dans sa chatte et qu’il l’a bien fait jouir ».

Des clients se sont installés à la table d’à côté, nous avons décidé qu’il était temps de rentrer au village. Dans la voiture, Cathy a achevé son récit.

– Après tous ces efforts, nous sommes passés à table. Monique et Christian feuilletaient l’album à fantasmes. Elle était vraiment très excitée par les dessins de sodomie. « Ça m’excite beaucoup parce que je ne le ferai jamais. J’ai tellement peur d’avoir mal… » Nous parlions sans tabou, elle écoutait mes arguments de femme et nos hommes comprenaient les craintes des femmes à propos de cette pratique. Christian tournait les pages de l’album quand Alain lui a presque arraché des mains et l’a refermé comme il l’avait fait la veille, sauf que là, il n’avait plus l’excuse « Il est temps de dormir ». Je lui ai demandé s’il avait honte ou quoi. Il ne nous regardait plus et il avait l’air un peu triste, comme quand la fête s’interrompt brusquement alors qu’on s’amusait si bien. J’ai posé ma main sur la sienne pour lui dire qu’il pouvait garder ça pour lui. Il a regardé Christian « Vous allez me trouver ridicule » et il a ouvert l’album à la bonne page. Le papier était plus luxueux, le dessin plus appliqué et… pas du tout érotique. Il me représente assise à sa table, un bol de café devant moi et lui en train de me tendre une tartine de pain. En dessous, il avait écrit « Rêver un impossible rêve – Janvier 1974 ». Monique lui a demandé « Pourquoi “impossible” ? » Christian lui a demandé en quoi c’était ridicule. Et moi, je lui ai demandé pourquoi il avait fallu que Monique m’invite pour qu’on se revoie. « Je ne savais pas comment faire sans trahir Paulo… et puis… tu es tellement parfaite, je me sens si minable à côté de lui, de toi… Je n’aurais jamais osé… »

Alors c’est vrai que je l’ai un peu crié… « Si tu dis que tu es minable, maintenant que j’ai compris que je suis amoureuse de toi, tu dis que je suis amoureuse d’un minable et ça, je ne veux plus jamais l’entendre, tu m’entends ?! Plus jamais ! Et je vous prends à témoin, vous autres ! » Je venais de lui crier que j’étais amoureuse de lui, Alain était tellement surpris qu’il a ouvert la bouche en grand et ne la refermait pas. Monique lui a lancé une olive. Tu sais à quel point je l’aime, ma Monique, mais la prends jamais dans ton équipe à la pétanque parce qu’au lieu d’atterrir dans la bouche d’Alain, l’olive a failli me crever un œil ! Mais bon, au moins elle aura réussi à détendre l’atmosphère !

Avant de rentrer chez eux, Monique nous a demandé de prendre le temps de lire le cahier de sa Bonne-Maman pour qu’on puisse en parler ensemble, tous les quatre. Voilà, de ce jour-là, j’ai commencé à vivre avec Alain, mais je prenais toujours garde à faire semblant de dormir chez moi. Ça ne faisait pas un mois que je jouais cette comédie que la sœur à Paulo m’a surprise en m’attendant devant la porte de mon appartement. J’étais un peu gênée et comme je ne voulais pas qu’elle fasse un esclandre dans la cage d’escalier, je l’ai fait entrer chez moi. « Tu as rencontré quelqu’un, c’est ça ? Pourquoi tu t’en caches ? Je suis bien contente que tu cesses enfin de porter le deuil de Paulo, mais je suis bien triste que tu ne me fasses pas assez confiance pour me donner la bonne nouvelle ». Elle m’a prise dans ses bras et m’a souhaité tout le bonheur possible. Nous sommes restées très proches jusqu’à la fin, trente ans plus tard, mais elle n’a jamais su pour Paulo, la camionnette, les partouzes.

Quand nous sommes entrées dans la maison du Toine, Monique, Sylvie, Alain, Christian, Jimmy et Martial étaient en grande discussion à propos de la pandémie qui ne portait pas encore son nom, des mensonges d’État et de la répression qui s’abat chaque jour un peu plus violente sur les opposants à notre Napoléon III 2.0, comme l’appelle Monique. Je ne pus m’empêcher de sourire en l’imaginant faire enrager Aloune, la nuisette de Cathy à la main.

7 février 2020, les Pomponnettes font un beau cadeau à Blanche-Minette

*Georges Bizet, Henri Meilhac, Ludovic Halévy, L’amour est un oiseau rebelle in Carmen (1875)

La version de Carmen qui m’a fait découvrir la sensualité de cette œuvre, bien loin de l’interprétation lugubre de Maria Callas. Cette dernière remarque n’engageant que son autrice, c’est-à-dire ma pomme !