À la Saint-Valentin, faisons-nous du bien ! – Deuxième épisode

Après avoir déjeuné, même si le repas n’était pas gargantuesque, nous avons décidé de suivre les recommandations sanitaires de mon époux en nous offrant notre séance rituelle d’agacements masturbatoires. En effet, si notre voisin nous rend visite chaque jour, nous ne baisons pas ensemble au quotidien (sauf à considérer que la pratique du sexe oral entre dans la catégorie « baiser »).

Prétextant revêtir une tenue plus adéquate, je vais me changer dans la chambre. En revenant dans le salon, un frisson d’excitation me saisit, comme un coup de fouet qui remonte du bas de mes reins à ma nuque, quand je les vois, mon époux adoré tiré à quatre épingles aux côtés de notre voisin dans son jogging distendu. Ils discutent en m’attendant. Je m’enivre de leurs compliments que je sais sincères autant qu’exagérés.

Nous avons décidé d’une petite mise en scène à l’attention de notre voisin qui ne se doute de rien. Je lui quémande « un petit baiser » auquel il consent volontiers. Mon époux assiste au spectacle de nos bouches avides, de nos langues impudiques engagées dans leur tango sensuel. Pour avoir un meilleur point de vue, il se tient dans mon dos, sa main, comme mue d’une volonté propre, se glisse sous ma robe, rapide et prudente comme une belette sortant de son terrier à la recherche d’une proie cachée dans les fourrés.

– Mais où avais-tu la tête, ma chérie ? Tu as oublié de mettre une culotte ! Je vous prends à témoin, mon cher ami, constatez, constatez !

– Je constate, je constate ! S’agirait-il là de ce que les spécialistes appellent « un acte manqué » ?

– Il me semble bien, surtout que ma chère épouse semble avoir également oublié… Ma chérie, ne m’avais-tu pas dit que tu avais écrit un petit compliment à l’attention de notre cher ami en cette occasion particulière ?

J’attends que notre voisin et mon époux se soient assis dans le canapé, je fais une sorte de petite révérence et, reprenant le quatrain cher aux fillettes par-delà les générations « Si j’étais jardinière, je t’offrirais des fleurs, comme je suis écolière, je t’offre mon cœur », je déclame « Si j’étais poétesse, je vous offrirais des vers, puisque j’étais secrétaire, prenez donc mes fesses ».

Notre voisin éclate de rire avant de réaliser ce que mes mots signifient. Ses yeux semblent balbutier leur surprise. D’un regard enjôleur, d’un mouvement de tête, je l’invite à me suivre dans la chambre. Mon époux lui demande s’il préfère rester seul avec moi, notre voisin confirme. Nous l’appellerons plus tard.

Les rideaux tamisent à peine la lumière, je m’en réjouis intérieurement. Notre voisin a déjà retiré son jogging, il s’approche de moi.

– J’aimerais vous déshabiller, regarder votre corps réagir à cette première fois.

Tant que je peux garder mon caraco… Je ne sais pas comment notre voisin a pu lire dans mes pensées, il poursuit, balayant de ses mots ce simple espoir.

– Avez-vous conscience que si mes mains connaissent votre corps, mes yeux n’en ont vu que quelques détails ? Je comprends ce que vous redoutez… Bien sûr, votre corps a vieilli, bien sûr, il s’est empâté, je sais bien que sa peau n’est plus celle de vos trente ans… la belle affaire ! Parce que je ne connais pas cette jeune femme que vous fûtes, j’en ai vu, certes, quelques photos, mais je ne sais rien d’elle. En revanche, je sais que la femme vous êtes devenue me fait bander, que j’aime la souplesse de sa peau sous mes caresses, que ce corps m’offre des plaisirs, je les espère partagés, des plaisirs qu’aucune autre ne m’a jamais offerts, des plaisirs insoupçonnés…

Je le laisse me déshabiller, je ne sais pas comment lui dire que ses mots m’émeuvent davantage qu’un bouquet de roses, fussent-elles rouges passion, que je les reçois comme un cadeau d’une valeur inestimable, un cadeau à côté duquel une parure de diamant semblerait minable. Une fois nue, je manque de m’évanouir sous les caresses de son regard. Cette femme de soixante-sept ans, il la trouve belle, alors, je deviens belle.

En spectateur attentif et en assistant complice de nos ébats, notre voisin sait déjà comment préparer mon cul pour que la sodomie ne soit que plaisir. Nous en avons parlé avec lui, mon mari et moi, il sait qu’en plus de trente ans de pratique, je n’ai jamais ressenti la moindre douleur. Il sait aussi que seul mon époux a eu accès à mon entrée privée. De mon côté, je sais que la sodomie n’a jamais dépassé le stade du fantasme pour notre voisin.

Nous souhaitons, lui et moi, pouvoir nous regarder quand il me pénétrera. Mon corps prêt, sa grosse pine (comme il aime que je la nomme) elle aussi enduite de gel, je m’allonge sur le lit. Mes fesses sont trop loin du bord, je l’ai fait exprès, parce que je savais que j’aimerai la sensation quand mes jambes sur ses bras, il m’attirera vers lui. Il a lu ma ruse son mon visage.

– C’est avec ce genre de comportement que vous… c’est ce genre de comportement qui me… Ma si désirable voisine, lorsque je porterai plainte auprès des instances dédiées pour avoir dérobé mon cœur, vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous-même ! Et ça vous fait sourire… !

Je sens la chaleur de son corps irradier sur ma vulve et sur mes fesses enduites de gel. Ma main rejoint la sienne sur sa queue si dure, si désirable. Notre voisin me regarde. Sans un mot, dans un échange de sourires, nous guidons son gland contre mon anus. La pression qu’il y exerce est à la fois douce et résolue. Nous respirons au même rythme. Il est entré et s’enfonce lentement en moi. Ça y est, ma vieille, ton voisin est en train de t’enculer. Et t’aime ça, hein, ma vieille ?! Putain, sa bite est encore plus grosse, elle me dilate le cul comme jamais… Putain, c’que c’est bon !

Notre voisin se régale du spectacle. Je le sais parce que ses lèvres ont gonflé. Elles le font toujours quand il prend son pied. Il délaisse ce spectacle pour me regarder. Il voulait me dire quelque chose, mais il a remarqué ma bouche entrouverte, ma langue qui passe sur mes lèvres, elles aussi plus gonflées que d’ordinaire. Dans un sourire, il se penche vers moi. Je me redresse autant que je le peux. Nos bouches se rejoignent. Han ! D’un coup de reins involontaire (ou pas), sa grosse bite s’est enfoncée jusqu’à la garde. C’que c’est bon ! Je sais que ses va-et-vient seront encore meilleurs.

Notre voisin se murmure à lui-même « C’que c’est bon, oh, c’que c’est bon ! » Son regard va de son sexe à mon visage. Je pousse des petits cris de plaisir, au rythme et en écho à sa mélopée. Les mots qui s’échappent de ma bouche ne sont pas ceux que je souhaiterais.

– Vous m’enculez tellement bien… cher voisin… Oh ! Vous m’enculez comme un prince !

Je jouis une première fois. Je jouis d’autant plus fort que je ressens ainsi à quel point sa grosse pine m’emplit. Mon époux, répondant à notre appel, entre dans la chambre à l’instant précis où notre voisin se retire de mes fesses. Il regarde son sexe. Me regarde. Me sourit. « C’est trop bon… » D’un coup de rein, il me pénètre à nouveau, mais alors que je m’attends à des va-et-vient rapides et profonds, notre voisin se retire au ralenti.

– Si je continue, je vais jouir et avant de jouir, je voudrais nous offrir…

– Nous offrir quoi ??

Notre voisin me prend dans ses bras. « Vous ne vous en doutez pas ?! Allons, ne me faites pas croire que… » Il m’embrasse sans finir sa phrase.

Je regarde mon époux, frappée par le contraste entre sa tenue impeccable et le corps nu de notre voisin.

– Cette première fois aura-t-elle été à la hauteur de vos fantasmes ?

– Je peux vous affirmer qu’elle l’a été au-delà de tout ce que j’aurais pu m’imaginer.

Par la pression qu’il exerce sur ma hanche, notre voisin m’invite à me mettre à quatre pattes. De fait, je ne vois pas la scène qui se joue dans mon dos, mais la devine dans le dialogue entre mon époux adoré et notre voisin.

– Je n’en reviens pas, vous avez réussi à convaincre ma chère épouse de se mettre toute nue en plein jour !

– Vous ne vous imaginez pas comme j’en suis heureux !

Je sens ses mains écarter mes fesses, je le supplie.

– S’il vous plaît…

– S’il vous plaît quoi ? Dois-je comprendre que… ?

– Oui !

– Comme ça ?

Je gémis de plaisir quand il me pénètre d’un vigoureux coup de reins. Mon bassin ondule. Je me sens indécente, impudique, mais qu’est-ce que j’aime ça ! Je fais signe à mon époux. Il s’approche, sans se déshabiller, il sort son sexe de son pantalon. Je commence à le sucer et, au même moment, je comprends ce que notre voisin tenait tant à m’offrir avant de jouir. Dans cette position, je sens ses grosses couilles battre contre mes cuisses, caresser ma vulve. J’aime crier des « Oh, oui ! Oh, oui ! » et grogner de plaisir la bouche pleine du sexe de mon époux adoré. J’aime sentir les doigts de notre voisin agripper mes hanches, la furie de ses va-et-vient.

J’aime sa voix d’une sonorité irréelle de sensualité quand il me demande si j’aime ça, si je sens ses grosses couilles bringuebaler. J’abandonne un instant le sexe de mon mari.

– Oh oui ! Oh oui, j’aime… vous m’en… Oh oui… ooh… !

– Je vous en… quoi ?

– Oohh… !

– Je vous encule comme un prince, c’est ça ? C’est ce que votre épouse m’a avoué, tout à l’heure…

– Non ! Non… vous m’enculez… comme… Oohh… comme un dieu ! Et vos ma… vos magnifiques… Oohh… couilles… oh… ooh… ooohh… !

Le plaisir qui s’empare de moi vole mes mots entre mon cerveau et ma bouche. Je reprends ma pipe là où je l’avais laissée. Mon époux s’en félicite avec des mots qui attisent mon plaisir. Je sens ses mains sur mes seins. Je les sens se glisser entre mes cuisses. Je l’entends exclamer sa surprise de trouver ma chatte trempée comme jamais.

Et le temps se dissout dans le plaisir que nous prenons tous les trois. Il me semble que mes orgasmes s’enchaînent. À moins que ce n’en soit qu’un seul, qui au lieu d’exploser comme d’habitude, aurait opté pour le flux et le reflux, des ondes comme les vagues à marée montante… Je jouis encore quand je sens un grognement naître dans les tripes de notre voisin, enfler avant de s’échapper par sa bouche. Il ne se retire pas. « Permettez-moi de débander en vous, de profiter encore un peu de cette sensation ». Des vaguelettes de plaisir, plus douces, plus sereines me parcourent.

Quand notre voisin se retire, il reste derrière moi. Je sens les mains de mon époux écarter mes fesses. Il se penche en avant. Son sexe s’enfonce davantage dans ma bouche.

– Que c’est beau ! Regardez comme c’est beau ! Était-ce aussi bon pour vous que c’est beau à voir ?

– C’était même meilleur !

– Ooh… que c’est… beau !

Mon mari jouit dans ma bouche en prononçant ces mots. Nous restons dans le lit le temps de nous remettre de nos émotions. Les mots que nous nous disons sont empreints de douceur, de respect… et de grivoiserie.

– Avec tout ça, on n’a toujours pas joué notre partie d’échecs…

– Figurez-vous, cher ami, que je me faisais la même réflexion !

Nous sortons de la chambre. Mon époux y retourne aussitôt, son téléphone à la main. Il nous rejoint ensuite pour nous montrer la photo qu’il vient de prendre.

– Ainsi, le souvenir de cet extraordinaire moment ne s’effacera jamais de nos mémoires

La nouvelle vie d’Odette – Si t’es fière d’être Blanche-Neige, tape-toi sept nains !

Après une discussion entre consœurs, Sylvie et Cathy m’ont fait un cadeau dont je n’aurais jamais osé rêver. Nous avions longuement parlé de cette sensation ambiguë de nous sentir salopes et d’aimer ça. J’écoutais Sylvie me raconter le plaisir qu’elle avait pris à chaque fois où, les yeux bandés, elle s’était faite tripoter, baiser par des inconnus qui pour la plupart le lui sont restés. De fil en aiguille, l’idée de me faire ce cadeau a pris forme. C’est ainsi qu’au tout début de février, les yeux bandés, je montai dans la voiture de Monique qui me conduisit dans un lieu inconnu.

J’entrai dans une pièce, puis dans une autre. Monique me déshabilla, me fit m’allonger sur le dos. Elle menotta mes mains à une barre au-dessus de ma tête. Je sentis des mains inconnues attraper mes chevilles et les attacher à des étriers. Quand ce fut fait, Monique ôta le bandeau de mes yeux. Je constatai qu’une partie de mon corps se trouvait dans une pièce et que l’autre était dans une seconde, la frontière entre les deux se situait au niveau de mon nombril. Je ne pourrai donc par voir qui me baiserait et comme le dit Cathy,

– Pour ajouter du piment à l’affaire, tous les hommes qui te baiseront mettront une capote, que ce soient des confrères ou de parfaits inconnus ! Qu’est-ce qu’on dit à ses consœurs, Blanche-Minette ?

– Pomponnettes Power !

Cathy s’attendait à un simple « merci », mais elle, Sylvie et Monique répétèrent, enthousiastes, ce qui est devenu notre cri de ralliement. Mireille ne pouvait pas être présente, mais elle s’était consolée en se disant que la prochaine fois, elle serait là.

– Et pour que tu ne meures pas idiote, je t’ai préparé un documentaire pédagogique.

Un casque sur mes oreilles diffusait mes chansons préférées, le documentaire projeté au plafond était une compilation de vidéos de glory holes, les passages que Sylvie trouvait les plus excitants. La diffusion de ces images me donnait une idée de ce qui m’attendait et de ce qui se passerait de l’autre côté de la paroi. Je me sentais couler d’excitation bien avant l’arrivée du premier homme qui me toucha, me doigta comme s’il cherchait à deviner comment il serait dans ma chatte. Je faillis en jouir parce que je savais qu’il ne m’avait jamais baisée avant. Cet homme me baisait sans me connaître, presque sans respect. En tout cas, sans y mettre le moindre sentiment. Il prenait son plaisir en ne pensant qu’à lui et j’aimais ça.

Il se retira et un autre inconnu prit sa place. Mieux membré, à moins que sa façon de triturer l’intérieur de mes cuisses, de les pincer n’ait contracté mon vagin. Pendant qu’il me baisait, d’autres mains écartaient mes fesses et je sentais un doigt aller et venir le long de ma raie. Ça y est, tu y es, tu jouis comme une chienne, salope ! Cette pensée me comblait de bonheur. Une autre main écartait davantage mes lèvres et caressait mon clitoris d’une façon rugueuse. Ils étaient donc trois autour de moi.

Je ne parvenais pas à détourner mon regard du plafond, je voyais ces hommes passer d’une femme à l’autre, le plaisir qu’elles prenaient semblait faire écho au mien. Non ! Quatre, ils sont au moins quatre ! Pendant que les trois premiers continuaient leurs attouchements, un quatrième me suçait les orteils.

Celui qui me baisait se retira. Celui qui avait astiqué mon clito me prit très vite, très fort. Il sortait de ma chatte et me doigtait pour tenter de me faire squirter, mais il s’y prenait si mal qu’il n’avait aucune chance d’y parvenir. Il me reprit, tout aussi délicieusement rugueux. Il me semble l’avoir entendu grogner avant de se retirer, mais je pense avoir imaginé ce grognement.

Je souris en reconnaissant la queue d’Alain me pénétrer. Je me fis la promesse de partager avec mes consœurs la pensée qui me traversa l’esprit. Alain est le seul homme qui ne pourra jamais baiser incognito. Il est non seulement monté comme un taureau, mais bon sang, qu’il baise bien ! Aussi bien que Jean-Luc, ou alors pas loin. Les attouchements de mains inconnues avaient repris.

Je suivais les conseils avisés de Sylvie et de Cathy et ne cherchais pas à deviner qui me baisait, ni quand il cesserait pour laisser la place à un autre. Je ne cherchais pas plus à anticiper de quelle façon s’y prendrait le suivant. Je gardais les yeux rivés au plafond et ne les fermais que lorsque la musique éveillait en moi une source supplémentaire d’excitation. Je ne sais pas qui avait concocté cette playlist, dont certains morceaux eux aussi inconnus me donnaient la chair de poule.

Les hommes se succédaient, je reconnaissais parfois certaines caresses, certains membres. Leurs propriétaires me demeuraient inconnus, mais à leur façon de s’y prendre, je savais qu’ils m’avaient déjà baisée quelques minutes auparavant. Que j’aimais ce luxe de pouvoir jouir sans retenue, sans pudeur de ces hommes qui ne connaîtraient rien d’autre de moi que la blancheur de mon pubis et la moiteur torride de mon vagin !

Les orgasmes se succédaient avec une rapidité déconcertante. J’ai aimé quand un homme m’a prise et que des doigts (les siens ?) ont rejoint sa queue dans mon vagin.

Je fixais le plafond, mais le plaisir recouvrait ma vue d’un voile sensuel qui me rendait presque aveugle. Mon ventre vibrait comme un volcan au bord de l’éruption. Tous mes sens s’entrechoquaient, je ne distinguais plus les notes de musique de mes propres gémissements. Et mon ventre vibrait davantage. Je me laissais emporter dans ce tourbillon avec un plaisir sans nom.

Un homme me pénétra, s’agrippant à mes hanches tandis que d’autres doigts écartaient mes lèvres, effleuraient savamment mon clitoris ne se contentant pas de s’arrêter au gland. La musique semblait venir d’ailleurs. Je me revis à Londres quand avec Jimmy nous avions goûté au plaisir subtil d’une étreinte dans les toilettes d’un pub entre deux sets d’un groupe de rock. La musique présente mais indistincte qui se mélange au brouhaha des conversations anonymes et par conséquent incompréhensibles, des souffles, des respirations.

La main qui se détache de ma hanche. Le son de ce doigt qui se dresse vers moi. Celui d’un visage qui se tourne. She’s cheating ! She’s cheating ! La mélodie du sourire de Jimmy qui fait signe à son ami de se taire. Chut ! La voix du Bavard. Tu triches, capoune ! Le son de sa gifle qui renvoie mon ectoplasme de l’autre côté de la paroi. J’ai eu le temps d’entendre les battements du cœur de Jimmy et son amour pour moi, l’excitation de Christian attendant son tour en respirant comme on siffle, les ailes de son nez vibrantes de désir.

Ai-je eu le temps de leur crier « Encore ! Encore ! » avant de décoller pour mieux plonger dans l’océan infini du plaisir ? Quand je remonte à la surface, à l’exacte frontière de la conscience, quand j’aspire une grande bouffée de réalité, j’ai une pensée pour mes consœurs dont la présence à mes côtés me semble palpable ainsi que leur soutien et je me sens envahie d’une reconnaissance infinie envers Jimmy et son amour qui me permettent de vivre enfin la vie qui est la mienne et dont j’ai failli ignorer l’existence. Plus que jamais l’idée d’unir mon nom au sien dans les registres officiels me semble essentielle pour laisser une trace à tout jamais.

Je me sens décoller une seconde fois et plonger à nouveau dans l’océan infini du plaisir. J’y plonge plus profondément et quand je remonte à la surface, toutes mes pensées se concentrent sur mon plaisir, sur celui que prend cet homme dans mon vagin et de cet autre forcément à genoux dont la langue court le long de la raie de mes fesses vers mon anus. Trop entravée pour réussir à me cambrer, je me délecte de cette frustration. L’homme qui me baise, accélère soudain. Se retire et d’un seul mouvement, m’encule jusqu’à la garde.

Je décolle aussitôt accompagnée d’un bruissement d’ailes, mais avant d’entendre le souffle, le sang de cet homme et de pouvoir le reconnaître, je plonge tout au fond de cet océan de jouissance. J’ai l’impression d’éclabousser mon partenaire comme si nous étions tous les deux au milieu des flots. Il se fige quelques instants, se retire pour laisser la place à un autre au moment précis où je refais surface. La pression de sa main sur ma cuisse lève son anonymat. Je suis stupéfaite et incrédule. Mes sens ne peuvent que me tromper. Il est impossible qu’il soit là. Pourtant ses mains, puissantes, caleuses… Mon ectoplasme ne m’est d’aucune utilité, suspendu au-dessus de moi, il ne me fait entendre que la rumeur, les bruissements de mon propre plaisir.

Un autre décollage, je sens les vibrations dans mon ventre et un courant allant de la plante de mes pieds jusqu’à mes mollets, comme un circuit parallèle. Des mains malaxent mes fesses. Un homme me prend. Je plonge. Des images stroboscopiques se superposent à celles projetées au plafond. Une clairière de forêt en plein été, des hommes qui se branlent pour moi. Des mains qui me touchent. Des mains qui remontent ma jupe. Ces queues inconnues sous mes yeux, rien que pour moi. Ma chatte offerte à la vue des hommes derrière ces queues. L’orgasme est violent. Je remonte à la surface. Des doigts ont pris la place du sexe précédent. Mon ventre ondule. Je m’accroche aux notes de musique, aux images projetées. Combien de fois ai-je vu ce passage ? Qu’il est doué cet homme dans sa façon de me baiser ! La mélodie de ses va-et-vient comme le contre-chant des slut !slut !que je crois lire sur les lèvres de ces hommes.

– Mais c’est ça que tu veux voir, capoune ? Vé coumpan, t’as vu comme elle me fait oui de la tête ? Vé, petite Blanche-Minette, t’as vu comme tu me fais bander quand tu me regardes avé la gourmandise ? Qué « chut ! » ? De toute façon, elle sait déjà qu’on est de la fête. Qu’est-ce t’as à rigoler, coumpan ? Qué wizard ? Tu trouves que ça pue ?!

L’éclat de rire de Jimmy et d’Alain.

– Il dit que t’es un sorcier, couillon !

– Vous me fézé débander avé vos conneries ! Té, qu’elle te réclame, Jimmy ! Je te laisse la place.

La curiosité de mon ectoplasme a ses limites, il réintègre mon corps dans ce bruissement d’ailes que j’ai appris à reconnaître. Jimmy oublie qu’il est là pour me baiser, au lieu de ça, il me fait l’amour. Je me concentre à nouveau sur les images projetées au plafond et sur la voix d’Irène Papas que j’ai reconnue à la première écoute. I was, I am, I am to come, I was*. Jimmy s’efface pour céder sa place à un inconnu. Au plafond, des voyeurs se branlent en attendant leur tour.

Le casque de mon walkman sur mes oreilles, assise sur un transat, j’écarte les cuisses et je me masturbe en regardant le ciel comme si mon image se reflétait dans les nuages. Mes mamelons pointent sous le chemisier que je me suis acheté la veille, la mousseline de soie ajoute à mon excitation. Je sais qu’il remarque tous ces détails et qu’il se branle dans son jardin, n’attendant que mon regard pour cesser de m’observer et faire semblant d’être excité par les photos du Penthouse d’août 1983. Je décolle une fois de plus m’arrachant à ce souvenir que je croyais oublié pour plonger dans la réalité du plaisir que je prends maintenant.

Mon cri me déchire les tympans autant que les cordes vocales. Je ne veux pas savoir pourquoi j’ai joui si fort, ni comment, ni par qui. Tout ce qui m’importe c’est la puissance du plaisir que je viens de prendre. Je me surprends à jouir en égoïste et à me contrefoutre de savoir si le sien a été à la hauteur de mon orgasme.

Des mains libèrent mes chevilles de leurs entraves. Sylvie me rejoint, détache mes mains, me pose une question que je n’entends pas, me sourit, retire le casque de mes oreilles. Pas besoin de te demander si tu as apprécié ! Elle noue le bandeau sur mes yeux, me guide jusqu’à la voiture de Monique. Sylvie à ma gauche, Cathy à ma droite, je me sens comme une reine de beauté entourée de ses dauphines pendant les quelques mètres que nous parcourons.

La voiture démarre, je leur offre l’exclusivité du récit de cette journée. Ce n’est qu’à l’approche du mas que Sylvie dénoue le bandeau. Je les regarde et plus que jamais comprends ce que signifie faire partie de la Confrérie du Bouton d’Or et les en remercie.

Chevauchée fantastique

*∞ in 666, Aphrodite’s Child (1972)

La nouvelle vie d’Odette – Tout autour de toi, vite, vite il vient, s’en va, puis il revient *

Vaï, au lieu de nous retourner au village, ramène-nous à Aubagne…

Nous venions de nous installer à la terrasse d’un café quand nos téléphones sonnèrent. Je rassurai Sylvie et lui précisai dans un éclat de rire que les propos que tenaient Cathy ne reflétaient pas l’exacte vérité et lui fis promettre de la rétablir auprès de son époux.

– Qu’est-ce qui te fait dire que je parlais à Alain ?

Je pris un air « on ne me la fait pas ».

– « T’inquiète chéri, tout va bien, mais tu connais Odette et ses bavardages incessants. Je te rappelle quand on reprend la route »

Cathy éclata de rire.

– C’était Monique !

– « Chérie » pouvait prêter à confusion, je n’ai pas entendu le e muet…

Cathy sursauta, visiblement sidérée.

– Tu… tu es en train de me dire que Monique… que Monique serait… une fille ?!

– Au lieu de te moquer de moi, raconte-moi la suite, après la sonnerie du réveil !

– Quand Monique est venue me chercher, le soleil se couchait, la place était vide, il n’y avait personne dans les rues, mais au moment de rentrer… Même s’il n’était que six heures du matin, même si Alain me déposait en voiture, je ne voulais pas prendre le risque de croiser quelqu’un en nuisette et les fesses à l’air. Ni Monique, ni moi n’y avions songé dans l’excitation de la veille… Alain m’a prêté un short et une de ses chemises, je ne pouvais pas caser mes nichons dans ses tee-shirts. Il fallait que je parte très vite pour ne pas croiser quelqu’un là-bas, la sœur à Paulo ou un de ses enfants ou son mari… tu vois ? Pour ces mêmes raisons, je ne pouvais pas demander à Alain de monter jusque chez moi ou lui demander d’attendre en bas. Il a souri et il m’a dit « Dans ces conditions, je garde ta nuisette en otage, tu ne la récupéreras qu’en échange de mes vêtements ! »

Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas été aussi avenante avec les clients de la boulangerie que je le fus ce dimanche matin. Autant distraite aussi ! À peine je me suis dit que le temps s’écoulait trop lentement, qu’il était déjà l’heure de fermer la boulangerie. Je suis rentrée chez moi, j’ai préparé mon déjeuner en chantonnant alors que je n’avais même pas allumé le poste. Après manger, je me suis allongée pour me faire une bonne sieste. Alain m’avait donné rendez-vous sur le chemin qui mène au village et nous devions nous y retrouver en fin d’après-midi pour une nuit de plaisir « et plus si affinité ». Il avait ri en disant ces mots qu’on voyait fleurir sur les petites annonces. Je ne travaillais pas le lundi et ses congés avaient débuté le samedi.

Je devais être plus fatiguée que je le croyais parce que je dormais profondément quand la sonnette a retenti. Je me suis réveillée en sursaut, j’ai ouvert la porte. Monique était là, souriante. « Je ne te dérange pas ? » Elle est entrée, elle a eu un petit sourire gêné « Ah. Tu n’es pas seule… Je me disais bien… » Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. D’un coup de menton, elle me désigna le short et la chemise d’Alain sur le dossier de la chaise. Fan, j’aurais pu m’étouffer de rire ! Je lui ai expliqué pourquoi ils étaient là. « En plus, j’ai toqué plusieurs fois, comme tu ne répondais pas j’ai sonné, et comme tu as mis longtemps à ouvrir… Je me suis dit que tu n’étais pas seule et je préfère être seule pour… » Monique cherchait ses mots, on était plantées là, comme deux cruches. Elle s’est assise, je lui ai servi un café qu’elle touillait en fixant les tourbillons dans la tasse. Elle a levé les yeux vers moi, elle a souri. « Non, pas besoin de sucre, de toute façon, je n’aime pas le café ! » Elle a pris une grande inspiration. « À propos d’hier soir… je voulais te dire… j’étais un peu jalouse… » « De moi ?! » « Mais non ! D’Aloune et de Christian ! Quand je t’ai vue, maintenant que je te vois… j’ai la bouche sèche, le cœur qui s’emballe, la chatte humide… J’ai envie de toi, qu’on se caresse, qu’on s’embrasse, qu’on fasse l’amour, mais rien que toi et moi. Rien que pour nous deux. C’est la première fois que ça m’arrive de me caresser en pensant à une nana. Si tu ne veux pas, c’est pas grave, je n’insisterai pas, ça ne changera rien à l’amitié que je te porte, mais c’est justement au nom de notre amitié que j’ai voulu te dire toute la vérité. » Fatché ! En moins de vingt-quatre heures, je me prenais deux déclarations d’amour et de la part de deux personnes qui me plaisaient bien. « Finis ton café et rejoins-moi dans ma chambre ! » Pourquoi j’ai dit ça ? Je crois que je serai morte et enterrée avant de le savoir ! Monique s’est levée en même temps que moi, elle m’a fait un clin d’œil, elle a souri et elle a jeté le contenu de sa tasse dans l’évier. « Pas de temps à perdre avec ces conneries ! »

J’ai adoré la fougue de notre premier baiser, comme si nos bouches se connaissaient, comme si nos langues avaient toujours tournoyé ensemble. J’ai été surprise de l’impatience de Monique à retirer ma robe, sa maladresse et ses jurons quand il s’est agi de dégrafer mon soutien-gorge. C’était la première fois qu’une nana s’y essayait avec moi et je crois bien qu’aucun de mes amants ne s’y est aussi mal pris. Excitée, troublée, je ne pouvais contenir mon fou-rire. Hou fan ! Ça l’énervait encore plus ! Pour la faire enrager, j’avais refusé de l’aider « Si tu veux voir mes nichons, tu dois le mériter ». Fatché, on dit des miennes, mais les colères de Monique… c’est quelque chose ! Et ses menaces… hou ! D’ailleurs, c’est quand elle a parlé d’aller chercher une paire de ciseaux que j’ai cédé. Monique, tu sais à quel point je l’aime, mais elle change souvent la vérité historique pour raconter comme ça l’arrange. C’est pour ça qu’elle ne parle jamais de cet épisode… mais telle que je me la connais, elle serait capable de dire que c’est par pudeur !

Cathy riait, émue à ce souvenir. Soudain, sa voix prit les accents de la confidence.

– Je crois qu’elle est la seule femme de ma connaissance qui n’a jamais eu besoin de porter un soutien-gorge… C’est avec moi qu’elle s’est acheté son premier. Elle n’en porte que pour exciter le Balafré et le Bavard.

Sa voix baissa encore d’un ton.

– Tu sais comment elle les appelle ? Les pièges à couillons ! Mais le plus amusant c’est qu’elle adorait, qu’elle adore toujours me voir en porter et ceux qu’elle m’offre… hou ! Elle les choisit toujours plus beaux les uns que les autres…

Quand on a été complètement nues, on a réalisé que ce serait la première fois qu’on coucherait avec une nana pour notre propre plaisir. Ne crois pas que j’avais été forcée de le faire avant, non pas du tout ! Monique avait vaguement caressé une autre femme avant moi, mais que les nichons et moi quand je l’avais fait… Je pourrais presque te dire que je ne l’avais jamais fait, parce que ce qui me plaisait c’était d’exciter les hommes en mimant… tu vois ? Je n’y mettais pas de cœur, mes partenaires non plus… On savait ce qu’il fallait faire, ce que les hommes voulaient voir, s’attendaient à voir alors on faisait comme ils pensaient que deux femmes font ensemble. On assurait le spectacle parce qu’on aimait ce sentiment de puissance… faire semblant et être excitées par leur excitation. J’y avais pris du plaisir, mais c’était pas un plaisir né d’un désir profond, d’un désir réel pour une autre femme. Tu comprends ? Alors, avec Monique on se sentait comme deux pucelles, on a bien été obligées de faire confiance à nos corps, à notre instinct, à notre amour naissant. Nos mains tremblaient de désir, nos corps sursautaient de surprise sous nos premières caresses. Monique découvrait le plaisir que lui offraient mes seins et celui qu’elle pouvait leur offrir. Elle s’émerveillait à haute voix, fan ! Que ses mots, ses baisers, ses caresses me rendaient belle ! Et comme j’aimais ses deux petits œufs sur le plat, comme elle les appelait ! Quand nos mains ont glissé plus bas… Je n’avais jamais vu une vraie-vraie blonde, ni un bond aussi blond du bas. Elle m’a fait promettre de ne jamais la surnommer « Bouton d’or », mais sans m’en donner la raison… Bé, de toute façon, j’ai vite appris pourquoi… Arrête de m’interrompre, tu m’embrouilles dans mes souvenirs et je vais encore oublier le principal !

– Mais je n’ai rien dit !

– Ouais, ouais, il y a des silences qui sont plus pires que des questions et pis, je me comprends !

Cathy but son verre d’un trait, héla le serveur pour en commander un autre. Quand il l’eut apporté, elle reprit son récit.

– C’est fou comme un minou peut être délicieux quand on aime la femme à qui on…

– Le broute ?

Cathy me mit une tape sèche sur le dos de la main.

– L’honore ! T’es brave et tout, Blanche-Minette, mais question romantisme, t’as des progrès à faire ! Où que j’en étais ? Je ne me lassais pas de découvrir le sien avec la langue, avec les doigts, avec les yeux… Et j’étais tout autant surprise du plaisir que m’offraient ses doigts, sa bouche et ses yeux… Elle jouissait de moi et moi d’elle rien que pour nous deux. Nous nous sommes promis de nous garder des moments rien qu’à nous, rien qu’à elle et à moi, de nous faire l’amour sans homme pour nous espincha… rien que Monique et Cathy, Cathy et Monique. Même si quelques semaines plus tard on l’a fait devant ceux qui sont devenus nos confrères, on a toujours gardé nos moments rien qu’à nous. Et quand on fait l’amour devant eux, à chaque fois, c’est qu’on a vraiment envie l’une de l’autre. C’est beaucoup plus fort que ce que j’avais vécu avant, mais je crois que les hommes ne s’en sont jamais aperçu.

Monique était venue à vélo, elle ne savait pas que j’avais rendez-vous avec Alain. On a fait le chemin côte à côte, moi avec mon sac rempli de tout ce que j’aurais besoin pour ces deux jours, Monique avec son vélo à la main. Alain nous attendait à l’endroit convenu et Christian était avec lui. Ils s’étaient croisés au village et quand Alain lui avait dit « J’ai rendez-vous avec la belle Catherine ce soir, elle restera jusqu’à mardi matin », Christian lui avait répondu « Elles seront peut-être ensemble, Monique voulait passer du temps avec elle ». Comme la veille, on est montées à l’arrière, sauf que là, on a fait le trajet le coffre ouvert à cause du vélo. Alain me demandait toutes les trente secondes si ça ne m’ennuyait pas qu’on ne soit pas que tous les deux et toutes les trente secondes, je lui répondais que non.

Té, tu m’as encore fait oublier un détail avec tes questions dans tes yeux ! Sur le chemin avant qu’on voie l’auto, j’ai demandé à Monique si elle allait dire à Christian pour nous deux, que c’était pas que du sexe, qu’il y avait du véritable amour. Elle m’a répondu que oui, bien sûr qu’il comprendrait. Je n’en étais pas aussi sûre qu’elle, alors, elle m’a parlé du cahier qu’elle nous avait remis la veille, celui écrit par Rosalie. Elle ne m’a pas dit ce qu’il contenait, mais qu’en le lisant, je comprendrai pourquoi elle était aussi sûre de son fait.

Monique n’était jamais entrée dans l’appartement d’Alain. Elle était surprise qu’il en ait choisi un si petit. Alors, il lui a expliqué que le bail incluait la location d’un box pour y garer son auto et que ça n’avait pas de prix, surtout l’été avec celles des touristes qui encombraient les rues et surtout certains avaient du mal à manœuvrer avec leur caravane. Elle a fait le tour des lieux. On l’a entendue éclater de rire, elle est revenue vers nous en tendant ma nuisette avec ses deux mains, elle l’avait trouvée sur l’oreiller. Elle la faisait danser devant elle « Tu nous avais caché ça, Aloune ! Tu dois être super sexy avec ! » Au plus Alain essayait de lui expliquer, au plus elle se montrait de mauvaise foi, jurant que je ne portais pas de nuisette la veille que j’étais venue en robe. Elle tenait absolument qu’il nous montre comment il était sexy en nuisette…

Cathy s’essuya le coin des yeux humides d’avoir tant ri à l’évocation de ce souvenir qui l’amusait encore quarante-six ans plus tard.

– « Me dis pas que ça t’excite pas, Aloune ! Tu bandes tellement que ton pantalon va exploser ! » « Tu mériterais que je te chasse à coup de pieds au cul, Monique ! Tu as de la chance que je te sois aussi reconnaissant ! Me regarde pas comme ça ! Si tu n’avais pas décidé de rester, je ne sais pas quand j’aurai trouvé le courage de faire signe à la belle Catherine… Je ne sais même pas si je l’aurais trouvé un jour ! » Il l’a prise dans ses bras, lui a fait un gros bisou sur le crâne avant de lui faire les gros yeux « Mais que je ne t’y reprenne pas ! » Alain a mis de la musique, il nous servait à boire quand Monique lui a demandé où il cachait ses revues pornos, celles qu’il rapportait de ses voyages. Elle le soupçonnait d’aller en Hollande pour en trouver des plus salées. Alain m’a interrogée du regard. Je lui ai fait le signe de la bouche cousue. Christian a remarqué notre manège. « Et à moi, Cathy, tu me le dirais ? » Alain m’a regardée, il s’est levé et il est allé chercher son album à fantasmes. « Voilà ce qui m’a permis de tenir ».

J’ai été vachement surprise parce qu’ils m’ont reconnue dès le premier dessin. Quand ils sont arrivés à la première page des gros plans sur ma chatte pleine d’une queue énorme, Monique a fait la moue, elle a demandé à Christian « Tu trouves que c’est réaliste ? Moi, je demande à voir… » Alain souriait, mais il a joué l’artiste offensé. « Bien sûr que oui ! On leur montre ? » Je bouillais de désir, alors tu penses bien que j’ai sauté sur l’occasion ! En fait, on attendait tous un signal pour passer aux choses pas sérieuses. « Puisque Monique affirme que ce dessin n’est pas réaliste, il faut le soumettre à un regard d’expert, une chance que nous ayons le meilleur en la matière, je vais pouvoir te prouver que tu te trompes, Monique ! » Il y a certains moments dans la vie qui forgent une amitié, qui la rendent indestructible, eh bé, ce moment-là… Bien sûr, on en a connus bien d’autres, mais celui-ci…

Pour faire exactement comme sur le dessin, il aurait fallu qu’on s’installe sur un canapé, mais Alain n’en avait pas, alors on est allés dans la chambre. Monique et Christian ont pris une chaise et se sont installés face à nous. Alain était presque assis sur le lit, le dos calé par des oreillers. Fatché, de le voir ainsi… j’étais tellement trempée qu’il m’a pénétrée d’un coup ! Christian regardait le dessin, nous regardait à nous. « Écarte un peu plus les cuisses, Cathy… encore un peu… non ! Un peu moins… cambre-toi un peu plus… encore… tes cuisses, Cathy… » Monique commentait aussi. C’est la première fois que j’ai remarqué ce détail, quand ils sont très excités, Monique et Christian ont une voix un peu métallique. Tu vois ce que je veux dire ? Monique n’était pas convaincue, alors elle donnait ses indications. « Enfonce-toi un peu plus, Aloune… Non ! Pas autant ! Oui ! C’est mieux… » Elle regardait le dessin. « Ah, mais non ! Recommence, mais moins vite… non… plus vite… plus profond… non… moins… » Christian reprenait « Écarte tes cuisses, Cathy… Alain, va plus au fond… Non, moins… Non plus ! Cambre-toi, Cathy ! » Monique faisait sa critique d’art « Tu vois que ce dessin n’est absolument pas réaliste ! Regarde, le clito de Cathy est bien plus gonflé dans la réalité ! »

Alain riait, il la traitait de bougresse. Monique s’est levée, elle est allée à côté de nous, elle a pris la main d’Alain, elle l’a posée sur mon minou. « Tu me traites de menteuse, en plus ?! » J’étais en train de jouir, Monique s’est penchée sur mon entrejambe, elle a regardé Christian. « Tu vois bien que c’est pas du tout comme sur le dessin ! » J’ai retiré la main d’Alain et je lui ai demandé de me décrire ce qui se passait dans la culotte de Monique, qui n’en portait pas, mais on se comprenait. « Elle commence à être légèrement excitée » Monique a failli tomber dans le panneau, heureusement que Christian a dit « Hé bé, excite-la assez pour que tu puisses la prendre comme tu… Stop ! Ne bouge plus ! Ça y est, c’est exactement comme sur… oh ce… c’est parfait… tout est parfait…! » Je le regardais se branler en nous matant tous les trois, moi empalée sur Alain qui faisait aller et venir ses doigts dans la chatte de Monique.

J’ai fait l’innocente et j’ai demandé à Monique de prendre ma place pour être sûre que sur le dessin c’était bien moi et pas elle. Quand elle s’est installée, je me suis assise à côté de Christian. Au plus je lui disais que c’était pareil, elle ou moi, au plus il me montrait les différences. J’avais posé ma tête sur son épaule et je le branlais en donnant des indications à Alain comme Monique l’avait fait plus tôt. J’ai mis longtemps à reconnaître qu’ils avaient raison et pour me faire pardonner, j’ai sucé Christian qui me griffait le crâne tant ses doigts se crispaient sous mes cheveux. Il entendait sa Monique gémir de plaisir, il la regardait jouir de son ami, j’étais à ses côtés, je le suçais, ça le rendait tellement heureux…! Quand Alain a dit « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! », j’ai arrêté de sucer Christian et je lui ai dit « Montre-moi comme tu vas bien la baiser ta petite femme maintenant que mon homme a joui dans sa chatte et qu’il l’a bien fait jouir ».

Des clients se sont installés à la table d’à côté, nous avons décidé qu’il était temps de rentrer au village. Dans la voiture, Cathy a achevé son récit.

– Après tous ces efforts, nous sommes passés à table. Monique et Christian feuilletaient l’album à fantasmes. Elle était vraiment très excitée par les dessins de sodomie. « Ça m’excite beaucoup parce que je ne le ferai jamais. J’ai tellement peur d’avoir mal… » Nous parlions sans tabou, elle écoutait mes arguments de femme et nos hommes comprenaient les craintes des femmes à propos de cette pratique. Christian tournait les pages de l’album quand Alain lui a presque arraché des mains et l’a refermé comme il l’avait fait la veille, sauf que là, il n’avait plus l’excuse « Il est temps de dormir ». Je lui ai demandé s’il avait honte ou quoi. Il ne nous regardait plus et il avait l’air un peu triste, comme quand la fête s’interrompt brusquement alors qu’on s’amusait si bien. J’ai posé ma main sur la sienne pour lui dire qu’il pouvait garder ça pour lui. Il a regardé Christian « Vous allez me trouver ridicule » et il a ouvert l’album à la bonne page. Le papier était plus luxueux, le dessin plus appliqué et… pas du tout érotique. Il me représente assise à sa table, un bol de café devant moi et lui en train de me tendre une tartine de pain. En dessous, il avait écrit « Rêver un impossible rêve – Janvier 1974 ». Monique lui a demandé « Pourquoi “impossible” ? » Christian lui a demandé en quoi c’était ridicule. Et moi, je lui ai demandé pourquoi il avait fallu que Monique m’invite pour qu’on se revoie. « Je ne savais pas comment faire sans trahir Paulo… et puis… tu es tellement parfaite, je me sens si minable à côté de lui, de toi… Je n’aurais jamais osé… »

Alors c’est vrai que je l’ai un peu crié… « Si tu dis que tu es minable, maintenant que j’ai compris que je suis amoureuse de toi, tu dis que je suis amoureuse d’un minable et ça, je ne veux plus jamais l’entendre, tu m’entends ?! Plus jamais ! Et je vous prends à témoin, vous autres ! » Je venais de lui crier que j’étais amoureuse de lui, Alain était tellement surpris qu’il a ouvert la bouche en grand et ne la refermait pas. Monique lui a lancé une olive. Tu sais à quel point je l’aime, ma Monique, mais la prends jamais dans ton équipe à la pétanque parce qu’au lieu d’atterrir dans la bouche d’Alain, l’olive a failli me crever un œil ! Mais bon, au moins elle aura réussi à détendre l’atmosphère !

Avant de rentrer chez eux, Monique nous a demandé de prendre le temps de lire le cahier de sa Bonne-Maman pour qu’on puisse en parler ensemble, tous les quatre. Voilà, de ce jour-là, j’ai commencé à vivre avec Alain, mais je prenais toujours garde à faire semblant de dormir chez moi. Ça ne faisait pas un mois que je jouais cette comédie que la sœur à Paulo m’a surprise en m’attendant devant la porte de mon appartement. J’étais un peu gênée et comme je ne voulais pas qu’elle fasse un esclandre dans la cage d’escalier, je l’ai fait entrer chez moi. « Tu as rencontré quelqu’un, c’est ça ? Pourquoi tu t’en caches ? Je suis bien contente que tu cesses enfin de porter le deuil de Paulo, mais je suis bien triste que tu ne me fasses pas assez confiance pour me donner la bonne nouvelle ». Elle m’a prise dans ses bras et m’a souhaité tout le bonheur possible. Nous sommes restées très proches jusqu’à la fin, trente ans plus tard, mais elle n’a jamais su pour Paulo, la camionnette, les partouzes.

Quand nous sommes entrées dans la maison du Toine, Monique, Sylvie, Alain, Christian, Jimmy et Martial étaient en grande discussion à propos de la pandémie qui ne portait pas encore son nom, des mensonges d’État et de la répression qui s’abat chaque jour un peu plus violente sur les opposants à notre Napoléon III 2.0, comme l’appelle Monique. Je ne pus m’empêcher de sourire en l’imaginant faire enrager Aloune, la nuisette de Cathy à la main.

7 février 2020, les Pomponnettes font un beau cadeau à Blanche-Minette

*Georges Bizet, Henri Meilhac, Ludovic Halévy, L’amour est un oiseau rebelle in Carmen (1875)

La version de Carmen qui m’a fait découvrir la sensualité de cette œuvre, bien loin de l’interprétation lugubre de Maria Callas. Cette dernière remarque n’engageant que son autrice, c’est-à-dire ma pomme !