La nouvelle vie d’Odette – Si t’es fière d’être Blanche-Neige, tape-toi sept nains !

Après une discussion entre consœurs, Sylvie et Cathy m’ont fait un cadeau dont je n’aurais jamais osé rêver. Nous avions longuement parlé de cette sensation ambiguë de nous sentir salopes et d’aimer ça. J’écoutais Sylvie me raconter le plaisir qu’elle avait pris à chaque fois où, les yeux bandés, elle s’était faite tripoter, baiser par des inconnus qui pour la plupart le lui sont restés. De fil en aiguille, l’idée de me faire ce cadeau a pris forme. C’est ainsi qu’au tout début de février, les yeux bandés, je montai dans la voiture de Monique qui me conduisit dans un lieu inconnu.

J’entrai dans une pièce, puis dans une autre. Monique me déshabilla, me fit m’allonger sur le dos. Elle menotta mes mains à une barre au-dessus de ma tête. Je sentis des mains inconnues attraper mes chevilles et les attacher à des étriers. Quand ce fut fait, Monique ôta le bandeau de mes yeux. Je constatai qu’une partie de mon corps se trouvait dans une pièce et que l’autre était dans une seconde, la frontière entre les deux se situait au niveau de mon nombril. Je ne pourrai donc par voir qui me baiserait et comme le dit Cathy,

– Pour ajouter du piment à l’affaire, tous les hommes qui te baiseront mettront une capote, que ce soient des confrères ou de parfaits inconnus ! Qu’est-ce qu’on dit à ses consœurs, Blanche-Minette ?

– Pomponnettes Power !

Cathy s’attendait à un simple « merci », mais elle, Sylvie et Monique répétèrent, enthousiastes, ce qui est devenu notre cri de ralliement. Mireille ne pouvait pas être présente, mais elle s’était consolée en se disant que la prochaine fois, elle serait là.

– Et pour que tu ne meures pas idiote, je t’ai préparé un documentaire pédagogique.

Un casque sur mes oreilles diffusait mes chansons préférées, le documentaire projeté au plafond était une compilation de vidéos de glory holes, les passages que Sylvie trouvait les plus excitants. La diffusion de ces images me donnait une idée de ce qui m’attendait et de ce qui se passerait de l’autre côté de la paroi. Je me sentais couler d’excitation bien avant l’arrivée du premier homme qui me toucha, me doigta comme s’il cherchait à deviner comment il serait dans ma chatte. Je faillis en jouir parce que je savais qu’il ne m’avait jamais baisée avant. Cet homme me baisait sans me connaître, presque sans respect. En tout cas, sans y mettre le moindre sentiment. Il prenait son plaisir en ne pensant qu’à lui et j’aimais ça.

Il se retira et un autre inconnu prit sa place. Mieux membré, à moins que sa façon de triturer l’intérieur de mes cuisses, de les pincer n’ait contracté mon vagin. Pendant qu’il me baisait, d’autres mains écartaient mes fesses et je sentais un doigt aller et venir le long de ma raie. Ça y est, tu y es, tu jouis comme une chienne, salope ! Cette pensée me comblait de bonheur. Une autre main écartait davantage mes lèvres et caressait mon clitoris d’une façon rugueuse. Ils étaient donc trois autour de moi.

Je ne parvenais pas à détourner mon regard du plafond, je voyais ces hommes passer d’une femme à l’autre, le plaisir qu’elles prenaient semblait faire écho au mien. Non ! Quatre, ils sont au moins quatre ! Pendant que les trois premiers continuaient leurs attouchements, un quatrième me suçait les orteils.

Celui qui me baisait se retira. Celui qui avait astiqué mon clito me prit très vite, très fort. Il sortait de ma chatte et me doigtait pour tenter de me faire squirter, mais il s’y prenait si mal qu’il n’avait aucune chance d’y parvenir. Il me reprit, tout aussi délicieusement rugueux. Il me semble l’avoir entendu grogner avant de se retirer, mais je pense avoir imaginé ce grognement.

Je souris en reconnaissant la queue d’Alain me pénétrer. Je me fis la promesse de partager avec mes consœurs la pensée qui me traversa l’esprit. Alain est le seul homme qui ne pourra jamais baiser incognito. Il est non seulement monté comme un taureau, mais bon sang, qu’il baise bien ! Aussi bien que Jean-Luc, ou alors pas loin. Les attouchements de mains inconnues avaient repris.

Je suivais les conseils avisés de Sylvie et de Cathy et ne cherchais pas à deviner qui me baisait, ni quand il cesserait pour laisser la place à un autre. Je ne cherchais pas plus à anticiper de quelle façon s’y prendrait le suivant. Je gardais les yeux rivés au plafond et ne les fermais que lorsque la musique éveillait en moi une source supplémentaire d’excitation. Je ne sais pas qui avait concocté cette playlist, dont certains morceaux eux aussi inconnus me donnaient la chair de poule.

Les hommes se succédaient, je reconnaissais parfois certaines caresses, certains membres. Leurs propriétaires me demeuraient inconnus, mais à leur façon de s’y prendre, je savais qu’ils m’avaient déjà baisée quelques minutes auparavant. Que j’aimais ce luxe de pouvoir jouir sans retenue, sans pudeur de ces hommes qui ne connaîtraient rien d’autre de moi que la blancheur de mon pubis et la moiteur torride de mon vagin !

Les orgasmes se succédaient avec une rapidité déconcertante. J’ai aimé quand un homme m’a prise et que des doigts (les siens ?) ont rejoint sa queue dans mon vagin.

Je fixais le plafond, mais le plaisir recouvrait ma vue d’un voile sensuel qui me rendait presque aveugle. Mon ventre vibrait comme un volcan au bord de l’éruption. Tous mes sens s’entrechoquaient, je ne distinguais plus les notes de musique de mes propres gémissements. Et mon ventre vibrait davantage. Je me laissais emporter dans ce tourbillon avec un plaisir sans nom.

Un homme me pénétra, s’agrippant à mes hanches tandis que d’autres doigts écartaient mes lèvres, effleuraient savamment mon clitoris ne se contentant pas de s’arrêter au gland. La musique semblait venir d’ailleurs. Je me revis à Londres quand avec Jimmy nous avions goûté au plaisir subtil d’une étreinte dans les toilettes d’un pub entre deux sets d’un groupe de rock. La musique présente mais indistincte qui se mélange au brouhaha des conversations anonymes et par conséquent incompréhensibles, des souffles, des respirations.

La main qui se détache de ma hanche. Le son de ce doigt qui se dresse vers moi. Celui d’un visage qui se tourne. She’s cheating ! She’s cheating ! La mélodie du sourire de Jimmy qui fait signe à son ami de se taire. Chut ! La voix du Bavard. Tu triches, capoune ! Le son de sa gifle qui renvoie mon ectoplasme de l’autre côté de la paroi. J’ai eu le temps d’entendre les battements du cœur de Jimmy et son amour pour moi, l’excitation de Christian attendant son tour en respirant comme on siffle, les ailes de son nez vibrantes de désir.

Ai-je eu le temps de leur crier « Encore ! Encore ! » avant de décoller pour mieux plonger dans l’océan infini du plaisir ? Quand je remonte à la surface, à l’exacte frontière de la conscience, quand j’aspire une grande bouffée de réalité, j’ai une pensée pour mes consœurs dont la présence à mes côtés me semble palpable ainsi que leur soutien et je me sens envahie d’une reconnaissance infinie envers Jimmy et son amour qui me permettent de vivre enfin la vie qui est la mienne et dont j’ai failli ignorer l’existence. Plus que jamais l’idée d’unir mon nom au sien dans les registres officiels me semble essentielle pour laisser une trace à tout jamais.

Je me sens décoller une seconde fois et plonger à nouveau dans l’océan infini du plaisir. J’y plonge plus profondément et quand je remonte à la surface, toutes mes pensées se concentrent sur mon plaisir, sur celui que prend cet homme dans mon vagin et de cet autre forcément à genoux dont la langue court le long de la raie de mes fesses vers mon anus. Trop entravée pour réussir à me cambrer, je me délecte de cette frustration. L’homme qui me baise, accélère soudain. Se retire et d’un seul mouvement, m’encule jusqu’à la garde.

Je décolle aussitôt accompagnée d’un bruissement d’ailes, mais avant d’entendre le souffle, le sang de cet homme et de pouvoir le reconnaître, je plonge tout au fond de cet océan de jouissance. J’ai l’impression d’éclabousser mon partenaire comme si nous étions tous les deux au milieu des flots. Il se fige quelques instants, se retire pour laisser la place à un autre au moment précis où je refais surface. La pression de sa main sur ma cuisse lève son anonymat. Je suis stupéfaite et incrédule. Mes sens ne peuvent que me tromper. Il est impossible qu’il soit là. Pourtant ses mains, puissantes, caleuses… Mon ectoplasme ne m’est d’aucune utilité, suspendu au-dessus de moi, il ne me fait entendre que la rumeur, les bruissements de mon propre plaisir.

Un autre décollage, je sens les vibrations dans mon ventre et un courant allant de la plante de mes pieds jusqu’à mes mollets, comme un circuit parallèle. Des mains malaxent mes fesses. Un homme me prend. Je plonge. Des images stroboscopiques se superposent à celles projetées au plafond. Une clairière de forêt en plein été, des hommes qui se branlent pour moi. Des mains qui me touchent. Des mains qui remontent ma jupe. Ces queues inconnues sous mes yeux, rien que pour moi. Ma chatte offerte à la vue des hommes derrière ces queues. L’orgasme est violent. Je remonte à la surface. Des doigts ont pris la place du sexe précédent. Mon ventre ondule. Je m’accroche aux notes de musique, aux images projetées. Combien de fois ai-je vu ce passage ? Qu’il est doué cet homme dans sa façon de me baiser ! La mélodie de ses va-et-vient comme le contre-chant des slut !slut !que je crois lire sur les lèvres de ces hommes.

– Mais c’est ça que tu veux voir, capoune ? Vé coumpan, t’as vu comme elle me fait oui de la tête ? Vé, petite Blanche-Minette, t’as vu comme tu me fais bander quand tu me regardes avé la gourmandise ? Qué « chut ! » ? De toute façon, elle sait déjà qu’on est de la fête. Qu’est-ce t’as à rigoler, coumpan ? Qué wizard ? Tu trouves que ça pue ?!

L’éclat de rire de Jimmy et d’Alain.

– Il dit que t’es un sorcier, couillon !

– Vous me fézé débander avé vos conneries ! Té, qu’elle te réclame, Jimmy ! Je te laisse la place.

La curiosité de mon ectoplasme a ses limites, il réintègre mon corps dans ce bruissement d’ailes que j’ai appris à reconnaître. Jimmy oublie qu’il est là pour me baiser, au lieu de ça, il me fait l’amour. Je me concentre à nouveau sur les images projetées au plafond et sur la voix d’Irène Papas que j’ai reconnue à la première écoute. I was, I am, I am to come, I was*. Jimmy s’efface pour céder sa place à un inconnu. Au plafond, des voyeurs se branlent en attendant leur tour.

Le casque de mon walkman sur mes oreilles, assise sur un transat, j’écarte les cuisses et je me masturbe en regardant le ciel comme si mon image se reflétait dans les nuages. Mes mamelons pointent sous le chemisier que je me suis acheté la veille, la mousseline de soie ajoute à mon excitation. Je sais qu’il remarque tous ces détails et qu’il se branle dans son jardin, n’attendant que mon regard pour cesser de m’observer et faire semblant d’être excité par les photos du Penthouse d’août 1983. Je décolle une fois de plus m’arrachant à ce souvenir que je croyais oublié pour plonger dans la réalité du plaisir que je prends maintenant.

Mon cri me déchire les tympans autant que les cordes vocales. Je ne veux pas savoir pourquoi j’ai joui si fort, ni comment, ni par qui. Tout ce qui m’importe c’est la puissance du plaisir que je viens de prendre. Je me surprends à jouir en égoïste et à me contrefoutre de savoir si le sien a été à la hauteur de mon orgasme.

Des mains libèrent mes chevilles de leurs entraves. Sylvie me rejoint, détache mes mains, me pose une question que je n’entends pas, me sourit, retire le casque de mes oreilles. Pas besoin de te demander si tu as apprécié ! Elle noue le bandeau sur mes yeux, me guide jusqu’à la voiture de Monique. Sylvie à ma gauche, Cathy à ma droite, je me sens comme une reine de beauté entourée de ses dauphines pendant les quelques mètres que nous parcourons.

La voiture démarre, je leur offre l’exclusivité du récit de cette journée. Ce n’est qu’à l’approche du mas que Sylvie dénoue le bandeau. Je les regarde et plus que jamais comprends ce que signifie faire partie de la Confrérie du Bouton d’Or et les en remercie.

Chevauchée fantastique

*∞ in 666, Aphrodite’s Child (1972)

Dirty dancefloors and dreams of naughtiness

– Hey dis donc, Machin, on t’a jamais appris à dégager le passage devant Princess Hope ?

D’abord surpris d’être bousculé, Linus s’était retourné souriant en reconnaissant le son de ma voix. Il me toisa de haut.

– Princess Hope ? Vraiment ? Princess Hope dans cette… tenue ?!

En ce début de journée, notre joute verbale débutait sous les meilleurs auspices.

– En France, on dit que l’habit ne fait pas le moine, Machin.

– Je ne vois qu’un seul moyen de vérifier que vous êtes réellement celle que vous prétendez être…

Il attrapa ma main et m’entraîna dans les coulisses de la salle des fêtes où la grande malle, arrivée quelques jours avant eux, n’attendait que le tour de clé de Linus pour dévoiler les trésors qu’elle contenait. J’étais ébahie. Pour être plus exacte, Odette l’était, mais Princess Hope se dit déçue de ne point y trouver le carrousel qui l’avait tant enchantée. Je voulais faire la tatillonne, mais Linus me prit à mon propre piège.

– Je n’ai pas souvenir que Princess Hope l’ait déjà vu… Petronilla se serait-elle laissée aller à quelque indiscrétion ?

– Ho, Machin, embrasse-moi au lieu de me prendre la tête !

Comme toujours, son baiser avait le goût du tabac, mais le whisky avait laissé place aux arômes du café que Linus venait de boire. Je ne comprendrai sans doute jamais pourquoi j’aime tant le goût de ses baisers, mais le fait est qu’il me transporte au-delà du raisonnable.

– Tes baisers ont gardé la fougue et la fraîcheur de l’adolescence et j’adore ça ! Tu as l’air surprise, personne ne te l’a jamais fait remarquer ?

– Non, mais je le prends comme un beau compliment !

Une projection de vidéos était prévue en début de soirée, nous décidâmes d’offrir à nos amis un petit lever de rideau musical. Le temps d’en avertir Roweena et Gideon, puisque nous avions besoin de leur assistance pour la mise en place, la répétition débuta.

Quand je repense à cette journée, je m’aperçois qu’en la racontant, on pourrait croire que j’étais au centre de toutes les attentions, mais il n’en est rien. Notre absence est passée inaperçue parce que chacun se tricotait ses propres souvenirs. Jim, par exemple, était parti à la découverte de la nature environnante avec Marcel, son nouveau mentor, qui non content de lui montrer les trésors de cette terre à laquelle il est si attaché, l’incita à peaufiner ses connaissances de la langue française. À Jim qui s’extasiait des leçons de Monique et de Mireille, il conseilla d’étudier également auprès de Cathy.

Alain avait, une fois encore, servi d’interprète après un incident qui nous fit bien rire quand il nous le raconta. Joseph lui avait demandé de lui traduire les propos de Betsy. Parce qu’à mon grand regret, je ne parle pas anglais. Or, elle venait de s’adresser à lui en français. Cependant, ils se comprirent très vite. Elle venait de leur montrer sa plus belle création, celle dont elle était la plus fière et avait remarqué le sourire embarrassé de Joseph.

– Tu as une très belle âme, mais il te manque les rudiments pour que tes mains puissent la retranscrire.

Alain s’étonna de ce tutoiement inhabituel dans la bouche de son ami et en expliqua la raison à Betsy.

– Ta coquetterie te ferait-elle perdre la mémoire ? Tu sais bien que nous sommes de la génération où les maîtres tutoyaient leurs apprentis !

Durant sa longue carrière, Joseph s’était toujours refusé à prendre des apprentis sous son aile, sans autre raison que l’absence de magie entre lui et ses postulants. Cette magie s’était imposée d’elle-même dès le premier regard qu’il avait posé sur Betsy.

Cathy avait profité de la voiture de Christian soi-disant pour veiller à ce que les gamins ne mettent pas trop de bazar dans la maison du Toine où ils se remettaient de leur nuit d’Halloween, mais je la soupçonnais de vouloir passer du temps avec eux pour leur transmettre certains savoirs et autres secrets ainsi que Nathalie l’avait fait pour elle quarante-cinq ans plus tôt. En relisant mon brouillon, je lui ai posé la question et elle m’a confirmé le bien-fondé de mes soupçons.

Roweena était aussi au village, mais dans la maison de la rue Basse. Christian lui avait proposé de lui en dévoiler quelques secrets. Jimmy et Jean-Luc étaient les plus studieux puisqu’ils confrontaient leur point de vue sur les conséquences de la Première Guerre Mondiale avec Socrates.

Privé de sa très chère Betsy, Alister faisait plus ample connaissance avec Sylvie. Martial s’affairait en cuisine partageant ses astuces avec Gideon qui en était ravi. Ce soir, un grand buffet convivial et international serait au programme.

Dans un premier temps, j’avais écrit que Monique et Mireille se prélassaient dans le patio, mais cette dernière a voulu apporter cette correction : Nous ne nous prélassions pas le moins du monde, nous philosophions sur les vertus pédagogiques des échanges internationaux ! Pour ce faire, quoi de mieux qu’une position semi-allongée sur une banquette moelleuse, à picorer du raisin tout en sirotant des boissons fraîches, à l’instar de nos prédécesseurs hellènes ? Dont acte.

Avant de rejoindre Christian, Roweena m’aida à enfiler la tenue que je porterai durant ce spectacle impromptu. J’aimais l’éclat de son regard et son sourire facétieux quand elle me tendit la jupe dont nous avions rêvé sur ce bateau lors de notre traversée transatlantique. L’exacte fusion de la jupe aux diodes lumineuses et du jupon aux lambeaux artistiques. La partie arrière avait également été modifiée, le lourd satin rouge carmin avait laissé place à un brocart moiré. Le corset était réduit au strict minimum, mais le boléro de dentelles était le même.

J’avais souri à la vue du porte-jarretelles et des bas. Avant même que Roweena ne me le dise, j’y avais deviné la patte de Betsy. Je retrouvai avec plaisir les petites bottines aux talons idéaux pour rajeunir la ligne de mes jambes tout en me permettant de ne pas ressembler à un échassier déséquilibré par ses pattes trop longues.

Pendant ce temps, et avant d’aller rejoindre Martial, Gideon procédait aux derniers réglages avec Linus. Roweena et moi plaisantions de son excitation si peu contenue qu’elle transparaissait jusque dans ses sourires, dans les vibrations de sa voix magique et envoûtante.

Ce sont justement ces vibrations qui me donnèrent l’idée de remplacer mon assistant masturbatoire par le plug étrenné au Canada et dont je fais depuis un usage régulier. C’est pourquoi je passai en toute hâte devant Jimmy, Jean-Luc et Socrates sans me retourner sur leur air surpris et ne répondis pas à leurs compliments interrogateurs.

Quand je revins sur scène, Roweena et Gideon étaient déjà partis.

– Ouah, Linus ! Ton pantalon… laisse deviner… ouah !

– Il faut bien ça pour que vous ne m’appeliez plus « Machin », Princess Hope !

– Et si nous l’oubliions un peu, cette connasse et que je redevenais Petronilla ?

– Je louerais alors les vertus de mon nouveau pantalon !

D’essais en essais, plus ou moins concluants et puisque nous étions de cette humeur, nous abandonnâmes la lascivité de Marvin Gaye pour l’énergie des Arctics Monkeys. Lors de notre séjour en Irlande, mon enthousiasme pour leur premier album avait surpris Linus. Le morceau s’imposa de lui-même I bet you look good in the dancefloor. C’était la première fois que je l’entendais le chanter et son accent irlandais me troubla. De fait, je devais être plus attentive à ses mots pour ne pas me laisser surprendre, il me conseilla de ne pas trop y prêter attention, de me laisser guider par la musique.

– C’est marrant, ton accent me choque moins quand tu chantes Marvin Gaye…

– C’est marrant, il a fallu que je vienne ici pour me rendre compte de la différence entre ton accent et celui de Jimmy quand vous parlez français !

Nous passâmes assez vite à la répétition proprement dite. Linus voulait que j’assure les contre-chants, mais je lui fis remarquer que je risquais de rencontrer quelques problèmes. Il me rétorqua que mon accent n’en poserait aucun et s’étonna de mon sourire indulgent.

– Ce serait plutôt à cause des vibrations de ce jouet. Ma voix risque de dérailler, voire d’être totalement absente, toute à mes sensations, que je sais puissantes, je risque de ne plus être capable de chanter quoi que ce soit.

Bon sang ! Son sourire ravageur… et son rire… son putain de rire ! Une fois encore, il lacéra mes tripes d’ondes de désir et de plaisir.

– Imagine, si ton assistant masturbateur était relié au manche de ta guitare, te sentirais-tu certain de ta performance vocale ?

Un éclair lubrique dans son regard déclencha ma question « Tu pourrais le régler ainsi ? » Le sérieux du ton de sa réponse « Je crois bien que oui » finit d’attiser la lubricité qui couvait en moi. Il l’installa à ses côtés et une fois de plus m’électrisa en riant de ma remarque « Oh, mais ce n’est pas ton pantalon qui est flatteur ! ». Il posa sa guitare et à sa demande, je m’assis sur ses genoux le temps qu’il réfléchisse à la meilleure façon de coupler son attirail à son instrument de musique. Ce qui prit plus de temps que prévu puisque nous ne résistâmes pas au plaisir de retrouver nos corps vibrants sous nos caresses. Et nous ne nous privâmes pas non plus de celui de nous embrasser à pleine bouche. Effectivement, nous avions retrouvé la fougue des étreintes adolescentes au fond des salles de cinéma, protégées des regards des autres par l’obscurité complice.

Mes mains, mes doigts couraient de sa nuque à son crâne presque rasé, les siennes s’égaraient un peu partout sur mon corps, ne souhaitant surtout pas retrouver un quelconque chemin. Son sexe dressé et durci contre ma cuisse était trop tentant pour que je résiste à l’envie de le caresser. Ainsi qu’il aime que je le fasse, je serrai ma main de toutes mes forces autour de sa verge et le masturbai en accélérant progressivement.

À regret, il desserra mes doigts pour les remplacer par la main artificielle. Je me levai le temps qu’il vérifie les connexions entre son assistant et sa guitare. J’en profitai pour m’isoler et mettre le plug en place. Aujourd’hui encore, je ne m’explique toujours pas cet accès de pudeur.

Je revins près de lui, lui tendis le smartphone et lui expliquai comment le régler. Nous voulions répéter consciencieusement afin d’être au point pour notre mini show, mais comme cela m’arrive trop souvent, j’avais perdu toute notion du temps et à peine ces derniers réglages effectués, nous entendîmes nos amis s’installer en vue de la séance vidéo promise.

Avant que Jimmy n’ouvre les rideaux et lance la projection, Roweena eut la présence d’esprit de monter sur scène pour annoncer le spectacle surprise que Linus et Petronilla allaient offrir à leurs amis. J’entendis la voix de stentor d’Alain traduire ses propos aux membres de la Confrérie et nous demander si nous étions prêts. Nous ne l’étions absolument pas, mais d’une seule voix, affirmâmes le contraire.

Le rideau s’est ouvert. La salle bruissait, mais je ne voyais personne. Je me demandais pourquoi j’avais eu cette idée de spectacle, pourquoi je l’avais acceptée. Mon cœur s’emballait, ses battements m’assourdissaient. Comme surgie de nulle part, la voix amplifiée de Linus retentit. Hey meuf, je parie que t’en jettes sur les pistes de danse ! Envahie par le trac, j’avais oublié notre petite mise en scène. Paniquée, je me tournai vers lui, assis sur un tabouret de bar. Sa guitare masquait son assistant masturbateur, à sa gauche, je ne distinguais de son ampli qu’une petite lumière rouge.

Le trac qui me paralysait accentuait le côté hautain du personnage que j’étais censée jouer. Nous n’avions pas pensé à éclairer la scène et bien nous en a pris. Les premiers accords retentirent, illuminant mon jupon et activant nos artifices sexuels. Une clameur admirative s’éleva de la salle.

Le trac, la musique, la voix de Linus, les ondes, les bouffées de plaisirs augmentaient mes sensations. J’avais l’impression d’entendre chaque soupçon de bruit, comme amplifiés, directement reliés à mes tripes. Je m’entendais chanter comme si j’étais à l’extérieur de mon corps. J’entendais chaque pulsion de mon plug et le sang qui coulait dans mes veines, échauffé par une excitation singulière.

J’entendais la voix de Linus, les accords de sa guitare, mais aussi le crissement de ses doigts sur le manche, les mouvements de sa main artificielle enserrant son sexe et coulissant. J’entendais les battements de son cœur. La salive inondait sa bouche et faisait claquer sa langue d’une façon que je n’avais jamais remarquée auparavant.

J’entendais le souffle de nos amis, la voix de ceux qui hurlaient le refrain avec nous. J’entendais la surprise des autres et même les battements du cœur de Jimmy et son murmure. Comme je t’aime, ma Princesse !

À l’instar du son de la guitare, le temps se distordit. Je sais que notre prestation scénique a duré moins de quatre minutes, pourtant j’eus l’impression qu’elle dura une bonne heure et en même temps moins d’une seconde. Le temps de me demander d’où venait ce bruissement d’ailes, un orgasme violent me projeta au sol. Comme si un sabre m’avait tranché les jambes au niveau des genoux. Bon sang, que c’était bon !

Nos amis nous applaudissaient à tout rompre, hurlant « Une autre ! Une autre ! » Linus s’en excusa et affirma que ce ne serait pas pour tout de suite. Je le vis sortir discrètement son sexe de la main artificielle et remarquai le sperme dégoulinant dessus. La salle, à nouveau plongée dans le noir, personne ne s’en rendit compte. Quand il débrancha sa guitare, avant de la poser à terre, une dernière note fit vibrer mon plug. Linus sourit avant d’éteindre le smartphone.

Il me rejoignit, m’aida à me relever et nous saluâmes les spectateurs comme il se doit avant de nous asseoir à notre place pour la soirée vidéo que je passai lovée dans ses bras. J’aimais ses caresses sur mes cuisses, ses lèvres sur mon cou, ses mots doux, ses baisers. J’aimais rester passive et profiter de cet apaisement.

Quand, entre deux vidéos, il se leva pour aller nous chercher de quoi manger, nous n’avions pratiquement rien avalé de la journée, Jim vint vers moi, les yeux écarquillés de surprise, mais avant qu’il n’ait pu prononcer le moindre mot, d’un geste, Marcel lui conseilla de se taire et d’un clin d’œil, d’attendre le bon moment. Leur échange muet semblait les réjouir pour une raison que j’ignorais.

Devant la table où se dressait le buffet, Linus était en grande discussion avec Alain et Jimmy qui vint vers moi, un large sourire aux lèvres.

– Alors, ça fait quoi de monter sur scène, ma Princesse ?

– Ça file les chocottes, mais putain, c’est sacrément bon ! Je ne me suis pas trop ridiculisée ?

– Ridiculisée ?! Tu plaisantes ou quoi ?! Tu veux vous regarder ?

Je n’avais pas songé un seul instant qu’ils avaient pu nous filmer, je n’avais même pas remarqué la présence d’Alain au pied de la scène. Jimmy le lut dans mon regard, me prit dans ses bras et de sa voix la plus tendre, me dit « C’est aussi pour ça que je t’aime tant, mon amour de Princesse ! »

Mireille gloussait un peu plus loin, se faisant taquiner par Gideon et Daniel. Marcel, Jim et Jean-Luc semblaient comploter avec Monique. Roweena était aux côtés de Christian, mais je ne voyais pas les autres, installés sur les lits à l’autre bout de la salle.

Quand nous visionnâmes notre prestation, Linus me fit admettre qu’il avait eu raison. Il y avait un léger décalage entre ses accords de guitare et les impulsions du plug. Il avait gagné son pari, mais se lamentait de ne pas pouvoir en tirer les bénéfices, leur départ étant prévu le lendemain. Jimmy lui affirma que ce n’était que partie remise, puisqu’il les conviait à venir fêter le Nouvel-An avec nous.

Bon ben, la rigolade, la musique, le spectacle, ça va bien 5 minutes, mais il est des moments dans la vie ou il faut bien penser aux choses sérieuses, comme la science, par exemple !

Encore un grand merci aux Fastened Furious pour leur vidéo « Antiviral » qui a su me redonner le sourire et aussi un peu l’autorisation d’écrire ce texte de style portnawak alors que le COVID19 m’avait pourri le moral.

L’éducation du dedans

Betsy, Alister, Gideon, Linus et Socrates sont arrivés au mas par leurs propres moyens. Socrates avait insisté sur ce point. Ils étaient ravis à l’idée de découvrir la Provence tout en s’appliquant à conduire à droite. Red ne serait pas de la partie, retenue par ses obligations familiales en période d’Halloween. L’arrivée de deux voitures dans la cour me surprit. Je pensais qu’ils n’en prendraient qu’une. Quand les portières s’ouvrirent, j’en compris la raison.

– Red ?! Mais qu’est-ce…

– Oublie Red, c’est Roweena l’affranchie qui est venue vous rendre visite !

– Tu as… comment as-tu… quel alibi, quelle raison t’a permis de venir ? Une autre loterie toute aussi improbable ?

– Mieux que ça ! Un détective privé ! Mon mari couchait avec une femme mariée que l’époux faisait suivre. Constat d’adultère. L’avocat du mari m’a avertie de mon infortune. J’ai fait un scandale et j’ai exigé quelques semaines pour faire le point loin de ma famille. Comme l’avocat m’a appelée le lendemain de notre réponse, on a décidé de vous faire la surprise.

– Mais tu as une chance de crapule !

– Ou est-ce un signe du destin ?

La question de Betsy resta en suspens. Les gamins s’impatientaient. Nous fûmes fermement conviés à prendre place dans la salle des fêtes du mas. Nos invités eurent à peine le temps de s’extasier que la lumière se tamisa pour nous plonger petit à petit dans le noir.

La voix de Pauline retentit des coulisses. Le sceau du destin. Saynète en deux époques et quatre tableaux, écrite par ma grand-mère dont je suis si fière. Aussitôt suivie par la voix de Vincent traduisant cette annonce en anglais.

  • Les personnages :
    • Jimmy jeune homme, joué par Vincent.
    • Odette jeune fille, jouée par Émilie
    • Un chérubin à la mode sixties, Enzo
    • Une chérubine à la mode sixties, Manon.
  • Le décor : Un petit boudoir décoré très XVIIIe siècle. Un sofa, des gravures au mur, un petit guéridon. Devant le sofa, un jeune homme en jeans et en tee-shirt tient dans ses bras, une jeune fille en robe blanche. À l’avant-scène se tiennent Enzo côté cour et côté jardin, Manon. À chaque réplique, ils tendront un petit panneau sur lequel est inscrite la traduction de ce que diront Vincent et Émilie, afin que les anglophones puissent profiter des subtilités de cette saynète.

Émilie tout contre le corps de Vincent, respire son odeur. Il lui dit à quel point il la désire, et comme il se sent fier qu’elle l’ait choisi pour la dépuceler. Ils s’embrassent langoureusement. Inquiète, elle lui demande.

– C’était bien ? T’as aimé ?

– Et toi qu’as-tu pensé de ton premier baiser ?

Elle parait réfléchir, hésiter, l’embrasse de nouveau.

– J’adore ça ! Mais tout cette salive dans ma bouche, ça ne t’ennuie pas ?

– Au contraire, Princesse !

– Pourtant, j’aurais cru… la bave… que tu trouverais ça écœurant

– Détrompe-toi, c’est tout l’inverse !

Ils s’effondrent sur le sofa. L’ardeur de leurs baisers s’intensifie.

– Mes nichons sont si lourds et tous ces picotements autour de mes mamelons, attends, je vais te montrer.

Le temps qu’elle dégrafe sa robe, il se déshabille. Alors qu’il retire son slip, elle s’arrête net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules.

– Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai !

Tendant un index timide, elle demande

– Je peux ?

– Mais bien sûr, Princesse que tu le peux, mais ne voulais-tu pas que je te caresse les nichons ?

Émilie a un geste agacé, comme pour lui dire « plus tard ». Vincent la laisse découvrir son sexe, l’approcher, le toucher, l’observer sous toutes ses coutures, en éprouver les reliefs, le manipuler comme un enfant découvre un jouet.

– Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas !

Du bout de son index, Émilie agace le sexe de Vincent.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

– Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Elle fait alors courir ses longs doigts graciles le long du corps de Vincent.

– Bite ? Verge ?

Les deux mains d’Émilie à plat sur les cuisses de Vincent convergent vers son membre. 

– Pénis !

– Mais qu’est-ce que tu as à déglutir si fort ?

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Les mains de Vincent se crispent autour de la tête d’Émilie.

– Ô, put… fatché !

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

– Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Vincent cherche à glisser sa main entre les cuisses d’Émilie, mais elle se dérobe à ses caresses.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… je suis pleine de faux sperme…

– De faux sperme ?! De quoi parles-tu ?

– C’est un fluide qu’il faut essuyer au plus vite dehors comme dedans, discrètement, avec un mouchoir, avant que le garçon ne s’en aperçoive. Parce qu’ils n’aiment ni son odeur, ni sa texture et que ça nuit à la fécondité en tuant les spermatozoïdes, c’est pour ça qu’on l’appelle faux sperme.

Vincent éclate de rire.

– J’ignore où est née cette légende, mais je t’assure du contraire et que c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Si je suis sûre d’une chose, c’est que j’ai bien fait de te choisir pour me rendre ce service. Maintenant que je t’ai dit un secret de fille, à ton tour de m’en dire un de gar… d’homme !

Plus une fille mouille, plus c’est bandant.

Ah bon ? Et pourquoi ?

Parce que ça veut dire qu’elle est excitée et que ça va bien coulisser.

Alors, c’est parce qu’elles s’essuient dehors comme dedans que ça leur fait mal ?

Oui. Sens comme mon doigt va rentrer facilement…

Le doigt de Jimmy s’enfonce lentement en elle.

Si tu savais comme c’est bon de sentir ta chatte bouillante, trempée sous mon doigt… tu sens comme il coulisse bien ?

Les cuisses d’Émilie se serrent autour de la main de Vincent, emprisonnant son doigt. Quand il peut sortir son doigt humide, il prend sa voix la plus douce, un peu plus grave que d’ordinaire, mais moins puissante, ce qui accentue la mélodie de son accent.

À l’époque des premiers propriétaires, il y avait toute une armada de serviteurs, à chacun était affectée une tâche particulière.

Un peu comme mon père en Côte d’Ivoire ?

Exactement ! Figure-toi qu’il en était un, tout spécialement chargé d’apporter un plateau sur lequel se trouvaient quelques flacons et une petite spatule en or. Le serviteur recueillait sur le doigt de son maître “la première jouissance d’une pucelle” avec laquelle on préparait un philtre d’amour très puissant. Le maître tirait ce cordon et…

C’est vrai ?!

Non. Mais ça devrait !

Ils éclatent de rire. Elle prend sa main, la remet entre ses cuisses.

Demande-moi un truc cochon avec des gros mots…

Tu aimes quand je te doigte ? Dis-moi que tu aimes mouiller quand mes doigts bougent comme ça dans ta chatte !

Encore ! Rien n’est meilleur que ça, n’est-ce pas ?

Ouvre les yeux, Princesse, je veux voir l’éclat de ton regard quand tu jouiras…

Comment tu sais que je vais jouir ?

Je sens ton vagin se gonfler sous mes doigts et… tu le sens comme il palpite ?

Et ça te fait quoi ?

Regarde ! Regarde ce que ça me fait !

Oh ! La chance ! Il est encore plus beau ! Oh, regarde, le gland a changé de couleur ! Oh… mais ça mouille aussi les hommes ou t’es en train de juter ?

Non, il s’agit d’un lubrifiant naturel…

Ta bite est encore plus douce, comme ça…

– Qui t’a parlé de bite ?! Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge !… C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça, Odette !

Manon et Enzo tiennent chacun un pan du rideau, qu’ils referment en se rejoignant au centre de la scène. Sur un panneau « La soirée se poursuit », sur l’autre sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, une série de slows. Enzo prend le pan de rideau que tenait Manon, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Manon se retrouve côté cour et Enzo côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur une chambre du même palais. Un lit à baldaquin, une coiffeuse, quelques tableaux aux murs. Allongée sur le lit Émilie se laisse caresser par Vincent. Comme lors du tableau précédent, les chérubins lèvent à tour de rôle les panneaux traduisant les dialogues.

Le jeune Jimmy écarte les lèvres de la vierge Odette, lui décrit la beauté de ses replis, les différentes couleurs, s’extasie que l’entrée de son vagin soit de ce rose précis. Elle ferme les yeux pour s’étourdir de ses mots, pour imaginer son visage quand il les prononce.

Ouvre les yeux Princesse, je veux voir ton regard quand je te déflorerai

Elle les ouvre.

Non ! N’arrête pas ! Continue !

Continuer quoi ?

Tu le sais bien…

Je veux te l’entendre dire, Princesse !

Puisque tu insistes, je te dis tout, alors ! Continue à te branler en matant ma chatte…

– Ne rentre pas la tête dans les épaules, Princesse ! Tu es encore plus jolie quand tu me dis ces mots…

Plus je te regarde, plus j’ai envie que tu continues… c’est super beau quand tu te branles ! Je te regarde et… et j’ai envie…

Rappelle-toi notre promesse, ni honte, ni tabou !

J’ai envie que tu te branles en me regardant faire ce que tu voudrais me voir faire.

– Ô, Princesse ! Ô, Princesse ! Pardonne-moi, mais je ne peux plus attendre. Garde tes yeux ouverts…

Parce que le regard d’une pucelle se faisant déflorer entre aussi dans la composition du philtre d’amour ?

Exactement, Princesse, exactement !

Oohh… C’est aussi bon pour toi que c’est bon pour moi ?

Oui, ma Princesse ! Oh que oui !

Tu pourrais sortir de ma…

De ta quoi ? Dis-moi le mot, ça me fait bander plus dur !

Tu pourrais sortir de ma chatte et me reprendre tout doucement ? Outch ! J’aime bien quand tu bandes comme ça ! Outch ! J’adore ça ! La… p’tite bosse quand elle frotte comme ça…

La p’tite bosse ? Ça ?

Oh oui ! Tu me la montreras ?

Je n’y manquerais pas, ma Princesse ! Guide-moi, indique-moi jusqu’où te pénétrer.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! Oh comme j’aime ta p’tite bosse… ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

– Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

– Tu m’as dit « stop »

– S’il te plaît, Jimmy… s’il te plaît…

– Je ne reprendrai mes va-et-vient que si tu acceptes de me guider avec tes mots. Dis-moi quand tu voudras que j’aille vite ou au contraire, lentement. Dis-moi si tu veux me sentir tout au fond ou bien si tu préfères sentir mon gland à l’entrée de ton vagin.

Comme le demande le jeune Jimmy, la jeune Odette le guide pendant cette première étreinte.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Il prend sa main et la guide vers son clitoris.

– Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

– Odette, je vais jouir…

– Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

– N’arrête pas ! N’arrête… pas ! Non ! Je t’en prie, reste encore un peu… On bougera pas si tu préfères… Reste… S’te plaît !

– Non, je ne veux pas prendre le risque d’irriter ta petite chatte fraîchement déflorée !

– Tu vois, par ta faute, je me sens toute vide maintenant !

Qu’est-ce qui te rendrait heureuse, Princesse ?… C’est quoi ce regard ?

S’il te plaît…

S’il te plaît quoi ?

Tu m’avais promis de me montrer ta p’tite bosse…

Dans un sourire, il lui fait découvrir le bourrelet à la base de son gland. Elle l’embrasse avec tendresse.

Merci, Jimmy !

Serviteur, Odette !

D’une langue gourmande, elle humecte ses lèvres.

– C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue !

Manon et Enzo referment le rideau comme précédemment. Pauline, habillée comme le sont les conférencières qui se veulent un peu conteuses, arpente la scène avant de se tourner vers le public et de le prendre à témoin.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, ce qu’il aurait su s’il avait pris la peine de partir à la recherche du tiroir le plus secret du secrétaire…

S’interrompant, elle traduit ce préambule exagérant l’effet du suspens qu’elle laisse planer.

– Mais ce qu’ignorait ce coquin de Jimmy, c’est que soixante-treize mille quarante-sept jours s’étaient écoulés depuis cette nuit où, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute…

Pauline s’interrompt, traduit et sort de scène. Le rideau s’ouvre sur le décor du premier tableau.

  • Les personnages :
    • Le prince, joué par Enzo
    • La princesse, jouée par Manon
    • Le serviteur, joué par Lucas
    • Cupidon, joué par Vincent.
    • Cupidone, jouée par Émilie
  • Le décor : Sur le sofa, Manon costumée comme une princesse tout droit sortie d’une toile de Fragonard, cherche à échapper aux baisers d’Enzo lui-même vêtu à la mode de cette époque.

– Me tenez-vous pour un coq à glousser de la sorte ?

– Que nenni ! Que nenni ! Vous m’avez priée, ce tantôt, de vous ouvrir mon cœur, sans crainte de vos moqueries. Vous m’avez assurée de toute votre bienveillance à mon égard. Je vous livre donc mon tourment. Monsieur, sachez que j’ai une folle envie de répondre à votre baiser, las ! À cette idée, ma bouche s’emplit de fluides et je crains que cela ne vous incommode. Aussi, je tente de les avaler en déglutissant de la sorte.

– Votre candeur me charme, jolie Princesse… tant de fraîcheur ! Apprenez, gente demoiselle, que loin de me déplaire, cet afflux m’émoustille grandement !

– Puisqu’il en est ainsi…

Manon embrasse passionnément Enzo. Les caresses de celui-ci sont entravées par les nombreux dessous de Manon. Ils se dévêtent. Alors qu’elle ne porte plus qu’un bustier, Manon tombe en pâmoison devant le sexe dressé d’Enzo, digne descendant d’Alain.

– Si mes confidences devaient vous heurter, si vous les estimiez indignes d’une femme de mon rang, ne craigniez point de m’offenser en me demandant de cesser mon récit. Je fais souvent un songe qui me trouve troublée à mon éveil. Je suis la captive d’une geôle végétale, le centre exact d’un labyrinthe. L’espace est clos, rien ne distingue une haie d’une autre si ce n’est une statue d’Apollon. Je m’en approche, observe ce qui distingue les hommes des femmes et soudainement prise d’un transport charnel, commence à m’en régaler comme d’une friandise. Un passage s’ouvre alors. Passage au bout duquel une autre statue attend mon regard, espère mes caresses, aspire à mes baisers. À chaque statue ainsi honorée s’ouvre un nouveau passage vers la liberté.

– Ne vous interrompez point, Princesse, et narrez-moi ce qu’ensuite il advient !

– Hélas, mon Prince, je ne puis vous le dire puisque je me réveille dans le même état où je me trouve à présent. Une brûlure humide au plus profond de mon intimité et ces maudits fluides… Comment m’en débarrasser et m’assurer de les avoir chassés à tout jamais ? Comment apaiser cette brûlure ? Cela est-il seulement possible ?

– Mais ce sont justement ces fluides que nous recherchons, Princesse ! Laissez-moi vous démontrer leur utilité ! Mais avant toute chose, fermez les yeux et imaginez-vous dans ce labyrinthe, je serais une statue…

– Oh non, mon Prince ! Je serais bien marrie de devoir fermer les yeux devant tant de beauté !

Manon suce Enzo avec délectation, jouant à merveille la candeur gourmande d’une première fellation. De nouveau réunis sur le sofa, le Prince fait découvrir à la jeune Princesse les charmes de l’amour digital. L’ayant faite jouir, il tire un cordon. Lucas entre en scène, vêtu comme un valet de comédie portant perruque, entre ses mains un plateau d’argent.

Le Prince embrasse la jeune Princesse, sort son index et son majeur du sexe de la jeune fille, se tourne vers son valet « La première jouissance d’une pucelle… » Il tend ses doigts à son serviteur qui, à l’aide d’une spatule en or, recueille les sucs dont ils sont recouverts. Troublé par le regard extatique de la jeune fille, sa main tremble pendant qu’il en remplit la fiole, une goutte tombe sur son doigt, qu’il suce à l’abri des regards.

Après que son valet a recueilli la première jouissance, le Prince plonge deux doigts dans le puits d’amour de sa toujours pucelle, il les ressort, les offre à la bouche de la demoiselle tout en l’embrassant fougueusement.

Émilie et Vincent referment le rideau comme l’avaient fait avant eux Manon et Enzo. Les deux mêmes panneaux « La soirée se poursuit » et sa traduction en anglais. Après quelques minutes durant lesquelles ils ont dansé sur scène, un semblant de menuet fripon où les caresses sur les parties intimes semblent avoir été chorégraphiés par Éros en personne. Vincent prend le pan de rideau que tenait Émilie, qui fait de même et ils l’ouvrent de la même façon qu’ils l’avaient refermé. Émilie se retrouve côté cour et Vincent côté jardin.

Le rideau s’ouvre sur la même chambre. Sur le lit est allongée Manon et s’apprêtant à la déflorer, Enzo. Se tenant debout au pied du lit, Lucas pose un plateau sur la coiffeuse et, un miroir dans chaque main, semble chercher l’angle idéal. Sur le plateau une fiole dotée d’une sorte d’entonnoir réfléchissant.

– Ne vous offusquez pas, ma mie, sa présence n’a aucune importance. Il n’est là que pour capturer, à l’aide de ces miroirs, votre regard quand je vous déflorerai. Il l’emprisonnera dans cette fiole ainsi je pourrai vous remettre le philtre d’amour que vous me suppliâtes, tantôt, de vous confectionner.

– Ce n’est pas tant sa présence qui m’importune, mais vous et moi, prince et princesse de sang royal, nus comme au premier jour devant ce valet habillé de pied en cap…

– S’il n’y a que cela pour défroisser votre joli minois et chasser cet air chagrin… Allons, mon brave, ne nous fais pas languir !

Lucas se dévêt.

– Oh ! Mais il est noir des pieds à la tête ? Je serais bien curieuse…

– Approche, approche, mon brave, montre à Madame ce qu’elle cherche à voir ! Qu’en pensez-vous, ma mie ? Ressemble-t-il à l’une de vos statues oniriques ?

– Point de statue de dieux maures ou nègres, mais si cela devait advenir lors d’un prochain rêve… Approche, approche… Ô, mon Prince, m’autorisez-vous tant que je suis encore pucelle, à me régaler de ce membre massif comme sculpté d’ébène ?

– Que pourrais-je refuser à celle qui m’offre de son philtre d’amour plus que la moitié ?

– Que ce membre est superbe et ces bourses réactives ! Regardez comme elles recherchent mes caresses et comme ensuite son membre se dresse ! Penche-toi, mon brave et montre-moi ton habileté à honorer ma bouche de Princesse.

Lucas s’approche de Manon, il lui baise la bouche. Grâce à un savant jeu de miroirs, le Prince et la Princesse peuvent profiter du spectacle. D’un geste de la main, Manon le congédie.

– Laisse-moi découvrir tous tes reliefs du bout de ma langue agile

Manon le suce avec passion puis, s’estimant prête, demande à Lucas de reprendre sa place auprès du guéridon. Le Prince la déflore, mais l’éclair dure plus longtemps qu’une étincelle. Lucas pensant avoir capturé l’intégralité du regard, a légèrement bougé et les trois ont été brièvement éclaboussés du reflet de cet instant. Manon en pleine extase psalmodie « Je me meurs, je me meurs ! » Le Prince rabroue son valet. « Elle se meurt, offre-lui les sucs de ton vit afin de la ramener à la vie ! »

Lucas s’exécute et comme plus tôt, offre la scène aux regards attentifs du Prince et de la Princesse. La vue du sexe de son serviteur baisant la bouche de la Princesse, transforme en fougue animale ce qu’il pensait être un dépucelage accort.

Enzo mord Manon avant de jouir, Manon jouit une fois encore, mais son cri est étouffé par le sexe de Lucas, qui jouit au fond de sa gorge peu après.

Le rideau se referme. Pauline, la conférencière, revient au milieu de la scène pour nous conter la morale de l’histoire.

– Ce que ce coquin de Jimmy ignorait, ce dont lui et sa princesse se moquent si souvent…

Pauline traduit et laisse encore planer le souffle du suspens.

– Ce que ce coquin de Jimmy et sa Princesse n’ont toujours pas compris, c’est que les signes du destin existent et qu’il faut savoir les reconnaître quand ils croisent notre chemin.

Jim et quelques autres, dont Cathy, approuvent bruyamment.

– Laquelle, lequel d’entre vous oserait prétendre que ce ne sont que les fruits du hasard quand tant de coïncidences coïncident ? Odette qui change de tenue au dernier moment et rate son bus. Le fait que personne ne puisse remarquer qu’elle ne sera pas là où elle est censée être. Jimmy qui s’entête à chercher l’appoint chez le kiosquier alors qu’il ne le fait jamais. Cet entêtement qui lui fait, lui aussi, rater son bus. Sa montre-gousset qu’il a dû, le jour-même, laisser chez l’horloger qui, le temps de la réparation, lui a prêté une montre bracelet. Cette même montre sur laquelle se reflète le soleil, indiquant à Odette que c’est l’homme idéal au bon moment. Et ces clients qui se décommandent au dernier moment, permettant à Jimmy d’offrir à Odette leur premier dîner-croisière sur la Seine.

Il ne faut pas être bien malin pour comprendre qu’il s’agit de signes du destin ! Et si ce coquin de Jimmy, au lieu de s’amuser avec ses poilus, s’était donné la peine d’explorer toutes les cachettes du secrétaire, il y aurait trouvé cette anecdote consignée au cœur d’un carnet. Il aurait alors reconnu la scène alors qu’il la reproduisait avec Odette, soixante-treize mille quarante-huit jours plus tard, heure pour heure, minute pour minute.

Pauline traduit son propos, d’un geste invite Vincent à la rejoindre. Elle en français, lui en anglais expliquent alors que c’est ainsi que leur avait expliqué Mireille, leur grand-mère dont ils viennent, avec fierté, d’interpréter cette nouvelle saynète. Remue-ménage en coulisses, protestations bruyantes, Lucas, Émilie, Manon et Enzo envahissent le plateau. Lucas prend la parole, Émilie traduit. Elle a omis de vous raconter la fin de l’histoire ! Semblant prendre conscience de sa bévue, Pauline s’en excuse et poursuit, traduisant phrase après phrase.

– Si ce coquin de Jimmy avait lu le carnet, il aurait eu le fin mot de l’histoire. En léchant son doigt, le serviteur a bu une partie du philtre. En donnant ses doigts à sucer tout en embrassant la Princesse avec fougue, le Prince leur en avait aussi fait ingérer. Quant à l’autre composant, l’éclat du regard d’une pucelle se faisant déflorer, souvenez-vous, le serviteur les en avait brièvement aspergés. Ce qui eut pour conséquence de les unir à tout jamais, à travers le temps, à travers l’espace.

Est-ce par hasard que deux cents ans plus tard, jour pour jour, heure pour heure, minute pour minute, ce coquin de Jimmy pense faire une blague à Odette en croyant inventer cette histoire rocambolesque de philtre d’amour ? Est-ce par hasard qu’il reproduit les gestes de son illustre prédécesseur, dans les mêmes lieux, sur ce sofa précis, en usant des mêmes mots ? Est-ce encore qu’une simple coïncidence l’idée d’Odette qui pour se faire taquine évoque le regard d’une pucelle se faisant déflorer comme le second ingrédient dudit philtre ? N’y voyez-vous que le fruit du hasard, quand le premier surnom qui nous vienne à l’esprit en songeant à Odette soit Princesse ?

Mais, me direz-vous, où se trouvait le serviteur en 1967 ? Les temps ont heureusement bien changé. Cependant, tels des cailloux blancs, les signes du destin ont indiqué le chemin à nos deux pragmatiques, ils les ont menés aux antipodes où le troisième larron s’était caché. Et c’est tous en chœur que nous lui affirmons : Welcome home, Jim O’Malley !

Alliance française