La nouvelle vie d’Odette – Chevauchée fantastique

La soirée était bien avancée quand nous arrivâmes au mas. La nuit avait déjà pris le dessus sur le jour. Monique s’était réjouie de pouvoir se garer aussi facilement. Toute à mes papotages entre consœurs, je n’avais pas remarqué la camionnette à côté de la voiture de Jimmy. Je n’y prêtai pas plus attention que ça, j’étais encore sur mon petit nuage et n’avais aucune envie d’en descendre.

Je fis une entrée spectaculaire dans la grande salle qui tient lieu de cuisine et de salle à manger, entre personnalité de marque et grande blessée. Monique criait à tue-tête Place ! Place ! Faites place ! Ses jambes ne la soutiennent plus ! C’était vrai, mais un peu plus de discrétion ne m’aurait pas froissée. Christian et Jimmy se précipitèrent à mon secours, tandis qu’Alain et Jim apportaient un des fauteuils de la salle des spectacles. Je me sentais un brin ridicule, sans en éprouver la moindre honte. Mireille m’offrit quelques mignardises, le front déjà rougi.

– Alors, ça fait quoi ? C’était comment de te faire culbuter par des inconnus ?

– C’était génial, mais j’en ai reconnus certains…

– Normau, t’as triché en envoyant ta petite fée nous espionner !

– Parce que tu crois que je peux décider de ça ?! C’est pas ma faute si tu la fais apparaître, monsieur le Wizard !

– Et en plus, tu te moques, capoune ?! Tu mériterais que…

Il n’empêche que le Bavard était fier que je lui attribue ce mérite.

– Et puis, j’avais reconnu Alain avant !

L’éclat de rire fut général. Comme s’il en était dépité, Alain se demanda à haute voix s’il ne devrait pas se la raboter un peu. Le cri unanime de ses consœurs Surtout pas ! le fit se gonfler d’orgueil. Il tira sur des bretelles imaginaires en souriant. C’est alors que j’entendis des coups de marteau venir de la salle des spectacles.

– Linus ?!

Comme s’il n’attendait que mon appel pour nous rejoindre, il entra dans la pièce. Pendant un court instant, je me demandai combien de temps avait duré mon expérience qui avait débuté le 7 février. Jimmy levait les yeux au ciel, son éternel sourire indulgent aux lèvres.

– Linus est venu en avance pour les préparatifs de la Saint-Valentin

Je me levai afin que Jimmy prenne ma place sur le fauteuil et que je puisse m’asseoir sur ses genoux. Ses lèvres sur mon cou, ses mots chuchotés à mon oreille.

– Ne change pas, reste à la fois surprenante de sagesse et confondante de naïveté. Si tu savais la surprise qui est mienne de ressentir chaque jour la puissance de l’amour ! Je t’aime, ma Princesse, il me tarde d’être au 4 septembre !

– Rapport à la nuit de noces ?

– Capoune !

– J’ai envie de sentir ta main sur mon sein, tes dents déchirer ma peau.

– Là ? Tout de suite ?

– Là. Tout de suite.

– Serviteur !

Je sentis ma peau céder sous sa morsure. Je jouis sereinement en silence. Jimmy le remarqua, son sexe se dressa.

– Je t’aime, Jimmy, je t’aime !

Je pris conscience qu’une conversation avait été interrompue par ces derniers mots que j’avais prononcés plus fort que je ne l’avais voulu. Pour me donner une contenance, je demandai à Linus quels étaient les préparatifs qui l’avaient contraint à avancer sa venue.

– Imagines-tu Betsy et Alister fêter la Saint-Valentin sans cheval mécanique ?

– Tu crois qu’ils pourront s’en passer d’ici là ?

– Peut-être n’auront-ils pas à le faire…

Je me dévissai la tête et regardai en direction de la salle des spectacles. Linus sourit.

– Non, ce n’est pas ce que tu penses, celui que j’installe est le cadeau que nous vous offrons en remerciement…

Je repensai à leur séjour de la Toussaint, aux conséquences qu’il avait eues sur la vie de Socrates et de Roweena. Je revis Betsy émue aux larmes pendant leur séjour fin décembre, Joseph tel le Prince Charmant de la Belle au Bois Dormant, qui avait sorti Aunt Molly de sa torpeur, de sa folie macabre.

– Tu penses avoir fini l’installation à temps pour leur venue ?

– Oui ! Il est déjà prêt, je pensai attendre demain pour te proposer de le tester, parce que ce soir après la journée que tu as eue…

– Tu sais que j’ai reconnu ta main sur ma cuisse, mais je pensais avoir été victime d’une hallucination…

Alain avait traduit notre échange. Mireille leva un doigt timide et toute rougissante demanda à Linus s’il était absolument nécessaire que je fusse la première à l’essayer. Prenant son mari à témoin, elle s’en expliqua.

– Dans mon milieu, les jeunes filles prenaient des leçons d’équitation, c’est juste pour vérifier si les soubresauts de la monture mécanique sont semblables à ceux des vrais chevaux…

– Une espérience ès scientifique, en quelque sorte…

– Tu m’ôtes les mots de la bouche, Blanche-Minette !

Pour déterminer qui serait son partenaire d’espérience, nous décidâmes de nous en remettre au sort. Chaque homme nota son prénom sur un bout de papier, le plus difficile fut de déterminer quelle main serait assez innocente pour procéder au tirage. Mireille estima que cet honneur me revenait. Je plongeai la main dans le saladier. Perplexe, je lus à haute voix. La figure Rosalie. Jimmy éclata de rire. Je me levai pour lui permettre de tenir son rôle de coéquipier.

– De toute manière, n’importe lequel de tous les hommes ici présents m’aurait convenu.

Personne n’eut à traduire la remarque de Mireille à Linus, surtout après notre Pomponnettes Power ! crié collectivement. Elle s’installa sur le cheval et sut d’instinct comment faire pour rendre sa position la plus confortable possible.

– On dit du manque de savoir-vivre des classes populaires, mais vous noterez que dans la haute, ces demoiselles chevauchent les fesses à l’air…

Linus se retourna et fit un clin d’œil à Martial.

– Tu comprends le français ?!

– Joseph nous donne des leçons… Je ne comprends pas tous les mots, mais je comprends l’idée générale.

– J’aime beaucoup Joseph, mais si tu veux faire de réels progrès, ces dames ici présentes enseignent d’une façon… wow ! Amazing !

Mireille installée, Jimmy prit place face à elle, le dos appuyé contre l’encolure du cheval. Linus leur montra comment régler la longueur et la cadence des va-et-vient mécaniques à l’aide de la télécommande. Avant tout, il leur fallut manœuvrer une molette afin de positionner précisément le gland de Jimmy à l’entrée du vagin de Mireille. Elle rougissait, gloussait. Dans mon dos j’entendis Daniel, admiratif, se murmurer à lui-même Madame Fabre.

– Tout est Ok ? Oui ? Alors…

Mireille actionna la télécommande. La vitesse était assez lente pour qu’elle et Jimmy puissent s’habituer aux sensations. Linus recula de deux pas, revint auprès du cheval et demanda à Mireille si elle n’avait pas envie de sentir le souffle de la liberté sur sa magnifique poitrine. Entre deux gémissements, elle lui demanda de l’aide pour libérer ses seins.

Fascinée, je regardais le sexe de Jimmy s’enfoncer au ralenti dans celui de Mireille, puis apparaître à la même vitesse, s’arrêter au niveau de la petite bosse qui semblait servir de repère pour enclencher un autre va-et-vient. J’entendais leurs soupirs, leurs gémissements de plaisir, mais comme s’ils étaient au loin. De tous mes sens, la vue avait pris le dessus. Je ne détachais pas mon regard de ce spectacle si excitant, même lorsque je sentis la présence de Christian à mes côtés. Il savait mieux que quiconque ce que je ressentais, nul besoin de le lui dire, ni de le regarder. Il me fit un bisou dans le cou et partit de l’autre côté du cheval pour bénéficier d’un point de vue plus à son goût.

– Je voulais être sûr que le cheval fonctionnait avant de l’installer sur le carrousel.

– Comment te remercier, Linus ?

Je ne le regardais pas plus que j’avais regardé Christian. Il prit ma main. Son sexe était dur. Il le fut davantage quand je serrai mes doigts de toutes mes forces autour de la hampe et que je le branlai au rythme des mouvements du cheval. Je sentais tous les reliefs de son sexe et je m’imaginais ceux du membre de Jimmy dans le vagin de Mireille.

– En appuyant sur la touche droite, tu accélères les mouvements. Tu veux bien essayer, Mireille ?

Elle fut tentée d’objecter.

– C’est pour valider l’espérience ès scientifique, Madame !

Jimmy se tourna vers moi, son regard glissa le long de mon bras. Il me sourit.

– Si c’est Princesse qui te le dit, nulle raison de remettre en cause son argument. Vaï, fais comme Linus te demande…!

Le cheval accéléra progressivement. Je branlais Linus au même rythme. Je sentis sa main se frayer un chemin dans ma culotte, ma chatte qui avait été soumise à tant de pénétrations, à tant d’attouchements quelques heures plus tôt était d’une sensibilité exacerbée. Les caresses de Linus étaient aussi délicates que les miennes étaient rugueuses.

Autour de nous, les confrères et les consœurs commentaient ce qu’ils voyaient. Marcel s’était approché pour regarder de son œil espert si les mouvements de la monture étaient réalistes. Il fit une moue dubitative. Monique lui demanda s’il s’y connaissait tant que ça en la matière.

– Hé bé oui ! Mon grand-père, paix à son âme, que tu as bien connu avait une carriole tirée par une jument. Marguerite, qu’elle s’appelait !

– Ah bon ?! Je ne l’ai jamais vue…

– Té, qu’elle nous a quittés en 1942, la pauvre !

– Ah oui… donc un an avant ta naissance…

– Et alors ?! N’empêche que Barjaco, il avait une jument…

– Pierrot aussi, si tu vas par là…

– Ben alors, qu’est-ce t’attends pour venir espértiser ?!

Jim s’approcha aussi, puisqu’il est espécialiste des chevaux australiens. Il ne s’attarda pas trop sur les mouvements de la monture, mais reprocha à son coumpan de ne pas avoir remarqué la souffrance des mamelles de Madame qui réclamaient leur dose de caresses. Tout en les soulageant, il s’étonna du manque d’attention de son confrère.

– Mon époux, mon époux, offrez-moi un de vos doux baisers et mon bonheur sera complet !

– Avec plaisir, Madame… Madame Fabre !

Linus demanda à Mireille de tourner la molette de façon à amplifier les va-et-vient et d’appuyer sur le bouton gauche pour les ralentir. Elle obtempéra de bonne grâce à cette requête, je le branlais donc plus amplement et plus lentement. Quelques minutes plus tard, il lui fait faire la manœuvre inverse et mes gestes suivirent cette nouvelle cadence. Je regardais, toujours aussi fascinée, le sexe de Jimmy entrer et sortir de celui de Mireille, à chaque fois plus luisant. Je ne détachais mon regard que lorsque je sentis le sien posé sur moi. Il me souriait, heureux. Sa langue aiguisa ses dents. Je sais ce que cela signifie. Il jouit dans un grognement de plaisir, au même moment, je sentis ma main recouverte du sperme de Linus.

– Perfect timing !

Mireille descendit à grand peine de la monture. « À regret » serait plus exact. Après le dîner, Cathy prit sa première leçon d’équitation avec Alain. Fourbue, je partis me coucher et comme fréquemment, m’endormis entre Jim et Jimmy. Avant de rejoindre notre chambre, je souhaitai une bonne nuit à Linus, lui dis ma hâte de chevaucher avec lui et regrettai de ne pas avoir songé à me procurer de la pierre d’alun. Il me rendit mon baiser, me fit un clin d’œil et en sortit un morceau de sa poche.

Réveil charmant

La nouvelle vie d’Odette – Si t’es fière d’être Blanche-Neige, tape-toi sept nains !

Après une discussion entre consœurs, Sylvie et Cathy m’ont fait un cadeau dont je n’aurais jamais osé rêver. Nous avions longuement parlé de cette sensation ambiguë de nous sentir salopes et d’aimer ça. J’écoutais Sylvie me raconter le plaisir qu’elle avait pris à chaque fois où, les yeux bandés, elle s’était faite tripoter, baiser par des inconnus qui pour la plupart le lui sont restés. De fil en aiguille, l’idée de me faire ce cadeau a pris forme. C’est ainsi qu’au tout début de février, les yeux bandés, je montai dans la voiture de Monique qui me conduisit dans un lieu inconnu.

J’entrai dans une pièce, puis dans une autre. Monique me déshabilla, me fit m’allonger sur le dos. Elle menotta mes mains à une barre au-dessus de ma tête. Je sentis des mains inconnues attraper mes chevilles et les attacher à des étriers. Quand ce fut fait, Monique ôta le bandeau de mes yeux. Je constatai qu’une partie de mon corps se trouvait dans une pièce et que l’autre était dans une seconde, la frontière entre les deux se situait au niveau de mon nombril. Je ne pourrai donc par voir qui me baiserait et comme le dit Cathy,

– Pour ajouter du piment à l’affaire, tous les hommes qui te baiseront mettront une capote, que ce soient des confrères ou de parfaits inconnus ! Qu’est-ce qu’on dit à ses consœurs, Blanche-Minette ?

– Pomponnettes Power !

Cathy s’attendait à un simple « merci », mais elle, Sylvie et Monique répétèrent, enthousiastes, ce qui est devenu notre cri de ralliement. Mireille ne pouvait pas être présente, mais elle s’était consolée en se disant que la prochaine fois, elle serait là.

– Et pour que tu ne meures pas idiote, je t’ai préparé un documentaire pédagogique.

Un casque sur mes oreilles diffusait mes chansons préférées, le documentaire projeté au plafond était une compilation de vidéos de glory holes, les passages que Sylvie trouvait les plus excitants. La diffusion de ces images me donnait une idée de ce qui m’attendait et de ce qui se passerait de l’autre côté de la paroi. Je me sentais couler d’excitation bien avant l’arrivée du premier homme qui me toucha, me doigta comme s’il cherchait à deviner comment il serait dans ma chatte. Je faillis en jouir parce que je savais qu’il ne m’avait jamais baisée avant. Cet homme me baisait sans me connaître, presque sans respect. En tout cas, sans y mettre le moindre sentiment. Il prenait son plaisir en ne pensant qu’à lui et j’aimais ça.

Il se retira et un autre inconnu prit sa place. Mieux membré, à moins que sa façon de triturer l’intérieur de mes cuisses, de les pincer n’ait contracté mon vagin. Pendant qu’il me baisait, d’autres mains écartaient mes fesses et je sentais un doigt aller et venir le long de ma raie. Ça y est, tu y es, tu jouis comme une chienne, salope ! Cette pensée me comblait de bonheur. Une autre main écartait davantage mes lèvres et caressait mon clitoris d’une façon rugueuse. Ils étaient donc trois autour de moi.

Je ne parvenais pas à détourner mon regard du plafond, je voyais ces hommes passer d’une femme à l’autre, le plaisir qu’elles prenaient semblait faire écho au mien. Non ! Quatre, ils sont au moins quatre ! Pendant que les trois premiers continuaient leurs attouchements, un quatrième me suçait les orteils.

Celui qui me baisait se retira. Celui qui avait astiqué mon clito me prit très vite, très fort. Il sortait de ma chatte et me doigtait pour tenter de me faire squirter, mais il s’y prenait si mal qu’il n’avait aucune chance d’y parvenir. Il me reprit, tout aussi délicieusement rugueux. Il me semble l’avoir entendu grogner avant de se retirer, mais je pense avoir imaginé ce grognement.

Je souris en reconnaissant la queue d’Alain me pénétrer. Je me fis la promesse de partager avec mes consœurs la pensée qui me traversa l’esprit. Alain est le seul homme qui ne pourra jamais baiser incognito. Il est non seulement monté comme un taureau, mais bon sang, qu’il baise bien ! Aussi bien que Jean-Luc, ou alors pas loin. Les attouchements de mains inconnues avaient repris.

Je suivais les conseils avisés de Sylvie et de Cathy et ne cherchais pas à deviner qui me baisait, ni quand il cesserait pour laisser la place à un autre. Je ne cherchais pas plus à anticiper de quelle façon s’y prendrait le suivant. Je gardais les yeux rivés au plafond et ne les fermais que lorsque la musique éveillait en moi une source supplémentaire d’excitation. Je ne sais pas qui avait concocté cette playlist, dont certains morceaux eux aussi inconnus me donnaient la chair de poule.

Les hommes se succédaient, je reconnaissais parfois certaines caresses, certains membres. Leurs propriétaires me demeuraient inconnus, mais à leur façon de s’y prendre, je savais qu’ils m’avaient déjà baisée quelques minutes auparavant. Que j’aimais ce luxe de pouvoir jouir sans retenue, sans pudeur de ces hommes qui ne connaîtraient rien d’autre de moi que la blancheur de mon pubis et la moiteur torride de mon vagin !

Les orgasmes se succédaient avec une rapidité déconcertante. J’ai aimé quand un homme m’a prise et que des doigts (les siens ?) ont rejoint sa queue dans mon vagin.

Je fixais le plafond, mais le plaisir recouvrait ma vue d’un voile sensuel qui me rendait presque aveugle. Mon ventre vibrait comme un volcan au bord de l’éruption. Tous mes sens s’entrechoquaient, je ne distinguais plus les notes de musique de mes propres gémissements. Et mon ventre vibrait davantage. Je me laissais emporter dans ce tourbillon avec un plaisir sans nom.

Un homme me pénétra, s’agrippant à mes hanches tandis que d’autres doigts écartaient mes lèvres, effleuraient savamment mon clitoris ne se contentant pas de s’arrêter au gland. La musique semblait venir d’ailleurs. Je me revis à Londres quand avec Jimmy nous avions goûté au plaisir subtil d’une étreinte dans les toilettes d’un pub entre deux sets d’un groupe de rock. La musique présente mais indistincte qui se mélange au brouhaha des conversations anonymes et par conséquent incompréhensibles, des souffles, des respirations.

La main qui se détache de ma hanche. Le son de ce doigt qui se dresse vers moi. Celui d’un visage qui se tourne. She’s cheating ! She’s cheating ! La mélodie du sourire de Jimmy qui fait signe à son ami de se taire. Chut ! La voix du Bavard. Tu triches, capoune ! Le son de sa gifle qui renvoie mon ectoplasme de l’autre côté de la paroi. J’ai eu le temps d’entendre les battements du cœur de Jimmy et son amour pour moi, l’excitation de Christian attendant son tour en respirant comme on siffle, les ailes de son nez vibrantes de désir.

Ai-je eu le temps de leur crier « Encore ! Encore ! » avant de décoller pour mieux plonger dans l’océan infini du plaisir ? Quand je remonte à la surface, à l’exacte frontière de la conscience, quand j’aspire une grande bouffée de réalité, j’ai une pensée pour mes consœurs dont la présence à mes côtés me semble palpable ainsi que leur soutien et je me sens envahie d’une reconnaissance infinie envers Jimmy et son amour qui me permettent de vivre enfin la vie qui est la mienne et dont j’ai failli ignorer l’existence. Plus que jamais l’idée d’unir mon nom au sien dans les registres officiels me semble essentielle pour laisser une trace à tout jamais.

Je me sens décoller une seconde fois et plonger à nouveau dans l’océan infini du plaisir. J’y plonge plus profondément et quand je remonte à la surface, toutes mes pensées se concentrent sur mon plaisir, sur celui que prend cet homme dans mon vagin et de cet autre forcément à genoux dont la langue court le long de la raie de mes fesses vers mon anus. Trop entravée pour réussir à me cambrer, je me délecte de cette frustration. L’homme qui me baise, accélère soudain. Se retire et d’un seul mouvement, m’encule jusqu’à la garde.

Je décolle aussitôt accompagnée d’un bruissement d’ailes, mais avant d’entendre le souffle, le sang de cet homme et de pouvoir le reconnaître, je plonge tout au fond de cet océan de jouissance. J’ai l’impression d’éclabousser mon partenaire comme si nous étions tous les deux au milieu des flots. Il se fige quelques instants, se retire pour laisser la place à un autre au moment précis où je refais surface. La pression de sa main sur ma cuisse lève son anonymat. Je suis stupéfaite et incrédule. Mes sens ne peuvent que me tromper. Il est impossible qu’il soit là. Pourtant ses mains, puissantes, caleuses… Mon ectoplasme ne m’est d’aucune utilité, suspendu au-dessus de moi, il ne me fait entendre que la rumeur, les bruissements de mon propre plaisir.

Un autre décollage, je sens les vibrations dans mon ventre et un courant allant de la plante de mes pieds jusqu’à mes mollets, comme un circuit parallèle. Des mains malaxent mes fesses. Un homme me prend. Je plonge. Des images stroboscopiques se superposent à celles projetées au plafond. Une clairière de forêt en plein été, des hommes qui se branlent pour moi. Des mains qui me touchent. Des mains qui remontent ma jupe. Ces queues inconnues sous mes yeux, rien que pour moi. Ma chatte offerte à la vue des hommes derrière ces queues. L’orgasme est violent. Je remonte à la surface. Des doigts ont pris la place du sexe précédent. Mon ventre ondule. Je m’accroche aux notes de musique, aux images projetées. Combien de fois ai-je vu ce passage ? Qu’il est doué cet homme dans sa façon de me baiser ! La mélodie de ses va-et-vient comme le contre-chant des slut !slut !que je crois lire sur les lèvres de ces hommes.

– Mais c’est ça que tu veux voir, capoune ? Vé coumpan, t’as vu comme elle me fait oui de la tête ? Vé, petite Blanche-Minette, t’as vu comme tu me fais bander quand tu me regardes avé la gourmandise ? Qué « chut ! » ? De toute façon, elle sait déjà qu’on est de la fête. Qu’est-ce t’as à rigoler, coumpan ? Qué wizard ? Tu trouves que ça pue ?!

L’éclat de rire de Jimmy et d’Alain.

– Il dit que t’es un sorcier, couillon !

– Vous me fézé débander avé vos conneries ! Té, qu’elle te réclame, Jimmy ! Je te laisse la place.

La curiosité de mon ectoplasme a ses limites, il réintègre mon corps dans ce bruissement d’ailes que j’ai appris à reconnaître. Jimmy oublie qu’il est là pour me baiser, au lieu de ça, il me fait l’amour. Je me concentre à nouveau sur les images projetées au plafond et sur la voix d’Irène Papas que j’ai reconnue à la première écoute. I was, I am, I am to come, I was*. Jimmy s’efface pour céder sa place à un inconnu. Au plafond, des voyeurs se branlent en attendant leur tour.

Le casque de mon walkman sur mes oreilles, assise sur un transat, j’écarte les cuisses et je me masturbe en regardant le ciel comme si mon image se reflétait dans les nuages. Mes mamelons pointent sous le chemisier que je me suis acheté la veille, la mousseline de soie ajoute à mon excitation. Je sais qu’il remarque tous ces détails et qu’il se branle dans son jardin, n’attendant que mon regard pour cesser de m’observer et faire semblant d’être excité par les photos du Penthouse d’août 1983. Je décolle une fois de plus m’arrachant à ce souvenir que je croyais oublié pour plonger dans la réalité du plaisir que je prends maintenant.

Mon cri me déchire les tympans autant que les cordes vocales. Je ne veux pas savoir pourquoi j’ai joui si fort, ni comment, ni par qui. Tout ce qui m’importe c’est la puissance du plaisir que je viens de prendre. Je me surprends à jouir en égoïste et à me contrefoutre de savoir si le sien a été à la hauteur de mon orgasme.

Des mains libèrent mes chevilles de leurs entraves. Sylvie me rejoint, détache mes mains, me pose une question que je n’entends pas, me sourit, retire le casque de mes oreilles. Pas besoin de te demander si tu as apprécié ! Elle noue le bandeau sur mes yeux, me guide jusqu’à la voiture de Monique. Sylvie à ma gauche, Cathy à ma droite, je me sens comme une reine de beauté entourée de ses dauphines pendant les quelques mètres que nous parcourons.

La voiture démarre, je leur offre l’exclusivité du récit de cette journée. Ce n’est qu’à l’approche du mas que Sylvie dénoue le bandeau. Je les regarde et plus que jamais comprends ce que signifie faire partie de la Confrérie du Bouton d’Or et les en remercie.

Chevauchée fantastique

*∞ in 666, Aphrodite’s Child (1972)

Dirty dancefloors and dreams of naughtiness

– Hey dis donc, Machin, on t’a jamais appris à dégager le passage devant Princess Hope ?

D’abord surpris d’être bousculé, Linus s’était retourné souriant en reconnaissant le son de ma voix. Il me toisa de haut.

– Princess Hope ? Vraiment ? Princess Hope dans cette… tenue ?!

En ce début de journée, notre joute verbale débutait sous les meilleurs auspices.

– En France, on dit que l’habit ne fait pas le moine, Machin.

– Je ne vois qu’un seul moyen de vérifier que vous êtes réellement celle que vous prétendez être…

Il attrapa ma main et m’entraîna dans les coulisses de la salle des fêtes où la grande malle, arrivée quelques jours avant eux, n’attendait que le tour de clé de Linus pour dévoiler les trésors qu’elle contenait. J’étais ébahie. Pour être plus exacte, Odette l’était, mais Princess Hope se dit déçue de ne point y trouver le carrousel qui l’avait tant enchantée. Je voulais faire la tatillonne, mais Linus me prit à mon propre piège.

– Je n’ai pas souvenir que Princess Hope l’ait déjà vu… Petronilla se serait-elle laissée aller à quelque indiscrétion ?

– Ho, Machin, embrasse-moi au lieu de me prendre la tête !

Comme toujours, son baiser avait le goût du tabac, mais le whisky avait laissé place aux arômes du café que Linus venait de boire. Je ne comprendrai sans doute jamais pourquoi j’aime tant le goût de ses baisers, mais le fait est qu’il me transporte au-delà du raisonnable.

– Tes baisers ont gardé la fougue et la fraîcheur de l’adolescence et j’adore ça ! Tu as l’air surprise, personne ne te l’a jamais fait remarquer ?

– Non, mais je le prends comme un beau compliment !

Une projection de vidéos était prévue en début de soirée, nous décidâmes d’offrir à nos amis un petit lever de rideau musical. Le temps d’en avertir Roweena et Gideon, puisque nous avions besoin de leur assistance pour la mise en place, la répétition débuta.

Quand je repense à cette journée, je m’aperçois qu’en la racontant, on pourrait croire que j’étais au centre de toutes les attentions, mais il n’en est rien. Notre absence est passée inaperçue parce que chacun se tricotait ses propres souvenirs. Jim, par exemple, était parti à la découverte de la nature environnante avec Marcel, son nouveau mentor, qui non content de lui montrer les trésors de cette terre à laquelle il est si attaché, l’incita à peaufiner ses connaissances de la langue française. À Jim qui s’extasiait des leçons de Monique et de Mireille, il conseilla d’étudier également auprès de Cathy.

Alain avait, une fois encore, servi d’interprète après un incident qui nous fit bien rire quand il nous le raconta. Joseph lui avait demandé de lui traduire les propos de Betsy. Parce qu’à mon grand regret, je ne parle pas anglais. Or, elle venait de s’adresser à lui en français. Cependant, ils se comprirent très vite. Elle venait de leur montrer sa plus belle création, celle dont elle était la plus fière et avait remarqué le sourire embarrassé de Joseph.

– Tu as une très belle âme, mais il te manque les rudiments pour que tes mains puissent la retranscrire.

Alain s’étonna de ce tutoiement inhabituel dans la bouche de son ami et en expliqua la raison à Betsy.

– Ta coquetterie te ferait-elle perdre la mémoire ? Tu sais bien que nous sommes de la génération où les maîtres tutoyaient leurs apprentis !

Durant sa longue carrière, Joseph s’était toujours refusé à prendre des apprentis sous son aile, sans autre raison que l’absence de magie entre lui et ses postulants. Cette magie s’était imposée d’elle-même dès le premier regard qu’il avait posé sur Betsy.

Cathy avait profité de la voiture de Christian soi-disant pour veiller à ce que les gamins ne mettent pas trop de bazar dans la maison du Toine où ils se remettaient de leur nuit d’Halloween, mais je la soupçonnais de vouloir passer du temps avec eux pour leur transmettre certains savoirs et autres secrets ainsi que Nathalie l’avait fait pour elle quarante-cinq ans plus tôt. En relisant mon brouillon, je lui ai posé la question et elle m’a confirmé le bien-fondé de mes soupçons.

Roweena était aussi au village, mais dans la maison de la rue Basse. Christian lui avait proposé de lui en dévoiler quelques secrets. Jimmy et Jean-Luc étaient les plus studieux puisqu’ils confrontaient leur point de vue sur les conséquences de la Première Guerre Mondiale avec Socrates.

Privé de sa très chère Betsy, Alister faisait plus ample connaissance avec Sylvie. Martial s’affairait en cuisine partageant ses astuces avec Gideon qui en était ravi. Ce soir, un grand buffet convivial et international serait au programme.

Dans un premier temps, j’avais écrit que Monique et Mireille se prélassaient dans le patio, mais cette dernière a voulu apporter cette correction : Nous ne nous prélassions pas le moins du monde, nous philosophions sur les vertus pédagogiques des échanges internationaux ! Pour ce faire, quoi de mieux qu’une position semi-allongée sur une banquette moelleuse, à picorer du raisin tout en sirotant des boissons fraîches, à l’instar de nos prédécesseurs hellènes ? Dont acte.

Avant de rejoindre Christian, Roweena m’aida à enfiler la tenue que je porterai durant ce spectacle impromptu. J’aimais l’éclat de son regard et son sourire facétieux quand elle me tendit la jupe dont nous avions rêvé sur ce bateau lors de notre traversée transatlantique. L’exacte fusion de la jupe aux diodes lumineuses et du jupon aux lambeaux artistiques. La partie arrière avait également été modifiée, le lourd satin rouge carmin avait laissé place à un brocart moiré. Le corset était réduit au strict minimum, mais le boléro de dentelles était le même.

J’avais souri à la vue du porte-jarretelles et des bas. Avant même que Roweena ne me le dise, j’y avais deviné la patte de Betsy. Je retrouvai avec plaisir les petites bottines aux talons idéaux pour rajeunir la ligne de mes jambes tout en me permettant de ne pas ressembler à un échassier déséquilibré par ses pattes trop longues.

Pendant ce temps, et avant d’aller rejoindre Martial, Gideon procédait aux derniers réglages avec Linus. Roweena et moi plaisantions de son excitation si peu contenue qu’elle transparaissait jusque dans ses sourires, dans les vibrations de sa voix magique et envoûtante.

Ce sont justement ces vibrations qui me donnèrent l’idée de remplacer mon assistant masturbatoire par le plug étrenné au Canada et dont je fais depuis un usage régulier. C’est pourquoi je passai en toute hâte devant Jimmy, Jean-Luc et Socrates sans me retourner sur leur air surpris et ne répondis pas à leurs compliments interrogateurs.

Quand je revins sur scène, Roweena et Gideon étaient déjà partis.

– Ouah, Linus ! Ton pantalon… laisse deviner… ouah !

– Il faut bien ça pour que vous ne m’appeliez plus « Machin », Princess Hope !

– Et si nous l’oubliions un peu, cette connasse et que je redevenais Petronilla ?

– Je louerais alors les vertus de mon nouveau pantalon !

D’essais en essais, plus ou moins concluants et puisque nous étions de cette humeur, nous abandonnâmes la lascivité de Marvin Gaye pour l’énergie des Arctics Monkeys. Lors de notre séjour en Irlande, mon enthousiasme pour leur premier album avait surpris Linus. Le morceau s’imposa de lui-même I bet you look good in the dancefloor. C’était la première fois que je l’entendais le chanter et son accent irlandais me troubla. De fait, je devais être plus attentive à ses mots pour ne pas me laisser surprendre, il me conseilla de ne pas trop y prêter attention, de me laisser guider par la musique.

– C’est marrant, ton accent me choque moins quand tu chantes Marvin Gaye…

– C’est marrant, il a fallu que je vienne ici pour me rendre compte de la différence entre ton accent et celui de Jimmy quand vous parlez français !

Nous passâmes assez vite à la répétition proprement dite. Linus voulait que j’assure les contre-chants, mais je lui fis remarquer que je risquais de rencontrer quelques problèmes. Il me rétorqua que mon accent n’en poserait aucun et s’étonna de mon sourire indulgent.

– Ce serait plutôt à cause des vibrations de ce jouet. Ma voix risque de dérailler, voire d’être totalement absente, toute à mes sensations, que je sais puissantes, je risque de ne plus être capable de chanter quoi que ce soit.

Bon sang ! Son sourire ravageur… et son rire… son putain de rire ! Une fois encore, il lacéra mes tripes d’ondes de désir et de plaisir.

– Imagine, si ton assistant masturbateur était relié au manche de ta guitare, te sentirais-tu certain de ta performance vocale ?

Un éclair lubrique dans son regard déclencha ma question « Tu pourrais le régler ainsi ? » Le sérieux du ton de sa réponse « Je crois bien que oui » finit d’attiser la lubricité qui couvait en moi. Il l’installa à ses côtés et une fois de plus m’électrisa en riant de ma remarque « Oh, mais ce n’est pas ton pantalon qui est flatteur ! ». Il posa sa guitare et à sa demande, je m’assis sur ses genoux le temps qu’il réfléchisse à la meilleure façon de coupler son attirail à son instrument de musique. Ce qui prit plus de temps que prévu puisque nous ne résistâmes pas au plaisir de retrouver nos corps vibrants sous nos caresses. Et nous ne nous privâmes pas non plus de celui de nous embrasser à pleine bouche. Effectivement, nous avions retrouvé la fougue des étreintes adolescentes au fond des salles de cinéma, protégées des regards des autres par l’obscurité complice.

Mes mains, mes doigts couraient de sa nuque à son crâne presque rasé, les siennes s’égaraient un peu partout sur mon corps, ne souhaitant surtout pas retrouver un quelconque chemin. Son sexe dressé et durci contre ma cuisse était trop tentant pour que je résiste à l’envie de le caresser. Ainsi qu’il aime que je le fasse, je serrai ma main de toutes mes forces autour de sa verge et le masturbai en accélérant progressivement.

À regret, il desserra mes doigts pour les remplacer par la main artificielle. Je me levai le temps qu’il vérifie les connexions entre son assistant et sa guitare. J’en profitai pour m’isoler et mettre le plug en place. Aujourd’hui encore, je ne m’explique toujours pas cet accès de pudeur.

Je revins près de lui, lui tendis le smartphone et lui expliquai comment le régler. Nous voulions répéter consciencieusement afin d’être au point pour notre mini show, mais comme cela m’arrive trop souvent, j’avais perdu toute notion du temps et à peine ces derniers réglages effectués, nous entendîmes nos amis s’installer en vue de la séance vidéo promise.

Avant que Jimmy n’ouvre les rideaux et lance la projection, Roweena eut la présence d’esprit de monter sur scène pour annoncer le spectacle surprise que Linus et Petronilla allaient offrir à leurs amis. J’entendis la voix de stentor d’Alain traduire ses propos aux membres de la Confrérie et nous demander si nous étions prêts. Nous ne l’étions absolument pas, mais d’une seule voix, affirmâmes le contraire.

Le rideau s’est ouvert. La salle bruissait, mais je ne voyais personne. Je me demandais pourquoi j’avais eu cette idée de spectacle, pourquoi je l’avais acceptée. Mon cœur s’emballait, ses battements m’assourdissaient. Comme surgie de nulle part, la voix amplifiée de Linus retentit. Hey meuf, je parie que t’en jettes sur les pistes de danse ! Envahie par le trac, j’avais oublié notre petite mise en scène. Paniquée, je me tournai vers lui, assis sur un tabouret de bar. Sa guitare masquait son assistant masturbateur, à sa gauche, je ne distinguais de son ampli qu’une petite lumière rouge.

Le trac qui me paralysait accentuait le côté hautain du personnage que j’étais censée jouer. Nous n’avions pas pensé à éclairer la scène et bien nous en a pris. Les premiers accords retentirent, illuminant mon jupon et activant nos artifices sexuels. Une clameur admirative s’éleva de la salle.

Le trac, la musique, la voix de Linus, les ondes, les bouffées de plaisirs augmentaient mes sensations. J’avais l’impression d’entendre chaque soupçon de bruit, comme amplifiés, directement reliés à mes tripes. Je m’entendais chanter comme si j’étais à l’extérieur de mon corps. J’entendais chaque pulsion de mon plug et le sang qui coulait dans mes veines, échauffé par une excitation singulière.

J’entendais la voix de Linus, les accords de sa guitare, mais aussi le crissement de ses doigts sur le manche, les mouvements de sa main artificielle enserrant son sexe et coulissant. J’entendais les battements de son cœur. La salive inondait sa bouche et faisait claquer sa langue d’une façon que je n’avais jamais remarquée auparavant.

J’entendais le souffle de nos amis, la voix de ceux qui hurlaient le refrain avec nous. J’entendais la surprise des autres et même les battements du cœur de Jimmy et son murmure. Comme je t’aime, ma Princesse !

À l’instar du son de la guitare, le temps se distordit. Je sais que notre prestation scénique a duré moins de quatre minutes, pourtant j’eus l’impression qu’elle dura une bonne heure et en même temps moins d’une seconde. Le temps de me demander d’où venait ce bruissement d’ailes, un orgasme violent me projeta au sol. Comme si un sabre m’avait tranché les jambes au niveau des genoux. Bon sang, que c’était bon !

Nos amis nous applaudissaient à tout rompre, hurlant « Une autre ! Une autre ! » Linus s’en excusa et affirma que ce ne serait pas pour tout de suite. Je le vis sortir discrètement son sexe de la main artificielle et remarquai le sperme dégoulinant dessus. La salle, à nouveau plongée dans le noir, personne ne s’en rendit compte. Quand il débrancha sa guitare, avant de la poser à terre, une dernière note fit vibrer mon plug. Linus sourit avant d’éteindre le smartphone.

Il me rejoignit, m’aida à me relever et nous saluâmes les spectateurs comme il se doit avant de nous asseoir à notre place pour la soirée vidéo que je passai lovée dans ses bras. J’aimais ses caresses sur mes cuisses, ses lèvres sur mon cou, ses mots doux, ses baisers. J’aimais rester passive et profiter de cet apaisement.

Quand, entre deux vidéos, il se leva pour aller nous chercher de quoi manger, nous n’avions pratiquement rien avalé de la journée, Jim vint vers moi, les yeux écarquillés de surprise, mais avant qu’il n’ait pu prononcer le moindre mot, d’un geste, Marcel lui conseilla de se taire et d’un clin d’œil, d’attendre le bon moment. Leur échange muet semblait les réjouir pour une raison que j’ignorais.

Devant la table où se dressait le buffet, Linus était en grande discussion avec Alain et Jimmy qui vint vers moi, un large sourire aux lèvres.

– Alors, ça fait quoi de monter sur scène, ma Princesse ?

– Ça file les chocottes, mais putain, c’est sacrément bon ! Je ne me suis pas trop ridiculisée ?

– Ridiculisée ?! Tu plaisantes ou quoi ?! Tu veux vous regarder ?

Je n’avais pas songé un seul instant qu’ils avaient pu nous filmer, je n’avais même pas remarqué la présence d’Alain au pied de la scène. Jimmy le lut dans mon regard, me prit dans ses bras et de sa voix la plus tendre, me dit « C’est aussi pour ça que je t’aime tant, mon amour de Princesse ! »

Mireille gloussait un peu plus loin, se faisant taquiner par Gideon et Daniel. Marcel, Jim et Jean-Luc semblaient comploter avec Monique. Roweena était aux côtés de Christian, mais je ne voyais pas les autres, installés sur les lits à l’autre bout de la salle.

Quand nous visionnâmes notre prestation, Linus me fit admettre qu’il avait eu raison. Il y avait un léger décalage entre ses accords de guitare et les impulsions du plug. Il avait gagné son pari, mais se lamentait de ne pas pouvoir en tirer les bénéfices, leur départ étant prévu le lendemain. Jimmy lui affirma que ce n’était que partie remise, puisqu’il les conviait à venir fêter le Nouvel-An avec nous.

Bon ben, la rigolade, la musique, le spectacle, ça va bien 5 minutes, mais il est des moments dans la vie ou il faut bien penser aux choses sérieuses, comme la science, par exemple !

Encore un grand merci aux Fastened Furious pour leur vidéo « Antiviral » qui a su me redonner le sourire et aussi un peu l’autorisation d’écrire ce texte de style portnawak alors que le COVID19 m’avait pourri le moral.