Les souvenirs de Tatie Monique – L’enfant sauvage

Depuis que j’avais pris la décision de vivre ici, Christian me faisait découvrir tous les trésors du canton. Nous partions souvent, tous les deux, visiter d’autres villages, d’autres bourgades, explorer d’autres criques, d’autres forêts.

Un samedi après-midi, dans une petite ville, nous vîmes, sur la façade du cinéma municipal, une affiche annonçant la séance hebdomadaire, le film était sorti depuis plusieurs années, mais ici, point de « première exclusivité », point de multiplexe. Non ! Mais un projecteur hors-d’âge, une salle avec des chaises pliantes (j’exagère à peine), de mauvaises copies de films qui n’étaient plus à l’affiche depuis belle lurette, deux séances hebdomadaires, le même jour, celle de l’après-midi, celle de 21 heures et basta ! Le même film était proposé pendant deux semaines avant que les bobines ne partent pour un autre cinéma.

Cette semaine là, il s’agissait de « L’enfant sauvage » de François Truffaut. Ni Christian, ni moi ne l’avions vu. Nous connaissions à peine l’histoire puisque ni lui, ni moi ne goûtions le cinéma « nouvelle vague ».

Nous restâmes en arrêt devant l’affiche. Nos regards se croisèrent, un sourire malicieux apparu sur son visage, sourire auquel le mien, tout aussi malicieux répondit. J’ai toujours aimé cette complicité entre nous.

– Je connais un endroit où se cacherait peut-être une enfant sauvage…

– Ah bon ? Et tu ne l’as dit à personne ? Tu n’as pas rendue publique cette information surprenante ?

– Ben… comme je ne suis pas certain de la trouver…

– … il faudrait que tu demandes l’aide d’explorateurs avisés, c’est ça ?

– Mais quelle bonne idée ! Accompagne-moi, je te montrerai où je crois pouvoir la débusquer !

Nous avons roulé une bonne poignée de minutes, puis Christian gara sa voiture à l’orée d’une forêt. Je le suivais avec une étrange impression de déjà vu, j’aurais pourtant parié n’y être jamais venue.

– Nous marchons sur les traces de nos aïeux !

Alors, je me souvins d’un récit de Bonne-Maman, j’étais stupéfaite de la précision de ses descriptions ! 

Nous nous enfonçâmes un peu, puis, trouvant l’endroit idéal, je me déshabillai. J’étais un peu trop propre pour une créature sauvage et surtout trop bien coiffée. Christian y remédia en me faisant m’allonger sur le sol. Écartant mes cuisses, il goûta mon sexe, ses mains puissantes sur mon ventre m’interdisant toute ondulation, il me connaissait déjà assez pour savoir que le plaisir me ferait rouler la tête de droite à gauche et de gauche à droite.

Je me sentais sur le point de mourir tant sa langue était diabolique ! Il m’amenait aux portes du Paradis, mais m’en refusait l’accès. Je lui criais, je le suppliais de me faire jouir, avec pour toute réponse « Tu n’es pas assez décoiffée ! »

Quand mes cheveux furent assez emmêlés à son goût, il me fit jouir de sa bouche, prit un peu de terre humide, il y avait eu un orage la veille, m’en macula les seins, le ventre, les joues, les cuisses, un léger attouchement entre elles « pour le plaisir » ramassa mes vêtements « Allez, file te cacher, sauvageonne ! » et partit chercher les explorateurs.

Je le regardai s’éloigner, toute vibrante d’excitation, me dissimulai non loin de là. Pendant la demi-heure qui suivit, j’affinai mon apparence de sauvageonne, je grattai le sol pour que de la terre se glisse sous mes ongles, je frottai mes pieds au sol pour qu’ils paraissent usés et salis par de longues marches en pleine nature, je me roulai par terre pour que des brindilles, des morceaux de feuilles séchées se fixent dans mes cheveux, marquent ma peau, s’y collent.

Je reconnus le sifflement de Pascal, un des hommes dont j’avais fait la connaissance après le feu d’artifice du 14 juillet. Quand il me « découvrit »,  je mimai la surprise et la curiosité. Il joua le jeu, me tendit la main, puis m’ouvrit ses bras quand j’approchai de lui. Je m’y blottis et fis semblant de chercher à reconnaître son odeur, en le reniflant dans le cou, sous les aisselles, entre ses cuisses. Bon sang, ce qu’il bandait fort ! 

– C’est ça que tu veux, créature ?

Il retira son pantalon, son slip et je me mis à le flairer comme si j’étais une bête, plus j’expirais avec mon nez, plus je l’excitais. Il me caressait les cuisses, les seins, le ventre, les fesses, prenait ma main pour m’indiquer où je devais le caresser en retour, et comment je devais le faire.

N’y tenant plus, je me mis à quatre pattes devant lui et ondulait de la croupe, comme si je cherchais à lui faire comprendre ce que je voulais. Quand il me pénétra, il siffla de ravissement. J’imitai son sifflement. Il s’enfonça, se retira. Je sifflai de nouveau, me cambrant davantage. Il me pénétra plus lentement, plus profondément, plus rudement aussi, ses mains crispées sur mes épaules descendirent sur mes seins, les caressèrent, puis, à nouveau, il se retira tout à fait. Je sifflai, j’ondulai. Pourquoi sortait-il de moi alors que j’en avais aucune envie ?

Je me cambrai tant que je dus poser mon front contre le sol pour ne pas tomber. Il siffla et me pénétra, d’un coup, ses mains à nouveau sur mes épaules. Je sentais ses ongles déchirer ma peau. Je crispai mes doigts, m’accrochant ainsi au sol. Je me mis à grogner et mon ectoplasme s’éleva, me restituant la scène que je ne pouvais voir. Pascal, agenouillé derrière moi, qui me baisait comme s’il voulait me dompter, moi qui me soumettais. Je distinguai, entre les branches des arbres, Alain et le notaire, qui se tenaient à l’écart et regardaient la scène en spectateurs avertis. 

Forte de cette vision, je relevai la tête et commençai à humer l’air dans leur direction, comme un animal sauvage cherchant à deviner si la présence qu’il perçoit est inquiétante ou ne l’est pas. Mes grognements se firent aguicheurs. Pascal allait et venait en moi, tout en souplesse et en habileté. Il avait lâché mes épaules pour m’attraper les cuisses et les maintenir serrées. Je sentais chaque relief de son sexe coulissant dans mon fourreau humide. 

Mes cris allaient du gémissement plaintif au grognement de plaisir. Pascal sifflait toujours. Nos spectateurs s’approchèrent. Alain sortit son sexe de son pantalon et s’allongea de telle façon que je ne pus résister à l’envie de le sucer. Je ne comprenais pas d’où me venait toute cette salive, mais comme elle était la bienvenue ! 

Le notaire me touchait doucement le dos du bout des doigts, comme on cherche à rassurer un animal sauvage. « Elle vient ! Elle vient ! ». Je jouis avec une violence rare et Pascal continua ses mouvements, variant leur amplitude au gré du plaisir qu’il souhaitait nous faire prendre. 

Je sentais mon ventre se gorger de jouissance. « C’est bon de te baiser comme la bête que tu es ! »  Quelques coups de reins encore, ses mains agrippées à mes épaules, m’obligeant à relever la tête, son sexe au plus profond de moi « Tu sens mes couilles se vider dans ta petite chatte ? » Oh que oui ! Je les sentais vibrer, j’étais au-delà de l’animalité, comme touchée par une grâce qui me reliait à chaque cellule de son corps, comme si nous ne faisions plus qu’un ! Quand il se retira, d’un coup sec, je sentis tout ce plaisir accumulé au plus profond de moi jaillir telle une source magique.

Le notaire me prit par la main et m’allongea sur une petite butte de terre et de feuilles mêlées. « Je vais te montrer comment font les hommes civilisés ». Il posa mes mollets sur ses épaules, introduit son gland dans mon vagin, me caressa délicatement les seins et me pénétra au même rythme qu’il se penchait vers moi pour m’embrasser. 

Quand sa langue s’enroula autour de la mienne, je sentis son sexe gonfler et durcir davantage. Je compris qu’elle y avait trouvé le goût d’Alain. Je lus dans son regard la crainte que je le révèle. Avec douceur, mes yeux lui promirent de garder le secret aussi longtemps qu’il le souhaiterait. 

Il m’embrassa ainsi, allant et venant en moi, jusqu’à ce que le goût d’Alain disparaisse tout à fait. Puis, tout en me faisant l’amour, parce que c’est ce qu’il faisait ce soir-là, il ne me baisait pas, mais me faisait réellement l’amour, il me lécha, me téta le sein.

Je tournai mon visage vers Alain et poussai une série de petits cris plaintifs d’animal, grattant le sol de ma main. Il comprit et s’approcha de moi. « Mais c’est qu’elle aime sucer ma bite, la bougresse ! ». Je le suçai avec un plaisir décuplé, le regardant puis regardant le notaire qui jouit puissamment en me traitant de diablesse.

Alain me souleva de la butte, me prit dans ses bras où je me lovai, le nez fiché au creux de son cou, il me cajolait doucement, comme on le fait à un animal blessé qu’on s’apprête à recueillir. Puis, il me posa à terre où je me recroquevillai en poussant des petits cris pour quémander d’autres caresses. Il rit de bon coeur « Où as-tu mal, petite créature ? » et entreprit de m’examiner attentivement.

De nouveau à quatre pattes, je me laissais aller à son observation, j’aimais sa façon de fourrer ses doigts dans ma bouche, dans mon vagin, j’aimais la manière avec laquelle il écartait mes fesses, tel un abricot qu’on ouvre en deux avant de s’en régaler. Je devenais folle de désir et il en jouissait à l’avance.

Je m’offrais à sa vue en toute impudeur, quand je sentis son gland à l’entrée de mon vagin, je me cambrai davantage…

– Si tu gigotes ainsi, je vais…

Il laissa sa phrase en suspens, comme surpris de ce qu’il croyait comprendre, ses mains tremblaient d’excitation quand il écarta mes fesses, pour vérifier.

– … Ô, pute vierge, mais c’est ce que tu veux !

Il invita ses « collègues » à venir constater combien mon anus était souple, se servant de ce qui coulait de mon vagin, il lubrifia mon petit trou et me sodomisa pour la première fois. Je me sentais me dilater, m’ouvrir pour accueillir ce membre qui m’emplissait. J’eus une pensée pour Catherine et me souvins de nos conversations, sur le manque de cette sensation, qu’elle avait enduré pendant ces longs mois où elle s’était tenue à l’écart du plaisir.

Alain allait, Alain venait, je bramais mon plaisir comme on tousse d’avoir trop attendu pour respirer. Au creux de mes reins, les rayons obliques du soleil couchant me réchauffaient comme une couverture de lumière réconfortante.

– Comme je suis bien dans ton cul… comme j’y suis bien ! Ô, pute vierge, comme il est… BON !… ton petit cul !

Pascal qui, tout à l’heure, s’était approché pour constater mon désir, s’était agenouillé devant moi, je le suçais, comme possédée par la déesse du plaisir. Je décollai encore pour admirer la scène. J’entendais à la fois depuis le sol et dans les airs, le dialogue de ces hommes et je voyais la façon dont Alain s’y prenait, gravant à tout jamais dans ma mémoire l’ampleur, le rythme de ses va-et-vient.

– Au plus tu l’encules, au mieux elle me pompe !

S’adressant au notaire, Alain lui demanda « Vai ! Écarte-moi ses fesses, que je régale mes yeux aussi ! ». Quand il obéit à cet ordre, mon ectoplasme se rapprocha davantage, je voyais les veines sur la queue d’Alain qui semblaient luire, étinceler de mille feux. Je remarquai aussi le sexe du notaire prendre du volume, son regard allait d’Alain à mon derrière. Je me demandai ce qui le faisait bander ainsi, mon cul ou la queue d’Alain, cette queue précise, allant et venant. Il dit quelque chose à Pascal que je ne compris pas, mes oreilles bourdonnaient du plaisir que je prenais.

Pascal se servit de ses mains pour écarter mes fesses, ainsi les trois pouvaient admirer le spectacle. Je déglutis sa queue et l’avalai toute entière quand il se pencha en avant. Alain allait et venait, observant alternativement ce qu’il me faisait, Pascal se faisant sucer, mais son regard me sembla plus ambigu quand il se posa sur le notaire en train de se branler. Se posait-il la même question que moi ? 

« Regarde comme elle se cambre ! Ô, pute vierge, que je suis bien ! Ô, pute vierge… elle me fait venir ! Dis, tu le sens comme c’est bon ? Ô, pute vierge… ! Je viens… je viens… je VIENS ! Ô, pute vierge ! Ton cul… ton joli petit cul… il va dé… ton joli petit cul… il va déborder… Ô, put… il déborde de… de mon… de mon foutre bouillant… ! »

Comme si son orgasme avait donné le signal, le notaire éjacula sur mon sillon en regardant le sexe d’Alain sortir de moi. Mon ectoplasme réintégra mon corps à l’instant précis où Pascal explosa dans ma gorge, me noyant à demi.

Au moment de reprendre la route, je réalisai qu’il me faudrait faire le trajet totalement nue, ce qui m’émoustilla un peu. Sortie de je ne sais où, une laisse fit son apparition. Comme pour s’en convaincre lui-même, le notaire expliqua que les bruits de la civilisation risquaient de m’effrayer, entraînant ma fuite et la cavalcade dans les rues du village. Il était préférable que tous ignorent mon existence tant qu’on n’aurait pas décidé que faire de moi. Il attacha le collier autour de mon cou, Pascal essuya les plus grosses taches de boue.Alain prit le volant, Pascal à ses côtés, je me recroquevillai sur les genoux du notaire, qui me caressait les cheveux « Brave petite sauvageonne… brave petite… »

En chemin, j’appris qu’il me conduisaient chez « qui de droit, celui qui saura que faire d’elle ». À l’entrée de la petite ville, où demeurait encore Catherine, Pascal sortit de la voiture et rentra chez lui en sifflotant joyeusement. Le notaire descendit un peu avant l’entrée du village et je finis le trajet, couchée sur la banquette arrière. Quand Alain gara sa voiture devant chez lui, je remarquai de la lumière chez Nathalie.

En sortant de la voiture, tenue en laisse par Alain, il me sembla reconnaître son rire et celui plus léger de Bonne-Maman.

Alain toqua à la fenêtre.

– Docteur, venez voir ce que nous avons trouvé !

Christian apparut, ouvrit la porte, nous fit entrer.

– Quelle étrange créature…

– Je crois qu’elle est blessée… elle saigne blanc de partout…

– De partout ? !

– Oui… De partout… si vous pouviez faire quelque chose pour elle…

Il me fit asseoir sur les cuisses d’Alain, lui conseillant de me caresser les seins pour me rassurer. Enfin, il s’approcha et commença son auscultation.

– Voyons ça… Oh, la bougresse… ! Elle ne me laisse pas faire… Occupe-lui les mains pendant que je l’ausculte…

La douceur du sexe à nouveau dur d’Alain dans le creux de ma main, me fit pousser un soupir de soulagement. Tout en sifflant d’admiration, Christian commença ses attouchements, en regardant de près mon minou et mon derrière dégoulinants. Je fermai les yeux, sachant déjà que ce plaisir incroyable, à la limite de la folie, que j’avais pris avec ces trois hommes, n’était qu’un avant-goût de celui que nous allions nous offrir sous les yeux d’Alain

Les mois ont passé, le jour du mariage s’approche à grands pas

Le cahier de Bonne-Maman – Là où il y a des filles amoureuses, il est inutile de verrouiller les portes

 

Ce texte a fait l’objet d’une superbe lecture de CharlieLiveShow, si vous souhaitez vous laisser bercer par la voix et l’accent de chacun des personnages, cliquez sur cette phrase et écoutez…

L’armistice était signé depuis plusieurs mois quand nous pûmes enfin nous retrouver vraiment. Il nous avait fallu attendre la démobilisation, qui s’est faite classe par classe. Nous étions révoltés de cette absurdité supplémentaire. Il n’y avait plus de combats, nos soldats avaient lutté contre la peur, la fatigue, la mort, mais ils devaient encore se soumettre à cet ordre idiot !

L’État-Major n’avait aucune, absolument aucune considération pour ces combattants, pour leur famille, le Toine était « de la 14 » et mon Pierrot « de la 15 », ils avaient réintégré leur régiment, mais nous ne sommes pas allé les voir, à leur demande, parce qu’ils n’auraient pas eu envie de retourner dans leur caserne et ils savaient qu’alors, ils auraient été passibles du peloton d’exécution, pour désertion.

J’ignore si tu sais à quel point ton papé était antimilitariste, mais l’incompétence des généraux, des maréchaux, pendant et après la guerre, a transformé un brave pioupiou en un rebelle à l’ordre, en un anarchiste, dans toute l’acception noble du terme.

Une autre absurdité a conduit à sa démobilisation quelques jours avant celle du Toine. Il a attendu son ami et c’est ensemble qu’ils ont pris le train pour Nice, où nous nous sommes finalement retrouvés. Ils avaient besoin de cette escale avant de reprendre le cours de leur vie civile. Nathalie a reçu le télégramme qui nous donnait rendez-vous « Nicœa civitas fidelissima STOP Nous vous y attendons belles fidèles »

Quand nous descendîmes du train, ils étaient sur le quai, une énorme brassée de mimosas dans les mains. Nous nous faisions bousculer par tous ces voyageurs, par les porteurs encombrés de grosses malles, nous nous faisions bousculer, mais avec bienveillance. Mon Pierrot et le Toine portaient encore leur uniforme.

Je ne pouvais décoller ma bouche de celle de mon Pierrot, il en était de même pour Nathalie avec son Toine. Nous riions, nous pleurions comme on respire et aussitôt après nous nous embrassions encore !

Nathalie et moi découvrions cette ville que nos amoureux tenaient à nous faire visiter. Qu’elle était belle ! Qu’elle nous semblait grande ! Que ses avenues étaient larges !

J’avais apporté de quoi manger, mais le Toine tint à nous faire goûter la focaccia et le clin d’œil qu’il m’adressa en disant « Avec tes provisions, nous n’aurons pas besoin de sortir de la chambre pour le dîner ! » embrasa nos joues et nos corps.

Bien vite, nous quittâmes le front de mer pour aller dans le quartier Saint-Sylvestre, où ils avaient loué deux chambres communicantes. Nous étions fous, un peu naïfs, tellement jeunes ! La logeuse, une petite vieille, était très souriante, très accueillante et joviale, mais je ne compris pas un traître mot de ce qu’elle nous dit.

Quand nous arrivâmes sur le pallier, devant les deux portes closes, Toine m’expliqua qu’elle avait parlé en italien. Ils avaient loué une chambre « pour les demoiselles » et une autre pour eux, elle leur avait expliqué que cette ruse avait fait long feu et qu’ayant connu l’enfer si jeunes, ils avaient gagné le droit à un peu de paradis sur cette terre.

La vie m’a appris que la compréhension, la tolérance se trouvent souvent là où on s’y attend le moins, cette vieille femme en était l’illustration parfaite. Nous avons passé trois jours dans sa petite maison et ces trois jours marquèrent pour nous quatre le retour à la vie, le début du bonheur.

Je redécouvrais le corps de mon Pierrot, qui ne pouvait s’empêcher de caresser, de toucher, d’embrasser le mien. De l’autre côté de la porte, j’entendais le petit rire nerveux et excité de Nathalie.

Je sus quand elle découvrit le corps nu de son Toine. Nous en avions souvent parlé, durant ces longs mois d’attente, je lui avais décrit avec force détails, à quoi elle devait s’attendre, à quoi ressemblait un sexe d’homme, sa taille, ses reliefs, mais son cri de surprise ne laissa aucune place au doute.

Le Toine riait, c’était un sacré farceur et il aimait plaisanter, taquiner. L’entendre rire, les entendre rire nous déconcentrait et, comme un fait exprès, à chaque baiser un peu intime, à chaque caresse un peu curieuse que nous nous prodiguions, répondait un éclat de rire ou une plaisanterie.

Pierrot, amusé, prit sa grosse voix et s’exclama « C’est pas un peu fini, ce boucan ? ! », et avant que j’aie pu le retenir, se précipita vers la porte et l’ouvrit en grand d’un geste théâtral.

Nathalie n’eut pas le temps d’en être surprise que j’arrivais déjà pour la refermer. J’aurais voulu faire les gros yeux, houspiller mon Pierrot, mais nous restâmes figés, comme frappés de catatonie, les yeux du Toine écarquillés, fixant ma toison, les miens tout autant fixant son sexe.

Comment aurais-je pu imaginer de telles proportions ? Je marmonnai « Je ne pouvais pas savoir, Nathalie… » quand lui commenta « Pour de la blondeur, c’est de la blondeur! » Je me retournai vers Pierrot, lui reprochant de ne pas m’avoir parlé de la particularité anatomique de son ami « Parce que tu crois que je la connaissais? ! Tu crois que je l’avais déjà vu bander? ! »

Je m’apprêtai à retourner dans notre chambre quand Nathalie s’exclama « Non ! Reste avec moi ! ». Interloquée, je constatai l’effet de sa supplique sur les sexes de nos hommes. Il me semblait que nous respirions plus fort, que nos cœurs battaient plus vite, à l’unisson. Je ne savais que faire, confuse de ce désir que je sentais monter en moi. J’avais conscience de transgresser toutes les règles morales que l’on m’avait inculquées, mais peu m’en chalait !

Que s’est-il passé dans nos têtes pour que ce soit moi, la plus jeune de cette troupe, moi qui n’avais pas encore fêté mon dix-huitième anniversaire, qui prenne la direction des affaires ? Nous ne nous sommes pas posé la question sur le moment, mais par la suite je me faisais souvent taquiner à ce propos « Nous étions comme les pauvres anglois face à la hardiesse de Guillaume le Conquérant ! »

Je sais bien qu’ils ne voyaient aucun rapport entre mes origines et mon assurance ce jour-là, mais sans un soupçon de mauvaise foi, à quoi bon les taquineries ?

Je m’assis sur le lit, aux côtés de Nathalie, je lui pris la main et de l’autre, invitai Pierrot et le Toine à s’approcher de nous. « Fais comme je fais ! », ne lâchant pas la main de Nathalie, j’attrapai fermement le sexe de Pierrot de mon autre main et entrepris de le sucer comme s’il s’était agi d’un sucre d’orge. Trop surpris de ce que nous leur faisions, Pierrot et le Toine ne laissèrent échapper qu’un seul « OH ! » d’une même voix.

Un peu vicieuse, je regardai Nathalie qui fit de même, nos regards se dirigèrent ensuite vers nos hommes, qui n’en revenaient pas. Eux, d’ordinaire si bavards, si prompts à commenter le moindre détail, étaient muets de surprise. Fières d’avoir pris l’ascendant, nous les léchions avec une avidité, une gourmandise croissantes. Je sentais le corps de Pierrot trembler de plaisir, ses doigts se perdaient dans mes cheveux.

Hmm, comme c’est bon ! 

Nathalie se régalait, nous nous regardions toujours, complices, coquines, taquines et nous commentions à voix haute, conscientes de les troubler davantage.

Alors, tu vois ? Je te l’avais bien dit ! Ça vaut toutes les friandises du monde, non ?

Oh oui ! Il a bon goût, mon Toinou !

Moins que mon Pierrot, j’en suis sûre !

Tu déparles, la Rosalie ! Tiens, goûte !

Avant que quiconque ne comprenne ce qui lui prenait, elle lâcha ma main et offrit le sexe gonflé de son Toinou à ma bouche. Excitée, je le goûtai sous le regard ébahi de nos deux compères.

Alors ?

Il est ben bon, mais je ne saurais dire s’il est meilleur que mon Pierrot… T’en penses quoi ?

Comme elle l’avait fait quelques instants auparavant, je lui offris la verge de mon Pierrot à goûter. Nous passions de l’un à l’autre, leur reprochant de ne pouvoir les départager. « Fadas ! Elles ont tourné fadas ! » furent les premiers mots du Toine, mon Pierrot se contentant de gémir de plaisir.

Je pense que toutes ces craintes accumulées depuis toutes ces années, ces craintes qui disparaissaient comme une digue qui cède ont libéré les flots de nos désirs et, l’excitation s’en mêlant, nous étions grisées. Une ivresse sensuelle s’était réellement emparée de nous. Nous les sucions, nous les léchions, nous les caressions comme si nos vies en dépendaient.

Au plus nous les sentions prêts à défaillir, au plus nous devenions ardentes. Je sentais régulièrement perler sur ma langue, les petites gouttes annonciatrices du plaisir prêt à exploser et je m’amusai de les soumettre à cette douce torture.

Soudain, Pierrot s’exclama « À notre tour, maintenant ! » et d’un même geste, ils nous renversèrent sur le lit. Mes jambes s’enroulèrent autour de son corps, il les écarta un peu pour être plus à son aise.

Je regardais Nathalie « se faire ausculter par le bon docteur Antoine », elle ondulait sous ses doigts, gémissait, le suppliait de la délivrer enfin de ce pucelage qui lui pesait tant. Il me désigna d’un mouvement du menton, en lui demandant « C’est ça que tu veux ? Tu veux que je te fasse ce que Pierrot fait à Rosalie ? »

J’ondulais comme un serpent sous les coups de boutoir de mon amoureux, qui prenait tout son temps, qui me caressait les seins, s’enfonçait un peu plus quand il se penchait pour m’embrasser.

Je croisai le regard de Nathalie et j’y lus la puissance de mon plaisir dans le reflet de ses yeux. « Oh oui, c’est tout ce que je veux ! »

Alors, le Toine la pénétra, avec force et douceur, il goûtait chaque instant de cette défloration et tenait à ce que Nathalie grave ces premières sensations dans sa mémoire, qu’elle s’en souvienne à tout jamais. « Ouvre tes yeux, pitchoune ! Ouvre tes jolis yeux ! »

Le Toine avait beau être taquin, farceur, prompt à la plaisanterie, à la grivoiserie, il fut très délicat, attentif, quand il dépucela sa Nathalie. Elle gémissait de son accent chantant « Oh, fan de diou, comme c’est bon… comme c’est bon ! » Je l’observais découvrir ce plaisir et j’en prenais ma part.

Au moment où je réalisai que mon Pierrot et le Toine allaient et venaient au même rythme, le soleil s’effaçait doucement pour céder sa place au crépuscule. Je remarquai leurs regards complices, leurs sourires convenus, un hochement de tête donna le signal

Tu es bien dans ta Rosalie ?

Autant que tu l’es dans la Nathalie !

Je ne crois pas ! Moi, je suis au Paradis… !

Oh gari ! Le Paradis, c’est dans ma Rosalie ! Tiens, puisque tu ne me crois pas…

En riant, Toine se retira et invita mon Pierrot à prendre sa place. Ils nous rendaient la monnaie de notre pièce et nous l’avions bien cherché !

Je me sentis envahie par ce membre énorme et je vis Nathalie jouir de mon Pierrot, le Toine jouait avec mes poils et semblait fasciné par leur blondeur. Je poussai un cri de plaisir animal quand, du bout de son doigt, il caressa mon bouton. Je me sentais palpiter autour de sa verge. « Tu ne mentais pas, Rosalie est encore plus belle quand elle jouit ! »

Combien de fois échangèrent-ils leur place, combien de fois nous firent-ils jouir avant de jouir eux-mêmes ? Je ne saurais le dire, mais l’honneur fut sauf, mon Pierrot jouit en moi et le Toine dans sa Nathalie ! Ça te paraîtra idiot, mais nous accordions une grande importance à ce détail.

Nous mangeâmes les provisions que j’avais apportées pour le déjeuner et quand mon Pierrot fut rassasié, désaltéré, revigoré, il proposa à Nathalie et à Toine de leur « faire visiter notre chambre, nous aurons bien le temps de nous reposer quand nous serons de retour au village ».

Ce fut dans un sentiment de légèreté, d’amour et de sérénité que nous passâmes notre première nuit ensemble, à goûter à ces plaisirs qui allaient devenir notre pain quotidien.

Bonne-Maman explique les liens qui les unissaient les uns aux autres.

Dessin d’Alexander Szekely

 

Big up, Charlie !

LEC-tatie-monique

Pour la quatrième fois, Charlie lit des textes que j’ai écrits avec ma main gauche. Vous pourriez m’imaginer dire « Ouais, elle me lit une fois de plus… » avec un air blasé, détrompez-vous, à chaque fois, la surprise est immense, à chaque fois, Charlie lit mes textes quand je ne m’y attends pas, à chaque fois, elle s’empare de mes mots et les fait siens, à chaque fois, j’en suis ravie.

J’ai débuté la série « Les souvenirs de Tatie Monique » sur un défi d’écriture, puis il y eut un autre texte, suivi d’un troisième… enfin est née l’idée d’un cahier que Bonne-Maman écrirait et donnerait à lire à Monique.

D’un défi un peu potache, est née l’idée d’un roman, une saga sur plusieurs générations. J’ai été surprise de la facilité avec laquelle les personnages se sont imposés à moi, leurs histoires qui s’imbriquaient, qui s’imbriquent avec tant d’aisance, très émue des retours de mes lectrices, de mes lecteurs qui se sentent à l’aise avec cette histoire. Et puis, une coïncidence, de celles « qui n’arrivent qu’à toi, maman ! » comme me le dit ma fille, un lecteur et surtout un ami, lecteur attentif, ami sincère, qui sans l’avoir souhaité, sans même avoir songé que ça pouvait lui arriver, s’est retrouvé projeté dans les souvenirs de Bonne-Maman…

Je vous résume ce qu’il m’a écrit. Ce jour-là, il devait aller à Coutances pour son travail, il déjeunait à la brasserie du parvis de la cathédrale. Une jeune apprentie serveuse, de 16 ans environ, était en salle. Il lisait ce texte et la regardait en souriant. « Comme une faille spatio temporelle… Pendant quelques minutes j’y ai cru. Un vrai transport de sens et d’émotions. »

J’espère qu’il ne m’en voudra pas trop d’avoir rendu publique cette anecdote qui m’était destinée…

Aujourd’hui, enfin hier, Charlie a lu deux textes, une fois de plus elle a su donner vie à mes personnages. Ce ne sont plus des mots qui courent sur une feuille, sur un écran d’ordinateur, grâce à elle, ils parlent, ils respirent, ils vivent ! Je fermais les yeux, j’étais en Provence, en 1974, j’entendais presque les grillons, le bruit des vagues sur les rochers, je sentais la chaleur du soleil, la douceur du vent, les parfums…

Charlie, permets-moi de te dire que Monique, Christian, Alain, Catherine, « le bavard », Joseph, « le notaire » te remercient de leur avoir donné corps en leur offrant ta voix.

Et moi, je clame haut et fort « Big up à toi, Charlie ! »