Chroniques matrimoniales – Tout finit par des chansons

Nous roulions depuis peu quand nous aperçûmes Rosalie qui revenait du village, le Balafré lui proposa de la déposer, ce qu’elle refusa

– Je préfère marcher un peu, mon garçon !

Devant son air dépité, elle eut un sourire amusé, sembla le reconnaître.

Mais ne serait-ce donc pas le jeune Sherlock Holmes qui pense avoir reconnu qui se cachent derrière les surnoms que j’ai donnés ?

Elle l’invita à la suivre, je restai seule dans la voiture et les regardai s’éloigner avec des airs de conspirateurs. Je ne distinguais que la danse de leur dos, le Balafré enfonça ses poings dans ses poches, shoota dans un caillou, l’air satisfait. Rosalie lui ébouriffa joyeusement les cheveux, puis ils revinrent vers moi.

– Il avait vu juste ?

– Oui !

– C’était qui ?

– Ça, ma petiote, c’est à lui de te le dire !

Rosalie m’embrassa, me fit un clin d’oeil et s’en alla en sifflotant. Le Balafré prenait tout son temps, je décidai de le laisser profiter de cet instant. Au bout d’un temps qui me parut durer une éternité, en réalité ce n’était qu’une poignée de secondes, je n’y tins plus.

Alors ? C’était qui ?

Le Balafré sourit, mais demeura silencieux.

– Tu vas me le dire ?

– N’y compte pas !

Le Balafré démarra la voiture, comme si de rien n’était, comme s’il ne me laissait pas sur des charbons ardents. Je jouais toute une gamme de supplications pour le faire infléchir. Tout d’abord, je pris un air de chien battu, tentant de faire trembler mon menton, joignis les mains dans une prière improbable, plissai les yeux en espérant faire jaillir une larme, pris un ton pleurnichard.

S’il te plaît…

Le Balafré me regarda et se contenta de sourire. Je me fis câline, pris ma voix la plus douce, lui caressai la joue d’une main légère.

– S’il te plaît… allez… dis-le moi… !

Le Balafré prit une profonde inspiration, me regarda entre tendresse et émotion, son joli sourire jurait avec le non qu’il faisait de la tête.

Nous étions arrivés devant la maison quand j’eus l’idée du siècle, l’argument auquel il ne pourrait résister. Je me fis intransigeante et tandis que nous entrions dans la salle à manger, le menaçant d’un index sévère, lui dis

– Je te préviens, si tu ne me dis pas immédiatement qui c’est, tu n’auras plus jamais… plus jamais tu entends ? Tu n’auras plus jamais droit à mes faveurs ! Plus jamais je ne te sucerai, plus jamais je ne te caresserai, plus jamais je ne t’offrirai mon corps, mon cul, ma chatte, ma bouche… plus rien ! Et qui sera bien puni ?

Le Balafré éclata de rire, me fit signe d’approcher, descendit sensuellement la fermeture Éclair de son pantalon, sortit sa queue déjà dure et gonflée, il caressa du bout du doigt la longue cicatrice brune. Je sentis une bouffée de désir s’emparer de moi, je savais que mes yeux brillaient, que mes joues s’empourpaient, ma langue humectait mes lèvres… comme j’avais envie de lui ! Je levai les yeux, il me sourit et en silence fit mine de se rhabiller.

Tu as posé la bonne question, Monique ! Lequel de nous deux sera bien puni ?

Je le renversai sur le canapé en le traitant de salaud, avant de rire avec lui quand Christian fit son entrée.

– Ai-je bien entendu le mot « punition » ?

Je sus immédiatement sur qui elle s’abatterait… Ils montèrent à l’étage chercher le banc. Je les entendais rire et chuchoter assez fort pour que je sache qu’ils conspiraient, mais trop bas pour que je puisse savoir ce qu’ils mijotaient.

Depuis mon installation au village, j’avais pris goût au rituel de l’apéro. Chez mes parents, on ne servait l’apéritif que pour les grandes occasions, anniversaires, Noël, diplômes ou les rares réunions familiales auxquelles ne participaient que ma famille paternelle. Je ne les appréciais pas plus que ça, l’ambiance guindée faussement décontractée, les petits fours en quantité insuffisante qu’on devait manger avec parcimonie pour ne pas prendre le risque de se couper l’appétit et je n’avais droit qu’à un verre de soda.

Je n’avais jamais bu de Pastis avant que Christian m’y fasse goûter. Ici, j’avais aussi appris à aimer la simplicité des tartines de pâté, de tapenade, les olives et les éclats de rire, l’odeur de l’anis, le bruit des glaçons qui s’entrechoquent… J’aimais beaucoup les préparer, surtout quand je devais les improviser. Je chantonnai ce tube dans la cuisine tout en écoutant Christian et le Balafré installer le banc, il me fallut un peu de temps avant de remarquer qu’ils en sifflaient la mélodie.

Quand j’entrai dans la salle à manger, je les trouvai installés devant la table. Ils avaient sorti une piste de dés et semblaient vouloir débuter une partie de 4 21. Je m’exclamai

– La Provence dans toute sa splendeur ! Soleil, pastis, partie de dés, deux beaux mecs à l’accent chantant… que rêver de mieux ?

Ils se regardèrent, complices, un sourire coquin s’épanouissait sur leur visage, mais je me souvins de la sanction que j’avais promise au Balafré… pensant trouver un soutien auprès de Christian, je me plaignis et lui annonçai fièrement.

– Pour toi, c’est d’accord, mais lui… NON ! Il ne le mérite pas ! Tu sais, il ne veut même pas me dire qui il a reconnu !

– On a qu’à jouer ça aux dés !

L’idée me parut excellente. Nous inventâmes cette règle, un mélange de 4 21 et de strip-poker. À chaque tour, le vainqueur donnait un gage au perdant qui devait l’exécuter. Christian remporta la première manche et demanda au Balafré de retirer son tee-shirt. J’étais un peu dépitée parce que j’avais cru qu’il lui demanderait de répondre à la question qui me taraudait. Je râlai un peu pour la forme, mais au fond de moi, cette attente m’excitait beaucoup, je la trouvais plaisante.

Je perdis le deuxième tour, remporté par Christian.

– Ôte un de tes vêtements !

– Mais je ne porte qu’une robe !

– Comme ça, tu ne perdras pas trop de temps à réfléchir !

J’aurais voulu protester, ne serait-ce que par principe, mais un rayon du soleil couchant fit étinceler l’alliance au doigt de Christian, alors je lui dis « Oh Christian… comme je t’aime ! » Ce qui les surprit.

Nous étions tous trois dévêtus quand je pus enfin obliger le Balafré à me répondre. Malheureusement, les verres que j’avais bus entre temps avaient produit leur effet et je m’embrouillai

– Donne-moi un indice !

Soulagé, il me répondit

Un indice ? La Provence ! Oui, au moins l’un d’entre eux était provençal !

Non ! Non ! Non ! Tu dois me dire qui exactement !

Le Balafré fronça les sourcils.

Tu n’as droit qu’à un gage !

– Tu n’es pas dans ta classe et je ne suis pas ton élève !

Quoi ? Quoi ? Quoi ? Rébellion ? On trace des rails de train dans la purée ? !

Cette phrase, qui ne voulait rien dire, fut dès lors comme un mot de passe entre nous trois. Mot de passe annonciateur de rieuses sanctions.

Je pris un air contrit, me levai et présentai mes fesses au Balafré pour recevoir une fessée « bien méritée », c’est alors que le jeu prit une toute autre tournure. Christian proposa de me bander les yeux, que je m’installe sur le banc, pendant qu’ils lanceraient les dés, le vainqueur ferait autant de va-et-vient qu’il aurait marqué de points.

Je me mis à quatre pattes et entendis rouler les dés. Le Balafré remporta la première manche, fit 12 mouvements dans ma « petite chatte si accueillante ». Christian remporta la suivante, 10 va-et-vient seulement.

– Encore, mon chéri ! Ne t’arrête pas !

Une claque sur mes fesses « pour t’apprendre la politesse ». Je me cambrai. « Et en plus, elle en redemande ! ». Je m’enivrais de ce mélange de sensations, aveugle, je cherchais à deviner à combien de va-et-vient j’aurais droit. Christian remporta une bonne dizaine de manches successives, je le reconnaissais à ses pénétrations, mais avant tout à sa façon de poser sa main sur mon épaule.

Mais c’est toujours toi qui gagnes ou tu joues tout seul ?

Christian éclata de rire. Ils relancèrent les dés.

Ma parole, tu as une chance de…

Une chance de cocu ?

Je me raidis, faillis arracher mon bandeau.

Ne dis pas n’importe quoi, mon chéri ! Tu n’es pas cocu ! C’est comme ça que tu aimes et c’est comme ça que j’aime ! Tu serais cocu si je faisais ça dans ton dos, en te jurant l’exclusivité ! Nous, c’est pas pareil, c’est… du partage !

Tu as raison, je ne suis pas cocu, mais ça m’amusait de le dire…

Il se retira… zut ! Cette fois, il n’avait marqué que 7 petits points… Mais après être sorti de ma chatte, il me demanda d’ouvrir « ta jolie bouche pleine de sagesse ». Encore 6 va-et-vient, juste assez pour me faire saliver de désir. Je m’en plaignis pour la forme et les suppliai de me prendre tous les deux, je n’en pouvais plus de ces coïts interrompus… Les dés roulèrent et je reconnus enfin le Balafré.

Ah ! C’est pas trop tôt !

Une claque sur mes fesses.

Merci !

Quand je te disais qu’elle adore ça !

Je ronronnais, miaulais, grognais, j’aimais sentir mes chairs s’ouvrir pour accueillir leur membre, leurs doigts, j’aimais ces baisers tendres sur ma bouche qu’ils m’offraient en supplément.

Quand je jouis pour la première fois, je surpris Christian qui allait et venait lentement, profondément en moi. Alors, le jeu connut une première variante : quand le vainqueur de la manche me prenait, il devait s’efforcer de me faire jouir dans le temps imparti, ils me connaissaient assez pour savoir quelles caresses, quelles morsures me propulseraient vers l’orgasme. Juste avant de me faire jouir, le vainqueur faisait un signe au perdant qui forçait mes lèvres de son gland. Je me sentais tellement fière de leurs compliments, n’importe qui les qualifieraient d’obcènes, mais je les recevais comme autant de marques de respect, parce que c’en étaient.

Il y eut quelques matchs nuls, je devais désigner le vainqueur, mais à chaque fois je demandais « les deux en même temps ! ». Je faillis pleurer de bonheur quand, après le premier « ex-aequo » et mon premier « les deux en même temps ! », Christian s’exclama

Ô ma Monique, mon amour, si tu savais comme je t’aime !

Et que le Balafré lui répondit

Quel veinard tu fais ! Monique est une déesse de l’amour !

Mon estomac se mit à gargouiller et je réalisai que nous n’avions toujours pas dîné. Christian voulut préparer de quoi grignoter un peu, mais le Balafré lui dit « Laisse, je m’en occupe ! » et partit dans la cuisine en chantonnant. Qu’il était bruyant ! À croire qu’il prenait une casserole pour taper sur une autre ! Il claquait les portes des placards avec une telle force que je faillis lui demander de faire attention, mais les baisers de Christian, ses caresses sur mes seins, sur mon ventre, me firent jouir si fort que j’oubliais tout le reste.

Christian jouit en moi, en me remerciant de tout le bonheur que je lui offrais, d’être la femme que j’étais, me répétant son amour.

Reste en moi, mon amour !

Mais le Balafré était déjà de retour… Christian se retira pour lui laisser la place, ses doigts écartaient mes petites lèvres, il prenait son temps, regardait ma chatte pleine du sperme de son ami, le bout de son gland à l’entrée de mon vagin, il me prit au ralenti, millimètre par millimètre… je m’exclamai

Aloune ? !

Un éclat de rire général retentit.

– Ô pute vierge, je suis démasqué ! Pas moyen de te baiser incognito ! Mais ne m’appelle plus « Aloune », je m’appelle Alain !

C’est bien ce que j’ai dit… Aloune…

Tiens, voilà pour toi, petite impertinente !

Alors que je me cambrai pour accueillir la fessée, Alain me pénétra de tout son long, d’un seul coup de reins. Sous l’effet de la surprise, je relevai la tête et ma bouche s’ouvrit. Catherine en profita pour me rouler une pelle.

– Ô pute vierge, elles se gouinent encore !

D’une voix féline, terriblement sensuelle, Catherine demanda « Y’en a que ça dérange ? » avant de détacher le bandeau qui me masquait la vue. Qu’elle était rayonnante ! Nos regards se croisèrent, elle me sourit, nous nous comprîmes sans avoir à parler. Elle s’approcha de moi, je me redressai un peu, la queue énorme d’Alain toujours en moi et dégrafai un à un les boutons de sa robe, libérant ainsi sa magnifique poitrine opulente que j’aimais tant. Je léchai un de ses seins, caressai sa joue avant de demander à mon tour « Y’en a que ça dérange ? »

– Les diablesses ! Vé… elles me refont bander !

Christian exhibait son sexe gonflé, il rayonnait de bonheur. Le Balafré corrigea son propos

Plus qu’à des diablesses, nous avons affaire à deux déesses… les déesses de l’amour…

Il lança les dés et annonça « nénette ! ». Je ne sais pas si tu connais les règles du 4 21, «nénette » c’est le plus petit nombre de points qu’un joueur puisse faire 2,2,1. En l’annonçant, le Balafré reconnaissait sa défaite, Christian s’approcha de Catherine, souleva sa robe déjà déboutonnée et constata, ravi, qu’un homme avait déjà joui en elle, puis, se ravisant « ou peut-être deux ? Où préfères-tu que je te prenne, belle Cathy ? » La réponse collective fusa « Dans le cul ! ». Catherine resplendissait, heureuse de nous savoir enchantés qu’on l’aime pour ce qu’elle était, une femme à l’appétit sexuel insatiable, une femme qui prenait plaisir à en offrir. Elle m’embrassa amoureusement, nous étions semblables, mais nous ne fûmes jamais rivales, nous nous aimions avec naturel et simplicité, avec une évidence que nous n’avons jamais cherché à qualifier, à expliquer.

Oh oui, Christian ! Comme ça… !

Puis, me regardant

Il encule vraiment bien, ton mari !

– Le tien aussi… quand il daigne honorer mon cul… !

Té, Monique ! S’il n’y a que ça pour te faire plaisir…

Je sentis son doigt sur mon petit trou, comme si du pouce, il voulait en éprouver la souplesse. Il se retira presqu’à regret de ma chatte et me prit les fesses. Malgré la taille monstrueuse de sa queue, il savait s’y prendre pour que ce ne soit jamais douloureux. J’avais fermé les yeux pour mieux profiter de cette sensation et quand je les rouvris, je fis signe au Balafré d’approcher. Nous le suçâmes tout en continuant à nous embrasser à la salope.Dessin_1443

Ô pute vierge ! Elles me font venir ! Je viens… ! Je viens !

Alain voulut se retirer, mais je le supplai

Non ! Pour une fois, je veux tout dans mon cul ! Tout rien que pour m… ooohhh… c’est si bon quand tu… ooohhh…

Pour me faire taire, mon mari attrapa la queue du Balafré et me l’enfonça dans la bouche. Catherine criait son plaisir, encourageant Christian, le félicitant « Comme tu m’encules bien, Christian ! Au plus tu me baises… aaahhh… au plus… ooohhh… tu me fais jouir ! ». Quand Alain se retira, il écarta mes fesses pour que ses comparses puissent admirer « son oeuvre ». Le Balafré toucha mon anus d’une caresse légère, ce qui me fit jouir. Mon orgasme déclencha le sien, suivi de peu par celui de Christian.

Nous étions tous les cinq repus de plaisir. J’ai toujours aimé ces moments post-orgiaques, comme les nommait le Notaire, ces moments où nous nous affalions dans les bras des uns les autres, où nos caresses et nos baisers n’avaient pour toute fonction que de nous apaiser… Je demandai à Catherine s’ils voulaient partager notre repas.

Tu as vu l’heure, Monique ? Non, nous avons déjà dîné ! Nous sommes venus pour vous dire que nous ne serons pas là ce week-end…

Elle regarda Alain avec un amour infini.

Parce que mon mari m’offre un week-end romantique, rien que tous les deux en amoureux pour mon anniversaire !

Nous les félicitâmes. J’aidai Catherine à se rhabiller, caressant sa poitrine si excitante, je l’embrassai et lui souhaitai en avance un joyeux anniversaire. Quand ils sortirent de la maison, Christian ouvrit la fenêtre et leur cria « À dimanche soir, alors ! », puis se retournant, il demanda au Balafré

Que fais-tu ce soir après dîner ?

Sur le même ton, tout en me désignant, il lui répondit

J’aurais tant aimé bien l’enculer… !

Et arriva enfin le moment où Le Balafré demanda à Monique d’exaucer son vœu

Chroniques matrimoniales – Sous l’objectif

Le photographe installait son matériel, réglait ses éclairages. Je notai avec amusement la bosse capricieuse dans son pantalon. Elle était apparente, puis semblait disparaître dans les plis du tissu avant de le tendre à nouveau. Le Balafré m’observait avec la gourmandise d’un chat devant une jatte de crème.

Je voulais me déshabiller rapidement, mais il me demanda de ne rien en faire. Voulais-je jouer le jeu et m’effeuiller devant l’objectif ? À ma question « S’agit-il là de ton voeu ? » Il répondit par un éclat de rire « Certainement pas ! » Je fis semblant d’être mécontente de sa réponse, mais j’y mis une telle mauvaise foi, qu’il ne fut pas dupe, ne serait-ce une seconde.

Quand son matériel fut enfin installé, le photographe me demanda de m’effeuiller au ralenti. Je devais décomposer chacun de mes gestes, j’aimais ses commentaires et ceux du Balafré. J’aimais qu’ils apprécient et encouragent mes mimiques et attitudes « Pure, candide et salope à la fois ». Je ne portai aucune lingerie, aucun sous-vêtement, ce qui les déçut un peu. Je demandai au Balafré de m’imiter et de se dévêtir devant l’objectif, ce qu’il refusa fermement. Le photographe soutenait le même point de vue, ce qui me mit assez en colère.

D’une main ferme, je déboutonnai le jean du Balafré, le débraguettai et dans un même mouvement, le baissai ainsi que son slip. Je désignai son sexe et m’exclamai « Vous pensez vraiment que ce n’est pas sexy aux yeux d’une femme ? ! »

D’abord surpris de ma soudaine virulence, je parvins sans grande difficulté à les rallier à mon point de vue. Le Balafré consentit à un effeuillage, à l’unique condition que je ne le lâche pas du regard. Son trouble me troublait. Je l’exhortai « Excite-moi ! Excite-moi comme tu en as toujours rêvé ! Excite-moi comme si j’étais la femme de ta vie et ce que soit l’unique moyen de me conquérir ! ». Ma dernière injonction l’aiguillonna plus que je ne l’aurais imaginé. Comme si mes mots l’avaient plongé dans un état second, il oublia toutes ses craintes, toute sa timidité, toute pudeur. Ses yeux plantés dans les miens, mes yeux plantés dans les siens, nous oubliâmes pendant un instant, la présence du photographe. Nous nous faisions déjà l’amour alors que nos corps étaient distants de plusieurs mètres.

J’aimais observer le tremblement de ses mains. J’avais remonté sa fermeture Éclair, mais dans ma hâte de le regarder faire, j’avais oublié de rattacher l’unique bouton à la ceinture. Je me plaçai à la gauche de notre complice pour mieux l’admirer. D’un geste sensuel, mais néanmoins brutal, il écarta les deux pans de tissu, ce qui fit descendre la fermeture Éclair d’un coup. Je hochai la tête pour lui signifier ma désapprobation, revins vers lui, lui remontai sa braguette, agrafai le bouton. Avant de reprendre ma place, je lui murmurai « Laisse-toi guider ! Laisse-toi faire ! Laisse-moi faire ! »

Il s’accrocha à mon regard et sans un mot, sans un geste, je parvins à lui montrer comment faire. Il déboutonna lentement sa ceinture, titilla le bout métallique de sa fermeture Éclair, qu’il ouvrit au ralenti, presque cran à cran, il écarta d’abord le pan droit de son pantalon, puis le gauche. Je ne me souviens plus s’il dansait, s’il ondulait déjà…

Quand les deux pans furent écartés, je lus la détresse dans son regard, dans ce léger sursaut des sourcils. Je m’approchai de lui, suivie de près par le photographe, m’agenouillai et lui descendis le pantalon en prenant mon air le plus salope. Le photographe en aurait pour son argent, mais surtout, surtout je ne voulais pas qu’ils puissent remarquer le trouble qui me submergeait depuis peu, depuis ce strip-tease télécommandé du regard.

Le Balafré sursauta, mais il me sembla qu’il avait compris la raison de ce changement d’attitude. Quand il fut totalement nu, nous demandâmes à l’imprimeur ce qu’il lui plairait de photographier.

Tout d’abord ta chatte offerte et puis vous deux quand vous…

J’étais d’accord pour m’exhiber devant son objectif, je trouvais l’idée super excitante. Oh oui ! J’avais vraiment envie d’être au-delà de l’impudeur ! Quand j’y repense, 42 ans plus tard, je me sens envahie par cette boule de feu, ce désir fou de montrer au monde entier celle que j’étais ! La réaction du Balafré me surprit un peu.

Pour cette première séance, je voudrais que tu photographies son visage, son regard quand je la baise, quand elle jouit…

Quelle idée merveilleuse ! Je souris en réalisant que pour le Balafré, cette séance serait suivie d’autres… J’en étais tellement heureuse !

– Et toi, Monique, qu’est-ce que tu veux ?

– Offrir ma chatte à son objectif… j’aime bien l’idée ! Mais j’aime encore mieux la tienne, celle de photographier mon visage, mes yeux… parce que je ne les ai jamais vus quand je jouis… j’aimerais bien savoir à quoi je ressemble… même si je me doute que je dois être super jolie, vue l’ardeur que nous mettez tous à me faire jouir !

Le photographe était muet de stupéfaction, les yeux écarquillés, la mâchoire pendante, le Balafré éclata de rire et me traita de coquine.

Je m’allongeai sur la table installée à la hâte dans le studio photo, les fesses à demi dans le vide, les jambes écartées, je me livrais davantage à chaque « clic-clac » de l’appareil photo. Bon sang ! Que j’aimais cette sensation ! J’écartais un peu plus mes cuisses, comme le Balafré me le demandait, j’écartais mes lèvres, dévoilant tous les trésors de ma vulve, je sentais mes doigts glisser dans mes replis doux et humides…

– Vous arrivez à voir comme je mouille ?

Pour toute réponse, le photographe déglutit bruyamment, le Balafré marmonna un « oui » dans un grognement animal et terriblement excitant.

– Parce que je ne savais pas si c’était visible…

T’inquiète, Monique ! C’est à peu près aussi visible que ça…

En disant ces mots, le Balafré caressa sa longue cicatrice brune avec l’ongle de son index.

– C’est pas du jeu !

Qu’est-ce qui n’est « pas du jeu » ?

Quand tu fais ça… tu me rends folle !

Parce que tu ne nous rends pas fous, toi ? !

Le photographe se retourna et partit chercher un autre appareil. J’aimais écouter ce bruit particulier d’une pellicule qu’on rembobine. Je m’étais assise et souriais, je me sentais tellement bien, à l’aise, dans mon élément ! Au bon endroit, au bon moment. Le Balafré s’assit à mes côtés, passa sa main dans mes cheveux, me demanda « Je peux ? » avant de m’embrasser passionnément. J’aurais pu m’évanouir de bonheur… Nos lèvres, nos langues, nos salives, nos peaux, nos mains, tout ce qui nous constituait s’assemblait à la perfection.

Je n’eus pas le temps de me demander s’il en avait lui aussi conscience, qu’il me dit « Tu repousses les limites du bonheur » avant d’ajouter « À chaque fois, je crois avoir atteint le plaisir parfait et la fois suivante, tu m’en offres davantage… »

Le photographe était face à moi, pourtant, je ne l’avais pas vu revenir. La séance photo avait été improvisée, il ne pouvait pas y consacrer autant de temps qu’il l’aurait souhaité. À sa demande, nous accélérâmes le mouvement.

546ca3ca38d7ac80981797ecd4f468b8Je m’allongeai pour la seconde fois sur cette table, écartai les jambes, à la demande du Balafré, posai mes chevilles sur ses épaules. Il rappela la consigne au photographe « Que ses yeux et son visage » avant de me pénétrer.

Que j’aimais cette sensation ! Sentir mon sexe s’ouvrir pour accueillir le sien ! Je me concentrais pour ne pas perdre une miette de ces frémissements, pour garder en mémoire cette lente pénétration et la mélodie du souffle du Balafré.

À quoi penses-tu, Monique ?

En fait… je ne sens pas ta cicatrice… en fait…

Il éclata de rire en m’ébouriffant les cheveux. J’eus l’impression d’avoir déjà vécu cette scène, mais dans une autre vie. Je me gardai bien de le lui dire, par crainte de gâcher la magie de cet instant. Le photographe tournait autour de la table, se plaignant du manque de moyens, de la lumière qui ne lui convenait pas, « si j’avais su… ! »

Je voulus lui répondre d’un ton léger que ce n’était rien, qu’on reviendrait vite pour d’autres séances, mais ma voix trahit mon excitation, le plaisir que je prenais. Le Balafré se fit plus directif quant à la façon de me photographier. Il savait exactement ce qu’il voulait voir fixé sur le papier, comme s’il vivait enfin la scène dont il avait rêvé toute sa vie.

J’aimais ses longs va-et-vient, assez rapides, très profonds… j’aimais l’art avec lequel il me maintenait si haut dans le plaisir… Il savait précisément où j’en étais et avait compris que je lui laissais le rôle du maître du jeu… pour cette partie tout du moins !

Ne rate pas son regard quand elle jouira ! Je compte sur toi !

En 1975, les appareils photo n’avaient pas le mode « rafale » comme ceux que tu connais, je ne sais même pas si ceux avec un moteur existaient déjà… Mais quand bien même auraient-ils existé, celui-ci n’en était pas pourvu. Le photographe ne pouvait compter que sur son intuition, sa chance et sa rapidité pour faire avancer le négatif à l’intérieur de son appareil. Il s’en plaignit.

Comment être sûr que…

Je tournai un peu la tête vers lui, le débraguettai, extirpai son sexe dur dont le gland perlait déjà, avant le sucer goulûment.

Excellente idée, Monique ! Il n’hésitera pas !

J’entendis le photographe déglutir avec difficulté, je remarquai l’objectif qui tremblait, bougeait dans tous les sens… un juron, puis « Je n’arrive… même pas… outch ! à voir si… … hmmm… mise… au point… mais… que tu suces bien ! Oh oui ! Comme… »

Le Balafré lui rappela sèchement ce qu’on attendait de lui, je lui souris autant que je pouvais le faire avec cette queue dans ma bouche. Il me sourit en retour, me fit un clin d’oeil « Tiens-toi prêt ! Elle ne va pas tarder à jouir ! »

Tout en allant et venant, il écarta mes lèvres d’une main, faisant jaillir mon clito… Oui ! En le découvrant ainsi, j’eus la sensation qu’il faisait jaillir mon clito comme un diable sort de sa boîte… Il répéta « Tiens-toi prêt ! » et, alors que je m’attendais à la caresse de son pouce, il me souleva à peine, se pencha davantage et souffla doucement dessus. Mon ectoplasme bondit hors de moi, se heurta au plafond avant de réintégrer mon corps en une fraction de seconde. Je n’eus pas le temps d’observer la scène, entendis comme assourdi, le « clic-clac », un juron avant de sentir le sperme du photographe couler dans ma gorge.

Elle suce toujours comme ça quand elle jouit ?

Toujours !

Enivrés de plaisir, nous riions comme trois gamins facétieux. Le photographe retourna à sa boutique, le Balafré passa un doigt interrogateur sur mon front.

Pourquoi cette ride de contrariété, Monique ?

Tu n’as même pas joui…

– La journée ne fait que commencer, Monique !

Peut-être, mais mon car passera dans moins d’une heure…

Nous étions rhabillés, il me prit dans ses bras et me chuchota

Si je te promets de jouir en toi, tu m’autoriserais à te raccompagner dans ma toute petite auto ?

Ton amour de Torpédo ?

Nous nous figeâmes, comme foudroyés. Pourquoi ce refrain que Pierrot et Rosalie entonnaient parfois quand j’étais petite, quand je ne connaissais d’eux que Papé et Bonne-Maman, m’était venu à l’esprit ? Et pourquoi le Balafré semblait aussi stupéfait ? Nous repassâmes par la boutique pour convenir d’une nouvelle séance photo.

Vous pouvez venir quand ?

Je peux venir tous les soirs, les samedis après-midi, les dimanches et les mercredis… et toi ?

Pareil !

Tu as aussi congé le mercredi ? !

J’ai aussi congé le mercredi !

Quelle coïncidence ! Et comment ça se fait ?

Pour la même raison que toi !

Je n’en revenais pas, mais je n’étais pas certaine d’avoir bien compris.

Tu… tu… tu es « dame de service » ? !

Le photographe éclata de rire.

Tu ne sais pas ?

Presque, Monique ! Je suis instituteur !

Je le regardai, épatée. Aujourd’hui encore, j’ignore pourquoi je dis, sur ce ton précis « Maître d’école… ! Mazette ! » Ils rirent encore plus fort et de bon coeur. Nous prîmes rendez-vous et je sortis aux côtés du Balafré, en le regardant d’une façon qui l’amusa beaucoup.

Ne me regarde pas comme ça, Monique ! Je ne suis pas Haby !

T’es p’tète pas Haby, mais t’es… maître d’école !

– Tu as raison ! Je suis maître d’école… mazette !

Nous riions, complices, nous bousculant à coups de hanches, à coups d’épaules, comme deux vieux potes, nous ne nous étions pas concertés, mais il enseignait dans une petite ville de province, mon alliance étincelait à mon annulaire. D’instinct nous connaissions par coeur la partition que nous devions jouer en public, si nous voulions garder secrète la nature de notre relation. Nous la connaissions par coeur, mais c’était la première fois que nous l’éxécutions.

Le Balafré haussa le ton pour me proposer de me raccompagner chez moi.

– Tu n’auras pas à faire le trajet en autocar…

Il s’était chargé de l’antienne, je m’occupai du répons…

Quelle bonne idée ! Christian sera si content de te voir ! Tu dîneras avec nous ?

Si ça ne vous ennuie pas…

Si ça devait nous ennuyer, je ne te l’aurais pas proposé, mon cher !

Je claquais déjà ma portière quand je donnai ma dernière réplique. Peu avant de sortir de la ville, maintenant que personne ne pouvait nous entendre, je lui demandai

On fait quoi ?

Le Balafré haussa les sourcils d’un air lubrique.

Oui… mais où ? Chez moi ? À la crique ? Au château ? Non… il est trop tôt pour le château… Où as-tu envie de me baiser ? De jouir en moi, avec moi ?

Chez toi, mais…

Mais ?

Je voudrais que Christian soit présent…

Mais il ne rentrera pas avant…

Je calculai mentalement le nombre d’heures qui nous séparaient de son retour.

En attendant, on pourrait se promener… faire un tour en voiture… parler un peu… Ça te contrarie, on dirait…

Au contraire ! Mais je pensais… je ne pensais pas que tu en avais envie…

Je m’interrompis, sursautai, surprise de l’évidence avec laquelle l’idée venait de s’imposer à moi.

Et si on allait papoter avec Rosalie ? Parce que je voudrais bien savoir qui tu crois avoir reconnu…

Le visage du Balafré s’illumina

Ah Monique, si tu n’étais pas déjà mariée avec Christian…

Tu me proposerais de coucher avec toi ?

– Ton insolence me perdra, Monique !

Me perdra, tu veux dire…

Non ! Me perdra…

Son regard se noya dans la route qui s’étirait devant nous.

Comme l’écrivait Beaumarchais « Tout finit par des chansons »

Chroniques matrimoniales – La belle alanguie

Sculpture d’Yves Pirès

Lors d’une visite que Christian et moi fîmes à Valentino et Rosalie, elle évoqua un jeu qui « l’émoustillait de fort belle manière » quand elle avait mon âge. J’étais captivée par son récit et je sus dès les premiers mots que je m’en offrirai une partie dès que pos­sible. J’eus à peine le temps de me demander comment Valentino vivait ce récit, qu’il s’exclama

Quand une femme a tout à la fois ce courage, cette inconscience, cette légèreté, cette insouciance, cette liberté, comme ne pas être fou d’amour pour elle ?

Il l’avait ensuite regardée avant de poursuivre dans un grand sourire

Et si, en plus, c’est la plus belle des femmes…

Les joues de Rosalie avaient rosi. Qu’ils étaient beaux !

Sur le chemin du retour, Christian et moi souriions en silence. La météo était capri­cieuse en ce mois d’octobre 1975, mais bien que la matinée fut fraîche, l’après-midi de ce dimanche s’annonçait assez clémente pour que je me rende avec Christian « un mois pile après notre mariage » à la crique, là même où ma grand-mère s’était ainsi allon­gée, vêtue d’un délicat déshabillé de soie et de dentelle que Marie-Louise, son amie de la haute, lui avait offert. Comme mon grand-père, son Pierrot, l’avait fait, Christian déroula un matelas grossier pour ne pas prendre le risque d’abîmer le tissu fragile. Il me banda les yeux, m’embrassa dans le cou, sur la bouche, à nouveau le cou, la joue, le lobe de mon oreille, me chuchota « amuse-toi bien ! » et s’en alla.

Je me couchai sur le flanc. Les questions tournaient dans ma tête comme les boules du Loto. Combien de temps devrais-je attendre ? Qui viendra me baiser ? Combien seront-ils ? Y aura-t-il des spectateurs ? Si oui, Christian sera-t-il parmi eux ?

J’avais perdu toute notion du temps quand il me sembla entendre des bruits de pas. Je sursautai, attentive, mais fus incapable de déterminer si c’était le pas d’un homme ou ceux de plusieurs. Je me demandais même si je n’avais pas rêvé ce léger craque­ment sec quand je sentis le tissu de mon déshabillé se soulever et une main remonter lentement le long de ma cuisse.

À qui appartenait cette main ? Je ne parvenais même pas à savoir si elle était massive ou délicate, si les doigts étaient trapus ou effilés ! Tout ce que je savais, c’est que sa caresse m’électrisait. Je décidai de ne pas gâcher mes sensations en cherchant à mettre un nom sur cet inconnu, mais de me laisser aller, de m’abandonner au plaisir.

Quand je racontai cette première fois à Rosalie et à Nathalie, elles me dirent que c’est aussi le choix qu’elles avaient fait un demi-siècle plus tôt et m’affirmèrent que le plaisir en était plus grand, l’abandon plus total.

Je me laissais guider par ces picotements qui hérissaient mes poils. Je repliai ma jambe, faisant remonter lentement mon genou vers ma poitrine, puis l’écartai, la soulevai, l’écartai davantage, avec la grâce d’une danseuse. J’étais bouillante de désir, je voulais que ces mains inconnues m’écartèlent, m’ouvrent tout à fait, se montrent curieuses et impudiques. Il me sembla percevoir un cliquetis tout près de moi.

Je m’imaginai ainsi, exposée à l’objectif curieux d’un photographe lubrique. Alors, de mes doigts j’écartai les lèvres de mon sexe, le livrant ainsi totalement à la vue, il était chaud, humide. À chaque « clic ! » je m’offrais davantage. Je sentis un gland me péné­trer, dans cette position que Rosalie et Nathalie nommaient « la belle alanguie », cette queue prenait possession de mon sexe qui ne demandait rien d’autre. Je sentis une main prendre la mienne et la poser sur mon pubis. Je me caressais au rythme des va-et-vient de cet homme. Sa main caressait mon ventre tandis que l’autre titillait mon mamelon.

Je me cambrai autant qu’il m’était possible de le faire, j’ondulais comme un serpent pour qu’il me pénètre plus encore, pour que nos deux corps n’en fassent plus qu’un. Je gémissais dans une plainte comme une prière « Encore… encore… plus fort… plus fort… encore… encore… » Mais cet homme ne semblait pas l’entendre. Son souffle régulier dans ma nuque, il prenait son temps, retirant ma main juste avant que je jouisse pour m’obliger à retenir mon orgasme.

Il me connaissait si bien ! Ce n’était pas Joseph dont le petit sexe n’aurait jamais pu me remplir ainsi. Ce ne pouvait être Alain, pour la raison inverse. L’homme était si­lencieux, ce n’était donc pas le Bavard, même si Rosalie m’avait conseillé de ne pas me fier à cette caractéristique des hommes de cette famille « si bavards, mais qui savent garder le silence quand cela s’avère nécessaire ». Je secouai ma tête comme on s’ébroue, pour me contraindre à ne pas chercher à savoir qui me baisait ainsi.

Reconnectée à mes sensations, je perçus à nouveau des cliquetis irréguliers et un or­gasme fulgurant me happa sans que je l’aie senti venir. Aussi paradoxal que ça puisse paraître, alors que je me concentrais sur mes sensations, cet orgasme me surprit. J’avais l’impression que mes tripes allaient sortir de ma bouche en même temps que mon cri.

Mon vagin palpitait encore autour de cette queue quand l’inconnu accéléra ses va-et-vient et s’enfonça HAN ! d’un coup de rein, pour jouir au plus profond de moi. Il se retira sans un mot. Encore quelques « clic ! » et je perçus les bruissements de vêtements qu’on ramasse, qu’on enfile à la hâte, le pan du déshabillé retrouva sa place initiale. Je ne suis pas certaine d’avoir entendu des bruits de pas.

Ainsi que nous l’avions décidé, je ne bougeai pas de ma place, gardai le bandeau sur mes yeux et attendis que Christian vienne me délivrer. Je m’assoupis, il me réveilla en dénouant le tissu qui m’avait rendue aveugle en me demandant d’une voix terrible­ment sexy si j’avais eu de la visite. Je me relevai, le bousculai pour le faire tomber sur ses fesses et pouvoir ainsi écarter mes cuisses, mes lèvres à hauteur de ses yeux.

Je ne sais pas… tu vois quelque chose ?

Son regard pétillait d’excitation lubrique, le bout de sa langue humectait ses lèvres avec une gourmandise rare.

Prends-moi !

Nous fîmes l’amour avec tendresse, avec rage, nos yeux hurlaient de plaisir. Quand nous nous décidâmes à rentrer au village, il retira délicatement mon déshabillé et me tendit « une robe décente ». Nous éclatâmes de rire en réalisant que la décence actuelle ne descendait pas plus bas que le haut de mes cuisses. Je cherchais du regard la culotte qu’il aurait dû m’apporter, mais Christian me dit « C’est plus bandant quand je te sais le cul à l’air ! »

Quelques jours plus tard, je trouvai une photo dans la poche de mon manteau, elle y avait été glissée la veille au soir, puisque nous avions profité de l’absence de Bonne-Maman pour organiser une partouze dans sa maison, ce qui offrait l’avantage de pouvoir nous servir du banc de prières et de contrition. Malheureusement pour ma curio­sité, les invités avaient été nombreux et je ne parvins pas à reconnaître la physiono­mie de ce bout de sexe qui pénétrait le mien sur ce cliché. Mais je vis immédiate­ment qu’il s’agissait d’un tirage professionnel…

En 1975, quand un laboratoire photo devait développer et tirer des clichés porno­graphiques, il était tenu de les refuser, voire de signaler le client aux autorités. Quel photographe aurait accepté une telle série ? Comme un flash, la réponse me vint à l’esprit. Je pensai à l’imprimeur qui s’était chargé de nos faire-part de mariage et avait même participé aux réjouissances de notre nuit de noces. Il y était venu avec ses ap­pareils photo, je me souvins qu’il tenait, attenant à son imprimerie, un petit magasin de photographe.

Le mercredi suivant, puisque je ne travaillais pas, je pris le car et me rendis dans la ville où il exerçait. J’entrai dans sa boutique, me dirigeai vers le comptoir, nous nous souriions, complices. Une maman prenait rendez-vous pour faire « la photo annuelle des enfants ». Quand elle sortit, je posai la photo sur le comptoir. Il la regarda attentive­ment, mais ne répondit pas à ma question. Il caressait la photo du regard, la scrutait sous tous les angles avec une excitation qu’il ne cherchait pas à dissimuler. Notre conversation ressemblait à un dialogue de sourds, mais j’y prenais un plaisir fou.

Qui vous a déposé ça ?

Oh ! Quelle belle prise de vue !

Qui vous a remis la pellicule ?

Oh ! Regardez… si l’on observe bien…

Je n’arrive pas à savoir qui…

Quel heureux homme ! Regardez la délicatesse…

Ne me faites pas languir ! C’est vous qui avez fait ces photos ?

… la délicatesse de ce sexe qui s’ouvre… Hélas, non ! Je n’y étais pas…

Il caressait la photo du bout de l’index et déglutissait bruyamment. Je posai ma main sur la sienne, plantai mes yeux dans les siens, me penchai par-dessus le comptoir pour lui demander de ma voix la plus féline, la plus sexy, s’il bandait dur en me ma­tant ainsi. Il libéra sa main, prit un ton professionnel.

Je vais consulter mes registres pour retrouver la trace de cette commande

Il se retourna et partit dans l’arrière-boutique. Je sursautai en entendant tinter la clo­chette de la porte. Un client était entré et s’approchait dans mon dos. Je n’eus que le temps de poser ma main sur la photo pour la dissimuler à sa vue. Je savais que si je me retournais, ce client lirait mon trouble sur mon visage. Il était tout près de moi quand il me dit

Quand tu te penches ainsi, mets au moins une culotte, Monique ! Sinon, tu vas tous nous rendre fous de désir !

En disant ces mots, le Balafré glissa la tranche de sa main entre mes cuisses.

C’était toi ? !

Tu es déçue ?

Tu sais bien que non !

L’imprimeur revint, un vieux registre à la main et le sourire aux lèvres.

Que puis-je faire pour ces messieurs-dames ?

Je me dirigeai vers la porte de la boutique, tirai le verrou, retournai le panonceau qui indiqua dès lors que le magasin était fermé, revins vers le comptoir et répondis à sa question.

Une séance photo, par exemple… !

Le Balafré marmonna un juron enthousiaste. Il ne travaillait pas ce jour-là. Nous sui­vîmes l’imprimeur dans son studio photo.

Le Balafré et Monique se dévoilent sous l’objectif du photographe