La nouvelle vie d’Odette – Blanche-Minette se cache pour sourire

– Blanche-Minette se cache pour sourire, on dirait…

– Oh, j’adore ta formule ! C’est parce que…

Je regardai Marcel dans les yeux, son sourire coquin me donna l’envie de le faire marner un peu. Feignant d’oublier qu’il m’avait posé une question, je repris mon observation à l’abri des persiennes. Il se colla contre mon dos.

– Ho, Blanche-Minette, dis-moi ce qu’il y a de si drôle !

– Si tu veux tout savoir, il faut le demander à Blanche-Minette la marionnette !

– Boudiou, si c’est pas malheureux…! Tu ne vois donc en moi que l’amant esseptionnel ?! Ne vois-tu pas le pauvre hère au cœur pur, innocent comme l’agneau qui vient de naître ? Mais s’il me faut en passer par là… vaï, je me sacrifie, mais c’est bien parce que tu l’exiges, sinon… Ho, put… ta culotte est déjà trempée !

– Oui, mais ça tu ne peux pas me le reprocher. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. C’est de ta faute ! Rien que de penser à tes mains, à tes doigts, à ce qu’ils me feront… Tout est de ta faute !

– À ce point ?!

– Ne joue pas les innocents avec moi, tu sais bien que tu nous fais toutes jouir comme des chiennes et qu’on adore ça !

– Pauvre de moi !

Marcel glissa sa main dans ma culotte pour la sentir sur le dos de sa main. Il se colla davantage contre mon dos. Je sentais son souffle taurin sur ma nuque. Ses doigts me fouillaient parfois à la limite de la brutalité, le plus souvent avec beaucoup de délicatesse, comme s’il voulait moduler le son de ma voix de marionnette. J’adore quand nous jouons ainsi.

– J’ai demandé à Socrates quand il avait pris la décision de proposer à Roweena de vivre avec lui… ooh… c’est bon quand tu… oh oui… comme ça… Et pourquoi il en avait eu l’envie… Arrête, tu vas me faire jouir !

– Et alors ? T’as droit qu’à un orgasme par jour désormais ? C’est ta résolution de 2020 ou quoi ?

– Oooohhh… !

– Ô pute… tu me fais bander comme un âne… mieux qu’un âne ! Si fort que j’ai l’envie de te fourrer de partout, mais d’abord, finis ton his… ô pute… quand en plus je sens tes tétons bandés, tout couverts de chair de poule… c’est encore plus pire, diablesse !

– C’est toi le dé… ooohh… mon… ooohh… !

– Boudiou, raconte-moi la suite, sinon quand je te fourrerai à la fin de ton histoire, ton minou sera si trempé que je serai obligé de mettre un masque et un tuba à mon membre pour qu’il ne se noie pas ! Et rigole pas, capoune, té ! T’as vu, ils nous ont presque repérés avec tout le boucan que tu nous fais !

– Je lui ai demandé…

– Ça, tu l’as déjà dit, qu’est-ce qu’il t’a répondu ?

– Qu’avant même d’avoir… hmm… c’est bon… divorcé, avant même de s’être séparé de sa femme… oh oui ! T’es un dieu, Marcel… le Dieu des marionnettistes ! Il faisait des rêves érotiques et se branlait au réveil… ooohh… en pensant à ce qu’il avait fait à cette… oh… oui… ooh… ! À cette inconnue dont il… ooh… ne se rappelait que… que… que la respiration et la douceur de sa peau… de ses caresses… Prépare ton attirail de… ooh… plongée ooh… Mar… tu… ooh… tu sens… ooh… comme… ? Oh putain, c’que c’est bon !

Des gazouillis électriques me parcouraient le corps de la plante des pieds à la nuque. Je sentais les tressautements de mes muscles et je savais qu’il les sentait aussi. Je me dégageais un peu de son étreinte pour me retourner et face à lui, l’embrasser. J’avais envie de sentir sa grosse langue épaisse, rugueuse et pleine de bave envahir ma bouche. Marcel embrasse comme un porc, mais bon sang ce que j’aime comme il le fait ! Il en profitait pour triturer mes fesses, pour frotter son corps contre le mien. Il ne mentait pas quand il s’était comparé à un âne. Il glissa à nouveau ses gros doigts velus dans ma chatte. Je me retournai et poursuivis mon récit.

– Quand nous avons traversé l’Atlantique à bord de ce bateau… ooh… oui… comme ça… que Red est devenue Roweena reine des pirates… il lui est arrivé… ooh… de partager sa couche… certaines nuits… Dès la première… quand… ooohh… oooOoohh… quand il s’est réveillé… il a reconnu… hmm… c’est bon… il a reconnu le souffle qui hantait ses rêves… il se branlait au même rythme… son autre main s’est posée sur la cuisse de Roweena… et il a su que c’était elle. La femme de ses rêves… la femme de… ooohh… de sa vie… Mais il n’osait pas le lui dire… parce qu’il… ooh… parce qu’il est plus jeune qu’elle de dix ans… et…

– Et ?

– J’ai envie que tu me défonces le cul, Marcel. Tu voudrais bien ?

– Bé, quand c’est demandé si gentiment… !

– Et… il y a cette histoire de religion… à la base, ils n’ont pas la même et tu sais qu’en Irlande… en plus, il est athée… tu vois ? Plus il rencontrait Roweena, plus il… ooh… il savait qu’elle était, la seule… ooh… l’unique… celle avec laquelle il voulait… hmm… vieillir… Il a fallu leur voyage en Provence, le vol du retour… ooh… pour qu’il ose le lui dire…

– Et c’est ça qui te faisait rire, capoune ?

– Non ! Ça c’est le contexte… Si tu veux savoir la suite…

– J’ai compris… pauvre de moi ! Mais je peux quand même continuer avec mes doigts ? Té, t’es comme ma douce Mireille ! T’as la culotte magique, assez souple pour qu’on la laisse… Et pis non, je m’en vais te la retirer quand même et me la garder dans la poche ! Comme ça… si elle la voit, et elle remarque toujours tout, je serai obligé de lui raconter comment elle est arrivée là et…

– Elle ne comprendra rien à tes esplications et que tu seras obligé de lui faire hmm… la démonstration !

– Tout juste, Auguste ! Té « comme dans du beurre », t’as vu ?

– …

– Blanche-Minette ?

– …

– T’as perdu la parole ?

– Attends… je profite… c’est si bon… oh Marcel… c’est si bon… !

– Alors, j’ai droit à la fin de l’histoire ?

– Oui. Laisse-moi revenir du Paradis… parce que tu m’encules comme un Dieu… oh putain, Marcel, c’que j’aime quand tu me fais ça ! Oooh oui ! Socrates me racontait ça quand Jim est arrivé… il l’écoutait et l’approuvait de la tête… Oooooh… tu t’es enfoncé jusqu’aux couilles !

– Et c’est trop ?

– Non ! Oh que non !

– Boudiou ! Tu t’y connais pour me redonner la vigueur de mes vingt ans… Tu sens comme je suis dur ?

– Oooh… oui… encore… oui… comme ça… ooh… vas-y plus fort !

– Allez, finis ton histoire qu’on baise sérieusement !

– Jim a commencé à parler… à expliquer à Socrates… ooh… ce qui dans son histoire ressemblait à la… ooh oui… fort comme ça ! Ressemblait à la sienne… Mais souvent… oooh… souvent… oh oui… mais souvent, il avait oublié les mots en anglais et… ooh… ceux qui lui venaient naturellement étaient en provençal… C’est ça qui me… ooh… faisait sourire…

– Brave petit… ça ne m’étonne pas de lui ! Brave petit… Té, mets-toi à quatre pattes qu’on se cache derrière le gros pot !

– Et pourquoi donc veux-tu te cacher ? T’as honte ou quoi ?

– Té non, ma nine, c’est que… vé… regarde par là-bas… notre descendance !

Nous pouvions voir, au loin, Émilie et Vincent s’approcher du mas en nous cherchant du regard. À chacun de mes éclairs de plaisir, Émilie sursautait, foudroyée par une sensation similaire. Ils souriaient. Vincent portait la main à son sexe, la glissait dans sa poche. Ils se séparèrent pour augmenter leurs chances de nous trouver ce qui rendait leur perception de nos sensations plus flagrante encore.

Le rire et le plaisir sont les fruits de l’amitié.
Edward Young ; Les nuits

La nouvelle vie d’Odette – Jour de l’an

Linus, dépité, regardait la bouteille dont il ne restait que l’ombre d’un fond. Usant de tous ses charmes, il me demanda si je pouvais lui en préparer une autre qu’il rapporterait en Irlande.

– Hélas, il ne s’agit pas d’un cocktail, la préparation de ce breuvage nécessite un certain temps… Si j’en lançais une aujourd’hui, tu ne pourrais pas la boire avant quarante-quatre jours, soit à peu près…

– Pour la Saint-Valentin ! Oh, Linus, tu es si romantique !

Sidérée, je regardais Roweena, qui prenait un malin plaisir à taquiner son compatriote.

– Dis donc, tu calcules l’intervalle entre deux dates avec une précision diabolique !

– Diabolique, je ne sais pas, mais avec précision, oui ! Ça doit être mon don…

Jimmy et Socrates nous avaient rejoints. Je souris en le voyant caresser Roweena du ventre jusqu’aux joues et lui susurrer « Un de tes nombreux merveilleux dons ». Linus hocha la tête, bougonna « Et c’est moi qu’on traite de romantique ! » ce qui fit rougir son ami, qui s’éclaircit la voix pour demander le programme du jour.

– La préparation de ton nectar est-elle secrète ou accepterais-tu de nous en dévoiler la recette ?

– Elle n’a rien de secret, mais pour la réaliser, il faut certains ingrédients, dont de l’alcool et…

Je désignai les bouteilles vides sur la table. Jimmy fronça les sourcils en me reprochant de donner une mauvaise image de notre pays. Depuis quand ne peut-on plus trouver de l’alcool en France ?! Y compris et surtout un premier de l’an ?! C’est ainsi que nous nous décidâmes à aller en ville pour en acheter. Sur le chemin du retour, nous avions fait un détour pour récupérer de grands bocaux chez Mireille. Quand nous arrivâmes au mas, elle nous demanda s’ils convenaient, Marcel était à ses côtés.

– C’est à ça qu’on voit la différence entre nos douces provençales et ces créatures du Nord, ma Mireille. À vous, c’est les ateliers confitures que vous organisez, tandis qu’à ces diablesses, c’est tout de suite la picole…

– Tu fais bien de la ramener, Marcel ! Parce que je te ferai remarquer que vous autres, les provençaux vous vous contentez de les boire, nos breuvages du Nord ! Tandis que nous, on vous les prépare !

Je tournai les talons avant qu’il ait eu le temps de répliquer et m’accordai ainsi ma première victoire de l’année dans nos joutes verbales.

J’avais disposé les ingrédients, le matériel sur la grande table de la cuisine. Je leur expliquai comment réaliser cette recette simplissime et lorsque j’évoquai le seul point délicat de l’opération, leur esprit steampunk fut comblé. Linus et Socrates surent immédiatement comment procéder pour maintenir l’orange en suspension au-dessus de l’alcool sans qu’elle ne le touche et parvenir néanmoins à fermer hermétiquement le bocal. J’étais épatée *.

– Et comment procède Petronilla ?

– Ben… Petronilla n’a jamais fait cette recette, mon cher. C’est Odette l’infirmière qui la concocte habituellement !

Je leur montrai donc comment je me débrouillais à l’aide de bandages, ce qui les amusa beaucoup. Ainsi que je leur avais expliqué plus tôt, il est possible de préparer cette recette avec différents alcools et puisque nous étions d’humeur expérimentale, chacun avait choisi celui qu’il préférait. Une fois remplis, les bocaux furent étiquetés avec soin et remisés dans une niche qui semblait avoir été creusée dans le mur pour les y accueillir.

Dès leur arrivée, j’avais remarqué qu’une relation particulière semblait s’être nouée entre Socrates et Roweena, mais prise dans le tourbillon des événements, je n’avais pas eu l’occasion de m’en entretenir avec elle. Quand nous fûmes seules, je lui posais les questions qui me brûlaient les lèvres. Quelle était sa vie depuis la Toussaint et son retour en Irlande ? Avait-elle pris une décision quant à son mariage ? Avait-elle accordé le pardon à son époux infidèle ? Elle éclata de rire et son regard se perdit dans le lointain, comme si elle se repassait un film.

– Aujourd’hui, je peux en rire, mais le voyage du retour fut très douloureux. Je savais bien que je n’avais d’autre choix que de retrouver cette morne vie quotidienne qui était la mienne. Pour plusieurs raisons. La première, même si elle peut te prêter à rire, c’est que je suis de confession catholique, ce qui m’interdit le divorce. La seconde, c’est que je ne travaille pas à temps-plein, je cumule des petits boulots, petits mais éreintants, qui ne me permettent pas de payer un loyer et de vivre seule. La troisième, ma famille, mes enfants qui compatissaient à mon infortune, mais n’auraient jamais admis que je quitte mon mari, leur père.

Quand l’avion a décollé, que le commandant nous a souhaité la bienvenue à bord et un bon vol, une bouffée désagréable m’a envahie. Je ne pouvais plus dire un mot et j’étais trop loin du hublot pour que mon regard puisse se perdre au-dessus des nuages. J’entendais Betsy parler avec Joseph et son « Alister chéri ». Ma gorge se nouait. J’ai vu la main de Socrates passer au-dessus de mes cuisses pour toucher le bras de Gideon assis près du hublot. Je compris ce que cela signifiait. Je fis non de la tête, ce n’était pas la peine qu’il me cède sa place, ça n’aurait rien changé. Et je me suis effondrée. Plus les larmes coulaient, plus la solution m’apparaissait évidente, mais plus elle se révélait irréalisable. Mes yeux coulaient encore quand Gideon maugréa « Qu’est-ce qui t’oblige à rentrer chez toi dès ce soir ? » Je n’avais toujours pas prononcé le moindre mot et il avait compris ce qui me hantait !

Où pourrais-je donc aller ? Pour toute réponse, Socrates leva trois doigts. « Tu peux rester au manoir autant qu’il te plaira. Profiter de la cabane de pêcheur de Gideon… ou bien alors chez moi, si tu n’es pas effrayée à l’idée de partager le toit et la vie d’un athée, divorcé et sans doute trop jeune pour te mériter ». Sa voix était… on aurait dit… comme une confession… Gideon interpella Linus, qui s’approcha de nos sièges, et lui dit en maugréant « Je crois que c’en est fini de Roweena reine des pirates, Socrates vient de lui faire sa demande ». Ça m’a fait comme un choc. J’ai serré les poings, un peu furieuse quand même. « Et si j’ai envie d’être encore un peu Roweena reine des pirates, qui me l’interdirait ?! » Socrates a caressé ma cuisse, m’a embrassée dans le cou. Là. Exactement là. « Certainement pas moi ! »

Elle prit une profonde inspiration, guettant ma réaction.

– Ouah ! Chouettes fiançailles !

– Mais… ?

– Quoi « Mais » ?

– J’ai l’impression que tu n’as pas dit le fond de ta pensée…

– C’est que je n’ose te demander de me raconter ta nuit de noces…

– C’est Princess Hope ou Petronilla qui veut le savoir ?

– Un peu les deux… choisis celle à qui tu veux la raconter !

– À Petronilla, je raconterais la soirée qui se déroula au manoir treize jours après notre retour. Je lui décrirais la magnifique robe dessinée et cousue par Betsy. Je lui décrirais aussi ce siège en forme de bateau coulissant et tournant sur un socle, un peu comme le cheval sur son carrousel. Je lui raconterais combien j’étais excitée de voir Betsy, Alister, Gideon et Linus prendre du plaisir avec leurs assistants masturbatoires tout en nous regardant prendre le nôtre. Je lui parlerais de l’âpre douceur du sexe dur, gonflé de désir de Socrates entrant et sortant dans la torride moiteur du mien. Je n’oublierais pas de lui décrire nos souffles, nos gémissements, nos cris de plaisir et les encouragements flatteurs de nos amis. Je lui dirais comment, après m’avoir vue jouir de Socrates, après m’avoir vue le faire jouir, Gideon me demanda de lui accorder mes faveurs. Comment j’ai accepté à condition que Linus nous accompagne en musique. Je lui raconterais comment, fourbue de plaisir, me pensant incapable de bouger, ne serait-ce que le petit doigt, d’avoir tant joui de Gideon, un éclat de rire de Linus, trinquant à cette noce si particulière, me précipita dans ses bras pour un troisième tour de manège… Oui, c’est ainsi que je raconterais cette soirée si je m’adressais à Petronilla.

Roweena me regarda, poussa un profond soupir, eut un sourire contrit, se leva, marcha droit vers Socrates, lui chuchota quelques mots à l’oreille. Il lui prit la taille, me regarda par-dessus son épaule, me sourit, l’embrassa tendrement, parut chercher quelque chose dans une des grandes poches de sa veste. Je fus distraite une fraction de seconde. Quand je les regardai à nouveau, Roweena marchait vers moi, d’un pas sûr et conquérant. Elle reprit sa place à mes côtés.

– Mais toi et moi savons très bien ce qu’en penserait Princess Hope, qu’elle ne se contenterait pas de mes pauvres mots… qu’elle exigerait du concret

Dans un grand éclat de rire, Roweena fit glisser vers moi une tablette dont l’écran s’anima d’une série de photos prises cette nuit-là.

Si les oiseaux se cachent pour mourir, Blanche-Minette le fait pour sourire :-)

*Et en ce jour de fête, je serais tentée d’ajouter « aux morilles ».

À la Saint-Sylvestre

La soirée du 31 décembre battait son plein. À l’issue de la séance de la Confrérie du Bouton d’Or, Jimmy et moi nous étions esquivés pour aller rejoindre nos amis irlandais dans la salle des spectacles où les gamins leur avaient offert une représentation exceptionnelle. Hasard du timing, elle venait de s’achever. Jimmy m’avait demandé de le suivre et de lui faire confiance. Il s’est précipité vers Betsy, l’air furibard.

– Je ne te félicite pas ! Je te présente Joseph et par ta faute, on va devoir se passer de lui !

Betsy écarquillait les yeux, cherchant à s’en expliquer.

– S’il n’y avait que ça, Jimmy… s’il n’y avait que ça… non seulement, il retourne en Irlande, mais à cause de cette… Betsy, notre Joseph est heureux comme je ne l’avais jamais connu heureux !

– Tu as bien raison, Princesse, on doit aussi lui reprocher ça, à Betsy !

– Vous m’avez fait peur, j’ai cru que…

– Non, non, non ! C’est pas fini, Betsy ! Notre Joseph, mon ami Joseph, mon ami depuis… tu n’étais même pas née qu’on était déjà amis, lui et moi… Mon ami est amoureux !

– Tu as raison, Jimmy, c’est impardonnable ! Il va falloir lui trouver une sanction à la hauteur de sa faute !

Betsy entra dans notre jeu. Elle mit ses mains sur ses joues, écarquilla davantage ses yeux et ouvrit une bouche en cœur.

– Oh, je vous en prie, ne soyez pas trop sévères… c’est la Saint-Sylvestre

– Si elle n’a pas vraiment raison, elle n’a pas tout à fait tort non plus… Quelle sanction proposes-tu, Jimmy ?

– Ça mériterait un tour de manège sur la scène, mais je vais être magnanime… Saint-Sylvestre oblige…* Une soirée hush te semblerait convenir ?

– Je devrais me taire ?

Jimmy éclata d’un rire sardonique.

– On a parlé de sanction, ma chère !

– Toute une soirée hush, je ne suis pas certaine que Betsy la supporte, moi, je ne le pourrais pas… En revanche, une soirée luxuriante…**

Betsy comprit soudain ce dont nous parlions. Elle pouffa, comme une gamine admise dans le club des grands.

– Et qui sera aux commandes ? Odette ? Jimmy ?

J’aurais bien aimé être celle qui la ferait vibrer à distance et à mon gré, seulement, Linus qui s’était approché en entendant le mot sanction, me souffla à l’oreille qu’on était en compte lui et moi et que je lui en devais une. Je le suivis donc pour savoir à quelle sauce j’allais être mangée.

Linus préférait s’isoler avec moi, il semblait quelque peu fébrile. Je lui proposai d’aller dans le bureau de Jimmy. Il me suivit. Une fois arrivés, il me demanda d’une voix qui trahissait une certaine émotion Tu es sûre que personne n’entrera à l’improviste ? Je pris un post-it, écrivis dessus Ne pas déranger. Sanction en cours en français et en anglais. Pour être certaine qu’il ne se décolle pas, je le punaisai sur la porte avant de la refermer.

– Oui. Maintenant, j’en suis sûre !

Linus semblait tout à la fois très excité et impatient, mais malgré tout intimidé et gêné à l’idée de m’annoncer ce qu’il avait prévu.

– Dans mon esprit, ce n’était pas une sanction, plutôt un défi

– Va pour le défi, alors !

Il sortit un petit sachet de sa poche et me le tendit.

– Tu sais ce que c’est ?

J’avais bien une idée, mais pour m’en assurer, je mouillai le bout de mon index et touchai le petit caillou.

– De la pierre d’alun ?

Linus semblait éviter mon regard, je fus surprise de le voir rougir. Je connaissais assez la personne pour savoir qu’il n’en avait pas besoin, ce que je lui fis remarquer. Surtout, si je connaissais la théorie, j’ignorais tout de sa pratique. Fallait-il l’utiliser en poudre ou l’insérer telle qu’elle ? Je lui fis part de mon questionnement et nous convînmes qu’en un seul morceau serait sans doute la meilleure façon. Nous riions comme deux idiots en imaginant les pires scénarios catastrophes, c’était aussi un moyen d’exorciser nos craintes. Paradoxalement, c’est ce qui nous permit d’entreprendre ce défi avec une relative sérénité… et beaucoup d’excitation.

– À quoi tu penses, Odette ?

– Tes cheveux ont vachement repoussé depuis novembre. Je me demande quel goût auront tes baisers.

– Tu crois qu’il y a un rapport entre les deux ?!

– Non, mais tu m’as demandé à quoi je pensais. Voilà, je pensais que tes cheveux ont vachement repoussé et au goût de tes baisers.

– Je fume trop, c’est ça ?

– Sans doute, mais ça n’a rien à voir. Quand nous nous embrassons, c’est… c’est comme le début d’un voyage. Et le goût de tes baisers me donne un aperçu de la destination.

Nous nous embrassâmes. Son baiser était rugueux comme le désir qu’il m’inspirait. Linus dit du mien qu’il était lascif et fougueux. Il me demanda quelle destination j’avais perçue et s’étonna de mon éclat de rire.

– Gif-sur-Yvette ! Je crois bien qu’Émilie et Lucas ont pillé mon bar !

– Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

– Quand j’ai pendu la crémaillère de mon appartement de Gif-sur-Yvette, une de mes ex-collègues m’a offert « une bonne bouteille de Calvados », pensant me faire plaisir puisque ma mère était normande. Hélas, son Calvados était imbuvable. J’aurais pu vider la bouteille dans l’évier, mais je ne sais pas jeter. Alors, j’ai adapté une vieille recette et en ai fait cette liqueur dont je reconnaîtrais le goût, même enrhumée !

– Je l’ai trouvé très bon cet alcool…

– Embrasse-moi encore, que je découvre à quel point !

Il m’embrassait. Je l’embrassais. Nos langues, nos salives se mélangeaient, j’en oubliais la destination, le voyage. Mon cœur battait à tout rompre. Je le faisais battre plus fort en sentant son corps sous mes doigts. Nous étions encore habillés et prolongions ce moment. Nous nous délections de sa suavité. J’étais si excitée par le goût de ses baisers, par son souffle animal, que mes sens étaient exacerbés. Je parvenais à sentir ses frissons d’excitation par-dessus son tee-shirt. Ses mains couraient sur ma robe et j’espérais qu’il ressente la mienne.

Nos caresses d’abord légères se faisaient plus appuyées, les pressions de ses mains répondaient aux miennes. À moins que ce ne fût l’inverse. Je pouvais deviner la puissance de son érection, mais je retardais le moment où je sentirai son sexe dans la paume de ma main. Enfin, je perçus le goût âpre du tabac et en un claquement de doigts, nous nous retrouvâmes nus.

Linus me tendit le petit morceau de pierre d’alun, mais je lui demandai de me l’introduire. Ses doigts allaient et venaient en moi. Je croyais qu’il cherchait à bien en tapisser les parois de mon vagin. Il me détrompa en souriant. Il avait oublié ce qu’il était en train de me faire parce qu’il admirait mon pubis. Jim a raison, White Pussy te va à ravir. Même absent, sans connaître l’anglais, Marcel était en passe de convertir tout mon entourage ! Mais sur le moment, je n’y pensais pas. Je regardais, fascinée, le sexe massif, trapu de Linus et l’envie de le sentir au plus profond de moi croissait au rythme de ses caresses.

Il me pénétra très vite, car je craignais que les parois de mon vagin ne se resserrent trop tôt et je ne voulais pas que sa pénétration soit désagréable voire douloureuse. Notre déception fut à la hauteur de nos espérances. Il n’y avait aucune différence. Heureusement, nos corps s’accordaient si bien, que nous prenions autant de plaisir que les autres fois.

Nous étions en train de nous embrasser quand j’ouvris les yeux. Incrédule. Linus les avait déjà ouverts. Bon sang, que son sourire me transportait !

– Tu… tu sens ? Tu… tu as remarqué ?

Bien sûr que j’avais remarqué ! Il aurait fallu que je sois bien distraite pour ne pas remarquer ! Comment décrire cette sensation ? Je parvenais à sentir la texture de son préservatif et avec une précision incroyable, celle de la peau de son sexe. Il me semblait qu’il avait triplé de volume. Inquiète, entre deux gémissements de plaisir, je lui demandai si ce n’était pas trop inconfortable pour lui. Son éclat de rire aurait pu me faire jouir et sa voix… sa voix magnétique…

– Inconfortable ?! Certainement pas ! Putain, c’est tellement bon ! C’est… magique !

D’une pression sur ses reins, je l’incitai à ralentir. Je sentis mes ongles s’enfoncer dans sa peau. Stop ! Ne jouis pas trop vite ! Profitons-en encore ! Le sourire de Linus resplendissait jusque dans son regard. Il ferma les yeux. Respira longuement, profondément. Il ouvrit les paupières lentement, comme si ça lui demandait un effort surhumain. J’avais l’impression de voir battre son cœur. Je te sens jouir, Odette ! C’est difficile… de résister… Il reprit ses va-et-vient. Il me semblait que les parois de mon vagin se resserraient encore. Je suis bien en toi, Odette… Je m’y sens si bien…

Il avait presque cessé de bouger. Je sentis les pétillements de son sperme affluant vers son gland. Nos sourires se répondaient. J’eus soudain la sensation que nos corps fusionnaient réellement. Que nous devenions un. Sa bouche plongea vers la mienne. Nous criâmes. Mon cri résonna dans sa bouche, le sien vibra dans la mienne, déclenchant des frissons dans mes reins. Je sentis ses doigts pincer mon mamelon gauche. Je criai encore.

Linus avait le sourire contrit. Je crois que je ne peux plus sortir, honey ! Un fou-rire s’empara de nous. C’était l’un des scénarios catastrophe que nous avions envisagés. Pour que le sexe soit safe, il est impératif que l’homme se retire, en maintenant fermement le préservatif à la base de son sexe, pendant l’éjaculation. J’avais passé l’essentiel de ma carrière à asséner cette recommandation et voilà que je me trouvais dans l’impossibilité de l’appliquer ! J’en étais plus amusée qu’angoissée parce que Linus m’affirmait qu’il avait fait des tests en décembre, qu’ils étaient négatifs et qu’il pourrait m’en apporter la preuve dès qu’il aurait accès à ses bagages.

– Le plus simple serait d’attendre que tu débandes tout à fait…

– Que je débande ?! Comment veux-tu que je débande ? Je suis au Paradis, honey ! Ma bite est au Paradis !

Son rire désolé déclencha le mien et soudain, je sentis une onde de plaisir m’envahir, me traverser, me faire chavirer. Linus retrouva toute sa vigueur. Il fit semblant de me reprocher de vouloir sa mort et m’embrassa comme il sait si bien le faire.

Quand nous sortîmes du bureau et que nous rejoignîmes la réception, les gamins avaient disparu. Ils fêtaient la nouvelle année dans une dépendance du mas et une orgie se déroulait dans la salle des spectacles. Jimmy, assis dans un fauteuil, se branlait en regardant vibrer Betsy. En m’approchant de lui, je constatai qu’il s’amusait avec une autre femme. Je cherchai à deviner laquelle quand il me remarqua. C’est la fête, Princesse, on a bien le droit de s’amuser un peu ! J’entendis Sylvie pousser un petit cri. C’était donc elle ! Jimmy m’invita à m’asseoir sur ses genoux et me demanda la raison de mon air chafouin.

– Depuis nos retrouvailles, tu m’offres un orgasme au passage du Nouvel-An… et là… j’arrive trop tard…

Il me fit une pichenette sur le nez.

– Trop tard ?! Mais tout dépend du fuseau horaire, ma Princesse d’amour ! Sur lequel veux-tu te caler ?

Je regardai mon bracelet, jouai avec ses breloques. Vancouver ! Jimmy m’embrassa, me tendit les deux smartphones. Choisis celui que tu veux ! J’en pris un au hasard, sans y prêter attention, parce que je venais de voir, près du buffet, Linus se servir un verre, le lever en ma direction et me gratifier d’un clin d’œil appuyé.

Jour de l’An

*Et accessoirement, le fait que ledit manège se trouvait à Belfast !

**La conversation est en anglais, Jimmy et Odette jouent sur l’ambiguïté de leurs propos Hush peut se traduire par silence, mais en l’occurrence, il s’agit d’un plug anal connecté. Luxuriance se traduit en anglais par Lush, il s’agit d’un œuf vaginal connecté.