À la Saint-Sylvestre

La soirée du 31 décembre battait son plein. À l’issue de la séance de la Confrérie du Bouton d’Or, Jimmy et moi nous étions esquivés pour aller rejoindre nos amis irlandais dans la salle des spectacles où les gamins leur avaient offert une représentation exceptionnelle. Hasard du timing, elle venait de s’achever. Jimmy m’avait demandé de le suivre et de lui faire confiance. Il s’est précipité vers Betsy, l’air furibard.

– Je ne te félicite pas ! Je te présente Joseph et par ta faute, on va devoir se passer de lui !

Betsy écarquillait les yeux, cherchant à s’en expliquer.

– S’il n’y avait que ça, Jimmy… s’il n’y avait que ça… non seulement, il retourne en Irlande, mais à cause de cette… Betsy, notre Joseph est heureux comme je ne l’avais jamais connu heureux !

– Tu as bien raison, Princesse, on doit aussi lui reprocher ça, à Betsy !

– Vous m’avez fait peur, j’ai cru que…

– Non, non, non ! C’est pas fini, Betsy ! Notre Joseph, mon ami Joseph, mon ami depuis… tu n’étais même pas née qu’on était déjà amis, lui et moi… Mon ami est amoureux !

– Tu as raison, Jimmy, c’est impardonnable ! Il va falloir lui trouver une sanction à la hauteur de sa faute !

Betsy entra dans notre jeu. Elle mit ses mains sur ses joues, écarquilla davantage ses yeux et ouvrit une bouche en cœur.

– Oh, je vous en prie, ne soyez pas trop sévères… c’est la Saint-Sylvestre

– Si elle n’a pas vraiment raison, elle n’a pas tout à fait tort non plus… Quelle sanction proposes-tu, Jimmy ?

– Ça mériterait un tour de manège sur la scène, mais je vais être magnanime… Saint-Sylvestre oblige…* Une soirée hush te semblerait convenir ?

– Je devrais me taire ?

Jimmy éclata d’un rire sardonique.

– On a parlé de sanction, ma chère !

– Toute une soirée hush, je ne suis pas certaine que Betsy la supporte, moi, je ne le pourrais pas… En revanche, une soirée luxuriante…**

Betsy comprit soudain ce dont nous parlions. Elle pouffa, comme une gamine admise dans le club des grands.

– Et qui sera aux commandes ? Odette ? Jimmy ?

J’aurais bien aimé être celle qui la ferait vibrer à distance et à mon gré, seulement, Linus qui s’était approché en entendant le mot sanction, me souffla à l’oreille qu’on était en compte lui et moi et que je lui en devais une. Je le suivis donc pour savoir à quelle sauce j’allais être mangée.

Linus préférait s’isoler avec moi, il semblait quelque peu fébrile. Je lui proposai d’aller dans le bureau de Jimmy. Il me suivit. Une fois arrivés, il me demanda d’une voix qui trahissait une certaine émotion Tu es sûre que personne n’entrera à l’improviste ? Je pris un post-it, écrivis dessus Ne pas déranger. Sanction en cours en français et en anglais. Pour être certaine qu’il ne se décolle pas, je le punaisai sur la porte avant de la refermer.

– Oui. Maintenant, j’en suis sûre !

Linus semblait tout à la fois très excité et impatient, mais malgré tout intimidé et gêné à l’idée de m’annoncer ce qu’il avait prévu.

– Dans mon esprit, ce n’était pas une sanction, plutôt un défi

– Va pour le défi, alors !

Il sortit un petit sachet de sa poche et me le tendit.

– Tu sais ce que c’est ?

J’avais bien une idée, mais pour m’en assurer, je mouillai le bout de mon index et touchai le petit caillou.

– De la pierre d’alun ?

Linus semblait éviter mon regard, je fus surprise de le voir rougir. Je connaissais assez la personne pour savoir qu’il n’en avait pas besoin, ce que je lui fis remarquer. Surtout, si je connaissais la théorie, j’ignorais tout de sa pratique. Fallait-il l’utiliser en poudre ou l’insérer telle qu’elle ? Je lui fis part de mon questionnement et nous convînmes qu’en un seul morceau serait sans doute la meilleure façon. Nous riions comme deux idiots en imaginant les pires scénarios catastrophes, c’était aussi un moyen d’exorciser nos craintes. Paradoxalement, c’est ce qui nous permit d’entreprendre ce défi avec une relative sérénité… et beaucoup d’excitation.

– À quoi tu penses, Odette ?

– Tes cheveux ont vachement repoussé depuis novembre. Je me demande quel goût auront tes baisers.

– Tu crois qu’il y a un rapport entre les deux ?!

– Non, mais tu m’as demandé à quoi je pensais. Voilà, je pensais que tes cheveux ont vachement repoussé et au goût de tes baisers.

– Je fume trop, c’est ça ?

– Sans doute, mais ça n’a rien à voir. Quand nous nous embrassons, c’est… c’est comme le début d’un voyage. Et le goût de tes baisers me donne un aperçu de la destination.

Nous nous embrassâmes. Son baiser était rugueux comme le désir qu’il m’inspirait. Linus dit du mien qu’il était lascif et fougueux. Il me demanda quelle destination j’avais perçue et s’étonna de mon éclat de rire.

– Gif-sur-Yvette ! Je crois bien qu’Émilie et Lucas ont pillé mon bar !

– Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

– Quand j’ai pendu la crémaillère de mon appartement de Gif-sur-Yvette, une de mes ex-collègues m’a offert « une bonne bouteille de Calvados », pensant me faire plaisir puisque ma mère était normande. Hélas, son Calvados était imbuvable. J’aurais pu vider la bouteille dans l’évier, mais je ne sais pas jeter. Alors, j’ai adapté une vieille recette et en ai fait cette liqueur dont je reconnaîtrais le goût, même enrhumée !

– Je l’ai trouvé très bon cet alcool…

– Embrasse-moi encore, que je découvre à quel point !

Il m’embrassait. Je l’embrassais. Nos langues, nos salives se mélangeaient, j’en oubliais la destination, le voyage. Mon cœur battait à tout rompre. Je le faisais battre plus fort en sentant son corps sous mes doigts. Nous étions encore habillés et prolongions ce moment. Nous nous délections de sa suavité. J’étais si excitée par le goût de ses baisers, par son souffle animal, que mes sens étaient exacerbés. Je parvenais à sentir ses frissons d’excitation par-dessus son tee-shirt. Ses mains couraient sur ma robe et j’espérais qu’il ressente la mienne.

Nos caresses d’abord légères se faisaient plus appuyées, les pressions de ses mains répondaient aux miennes. À moins que ce ne fût l’inverse. Je pouvais deviner la puissance de son érection, mais je retardais le moment où je sentirai son sexe dans la paume de ma main. Enfin, je perçus le goût âpre du tabac et en un claquement de doigts, nous nous retrouvâmes nus.

Linus me tendit le petit morceau de pierre d’alun, mais je lui demandai de me l’introduire. Ses doigts allaient et venaient en moi. Je croyais qu’il cherchait à bien en tapisser les parois de mon vagin. Il me détrompa en souriant. Il avait oublié ce qu’il était en train de me faire parce qu’il admirait mon pubis. Jim a raison, White Pussy te va à ravir. Même absent, sans connaître l’anglais, Marcel était en passe de convertir tout mon entourage ! Mais sur le moment, je n’y pensais pas. Je regardais, fascinée, le sexe massif, trapu de Linus et l’envie de le sentir au plus profond de moi croissait au rythme de ses caresses.

Il me pénétra très vite, car je craignais que les parois de mon vagin ne se resserrent trop tôt et je ne voulais pas que sa pénétration soit désagréable voire douloureuse. Notre déception fut à la hauteur de nos espérances. Il n’y avait aucune différence. Heureusement, nos corps s’accordaient si bien, que nous prenions autant de plaisir que les autres fois.

Nous étions en train de nous embrasser quand j’ouvris les yeux. Incrédule. Linus les avait déjà ouverts. Bon sang, que son sourire me transportait !

– Tu… tu sens ? Tu… tu as remarqué ?

Bien sûr que j’avais remarqué ! Il aurait fallu que je sois bien distraite pour ne pas remarquer ! Comment décrire cette sensation ? Je parvenais à sentir la texture de son préservatif et avec une précision incroyable, celle de la peau de son sexe. Il me semblait qu’il avait triplé de volume. Inquiète, entre deux gémissements de plaisir, je lui demandai si ce n’était pas trop inconfortable pour lui. Son éclat de rire aurait pu me faire jouir et sa voix… sa voix magnétique…

– Inconfortable ?! Certainement pas ! Putain, c’est tellement bon ! C’est… magique !

D’une pression sur ses reins, je l’incitai à ralentir. Je sentis mes ongles s’enfoncer dans sa peau. Stop ! Ne jouis pas trop vite ! Profitons-en encore ! Le sourire de Linus resplendissait jusque dans son regard. Il ferma les yeux. Respira longuement, profondément. Il ouvrit les paupières lentement, comme si ça lui demandait un effort surhumain. J’avais l’impression de voir battre son cœur. Je te sens jouir, Odette ! C’est difficile… de résister… Il reprit ses va-et-vient. Il me semblait que les parois de mon vagin se resserraient encore. Je suis bien en toi, Odette… Je m’y sens si bien…

Il avait presque cessé de bouger. Je sentis les pétillements de son sperme affluant vers son gland. Nos sourires se répondaient. J’eus soudain la sensation que nos corps fusionnaient réellement. Que nous devenions un. Sa bouche plongea vers la mienne. Nous criâmes. Mon cri résonna dans sa bouche, le sien vibra dans la mienne, déclenchant des frissons dans mes reins. Je sentis ses doigts pincer mon mamelon gauche. Je criai encore.

Linus avait le sourire contrit. Je crois que je ne peux plus sortir, honey ! Un fou-rire s’empara de nous. C’était l’un des scénarios catastrophe que nous avions envisagés. Pour que le sexe soit safe, il est impératif que l’homme se retire, en maintenant fermement le préservatif à la base de son sexe, pendant l’éjaculation. J’avais passé l’essentiel de ma carrière à asséner cette recommandation et voilà que je me trouvais dans l’impossibilité de l’appliquer ! J’en étais plus amusée qu’angoissée parce que Linus m’affirmait qu’il avait fait des tests en décembre, qu’ils étaient négatifs et qu’il pourrait m’en apporter la preuve dès qu’il aurait accès à ses bagages.

– Le plus simple serait d’attendre que tu débandes tout à fait…

– Que je débande ?! Comment veux-tu que je débande ? Je suis au Paradis, honey ! Ma bite est au Paradis !

Son rire désolé déclencha le mien et soudain, je sentis une onde de plaisir m’envahir, me traverser, me faire chavirer. Linus retrouva toute sa vigueur. Il fit semblant de me reprocher de vouloir sa mort et m’embrassa comme il sait si bien le faire.

Quand nous sortîmes du bureau et que nous rejoignîmes la réception, les gamins avaient disparu. Ils fêtaient la nouvelle année dans une dépendance du mas et une orgie se déroulait dans la salle des spectacles. Jimmy, assis dans un fauteuil, se branlait en regardant vibrer Betsy. En m’approchant de lui, je constatai qu’il s’amusait avec une autre femme. Je cherchai à deviner laquelle quand il me remarqua. C’est la fête, Princesse, on a bien le droit de s’amuser un peu ! J’entendis Sylvie pousser un petit cri. C’était donc elle ! Jimmy m’invita à m’asseoir sur ses genoux et me demanda la raison de mon air chafouin.

– Depuis nos retrouvailles, tu m’offres un orgasme au passage du Nouvel-An… et là… j’arrive trop tard…

Il me fit une pichenette sur le nez.

– Trop tard ?! Mais tout dépend du fuseau horaire, ma Princesse d’amour ! Sur lequel veux-tu te caler ?

Je regardai mon bracelet, jouai avec ses breloques. Vancouver ! Jimmy m’embrassa, me tendit les deux smartphones. Choisis celui que tu veux ! J’en pris un au hasard, sans y prêter attention, parce que je venais de voir, près du buffet, Linus se servir un verre, le lever en ma direction et me gratifier d’un clin d’œil appuyé.

*Et accessoirement, le fait que ledit manège se trouvait à Belfast !

**La conversation est en anglais, Jimmy et Odette jouent sur l’ambiguïté de leurs propos Hush peut se traduire par silence, mais en l’occurrence, il s’agit d’un plug anal connecté. Luxuriance se traduit en anglais par Lush, il s’agit d’un œuf vaginal connecté.

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