Aux plaisirs discrets ~ Cinquième épisode – Sébastien

Cher monsieur Dumont,

C’était la première fois et ce sera la dernière que je suivrai un de tes conseils avisés en la matière ! Avec tout le respect que je te dois.

Je me suis rendue à tes arguments, tu as certainement raison, ma conduite, mes rencontres fortuites ne m’ont jamais apporté d’autres désagréments que la déception, mais je ne suis pas à l’abri de tomber sur un vrai taré qui pourrait m’en occasionner d’autres bien pires.

Alors, quand tu m’as proposé de t’accompagner à « une soirée coquine », j’ai remisé les propos sarcastiques qui me venaient à l’esprit au placard et j’ai laissé Geneviève s’en réjouir à l’avance.

Nous arrivons dans cette « soirée coquine », que je qualifierais plutôt de « foire à la bidoche », ce qui n’est pas le cas de Geneviève. Il y a une quarantaine de convives, à première vue, autant d’hommes que de femmes. Nous nous situons dans la moyenne d’âge supérieure.

Les deux salles sont aménagées pour la circonstance, dans celle où nous dînerons, plusieurs tables réservées aux tête-à-tête, d’autres autour desquelles quatre à six personnes pourront s’asseoir. Dans l’autre salle, un buffet est dressé sur une longue table, ainsi que des verres contenant divers cocktails servis par du personnel en tenue. Je m’en approche et constate la présence d’énormes saladiers remplis de capotes. La prudence est de mise, ce qui a un effet rassurant.

La musique en sourdine n’est pas à mon goût, mais Geneviève s’en accommode fort bien. Il semble y avoir une majorité d’habitués, qui se saluent joyeusement, des couples enlacés dansent lascivement sans tenir compte du rythme des chansons, juste pour le plaisir de se chauffer.

Je t’observe, non sans admiration, évoluer avec aisance dans cet univers, papillonner d’une femme à l’autre, jouer de tes charmes, mais je te soupçonne d’user de cette tactique pour aiguillonner celle que tu convoites réellement, tout en feignant de ne pas l’avoir remarquée, quand un homme s’approche de moi.

– Sébastien, adjoint à la culture d’une ville moyenne dont je préfère taire le nom.

Dans ce cas, pourquoi le précises-tu, ducon ? Je ravale mon compliment assorti du nom d’oiseau qui me brûle les lèvres et laisse les commandes au personnage que je jouerai ce soir.

– Geneviève, votre homologue dans une autre commune, qui restera tout aussi anonyme.

– On pourrait se tutoyer, non ? Tu viens souvent à des soirées coquines ou est-ce l’occasion qui…

– Parce que c’est une soirée coquine ? Je croyais qu’on venait ici à la chasse au partenaire pour une nuit de sexe sans serment, ni promesse, ni conséquences…

Geneviève me met un taquet virtuel, m’ordonne de fermer ma bouche et de la laisser sourire.

 Tu es plutôt directe, toi !

– J’aime que les choses soient claires, ce qui me joue parfois des tours… Pour répondre à ta question, oui, c’est la première soirée du genre à laquelle je participe… subséquemment, je n’en possède pas les codes. Et toi ?

– Je participe parfois à des soirées coquines, mais c’est la première fois à Paris.

– Les charmes de la capitale, pour nous… braves provinciaux…

La soirée se poursuit, comme tu le sais, par le dîner. Tu es attablé tel le pacha dans son harem, Sébastien me propose de partager sa table. Nous entamons la conversation. Ainsi que j’ai décidé de le faire désormais, je raconte mon histoire, subtil mélange entre ma vie réelle et celle de Geneviève, il apprend que je suis séparée de fraîche date, après vingt ans de mariage.

Sébastien sort le grand jeu pour me charmer avec ses mots. Il me flatte et se présente comme un amant soucieux du plaisir de sa partenaire. Geneviève ne relève pas que dans ce genre de situation, il serait stupide de se présenter comme un piètre amant, focalisé sur son unique plaisir. Je ne l’aurais probablement pas relevé non plus.

Et blablabli et blablabla ! Sébastien est certainement un super amant, mais il est en train de me farcir le crâne à me raconter en long, en large et en travers ses exploits sexuels, passés, présents et à venir. Je repense avec un semblant de nostalgie aux mots abrupts de cet homme au Cristal Bar, cet homme qui ne m’inspirait que du mépris et qui, contre toute attente, m’a fait jouir comme aucun autre auparavant. Je décide de laisser la même chance à Sébastien, dont la conversation est intéressante pour peu qu’elle ne verse pas dans le récit de ses prouesses sexuelles.

Peu après le repas, je quitte cette soirée au bras de Sébastien, je t’adresse un petit signe de la main que tu ne remarques pas, tout occupé à ferrer ta proie, la femme que tu feignais d’ignorer jusque lors. Ma perspicacité en la matière me redonne le sourire. C’est donc avec entrain (et en métro) que Sébastien et moi rejoignons l’hôtel.

Sébastien regrette que l’on n’ait pas fait le détour par le sien, il aurait pu y récupérer « quelques jouets susceptibles de pimenter notre nuit de plaisir ». Néanmoins, il se console en m’expliquant que c’eût, peut-être, été trop tôt pour que je puisse en jouir pleinement. Même Geneviève est agacée par cette remarque pleine de condescendance.

En revanche, les baisers de Sébastien ont deux vertus, quand il m’embrasse, il se tait ; de surcroît, il embrasse plutôt bien. Je me dis que j’ai bien fait de lui laisser sa chance. J’aime beaucoup sa façon de me déshabiller, il y met toute la sensualité d’un strip-tease. L’ennui, c’est qu’il se remet à parler.

– Tu vas voir, on va bien s’amuser !

Et patati, et patata… ! Je décide de l’embrasser. Je repense à la soirée, quand il me racontait ses nombreuses conquêtes passées. C’est pour ça qu’il embrasse si bien ! Il jacassait sans cesse et puisqu’il y en a eu autant… À cette pensée, un fou-rire s’empare de moi, j’accuse (une fois encore) la nervosité.

Sébastien me dit de ne pas m’en faire, puis, galant homme, me demande ce dont j’ai envie. Geneviève, menaces à l’appui, me suggère de la boucler s’il me venait l’idée de lui répondre « Que tu te taises, enfin ! » Je me soumets à ses arguments, je la boucle. Elle m’en sait gré. Le sourire que Geneviève affiche se situe exactement entre la lubricité timide et le « plonge, mon chéri, l’eau est bonne ! » Il est parfait en la circonstance. Je ne saurais faire mieux.

Je pense que les choses s’arrêteront là, je veux dire qu’il se contentera de me baiser « à la parlante », mais je me trompe. Non content de jacasser, Sébastien émaille son bavardage de mots d’auteurs, de citations. J’ai l’impression d’assister à un oral de français ou à l’épreuve finale d’un jeu de culture générale sur l’érotisme ! J’imagine ton éclat de rire en lisant ces mots, mais sache que le plaisir que j’aurais pu prendre en a été irrémédiablement gâché.

« Ainsi que le disait Maupassant… » « Comme l’écrivait Apollinaire dans ses merveilleuses Lettres à Lou… » « À ton avis qui a écrit ces mots… ? » Je n’ai qu’une envie, lui répondre « Ta gueule ! Allez, abrège, qu’on en finisse ! » À force, une migraine menace, je fais semblant d’atteindre l’extase, chose que je me suis toujours refusée à faire, juste pour qu’il en finisse.

Après un dernier baiser, je feins de m’endormir repue de plaisir. Satisfait, il s’allonge à mes côtés. Je m’endors pour de bon, mes rêves sont agités. Je me réveille avec la bouche sèche et un mal de crâne pas possible. Je n’ose ouvrir les yeux de peur de le réveiller à son tour et que ses bavardages reprennent avant que le paracétamol ait produit son effet.

De toute façon, il va bien falloir te lever pour prendre ton cachet, ma chère Geneviève ! Geneviève se dit qu’il aurait peut-être mieux valu me laisser faire, hier. Nous ouvrons les yeux, elle et moi, et constatons que Sébastien n’est plus dans la chambre, ni dans la salle d’eau. Soupir de soulagement.

Posé sur son oreiller, un petit mot. « Tu dors encore, épuisée par tout le plaisir que je t’ai offert cette nuit. Si tu veux revivre d’autres nuits d’amour, ce dont je ne doute pas, tu peux me contacter à cette adresse mail. Bisous coquins. Sébastien »

Voilà. Tu sais tout. Tu as l’air bien content de partager ton petit-déjeuner avec ta conquête d’hier soir, elle semble heureuse aussi, ça met un peu de soleil en cette matinée. Je vais glisser le compte-rendu de cette nuit dans une enveloppe que je laisserai à ton attention à la réception. Nous aurons tout le temps d’en reparler plus tard, mais sache, sache, Monsieur Dumont, sache que plus jamais, plus jamais je ne suivrai un de tes conseils et que jamais, plus jamais je ne t’accompagnerai à une de tes « soirées coquines » !

Geneviève Duval

Aux plaisirs discrets ~ Quatrième épisode – Monsieur Dumont

J’attendais l’ascenseur, ce petit-déjeuner allait être le quatrième que je prendrais dans cet hôtel. L’ascenseur s’est arrêté, la porte s’est ouverte, un couple était déjà à l’intérieur. J’ai reconnu l’homme, nous nous étions déjà salués d’un hochement de tête à deux reprises dans le petit salon.

Sa compagne semblait pressée de s’en aller. Je les ai laissés à leurs adieux et me suis dirigée vers le petit salon où il n’a pas tardé à me rejoindre. D’un geste, je l’ai invité à partager ma table. Il m’a tendu la main, je me suis présentée.

– Madame Duval

Il a souri.

– Monsieur Dumont

Quand on nous a apporté nos petits-déjeuners, nous discutions déjà à bâtons rompus, comme de vieux amis se retrouvant après s’être perdus de vue durant de longues années. Quand le réceptionniste est venu nous rappeler qu’il était temps de libérer nos chambres, monsieur Dumont connaissait déjà mon infortune et mon désir de croquer la vie à pleines dents « avant qu’elles ne soient toutes tombées », de mon côté, je savais déjà qu’il était empêtré dans une liaison adultère guère satisfaisante.

Nous nous sommes retrouvés dans le hall, nos petits sacs de voyage à la main et nous avons décidé de passer quelques heures ensemble à déambuler tout en papotant gaiement. Il nous a fallu plusieurs petits-déjeuners, que nous nommons malicieusement nos « débriefings post-coïtaux », pris ensemble pour oser nous avouer que la nature de notre relation, une sincère amitié, était née dès cette première rencontre.

J’aime la nature de notre amitié, qui nous permet de dévoiler toutes les facettes qui nous composent, y compris (et surtout) les moins glorieuses. Je pourrais dire qu’il est comme un frère pour moi, cependant je ne confierais jamais à un frère ce qu’il m’arrive de confier à monsieur Dumont et de son côté, monsieur Dumont ne révélerait jamais à sa sœur ce qu’il lui arrive de me révéler !

Il peut me poser certaines questions, sans que je n’y décèle un jugement réprobateur, je peux lui répondre sans qu’il n’y voie une fanfaronnade. Et réciproquement. Notre parole est libre, comme nous nous nous sentons libres de garder le silence dans certaines circonstances, le temps de digérer un bonheur trop intense ou une profonde déception.

Nous ne nous imposons qu’une seule règle, nos salutations. « Bonjour, madame Duval ! » « Bonjour, monsieur Dumont ! », ce protocole respecté, le débriefing peut débuter.

Ce matin, monsieur Dumont semble en retard, à moins qu’il n’ait pas pu venir à son rendez-vous hebdomadaire, à moins que, bouillant d’impatience, je ne sois descendue plus tôt que d’habitude. J’ai déjà presque fini de dévorer mon petit-déjeuner, quand il me rejoint enfin.

– Bonjour, madame Duval !

– Bonjour, monsieur Dumont ! Je me demandais si tu serais là ce matin…

– Tu as l’air toute chose, encore une rencontre qui n’a pas tenu ses promesses, encore un soi-disant Casanova façon lapin précoce ?

– Un peu de romantisme, ça t’arracherait la bouche ? Est-ce que je te demande où tu en es de ta relation avec ton étoile de mer ?

– Veuillez accepter toutes mes excuses, madame Duval, je m’interrogeais sur la raison de cet air dubitatif.

– Le mec m’avait donné rendez-vous au Cristal Bar, tu connais ? Non ? À côté de la Gare de l’Est. Je rentre, je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai reconnu tout de suite. Le gars buvait un Picon-bière, tu vois le truc ? Un Picon-bière, quoi ! On se salue, je vais pour commander, il me sort « On va pʼtète y aller, non ? Ou tu veux qu’on se la joue comédie romantique ? »

– Ah oui, quand même… !

– Rigole pas ! On arrive dans la chambre, on n’a pas échangé deux phrases. Il se dessape, en sifflotant. Je me déshabille, sans siffloter.

– Ah ah ! La distinction, ça s’apprend pas !

– Il me roule une pelle, purée, j’aime vraiment pas le goût du Picon-bière et puis avec tout ça, j’ai toujours rien mangé. J’ai presque envie de vomir… J’ai dû avoir un haut-le-cœur, parce qu’il me demande ce qui ne va pas. Je lui réponds que j’ai faim et là…

– Il te propose sa bite en apéritif ?

– T’étais là ou quoi ?!

– Ah ah ! Et après, que s’est-il passé ensuite ?

– Ben… comment te dire ? Je crois que je n’ai jamais autant pris mon pied…

– Non ?! Tu déconnes !

– J’aimerais bien, mais non… C’est comme s’il savait mieux que moi ce que j’aime… putain ! Le panard total !

– Et… ?

– Ben, et… il s’est ressapé, toujours en sifflotant. Et, galant homme il m’a dit « T’es pas du tout mon genre de greluche, mais tu baises comme une belle salope et c’est rare ! Ah ça oui, c’était un vrai plaisir ce rencard. Je te laisse un numéro de téléphone, si tu veux on remet ça quand tu veux. Ça faisait longtemps que j’avais pas pris un panard pareil ! T’es pas mon genre, mais je remettrais bien le couvert ! » Il a jeté un coup d’œil dans son pantalon, a demandé à sa bite ce qu’elle en pensait et, comme si j’avais pu entendre sa réponse, a conclu « Tu vois, même ma bite est partante pour une autre partie de jambes en l’air ! Bon, ben, c’est pas que je m’ennuie, mais je suis attendu chez moi ! Bonne nuit, ma p’tite salope qui porte pas de culotte ! »

– Ah oui, quand même… et il s’appelle comment, ce gentleman ?

– Si je te dis « Titi sept-sept » je perds ton estime ?

Aux plaisirs discrets ~ Troisième épisode – Arnaud

Geneviève Duval est tombée dans un délicieux traquenard, un de ceux que la vie lui réserve, alors qu’elle ne m’en a jamais offert de semblables. En cette belle fin d’après-midi de vendredi, j’ai revêtu ses habits et je me promène dans les rues quand, je remarque une certaine agitation pleine d’éclats de rire dans une petite librairie indépendante. Je tends le cou pour en saisir la raison quand un jeune homme m’interpelle « Entrez ! S’il vous plaît, entrez… sinon… » Je ne veux pas savoir ce qu’il se passerait si je refusais, alors de très bon gré, j’accepte l’invitation.

– À cinq minutes près, il aurait été trop tard !

J’apprends donc, que les propriétaires ont organisé un petit jeu à l’attention de leurs clients, bibliothécaires pour la plupart ou confrères provinciaux pour les autres, petit jeu qu’ils ont nommé « Le défi du libraire / bibliothécaire ».

Nous sommes répartis en six équipes de deux, la condition sine qua non étant de ne pas travailler avec son coéquipier, l’idéal étant de ne pas le connaître du tout. Ce qui est le cas pour tous les participants. Chaque équipe doit remplir un panier en suivant une liste que je trouve particulièrement savoureuse. Des douze participants, je suis la seule à n’être ni bibliothécaire, ni libraire, je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse formuler de telles demandes.

L’un des organisateurs me demande mon prénom et note Geneviève sur le badge que j’arbore fièrement, mon coéquipier, le jeune homme qui m’a interpellée dans la rue, se prénomme Arnaud, je ne sais pas quel est son âge, trente-cinq ans, quarante tout au plus, mais je dirais plutôt trente-cinq.

Parmi les six livres que nous devons trouver, Arnaud en devine cinq, mais me dit buter sur le dernier. Le livre avec “soleil” dans le titre, qui se passe en Espagne ou en Grèce ou dans un pays où il y a du soleil et qui a reçu un prix. Sans dire un mot, je l’entraîne dans les rayons et lui désigne « Le soleil des Scorta », à mi-voix, je lui précise qu’il se passe en Italie et a reçu le Prix Goncourt 2004, une première pour la maison d’édition Actes Sud, ce qui me vaut un sifflement admiratif quoique presque inaudible de mon partenaire. En fait, je n’ai pas grand mérite, parce que c’est l’un des rares Prix Goncourt que j’ai lus.

Nous sommes les premiers à remplir notre panier, mais je n’ai pas été d’une grande utilité. Cependant, quand je prends la liste et vérifie les livres, j’en sors un et fais non de la tête et de l’index. Ce livre où il est question d’échecs et d’un nazi, je suis certaine qu’il ne s’agit pas de la nouvelle de Stefan Zweig « Le joueur d’échecs ». Arnaud insiste. Péremptoire j’affirme « Il n’y a pas de nazi dans cette nouvelle, non, non je crois savoir de quel livre il est question. » Je retourne dans les rayons, Arnaud sur mes pas.

– Voilà le livre en question « La partie n’est jamais nulle » d’Icchokas Meras. Là, il y a un nazi dedans, et même un méchant nazi !

– Parce qu’il y en avait des gentils ?

– Je ne crois pas, mais celui-ci est vraiment méchant-méchant comme nazi et tu peux me faire confiance, question nazis, je m’y connais !

Nous sommes les grands vainqueurs du jeu, incidemment parce que nous sommes les seuls à ne pas être tombés dans le panneau du livre où il est question d’une partie d’échecs et d’un nazi ! Je suis toute fière de ce moment de gloire éphémère. Nous remportons donc le premier prix, un roman à choisir parmi ceux qui se trouvent sur la table près de la caisse. Je fais la moue en regrettant qu’il n’y ait pas ce livre de cet auteur américain, mais si… il est connu… ça raconte l’histoire d’une bourgade… avec une famille, mais si… sur la couverture on voit un paysage… !

Geneviève aime faire rire son entourage, je le découvre en même temps que les personnes présentes dans cette librairie.

Pour fêter notre victoire, Arnaud m’invite à dîner. Le repas est détendu, émaillé d’éclats de rire, aussi soudainement que s’éteint la flamme d’une bougie sur laquelle on aurait soufflé, son regard joyeux se teinte d’une étrange lueur.

– Je suis un mari fidèle, je ne couche pas avec d’autres femmes que mon épouse, ni n’ai embrassé d’autres bouches que la sienne.

Je sens bien qu’il n’a pas fini de parler. Il boit une grande rasade, je suis toute ouïe.

– Je ne sais pas si c’est ton parfum, ton humour, ta légèreté… je ne coucherai pas avec toi, ni ne t’embrasserai, mais accepterais-tu de passer la nuit avec moi, dans mon hôtel ? J’ai une furieuse envie de te bouffer la chatte.

Je souris tout en rougissant un peu. Quelle curieuse proposition !

– Je suis d’accord, mais à condition qu’on passe la nuit dans mon hôtel.

Le repas terminé, l’addition payée, nous rejoignons à toute hâte ma chambre d’hôtel, il me demande de retirer ma jupe et ma culotte « mais de garder le haut » pendant qu’il se déshabille.

Quand il voit mon sexe non épilé, il s’extasie. Il touche, d’un index timide, mes poils pubiens, il trouve ça beau. À sa demande, je m’assieds au bord du lit, j’écarte les jambes et le laisse admirer le spectacle. Je suis troublée de la gourmandise de son regard. Agenouillé devant moi, il se caresse doucement, sans détacher ses yeux de mon entrejambe.

Cette situation m’excite au plus haut point. Sans même m’en rendre compte, je déboutonne mon chemisier, l’enlève ainsi que mon soutien-gorge et me caresse les seins avec la même douceur, la même lenteur qu’il se branle.

Il détache enfin son regard, lève les yeux vers moi, dans un souffle murmure un « Ooh ! » admiratif en découvrant ma poitrine. Il tend la main vers elle, se ravise et plonge tête la première entre mes cuisses. Que sa gourmandise est agréable ! Il me lèche, me tète, me lèche encore comme si nos vies en dépendaient. Je suis tellement surprise de son avidité, de la frénésie avec laquelle il se branle, que je jouis très fort et très vite.

Quand il sent mes cuisses se refermer brusquement autour de son visage, qu’il entend mon cri, il éjacule dans le creux de sa main.

– Ne bouge pas, je reviens !

Je pourrais presque rire de sa remarque ! Où pourrais-je bien aller ? J’entends couler l’eau du lavabo. Il s’est essuyé les mains à la hâte et s’en excuse en me demandant la permission de toucher mes seins. Quel âge as-tu donc, Arnaud ? Adossée à la tête du lit, je ferme les yeux et je profite de la douceur de ses caresses. Il me demande, tout intimidé, s’il peut m’embrasser les seins. Ses baisers d’abord légers deviennent rapidement goulus, comme s’il cherchait quelque goutte de lait. Que c’est bon ! Que c’est bon !

J’ouvre les yeux pour regarder son visage, mais je suis frappée par la vision de son érection. Ouah, il rebande déjà ! Mais quel âge as-tu donc, Arnaud, pour pouvoir enchaîner les érections à ce rythme ? Je me poserai la question à plusieurs reprises tout au long de cette nuit.

Tandis qu’il me tète le sein, sa main glisse sur mon ventre vers mon pubis, ses doigts jouent avec mes poils, je n’ai d’yeux que pour son sexe dressé qu’il m’interdit de toucher, d’embrasser. Il lève les yeux vers moi, je comprends la question qu’ils me posent.

– Oui, si tu le veux, tu peux me bouffer la chatte, Arnaud !

– Tu trouves que je le fais bien ?

– Je ne dois pas être la première à te complimenter…

Il a un regard et un sourire énigmatiques. Je n’en saurai pas plus. Je reprends ma position au bord du lit, mais cette fois, il préfère que je me mette debout, adossée au mur, les jambes écartées. Je jouis moins vite que la première fois, mais aussi fort. Après s’être lavé les mains, il s’assied sur le fauteuil, je m’installe sur ses genoux et le laisse me téter les seins avec un plaisir rare. Mon corps s’embrase quand je sens son sexe se dresser. Je me relève et m’allonge sur le lit. Il s’allonge à mes côtés. Son téléphone se met à sonner.

– Je dois répondre, c’est ma femme, si ça t’ennuie, je peux sortir de la chambre et revenir ensuite.

Ça ne m’ennuie pas le moins du monde. Il s’assied au bord du lit, me sourit, et, tout en caressant mes poils d’une main distraite, entame une brève conversation. « Oui, je suis dans ma chambre d’hôtel… Ils avaient organisé une course au trésor très amusante. Oui… Quelques-uns… Non, je n’ai pas dépassé le budget imparti, madame la directrice de la bibliothèque ! Demain à quatorze heures trente-six, à moins d’un retard. Oui… Je t’embrasse moi aussi. À demain. Oui… moi aussi… Je t’aime. À demain »

Il range son téléphone, s’allonge sur le lit, me demande de me mettre à quatre pattes au-dessus de lui. J’ai une vue plongeante sur son sexe à nouveau en érection.

– Je suis fou de ta chatte, je n’en ai jamais vue d’aussi belle que la tienne !

Quand il en écarte les lèvres, je me cambre.

– Et tes seins ! Je n’aurais jamais pu imaginer que tu aies une si belle poitrine…

Je ne saurais dire combien de fois il m’a fait jouir, combien de fois il a bouffé ma chatte, combien de fois il a tété mes seins, combien de fois il s’est lavé les mains après avoir éjaculé dedans. Pour le savoir, il me suffirait de me rappeler les positions, parce qu’il en a changé à chaque fois.

Un frisson d’orgueil m’a traversée quand il s’est plaint de « jouir à sec », quand il s’est demandé combien de temps faudrait-il à ses couilles pour refaire le plein. Nous n’avons dormi qu’une heure ou deux, à notre réveil, je lui explique, un peu confuse, la règle qui prévaut pour les petits-déjeuners. Je ne pouvais pas deviner que je passerais la nuit avec quelqu’un, il me sourit. Il prendra le sien dans son hôtel, mais avant, il a une dernière requête.

– Est-ce que je peux te bouffer la chatte une dernière fois ?

Je lui souris, tellement heureuse et tellement flattée.

– À condition qu’on le fasse sous la douche, je voudrais connaître la saveur de tes baisers quand tu me feras jouir sous l’eau chaude !

Il me fait jouir d’une force incroyable et ne cesse de me lécher jusqu’à son propre orgasme.

– Oh ! Regarde ! Mes couilles se sont rechargées pendant qu’on dormait !

Il se relève, et comme s’il me dévoilait un trésor, ouvre son poing qu’il tenait fermé. Mais quel âge as-tu donc, Arnaud, pour te réjouir comme un gamin de me montrer le sperme dans le creux de ta main ?

Avant de s’en aller, il me dit espérer voir nos chemins se croiser à nouveau. Geneviève lui répond « Qui sait ? »

Attablée devant mon petit-déjeuner, il me semble sentir la langue d’Arnaud sur mon sexe, ses succions sur mes seins. Je ferme les yeux pour profiter de ces divines sensations. Quand je les rouvre, je remarque que je ne suis plus seule dans le petit salon. Un couple de touristes parle une langue inconnue, il me semble que le visage d’un des deux autres clients m’est familier. Je ne sais pas où je l’ai vu, ni quand, mais quand il me salue d’un hochement de la tête, cette intuition se confirme.