À la Saint-Sylvestre, tombons la veste ! – Sixième épisode

Nous sommes allongés dans le lit, nous nous sommes déshabillés dans l’obscurité. J’ai gardé mon caraco, sans vraiment pouvoir m’expliquer pourquoi. Mon mari est resté dans le salon ce qui accroît mon excitation, mais paradoxalement me file le trac à parts égales. Notre voisin et moi nous embrassons encore et encore. Je suis sous le charme de ses baisers. Je le lui dis, il s’en étonne.

– Ça fait tellement longtemps que je n’avais pas roulé de pelle… je ne sais même pas si dans les années qui ont précédé mon divorce, j’en roulais encore à ma femme !

– Disons que ça doit être comme le vélo, ça ne s’oublie pas !

Je suis heureuse de le faire rire, et un peu fière aussi. Nous flirtons comme deux vieux adolescents. Je n’ose pas caresser ce corps inconnu qui s’offre à moi, ce n’est pourtant pas l’envie qui m’en manque ! Notre voisin caresse mes cheveux, mon bras.

– Sentez-vous battre mon cœur ?

Je souris parce qu’il semble davantage s’enquérir de mon sein que de mon rythme cardiaque. J’entends son sourire dans sa question.

– Et sentez-vous battre le mien ?

Comme si ma main n’attendait que ce prétexte pour abolir sa timidité, elle court rapidement sur le torse de notre voisin et découvre son sexe gonflé, durci de désir. Je grogne de plaisir et d’excitation. Nos bouches se cherchent. Mes cuisses s’écartent pour inviter sa main à caresser mon sexe. Le bout de ses doigts découvre l’humidité de ma vulve autant qu’il me permet d’en prendre conscience.

Notre voisin grogne d’aise dans ma bouche. J’aime la douceur de sa bite sous mes doigts. Je pense bite et je remarque que ce mot m’excite presque autant que nos caresses et nos baisers. Je me concentre sur ce que je suis en train de faire. Je branle notre voisin. Je suis excitée. J’aime sentir la bite de notre voisin au creux de ma main. Je mouille comme jamais parce que je sens la grosse bite de notre voisin dans ma petite main. Sa main se pose sur la mienne, lui interdisant tout mouvement. Il cesse de m’embrasser, siffle entre ses dents.

– Pas si vite… attendez un peu… vos caresses… Pas tout de suite… Vous allez me faire jouir trop vite…

Son autre main caresse mon sexe comme on explore une planète encore inconnue, quand on est sous le charme de la découverte. À peine a-t-il écarté mes lèvres que mon clitoris a jailli, se précipitant à la rencontre de ses doigts. Ma main rejoint la sienne.

– Mon cher ami, auriez-vous l’extrême obligeance de bien vouloir me doigter ?

– Si fait, très chère, si fait !

Une chance que nous ayons repris nos baisers, ainsi ce dialogue restera à tout jamais captif de mon imaginaire. Ses doigts me pénètrent, son sexe durcit encore. Nous grognons, nos langues toujours emmêlées. Ma main se crispe sur son sexe quand l’orgasme me saisit. Je jouis en essayant de graver à tout jamais dans ma mémoire la violence de cette sensation. Tout semble s’être arrêté autour de nous, autour du plaisir que nous nous offrons.

Plus tôt dans la soirée, quand nous avions évoqué un plan à trois, j’avais récupéré les préservatifs que nous avions achetés pour notre petit-fils « en cas de besoin » et je les avais déposés sur ma table de chevet. Mon bras semble se déployer au ralenti pour en attraper un. La lumière va nous piquer les yeux, je préviens notre voisin.

– Je vais allumer la lampe de chevet

– Ça ne sera pas nécessaire

– …

– J’entends votre étonnement dans votre silence, alors laissez-moi vous expliquer. Quand ma fille était en troisième, c’était l’époque où les associations intervenaient autour du SIDA dans les collèges et lycées et proposaient des ateliers où on apprenait aux élèves à dérouler une capote sur une banane. Ma fille a toujours eu l’esprit de compétition, elle voulait être la meilleure en tout, alors elle a voulu s’entraîner et a demandé à son papa, Super Bricoleur, de lui construire une boîte avec deux ouvertures pour passer ses mains. À l’intérieur de la boîte, une banane sur laquelle elle déroulait, à l’aveugle, la capote. Quand elle a bien maîtrisé l’exercice, sa mère et moi avons dû nous y prêter… Ça aussi, c’est comme le vélo… ça ne s’oublie pas !

J’entends, ou du moins il me semble entendre, le bruit de l’emballage qu’on déchire et…

À la Saint-Sylvestre, tombons la veste ! – Cinquième épisode

Je ferme les yeux pour savourer ce premier baiser. Je me demande de quand date la dernière pelle que j’ai roulée à mon époux. Avec les années, nous en avons perdu l’habitude. Nous nous satisfaisons de simples baisers sur la bouche, plus ou moins humides, mais des vraies galoches, celles dignes des premières boums adolescentes… je ne saurais dire.

Nos trois estomacs se sont bruyamment manifestés en même temps. Nous nous sommes rhabillés, un reliquat de pudeur qui pourrait paraître incongru, avant de rejoindre le salon. Seuls nos pieds sont restés nus. Je bénis intérieurement le chauffage par le sol, que j’ai tant maudit quand nous avons emménagé. Je sens que mes cheveux sont en désordre, je tente de les recoiffer du bout des doigts ce qui amuse mon mari.

– Vous noterez, cher ami, que mon épouse tient plus à se présenter coiffée devant vous qu’à reboutonner son chemisier.

– Je ne m’en plaindrai pas !

Nous grignotons, chacun d’entre nous devine chez les autres le désir de partager notre sentiment sur cette expérience, mais aucun n’ose prononcer les premiers mots. Les heures passent, on parle de choses et d’autres, de souvenirs communs et différents, un peu comme des anciens combattants qui n’auraient pas combattu dans les mêmes tranchées. Nous parlons de nos espoirs, de nos déceptions, de nos joies et de nos victoires.

Les yeux dans le vide, je remarque toutefois, dans le reflet de la porte-fenêtre, ma coiffure restée en désordre malgré mon recoiffage express en sortant de la chambre. En me servant de ce reflet comme d’un miroir, je m’applique à me recoiffer avec mes doigts en guise de peigne.

– Sentir vos cheveux caresser mon bras, tout à l’heure… quelle expérience ! J’ai été obligé de me branler de l’autre main pour ne pas jouir trop vite… Et je ne parle pas de votre souffle… N’y voyez aucun reproche, c’était… indescriptible !

Mon mari s’apprête à parler quand nous entendons des cris. De part et d’autre, des voix hurlent le compte à rebours. Il me semble entendre le bruit amplifié de milliers de bouchons de Champagne arrachés de leur bouteille en une douce explosion. Il me semble entendre aussi des milliers de voix hurler « Bonne année ! »

Comme tous les ans, nous avons accroché un petit bouquet de gui au lustre de notre salon. Nous nous levons, j’embrasse mon époux et je tends la main vers notre voisin pour l’inviter à me rejoindre. Je voulais l’embrasser sur la bouche « en toute amitié », mais mes lèvres se sont ouvertes, les siennes aussi et à nouveau je tombe sous le charme de nos langues, de nos salives. Je ne sais pas combien de temps dure ce baiser, mais je voudrais qu’il ne s’arrête jamais. Ses lèvres se décollent des miennes, je regarde mon époux qui semble heureux comme je ne l’avais pas vu heureux depuis longtemps.

– Bonne année, cher ami ! Embrassons-nous une fois encore sous le gui !

Notre baiser est tout aussi magique et, pour ajouter une dose supplémentaire de plaisir, notre voisin me serre si fort contre son corps que je sens son érection contre mon ventre. Je regarde mon mari et constate qu’il bande aussi. Quant à moi, je ne suis que désir.

Tous trois assis sur le canapé un peu trop étroit pour garder nos distances, nous arrivons à la conclusion que si un plan à deux et demi était idéal pour terminer l’année 2021 en beauté, un plan à trois serait de bon augure pour débuter 2022.

Je me lève, invite notre voisin à me suivre, mais demande à mon époux d’attendre quelques minutes avant de nous rejoindre. Il accepte à condition, toutefois, que j’embrasse encore une fois notre nouvel ami parce que ce spectacle l’excite à un point qu’il n’aurait jamais soupçonné.

À la Saint-Sylvestre, tombons la veste ! – Quatrième épisode

Maintenant que les mots ont été prononcés, nos regards semblent jouer au billard, le mien croise celui du voisin, qui dirige le sien vers mon époux, qui me regarde avant qu’un nouveau tour de table silencieux ne redémarre. Je ne peux pas vraiment affirmer que c’est de la gêne, mais plutôt quelque chose comme « Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » sauf que personne ne pose la question. On se racle la gorge, on rit, on dodeline, mais rien ne se fait.

Notre voisin tend sa main vers un toast imbibé de Champagne, il prend la bouteille cassée

– Il en reste un fond, je vous en sers ?

Mon époux refuse « Il manquerait plus que l’un d’entre nous se fiche un éclat de verre dans la gorge ! » et en empoigne une autre.

La conversation dérive vers des sujets plus convenus « en bonne société », mais très vite nous en revenons à ce fantasme de plan à trois. Comment l’envisagerions-nous ? Je fais rire tout le monde, moi comprise, en affirmant que dans mon fantasme, je ne suis pas complexée par mon corps vieilli. Mon mari et notre voisin me répondent que c’est pareil de leur côté.

Il nous dit aussi qu’il redoute une piètre performance. Nous comprenons parfaitement sa crainte. Je ne sais pas qui l’a formulé ainsi, c’est peut-être moi « Et si pour cette première fois, nous nous contentions d’un plan à deux et demi ? » ni qui a ajouté « Et protégés par une certaine obscurité ? »

Va pour le plan à deux et demi et va pour l’obscurité !

Nous invitons notre voisin à rejoindre notre chambre avec une évidence qui le surprend. Ce n’est que pragmatisme. En premier lieu, nous n’avons jamais sacralisé le lit conjugal, de plus, il nous arrive l’un ou l’autre d’avoir à nous lever la nuit pour sortir de la chambre. Allumer une lampe de chevet réveillerait le conjoint endormi, pour autant, ni l’un ni l’autre ne veut prendre le risque de se briser un orteil contre un meuble, nous avons donc collé des veilleuses sur les plinthes aux endroits stratégiques. Ces veilleuses s’allument automatiquement dès que la lumière ambiante devient trop basse.

Un lit confortable, une certaine obscurité, que pourrions-nous rêver de mieux ?

– Désirez-vous qu’on allume pour que vous puissiez découvrir les lieux ?

– Non. En fait, non. Je ne préfère pas. Je préfère l’imaginer… J’ai peur qu’en la découvrant toute éclairée, ça ne me coupe tous mes moyens. Vous comprenez ?

Non seulement nous comprenons, mais surtout ça nous arrange bien. Nous nous déshabillons dans le noir.

– Est-ce que je dois rester assis sur le bord du lit ou est-ce que je peux m’allonger ?

– Qu’est-ce qui vous conviendrait le mieux ?

– Euh… en tout premier lieu, maintenir une érection !

Il est intimidé et son intimidation nous rassure. J’ai un drôle de chat dans la gorge quand je lui dis

– Rien ne vous oblige à rester dans la même position… faites comme si on n’était pas là, tout en sachant que nous y sommes.

Il s’allonge, je devine sa main qui semble cacher ses attributs. Comme souvent, j’ai gardé mon caraco. Ma voix est encore pleine de félins quand je me sens obligée de lui préciser

– On préfère la levrette, j’espère que ça ne vous ennuie pas…

Mon époux reste silencieux, mais je sens que cet échange entre notre voisin et moi l’excite fortement.

– Au contraire, ça me fait bander ! Euh… le mot “bander” ne vous choque pas, j’espère…

– Si vous sentiez comme elle mouille, vous ne vous poseriez même pas la question !

Mon mari me pénètre, je trouve son sexe plus gros, plus dur que d’habitude, mais peut-être est-ce parce que j’y prête plus attention. Je me garde bien de leur faire part de cette pensée. Le corps allongé de notre voisin me masque la petite lumière de la veilleuse, pourtant je remarque qu’il se branle d’une main, avant de se branler de l’autre.

Mon corps est plus sensible que je ne l’aurais imaginé. La situation, sans doute, la pénombre également, je ressens plus fort que d’habitude les ondes de mon plaisir ainsi que les va-et-vient vigoureux, de plus en plus vigoureux de mon époux.

Nous avons toujours habité dans des appartements mal isolés, j’ai donc appris, tout naturellement, à assourdir mes cris, mes râles de plaisir. Je les retiens dans ma gorge, je pourrais presque écrire que je les avale, seuls quelques grognements rauques parviennent à s’échapper. Je remarque que notre voisin les entend puisqu’il murmure un « Oh ! Oh oui ! » à chacun de mes grognements.

Mon époux grogne aussi, je sais qu’il a un meilleur point de vue que moi sur mon corps et celui allongé de notre voisin. Je sais qu’il sent mon vagin palpiter autour de son sexe, qu’il sait que je suis en train de jouir. À mi-voix, il en informe notre compagnon tout en feignant d’ignorer sa présence.

– Serais-tu en train de jouir, ma chérie ?

– Groumpf

– Comment ? Que dis-tu ?

– Oohh…

– Oh quoi ? Tu jouis ?

– Oohh… oui… ooohh…

– Tu jouis comment, ma chérie ? Comme une bonne-sœur ou comme une salope ?

– Oohh… comme… ooh… comme une sainte Marie… ooohh… Marie-Salope !

Mon mari pousse un juron de contentement. Je sais, enfin, je suis à peu près sûre que notre voisin a joui pendant notre échange. Je m’allonge entre notre voisin et mon mari. Nous regardons le plafond. Nos respirations sont haletantes, mais sereines. Nous nous accordons une longue pause silencieuse que notre voisin rompt avec cette remarque.

– Ce plan à deux et demi était vraiment idéal pour finir l’année en beauté !

Je me tourne vers lui et lui chuchote à l’oreille « M’autorisez-vous à vous embrasser ? » Sans attendre sa réponse, je pose mes lèvres sur les siennes, nos bouches s’ouvrent, ma langue timide part à la rencontre de la sienne.