Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Renouvellement du bail

Le 8 mars 2019

Té petit, il a fallu que ça tombe sur moi ! Déjà que j’étais pas le meilleur élève de ma classe, déjà que j’ai pas dépassé le certificat d’études, déjà que je fais tellement de fautes que le papier à lettres sert à éponger les larmes du stylo qui n’en peut plus, il a fallu que tu demandes à la Fiancée que je te parle un peu de moi !

Ta mamé est vraiment une brave personne, elle a assepté de faire ses zigouigouis et de noter mot à mot ce que je lui dirai et de les retranscrire à la machine après. Ô put… avé ses lunettes… ô put… Té, tu notes aussi ça ? Mais j’ai pas commencé !

Petit, je sais pas si t’en as conscience, mais ta mamé c’est une sacrée rebelle ! Tu le notes aussi, ça ? Alors, note que tu es la plus sexy des secrétaires de la Confrérie ! Té rigole pas ! C’est vrai ou c’est pas vrai ? Qué t’es la seule ? Jussetement ! Té, petit, ta mamé elle est habillée tout comme il faut, la jupe sérieuse, le chemisier respectable, té, elle a même mis une culotte ! Alors, tu peux deviner comme je la trouve bandante ! Té ! Madame pour moins, elle serait déjà toute rouge, du ventre aux cheveux, mais ta mamé, non ! Juste, elle rigole en me traitant de con et en me demandant quand je vais commencer mon récit.

Alors voilà, comme tu le sais, je suis le petit-fils de Barjaco. J’ai toujours été le gros lourdaud de service, bien gentil, mais très con. J’étais comme ça, on n’y pouvait rien. Et tout a changé à cause de, oui plutôt grâce à Monique, mais laisse-moi t’expliquer.

Je suis le deuxième fils de mon père, qui était l’aîné des enfants de Barjaco, alors il vivait à la ferme, ses frères étaient partis à la ville, sa sœur avait suivi son mari, à l’autre bout du canton. Tu sais, Barjaco ne me prêtait pas plus attention qu’il en prêtait aux autres. Mon frère a fait les études de mécanique, mais moi, j’étais trop con pour faire autre chose que garçon de ferme, mais je n’étais pas malheureux, parce que c’était comme ça. Té, j’étais couillon, j’étais couillon et pis c’est tout. Les gens m’aiment bien, tu sais, le brave couillon mais plus brave que couillon…

Ma femme aimait bien aller au tagada, mais on vivait à la ferme, et comme tu le sais déjà, je ne peux pas me taire pendant la chose. Té, rigolez pas vous autres ! C’est dans ma génétique ! Barjaco parlait, mon père parlait et moi aussi ! C’est dans notre sang ! Alors, comme on entendait tout, des fois on donnait des idées à mon père et des fois ma mère elle aurait bien aimé plutôt dormir ! Alors, on se restreignait. Et puis, tu sais… des fois, le désir c’est comme un feu dans la cheminée, s’il n’est pas attisé, il peut s’éteindre ou avoir du mal à reprendre. Eh bien sûr qu’elle est belle ma comparaison ! Té, fézé les zétonnées, les filles !

Des fois, j’allais en ville pour aller voir mes cousins, ma sœur, la famille quoi ! J’en profitais pour aller faire des courses et me promener, et pis… m’encanailler… On se repassait des adresses ou on allait dans les cinémas pornos ou les sex-shops… J’aimais pas trop aller aux putes, parce que j’avais peur de choper la vérole et que j’avais pas les moyens pour celles qui m’auraient plu… Et puis un jour, je suis allé au ciné… Tu te rappelles ?

Note de Sylvie : Le Bavard s’adressait à Cathy.

Il y avait deux gars devant moi, et ils m’ont demandé si je venais aussi pour le « spectacle vivant » Ô, pute… j’avais aucune idée de quoi ils causaient ! Mais j’ai fait comme eux, j’ai pris un air louche et entendu et j’ai souri pour répondre que oui. Un homme est venu nous chercher. Je l’ai reconnu, c’était l’épicier-boucher itinérant. Paulo qu’il s’appelait. J’ai eu peur qu’il me démasque, mais non, il m’a souri et m’a serré la main et nous sommes entrés dans une petite salle que je ne connaissais pas. Pour les esthètes, il y avait une œuvre cinématographique sur l’écran, mais pour les autres, il y avait la belle boulangère, Cathy et quelques amis… Té ! Le destin et pis c’est tout !

J’avais bien compris que ce qu’on faisait ici ne devait pas sortir d’ici, mais comme j’ai l’air couillon et que j’ai tendance à parler un peu pendant la chose, Paulo et Cathy et certains autres avaient peur que je jacasse. Mais personne ne m’a fait de remarque. C’était un test ?

Note de Sylvie :Le Bavard s’adressait à Cathy qui a répondu que non.

Quand je suis rentré à la ferme, évidemment, je n’ai rien dit. Une petite cousine faisait sa communion, comme à la ferme on avait la place et que c’est la tradition, on organisait le repas chez nous autres. Il fallait commander deux grosses pièces montées, ma femme était bien enceinte de notre dernier, j’ai donc dû aller à la boulangerie.

Quand Cathy m’a vu, il y avait deux clientes devant moi. Aussi des commandes de pièces montées. Pour la même raison que moi. Arrivé à mon tour, j’ai juste dit « Hé bé, ce sera comme pour ces dames… » On n’était que tous les deux dans la boulangerie, mais j’ai quand même fait comme si on n’avait pas couché ensemble dans le cinéma. J’ai passé ma commande et je suis sorti. Le jour de la communion, j’ai récupéré les pâtisseries, Cathy m’a précisé qu’elle avait glissé une facture, je lui ai dit avec mon air le plus couillon qu’on allait pas les déduire des impôts, mais je l’ai remerciée quand même pour l’attention. Je savais pertinemment que ce n’était pas une facture ! Ce n’était pas la première commande qu’on passait à la boulangerie. Mais j’ai réussi à berner Cathy avec mon air couillon et elle a flippé que je donne “la facture” à ma femme en rentrant à la ferme ! Avoue que je t’ai bien eue !

Note de Sylvie :Le Bavard s’adressait à Cathy

Sur la facture, il y avait le calendrier de la tournée des spectacles vivants de Cathy. C’est comme ça que je suis rentré dans la bande à Paulo. Et pis, au fil du temps, j’ai connu Alain, le Notaire et Christian et puis encore après, le Balafré, et d’autres encore. Et puis, Paulo est mort et Cathy est rentrée en grand deuil. De temps en temps, on se retrouvait bien au château, mais il arrivait qu’il n’y ait pas de femmes, ou des… alors… avec Alain et Christian, on allait plutôt à la crique parce que c’était là que les filles se cachaient pour bronzer à poil, ah les Parisiennes ! Elles ne pensent pas qu’on puisse les voir de là-haut ! Alors, on aimait bien se palucher en les matant, comme dirait Monique ! Té, justement, la Monique, c’est elle qui a tout changé ! Qui a tout foutu mon plan en l’air !

J’aimais bien être un con, le couillon de service ! J’aimais bien, parce que je savais faire… Mais voilà, quand on a causé ce soir-là… té, Madame, c’est le jour qu’on s’est connus ! Quand Monique m’a regardé comme elle l’a fait ce soir-là. Pour la première fois, j’ai vu du respect et de l’admiration, ça m’a rendu fier et plus fort. C’est grâce à elle que j’ai pu avoir cette relation avec mon grand-père, Barjaco, avant qu’il meure. Avant, pour lui, j’étais un petit parmi les autres. Tout a changé quand je lui ai parlé de la petite fée, que je lui ai dit pour Monique, je suis devenu unique à ses yeux, celui qui transmettrait. Et quand nous sommes devenus la seconde génération de la Confrérie du Bouton d’Or, il a appris pour toutes ces années où je baisais à couilles abattues sans que personne ne s’en doute à la ferme, il était réellement fier de moi, parce que même bavard, j’avais su tenir ma langue.

Et puis, après, il y a eu l’arrivée de Madame. Je vais être très sérieux. Madame, j’aurais jamais pu être son mari, parce qu’on est trop différents et que le seul qui mérite de l’être, c’est le Notaire. Vouaï. Parfaitement ! J’aime bien l’escagasser, le moquer, le Notaire, mais c’est parce qu’il sait à quel point je le respecte et que je l’admire. Après toutes ces années, après tout ce qui s’est passé, je pense que le seul homme qui méritait d’être le mari de Madame, c’est lui. Madame, elle m’a aidé à faire tomber le masque du couillon, comme me le demandait Monique. C’est pas facile… On se méfie pas du couillon, tu vois… c’est plus facile pour causer avec les gens… on te demande pas ton avis… ou si on le fait, tu réponds par une connerie et tout le monde est content ! Mais quand t’es plus couillon… c’est une autre histoire !

Quand ma femme a appris, quand elle est partie avec les enfants, que je me suis retrouvé tout seul à la ferme, à pleurer du pastis tellement je buvais… que j’avais même plus le goût de m’occuper des terres, que je voulais plus voir personne, Madame a forcé ma porte avec le petit… C’est l’autre fumier de curé qui a lâché le morceau pendant la cérémonie de baptême, faisant entendre que le parrain était le père du filleul… devant ma famille, devant celle de Madame et du Notaire Le scandale du siècle ! Ma femme, je peux pas lui en vouloir, parce qu’elle a été vraiment humiliée devant tout le monde, d’apprendre son cocufiage… mais elle a fait un foin de tous les diables et elle est partie avec les enfants.

Madame est venue avec le petit Vincent, le père du Vincent que tu connais, elle m’a dit qu’étant son parrain, j’avais des devoirs, mais aussi des droits et que le petit en tant que filleul devait aussi me porter secours si j’en avais le besoin. Alors, elle s’est installée pour un mois tout entier, avec le petit, ses autres enfants avaient été envoyés en colonie, tout le village pensait qu’elle était elle aussi partie dans la famille du Notaire avec son époux. Tu te rends compte ? Elle a vécu cachée dans ma ferme pendant tout un mois, avec notre petit. Rien que pour moi ! Put… j’ai jamais autant baisé que pendant ce mois et qu’elle ! Que Madame ! Tu te rappelles ? On baisait tellement que même quand on baisait pas, bé… on baisait quand même ! Elle donnait la gougoutte au petit et hop, un regard elle était toute rouge et je savais bien pourquoi ! Tu sais, elle me l’a même donnée la gougoutte ! Té, Madame, y a prescription ! Et vouaï, c’est un beau geste d’amour ! Tu vois, tout le monde le dit !

Elle m’a redonné le goût à la vie, alors, je pouvais plus rester trop couillon. Sauf pour les villageois. Dès son “retour” au village, elle a gardé la tête haute. Oui, le petit Vincent avait peut-être été conçu lors de cette fête où ayant bu deux kirs, elle n’avait pas pu résister à ma proposition malhonnête, mais cet enfant était là et elle l’élèverait comme les autres, avec amour et fierté. Et moi, j’ai fait le couillon repenti qui avait aussi bu un coup de trop et qui s’était laissé aller à cette partie de jambes en l’air. Mais comme je suis couillon, mais brave, je remplirai mon rôle de parrain en épaulant cet enfant dès qu’il en aura besoin. Le Notaire a fait voter une résolution au conseil municipal pour rappeler que l’alcool ne doit pas être servi à quelqu’un déjà ivre et que lors des kermesses du comité des fêtes, la mairie prendrait des sanctions si la loi n’était pas respectée.

Mais on a aussi été obligés de faire plus attention que les autres, parce que si quelqu’un nous avait vus rentrer dans la même lieu, c’en aurait été fini de la Confrérie. Si ! Encore heureux, le mas de Jimmy était parfait et… c’est pour ça que de toutes les scènes, j’ai envie de te raconter ma préférée… parce qu’elle… Je peux raconter une scène ou pas ?

« Renouvellement de bail »

Alors, je t’esplique. Sur la scène, il y a une grande table de ferme, quatre chaises, une bassine, une grosse éponge. Madame est debout, presque accoudée à la table. Elle est habillée en bourgeoise sévère, en tailleur strict et moche.

Note de Sylvie : Madame proteste « C’est un tailleur Chanel ! » « Je te dis pas que c’est pas un tailleur Chanel ! Je dis que c’est un tailleur moche ! Té ! Le tissu ressemble au dessus-de-lit de ma mémé ! Chanel ou pas Chanel, pour moi, c’est comme si c’était un tailleur avé le tissu de la robe de chambre de mémé et une robe de chambre de mémé… bé… c’est moche ! Vé, la petite, elle me comprend au moins ! Et si la petite fée elle était là, bé… elle dirait pareil que nous ! »

Bon. Où que j’en étais ?

Note de Sylvie : Monique a proposé de convoquer son ectoplasme ou sa petite fée, puisque le Bavard préfère parler de petite fée, pour savoir s’il/elle se rangerait plutôt à leur avis ou plutôt à celui de Madame. Impatients d’écouter son récit de la saynète, nous avons protesté mollement, le Bavard, la main sur le cœur et le regard empli de fausse sincérité, s’est justifié « Croyez-moi, consœurs, confrères, ce n’est pas par goût du vice, c’est… de l’espérience ès scientifique ! ». S’en est suivie une interruption du récit. Malgré tout l’enthousiasme qu’ils y ont mis, l’ectoplasme/petite fée n’a pas jailli du corps de Monique.

Madame est habillée en tailleur Châââââânelllll… moche et elle s’impatiente. J’entre. On voit que j’ai travaillé dur au soleil. Je retire ma casquette, dégage le haut de ma salopette en faisant tomber les bretelles et je m’essuie avec un grand mouchoir. Je sursaute en apercevant Madame. Je suis tout gêné qu’elle me trouve en débraillé, en tenue de travail.

– Escusez-moi, Madame, mais c’est pas le mois prochain que je vous paie mon fermage ? Si j’avais su que vous viendriez… aujourd’hui… Voulez-vous bien m’attendre dans la cour, le temps que je me fasse tout propre, tout en dimanche ?

Té, petit, j’en profite pour te faire remarquer que je ne suis pas le grossier malpoli que Madame décrit à son mari !

Note de Sylvie : Madame a protesté « Ce n’est pas la même histoire ! Et puis, surtout, c’est toi qui racontes ! Tu vas te donner le beau rôle ! » Cathy a ajouté que l’âge venant la mémoire du Bavard était sans doute défaillante et que peut-être nous jouer la scène la raviverait. Le temps d’installer le décor, de se costumer, le Bavard reprit son récit là où il avait été interrompu.

–  Ainsi, vous pensez pouvoir décider du moment où j’aurais le droit d’entrer chez moi? ! Avec cette canicule, je devrais attendre en plein soleil, votre bon vouloir ? Mais c’est le monde à l’envers !

–  Mais non, Madame ! Mais… c’est que je suis en nage et… vous êtes si… élégante… je voudrais… un brin de toilette…

–  Je ne bougerai pas d’ici ! Mais pour ne point offenser votre pudeur, je détournerai mon regard pendant votre… brin de toilette.

Tout en me débarbouillant, je m’excuse de m’être embrouillé dans les dates et je remarque que Madame est en train de me reluquer alors qu’elle avait promis qu’elle le ferait pas. Elle s’approche de moi, avec les yeux qui puent la chatte… Hé, c’est vrai ou c’est pas vrai ?

–  Mon mari souhaiterait dénoncer le bail de fermage qui nous unit… toutes ces terres… on pourrait facilement les revendre par lots… ou les transformer en camping… ce qui nous rapporterait davantage…

–  Mais… mais… que deviendrais-je ? Ce contrat lie nos familles depuis des générations ! Vous allez me mettre à la rue !

–  Justement, mon brave. Justement ! Le contrat de fermage a été établi entre ma famille et la vôtre et j’ai encore mon mot à dire le concernant ! C’est pourquoi, je suis venue vous en parler afin d’en discuter les termes…

Je m’essuie le front de mon grand mouchoir, Madame s’approche plus près de moi, en glissant comme une couleuvre se réfugiant dans un buisson. Elle plonge la grosse éponge dans la bassine d’eau et la presse au-dessus de mon torse, en me demandant comment je me lave pour séduire les femmes.

–  C’est que, Madame, je n’ai guère de femme à séduire…

–  Que me dites-vous là ? Pas de femme ? Faisant, point d’envies ?

–  Si fait, Madame, si fait !

Alors, cette réplique, elle est de la douce Mireille, qui aime m’entendre causer comme à la Comédie Française.

–  Et comment les assouvissez-vous, mon brave ? Ne me dites pas, avec les…

–  Peuchère, non ! Mais regardez bien mes mains… oui ! La paume de mes mains… toute cette corne… hé bé… y a pas que les travaux des champs… !

Madame continue son petit jeu avec l’éponge et me la tend. Je vais pour retirer mon débardeur, qu’elle me dit non… de faire comme si je me lavais, mais en gardant mon maillot… que c’est plus sexy comme ça… et de faire mon coquin… mon petit vicieux… mon petit salopiaud… Y a quand même un bail à signer dans moins d’un mois… et puis… je commence à la trouver bien bandante, la proprio… avec son chignon et son air tout sérieux… Et de là, qu’elle envoie pas valdinguer la bassine qui se renverse sur ma salopette ? Elle va pour la ramasser quand je l’en empêche.

–  N’allez pas vous salir ! Laissez-moi faire !

Je me baisse pour éponger le sol et je reprends la bassine pour la remettre à sa place, mais en me redressant, je me trouve face à Madame qui s’est assise devant moi, nez à nez, ou plutôt nez à bite. Vaï, t’es contente ? Je l’ai dit, le gros mot !

Note de Sylvie : On n’avait pas prévu de jouer une scène, encore moins celle-ci, mais Madame a su réagir au quart de tour ! Elle a même improvisé un « Montre-moi s’il est si gros que ça, ton gros mot ! » avant de rougir et de reprendre sérieusement son rôle qui ne l’est pas.

Madame une chose est certaine, dans une autre vie, je l’épouserai… ou alors Mounico, la fille de Mère-Nature, mais, comme dirait la femme de ménage, revenons à nos moutons.

Assise devant moi, Madame m’arrache l’éponge des mains et s’esscuse de sa maladresse. En voulant arranger tout ça, elle aggrave la situation et se sent dans l’obligation de m’ôter ma salopette.

– Oh ! Mais vos cuisses… puissantes… viriles… poilues… sont également trempées ! Laissez-moi faire !

Elle m’arrache mon caleçon et tout en le frottant sur mes cuisses, regarde fixement mon membre. Elle semble en estimer la valeur, comme un maquignon avec un taureau. Sans me demander mon avis, elle prend ma bite dans sa main, la regarde sous toutes les coutures, teste sa dureté, la renifle… Si que tu la renifles ! Hein, vous autres, qu’elle la renifle ?

Note de Sylvie : Le Bavard a raison, Madame l’a toujours reniflée à ce moment du spectacle. Ah ah ! Prise en flagrant délit de chochotterie, sur ce coup-là, Madame !

Et pis après, qu’elle me soupèse pas les joyeuses ? Un maquignon, j’te dis ! Un maquignon de la bite ! Montre-leur, Madame ! Et pis, faut que je me rappelle… pour bien raconter au petit… la transmission, t’y as pensé ? Surtout qu’on a des intérêts avec la troisième génération ! Que ce soit avec Pauline ou avec le petit Vincent… Voilà… Voui ! Comme ça… !

Elle me soupèse pas les bijoux de famille et qu’elle fait pas sa pimbêche… déçue et tout…

– Il me semblait que les hommes de la terre… mon amie m’avait laissé entrevoir d’autres proportions… son métayer…

–  C’est que je ne suis pas votre métayer, Madame, je suis votre fermier !

–  Et de l’esprit avec ça ! Décidément, vous me plaisez de plus en plus, mon brave ! Possédez-vous le téléphone dans votre… masure ?

–  Oui, Madame, depuis l’automne dernier ! Avé la télé, j’ai tout le confort moderne de la modernité confortable !

–  Peu me chaut la… télé ! Puis-je me permettre… ?

Madame compose un numéro sur le cadran, elle appelle son amie en lui demandant quelques précisions et en se plaignant de son fermier moins bien doté que le métayer. On devine les réponses de l’amie à l’autre bout du fil.

–  Oui ! Exactement, ma chère ! Nous vous attendons… Oui… Oui… Vous avez parfaitement raison, très chère, l’essayer ne m’engage en rien ! Oui… Tout à fait… ! Oui !

Madame raccroche le combiné, revient, tourne autour de moi, tâte mes fesses, mes biscoteaux, palpe ma bite, soupèse mes couilles.

–  Montrez-moi, mon brave, comment vous manœuvrez votre engin pour susciter l’émoi d’une dame respectable !

–  Mais… je ne sais pas…

– Tss tss ! Et la corne dans votre main ?

–  C’est que d’habitude… j’ai l’imagination… pour m’échauffer, je regarde des photos… et j’imagine…

Madame me suggère de reproduire les poses des pines-up. Elle s’installe sur la table. Je lui demande d’échancrer son chemisier et d’ouvrir la bouche comme si elle voulait se régaler de ma pine. C’est Madame qui exige les gros mots, sinon, je me serais jamais permis ! Mais elle ne fait pas comme ça me conviendrait, ou bien elle a la bouche en cul de poule ou bien elle est trop grande ouverte, qu’on croirait que Madame s’apprête à communier ! Et elle se tient mal… pas comme une pine-up.

Note de Sylvie : Le Bavard a exigé que j’écrive ainsi, moi qui déteste les calembours foireux ! 😉

Je m’approche d’elle et l’installe comme j’ai l’envie. Pour qu’elle ouvre bien la bouche comme je veux, je m’approche d’elle et taquine ses lèvres avec mon gland, un peu comme si je voulais lui baiser la bouche et juste au dernier moment, je reprends ma place et lui promets de lui faire goûter sous peu mon sucre d’orge. Je lui demande de me regarder faire, si elle aime que je me branle pour elle, si elle mouille pour moi. Comme elle me répond pas, toute fascinée qu’elle est de voir ma grosse main aller et venir autour de ma grosse bite, je lui repose la question.

–  Venez vérifier pas vous-même, mon brave ! Mon taurillon provençal !

–  Qué « taurillon » ? Je vais te montrer ce qu’est un vrai taureau, la bourgeoise !

Ni une, ni deux, je fonce vers elle, lui arrache sa vilaine jupe. Boudiou ! En dessous, c’est tellement beau que c’est presque plus sexy que si elle ne portait rien ! Et quand je touche le tissu… fatché ! Je retourne Madame contre la table, je ne lui retire pas la culotte, mais l’écarte licatement avant de la prendre sauvagement.

–  Alors, ma salope ? Comme ça, t’en voulais du taureau provençal ? Tu la sens ma grosse pine de taureau quand je fourre ton joli con de citadine ? Tu la sens… HAN !… la ruralité ? Tu… HAN !… la sens bien… HAN ! profonde ? Dis-moi que t’aimes ça, ma salope ! Allez ! Dis-le-moi !

– Oh oui ! Culbutez-moi comme une souillon… !

–  Tu veux que je te lime ou tu veux que je te bourre ?

–  J’ignore la différence

–  Ferme les yeux et concentre-toi ! Là… je suis en train de te limer…

–  Hummm c’est bon !

–  Et là… HAN ! HAN !… je te bourre !

–  Oooh ! Tu me fais perdre la tête ! Oooh… j’ai oublié oooh… la différence… tu… humm… peux… rec

–  Limer

–  Humm… hummm… ooohh… !

–  Bourrer

–  Oooh… Oooh… humm !

Je recommence jusqu’à qu’elle a fait son choix, mais Madame n’arrive pas à se décider. À ce moment, une blondinette fait son entrée accompagnée de son métayer ainsi que de trois ouvriers agricoles… avé des mains blanches comme des cachets d’aspirine et les ongles tellement propres qu’on croirait ceusses de filles !

Note de Sylvie : Étant parvenu à ses fin, à savoir, faire râler ces dames avec sa remarque à la con, le Bavard poursuit son récit.

Peuchère, ils m’en font de beaux, d’ouvriers agricoles ces quatre marioles ! Mais bon… je passe… La blondinette me regarde faire, me sourit comme elle sourirait à une chaise, se penche vers Madame pour lui faire la bise.

–  Alors… smouïc smouïc… tu as suivi… smouïc… mon conseil… smouïc… finalement ?

–  Oui ! Oh ! Et je ne le regrette… humm… plus fort, mon brave… pas !

Et de là, qu’elles commencent pas à jacasser comme de rien ! La blondinette a l’accent tellement pointu qu’il raye les vitres de mes fenêtres, mais elle a un sourire coquin qui me fait bander plus fort. Boudiou, c’que c’est bon ! La Parisienne fait l’article à sa copine, elle déloque un à un ses étalons, en vantant leurs mérites respectifs… Té, petit, écoute-la comme elle parle de nous autres, pauvres hères !

–  Comme je te le disais, la taille ne fait pas tout… enfin, pas toujours… quand j’ai essayé celui-ci…

Note de Sylvie : À ce moment, Monique fait avancer Joseph “le Sage” jusque devant Madame.

–  J’ai cru qu’il se moquait de moi.J’allais le congédier sur le champ, quand une petite voix me souffla de ne rien en faire… Je l’essayai et… attends, tu vas voir !

Et là, qu’elle me dégage pas comme un vulgaire sac poubelle ?!

–  Tiens… essaye-le et tu verras !

Le Sage prend ma place et je suis tout surpris de voir Madame roucouler comme une colombe. Vouai, parfaitement ! Comme une colombe ! La Parisienne me prend la bite comme on prend la main à un bambin pour pas qu’il glisse sur le sentier, elle m’attire vers elle et… Boudiou ! Sa bouche c’est la maison de famille de ma bite, putain ! Oh qu’elle s’y… sent bien ! Ô pute borgne, c’est Sainte-Marie-de-la-Pipe cette nana-là ! Et sa bouche pleine de ma pine, elle continue sa conversation… Je sens que je vais venir quand elle retire sa tête…

–  Et celui-ci… regarde… n’est-elle pas a-do-ra-ble cette jolie marque brune ? Et soupèse-moi ces bourses ! On les sent bien pleines, n’est-ce pas ? Et t’as vu ? L’animal est réactif ! À peine… et hop ! au garde à vous ! Mais… essaye-le donc aussi… tu verras ! Je peux m’enfiler le tien ou tu préfères en garder la primeur encore un peu ? Oh ! Merci, t’es sympa ! Il est comment en sodomie ? Ah ? T’as pas encore testé ? Je peux ? T’es vraiment sympa, comme fille !

Et là, qu’elle tourne pas autour de moi en réfléchissant à haute-voix… elle me fait allonger sur la table et s’empale par le cul sur mon membre. Juste au-dessus de mon visage, il y a celui de Madame qui est en train de jouir du Balafré. Comme il a fait ses preuves, la Parisienne le congédie d’un battement de mains.

–  Celui-ci, je te l’ai pris pour le chemin du retour. Tu verras, il est tellement confortable que c’est un plaisir en soi de le chevaucher en pleine nature ! Tu verras ! Et endurant aussi… Humm… mais ta bite est un véritable régal pour mon cul, mon gars ! Je te l’échangerais bien contre un des miens pour la soirée… Oooh… mais qu’il m’encule bien, le bougre ! Tu verras, il te fera découvrir les joies de la Nature ! Et, crois-moi, je m’y connais, question nature !

Et d’un claquement de doigts, elle demande à son métayer d’approcher.

Mais pour toi qui rêves de sodomie sans limite regarde ce que je t’apporte ! Si ça c’est pas de la bite de compétition, je ne m’y connais p

Je suis le seul à comprendre ce qui lui a fait fermer son clapet, à la Parisienne, vous la voyez vraiment pas, la petite fée ?

Note de Sylvie : Le Bavard souhaite arrêter son récit, mais tient à ce que tu saches que le spectacle ne fait que commencer !

Lettre n° 12

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Annexe à lettre n° 10

Comme je te l’ai expliqué, je lis mes lettres aux membres de la Confrérie du Bouton d’Or avant de te les adresser. Jusqu’à présent, j’incorporais leurs remarques dans la version 2.0 que je t’envoyais, mais puisque tu préfères que je te note les précisions de chaque membre, je m’exécute !

Monique trouve très juste ma remarque concernant ses dons d’imitatrice. Elle a cru bon d’ajouter que ça nous faisait un point commun supplémentaire. J’ai haussé les épaules en lui répondant avec mon meilleur accent provençal « Tu déparles, Mounico, vé comme… » Alain a fait semblant de cocher une liste, genre “nombre de points communs +1”.

Christian m’a demandé d’insister sur l’état de nervosité que les mouvements incontrôlés de ses doigts trahissaient. Il voulait que je te précise les raisons de son émoi. Il était présentement devant sa grand-mère (Nathalie), en train de se faire sucer par la petite-fille (Monique) et devant elle, de la femme (Rosalie) dont il interprétait le rôle du mari (Pierrot) ! J’avoue, on serait perturbé à moins. N’empêche ses doigts… ! Quelle femme ne rêverait pas d’être la cause d’une telle agitation ?

Le Bavard nous a fait tout un numéro pour me demander d’ajouter deux commentaires.

Il n’est pas une tête de mule MÊME S’IL est monté comme un bourricot. Si ça peut lui faire plaisir… !

Pour l’autre remarque, laisse-moi te décrire la scène.

– Hé les starlettes du tapis rouge, quand vous aurez fini de vous la jouer “50 minutes inside”… Avec Madame, on se disait…

Alain : Avec Madame ?

– Hé vé, vouais, justement, môssieur l’enculeur de mouches à tête fraisée, justement ! C’est pour pas troubler vos vieilles oreilles en faisant interférence que je lui occupais la bouche à Madame ! Té… dis-leur que… ô put… non ! Leur dis rien… ta bouche me manque déjà… ! Dis donc, le Notaire, tu trouves pas qu’elle suce de mieux en mieux, ta petite femme ? Boudiou ! Plus que quelques décennies et elle sucera peut-être aussi bien que celles-là ! Descessa de rire, Madame ! Tu vas finir par me la mordre !

Reprenant son sérieux, il me fit remarquer que les rideaux semblaient souvent s’ouvrir ou se refermer comme par magie et que j’avais oublié de préciser que Jimmy et le Balafré avaient été les metteurs en scène, les techniciens de plateau et les régisseurs de cette première d’Au théâtre ce soir à notre façon.

Alain a alors eu l’idée d’en faire l’objet de cette lettre et de te préciser que c’était le titre d’une émission de théâtre, de vaudeville la plupart du temps. Une fois par mois, les téléspectateurs pouvaient suivre la retransmission d’une pièce, de qualité très inégale, malheureusement.

Ce qui était quasi immuable, c’était la formule « Les décors sont de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell ». Nous avons ri en l’évoquant et Joseph nous a fait remarquer qu’étonnamment, tous les français ou presque connaissaient leur nom, alors que personne ou presque n’aurait été capable de les reconnaître en les croisant dans la rue. La célébrité anonyme ! Le summum du luxe !

Quand elle eut fini de s’occuper la bouche, Madame voulut que je corrige un passage. Elle affirme que dans son regard ne brûlait pas une flamme de désir, mais qu’elle se demandait si elle aurait assez d’ardeur pour abréger le supplice de cet homme dont le seul crime avait été d’avoir voulu partager un peu de son savoir avec des êtres chers. Dont acte, comme on dit !

Jimmy aimerait que je te parle, dans une prochaine lettre, de la relation très particulière que nous entretenons, lui et moi. Je n’y manquerai pas.

Le Notaire et Cathy étaient trop occupés pour émettre le moindre avis. Leurs gestes étaient si lents qu’on aurait pu les croire endormis au beau milieu d’une étreinte.

L’évocation de cette représentation a réveillé chez Martial et Monique ce que nous nommons, avec la plus parfaite mauvaise foi, leur perversion. Ils se sont isolés pour une lecture à deux voix et à deux corps d’une tragédie. Il n’a donc fait aucune remarque.

Le Balafré n’a émis aucune réserve. « Tout était parfait. Comme d’habitude. À ton image ! ». Il était vautré plus qu’assis dans un large fauteuil en cuir. Les fées ont offert au Balafré le don de me précipiter dans ses bras quand il me sourit d’une certaine façon. J’ai donc posé mon stylo pour le rejoindre.

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Au théâtre ce soir

Le 28 février 2019

Mon petit Lucas,

Comme je te le proposais et puisque tu souhaites en savoir un peu plus, je vais aborder le versant culturel de la Confrérie du Bouton d’Or.

Jimmy a toujours voulu préserver son mas de la présence d’enfants. Il avait décidé qu’il n’en aurait pas et voulait pouvoir vivre chez lui exactement comme il en avait envie sans avoir à se poser la moindre question. Il aimait recevoir ses amis, organiser des fêtes sans avoir à se préoccuper d’attendre une heure convenable pour s’autoriser quelques inconvenances…

Il ignore tout de ses origines. Comme tu le sais, c’est un enfant né sous X, d’une jeune fille qui disait avoir conçu ce bébé avec un soldat britannique et que c’était pour cette raison qu’elle avait voulu le prénommer Jimmy. Ne sachant pas d’où il venait, il voulait être maître de là où il irait. Le mas semble avoir été construit pour qu’il y habite ! Avant même d’en être le propriétaire, il savait qu’il le serait un jour et comment il aménagerait son domaine. Il a tout de suite eu l’idée de cette salle de spectacle, a demandé conseil auprès de Valentino pour monter une scène “un peu plus sérieuse qu’une simple estrade !” et qu’il lui dit, sous le seau du secret, son intention d’offrir un spectacle en hommage aux fondateurs de la Confrérie, dès que la salle pourrait l’accueillir à hauteur de notre respect. Laisse-moi te raconter cette première représentation.

D’après une illustration de Fredillo

Jimmy avait convié tous les membres à une soirée exceptionnelle dans sa toute nouvelle salle des fêtes. Il avait reconstitué une sorte de salle de cabaret telles qu’on peut les voir sur les toiles de Toulouse-Lautrec, avec des guéridons, des chaises bistrot, sur chaque guéridon des verres, une carafe d’eau, une de vin, du pain, de l’ail, de l’huile d’olive, des anchois, quelques fruits confits, mais surtout le programme de la soirée.

Si l’on excepte Valentino « Maurice », aucun des membres fondateurs ne s’attendait à ce qui allait suivre. Quant à notre génération, si nous connaissions l’idée de l’hommage, nous ignorions sous quelle forme il serait rendu. Contre les murs de la salle, deux sofas se faisaient face, un large lit, quelques fauteuils, mais surtout cette scène digne d’un véritable théâtre ! Au fond de la scène, habilement masquée, une double porte permet d’accéder à la pièce qui tient tant de la réserve que de loges. Quand nous fûmes tous installés, il se leva, monta sur la scène et expliqua.

– Mesdames, Messieurs les fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, puisque vous m’avez jugé digne d’en assurer la descendance, puisque les lieux me le permettaient, j’ai voulu vous offrir la primeur du genre de spectacles que je compte y donner. Puisque je sais votre goût pour l’observation de nos galipettes, puisque je sais votre goût pour le théâtre, les costumes et les saynètes érotiques, puisque Bouton d’Or nous en a laissé le récit, nous vous proposons, ce soir, de vous interpréter « L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’imagination » d’après ses souvenirs.

Avant de venir nous rejoindre, il ouvrit, avec l’aide du Balafré, le rideau qui masquait la scène. Jimmy avait vraiment pensé à tout. Le décor sobre, mais suffisant nous projetait dans la maison de la rue Basse dans les années 1920, telle que nous nous l’imaginions : un vieux divan, quatre chaises, un guéridon, une grande malle de voyage. Alain, Monique, Cathy et Christian firent leur entrée sous nos exclamations de surprise admirative.

Alain avait plaqué ses beaux cheveux avec du Pento, il portait un postiche, la réplique exacte de la moustache de Toine, il avait fait pousser suffisamment sa barbe pour avoir l’allure de son personnage. Monique, vêtue d’une robe bleue, toute simple, portait une longue perruque blonde, la ressemblance avec Rosalie était frappante. Cathy portait une robe “folklorique” comme on commençait à en trouver un peu partout sur les marchés, ses longs cheveux bruns remontés dans un chignon un peu fou, sa ressemblance avec Nathalie était plus que frappante, elle était troublante, réellement troublante. Christian portait une fausse barbe et une fausse moustache, je me souviens surtout de son rire nerveux qu’il essayait de calmer en nous tournant le dos.

Tous les regards de la jeune génération se tournèrent en direction des fondateurs. Ils ouvraient des yeux émerveillés et s’interrogeaient du regard, comme s’ils en ressentaient le besoin. Non, ils ne rêvaient pas ! Oui, c’était bien un de leurs souvenirs que leurs descendants allaient jouer devant eux ! Il me fallut entendre le raclement de gorge de Monique pour prendre conscience du bruit qui régnait, ce brouhaha indescriptible composé de murmures, de chaises qu’on déplace légèrement pour mieux jouir du spectacle, d’un verre qu’on repose un peu trop bruyamment. Elle ferma les yeux, prit une profonde inspiration et marmonna « C’est parti ! » autant pour elle-même que pour ses partenaires.

Monique ouvrit la malle, Alain, Christian et Cathy se penchèrent au-dessus et en vidèrent le contenu en s’apostrophant joyeusement.

– Marie-Louise a été ben généreuse de m’offrir toutes ces merveilles !

– À ton avis, qui a joué le rôle du chasseur ?

– J’en sais rin !

Alain et Monique mettaient beaucoup de conviction dans leur jeu, cependant quelque chose clochait, mais j’aurais été incapable de dire quoi, si je n’avais constaté cette même surprise parmi le public et si Martial ne s’était pas penché vers moi pour me demander « Pourquoi imite-t-elle mon père ? ». Parmi les talents dont les fées ont omis de doter Monique, il y a celui de l’imitation. Rosalie roulait les r comme la paysanne normande qu’elle était ; Monique, en vraie parisienne, raclait les siens comme il se doit. Heureusement que très vite, prise dans le feu de l’action, elle abandonna sa piètre imitation. Alain enfila la veste, sortit une feuille pliée en quatre d’une des poches.

–  Qui, parmi vous croit aux coïncidences ?

Ils se regardèrent les uns les autres en faisant non de la tête. Alain tint la feuille exagérément loin de son visage, le bras tendu devant lui, l’autre main, faisant de grands moulinets.

– Fées, répandez partout la rosée sacrée des champs ; et bénissez chaque chambre, en remplissant ce palais de la paix la plus douce !

–  Des fois, j’y crois un peu… aux coïncidences… parce que des fois… je ne m’explique pas tout… mais comme tu n’y crois pas, alors je préfère ne pas y croire, mais…

–  Que me dis-tu là, Pitchounette ?

–  Comme tu n’y crois pas… je me dis que tu dois avoir raison…

–  Mais que tu y croies ou que tu n’y croies pas, ça ne changera pas l’amour que je te porte, ma Pitchounette ! Comment puis-je défendre la liberté de penser si je t’impose la mienne ? !

–  Je ne sais pas… mais si tu n’y crois pas… tu es plus savant que moi… Mais des fois… tu vois, il y a des choses que je ne m’explique pas… alors, je me dis que c’est… le destin… ou… Comment tu dirais, toi, pour ces mots que tu as trouvés justement aujourd’hui ? Comment tu dirais ?

–  Je ne sais pas ! Une chance ! La chance de sentir, là… tout au fond de moi à quel point je t’aime ! La chance de tenter de te convaincre de ne pas renier celle que tu es pour me plaire, parce que tu me plais telle que tu es, Pitchounette… telle que tu es… C’est toi que j’aime, toi, Nathalie, la femme que tu es, je ne veux pas d’un tas de glaise que je modèlerais à ma guise… Je veux que tu… Oh… je t’aime, ma Nathalie, je t’aime !

Christian tenait Monique serrée dans ses bras.

–  Je t’aime tout autant qu’il l’aime, tu sais…

Chacun à une extrémité de la scène, Alain et Christian refermèrent le rideau quelques instants. Le temps de se préparer pour le tableau suivant. Quand il se rouvrit, ils étaient assis sur le canapé. Alain relut le quatrain.

–  Fées, répandez partout la rosée sacrée des champs ; et bénissez chaque chambre, en remplissant ce palais de la paix la plus douce !

–  Tu peux le redire encore, Toinou ? Je trouve ça très beau !

–  Oui, c’est vrai, c’est très beau ! C’est une pièce de théâtre, un opéra ou un poème ?

–  C’est tiré du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare…

Christian, Monique et Cathy se regardèrent, perplexes.

–  Vous ne connaissez pas Shakespeare ?

Tous les membres de la Confrérie du Bouton d’Or connaissaient la différence de classe sociale entre les différents comparses, Alain n’eut qu’à dire naturellement les mots de Toine.

–  Roméo et Juliette… vous connaissez ? C’est de lui, c’est de Shakespeare…

–  Comment tu dis qu’on dit, Toine ? « Shakespeare » ? Je croyais que ça se disait…

–  Tu croyais que ça se disait… ?

–  Il y a quelques semaines, ton père a reçu une malle pleine de vieux livres et il m’a demandé de les ranger à côté des romans de la bibliothèque municipale. J’ai ben vu qu’il y avait plusieurs pièces de théâtre, dont « Roméo et Juliette », mais je croyais que ça se disait…

–  Tu croyais que ça se disait… ?

–  Je te préviens, si tu te moques de moi… je te préviens ! Si tu ris… gare à toi !

–  Promis !

–  Je croyais qu’on disait « Chat qu’espère »… t’avais promis, Toine ! T’avais promis…

–  Je ne me moque pas, mais… « Chat qu’espère »… c’est… tu sais c’est très poétique, Bouton d’Or…

Monique fit la moue, Cathy prenant la défense de son amie, claironna.

–  Pour ta peine, on va t’attacher à une chaise et tu devras regarder tes trois couillons préférés se donner du plaisir… hein qu’on va faire ça ?

Christian approuva vigoureusement de la tête, tandis qu’Alain joua le dépit. Le temps que les trois autres trouvent les cordes pour le ficeler, Alain était dévêtu, malheureusement, le trac l’empêchait de bander comme il aurait fallu. On pouvait voir la panique commencer à le gagner, mais avant que ça ne tourne à la mauvaise farce, en silence, ils se regardèrent et se sourirent. Fin de la panne !

–  Ho gari ! T’as pas trop l’air de la redouter ta punition !

–  Attache-le donc à la chaise pendant que Nathalie et moi nous changeons… et mets cette tenue, nous revenons tout de suite !

Monique et Cathy refermèrent le rideau. On entendait les bruissements des coulisses puis le son caractéristique du bras d’un tourne-disque tombant sur la galette de vinyle. Les notes de “Nuits de Chine” retentirent. À la fin de la chanson, on entendit le rire d’Alain « T’aurais pu faire semblant de serrer les liens, gari ! » et Christian tout en marmonnant qu’il avait l’air couillon attifé comme ça, ouvrit le rideau comme s’il ignorait notre présence.

Cathy fit son entrée, telle que décrite dans le récit de Rosalie, vêtue de la robe de bergère d’opérette qui avait tant plu à Nathalie un demi-siècle plus tôt. Un “Oooh !” de surprise admirative emplit la salle. Je regardai Madame qui m’indiqua d’un mouvement du menton de tourner plutôt mon regard vers les vieux. Nathalie, Neuneuille et Barjaco avaient la bouche grande ouverte, Nathalie semblait psalmodier son étonnement. Rosalie posa sa main sur la sienne, elles se sourirent. Valentino restait impavide, il n’était pas moins surpris que ses amis, mais il savait mieux le masquer.

–  Hé, monsieur le chasseur ! Vous me voyez bien dans l’embarras… Je dois mener mon troup…

Cathy, les poings sur ses hanches, s’interrompit pour tancer “le Toine” « Descessa de rire, Toinou ! »

« C’est comme ça ! Oui, c’est comme ça que j’ai fait ! » Nathalie nous désignait Cathy de son index, excitée et ravie comme une enfant.

–  … je dois mener mon troupeau et j’ai perdu ma badine… Ah… si seulement une bonne fée venait à passer par là…

Je souriais, observant Rosalie guetter l’entrée en scène de Monique, qui fit un petit pas sauté, ouvrant les bras comme le faisaient les enfants lors des spectacles de fin d’année.

–  Ai-je bien entendu ? Une bergère m’aurait appelée à son secours ? Mais, petite étourdie, qu’as-tu fait de ta badine ?

–  Je l’ai égarée, Madame la Fée… sauriez-vous la retrouver ?

–  Hélas… je ne le puis, mais si tu suis mon conseil, tu en feras apparaître une autre…

Tout en faisant semblant de lui chuchoter un secret à l’oreille, tout en l’aidant à dénouer son corsage, tout en faisant mine de vouloir faire pigeonner la magnifique poitrine de Cathy, Monique la caressait avec un plaisir non dissimulé.

–  Voilà qui est fait ! Que cette journée te soit douce, jolie bergère !

Cathy fit semblant de chercher du regard…

–  Mais… bonne Fée… je ne la vois point !

–  Ouvre grands tes yeux, jolie bergère et regarde !

Déboutonnant Christian, lui arrachant presque ce pantalon ridicule, Monique désigna son sexe gonflé, tendu, dressé. Cathy, jouant la surprise, s’approcha de lui, s’agenouilla, le caressa du bout des doigts, comme si elle le découvrait.

–  Mais quelle étrange badine… si douce… si chaude… comme vivante… je n’en ai point vu de semblable de toute ma vie ! Quelle étrange badine…

–  Jolie bergère, apprends que l’on doit la nommer…

–  Que l’on doit la nommer ?

–  Que l’on doit la nommer « verge »

–  Comment l’appelez-vous ? « Vierge » ?

–  Mais non ! « VERGE » ! Et regarde, jolie bergère, ces deux jolis fruits ne sont point des grelots, il faut les dorloter, les caresser, en prendre grand soin, sinon la verge se brisera.

–  Oh, ce serait tellement dommage…

Nous regardions Monique et Cathy caresser le sexe de Christian qui avait fermé les yeux et respirait profondément. Pour ma part, j’étais fascinée par les mouvements incontrôlés de ses doigts. Un éclat lumineux me fait tourner les yeux vers Alain qui ne perdait pas une miette du spectacle et souriait à pleines dents. Se sentant observé, il me jeta un bref coup d’œil avant de reprendre son sérieux. Avant de tenter de reprendre son sérieux, devrais-je écrire…

Barjaco s’agitait sur sa chaise « Boudiou ! Si j’avais suj’aurais ramené mes lunettes Qué malheur ! ». Le Bavard lui tapota l’épaule en les lui tendant « Oh, merci, mon petit ! Brave petit ! »

–  Oh ! Regardez, madame la Fée, la verge a du chagrin…

–  Jolie bergère, elle n’a pas de chagrin, c’est sa façon de réclamer le baiser auquel elle a droit… regarde, il faut l’apaiser ainsi…

Du bout de ses lèvres, Monique taquina le gland de Christian. Cathy la rejoignit dans ce baiser, leurs langues, visibles de tout un chacun, dansaient ensemble un tango sensuel. Christian lança la couronne de fleurs qui ornait le front de Monique. La couronne atterrit sur les genoux d’Alain qui éclata de rire.

–  Ce n’est pas amusant, monsieur le captif ! Cessez donc de rire !

–  Mais je ne ris pas, madame la Fée, je ne faisais que sourire…

Le traitant de menteur, elle gifla ses cuisses de la couronne qui se délita un peu plus à chaque coup porté. Les fleurs parsemaient le sol, ses cuisses, telle une furie, elle se servit des longs cheveux de sa perruque pour le souffleter.

–  Viens par ici, jolie bergère, que je t’apprenne un nouveau mot.

Cathy vint rejoindre Monique qui lui désigna le sexe d’Alain, elle fit mine d’être surprise, un peu effarouchée par sa taille. Franchement, qui ne l’aurait pas connue aurait réellement pu croire qu’elle n’avait jamais vu de bite auparavant.

– Regarde, jolie bergère, touche celle-ci, sens-tu comme elle est ferme et dure sous la main ? Serre mieux ta main autour, n’aie crainte ! Vois-tu, quand une badine a cette apparence, on ne la nomme ni « badine », ni « verge », mais on l’appelle « houssine » et ne va pas t’en servir pour mener ton troupeau, elle est bien trop dure et bien trop effrayante pour de craintives brebis…

–  Mais que fait-on quand on la rencontre ?

–  On la masque à la vue du troupeau !

Monique s’empala d’un coup sec, elle ne put réprimer ce cri du cœur« Oh, putain, c’que c’est bon ! » qui la faisait sortir de son rôle et nous fit éclater de rire. Elle allait et venait au rythme des commentaires de Cathy « Je la vois ! Oh ! Je la vois plus ! Oh ! Coucou ! Je la revois ! Oh ! Elle a disparu ! »

– Je croyais que nous devions le punir… à ce tarif-là, je veux bien être puni, moi aussi !

– Mais où avais-je la tête ? Tu as raison, mon Pierrot, laissons le moqueur à sa moquerie !

Christian, allongé sur le sol, ferma les yeux quand, au ralenti, Cathy le fit entrer en elle. Elle se pencha pour qu’il puisse lui caresser sa magnifique poitrine comme ils aimaient qu’il le fasse.

–  Dites-moi, madame la bonne fée… ooohh… bonne fée… puis-je jouer à faire disparaître et réapparaître la verge comme vous le fîtes de la houssine ?

–  Mais bien entendu, jolie bergère ! Bien entendu ! Goûtez-vous le spectacle, monsieur le moqueur ? Ou dois-je…

Monique entrouvrit les pans de sa tenue de fée, dévoilant la blondeur de sa toison au regard d’Alain.

–  Entravé comme je suis, je ne peux rien faire pour soulager ma bandaison… et de vous espichouna tous les trois… Oh, par pitié, délivrez-moi, avant que je ne périsse de douleur !

Après nous avoir montré tout leur talent en la matière, Christian, Monique et Cathy consentirent à le libérer. Il se précipita vers Monique, qu’il installa sur le divan « un coup pour la fée » il sortit aussitôt, attrapa Cathy, la pénétra à son tour « un coup pour la bergère », avant de recommencer « un coup pour la fée ».

Nous les regardions, guettant la montée de leur plaisir, quand Jimmy et le Balafré se levèrent pour tirer le rideau sous les murmures déçus de l’assistance. Jimmy courut vers une table au fond de la salle. Personne n’avait remarqué le projecteur diapo qu’il alluma. Après quelques instants, le rideau sembla bouger un peu. C’était le signal convenu. Jimmy projeta une image, puis une autre tandis que derrière le rideau, s’élevait la voix de Monique.

–  Ce dimanche-là, comme cela arrivait de plus en plus souvent, Pierrot passa la nuit avec moi, nous riions encore, ivres du bonheur de cette journée, quand le sommeil nous prit. Le lendemain, sur la table qui me servait de bureau, je trouvai un recueil de pièces de Shakespeare. Toine était allé à la mairie, à tout hasard et y avait trouvé cet exemplaire. En guise de marque-page, une carte sur laquelle il avait dessiné une bergère pensive, qui ressemblait fort à Nathalie, sous son dessin, pour toute légende « Il y a des choses que je ne m’explique pas ». Je souriais et en tournant la carte, cet autre dessin sans aucune légende, puisqu’elle eut été inutile, un petit chat songeur, qui semblait attendre on ne sait quoi. De cette première lecture, que je fis dès le mardi soir, je me souviens avoir noté dans mon journal intime, cette citation qui nous ressemblait tant « Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants, et l’imagination si fertile qu’ils perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. »

Nous étions en train d’applaudir à tout rompre, Monique, Cathy, Christian et Alain, qui étaient repassés devant le rideau pour nous saluer, quand ce dernier voulut faire un trait d’humour.

Si ça ne vous dérange pas… j’aurais un truc à finir (en effet, son érection était… impressionnante !)… laquelle de ces dames serait intéressée ?

Sans s’être concertées, Rosalie et Nathalie levèrent le doigt « Moi ! Moi ! Moi ! » avant d’éclater de rire en se moquant de l’air ahuri d’Alain, qui se demanda pendant une fraction de seconde si elles ne se querellaient pas “pour de vrai”.

Les membres fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, félicitaient les acteurs de la soirée, apportant leurs commentaires, des précisions que nous ignorions encore, comme, par exemple, le souffle légèrement nasillard de Toine au comble de l’excitation. Nous pressentions déjà que la soirée allait se finir en orgie, ce fut Madame qui en donna le la. Elle s’approcha d’Alain, regarda son sexe dressé, dans son regard brûlait une impressionnante flamme de désir.

–  Je ne peux pas te laisser dans cet état, et puisqu’il faut en passer par là…

Elle lui caressait les bourses, tout en lui demandant de la déshabiller et en lorgnant sur le grand lit. Elle pria ensuite son époux de les accompagner afin qu’il lui donne de bons conseils quant à la manière de soulager ce malheureux.

C’est au cours d’un de ces fameux spectacles que Madame et le Notaire nous jouèrent la saynète dont je t’ai parlé dans ma précédente lettre. Nous aimions tellement les voir l’interpréter que nous la réclamions régulièrement. Un soir, ce devait être la troisième fois qu’ils jouaient « La promenade de Madame », le Bavard interrompit la scène. « Mais ce ne sont que des calomnies ! Je n’ai jamais tenu de tels propos et cette créa… cette… femme… » ce qui surprit tout le monde, y compris Madame et le Notaire. Que nous avons ri quand il entreprit de nous raconter sa version de l’histoire, et comme Madame était resplendissante ! Nous raffolions de la version du Bavard, mais depuis toutes ces années, cette tête de mule n’a jamais voulu nous prévenir de son intervention. Nous ne savons jamais à l’avance s’il va se joindre au show ou s’il se contentera d’en être que le spectateur attentif.

Je joins à cette longue lettre, une photo prise par Roger pendant une de nos représentations théâtrales et je te confirme ce que je pressentais, Jimmy serait bien évidemment ravi de te recevoir dans son mas à ton prochain séjour parmi nous et même de t’en laisser la jouissance avec ta petite bande si vous le désiriez.

Je t’envoie mille baisers,

Sylvie, la Fiancée

Lettre n° 11