Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Évidences et coïncidences

Le 11 avril 2019

Mon petit Lucas,

Si j’ai bien compris ce que tu m’expliquais dans ta lettre, tu as participé à une soirée, de celles où les garçons ne sont pas timides et les jeunes filles peu farouches. Un des participants s’est réjoui de l’arrivée d’une nana « qui assure au pieu » et quand il te l’a présentée, tu as réalisé qu’il s’agissait d’Émilie. Après un moment de gêne que je comprends aisément, elle t’a demandé de la fermer, parce qu’elle ne veut pas que sa famille connaisse ses appétits sexuels. C’est pour cette raison qu’elle participe à ce genre d’événements à l’unique condition qu’ils se déroulent à des centaines de kilomètres de Paris, où elle habite.

Quand elle t’a demandé si tu imaginais la gueule de vos parents, s’ils l’apprenaient, tu lui as répondu que tu imaginais mieux celle de tes grands-parents. Émilie a éclaté de rire et a chambré l’austérité des fonctionnaires de l’Éducation Nationale, la petite conne ! C’est à ce moment qu’a débuté une « animation big bisou » et quand l’animateur a annoncé les bisous coquins, vous n’avez pas voulu vous arrêter. Tu as aimé glisser ton visage sous sa robe, tu as aimé le goût de son sexe, même si tu l’as à peine léché, tu as aimé quand à son tour, elle t’a sucé et tu as eu les boules d’avoir regretté que ça ait duré si peu de temps.

Vous avez passé le reste de la soirée ensemble, unis par le secret de vos liens familiaux. Vous flirtiez, en ayant la bonne excuse de l’ambiance, de la thématique de la soirée, une partouze entre étudiants sans conséquences.

Émilie pensait terminer la nuit dans le lit d’un inconnu, elle n’avait donc pas réservé de chambre d’hôtel. Tu lui as proposé de l’héberger dans ton petit studio. Aussitôt chez toi, le désir vous a enflammés, mais vous n’aviez plus aucune excuse pour nier la réalité de cette pulsion. Émilie avait les larmes aux yeux et ses mains tremblaient quand elle a voulu se justifier. « Je ne suis pas une perverse, j’en ai honte, mais j’ai envie de toi ! Que va-t-on faire ? »

Tu as fini de la convaincre avec tes arguments d’un pragmatisme à toute épreuve, « dans la mesure où on ne se reproduit pas… et puis, la consanguinité… notre métissage d’origine… de toute façon, on veut juste se faire du bien, pas se marier, non ? »

Elle a alors remarqué, le début d’une lettre que tu m’écrivais et a voulu savoir si c’était pour mon anniversaire. Tu lui as répondu que non, que c’était bien plus fort, bien plus beau, bien plus incroyable que ça. Mais tu as refusé de lui en dire davantage tant que je ne t’aurai pas délivré de ta promesse de tenir ta langue.

Tu m’écris qu’avec Émilie, tu as pris un plaisir incroyable quand vous oubliiez vos liens familiaux, mais qu’il était bien plus fort quand vous vous en souveniez. Elle est repartie pour Paris, vous hésitez à vous revoir alors que vous en crevez d’envie.

Tu me demandes de te délier de la promesse que tu m’as faite. Je vais faire mieux que ça, je vous invite à passer quelques jours chez nous. Émilie peut nous téléphoner, si elle a besoin d’une confirmation. Elle devait avoir 5 ou 6 ans la dernière fois que je l’ai vue, je suppose qu’elle a bien changé depuis !

J’en profite pour t’en raconter un peu plus sur vos arrière-grands-parents, tu pourras lire ce souvenir à Émilie, voire le lui faire lire quand vous serez dans les bras l’un de l’autre. J’en ai parlé à Martial et aux membres de la Confrérie, nous n’y voyons aucune perversion. Vous auriez parfaitement pu ne pas vous connaître, vous désirer avec la même ardeur, jouir l’un de l’autre avec la même puissance, entamer une liaison, la poursuivre pendant des mois avant de réaliser que vous aviez deux arrière-grands-parents en commun sur les huit dont vous descendez ! Et ces deux aïeux étaient tout sauf consanguins !

La famille, c’est avant tout celle avec laquelle on tisse des liens, on entrecroise des souvenirs, ce n’est pas qu’une affaire de génétique ! Dès que j’ai connu les parents de Martial, ma famille s’est agrandie, je l’ai senti physiquement. Martial et moi avons eu la chance exceptionnelle de partager ce sentiment, puisqu’il adopta ma famille avec la même évidence qu’il fut adopté par elle, dès leur rencontre.

Quand j’ai eu la certitude d’être enceinte, passé ce court instant de flottement quand se déroule le film de toutes les perspectives que cette nouvelle promet, Martial et moi avons ressenti le besoin de partager notre bonheur avec ses parents.

Louise a ouvert la porte, elle a posé ses mains sur ses joues, ouvert grand la bouche de surprise et ses yeux m’ont inondée de bonheur. Comme à chaque fois, nous ne nous étions pas annoncés, parce que ça faisait partie de notre rituel. Notre arrivée inopinée. Leurs reproches. Nos embrassades et nos éclats de rire.

Louise s’est tournée en direction du salon « R’gard’ donc qui voilà ! » avant de s’effacer pour nous laisser entrer. J’avais à peine franchi le seuil qu’elle caressait mon ventre et me souriait comme une gamine qui découvre un bonbon sous son oreiller en plus de la pièce laissée par la petite souris.

Jean-Baptiste mit plus de temps à comprendre, mais il faut dire que Louise nous posait tant de questions sur Paris, nos boulots respectifs, sur Julien « Et ça se passe comment à l’école ? » « A-t-il repris un peu de poids ? Je l’ai trouvé bien maigrichon la dernière fois » et patati et patata ! Ce n’est qu’à l’apéro qu’il réalisa. Louise venait d’ouvrir une bouteille de Vouvray, j’hésitai à prendre le verre qu’elle me tendait « C’est du bonheur, ça ne peut pas vous faire de mal, ma fille ! » Il nous regarda, incrédule.

– Mais… mais… comment vous avez fait ?

Je souris à Martial « On leur montre ? » et nous éclatâmes de rire. Jean-Baptiste me demanda la permission de toucher mon ventre. Il y posa sa main, regarda son fils en lorgnant ostensiblement vers mon décolleté tout en haussant les sourcils d’un air entendu.

– Les nichons ! Les nichons ! On dirait qu’il n’y a que ça qui les intéresse, les nichons ! Tu vois, ma fille, quel que soit leur âge, ils en reviennent toujours à ça. Aux nichons !

– Et les femmes, hein ? C’est quoi qui les intéresse chez les hommes ?

– Les yeux.

J’avais répondu en même temps que Louise et ce fut comme si l’air s’était soudain chargé de bonheur.

– Tu as annoncé la bonne nouvelle à ta sœur ?

– On n’allait pas vous priver de ce plaisir !

Louise et Jean-Baptiste se regardaient, comblés, comme paralysés par le bonheur.

– Vous attendez le déluge ou quoi ? Faut que je vous fasse le numéro ?

J’adorais les regarder téléphoner, avec cette joie toute simple des gamins découvrant un jouet. Les rôles étaient bien définis. Louise décrochait le combiné. Attendait la tonalité. Composait le 1. Puis le 6. Attendait l’autre tonalité. Puis, sous la dictée de Jean-Baptiste, faisait tourner le cadran « C’est qu’on a l’inter, par chez nous ! »

À chaque fois, après quelques secondes, Louise posait sa main sur le micro « Ça sonne… » comme s’il avait pu en être autrement ! Jean-Baptiste refermait le bloc-répertoire, le reposait sur le buffet avant de prendre l’écouteur et le porter à son oreille.

– Allô, Odette chérie ? C’est maman ! Devine qui est venu à la maison… Oui ! Et devine la bonne nouvelle qu’ils nous ont apportée ! … Euh… non… enfin… je ne crois pas…

– Une bonne nouvelle, Odette ! Maman t’a dit une bonne nouvelle !

Louise fronça les sourcils, se renfrogna exagérément, avant d’écrabouiller le pied de son époux sous le sien, elle retrouva aussitôt son sourire.

– Oui ! Depuis le temps qu’on attendait ça ! Oui ! Ne quitte pas, je te passe Sylvie…

Jean-Baptiste voulu dire quelques mots à sa fille, mais Louise lui arracha le combiné des mains « Tu t’appelles Sylvie, toi, maintenant ? » et me le tendit. Avant même que je me pose la question, Louise et Jean-Baptiste se bousculaient à coups d’épaules sous le regard affligé de Martial. Le téléphone raccroché, ils s’excusèrent auprès de moi « On ne savait pas notre numéro de duettistes tellement au point que tu pouvais y croire ! »

– J’ai vraiment cru que… la grossesse ne me rend pas plus intelligente, on dirait…

– Mais tais-toi donc ! Ça fait… pffff… des années qu’on fait semblant de se quereller, qu’on s’amuse, qu’on se…

– Que vous vous ?

– Tout a commencé pendant notre nuit de noces, tu te souviens, ma chérie ?

– Pourquoi ai-je la sensation que tu vas réécrire l’histoire et la tourner à mon désavantage ?

J’interrogeai Martial du regard, il était aussi surpris que moi et ne voyait pas à quoi ses parents faisaient allusion.

– Je m’étais imaginé, pour la première nuit que nous passerions ensemble, dans le même lit, que Louise m’offrirait du romantisme, mais…

– Votre première nuit ensemble ? ! Mais tu n’étais pas enceinte de Martial quand vous vous êtes mariés ?

– Certes, mais Louise et moi n’avions pas passé une seule nuit ensemble, dans le même lit.

– On savait se tenir !

Louise avait dit ces mots en gigotant comme les commères se rengorgent quand elles se sentent fortes de leur bon droit. Comme j’aimais leur complicité, leur humour ! En les côtoyant, j’ai toujours su qu’il nous serait possible, à Martial et à moi, de vivre une histoire aussi belle.

– Excuse-moi encore, mais tu as précisé « pas une seule nuit ensemble, dans le même lit » cela signifie…

– Ne nous égarons pas ! Je te racontais la surprise que m’a réservée ta belle-mère lors de notre nuit de noces, quant à toi, Louison chérie, ne t’avise pas de m’interrompre ! Comment pensez-vous que je l’ai découverte ?

– Mais… c’est toi qui m’avais demandé !

– Louison, ne m’interromps pas ! Je voulais dire sexy… aguicheuse… séduisante et charmante…

Fallait me le demander comme ça, alors !

Tss… tais-toi donc ! La réalité c’est que t’as failli me faire mourir de peur pendant ma nuit de noces ! Et réfléchis… si j’avais eu une chandelle à la main, hein ? Il se serait passé quoi quand j’ai sursauté de peur ? Mes enfants, je vous fais juges. Imaginez-vous la scène… la chambre est dans l’obscurité la plus totale, j’avance à pas de loup, une lampe torche à la main… Arrivé près du lit, je soulève le drap… Pour trouver une créature à quatre pattes, une pomme dans la bouche et poussant des petits cris porcins !

– Tu voulais passer ta nuit de noces avec une petite cochonne !

– Maman ! C’était votre nuit de noces !

Mais Martial, c’était aussi les restrictions ! J’ai des circonstances atténuantes ! As-tu idée de comme on crevait de faim sur Paris ? En plus, Jean-Baptiste n’était plus soldat ! En 1945, on avait faim, on avait froid, on manquait de tout, d’absolument tout ! Et avec le débarquement, je ne pouvais plus compter sur un petit colis de la famille restée en Normandie ! Quand il m’a demandé de faire ma cochonne, j’ai cru qu’il voulait… je sais pas moi… oublier la guerre, les restrictions… rigoler comme si trouver à manger n’était plus un problème… comme si manger n’était plus une obsession !

– Ta mère n’a pas tout à fait tort et puis… elle n’était pas aussi délurée qu’elle l’est devenue !

– Et t’étais bien content pour la pomme, finalement !

C’est vrai qu’après les efforts qui ont suivi, j’ai eu besoin de réconfort !

– Et pis… elles étaient mignonnes, mes petites oreilles de cochon !

– Pour ça oui…

– Oh, papa, mais tu rougis !

– Je me demande bien où elles sont passées, d’ailleurs… À ton avis, ma fille, où aurais-je bien pu les fourrer ?

Nous nous émerveillions souvent de notre logique commune en matière de rangement, de classement. Je réfléchis quelques instants.

– À ta place… Puisque les enfants sont partis de la maison et ne risquent pas de tomber inopinément dessus… et que ça a quand même un rapport… je dirais à côté du livret de famille.

Satisfaite, Louise fit claquer sa main sur le dessus de la table avant de me désigner comme sa digne héritière. Elle ouvrit le tiroir, en sortit un grand mouchoir qu’elle posa sur la table avant de le déplier délicatement, un mélange de crainte et de fierté dans le regard. J’étais émerveillée par la fraîcheur toute enfantine de cette coiffe ! Deux triangles rose, idéalement cornés, reliés par un ruban rouge.

J’ai fait avec les moyens du bord ! J’ai trouvé du carton assez épais… pis un peu de tissu que j’ai teint avec les moyens du bord… du mercurochrome que j’avais dégoté… après, j’ai cousu les morceaux de tissu autour des formes en carton… et j’ai surjeté le tout avec un rang de mailles serrées… tu vois ? Et je les ai fixés… à la bonne… place…

Tout en m’expliquant, elle avait mimé chacune des étapes et la voir ajuster ses adorables petites oreilles me ravissait. S’apercevant soudain que nous la regardions attentivement, elle voulut faire marche arrière.

– Il faut dire que j’étais un rien jeune… à mon âge, tout ceci serait d’un ridicule achevé !

– Je n’en crois pas un mot, Louise ! Je n’en crois pas un mot !

Après un regard à sa femme pour s’assurer de son approbation, Jean-Baptiste posa une de ses mains sur la mienne et l’autre sur l’avant-bras de Louise.

– S’il est une chose qui ne nous a jamais quittés, c’est bien notre goût du jeu. Prendre les choses au sérieux, c’est leur donner le pouvoir de devenir tragiques… et des tragédies nous en avons assez traversé pour ne pas nous en inventer de nouvelles ! Regarde-nous ! Si nous n’en avions pas ri, nos différences nous auraient éloignés l’un de l’autre ! Que savait une petite Normande exilée à Paris d’un soldat africain venu libérer la France ? Et moi ? Que savais-je de la métropole ? De son climat ? De ses habitants ? De sa nourriture ? Sais-tu qu’il m’a fallu pas mal de temps avant de remarquer que vous n’aviez pas tous la même couleur de peau ? De cheveux ? Pour les yeux, je le savais déjà puisque les blancs auxquels j’avais eu affaire au pays avaient pour la plupart les yeux marron, mais certains les avaient bleu. Quand j’ai rencontré Louise, de nombreux bals fleurissaient un peu partout…

– Faut dire qu’on en avait été privés pendant toute l’Occupation !

– J’avais été arrêté par la foule des danseurs quand j’ai entendu le rire d’un groupe de jeunes filles… comme des moineaux… si les moineaux savaient rire… je me suis retourné… j’ai vu une belle jeune femme devant moi, mais c’en est une autre qui a pris ma main et m’a invité à danser. Au pays, j’étais le boy d’une famille de colons et dans les tâches qui m’étaient assignées, je devais faire danser ces dames en cas de défection d’un de leurs cavaliers habituels… Mais si je savais valser, j’ignorais tout de sa version musette… La gamine me dit « Ne me dites pas que vous êtes un espion à la solde de Hitler venu, habilement grimé, depuis Vienne ? » Je regardai ce petit bout de femme avec son minois, son joli sourire et ses yeux pétillants. Je la serrai plus fort contre moi et lui murmurai à l’oreille « Vous m’avez démasqué ! »

Martial connaissait l’histoire de leur rencontre et me l’avait racontée, mais j’en ignorais tous ces détails.

– Nous avons passé la soirée ensemble, puis j’ai dû rejoindre mon casernement et Louise la petite chambre où elle logeait. Nous nous sommes promis de nous revoir…

Et nous avons tenu parole !

– Avant de nous séparer, nous avons décidé d’écrire chacun de notre côté, quelques mots pour exprimer notre pensée à l’évocation de cette soirée, et de nous les échanger à notre prochain rendez-vous…

– Qui était prévu le lendemain !

– Et… regardez !

Sortant son portefeuille de la poche intérieure de son veston, Jean-Baptiste l’ouvrit, souleva délicatement une photo où il posait fièrement avec femme et enfants sur une banquette d’un bateau-mouche, et en sortit un bout de papier qu’il déplia précautionneusement avant de nous le tendre. Il regarda sa femme avec un amour infini. Martial ignorait tout de cette partie de l’histoire, sa main tremblait d’émotion en lisant les premiers mots que sa mère avait écrits à son père. « J’aurais voulu que tu ne t’arrêtes jamais de parler. Quand tu parles, tes mots, ton accent ont la saveur de la paix. Quand tu parles, c’est comme si moi aussi je pouvais croire en un avenir radieux. Si tu dois partir, reviens-moi vite, pour me parler encore longtemps. Louise ».

Il y avait des surcharges et des ratures, mais quelle magnifique déclaration d’amour ! Je levai des yeux embués d’émotion vers Louise et lui demandai ce que contenait le mot de Jean-Baptiste.

Hélas, ma petiote… figure-toi que je n’en sais rien ! Il a dû tomber de ma poche… celle de mon manteau, où je l’avais mis, afin de le lire tranquillement, au calme seule dans mon lit… et sur le chemin du retour, il a dû tomber…

Toute dépitée de cette déconvenue qui lui avait interdit de lire les premiers mots que Jean-Baptiste lui avait écrits, je commençais à imaginer ce que ce jeune soldat avait pu coucher sur le papier, quand Louise me sortit de ma rêverie en tapant du poing sur la table.

– Mais non, pomme à l’eau ! Comment as-tu pu croire une seconde à ces sornettes ? ! Regarde, même Martial, la candeur même… Allons, Martial, tu ne peux pas le nier ! Même Martial ne s’y est pas laissé prendre !

Ma chérie, quand ma mère t’explique qu’elle s’est montrée patiente, qu’elle a fait quelque chose tranquillement, calmement, elle ne peut que mentir !

Louise apporta un vieil agenda, recouvert d’une toile brodée, qui avait dû être verte, or et rouge ; le vert et l’or s’étaient fondus dans une sorte de caca d’oie immonde et le rouge oscillait entre le carmin et le “cuisse de nymphe émue”, je ne distinguais pas le motif. Elle l’ouvrit pour en extraire une enveloppe qu’elle nous tendit. « Ma chère… Je ne connais même pas ton prénom ! J’ai tellement bavardé que j’ai oublié de te le demander. Je m’en excuse, mais je ne me suis jamais senti aussi bien qu’à tes côtés. À des milliers de kilomètres de ma maison, dans un pays que je ne connaissais que par les leçons du maître d’école, je me suis senti chez moi, parce que tu étais à mes côtés. Je ne pense qu’à cette sensation, que mon chez moi est et sera avec toi. Je me prénomme Jean-Baptiste, mais tu peux m’appeler Baron Hans-Battistte von Machinchose, si tu préfères »

– Tu comprends comment il m’a séduite ? Le sentiment d’avoir eu une chance incroyable en le rencontrant ?

Tu te souviens de votre premier baiser ?

Notre premier baiser ?

– Votre premier vrai baiser, quoi !

Vrai… tu veux dire ?

Elle regardait ses cuisses, celles de son mari. Martial précisa ma pensée.

– La première fois où vous vous êtes roulé une pelle.

– Ah… notre premier baiser, quoi…

Elle avait dit ces mots avec un air si désabusé, je pensais que ça cachait quelque chose avant d’avoir un hoquet de surprise en comprenant sa plaisanterie. Louise feignit de ne pas le remarquer et poursuivit son récit.

– Je me demandais à quoi ressemblerait son baiser comparé à ceux que j’avais déjà échangés… mais pas parce qu’il était noir, simplement parce que j’attendais… la prédiction…

– La prédiction ?

Il faut que tu leur expliques, Louison, sinon…

Avant d’être envoyée à Paris, j’ai été voir une diseuse de bonne-aventure pour qu’elle me prédise mon avenir. Elle m’a demandé si je voulais connaître le professionnel ou le sentimental. Le professionnel, j’en avais une idée puisque je serai bonne à tout faire, c’était le sentimental qui m’intéressait ! Et fichtrement ! Allais-je connaître l’amour ? À quoi, le reconnaîtrais-je ? Comment savoir si c’est le bon ? Elle m’a répondu que l’amour croisera mon chemin, que je le saurai dès notre premier baiser, nos humeurs mêlées faisant vibrer mes viscères en un feu d’artifice continu.

– Ouah ! Précise, la prédiction, maman !

Je sais bien, c’est crétin, mais le fait est qu’elle s’est avérée exacte, cette prédiction ! J’avais embrassé plusieurs autres garçons… surtout depuis la fin août, mais…rien… rien de rien… pourtant, à chaque fois, j’avais l’espoir… et pis, j’ai cru que j’avais trop embrassé pour pouvoir le reconnaître… que ça s’était… usé. Mais à notre premier rendez-vous, au cinéma, quand on s’est embrassés, j’ai ressenti ce feu d’artifice exploser dans mes viscères ! J’aurais voulu que ce baiser ne cesse jamais. Jean-Baptiste a passé la main dans mes cheveux et m’a demandé si j’avais ressenti comme un envol d’hirondelles au plus profond de moi…

– Et savez-vous ce qu’elle m’a répondu ? « Je ne suis pas bien sûre de les avoir toutes comptées » et elle m’a embrassé en me demandant de garder mes yeux ouverts…

– Nous nous retrouvions parfois dans ma chambre de bonne, mais nous devions faire très attention parce que si quelqu’un nous avait démasqués, c’en était fini de mon travail et de mon logement ! Nous usions de mille ruses, ce qui, je dois l’avouer, ajoutait un soupçon de piment. Nous n’avons pas… tout de suite… j’étais encore vierge… je voulais être sûre… Ça l’arrangeait bien aussi… On a pris le temps de connaître nos corps, de les regarder, de les toucher, de les sentir, de les goûter…

– Parce qu’il a fallu… tu sais, dans nos rations… pour calmer les pulsions de ces bêtes sauvages qu’on était censés être…

– Arrête avec tes histoires de bromure à la noix ! La vérité, c’est que t’étais aussi puceau que moi et que ça t’arrangeait bien qu’on prenne notre temps !

– Quoi ?! Papa, à vingt-deux ans t’étais encore puceau ?!

– Presque puceau. Presque. Nuance !

– Comment ça « presque puceau » ? T’avais couché avec une fille ou pas ? Tu l’avais fait ?

– Je l’avais fait… En imagination. Ça compte aussi, non ?

Martial était plus choqué d’apprendre le dépucelage tardif de son père que de savoir que sa mère avait embrassé tant de jeunes hommes dans l’espoir d’y reconnaître son prince charmant.

– Mais en tout cas, ça nous a permis de savoir avant de le faire, que ça se passerait bien. Je ne craignais pas que son membre d’ébène me fasse du mal, puisque je savais déjà tout le plaisir qu’il pouvait m’offrir. Tu te rappelles la première fois où j’ai vu ton sperme ? Il m’a demandé si j’étais étonnée qu’il soit blanc. Je lui ai répondu de ne pas me prendre pour une idiote, que j’étais une fille de la campagne et que la semence d’un mâle ne dépendait pas de la couleur de sa robe ! Il m’a dit « Parce que je suis un animal à tes yeux ? » Je n’ai pas compris de quoi il voulait parler, je lui ai répondu « C’est bien ce que nous sommes, non ? Des mammifères ! Le lait avec lequel les femelles nourrissent leurs petits est blanc, quelle que soit l’espèce, comme la semence des mâles qui les ont engendrés ! » Tu t’en souviens ?

– Non. Bien sûr que non ! Bien sûr que je ne me souviens plus du jour où j’ai compris que je ne serai jamais un nègre à tes yeux, que ce que tu voyais, c’était l’homme derrière l’enveloppe corporelle ! Bien sûr que j’ai oublié cette sensation ! L’Éden, Adam et Ève. Je suis Adam. Voici mon Ève. Et le Paradis terrestre, c’est quand nous sommes ensemble.

– Et vous avez… patienté longtemps ?

– Au moins un mois ! Euh… 17 jours, ça c’est sûr ! Pourtant on se voyait presque tous les jours… les soirs… et on se taquinait…

Tu me taquinais ! Je ne connaissais presque rien au jazz, aux danses modernes, ma Louison dansait merveilleusement…

– Je n’ai jamais tant aimé danser qu’avec toi ! Même si t’as mis du temps à le retirer…

– À retirer quoi ?

– Le manche à balai qu’il avait dans le cul ! Il dansait bien, mais d’une raideur…! Alors, je le chatouillais pour qu’il se décoince… Pas la peine de me faire les gros yeux ! Oui, je le chatouillais aux parties sans que personne ne le remarque… ou je lui disais des mots doux à l’oreille pendant les slows…

– Papa ! Tu rougis encore !

Je vais suivre les conseils avisés de Martial et arrêter là ma lettre en te précisant que si toi et Émilie souhaitiez savoir ce que Louise chuchotait à l’oreille de Jean-Baptiste, vous n’auriez qu’à venir passer le week-end pascal avec nous, en Provence. La fin du récit vous y attend déjà. Je vous embrasse très fort,

Sylvie, “La fiancée”

PS : Si vous voulez passer quelques jours ici, nos maisons sont assez spacieuses pour vous y accueillir.

Quel suspens haletant ! À suivre, donc 😉

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : À cœur vaillant, rien d’impossible !

Le 29 mars 2019

Mon petit Lucas,

Pauline est arrivée, porteuse de ta requête, au beau milieu de notre tournoi de strip-tarot, dont je te laisse deviner les règles ainsi que la finalité.

Un des avantages de la retraite, de la vieillesse tient au fait que les enfants ont quitté la maison et que nous pouvons en profiter pleinement. Enfin !

Comme elle a dû te le raconter, elle était venue à l’improviste, rendre visite à ses grands-parents, le Notaire et Madame et a été surprise quand le Bavard lui a ouvert la porte. Il lui a expliqué que la Confrérie du Bouton d’Or était en pleine réunion.

– Si tu tiens à les voir maintenant, finis d’entrer, mais on fait un strip-tarot et ils ne jouent pas aussi bien que moi ! Si j’ouvre cette porte… ils sont tous à moitié à poil…

Pauline a regardé son grand-père droit dans les yeux. Le Bavard a ouvert la porte du grand salon et nous a annoncé « Mesdames et messieurs, consœurs et confrères : la relève ! »

Nous avons tous sursauté. Jimmy ne portait plus que sa chaussette gauche. Joseph n’avait eu à retirer que sa cravate. Martial avait déjà ôté son pantalon. Le Balafré était complètement nu, mais il faut dire qu’il ne portait que son maillot de bain au début de la partie ! A contrario, Alain porte toujours toute une gamme d’accessoires vestimentaires, il devrait perdre toute la soirée avant qu’on puisse distinguer le moindre cm2 de sa peau ! Rien que pour nous faire chier puisque, circonstance aggravante, il joue super bien, presque aussi bien que le Bavard dont je me demande si je l’ai vu une seule fois perdre au tarot ! En règle générale, Christian joue plutôt bien, mais à l’arrivée de Pauline, il était aux 3/4 nu.

Monique l’était totalement, mais à l’instar du Balafré, elle ne portait qu’un seul vêtement au début du tournoi. Une vieille chemise de Christian. Leur chemise porte-bonheur parce qu’elle lui permet de perdre dès le premier tour. Dire que Monique aime être nue serait un doux euphémisme ! Ce n’est pas uniquement par goût de l’exhibition, elle aime beaucoup sentir l’air sur sa peau, il lui est même arrivé de prendre son vélo, au beau milieu de la nuit et de rouler totalement nue jusqu’à la petite crique, à une douzaine de kilomètres, rien que pour le plaisir de sentir la fraîcheur de l’air provençal sur sa peau, de l’eau quand elle nage et de rentrer au village, au mas ou chez l’un ou l’autre de ses confrères et de réveiller son prince, sa princesse charmante en lui faisant goûter sa peau salée. Fidèles aux volontés de ses grands-parents, sa porte n’est jamais fermée à clé. Tu ne peux pas t’imaginer le nombre de fois où, passant chez elle à l’improviste, je l’ai trouvée, totalement nue, penchée sur des copies qu’elle corrigeait.

Cathy n’avait ôté qu’un seul de ses longs gants de cuir. J’étais déjà à moitié dévêtue et Madame était présentement en train de dégrafer son soutien-gorge. Je ne saurais te dire qui de la grand-mère ou de la petite-fille a rougi le plus violemment ! Ce qui déclencha une salve d’applaudissements. Quel bonheur de constater qu’elle a hérité de cette particularité ! Le Bavard l’embrassait comme du bon pain.

Elle s’est assise, c’était une des raisons de sa visite. En lisant les exploits de Madame, elle avait voulu lui dire qu’elle aussi rougissait. Pauline nous a regardés les uns après les autres, comme un prof vérifie qu’il ne manque personne avant de débuter son cours. Satisfaite, elle a pris une profonde inspiration et s’est tournée vers le Bavard.

– Et puis… Vincent et moi… on aime bien commenter pendant…

Elle nous a ensuite expliqué la mission que tu lui avais confiée, cette lettre dans laquelle tu demandais à Madame, puisque je t’ai raconté certains de ses scenarii, de m’inciter à faire de même avec l’une de mes saynètes. Tu as cru bon d’ajouter « Si vous pensez qu’elle en aura le courage ». Sache, petit impertinent, puisque tu lui donnais du « chère consœur », que primo, au sein de la Confrérie, on se tutoie et que deuzio, quand on me lance un défi, je le relève !

Salle des profs

Deux tables. Sur l’une, une vieille ronéo, une pile de tracts, une ramette de papier vierge, quelques stylos, rouleaux de scotch, paires de ciseaux. Sur une cloison de vieilles affiches syndicales, divers papiers punaisés et autres autocollants. Autour de l’autre table, quatre chaises, sur l’une est assis le Bavard, sur une autre Christian, sur la troisième Martial. Alain fait son entrée, manifestant son incrédulité outrée en parlant plus fort que nécessaire.

– Non, mais… vous connaissez la dernière ? Une bonne-sœur ! Ils ont recruté une bonne-sœur comme C.P.E. ! Dans un établissement public !

– Qu’est-ce que tu racontes ?

– J’ai entendu le Proviseur prononcer « Je suis ravi de vous avoir comme conseillère principale d’éducation, sœur Marie-Thérèse » On ne peut pas laisser passer ça !

Ils évoquent alors l’idée d’une pétition, se proposent d’alerter la F.C.P.E., les parents ne pouvant que les approuver, d’agiter la menace d’une grève, quand je fais mon entrée.

S’ils portent tous leur uniforme CAMIF, costume en velours marron côtelé, chemise à carreaux, je porte une robe droite, très stricte, comme les vieilles blouses des professeurs de sciences naturelles.

– Messieurs, bonjour !

Me tournant vers le paperboard disposé entre les deux tables, un feutre à la main, je poursuis.

– Avant toute chose, mon nom de famille s’écrit Thayriez, c’est pour cette raison que mes parents m’ont prénommée Sœur-Marie… ils ont toujours eu un humour de merde…

Me retournant pour leur faire face, j’ouvre ma robe, dévoilant mon corps nu.

– Lequel d’entre vous me fera rire ?

Les quatre lèvent le doigt « Moi ! Moi ! Moi, m’dame ! ». Je m’allonge sur la table, les cuisses écartées, les pieds ballants. Je ferme les yeux et leur demande de se présenter, tout en admirant mon sexe offert à leur vue. L’un après l’autre, ils défileront entre mes cuisses et attiseront mon désir « en faisant preuve d’humour, d’originalité et de professionnalisme ». Celui qui aura le mieux réussi l’exercice aura le droit de me baiser devant ses collègues.

J’entends le raclement d’une chaise qu’on traîne sur le plancher. Le premier candidat s’assied devant moi, me demande de poser les pieds sur ses épaules.

– Je m’appelle Christian, je suis professeur de sciences naturelles. Laissez-moi vous décrire ce que je vois, je suis certain que vous ne pourrez qu’en être excitée. Tout d’abord, l’aspect général. Outre le fait que votre corps est magnifique, je pense que vous êtes adepte des activités au grand-air et des bains de soleil. Votre peau est hâlée, dorée à souhait, toutefois, les marques de votre maillot de bain trahissent une carnation très claire, presque laiteuse. J’espère ne jamais vous croiser sur la plage, parce que je ne pourrai pas vous cacher l’érection que cette vision susciterait.

Caressant, palpant mon corps tout au long de sa tirade, Christian poursuit.

– Vos seins ont la rondeur et la perfection de ces astres auxquels rêvent tous les astronomes… votre peau est douce et souple sous mes mains… je la sens vibrante, ardente… Je ne peux résister au plaisir d’observer de plus près ce trésor rosé que je distingue derrière votre splendide toison pubienne. Plus brune que votre chevelure. Oh, mes chers collègues, attendez-vous à la beauté intense de la femme dans toute sa perfection ! Je ne saurai la décrire sans l’avoir explorée, sans l’avoir goûtée ! Me permettez-vous ?

Christian, prenant tout son temps, fouille mon sexe de ses longs doigts puissants et délicats. Il les fait aller et venir, je sens mon vagin se gonfler de désir, comme s’il voulait sentir encore plus fort les doigts de Christian… ses doigts qui paraissent presque frais tant ils me font bouillir. Il ne les ressort, afin de les sucer, qu’après m’avoir fait jouir. Il se lève, s’avance jusqu’à mon visage, se penche vers moi « Souvenez-vous. Christian. Professeur de sciences naturelles. »

Je sens qu’un autre professeur s’est installé à la place laissée vacante par Christian.

– Je suis le professeur de dessin, ou d’arts plastiques comme il faut dire désormais… laissez-moi… Boudiou ! Mais, cher collègue, pourquoi avoir omis de nous décrire tous ces reliefs, tous ces changements subtils de couleurs, de nuances, comme si l’on nous indiquait le chemin ? Té, je ne mens pas, venez voir et regardez ! Regardez donc, messieurs, ce brun pourpré qui se départit de sa brunissure pour ne conserver que ce pourpre profond… mais… regardez mieux, chers collègues, si l’on écarte délicate… ment… cette première… le pourpre se teinte de carmin. Et je suis sûr que pour le rendre plus lumineux, il faut le faire briller de mille feux ! En titillant ce petit soleil qui se dresse tout là-haut, par exemple ? Ce petit soleil qui se dresse et qui pointe le bout de son nez, rosé hors de l’abri qui l’encapuchonnait ? Oh ! Regardez, à peine l’ai-je effleuré… vé comme la grotte ruisselle de lumière ! Faire luire avec les doigts… et… d’un coup de… langue… faire… reluire ! Admirez ces nouveaux trésors qui s’offrent à notre vue ! Existe-t-il de tableau plus charmant ? Et si… tout en explorant les alentours de la grotte d’une main, je suivais cet autre chemin… le bistre… celui qui descend… oh ! Mais le voici plutôt qu’il vient à moi ! Regardez comme d’un coup de langue… d’une pression digitale… son abord devient accueillant… mais je ne voudrais pas abuser de votre temps… Cher collègue, c’est à vous !

Je suis pantelante. Alors que je me demande s’il est possible d’être plus excitée que je ne le suis déjà, un homme attrape ma main, les yeux toujours clos, je me redresse. Il prend place derrière moi, malgré les quolibets de ses collègues, qui craignent que la table cède sous son poids.

– Ne les écoutez pas, Sœur-Marie, on m’appelle Robin des Bois, je m’en vais par les champs et les bois et je chante ma joie par-dessus les toits ! Comme vous l’avez deviné, je suis professeur de musique. Votre corps mérite bien mieux que la description qu’en ont faite mes collègues, et néanmoins rivaux ! À l’évidence, ce que je peux imaginer rien qu’en observant votre toison doit être digne d’éloges, mais votre corps tout entier l’est ! Écartez votre bras, laissez-vous faire, je voudrais que l’espace d’une chanson, vous oubliiez votre condition humaine et acceptiez de devenir le plus beau des instruments de musique…

Le bout de ses ongles effleure ma peau, comme s’il cherchait la meilleure façon de faire vibrer cet instrument que je suis en cet instant. Je peux deviner l’intensité de son désir pour moi à la chanson qu’il interprétera. S’il veut laisser une chance à l’un de ses collègues, il fredonnera « This melody », ses caresses, le son de sa voix, son souffle sur mon épaule, m’attiseront… pour augmenter ses chances d’être choisi, il chantera « Le Sud »… il mime les arpèges sur mon ventre, titille mes seins quand il juge que la note doit être plus aiguë… surtout… il la chante si bien… ! Quand il a décidé que cette fois-ci, il sera l’élu, il entonnera « Le chanteur », ne me demande pas pourquoi, mais ça marche à tous les coups !

Pendant que je me remets de cette leçon de musique. Le dernier des professeurs s’approche de moi.

– I’m the English teacher at this school, so let me be yours tonight! My name is Dick. Big Dick. Pour vous exciter et remporter le défi que vous nous avez lancé, plutôt que vous décrire votre magnifique corps, dont vous connaissez certainement tous les secrets et tous les plaisirs qu’il peut vous offrir, tentez de garder vos yeux fermés et imaginez, rien qu’en le sentant parcourir votre peau, les plaisirs que mon membre pourrait vous offrir… sentez-vous comme il est long ? Imaginez-vous son diamètre ou dois-je vous en donner une idée en forçant votre bouche de mon gland ? Tss tss ! On n’ouvre pas les yeux ! Mais je vous sens gourmande… laissez-moi m’éloigner un peu, notez seulement les mouvements de mon coude qui, en frottant sur votre cuisse, vous indiquera comment je me branle pour vous, comment vous me donnez envie de vous combler et comment j’ai la prétention d’y parvenir. Don’t forget, my name is Dick. Big Dick!

Comme tu dois déjà t’en douter, cette compétition s’achève la plupart du temps façon « L’école des fans » et je m’offre du plaisir avec les quatre enseignants.

Je pense avoir relevé le défi, mais à mon âge, faire remonter tous ces souvenirs… je te laisse, il faut que j’aille vérifier auprès de mes confrères et consœurs, l’exactitude de ma description.

Je t’embrasse bien fort,

Sylvie, la Fiancée

Lettre n° 14

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Madame à confesse

Le 15 mars 2019

Mon petit Lucas,

Puisque tu le souhaites, je poursuis le récit de nos petites représentations théâtrales et comme je confierai cette lettre à Pauline, elle portera plus particulièrement sur sa grand-mère afin que vous puissiez la lire dans les bras l’un de l’autre.

Quand Madame a décidé de tourner le dos à l’Église, elle a aussi choisi de rester fidèle à sa foi. À ce moment-là de sa vie, notre soutien et surtout celui de Nathalie et de Barjaco lui ont été d’un grand secours. Néanmoins, son besoin d’exprimer sa rage et sa colère se manifestait dans les saynètes qu’elle interprétait. De toutes nos créations, les siennes étaient les plus anticléricales.

D

Je pense en particulier à celle où elle jouait une novice s’apprêtant à devenir nonne, qui se confessait à un moine lubrique, rôle tenu par le Bavard « le hasard des coïncidences » faisant qu’il avait le crâne dégarni « comme une tonsure » alors que ses autres confrères avaient leur chevelure intacte. Comme tu l’imagines, le confesseur demandait à la novice si elle avait déjà commis le péché de la chair, si elle avait eu de mauvaises pensées. La novice répondait qu’elle ne comprenait pas le sens de sa question, alors le confesseur lui demandait de le rejoindre et la tourmentait de questions.

– Ma fille, lors de ta toilette, comment laves-tu ton corps ? Montre-moi…

Madame faisait tomber sa tenue, ne conservant que son voile et une liquette très légère en coton blanc. Le Bavard faisait signe à deux curés, le Père Alain et le Père Martial, qui déposaient à ses côtés un bénitier rempli d’eau. Madame mouillait son corps, en commençant par les épaules, puis les seins, le ventre, les cuisses, les mollets, les pieds. Le Bavard lui désignait son entrejambe.

– Et là ? Comment fais-tu ?

Madame prenait de l’eau dans sa main, la glissait entre ses cuisses, se lavait et le Bavard appuyait sur sa main

– Frotte plus fort, petite ! Frotte plus fort ! N’as-tu toujours aucune mauvaise pensée ?

– Je crois que si, désormais…

– Il faut les extirper de ton âme !

Pour ce faire, Père Alain lui tendait un goupillon, que le Bavard faisait coulisser entre les seins de Madame.

Te sens-tu purifiée, ma fille ?

– Pas tout à fait…

Alors, Père Martial tendait un second goupillon.

– Et maintenant ?

Oh non ! Je crois que c’est encore pire ! Mes pensées…

– À quoi penses-tu ?

– À votre goupillon, celui qui se dresse sous votre robe de bure, je… je le…

Lui tendant un des deux goupillons, le Bavard demandait à la novice de mimer ses pensées. Madame se livrait alors à une fellation sur l’un des goupillons, tout en attrapant le second qu’elle faisait glisser le long de son corps avant de se masturber avec.

– Délivrez-moi de ces pensées impures, mon frère ! Délivrez-moi !

Le Bavard, toujours serviable, l’enjoignait alors à s’agenouiller devant lui « approche-toi, pécheresse, que je puisse te délivrer ». Madame s’approchait, le Bavard relevait le bas de sa robe de bure, Madame s’y engouffrait, de la tête jusqu’à mi-dos.

– Ne dis plus un mot, ouvre ta bouche et… oui… tu as compris comment… outch, ne sois pas si gour… man… de… Oh mes frères, cette novice commet le péché de gourmandise… Venez à ma rescousse !

À ce moment, Père Martial et Père Alain, s’approchaient, tandis que l’un soulevait la chemise encore humide de Madame, l’autre entreprenait de la fesser. Madame se tortillait dans tous les sens, gloussant de plaisir.

Le Malin la possède au-delà de ce qu’elle nous a avoué ! Père Martial, tentez d’extirper le démon qui la ronge ! Appliquons la procédure requise et vous Père Alain, priez en attendant votre tour !

Quand Madame eut l’idée de cette saynète, le film L’exorciste était sorti en France depuis trois ans. Si elle en connaissait le pitch, elle ne l’avait pas encore vu. En fait, des provençaux seuls Alain et Christian avaient été le voir. Monique venait de s’installer au village au moment de sa sortie nationale et, tout comme moi, avait craint d’en faire des cauchemars.

Cathy n’allait presque jamais au cinéma, à cause de ses horaires de travail et parce qu’elle préférait consacrer ses loisirs à des activités physiques. Après la mort de Paulo, elle avait passé ses soirées à regarder fixement l’écran de sa petite télé qu’elle ne pensait pas toujours à allumer. Fin 1974, elle passait beaucoup de temps avec Monique, la seule femme à l’époque avec laquelle elle pouvait parler librement de ses appétences sexuelles et aussi de ses tourments.

Les rares fois où le Bavard allait au cinéma, c’était en famille pour regarder ou bien les comédies françaises, ou alors le dernier Bébel ou bien encore des westerns et autres productions hollywoodiennes.

Joseph n’était pas très amateur de cinéma, il lui préférait le théâtre mais surtout les opérettes, ce que je trouvais vraiment ringard, mais il assumait ses goûts avec une telle évidence que jamais personne n’a songé à le chambrer à ce sujet.

Jimmy, tout à la rédaction de sa thèse, n’avait pas vu l’Exorciste, contrairement à Martial, qui, comme tu le sais, est friand de ce genre de films.

Lors d’une séance de la Confrérie, Madame s’était isolée avec Alain « pour régler quelques détails d’une surprise que je vous prépare ». Comme je te l’ai expliqué, il était hors de question qu’elle nous rencontre au vu et au su des villageois afin de garder intacte sa couverture officielle de respectabilité. Elle voulait qu’Alain lui donne certaines précisions.

–Le Bon Dieu est à tes côtés, jolie Madame, figure-toi que…

L’entraînant dans le salon, la réunion se tenait chez eux, il avait ouvert “le placard à malices” et avait sorti deux cassettes betamax. Je ne saurais te dire si le format VHS existait déjà, quoi qu’il en soit, Alain était le seul, parmi mes connaissances, à posséder un magnétoscope et à participer à un trafic de films piratés ou qualifiés de sulfureux. Ils convinrent d’un rendez-vous afin qu’elle puisse le visionner sans dévoiler la surprise qu’elle nous réservait. Ils nous avaient ensuite rejoints dans la bibliothèque.

Note de Madame : Je crois que jamais un film ne m’a autant impressionnée. Une chance qu’Alain ait été à mes côtés ! J’ai eu si peur que je n’ai même pas songé à…

Note d’Alain : À mon grand regret, parce que ta poitrine qui se soulevait… ô pute vierge, mon membre aurait tant aimé vibrer au rythme des battements de ton cœur !

Note du Bavard : Fas cagua, la Fiancée ! Avec tes blablas, tu me coupes tout l’effet érotique ! J’ai plus vingt ans… je me mets en route tout doucettement, piano piano, et quand je bande, tu nous fais les cahiers du cinéma… en plus, Madame, elle s’en est même pas servi… alors, si c’est pas pour me faire chier, c’est bien imité !

Note de Sylvie :Le Bavard, s’il n’a pas tout à fait raison, n’a pas vraiment tort non plus !

Père Martial relevait alors la liquette de Madame, découvrant son fessier rosi par les claques qu’il avait reçues et la pénétrait en psalmodiant à mi-voix des incantations dans une langue qui aurait pu être du latin, puis allait et venait en elle selon les recommandations du Bavard, « Plus vite plus fort sortez de sa grotte, Père Martial rentrez-y d’un coup encore plus fort plus loin sortez entrez fessez-la mieux que ça ! Chassez le démon qui la possède en la possédant plus fort ! ».

Nous ne pouvions voir comment Madame suçait le Bavard, mais nous pouvions l’imaginer quand il sortait de son rôle de “frère confesseur” en criant ses jurons habituels « Boudiou ! Fatché ! Madame, tu me suces trop bien ! » et quand nous voyions les mains du Bavard se crisper sur sa robe de bure.

Quand Madame était sur le point de jouir, Père Martial se retirait, rafraîchissait le derrière de la pénitente en l’aspergeant d’eau “bénite” avec l’un des goupillons.

Le Bavard invitait alors Madame à se relever. Bon sang ! À chaque fois, elle était rouge carmin des cheveux jusqu’au nombril, nous savions tous ce que cela signifiait. La liquette presque transparente bien que quasi sèche, collait encore à sa peau. J’aimais sentir l’excitation collective que la vue de ses mamelons durcis, brunis faisait naître chez tous les spectateurs. Nous avions du mal à ne pas nous ruer les uns sur les autres avant la fin de la saynète et il nous arrivait souvent de nous caresser sans en avoir pleinement conscience.

Madame, dans un geste théâtral, ouvrait alors sa liquette dévoilant sa magnifique poitrine et, tout en suppliant son confesseur de l’aider à chasser le démon qu’elle sentait là, tout contre son cœur, caressait ses seins splendides, lourds d’une façon tellement sensuelle que le désir de les toucher, de les embrasser, de les lécher, de les sucer s’emparait de toute l’assistance. Le Frère Confesseur se sacrifiait alors, nous faisant baver d’envie.

Madame ne m’avait pas menti lors de notre première rencontre, sous ses airs lourdauds, grossiers, vulgaires, le Bavard est un amant exceptionnel !

Dès qu’elle commençait à se pâmer, le Frère Confesseur cessait de la caresser, demandait au Père Alain de prendre place entre les seins de Madame. Pendant ce temps, il ôtait sa robe de bure.

Assis sur nos chaises, à quelques mètres de lui, nous constations souvent son excitation extrême, son gland violacé perlait et si je tournais le regard vers Monique, je voyais, avec un amusement sans cesse renouvelé, sa bouche entrouverte d’où sortait le bout de sa langue gourmande.

Madame agenouillée, la queue de Père Alain allant et venant entre ses seins, disparaissant, réapparaissant, suppliait ces trois hommes d’Église de la délivrer enfin. Elle se mettait ensuite à parler d’une voix rauque et métallique, dans une langue étrange faite de borborygmes et de sifflements, entrecoupés de jurons spécialement orduriers et, semblant avoir perdu toute contenance, écartait les lèvres de son sexe, se masturbait frénétiquement. Regarde ma chatte ! Regarde ma chatte de salope ! avant de reprendre sa logorrhée incompréhensible.

Le Bavard reprenait alors place dans le confessionnal et lui ordonnait de s’empaler sur son goupillon béni des dieux. Selon son degré d’excitation, Madame choisissait de le faire ou bien par l’entrée principale ou bien par l’entrée des artistes et suçait alternativement Père Alain et Père Martial qui se tenaient debout à ses côtés.

J’adorais voir toutes ces mains courir sur le corps de Madame, caresser ses seins, son ventre, son clitoris. J’aimais l’entendre crier quand elle jouissait enfin. Un cri retentissant, l’expression même de la délivrance, quand l’orgasme s’échappe tel un cheval fougueux !

En règle générale, le Bavard et le Père Martial avaient déjà joui. Père Alain faisait courir son énorme goupillon personnel sur le corps et le visage de Madame, qui ne cessait de le caresser, avant de l’inonder de son flot de sperme et de tracer sur son front maculé un signe de croix. Le Frère Confesseur donnait alors la dernière réplique « Tes péchés sont pardonnés au nom du Père (il désignait Père Alain), du Fils (Père Martial) et (han !) du Saint-Esprit » tandis que nous les applaudissions à tout rompre.

Ma prochaine lettre portera sur un autre aspect de la Confrérie du Bouton d’Or, mais t’en dévoiler le sujet me priverait du plaisir de te savoir sur les charbons ardents. Nous avons chargé Pauline de t’embrasser pour nous, à bientôt !

Sylvie, la Fiancée

Lettre n° 13