Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Merci pour le chocolat ! (Compte-rendu de la 2ème séance pré-intronisation)

Le 25 avril 2019

1 – La convocation

Manon est venue nous chercher, pour que nous servions de juges dans un litige sur un point capital, litige qui opposait Lucas et Émilie. Nous cherchions du regard de quoi nous vêtir quand elle a chantonné « Come as U are » à la façon de la pub McDo, ce que Jimmy et le Balafré lui ont reproché. Manon a éclaté de rire, les a regardés « Ah… j’avais oublié… toi, t’es plus branché “L’été s’ra chaud” ! » en effectuant une chorégraphie que d’aucuns qualifieraient de ridicule, mais que je défendrais avec toute la mauvaise foi requise par de longues années d’amitié. Certains ont ri avec Manon, mais d’autres se sont montrés solidaires envers Jimmy.

Madame gloussa comme un dindon en traversant la cour. Elle avait enfilé à la hâte un déshabillé soyeux et les regards concupiscents du Notaire et du Bavard l’avaient poussée à laisser échapper ce cri ridicule. Nous étions légèrement vêtus, mais aucun d’entre nous n’était nu.

En effet, l’heure était grave, le motif du litige d’importance. Qui d’Émilie ou de Lucas préparait le vrai, l’unique chocolat ? Tous les regards se portaient sur nous, les anciens, nous qui savions, nous qui avions dégusté à maintes reprises celui que préparait Louise, nous qui en connaissions la recette, nous qui serions en capacité de trancher et pouvoir ainsi clore définitivement le débat.

Nous prenions notre rôle de jury très à cœur, nous penchant en avant pour mieux confronter nos impressions. Jimmy rendit sa sentence.

– Pour ce qui est du goût, le chocolat préparé par Lucas est incontestablement le plus proche de la recette originale de Louise. Mais le meilleur est celui préparé par Émilie, qui a suivi la recette d’Odette, la version gourmande de celle de Louise.

– Tu… tu connais le goût… d’Odette ?

– On peut dire ça comme ça, en effet !

– Mais non ! Tu vois ce que je veux dire… tu connais le goût du chocolat de mémé Dédette ?

– Oui. Aussi. Mais, pitié, appelle-la plutôt Odette !

– Quoi ? Quoi ? Quoi ? Que cache ce “Aussi” ?

Émilie a sursauté, Jimmy a ri en reprochant au Balafré et à Monique d’avoir trop affûté l’esprit de la petite Manon.

2 – Le récit de Jimmy

Après mon service, j’ai vécu quelques années à Paris. Martial m’invitait souvent à partager leur repas avant de passer la soirée dans sa chambre, à refaire le monde, à boire et à fumer, à écouter de la musique, à nous raconter nos exploits, nos conquêtes réelles ou fantasmées, à nous préparer à sortir en boîte…

Un soir, alors que je revenais de la bibliothèque universitaire, je croisai Odette dans le bus, une surprenante valisette à la main. Je lui demandai où elle allait. Toute excitée, elle m’expliqua qu’une de ses copines organisait une boum et qu’elle avait obtenu à la dernière minute, l’autorisation d’y rester dormir. Ni ses parents ni ceux de sa copine ne possédaient le téléphone, la surprise que sa venue allait lui faire était pour beaucoup dans l’excitation d’Odette. Nous devisions joyeusement, elle trouvait amusant que ce soit à mon tour de passer une soirée studieuse et solitaire.

Je descendis à mon arrêt, me retournai pour lui faire un signe de la main, quand je constatai qu’elle était descendue à ma suite. « Est-ce que je pourrais te demander de me rendre un service ? » À son regard inquiet, je compris que ce n’était pas le genre de service qu’on pouvait demander incidemment au coin d’une rue, fut-elle animée. Supposant qu’elle allait m’avouer qu’elle passerait la soirée et la nuit, non pas chez une copine, mais avec son petit ami, n’osant pas lui proposer de monter dans ma garçonnière, je lui offrais d’en parler autour d’un verre.

– Jure-moi de garder le silence sur ce que je vais te demander. J’ai des copines qui ont déjà couché… elles disent que la première fois, c’est toujours nul, qu’il faut en passer par là, ça ne fait pas toujours mal, mais ça n’est jamais agréable la première fois. Mais moi, je suis sûre que c’est parce que les mecs étaient puceaux eux aussi. Alors, je me demandais… est-ce que tu voudrais me dépuceler, en t’appliquant pour que j’en garde un bon souvenir ?

Abasourdi, je regardai tout autour de moi, effrayé à l’idée que quelqu’un ait pu entendre ses mots. Presque aussitôt, je réalisai que personne ne nous connaissait, que personne ne savait qu’elle était la petite sœur de mon meilleur ami. Pour tous ces gens, nous étions un couple d’amoureux et c’est ainsi que j’acceptai sa proposition, à condition toutefois, de pouvoir en parler librement à Martial si j’en éprouvais le besoin. J’insistai sur ma volonté que les heures qui allaient suivre ne changent en rien les rapports que j’entretenais avec elle. Odette me tendit son petit doigt recourbé afin que j’y accroche le mien, sa façon toute adolescente de « toper là ».

Arrivés chez moi, Odette se tint debout au beau milieu de la pièce, semblant chercher quelque chose du regard, elle respirait à pleins poumons comme pour s’imprégner de l’air ambiant.

Je ne veux rien oublier de cette soirée ! Euh… je me déshabille ou tu me déshabilles ?

Son sourire coquin et son regard mi-effronté, mi-craintif me firent l’effet d’une gifle. Je m’ébrouai comme on cherche sa lucidité et lui annonçai un changement de programme.

– Non, Odette. Non. Pas ici. Pas comme ça. Pas maintenant. Remets ta gabardine, prends ta petite valise et suis-moi !

– Tu… tu me ramènes chez moi ?

– Sauf si tu y tiens, mais… quant à moi… À nana exceptionnelle, il faut une ambiance et un cadre exceptionnels ! Vérifions tout d’abord si nous avons de la chance…

En chemin, je lui expliquai mon plan de bataille et les solutions de repli. J’avais fait exprès d’employer ces termes, un peu par jeu, beaucoup par défi. « Et si pour ce soir, tu oubliais un peu tes études ? » Je ne connais aucun mot pour exprimer l’intensité de notre regard à cet instant précis.

À la sortie du métro, une bouffée d’air chaud nous surprit. Odette retira sa gabardine qu’elle posa sur son avant-bras. Elle courait en direction des quais, se retournant tous les deux pas « Viens ! Mais viens ! Plus vite ! » Je me régalais du spectacle de sa robe qui, en virevoltant, dévoilait ses magnifiques jambes.

Nous avions de la chance, dit l’employé des bateaux-mouche, une table venait de se décommander, nous pouvions donc embarquer pour ce dîner-croisière. Je vous jure que j’ignorais tout de l’histoire de la photo de Jean-Baptiste avant que Martial ne m’en parle, sept ans plus tard !

Une fois installés, Odette me demanda ce qu’elle devait choisir et si sur ma carte aussi les prix étaient absents. Tout en me posant la question, elle se leva et se pencha pour vérifier.

– Ouah ! C’est vachement cher !

– Rien n’est plus beau que tes seins… euh… rien n’est trop beau pour toi !

J’avais du mal à déglutir.

– Bah ! Tu les as même pas vus !

Je lui expliquai qu’elle devrait être attentive au plaisir qu’elle prendrait à sentir le désir de son partenaire s’accroître tout au long de la soirée, qu’elle devrait guetter ces petites flammèches qui le ravivent, l’entretiennent, et lui rappelai encore qu’elle devrait être attentive au plaisir qu’elle prendrait à se sentir ainsi désirée. Elle rétorqua

– C’est facile pour toi, tu le sais tout de suite si tu bandes ou pas, tandis que pour moi…

– Ça ne t’arrive jamais de ressentir comme une brûlure entre les cuisses ?

Odette baissa les yeux et marmonna « Si »

– Et que fais-tu dans ce cas-là ?

Le serveur prit notre commande et revint presque aussitôt avec nos coupes de Champagne. De vraies coupes, puisqu’à l’époque, on ne le servait pas dans des flûtes. Nous trinquâmes et la réponse d’Odette s’évanouit au milieu du tintement des verres qui s’entrechoquaient autour de nous.

– Tu disais ?

– Je mets mon oreiller entre mes cuisses que je serre très fort jusqu’à ce que ça passe…

Je fermai les yeux pour tout à la fois chasser cette image et la graver à tout jamais dans ma mémoire. Odette se méprit.

– Mais je suis encore vierge, tu sais… tu veux touj… ? Pourquoi tu fermes les yeux ?

– Je me représentais la scène et…

– Et ?

– J’ai eu besoin de quelques secondes de… méditation pour m’empêcher de te culbuter. Là. Tout de suite. Sur la table !

– Tu… tu bandes ?

– Oui

Elle me fit craquer quand elle posa ses mains sur ses joues. « Oh… la chance ! » Le serveur venait de nous apporter les entrées quand elle me demanda, si ça ne faisait pas un peu mal. J’éclatai de rire en répondant non, à nouveau, elle soupira « La chance… ! »

– Pourquoi ? Ça te fait mal ? Avec l’oreiller ?

Prenant des airs de conspiratrice, elle me dit.

– Des fois, c’est pire avec l’oreiller ! Tellement pire que je suis obligée de m’asseoir sur du froid pour tout arrêter !

– Et tu n’as jamais eu l’idée de te… soulager ? De t’offrir du plaisir ?

– Tu… tu crois que je peux ?

– Mais bien sûr ! Qui aurait le droit de t’en empêcher ?

– Mais je te demandais pas si je peux, genre « Je peux ? J’ai le droit ? », je te demandais « Je peux ? », genre « Tu crois que c’est possible ? » !

Je remarquai le sourire en coin du serveur qui ne perdait pas une miette de notre conversation. J’éclatai de rire.

– Ça c’est sûr ! Je sais que tu le peux !

Le serveur desservait notre couvert quand elle me demanda « Tu pourras me montrer comment faire ? Tu veux bien ? » Je la rassurai sur ce point. Elle me regarda avec fierté et gratitude.

– J’étais sûre que… avec toi… Après, tu pourras me demander tout ce que tu veux, tu sais ! Tout. Tout. Tout !

Le serveur trébucha, ce qui créa un peu de diversion. Tout au long du repas, elle me posa des tas de questions, me fit des confidences. Nous étions assis côte à côte en attendant le photographe, quand elle me demanda si je bandais. Je répondis oui. « Je peux toucher ? » La peur que l’on remarque son geste malgré la table derrière laquelle nous étions assis, l’excitation que cette crainte engendrait me fit bander puis débander puis rebander mollement. Je sentis sa main sur mon pantalon. Je la dirigeai discrètement.

– C’est normal que quand je te touche ça me fasse des trucs dans les nichons ? Pas sur le bout du téton, mais… tout autour des mamelons… comme plein de petites piqûres d’aiguille, mais en vachement agréable… Oh ! Mais t’en as un autre ou c’est le même ?

Je ne pus calmer mon fou-rire qu’à l’arrivée du photographe. À la fin de cette croisière, avant de descendre sur le quai, Odette ouvrit son porte-monnaie et s’excusa de ne pas pouvoir donner plus au serveur, qui la rassura en lui disant que c’était le geste qui comptait.

Pendant ma vie d’étudiant, j’ai exercé plusieurs petits boulots ; en 1967, j’étais tout à la fois le guide et le conservateur d’un hôtel particulier du 18ᵉ siècle. Quand j’en ouvris les grilles à Odette, elle s’écria « Je suis une princesse ! Je suis une princesse ! » Je la pris dans mes bras « Chaque homme qui te désirera devra te traiter comme telle, Princesse ! »

Je voulus lui faire visiter les lieux, mais dans un des boudoirs, n’y tenant plus, je l’embrassai. Elle me demanda

– C’était bien ? T’as aimé ?

Je lui retournai la question. Elle parut réfléchir, hésiter, m’embrassa de nouveau. « J’adore ça ! » Nous nous effondrâmes sur le sofa, inscrit au Mobilier National, nos baisers étaient de plus en plus fougueux quand elle me supplia de lui “peloter les nichons”. Le temps qu’elle dégrafe sa robe, je me déshabillai. J’étais en train de retirer mon slip quand elle s’arrêta net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules. « Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! » et comme si elle me le reprochait « Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai ! ». Tendant un index timide, elle me demanda « Je peux ? » Comment le lui refuser ? Je lui rappelai toutefois son souhait de se faire peloter les nichons. Elle eut un geste agacé, comme pour me dire « plus tard ».

Nous étions dans ce boudoir parce qu’il n’était percé d’aucune fenêtre, que la lumière pour les visiteurs y était volontairement tamisée. Odette regardait mon sexe de tout près, le touchant, le manipulant comme un enfant découvre un jouet. J’avais eu le tort de lui dire « Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas ». Alors, elle le taquinait du bout de l’index.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Appelons nos amis pour nous départager !

Elle fit alors courir ses longs doigts graciles le long de mon corps.

Bite ? Verge ?

Ses deux mains à plat sur mes cuisses convergèrent vers mon membre. « Pénis ! », puis me regardant.

On dit « pénisse » ou « péni » ?

– Pénisse, sauf si tu veux plaisanter

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Je ne pus m’empêcher de crisper mes mains autour de sa tête, ni de réprimer un juron quand sa langue lécha mon sexe sur toute sa longueur.

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Je finis de la dévêtir, en prenant tout mon temps. Je voulais qu’elle grave à tout jamais cette nuit dans sa mémoire, mais je tenais également à ne jamais oublier mes propres sensations, à ne jamais oublier l’éclat de sa peau brune magnifiée par cette lumière oblique, sa douceur, sa chaleur, ses seins ronds et déjà lourds. Pour éviter de jouir trop vite, je déplaçai ses mains de mon corps vers le sien, nous nous embrassions comme pour prolonger ces préliminaires. Nos doigts se rejoignirent sur son pubis. J’allais lui expliquer comment soulager la brûlure dont elle m’avait parlé plus tôt quand elle me demanda si j’avais déjà couché avec une noire. Devais-je mentir ? Elle lut la réponse dans mon regard hésitant et manifesta son dépit.

J’aurais dû m’en douter…

– Ça t’ennuie ?

– Non, mais comme tu vas être mon premier… j’aurais aimé être ta première quelque chose…

Comment lui dire qu’elle resterait à jamais la première de beaucoup de choses ? Comment lui expliquer qu’elle resterait pour toujours la première pour laquelle j’avais dépensé en un repas la somme avec laquelle j’aurais pu manger pendant quinze jours et que je ne le regrettais pas… la première avec laquelle je passais un moment aussi joyeux que sensuel, aussi léger qu’émouvant avec une telle évidence… la première que j’emmenais sur mon lieu de travail… la première à m’avoir sucé sur le sofa sur lequel d’anciens propriétaires prestigieux avaient certainement connu les mêmes plaisirs ?

– Je n’ai jamais couché avec la petite sœur d’un de mes amis, tu es donc la première !

– T’es sûr ? Jure-moi que c’est vrai !

– Est-ce que Martial a une autre sœur ? Non.

T’as même pas un peu couché avec une sœur de Jean-Luc ?

– Mais… Jean-Luc n’a pas de sœur !

– C’était pour être sûre… Tant mieux alors !

Soudain, elle retint ma main.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… c’est… comme tout mouillé…

– Mais c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Je glissai mon majeur entre ses lèvres. Bon sang, elle était trempée ! Je la pénétrai de mon doigt avec l’intention de le faire aller et venir, mais elle croisa violemment ses cuisses, bloquant ma main et m’interdisant le moindre mouvement. Je sentais son corps onduler et une longue plainte venue du plus profond de ses tripes s’échappa de sa bouche.

J’aurais voulu qu’elle ne fermât point les yeux. Quand elle les rouvrit, elle voulut s’en excuser.

– C’était tellement bon ! Il n’y a rien de meilleur, n’est-ce pas ?

Regardant mon sexe et remarquant mon sourire, Odette ajouta

– C’est encore meilleur avec une bite ?

Je m’étais promis de lui faire découvrir d’autres plaisirs avant de la pénétrer, mais cette remarque anéantit toutes mes bonnes résolutions. Je me levai, la pris dans mes bras, la déposai sur le lit de la chambre nuptiale. Prenant une voix de baryton, je lui dis enfin.

– Qui t’a parlé de bite ? Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge ! … C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça ! Non ! Garde tes yeux ouverts !

Je la pénétrai lentement, à l’affût du moindre sursaut, du plus léger frémissement indiquant une quelconque douleur ou un éventuel déplaisir. Sa bouche semblait psalmodier une prière, je lui demandai si elle avait mal, pour toute réponse, elle me sourit et, comme anéantie, fit non de la tête, je regardais sa boule afro danser sur l’édredon. Qu’elle était belle ! Quand elle put enfin parler, elle me demanda si c’était aussi agréable pour moi. Voyant mon sourire, elle me demanda d’une toute petite voix si je pouvais me retirer pour la prendre à nouveau. Je m’exécutai avec un étonnement non feint. Elle venait d’ajouter, sans le savoir, un nouvel item “première fois”, parce qu’elle reste la première à avoir exprimé tout naturellement son désir. Je me retirai prestement et la pénétrai de nouveau au ralenti.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! j’aime bien la p’tite bosse…

La p’tite bosse ? Ça ?

– Oui ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

Tu m’as dit « stop »

J’acceptai de reprendre mes va-et-vient à la condition qu’elle me guide avec ses mots, tantôt elle voulait que j’aille vite, tantôt lentement, elle demandait que j’aille « tout au fond » ou, a contrario, de maintenir mon gland à l’entrée de son vagin. Elle donnait parfois l’impression de suffoquer jusqu’à ce qu’une grande inspiration soulève sa magnifique poitrine. Elle me réclamait des baisers, je les lui offrais.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Je pris sa main et la guidai vers son clitoris.

Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

Je posai ma main sur la sienne, mes doigts exerçant une pression sur les siens.

– Odette, je vais jouir…

Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

Ému, je me penchai pour l’embrasser quand je remarquai un cercle saillant autour de ses aréoles. Je décidai de les caresser du bout de la langue, pensant naïvement parvenir à retarder mon éjaculation. Odette poussa un charmant petit cri aigu et délicat.

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

N’arrête pas ! N’arrête… pas !

Je me figeai en elle, espérant ne pas débander trop vite, elle arrêta de se caresser, me demanda de le faire à sa place tandis qu’elle se caressait les seins. Nous nous sentions tellement bien que j’acceptai sa proposition, retarder au maximum l’explosion de son plaisir. Je bougeai à peine tant je redoutais sortir de son vagin et, alors que j’avais craint la débandaison, je sentis ma queue redevenir vaillante. Odette s’en aperçut également.

– Merci, Jimmy !

– Y a pas de quoi, Odette !

Quand elle jouit, ma bite était à nouveau dans une forme olympique, mais je craignais d’irriter le sexe fraîchement dépucelé d’Odette, aussi, je me retirai assez vite.

– Tu me montres la p’tite bosse ?

Dans un sourire, je lui fis découvrir le bourrelet à la base de mon gland. Elle l’embrassa avec tendresse.

C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue… !

Durant toute la nuit, je fus secrètement jaloux de l’homme qui aurait la chance de partager sa vie. Odette était avide de plaisirs, curieuse, belle, libre de son corps, de ses pensées, inventive…

J’étais invité au déjeuner dominical chez Martial et ses parents, une journée s’était passée depuis notre nuit, je me demandais quelle contenance je devrais prendre. J’étais tellement troublé par ces heures passées avec Odette que si elle me l’avait demandé, j’aurais fait ma vie avec elle, mais elle s’en tint à notre accord initial. Elle me fit la bise « Oh, t’as l’air en pleine forme dis-moi ! », Louise m’apprit que depuis la boum à laquelle elle avait assisté, Odette se montrait particulièrement insolente sous ses airs angéliques. J’aurais dû être embarrassé de ce mensonge, mais j’étais heureux de le faire.

Peu après, Odette rencontra Bertrand, avec lequel elle eut très vite un premier enfant, puis un autre et enfin un troisième. Quand je m’installai à Lyon, nos liens se distendirent, nous nous envoyions nos vœux de bonne année, un petit mot pour chaque anniversaire, mais j’avais surtout de ses nouvelles par Martial.

Je ne l’ai vraiment revue qu’aux obsèques de ses parents. Leur mort avait été si brutale qu’elle nous a tous anesthésiés. En revenant du cimetière, avant d’entrer dans leur petite maison, je la vis tirant nerveusement sur une cigarette. Avec l’espoir de faire naître un sourire sur ses lèvres, je lui demandai « Comment va ma Princesse ? ».

Odette s’effondra dans mes bras. Je pensais avoir ravivé ses plaies et m’en voulais quand elle m’avoua ce que toute sa famille ignorait encore.

– Tu parles d’une princesse ! Elle a quarante ans et autant de kilos en plus, ta princesse ! Son mari la fait cocue et va emménager à la fin du mois avec une plus jeune et bien plus belle qu’elle ! Monsieur a besoin de découvrir de nouveaux horizons ! Si seulement, j’en avais la possibilité, moi aussi j’aimerais en découvrir, de nouveaux horizons !

– Serviteur !

Je m’étais incliné vers elle, dans la posture requise par tous les manuels de savoir-vivre.

– Te fous pas de moi, chuis pas d’humeur…

J’attrapai ses poings au vol, l’obligeai à me regarder dans les yeux.

Je suis sérieux, Odette ! Tu peux poser des congés rapidement ?

Ça fait six mois que je suis à la retraite !

– Déjà ? Mais…

Enfin, je la revis sourire ! Elle m’embrassa sur la joue.

Flatteur, va !

– Et ton connard de mari, il compte partir quand au juste ?

Le 30… ils emménagent à Cannes.

– À Cannes ? Pff… quel ringard !

Note de Sylvie : Jimmy a interrompu son récit pour s’adresser à Émilie « Avec tout le respect que je dois à ton grand-père ! »

Tu crois que j’ai l’air plus fine, moi, avec mon pavillon devenu trop grand en Seine-et-Marne ?

– D’où l’urgence de te faire découvrir de nouveaux horizons !

– C’est quoi ce regard lubrique ?

– De nouveaux horizons, Princesse !

Mais t’as vu c’qu’elle est d’venue ta Princesse ? C’est facile pour toi, t’as pas changé, t’as gardé ton corps de jeune homme ! Pas un pèt’ de graisse…

J’objectai mollement, sincèrement flatté qu’elle me vît ainsi. Tel un maquignon estimant la valeur d’un bestiau, elle palpa mon abdomen.

– Oui, mais ça c’est pas du gras ! C’est du rembourrage, ça compte pas ! Alors que moi… regarde-moi ça !

Elle me désigna Martial qui se dirigeait vers nous.

– C’est marrant, tout de même… Papa et maman n’étaient pas gros, alors que nous…

– Ça va ? Pourquoi vous n’entrez pas ?

– J’essaie de convaincre ta sœur d’accepter l’idée de découvrir de nouveaux horizons…

– Avec Bertrand ? Ça s’arrange, finalement ? Sylvie craignait que…

– Oui !

– Pas vraiment…

– Oui ou pas vraiment ? Mettez-vous d’accord !

Bertrand me quitte, il déménage à Cannes avec sa pouffiasse.

Odette !

Quoi « Odette ! » ? Laisse-moi le temps de digérer le truc avant de me demander d’être peace&love !

– D’où les nouveaux horizons

– Ah ouais… genre… « Serviteur ! » ?

– Exactement !

– Dédette, tu peux pas refuser !

– Si je te dis « nouveaux horizons », tu me réponds… ?

– Canada

Alors… va pour le Canada ! On embarque à la fin du mois !

– Mais t’es taré ! Complètement taré !

En s’éloignant, Martial nous dit « Je vais leur dire de vous laisser en paix, que vous avez besoin de vous isoler pour parler un peu. Mais savoir que vous arrangez en douce une escapade amoureuse… c’est comme si papa et maman n’étaient pas morts, que Sylvie n’était pas dans le coma… Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir… la vie continue et vous en êtes la preuve ! »

Note de Sylvie : Émilie s’est exclamée « Mais j’y étais ! » et d’une pichenette sur l’épaule de Lucas « Et tu y étais aussi, non ? »

– Oui, vous y étiez, quant à Sylvie, elle a préféré se faire renverser par une voiture et dormir ensuite pendant vingt-sept longs jours plutôt qu’assister aux obsèques de ses beaux-parents !

« La relève » voulut connaître la suite de l’histoire.

– Et alors ? Bah… je l’ai emmenée au Canada pour lui faire découvrir de nouveaux horizons… et voici ce qu’Odette qualifie de « regard lubrique » !

– Euh… oui, mais en même temps, elle a pas tort ! C’est carrément un regard lubrique ! Vas-y, Jimmy, raconte comment vous avez tout mis au point !

Avec les années, le quotidien, Odette avait oublié qu’elle est belle, qu’elle est née belle, qu’elle a grandi belle, qu’elle sera belle jusqu’à son dernier souffle. La femme qu’elle me décrivait n’était pas celle qui se tenait devant moi. Je crus qu’elle l’avait compris quand je la vis esquisser un sourire. Par jeu, je lui en demandai la raison.

– Je voulais savoir… j’avais droit à combien de vœux ?

– ??

Pour les nouveaux horizons… j’ai privilégié la destination, mais…

– Odette ! Je n’aurai jamais la patience d’attendre tout un mois !

Il le faudra bien, Jimmy. Laisse-moi me faire à l’idée que je peux encore être une princesse !

Mais tu l’es ! Tu es une princesse, Princesse !

– C’est peut-être évident pour toi, mais ça ne l’est plus pour moi et depuis belle-lurette ! Laisse-moi me faire à l’idée… j’ai besoin de faire la paix avec moi-même !

Alors, laisse-moi tout organiser, l’attente sera moins pénible…

Elle se hissa sur la pointe des pieds, pour m’embrasser sur la joue, puis, après avoir jeté un bref coup d’œil en direction de la maison, se ravisa « Après tout… » et me roula une pelle. « À tous les coups, je vais passer un mois entier à rêver de statues… ! » Je lui mis une claque sur les fesses.

Note de Sylvie : Jimmy s’en est excusé, mais a interrompu son récit pour passer un coup de fil. Il est revenu, le sourire aux lèvres.

Odette prend le premier vol, j’ai enfin réussi à la convaincre venir ici, parce que la petite Émilie voulait en apprendre plus sur sa grand-mère.

– Mais… pourquoi vous n’avez pas fait votre vie ensemble ?

– Mais parce que mon désir de ne pas avoir d’enfant était aussi fort que le sien d’en avoir ! Quelles aspirations aurions-nous dû réprimer ? Son désir de fonder une famille nombreuse était-il plus ou moins légitime que le mien ?

– Mais, quand vous vous êtes retrouvés, en 2009, ses enfants étaient partis…

– Quarante années avaient passé ! J’ai ma vie, une vie que j’aime par-dessus tout et… si ta grand-mère a de nombreuses et indéniables qualités, la perfection n’étant pas de ce monde, je dois t’avouer qu’Odette est malheureusement atteinte du syndrome de la monogamie ! Je n’ai aucune envie de cacher que je me tripote si je suis excité par le cul de Monique ou par les seins de Cathy… tu vois ce que je veux dire ? Quant à Odette, elle préfère m’avoir sept semaines une fois par an pour elle toute seule qu’avoir à me partager avec d’autres le reste de l’année…

– Attends ! Il n’y a pas eu qu’un voyage ? Sept semaines par an ? ! Mais on l’aurait remarqué ! Dédette ne quitte son appart’ que pour partir en cure !

– Cure qui dure… ?

– Oh putain ! C’est toi la fameuse cure miraculeuse ? Elle en revient toujours en pleine forme et de super bonne humeur !

– Je suis ravi de voir que vous en profitez aussi !

– Oh putain ! Mémé Dédette… une bombe au pieu… oh putain !

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – La playlist du slideshow

En cliquant sur chacune des images, vous pourrez écouter les chansons ou morceaux auxquels pensait Manon pour sa présentation. En cliquant sur cette phrase, vous atteindrez la playlist complète.

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Compte-rendu de la 1ère séance pré-intronisation

Le 24 avril 2019

À la demande d’Émilie, d’Enzo, de Lucas, de Manon, de Pauline et de Vincent, j’endosse une nouvelle fois mon costume de secrétaire pour rédiger ce compte-rendu.

1 – Émilie

a) Le contexte

Je n’avais pas revu Émilie depuis presque vingt ans. Quand elle est entrée, Martial et moi avons eu un choc, pourtant Odette me l’avait avoué « Je sais que ce n’est pas bien, mais de tous mes petits-enfants, Émilie est ma préférée. J’essaie de ne pas le montrer, mais c’est un fait. Il faudrait que tu la voies pour comprendre, que tu la voies en vrai ! »

J’imagine combien ça a dû être pénible pour Émilie d’avoir à expliquer que ce couple ne l’avait pas adoptée, qu’elle était leur enfant biologique, mais fort égoïstement, je me réjouis qu’elle ressemble tant à son arrière-grand-père, qu’elle ait la même couleur de peau que lui, le même nez, la même bouche, mais, comme me l’a fait remarquer Martial, elle a hérité des oreilles de Louise et des yeux d’Odette. J’étais fascinée de voir danser les mains de Jean-Baptiste avec la grâce et la légèreté de celles de Louise…

b) La rencontre

Quand vous êtes arrivés au mas, nous étions installés dans le patio, en pleine discussion avec « la relève », comme nous vous surnommons avec tendresse et bonheur. Elle battait tellement son plein que nous en avions oublié la petite blague de bienvenue que nous vous avions réservée. Fort heureusement, Vincent a eu la présence d’esprit d’en expliquer la teneur « Tu dois deviner qui est qui, mais pour te mettre sur la voie, chacun porte une tenue en rapport avec sa profession ».

En nous voyant, Émilie a éclaté de rire avant de nous reprocher de savoir trop bien cacher notre jeu. Elle a martelé ces mots en les rythmant d’un index rageur.

C’est bien tenté, jeune fille, mais tu n’obtiendras rien par la flatterie.

– Tu sais que ce n’est pas loin de ce que je m’imaginais ? Le chemisier pas aussi ringard, enfin… presque pas aussi ringard, mais c’est pas loin, Sylvie !

Nous l’avons applaudie et je me suis levée pour cocher mon nom sur le tableau prévu à cet effet.

– Ouah, la jupe ! Ah non, c’est pas possible une jupe comme ça ! Cristina Cordula voit ça, elle meurt direct d’une crise cardiaque !

S’en est suivie une discussion animée, vous n’étiez pas d’accord avec nous, qui prétendions qu’elle a un goût de merde et, avec la dose de mauvaise foi nécessaire en la circonstance, nous avons justifié notre avis par un « depuis quand le Brésil peut se targuer d’être le pays de l’élégance ? ». Nous nous sommes tournés vers Alain, notre expert en la matière. Fin diplomate, il a esquivé l’écueil « Je ne voudrais pas me fâcher tout de suite avec la relève… »

Émilie a posé son index sur sa bouche, comme lorsque l’on a la réponse sur le bout de la langue.

– Si j’en crois ton costume et ton air ahuri, tu dois être… Martial. Me gouré-je ?

Martial a sursauté, surpris non pas qu’elle l’ait reconnu, mais qu’elle ait employé la formule dont se servaient Louise et Odette quand elles voulaient le faire enrager. Et sa voix… il suffit de fermer les yeux pour entendre ma belle-mère !

Nouvelle salve d’applaudissements, malgré quelques « Facile ! » qui fusaient ici et là.

– Je ne sais pas trop si tes cheveux sont blancs ou blond platine, mais tes yeux bleus, ta tenue… Sérieux, y a vraiment des profs qui portaient ça ? Ah ! Je comprends mieux pour les branlettes espagnoles… Tu es Monique, la Fille de Mère-Nature !

– Putain ! Le premier surnom qu’elle donne, c’est le mien ! Ça me poursuivra toute ma vie…

Émilie hésitait. Laquelle était Cathy ? Laquelle était Madame ? Elle sourit. Quelle étrange impression de voir le sourire de Louise s’épanouir sur la bouche de Jean-Baptiste ! Elle s’approcha à pas feutrés de Pauline, lui lança un regard enjôleur, la prit dans ses bras, l’embrassa sur l’épaule, fit glisser son baiser jusque dans le cou, passa sa main dans ses cheveux, rapprocha son visage du sien pour l’embrasser à la commissure des lèvres puis se retourna. D’un index désigna Pauline, de l’autre sa grand-mère.

– Madame, petite-nièce de Gentil Coquelicot !

En plus des applaudissements, nous manifestâmes bruyamment notre admiration.

– Bravo !

– Bien joué !

– Boudiou, l’a pas froid aux yeux, la gamine !

– Admirable sens de l’investigation ! Toutes mes félicitations !

Ces deux derniers commentaires permirent à Émilie de nommer le Bavard et Joseph.

– La cravate est un peu too much, mais même sans, j’aurais reconnu le Notaire… tu as une tête à avoir aimé faire beaucoup d’enfants !

Nous en sommes restés muets de stupeur ! Ça a été plus fort que nous, nous nous sommes tous levés pour l’étreindre avant de regagner nos places. Ne restaient que quatre noms, allait-elle faire un sans-faute ?

– Là, c’est facile parce que mémé Dédette a des photos de Martial pendant son service… Lui, là… avec sa pipe qui n’a jamais servi et ses fausses lunettes, c’est la caricature du mec qui est entré à l’école à trois ans et n’en ressortira que les pieds devant, mais même sans ça et sans ton costume dégueulasse, je t’aurais reconnu, Jimmy ! Et toi, à côté de Monique… c’est marrant, t’as les mêmes sapes que Martial, mais ça rend pas pareil…

Je ne suis pas gros !

Mais non, c’est tous les autres qui sont trop maigres, mon Titi !

– Donc toi, à côté de Monique, tu es Jean-Luc, le Harry Potter de la teub !

Monique s’est penchée vers moi, toujours debout près du tableau « Mais… elle est… nous ! » et s’est précipitée pour l’étreindre une seconde fois.

Émilie a hésité.

– Lui, c’est Alain… et le dernier… Christian.

Regards embarrassés et sourires contrits.

– T’inquiète, moi aussi je les confonds tout le temps !

Après avoir obtenu ce qu’elle voulait, c’est-à-dire la promesse d’une bonne leçon pour apprendre à différencier Alain de Christian, Monique ajouta.

– Pourtant, on avait gaffé en l’appelant par son surnom pour lui demander son avis sur miss magnifaïque…

– C’est pas Priape, ton surnom ?

– Euh non… ça fait quarante ans que je suis Brummel au sein de la Confrérie.

– Pourquoi une blouse blanche ? C’est pas Christian l’infirmier ? Tu l’es aussi ?

– Non, mais avant, les dessinateurs industriels se servaient d’encre de Chine… alors, on portait des blouses blanches…

c) Le premier débat

– Lucas m’a dit que je pouvais parler de tout, qu’il n’y aurait aucun sujet tabou, que je pourrai poser toutes les questions, sur Louise et Jean-Baptiste, sur vous, sur la Confrérie, demander des détails. Tout. Tout. Tout. Alors voilà. Moi, ce qui me prend la tête c’est par rapport à Pauline. Je sais qu’elle est amoureuse de Lucas, que c’est réciproque, qu’ils n’ont pas souvent l’occasion d’être ensemble. Sauf que moi, j’ai jamais autant pris mon pied qu’avec lui… et on n’aura pas beaucoup plus d’occasions de nous voir. Mais si ça doit faire souffrir Pauline, j’ai pas envie… j’ai moins envie… Mais en même temps, j’ai pas envie de m’interdire de coucher avec lui… Vous comprenez ? Comment faisiez-vous ?

– Je ne sais pas comment ils faisaient, mais je suis touchée que tu aies envisagé de te sacrifier pour ne pas me faire de la peine. Ce que je déteste, c’est l’hypocrisie. Tu es cash et ça me va. Je reste fidèle à mes convictions, le plaisir que tu prends avec Lucas, tu ne me le voles pas. Et si je devais me sentir mal à l’aise, je vous en parlerais. Comme disent les vieux et comme le disaient les encore plus vieux avant eux « Profite ! Profite, ma fille ! C’est tout ce qui compte ! »

Nous n’avons pu qu’approuver la sagesse de Pauline et Lucas s’est senti soulagé parce qu’il ne veut faire de mal ni à Pauline, ni à Émilie, ni même à Manon « qui occupe pas mal mes rêves aussi ».

– Je me pose aussi une question… à quoi ressemble ta marque ?

– Non mais… tu crois que je vais montrer ma bite à une gamine de la génération Harry Potter ?

Manon s’est aussitôt écriée

– Oh la mauvaise foi ! C’est toi-même qui m’a conseillé de les lire !

– Et alors ? Je te l’ai montrée, ma bite ? Non. Voilà.CQFD !

– Pff t’es vraiment nul ! Viens avec moi, Émilie, je vais te montrer…

Émilie a suivi Manon jusque dans la salle des fêtes. Je savais qu’elle vient régulièrement chez Jimmy depuis qu’elle s’est découvert une passion pour l’histoire, mais je ne la pensais pas autant dans son élément. La porte n’étant pas close et une des fenêtres entrouverte, nous pouvions entendre des bribes de leur conversation, elles tenaient à ce que nous devinions quel album photo, quels clichés les feraient réagir.

– Non ! Ça c’est pas possible ! C’est un trucage ! Non ! Aussi grande, aussi grosse… non !

– Cherchez pas, les filles, des comme moi y en a plus, le moule est cassé !

Pauline a eu un sourire en coin et a conseillé à Alain de ne pas être aussi affirmatif, laissant planer sur sa réplique un parfum de mystère fort mystérieux… Enzo, Lucas et Vincent souriaient entre ironie et fausse candeur.

– Tiens ! Regarde ! C’est la sienne, c’est lui !

– Ah ouais ! On dirait vraiment une cicatrice… ! Et là… c’est… ? Viens, on y retourne !

– J’ai une meilleure idée. Vous venez nous rejoindre ? Parce que j’aurais aussi ma présentation à vous faire, autant qu’on soit confortables !

Quand nous les avons rejointes, Émilie est allée à la rencontre de Monique, lui a parlé à l’oreille, ce qui a fait éclater de rire la Fille de Mère-Nature, qui lui a ébouriffé les cheveux avant de la serrer très fort contre elle.

2 – La présentation de Manon

À l’invitation de Manon, nous nous sommes installés dans la salle des fêtes. Elle nous demanda de patienter quelques instants, le temps pour elle d’achever les derniers préparatifs. Jimmy et Enzo l’aidèrent en apportant de quoi nous hydrater et nous sustenter, pendant qu’elle se changeait. Lucas, Pauline et Vincent regardaient autour d’eux, manifestement surpris, je réalisai qu’ils ne connaissaient de ce lieu que les descriptions que j’en avais faites. Il est loin le temps du projecteur diapo et du drap blanc en guise d’écran !

À nous tous, nous avons eu les moyens de doter notre salle des fêtes de tout l’équipement moderne, mais je n’avais pas pensé à le préciser.

Émilie était en grande conversation avec Monique, le Bavard et le Balafré. Les voir rire, chahuter ensemble me comblait de bonheur, Martial m’embrassa dans le cou.

– Tu te souviens de la dernière fois où je t’ai dit « je t’aime » ?

Oui

– C’était quand ? À quelle occasion ?

Juste avant de démarrer la voiture, quand tu m’as rappelé ma première visite au mas, quand je me suis souvenue qu’on avait fait le trajet complètement nus dans ta R8 et que je me suis déshabillée…

Ma chérie, tu m’épateras toujours !

– Pourquoi, parce que je me souviens d’un truc qui s’est passé tout à l’heure ?

Mais non ! Parce qu’à ton âge avan… parce que tu n’as pas hésité à refaire le trajet complètement nue aux côtés d’un prof à la retraite !

Manon est revenue, s’est installée sur l’estrade, a allumé l’ordinateur et mis en marche le rétroprojecteur.

J’ai fait cette découverte toute seule, je voulais vous la présenter. L’année dernière, j’aurais juste montré les photos, mais depuis que Christian m’a montré comment me servir réellement d’un ordinateur, j’ai eu envie de faire les choses de mon mieux. J’en profite pour vous remercier tous, tous autant que vous êtes, parce que vous m’avez acceptée telle que je suis et vous m’avez permis de découvrir que je vaux mieux que ce que je croyais. J’étais nulle à l’école et maintenant je sais que ce n’était pas à cause de moi, de ma bêtise, mais à cause de l’école et des professeurs qui se plient à un système aberrant. Bon, ça c’est le Balafré qui le dit comme ça… mais en tout cas, même si je n’obtiens jamais mon bac, je ne me dirais jamais « tout ça pour rien », parce que j’ai découvert le plaisir d’apprendre alors qu’avant c’était une corvée. C’est pour ces raisons que j’ai eu l’idée d’intituler ainsi ma présentation.

Comment l’esprit vient aux filles

Les vieux le savent déjà, mais au cas où Pauline ou Émilie ou Enzo ou Vincent ou Lucas l’ignoreraient, c’est le titre d’un conte érotique de Jean de La Fontaine. Il n’est pas en rapport avec ce qui va suivre, mais je le préférais à « Eurêka ! ».

Un soir, qu’on jouait au mémory, Vincent m’a fait remarquer que tous les membres de la Confrérie avaient au moins un truc brodé par Madame chez eux. Je dis un truc parce que ça peut-être un tableau, un coussin ou un tapis de souris… Des questions ?

– Tu parles d’un jeu de Mémory et des intérieurs des membres de la Confrérie. Peux-tu nous expliquer le rapport entre les deux ?

– Très bonne question, Harry ! Nous avons trouvé des clichés en double ou en triple exemplaires de certaines de vos séances photos. Alors, on les mélange et on les pose sur la table, à l’envers, comme pour un jeu de Mémory normal et on doit reconstituer les paires. Celui qui gagne a le droit de proposer la dernière figure à ses adversaires. Personne n’a refusé jusqu’à présent.

Je suis donc allée chez chacun d’entre vous et avec votre autorisation, j’ai photographié vos broderies sous toutes les coutures. Vous m’avez tous laissée faire, sans me poser de question puisque je vous avais dit que c’était pour une présentation que je comptais faire devant la Confrérie. Vincent m’a super aidée et Christian m’a aussi donné des conseils techniques sans le savoir.

En zoomant sur certaines parties, je me suis aperçue que toutes les broderies avaient un motif en commun, plus ou moins gros, plus ou moins caché alors que les couleurs des broderies, les thèmes et le style variaient suivant les membres.

J’ai adoré chercher, zoomer, espérer, être déçue puis finalement récompensée quand je trouvais enfin. J’aimais quand le motif me sautait aux yeux, mais je crois que j’aime encore plus les motifs qui m’ont donné du fil à retordre, comme dit Madame.

Nous avons applaudi si fort la présentation de Manon, nous lui avons manifesté si bruyamment notre enthousiasme et nos félicitations, qu’elle nous a reproché de vouloir la faire chialer.

À la question « Quel motif t’a donné le plus de fil à retordre ? », Manon a répondu « Le plus difficile était le plus facile à trouver, mais je ne savais pas ce que je devais chercher… C’est ça que j’ai aimé, partir à la recherche d’un truc sans être sûre qu’il y en ait un… me fier à mon intuition… et quand j’ai vu le premier, j’étais sur le cul ! Plus je connais Madame, plus je… Sous ses airs de mémé coincée, c’est la plus teug de vous tous ! »

Remarque d’Alain : On écrit « thug »

Remarque de Sylvie : Elle a dit « teug »

Remarque d’Alain : N’empêche que ça s’écrit « thug »

Qu’est-ce qui te faire dire ça, petite Manon des sources ?

– Par exemple, elle a caché le motif dans un détail de la broderie pour tous les membres de la Confrérie, sauf pour elle. Attendez ! Je vais vous montrer !

Manon est allée chercher la broderie de Jimmy, un tableau dans les tons sépia, un poilu assis à une table, une lampe pigeon répand une faible lueur sur ce qui semble être des lettres et des photos éparpillées. Une de ces photos représente ce fameux motif, qui ne doit pas mesurer plus de 2 cm sur 3. Tout en appuyant sur ce point, Manon poursuivit.

– Alors que chez elle, c’est le motif principal du tableau ! Et qu’il est dans son salon.

– N’importe quoi ! Je l’aurais vu !

– La preuve que non, Pauline ! Même Vincent ne l’avait pas remarqué !

– Et il est où dans le salon ?

– Sur le guéridon du côté de la porte.

– Celui où il y a le crucifix ? Le chapelet de sa communion et Sainte-Mir… Oh putain ! Oh putain ! Oh… putain !

Madame était rouge vif, elle resplendissait de susciter ainsi l’admiration de ces gamins dont deux de ses petits-enfants.

Jimmy proposa à « la relève » de leur laisser la jouissance du corps principal du mas et de notre côté, aller finir la journée dans les dépendances, à condition toutefois qu’ils nous prêtent leur mémory.

– Avec Vincent, on était tellement sûrs que vous alliez nous demander ça, qu’on vous en a fait un rien que pour vous !

– Et avec plus d’images…

Dont « la figure Rosalie » !

– Et « Colin-Maillard » ! Et « Mes hommages, Madame ! »

Ils nous ont remis notre jeu et nous sommes partis rejoindre les dépendances alors que le soleil n’était pas encore couché. Nous évaluions les chances de victoire de chacun quand Martial s’est déclaré certain qu’une fois de plus, j’allais l’épater. C’est pour cette raison qu’en l’entendant éclater de rire et hurler un « Je t’aime » retentissant, vous avez regardé par la porte de la salle des fêtes et que vous m’avez vue traverser la cour complètement nue.

Je vous propose de rédiger ainsi un compte-rendu pour chaque séance de pré-intronisation à la Confrérie du Bouton d’Or.

La Fiancée

Pour écouter la sélection musicale de Manon, cliquez ici

Merci pour le chocolat ! Compte-rendu de la deuxième séance de pré-intronisation

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Évidences et coïncidences

Le 11 avril 2019

Mon petit Lucas,

Si j’ai bien compris ce que tu m’expliquais dans ta lettre, tu as participé à une soirée, de celles où les garçons ne sont pas timides et les jeunes filles peu farouches. Un des participants s’est réjoui de l’arrivée d’une nana « qui assure au pieu » et quand il te l’a présentée, tu as réalisé qu’il s’agissait d’Émilie. Après un moment de gêne que je comprends aisément, elle t’a demandé de la fermer, parce qu’elle ne veut pas que sa famille connaisse ses appétits sexuels. C’est pour cette raison qu’elle participe à ce genre d’événements à l’unique condition qu’ils se déroulent à des centaines de kilomètres de Paris, où elle habite.

Quand elle t’a demandé si tu imaginais la gueule de vos parents, s’ils l’apprenaient, tu lui as répondu que tu imaginais mieux celle de tes grands-parents. Émilie a éclaté de rire et a chambré l’austérité des fonctionnaires de l’Éducation Nationale, la petite conne ! C’est à ce moment qu’a débuté une « animation big bisou » et quand l’animateur a annoncé les bisous coquins, vous n’avez pas voulu vous arrêter. Tu as aimé glisser ton visage sous sa robe, tu as aimé le goût de son sexe, même si tu l’as à peine léché, tu as aimé quand à son tour, elle t’a sucé et tu as eu les boules d’avoir regretté que ça ait duré si peu de temps.

Vous avez passé le reste de la soirée ensemble, unis par le secret de vos liens familiaux. Vous flirtiez, en ayant la bonne excuse de l’ambiance, de la thématique de la soirée, une partouze entre étudiants sans conséquences.

Émilie pensait terminer la nuit dans le lit d’un inconnu, elle n’avait donc pas réservé de chambre d’hôtel. Tu lui as proposé de l’héberger dans ton petit studio. Aussitôt chez toi, le désir vous a enflammés, mais vous n’aviez plus aucune excuse pour nier la réalité de cette pulsion. Émilie avait les larmes aux yeux et ses mains tremblaient quand elle a voulu se justifier. « Je ne suis pas une perverse, j’en ai honte, mais j’ai envie de toi ! Que va-t-on faire ? »

Tu as fini de la convaincre avec tes arguments d’un pragmatisme à toute épreuve, « dans la mesure où on ne se reproduit pas… et puis, la consanguinité… notre métissage d’origine… de toute façon, on veut juste se faire du bien, pas se marier, non ? »

Elle a alors remarqué, le début d’une lettre que tu m’écrivais et a voulu savoir si c’était pour mon anniversaire. Tu lui as répondu que non, que c’était bien plus fort, bien plus beau, bien plus incroyable que ça. Mais tu as refusé de lui en dire davantage tant que je ne t’aurai pas délivré de ta promesse de tenir ta langue.

Tu m’écris qu’avec Émilie, tu as pris un plaisir incroyable quand vous oubliiez vos liens familiaux, mais qu’il était bien plus fort quand vous vous en souveniez. Elle est repartie pour Paris, vous hésitez à vous revoir alors que vous en crevez d’envie.

Tu me demandes de te délier de la promesse que tu m’as faite. Je vais faire mieux que ça, je vous invite à passer quelques jours chez nous. Émilie peut nous téléphoner, si elle a besoin d’une confirmation. Elle devait avoir 5 ou 6 ans la dernière fois que je l’ai vue, je suppose qu’elle a bien changé depuis !

J’en profite pour t’en raconter un peu plus sur vos arrière-grands-parents, tu pourras lire ce souvenir à Émilie, voire le lui faire lire quand vous serez dans les bras l’un de l’autre. J’en ai parlé à Martial et aux membres de la Confrérie, nous n’y voyons aucune perversion. Vous auriez parfaitement pu ne pas vous connaître, vous désirer avec la même ardeur, jouir l’un de l’autre avec la même puissance, entamer une liaison, la poursuivre pendant des mois avant de réaliser que vous aviez deux arrière-grands-parents en commun sur les huit dont vous descendez ! Et ces deux aïeux étaient tout sauf consanguins !

La famille, c’est avant tout celle avec laquelle on tisse des liens, on entrecroise des souvenirs, ce n’est pas qu’une affaire de génétique ! Dès que j’ai connu les parents de Martial, ma famille s’est agrandie, je l’ai senti physiquement. Martial et moi avons eu la chance exceptionnelle de partager ce sentiment, puisqu’il adopta ma famille avec la même évidence qu’il fut adopté par elle, dès leur rencontre.

Quand j’ai eu la certitude d’être enceinte, passé ce court instant de flottement quand se déroule le film de toutes les perspectives que cette nouvelle promet, Martial et moi avons ressenti le besoin de partager notre bonheur avec ses parents.

Louise a ouvert la porte, elle a posé ses mains sur ses joues, ouvert grand la bouche de surprise et ses yeux m’ont inondée de bonheur. Comme à chaque fois, nous ne nous étions pas annoncés, parce que ça faisait partie de notre rituel. Notre arrivée inopinée. Leurs reproches. Nos embrassades et nos éclats de rire.

Louise s’est tournée en direction du salon « R’gard’ donc qui voilà ! » avant de s’effacer pour nous laisser entrer. J’avais à peine franchi le seuil qu’elle caressait mon ventre et me souriait comme une gamine qui découvre un bonbon sous son oreiller en plus de la pièce laissée par la petite souris.

Jean-Baptiste mit plus de temps à comprendre, mais il faut dire que Louise nous posait tant de questions sur Paris, nos boulots respectifs, sur Julien « Et ça se passe comment à l’école ? » « A-t-il repris un peu de poids ? Je l’ai trouvé bien maigrichon la dernière fois » et patati et patata ! Ce n’est qu’à l’apéro qu’il réalisa. Louise venait d’ouvrir une bouteille de Vouvray, j’hésitai à prendre le verre qu’elle me tendait « C’est du bonheur, ça ne peut pas vous faire de mal, ma fille ! » Il nous regarda, incrédule.

– Mais… mais… comment vous avez fait ?

Je souris à Martial « On leur montre ? » et nous éclatâmes de rire. Jean-Baptiste me demanda la permission de toucher mon ventre. Il y posa sa main, regarda son fils en lorgnant ostensiblement vers mon décolleté tout en haussant les sourcils d’un air entendu.

– Les nichons ! Les nichons ! On dirait qu’il n’y a que ça qui les intéresse, les nichons ! Tu vois, ma fille, quel que soit leur âge, ils en reviennent toujours à ça. Aux nichons !

– Et les femmes, hein ? C’est quoi qui les intéresse chez les hommes ?

– Les yeux.

J’avais répondu en même temps que Louise et ce fut comme si l’air s’était soudain chargé de bonheur.

– Tu as annoncé la bonne nouvelle à ta sœur ?

– On n’allait pas vous priver de ce plaisir !

Louise et Jean-Baptiste se regardaient, comblés, comme paralysés par le bonheur.

– Vous attendez le déluge ou quoi ? Faut que je vous fasse le numéro ?

J’adorais les regarder téléphoner, avec cette joie toute simple des gamins découvrant un jouet. Les rôles étaient bien définis. Louise décrochait le combiné. Attendait la tonalité. Composait le 1. Puis le 6. Attendait l’autre tonalité. Puis, sous la dictée de Jean-Baptiste, faisait tourner le cadran « C’est qu’on a l’inter, par chez nous ! »

À chaque fois, après quelques secondes, Louise posait sa main sur le micro « Ça sonne… » comme s’il avait pu en être autrement ! Jean-Baptiste refermait le bloc-répertoire, le reposait sur le buffet avant de prendre l’écouteur et le porter à son oreille.

– Allô, Odette chérie ? C’est maman ! Devine qui est venu à la maison… Oui ! Et devine la bonne nouvelle qu’ils nous ont apportée ! … Euh… non… enfin… je ne crois pas…

– Une bonne nouvelle, Odette ! Maman t’a dit une bonne nouvelle !

Louise fronça les sourcils, se renfrogna exagérément, avant d’écrabouiller le pied de son époux sous le sien, elle retrouva aussitôt son sourire.

– Oui ! Depuis le temps qu’on attendait ça ! Oui ! Ne quitte pas, je te passe Sylvie…

Jean-Baptiste voulu dire quelques mots à sa fille, mais Louise lui arracha le combiné des mains « Tu t’appelles Sylvie, toi, maintenant ? » et me le tendit. Avant même que je me pose la question, Louise et Jean-Baptiste se bousculaient à coups d’épaules sous le regard affligé de Martial. Le téléphone raccroché, ils s’excusèrent auprès de moi « On ne savait pas notre numéro de duettistes tellement au point que tu pouvais y croire ! »

– J’ai vraiment cru que… la grossesse ne me rend pas plus intelligente, on dirait…

– Mais tais-toi donc ! Ça fait… pffff… des années qu’on fait semblant de se quereller, qu’on s’amuse, qu’on se…

– Que vous vous ?

– Tout a commencé pendant notre nuit de noces, tu te souviens, ma chérie ?

– Pourquoi ai-je la sensation que tu vas réécrire l’histoire et la tourner à mon désavantage ?

J’interrogeai Martial du regard, il était aussi surpris que moi et ne voyait pas à quoi ses parents faisaient allusion.

– Je m’étais imaginé, pour la première nuit que nous passerions ensemble, dans le même lit, que Louise m’offrirait du romantisme, mais…

– Votre première nuit ensemble ? ! Mais tu n’étais pas enceinte de Martial quand vous vous êtes mariés ?

– Certes, mais Louise et moi n’avions pas passé une seule nuit ensemble, dans le même lit.

– On savait se tenir !

Louise avait dit ces mots en gigotant comme les commères se rengorgent quand elles se sentent fortes de leur bon droit. Comme j’aimais leur complicité, leur humour ! En les côtoyant, j’ai toujours su qu’il nous serait possible, à Martial et à moi, de vivre une histoire aussi belle.

– Excuse-moi encore, mais tu as précisé « pas une seule nuit ensemble, dans le même lit » cela signifie…

– Ne nous égarons pas ! Je te racontais la surprise que m’a réservée ta belle-mère lors de notre nuit de noces, quant à toi, Louison chérie, ne t’avise pas de m’interrompre ! Comment pensez-vous que je l’ai découverte ?

– Mais… c’est toi qui m’avais demandé !

– Louison, ne m’interromps pas ! Je voulais dire sexy… aguicheuse… séduisante et charmante…

Fallait me le demander comme ça, alors !

Tss… tais-toi donc ! La réalité c’est que t’as failli me faire mourir de peur pendant ma nuit de noces ! Et réfléchis… si j’avais eu une chandelle à la main, hein ? Il se serait passé quoi quand j’ai sursauté de peur ? Mes enfants, je vous fais juges. Imaginez-vous la scène… la chambre est dans l’obscurité la plus totale, j’avance à pas de loup, une lampe torche à la main… Arrivé près du lit, je soulève le drap… Pour trouver une créature à quatre pattes, une pomme dans la bouche et poussant des petits cris porcins !

– Tu voulais passer ta nuit de noces avec une petite cochonne !

– Maman ! C’était votre nuit de noces !

Mais Martial, c’était aussi les restrictions ! J’ai des circonstances atténuantes ! As-tu idée de comme on crevait de faim sur Paris ? En plus, Jean-Baptiste n’était plus soldat ! En 1945, on avait faim, on avait froid, on manquait de tout, d’absolument tout ! Et avec le débarquement, je ne pouvais plus compter sur un petit colis de la famille restée en Normandie ! Quand il m’a demandé de faire ma cochonne, j’ai cru qu’il voulait… je sais pas moi… oublier la guerre, les restrictions… rigoler comme si trouver à manger n’était plus un problème… comme si manger n’était plus une obsession !

– Ta mère n’a pas tout à fait tort et puis… elle n’était pas aussi délurée qu’elle l’est devenue !

– Et t’étais bien content pour la pomme, finalement !

C’est vrai qu’après les efforts qui ont suivi, j’ai eu besoin de réconfort !

– Et pis… elles étaient mignonnes, mes petites oreilles de cochon !

– Pour ça oui…

– Oh, papa, mais tu rougis !

– Je me demande bien où elles sont passées, d’ailleurs… À ton avis, ma fille, où aurais-je bien pu les fourrer ?

Nous nous émerveillions souvent de notre logique commune en matière de rangement, de classement. Je réfléchis quelques instants.

– À ta place… Puisque les enfants sont partis de la maison et ne risquent pas de tomber inopinément dessus… et que ça a quand même un rapport… je dirais à côté du livret de famille.

Satisfaite, Louise fit claquer sa main sur le dessus de la table avant de me désigner comme sa digne héritière. Elle ouvrit le tiroir, en sortit un grand mouchoir qu’elle posa sur la table avant de le déplier délicatement, un mélange de crainte et de fierté dans le regard. J’étais émerveillée par la fraîcheur toute enfantine de cette coiffe ! Deux triangles rose, idéalement cornés, reliés par un ruban rouge.

J’ai fait avec les moyens du bord ! J’ai trouvé du carton assez épais… pis un peu de tissu que j’ai teint avec les moyens du bord… du mercurochrome que j’avais dégoté… après, j’ai cousu les morceaux de tissu autour des formes en carton… et j’ai surjeté le tout avec un rang de mailles serrées… tu vois ? Et je les ai fixés… à la bonne… place…

Tout en m’expliquant, elle avait mimé chacune des étapes et la voir ajuster ses adorables petites oreilles me ravissait. S’apercevant soudain que nous la regardions attentivement, elle voulut faire marche arrière.

– Il faut dire que j’étais un rien jeune… à mon âge, tout ceci serait d’un ridicule achevé !

– Je n’en crois pas un mot, Louise ! Je n’en crois pas un mot !

Après un regard à sa femme pour s’assurer de son approbation, Jean-Baptiste posa une de ses mains sur la mienne et l’autre sur l’avant-bras de Louise.

– S’il est une chose qui ne nous a jamais quittés, c’est bien notre goût du jeu. Prendre les choses au sérieux, c’est leur donner le pouvoir de devenir tragiques… et des tragédies nous en avons assez traversé pour ne pas nous en inventer de nouvelles ! Regarde-nous ! Si nous n’en avions pas ri, nos différences nous auraient éloignés l’un de l’autre ! Que savait une petite Normande exilée à Paris d’un soldat africain venu libérer la France ? Et moi ? Que savais-je de la métropole ? De son climat ? De ses habitants ? De sa nourriture ? Sais-tu qu’il m’a fallu pas mal de temps avant de remarquer que vous n’aviez pas tous la même couleur de peau ? De cheveux ? Pour les yeux, je le savais déjà puisque les blancs auxquels j’avais eu affaire au pays avaient pour la plupart les yeux marron, mais certains les avaient bleu. Quand j’ai rencontré Louise, de nombreux bals fleurissaient un peu partout…

– Faut dire qu’on en avait été privés pendant toute l’Occupation !

– J’avais été arrêté par la foule des danseurs quand j’ai entendu le rire d’un groupe de jeunes filles… comme des moineaux… si les moineaux savaient rire… je me suis retourné… j’ai vu une belle jeune femme devant moi, mais c’en est une autre qui a pris ma main et m’a invité à danser. Au pays, j’étais le boy d’une famille de colons et dans les tâches qui m’étaient assignées, je devais faire danser ces dames en cas de défection d’un de leurs cavaliers habituels… Mais si je savais valser, j’ignorais tout de sa version musette… La gamine me dit « Ne me dites pas que vous êtes un espion à la solde de Hitler venu, habilement grimé, depuis Vienne ? » Je regardai ce petit bout de femme avec son minois, son joli sourire et ses yeux pétillants. Je la serrai plus fort contre moi et lui murmurai à l’oreille « Vous m’avez démasqué ! »

Martial connaissait l’histoire de leur rencontre et me l’avait racontée, mais j’en ignorais tous ces détails.

– Nous avons passé la soirée ensemble, puis j’ai dû rejoindre mon casernement et Louise la petite chambre où elle logeait. Nous nous sommes promis de nous revoir…

Et nous avons tenu parole !

– Avant de nous séparer, nous avons décidé d’écrire chacun de notre côté, quelques mots pour exprimer notre pensée à l’évocation de cette soirée, et de nous les échanger à notre prochain rendez-vous…

– Qui était prévu le lendemain !

– Et… regardez !

Sortant son portefeuille de la poche intérieure de son veston, Jean-Baptiste l’ouvrit, souleva délicatement une photo où il posait fièrement avec femme et enfants sur une banquette d’un bateau-mouche, et en sortit un bout de papier qu’il déplia précautionneusement avant de nous le tendre. Il regarda sa femme avec un amour infini. Martial ignorait tout de cette partie de l’histoire, sa main tremblait d’émotion en lisant les premiers mots que sa mère avait écrits à son père. « J’aurais voulu que tu ne t’arrêtes jamais de parler. Quand tu parles, tes mots, ton accent ont la saveur de la paix. Quand tu parles, c’est comme si moi aussi je pouvais croire en un avenir radieux. Si tu dois partir, reviens-moi vite, pour me parler encore longtemps. Louise ».

Il y avait des surcharges et des ratures, mais quelle magnifique déclaration d’amour ! Je levai des yeux embués d’émotion vers Louise et lui demandai ce que contenait le mot de Jean-Baptiste.

Hélas, ma petiote… figure-toi que je n’en sais rien ! Il a dû tomber de ma poche… celle de mon manteau, où je l’avais mis, afin de le lire tranquillement, au calme seule dans mon lit… et sur le chemin du retour, il a dû tomber…

Toute dépitée de cette déconvenue qui lui avait interdit de lire les premiers mots que Jean-Baptiste lui avait écrits, je commençais à imaginer ce que ce jeune soldat avait pu coucher sur le papier, quand Louise me sortit de ma rêverie en tapant du poing sur la table.

– Mais non, pomme à l’eau ! Comment as-tu pu croire une seconde à ces sornettes ? ! Regarde, même Martial, la candeur même… Allons, Martial, tu ne peux pas le nier ! Même Martial ne s’y est pas laissé prendre !

Ma chérie, quand ma mère t’explique qu’elle s’est montrée patiente, qu’elle a fait quelque chose tranquillement, calmement, elle ne peut que mentir !

Louise apporta un vieil agenda, recouvert d’une toile brodée, qui avait dû être verte, or et rouge ; le vert et l’or s’étaient fondus dans une sorte de caca d’oie immonde et le rouge oscillait entre le carmin et le “cuisse de nymphe émue”, je ne distinguais pas le motif. Elle l’ouvrit pour en extraire une enveloppe qu’elle nous tendit. « Ma chère… Je ne connais même pas ton prénom ! J’ai tellement bavardé que j’ai oublié de te le demander. Je m’en excuse, mais je ne me suis jamais senti aussi bien qu’à tes côtés. À des milliers de kilomètres de ma maison, dans un pays que je ne connaissais que par les leçons du maître d’école, je me suis senti chez moi, parce que tu étais à mes côtés. Je ne pense qu’à cette sensation, que mon chez moi est et sera avec toi. Je me prénomme Jean-Baptiste, mais tu peux m’appeler Baron Hans-Battistte von Machinchose, si tu préfères »

– Tu comprends comment il m’a séduite ? Le sentiment d’avoir eu une chance incroyable en le rencontrant ?

Tu te souviens de votre premier baiser ?

Notre premier baiser ?

– Votre premier vrai baiser, quoi !

Vrai… tu veux dire ?

Elle regardait ses cuisses, celles de son mari. Martial précisa ma pensée.

– La première fois où vous vous êtes roulé une pelle.

– Ah… notre premier baiser, quoi…

Elle avait dit ces mots avec un air si désabusé, je pensais que ça cachait quelque chose avant d’avoir un hoquet de surprise en comprenant sa plaisanterie. Louise feignit de ne pas le remarquer et poursuivit son récit.

– Je me demandais à quoi ressemblerait son baiser comparé à ceux que j’avais déjà échangés… mais pas parce qu’il était noir, simplement parce que j’attendais… la prédiction…

– La prédiction ?

Il faut que tu leur expliques, Louison, sinon…

Avant d’être envoyée à Paris, j’ai été voir une diseuse de bonne-aventure pour qu’elle me prédise mon avenir. Elle m’a demandé si je voulais connaître le professionnel ou le sentimental. Le professionnel, j’en avais une idée puisque je serai bonne à tout faire, c’était le sentimental qui m’intéressait ! Et fichtrement ! Allais-je connaître l’amour ? À quoi, le reconnaîtrais-je ? Comment savoir si c’est le bon ? Elle m’a répondu que l’amour croisera mon chemin, que je le saurai dès notre premier baiser, nos humeurs mêlées faisant vibrer mes viscères en un feu d’artifice continu.

– Ouah ! Précise, la prédiction, maman !

Je sais bien, c’est crétin, mais le fait est qu’elle s’est avérée exacte, cette prédiction ! J’avais embrassé plusieurs autres garçons… surtout depuis la fin août, mais…rien… rien de rien… pourtant, à chaque fois, j’avais l’espoir… et pis, j’ai cru que j’avais trop embrassé pour pouvoir le reconnaître… que ça s’était… usé. Mais à notre premier rendez-vous, au cinéma, quand on s’est embrassés, j’ai ressenti ce feu d’artifice exploser dans mes viscères ! J’aurais voulu que ce baiser ne cesse jamais. Jean-Baptiste a passé la main dans mes cheveux et m’a demandé si j’avais ressenti comme un envol d’hirondelles au plus profond de moi…

– Et savez-vous ce qu’elle m’a répondu ? « Je ne suis pas bien sûre de les avoir toutes comptées » et elle m’a embrassé en me demandant de garder mes yeux ouverts…

– Nous nous retrouvions parfois dans ma chambre de bonne, mais nous devions faire très attention parce que si quelqu’un nous avait démasqués, c’en était fini de mon travail et de mon logement ! Nous usions de mille ruses, ce qui, je dois l’avouer, ajoutait un soupçon de piment. Nous n’avons pas… tout de suite… j’étais encore vierge… je voulais être sûre… Ça l’arrangeait bien aussi… On a pris le temps de connaître nos corps, de les regarder, de les toucher, de les sentir, de les goûter…

– Parce qu’il a fallu… tu sais, dans nos rations… pour calmer les pulsions de ces bêtes sauvages qu’on était censés être…

– Arrête avec tes histoires de bromure à la noix ! La vérité, c’est que t’étais aussi puceau que moi et que ça t’arrangeait bien qu’on prenne notre temps !

– Quoi ?! Papa, à vingt-deux ans t’étais encore puceau ?!

– Presque puceau. Presque. Nuance !

– Comment ça « presque puceau » ? T’avais couché avec une fille ou pas ? Tu l’avais fait ?

– Je l’avais fait… En imagination. Ça compte aussi, non ?

Martial était plus choqué d’apprendre le dépucelage tardif de son père que de savoir que sa mère avait embrassé tant de jeunes hommes dans l’espoir d’y reconnaître son prince charmant.

– Mais en tout cas, ça nous a permis de savoir avant de le faire, que ça se passerait bien. Je ne craignais pas que son membre d’ébène me fasse du mal, puisque je savais déjà tout le plaisir qu’il pouvait m’offrir. Tu te rappelles la première fois où j’ai vu ton sperme ? Il m’a demandé si j’étais étonnée qu’il soit blanc. Je lui ai répondu de ne pas me prendre pour une idiote, que j’étais une fille de la campagne et que la semence d’un mâle ne dépendait pas de la couleur de sa robe ! Il m’a dit « Parce que je suis un animal à tes yeux ? » Je n’ai pas compris de quoi il voulait parler, je lui ai répondu « C’est bien ce que nous sommes, non ? Des mammifères ! Le lait avec lequel les femelles nourrissent leurs petits est blanc, quelle que soit l’espèce, comme la semence des mâles qui les ont engendrés ! » Tu t’en souviens ?

– Non. Bien sûr que non ! Bien sûr que je ne me souviens plus du jour où j’ai compris que je ne serai jamais un nègre à tes yeux, que ce que tu voyais, c’était l’homme derrière l’enveloppe corporelle ! Bien sûr que j’ai oublié cette sensation ! L’Éden, Adam et Ève. Je suis Adam. Voici mon Ève. Et le Paradis terrestre, c’est quand nous sommes ensemble.

– Et vous avez… patienté longtemps ?

– Au moins un mois ! Euh… 17 jours, ça c’est sûr ! Pourtant on se voyait presque tous les jours… les soirs… et on se taquinait…

Tu me taquinais ! Je ne connaissais presque rien au jazz, aux danses modernes, ma Louison dansait merveilleusement…

– Je n’ai jamais tant aimé danser qu’avec toi ! Même si t’as mis du temps à le retirer…

– À retirer quoi ?

– Le manche à balai qu’il avait dans le cul ! Il dansait bien, mais d’une raideur…! Alors, je le chatouillais pour qu’il se décoince… Pas la peine de me faire les gros yeux ! Oui, je le chatouillais aux parties sans que personne ne le remarque… ou je lui disais des mots doux à l’oreille pendant les slows…

– Papa ! Tu rougis encore !

Je vais suivre les conseils avisés de Martial et arrêter là ma lettre en te précisant que si toi et Émilie souhaitiez savoir ce que Louise chuchotait à l’oreille de Jean-Baptiste, vous n’auriez qu’à venir passer le week-end pascal avec nous, en Provence. La fin du récit vous y attend déjà. Je vous embrasse très fort,

Sylvie, “La fiancée”

PS : Si vous voulez passer quelques jours ici, nos maisons sont assez spacieuses pour vous y accueillir.

Quel suspens haletant ! À suivre, donc 😉

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : À cœur vaillant, rien d’impossible !

Le 29 mars 2019

Mon petit Lucas,

Pauline est arrivée, porteuse de ta requête, au beau milieu de notre tournoi de strip-tarot, dont je te laisse deviner les règles ainsi que la finalité.

Un des avantages de la retraite, de la vieillesse tient au fait que les enfants ont quitté la maison et que nous pouvons en profiter pleinement. Enfin !

Comme elle a dû te le raconter, elle était venue à l’improviste, rendre visite à ses grands-parents, le Notaire et Madame et a été surprise quand le Bavard lui a ouvert la porte. Il lui a expliqué que la Confrérie du Bouton d’Or était en pleine réunion.

– Si tu tiens à les voir maintenant, finis d’entrer, mais on fait un strip-tarot et ils ne jouent pas aussi bien que moi ! Si j’ouvre cette porte… ils sont tous à moitié à poil…

Pauline a regardé son grand-père droit dans les yeux. Le Bavard a ouvert la porte du grand salon et nous a annoncé « Mesdames et messieurs, consœurs et confrères : la relève ! »

Nous avons tous sursauté. Jimmy ne portait plus que sa chaussette gauche. Joseph n’avait eu à retirer que sa cravate. Martial avait déjà ôté son pantalon. Le Balafré était complètement nu, mais il faut dire qu’il ne portait que son maillot de bain au début de la partie ! A contrario, Alain porte toujours toute une gamme d’accessoires vestimentaires, il devrait perdre toute la soirée avant qu’on puisse distinguer le moindre cm2 de sa peau ! Rien que pour nous faire chier puisque, circonstance aggravante, il joue super bien, presque aussi bien que le Bavard dont je me demande si je l’ai vu une seule fois perdre au tarot ! En règle générale, Christian joue plutôt bien, mais à l’arrivée de Pauline, il était aux 3/4 nu.

Monique l’était totalement, mais à l’instar du Balafré, elle ne portait qu’un seul vêtement au début du tournoi. Une vieille chemise de Christian. Leur chemise porte-bonheur parce qu’elle lui permet de perdre dès le premier tour. Dire que Monique aime être nue serait un doux euphémisme ! Ce n’est pas uniquement par goût de l’exhibition, elle aime beaucoup sentir l’air sur sa peau, il lui est même arrivé de prendre son vélo, au beau milieu de la nuit et de rouler totalement nue jusqu’à la petite crique, à une douzaine de kilomètres, rien que pour le plaisir de sentir la fraîcheur de l’air provençal sur sa peau, de l’eau quand elle nage et de rentrer au village, au mas ou chez l’un ou l’autre de ses confrères et de réveiller son prince, sa princesse charmante en lui faisant goûter sa peau salée. Fidèles aux volontés de ses grands-parents, sa porte n’est jamais fermée à clé. Tu ne peux pas t’imaginer le nombre de fois où, passant chez elle à l’improviste, je l’ai trouvée, totalement nue, penchée sur des copies qu’elle corrigeait.

Cathy n’avait ôté qu’un seul de ses longs gants de cuir. J’étais déjà à moitié dévêtue et Madame était présentement en train de dégrafer son soutien-gorge. Je ne saurais te dire qui de la grand-mère ou de la petite-fille a rougi le plus violemment ! Ce qui déclencha une salve d’applaudissements. Quel bonheur de constater qu’elle a hérité de cette particularité ! Le Bavard l’embrassait comme du bon pain.

Elle s’est assise, c’était une des raisons de sa visite. En lisant les exploits de Madame, elle avait voulu lui dire qu’elle aussi rougissait. Pauline nous a regardés les uns après les autres, comme un prof vérifie qu’il ne manque personne avant de débuter son cours. Satisfaite, elle a pris une profonde inspiration et s’est tournée vers le Bavard.

– Et puis… Vincent et moi… on aime bien commenter pendant…

Elle nous a ensuite expliqué la mission que tu lui avais confiée, cette lettre dans laquelle tu demandais à Madame, puisque je t’ai raconté certains de ses scenarii, de m’inciter à faire de même avec l’une de mes saynètes. Tu as cru bon d’ajouter « Si vous pensez qu’elle en aura le courage ». Sache, petit impertinent, puisque tu lui donnais du « chère consœur », que primo, au sein de la Confrérie, on se tutoie et que deuzio, quand on me lance un défi, je le relève !

Salle des profs

Deux tables. Sur l’une, une vieille ronéo, une pile de tracts, une ramette de papier vierge, quelques stylos, rouleaux de scotch, paires de ciseaux. Sur une cloison de vieilles affiches syndicales, divers papiers punaisés et autres autocollants. Autour de l’autre table, quatre chaises, sur l’une est assis le Bavard, sur une autre Christian, sur la troisième Martial. Alain fait son entrée, manifestant son incrédulité outrée en parlant plus fort que nécessaire.

– Non, mais… vous connaissez la dernière ? Une bonne-sœur ! Ils ont recruté une bonne-sœur comme C.P.E. ! Dans un établissement public !

– Qu’est-ce que tu racontes ?

– J’ai entendu le Proviseur prononcer « Je suis ravi de vous avoir comme conseillère principale d’éducation, sœur Marie-Thérèse » On ne peut pas laisser passer ça !

Ils évoquent alors l’idée d’une pétition, se proposent d’alerter la F.C.P.E., les parents ne pouvant que les approuver, d’agiter la menace d’une grève, quand je fais mon entrée.

S’ils portent tous leur uniforme CAMIF, costume en velours marron côtelé, chemise à carreaux, je porte une robe droite, très stricte, comme les vieilles blouses des professeurs de sciences naturelles.

– Messieurs, bonjour !

Me tournant vers le paperboard disposé entre les deux tables, un feutre à la main, je poursuis.

– Avant toute chose, mon nom de famille s’écrit Thayriez, c’est pour cette raison que mes parents m’ont prénommée Sœur-Marie… ils ont toujours eu un humour de merde…

Me retournant pour leur faire face, j’ouvre ma robe, dévoilant mon corps nu.

– Lequel d’entre vous me fera rire ?

Les quatre lèvent le doigt « Moi ! Moi ! Moi, m’dame ! ». Je m’allonge sur la table, les cuisses écartées, les pieds ballants. Je ferme les yeux et leur demande de se présenter, tout en admirant mon sexe offert à leur vue. L’un après l’autre, ils défileront entre mes cuisses et attiseront mon désir « en faisant preuve d’humour, d’originalité et de professionnalisme ». Celui qui aura le mieux réussi l’exercice aura le droit de me baiser devant ses collègues.

J’entends le raclement d’une chaise qu’on traîne sur le plancher. Le premier candidat s’assied devant moi, me demande de poser les pieds sur ses épaules.

– Je m’appelle Christian, je suis professeur de sciences naturelles. Laissez-moi vous décrire ce que je vois, je suis certain que vous ne pourrez qu’en être excitée. Tout d’abord, l’aspect général. Outre le fait que votre corps est magnifique, je pense que vous êtes adepte des activités au grand-air et des bains de soleil. Votre peau est hâlée, dorée à souhait, toutefois, les marques de votre maillot de bain trahissent une carnation très claire, presque laiteuse. J’espère ne jamais vous croiser sur la plage, parce que je ne pourrai pas vous cacher l’érection que cette vision susciterait.

Caressant, palpant mon corps tout au long de sa tirade, Christian poursuit.

– Vos seins ont la rondeur et la perfection de ces astres auxquels rêvent tous les astronomes… votre peau est douce et souple sous mes mains… je la sens vibrante, ardente… Je ne peux résister au plaisir d’observer de plus près ce trésor rosé que je distingue derrière votre splendide toison pubienne. Plus brune que votre chevelure. Oh, mes chers collègues, attendez-vous à la beauté intense de la femme dans toute sa perfection ! Je ne saurai la décrire sans l’avoir explorée, sans l’avoir goûtée ! Me permettez-vous ?

Christian, prenant tout son temps, fouille mon sexe de ses longs doigts puissants et délicats. Il les fait aller et venir, je sens mon vagin se gonfler de désir, comme s’il voulait sentir encore plus fort les doigts de Christian… ses doigts qui paraissent presque frais tant ils me font bouillir. Il ne les ressort, afin de les sucer, qu’après m’avoir fait jouir. Il se lève, s’avance jusqu’à mon visage, se penche vers moi « Souvenez-vous. Christian. Professeur de sciences naturelles. »

Je sens qu’un autre professeur s’est installé à la place laissée vacante par Christian.

– Je suis le professeur de dessin, ou d’arts plastiques comme il faut dire désormais… laissez-moi… Boudiou ! Mais, cher collègue, pourquoi avoir omis de nous décrire tous ces reliefs, tous ces changements subtils de couleurs, de nuances, comme si l’on nous indiquait le chemin ? Té, je ne mens pas, venez voir et regardez ! Regardez donc, messieurs, ce brun pourpré qui se départit de sa brunissure pour ne conserver que ce pourpre profond… mais… regardez mieux, chers collègues, si l’on écarte délicate… ment… cette première… le pourpre se teinte de carmin. Et je suis sûr que pour le rendre plus lumineux, il faut le faire briller de mille feux ! En titillant ce petit soleil qui se dresse tout là-haut, par exemple ? Ce petit soleil qui se dresse et qui pointe le bout de son nez, rosé hors de l’abri qui l’encapuchonnait ? Oh ! Regardez, à peine l’ai-je effleuré… vé comme la grotte ruisselle de lumière ! Faire luire avec les doigts… et… d’un coup de… langue… faire… reluire ! Admirez ces nouveaux trésors qui s’offrent à notre vue ! Existe-t-il de tableau plus charmant ? Et si… tout en explorant les alentours de la grotte d’une main, je suivais cet autre chemin… le bistre… celui qui descend… oh ! Mais le voici plutôt qu’il vient à moi ! Regardez comme d’un coup de langue… d’une pression digitale… son abord devient accueillant… mais je ne voudrais pas abuser de votre temps… Cher collègue, c’est à vous !

Je suis pantelante. Alors que je me demande s’il est possible d’être plus excitée que je ne le suis déjà, un homme attrape ma main, les yeux toujours clos, je me redresse. Il prend place derrière moi, malgré les quolibets de ses collègues, qui craignent que la table cède sous son poids.

– Ne les écoutez pas, Sœur-Marie, on m’appelle Robin des Bois, je m’en vais par les champs et les bois et je chante ma joie par-dessus les toits ! Comme vous l’avez deviné, je suis professeur de musique. Votre corps mérite bien mieux que la description qu’en ont faite mes collègues, et néanmoins rivaux ! À l’évidence, ce que je peux imaginer rien qu’en observant votre toison doit être digne d’éloges, mais votre corps tout entier l’est ! Écartez votre bras, laissez-vous faire, je voudrais que l’espace d’une chanson, vous oubliiez votre condition humaine et acceptiez de devenir le plus beau des instruments de musique…

Le bout de ses ongles effleure ma peau, comme s’il cherchait la meilleure façon de faire vibrer cet instrument que je suis en cet instant. Je peux deviner l’intensité de son désir pour moi à la chanson qu’il interprétera. S’il veut laisser une chance à l’un de ses collègues, il fredonnera « This melody », ses caresses, le son de sa voix, son souffle sur mon épaule, m’attiseront… pour augmenter ses chances d’être choisi, il chantera « Le Sud »… il mime les arpèges sur mon ventre, titille mes seins quand il juge que la note doit être plus aiguë… surtout… il la chante si bien… ! Quand il a décidé que cette fois-ci, il sera l’élu, il entonnera « Le chanteur », ne me demande pas pourquoi, mais ça marche à tous les coups !

Pendant que je me remets de cette leçon de musique. Le dernier des professeurs s’approche de moi.

– I’m the English teacher at this school, so let me be yours tonight! My name is Dick. Big Dick. Pour vous exciter et remporter le défi que vous nous avez lancé, plutôt que vous décrire votre magnifique corps, dont vous connaissez certainement tous les secrets et tous les plaisirs qu’il peut vous offrir, tentez de garder vos yeux fermés et imaginez, rien qu’en le sentant parcourir votre peau, les plaisirs que mon membre pourrait vous offrir… sentez-vous comme il est long ? Imaginez-vous son diamètre ou dois-je vous en donner une idée en forçant votre bouche de mon gland ? Tss tss ! On n’ouvre pas les yeux ! Mais je vous sens gourmande… laissez-moi m’éloigner un peu, notez seulement les mouvements de mon coude qui, en frottant sur votre cuisse, vous indiquera comment je me branle pour vous, comment vous me donnez envie de vous combler et comment j’ai la prétention d’y parvenir. Don’t forget, my name is Dick. Big Dick!

Comme tu dois déjà t’en douter, cette compétition s’achève la plupart du temps façon « L’école des fans » et je m’offre du plaisir avec les quatre enseignants.

Je pense avoir relevé le défi, mais à mon âge, faire remonter tous ces souvenirs… je te laisse, il faut que j’aille vérifier auprès de mes confrères et consœurs, l’exactitude de ma description.

Je t’embrasse bien fort,

Sylvie, la Fiancée

Lettre n° 14

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Madame à confesse

Le 15 mars 2019

Mon petit Lucas,

Puisque tu le souhaites, je poursuis le récit de nos petites représentations théâtrales et comme je confierai cette lettre à Pauline, elle portera plus particulièrement sur sa grand-mère afin que vous puissiez la lire dans les bras l’un de l’autre.

Quand Madame a décidé de tourner le dos à l’Église, elle a aussi choisi de rester fidèle à sa foi. À ce moment-là de sa vie, notre soutien et surtout celui de Nathalie et de Barjaco lui ont été d’un grand secours. Néanmoins, son besoin d’exprimer sa rage et sa colère se manifestait dans les saynètes qu’elle interprétait. De toutes nos créations, les siennes étaient les plus anticléricales.

D

Je pense en particulier à celle où elle jouait une novice s’apprêtant à devenir nonne, qui se confessait à un moine lubrique, rôle tenu par le Bavard « le hasard des coïncidences » faisant qu’il avait le crâne dégarni « comme une tonsure » alors que ses autres confrères avaient leur chevelure intacte. Comme tu l’imagines, le confesseur demandait à la novice si elle avait déjà commis le péché de la chair, si elle avait eu de mauvaises pensées. La novice répondait qu’elle ne comprenait pas le sens de sa question, alors le confesseur lui demandait de le rejoindre et la tourmentait de questions.

– Ma fille, lors de ta toilette, comment laves-tu ton corps ? Montre-moi…

Madame faisait tomber sa tenue, ne conservant que son voile et une liquette très légère en coton blanc. Le Bavard faisait signe à deux curés, le Père Alain et le Père Martial, qui déposaient à ses côtés un bénitier rempli d’eau. Madame mouillait son corps, en commençant par les épaules, puis les seins, le ventre, les cuisses, les mollets, les pieds. Le Bavard lui désignait son entrejambe.

– Et là ? Comment fais-tu ?

Madame prenait de l’eau dans sa main, la glissait entre ses cuisses, se lavait et le Bavard appuyait sur sa main

– Frotte plus fort, petite ! Frotte plus fort ! N’as-tu toujours aucune mauvaise pensée ?

– Je crois que si, désormais…

– Il faut les extirper de ton âme !

Pour ce faire, Père Alain lui tendait un goupillon, que le Bavard faisait coulisser entre les seins de Madame.

Te sens-tu purifiée, ma fille ?

– Pas tout à fait…

Alors, Père Martial tendait un second goupillon.

– Et maintenant ?

Oh non ! Je crois que c’est encore pire ! Mes pensées…

– À quoi penses-tu ?

– À votre goupillon, celui qui se dresse sous votre robe de bure, je… je le…

Lui tendant un des deux goupillons, le Bavard demandait à la novice de mimer ses pensées. Madame se livrait alors à une fellation sur l’un des goupillons, tout en attrapant le second qu’elle faisait glisser le long de son corps avant de se masturber avec.

– Délivrez-moi de ces pensées impures, mon frère ! Délivrez-moi !

Le Bavard, toujours serviable, l’enjoignait alors à s’agenouiller devant lui « approche-toi, pécheresse, que je puisse te délivrer ». Madame s’approchait, le Bavard relevait le bas de sa robe de bure, Madame s’y engouffrait, de la tête jusqu’à mi-dos.

– Ne dis plus un mot, ouvre ta bouche et… oui… tu as compris comment… outch, ne sois pas si gour… man… de… Oh mes frères, cette novice commet le péché de gourmandise… Venez à ma rescousse !

À ce moment, Père Martial et Père Alain, s’approchaient, tandis que l’un soulevait la chemise encore humide de Madame, l’autre entreprenait de la fesser. Madame se tortillait dans tous les sens, gloussant de plaisir.

Le Malin la possède au-delà de ce qu’elle nous a avoué ! Père Martial, tentez d’extirper le démon qui la ronge ! Appliquons la procédure requise et vous Père Alain, priez en attendant votre tour !

Quand Madame eut l’idée de cette saynète, le film L’exorciste était sorti en France depuis trois ans. Si elle en connaissait le pitch, elle ne l’avait pas encore vu. En fait, des provençaux seuls Alain et Christian avaient été le voir. Monique venait de s’installer au village au moment de sa sortie nationale et, tout comme moi, avait craint d’en faire des cauchemars.

Cathy n’allait presque jamais au cinéma, à cause de ses horaires de travail et parce qu’elle préférait consacrer ses loisirs à des activités physiques. Après la mort de Paulo, elle avait passé ses soirées à regarder fixement l’écran de sa petite télé qu’elle ne pensait pas toujours à allumer. Fin 1974, elle passait beaucoup de temps avec Monique, la seule femme à l’époque avec laquelle elle pouvait parler librement de ses appétences sexuelles et aussi de ses tourments.

Les rares fois où le Bavard allait au cinéma, c’était en famille pour regarder ou bien les comédies françaises, ou alors le dernier Bébel ou bien encore des westerns et autres productions hollywoodiennes.

Joseph n’était pas très amateur de cinéma, il lui préférait le théâtre mais surtout les opérettes, ce que je trouvais vraiment ringard, mais il assumait ses goûts avec une telle évidence que jamais personne n’a songé à le chambrer à ce sujet.

Jimmy, tout à la rédaction de sa thèse, n’avait pas vu l’Exorciste, contrairement à Martial, qui, comme tu le sais, est friand de ce genre de films.

Lors d’une séance de la Confrérie, Madame s’était isolée avec Alain « pour régler quelques détails d’une surprise que je vous prépare ». Comme je te l’ai expliqué, il était hors de question qu’elle nous rencontre au vu et au su des villageois afin de garder intacte sa couverture officielle de respectabilité. Elle voulait qu’Alain lui donne certaines précisions.

–Le Bon Dieu est à tes côtés, jolie Madame, figure-toi que…

L’entraînant dans le salon, la réunion se tenait chez eux, il avait ouvert “le placard à malices” et avait sorti deux cassettes betamax. Je ne saurais te dire si le format VHS existait déjà, quoi qu’il en soit, Alain était le seul, parmi mes connaissances, à posséder un magnétoscope et à participer à un trafic de films piratés ou qualifiés de sulfureux. Ils convinrent d’un rendez-vous afin qu’elle puisse le visionner sans dévoiler la surprise qu’elle nous réservait. Ils nous avaient ensuite rejoints dans la bibliothèque.

Note de Madame : Je crois que jamais un film ne m’a autant impressionnée. Une chance qu’Alain ait été à mes côtés ! J’ai eu si peur que je n’ai même pas songé à…

Note d’Alain : À mon grand regret, parce que ta poitrine qui se soulevait… ô pute vierge, mon membre aurait tant aimé vibrer au rythme des battements de ton cœur !

Note du Bavard : Fas cagua, la Fiancée ! Avec tes blablas, tu me coupes tout l’effet érotique ! J’ai plus vingt ans… je me mets en route tout doucettement, piano piano, et quand je bande, tu nous fais les cahiers du cinéma… en plus, Madame, elle s’en est même pas servi… alors, si c’est pas pour me faire chier, c’est bien imité !

Note de Sylvie :Le Bavard, s’il n’a pas tout à fait raison, n’a pas vraiment tort non plus !

Père Martial relevait alors la liquette de Madame, découvrant son fessier rosi par les claques qu’il avait reçues et la pénétrait en psalmodiant à mi-voix des incantations dans une langue qui aurait pu être du latin, puis allait et venait en elle selon les recommandations du Bavard, « Plus vite plus fort sortez de sa grotte, Père Martial rentrez-y d’un coup encore plus fort plus loin sortez entrez fessez-la mieux que ça ! Chassez le démon qui la possède en la possédant plus fort ! ».

Nous ne pouvions voir comment Madame suçait le Bavard, mais nous pouvions l’imaginer quand il sortait de son rôle de “frère confesseur” en criant ses jurons habituels « Boudiou ! Fatché ! Madame, tu me suces trop bien ! » et quand nous voyions les mains du Bavard se crisper sur sa robe de bure.

Quand Madame était sur le point de jouir, Père Martial se retirait, rafraîchissait le derrière de la pénitente en l’aspergeant d’eau “bénite” avec l’un des goupillons.

Le Bavard invitait alors Madame à se relever. Bon sang ! À chaque fois, elle était rouge carmin des cheveux jusqu’au nombril, nous savions tous ce que cela signifiait. La liquette presque transparente bien que quasi sèche, collait encore à sa peau. J’aimais sentir l’excitation collective que la vue de ses mamelons durcis, brunis faisait naître chez tous les spectateurs. Nous avions du mal à ne pas nous ruer les uns sur les autres avant la fin de la saynète et il nous arrivait souvent de nous caresser sans en avoir pleinement conscience.

Madame, dans un geste théâtral, ouvrait alors sa liquette dévoilant sa magnifique poitrine et, tout en suppliant son confesseur de l’aider à chasser le démon qu’elle sentait là, tout contre son cœur, caressait ses seins splendides, lourds d’une façon tellement sensuelle que le désir de les toucher, de les embrasser, de les lécher, de les sucer s’emparait de toute l’assistance. Le Frère Confesseur se sacrifiait alors, nous faisant baver d’envie.

Madame ne m’avait pas menti lors de notre première rencontre, sous ses airs lourdauds, grossiers, vulgaires, le Bavard est un amant exceptionnel !

Dès qu’elle commençait à se pâmer, le Frère Confesseur cessait de la caresser, demandait au Père Alain de prendre place entre les seins de Madame. Pendant ce temps, il ôtait sa robe de bure.

Assis sur nos chaises, à quelques mètres de lui, nous constations souvent son excitation extrême, son gland violacé perlait et si je tournais le regard vers Monique, je voyais, avec un amusement sans cesse renouvelé, sa bouche entrouverte d’où sortait le bout de sa langue gourmande.

Madame agenouillée, la queue de Père Alain allant et venant entre ses seins, disparaissant, réapparaissant, suppliait ces trois hommes d’Église de la délivrer enfin. Elle se mettait ensuite à parler d’une voix rauque et métallique, dans une langue étrange faite de borborygmes et de sifflements, entrecoupés de jurons spécialement orduriers et, semblant avoir perdu toute contenance, écartait les lèvres de son sexe, se masturbait frénétiquement. Regarde ma chatte ! Regarde ma chatte de salope ! avant de reprendre sa logorrhée incompréhensible.

Le Bavard reprenait alors place dans le confessionnal et lui ordonnait de s’empaler sur son goupillon béni des dieux. Selon son degré d’excitation, Madame choisissait de le faire ou bien par l’entrée principale ou bien par l’entrée des artistes et suçait alternativement Père Alain et Père Martial qui se tenaient debout à ses côtés.

J’adorais voir toutes ces mains courir sur le corps de Madame, caresser ses seins, son ventre, son clitoris. J’aimais l’entendre crier quand elle jouissait enfin. Un cri retentissant, l’expression même de la délivrance, quand l’orgasme s’échappe tel un cheval fougueux !

En règle générale, le Bavard et le Père Martial avaient déjà joui. Père Alain faisait courir son énorme goupillon personnel sur le corps et le visage de Madame, qui ne cessait de le caresser, avant de l’inonder de son flot de sperme et de tracer sur son front maculé un signe de croix. Le Frère Confesseur donnait alors la dernière réplique « Tes péchés sont pardonnés au nom du Père (il désignait Père Alain), du Fils (Père Martial) et (han !) du Saint-Esprit » tandis que nous les applaudissions à tout rompre.

Ma prochaine lettre portera sur un autre aspect de la Confrérie du Bouton d’Or, mais t’en dévoiler le sujet me priverait du plaisir de te savoir sur les charbons ardents. Nous avons chargé Pauline de t’embrasser pour nous, à bientôt !

Sylvie, la Fiancée

Lettre n° 13

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Renouvellement du bail

Le 8 mars 2019

Té petit, il a fallu que ça tombe sur moi ! Déjà que j’étais pas le meilleur élève de ma classe, déjà que j’ai pas dépassé le certificat d’études, déjà que je fais tellement de fautes que le papier à lettres sert à éponger les larmes du stylo qui n’en peut plus, il a fallu que tu demandes à la Fiancée que je te parle un peu de moi !

Ta mamé est vraiment une brave personne, elle a assepté de faire ses zigouigouis et de noter mot à mot ce que je lui dirai et de les retranscrire à la machine après. Ô put… avé ses lunettes… ô put… Té, tu notes aussi ça ? Mais j’ai pas commencé !

Petit, je sais pas si t’en as conscience, mais ta mamé c’est une sacrée rebelle ! Tu le notes aussi, ça ? Alors, note que tu es la plus sexy des secrétaires de la Confrérie ! Té rigole pas ! C’est vrai ou c’est pas vrai ? Qué t’es la seule ? Jussetement ! Té, petit, ta mamé elle est habillée tout comme il faut, la jupe sérieuse, le chemisier respectable, té, elle a même mis une culotte ! Alors, tu peux deviner comme je la trouve bandante ! Té ! Madame pour moins, elle serait déjà toute rouge, du ventre aux cheveux, mais ta mamé, non ! Juste, elle rigole en me traitant de con et en me demandant quand je vais commencer mon récit.

Alors voilà, comme tu le sais, je suis le petit-fils de Barjaco. J’ai toujours été le gros lourdaud de service, bien gentil, mais très con. J’étais comme ça, on n’y pouvait rien. Et tout a changé à cause de, oui plutôt grâce à Monique, mais laisse-moi t’expliquer.

Je suis le deuxième fils de mon père, qui était l’aîné des enfants de Barjaco, alors il vivait à la ferme, ses frères étaient partis à la ville, sa sœur avait suivi son mari, à l’autre bout du canton. Tu sais, Barjaco ne me prêtait pas plus attention qu’il en prêtait aux autres. Mon frère a fait les études de mécanique, mais moi, j’étais trop con pour faire autre chose que garçon de ferme, mais je n’étais pas malheureux, parce que c’était comme ça. Té, j’étais couillon, j’étais couillon et pis c’est tout. Les gens m’aiment bien, tu sais, le brave couillon mais plus brave que couillon…

Ma femme aimait bien aller au tagada, mais on vivait à la ferme, et comme tu le sais déjà, je ne peux pas me taire pendant la chose. Té, rigolez pas vous autres ! C’est dans ma génétique ! Barjaco parlait, mon père parlait et moi aussi ! C’est dans notre sang ! Alors, comme on entendait tout, des fois on donnait des idées à mon père et des fois ma mère elle aurait bien aimé plutôt dormir ! Alors, on se restreignait. Et puis, tu sais… des fois, le désir c’est comme un feu dans la cheminée, s’il n’est pas attisé, il peut s’éteindre ou avoir du mal à reprendre. Eh bien sûr qu’elle est belle ma comparaison ! Té, fézé les zétonnées, les filles !

Des fois, j’allais en ville pour aller voir mes cousins, ma sœur, la famille quoi ! J’en profitais pour aller faire des courses et me promener, et pis… m’encanailler… On se repassait des adresses ou on allait dans les cinémas pornos ou les sex-shops… J’aimais pas trop aller aux putes, parce que j’avais peur de choper la vérole et que j’avais pas les moyens pour celles qui m’auraient plu… Et puis un jour, je suis allé au ciné… Tu te rappelles ?

Note de Sylvie : Le Bavard s’adressait à Cathy.

Il y avait deux gars devant moi, et ils m’ont demandé si je venais aussi pour le « spectacle vivant » Ô, pute… j’avais aucune idée de quoi ils causaient ! Mais j’ai fait comme eux, j’ai pris un air louche et entendu et j’ai souri pour répondre que oui. Un homme est venu nous chercher. Je l’ai reconnu, c’était l’épicier-boucher itinérant. Paulo qu’il s’appelait. J’ai eu peur qu’il me démasque, mais non, il m’a souri et m’a serré la main et nous sommes entrés dans une petite salle que je ne connaissais pas. Pour les esthètes, il y avait une œuvre cinématographique sur l’écran, mais pour les autres, il y avait la belle boulangère, Cathy et quelques amis… Té ! Le destin et pis c’est tout !

J’avais bien compris que ce qu’on faisait ici ne devait pas sortir d’ici, mais comme j’ai l’air couillon et que j’ai tendance à parler un peu pendant la chose, Paulo et Cathy et certains autres avaient peur que je jacasse. Mais personne ne m’a fait de remarque. C’était un test ?

Note de Sylvie :Le Bavard s’adressait à Cathy qui a répondu que non.

Quand je suis rentré à la ferme, évidemment, je n’ai rien dit. Une petite cousine faisait sa communion, comme à la ferme on avait la place et que c’est la tradition, on organisait le repas chez nous autres. Il fallait commander deux grosses pièces montées, ma femme était bien enceinte de notre dernier, j’ai donc dû aller à la boulangerie.

Quand Cathy m’a vu, il y avait deux clientes devant moi. Aussi des commandes de pièces montées. Pour la même raison que moi. Arrivé à mon tour, j’ai juste dit « Hé bé, ce sera comme pour ces dames… » On n’était que tous les deux dans la boulangerie, mais j’ai quand même fait comme si on n’avait pas couché ensemble dans le cinéma. J’ai passé ma commande et je suis sorti. Le jour de la communion, j’ai récupéré les pâtisseries, Cathy m’a précisé qu’elle avait glissé une facture, je lui ai dit avec mon air le plus couillon qu’on allait pas les déduire des impôts, mais je l’ai remerciée quand même pour l’attention. Je savais pertinemment que ce n’était pas une facture ! Ce n’était pas la première commande qu’on passait à la boulangerie. Mais j’ai réussi à berner Cathy avec mon air couillon et elle a flippé que je donne “la facture” à ma femme en rentrant à la ferme ! Avoue que je t’ai bien eue !

Note de Sylvie :Le Bavard s’adressait à Cathy

Sur la facture, il y avait le calendrier de la tournée des spectacles vivants de Cathy. C’est comme ça que je suis rentré dans la bande à Paulo. Et pis, au fil du temps, j’ai connu Alain, le Notaire et Christian et puis encore après, le Balafré, et d’autres encore. Et puis, Paulo est mort et Cathy est rentrée en grand deuil. De temps en temps, on se retrouvait bien au château, mais il arrivait qu’il n’y ait pas de femmes, ou des… alors… avec Alain et Christian, on allait plutôt à la crique parce que c’était là que les filles se cachaient pour bronzer à poil, ah les Parisiennes ! Elles ne pensent pas qu’on puisse les voir de là-haut ! Alors, on aimait bien se palucher en les matant, comme dirait Monique ! Té, justement, la Monique, c’est elle qui a tout changé ! Qui a tout foutu mon plan en l’air !

J’aimais bien être un con, le couillon de service ! J’aimais bien, parce que je savais faire… Mais voilà, quand on a causé ce soir-là… té, Madame, c’est le jour qu’on s’est connus ! Quand Monique m’a regardé comme elle l’a fait ce soir-là. Pour la première fois, j’ai vu du respect et de l’admiration, ça m’a rendu fier et plus fort. C’est grâce à elle que j’ai pu avoir cette relation avec mon grand-père, Barjaco, avant qu’il meure. Avant, pour lui, j’étais un petit parmi les autres. Tout a changé quand je lui ai parlé de la petite fée, que je lui ai dit pour Monique, je suis devenu unique à ses yeux, celui qui transmettrait. Et quand nous sommes devenus la seconde génération de la Confrérie du Bouton d’Or, il a appris pour toutes ces années où je baisais à couilles abattues sans que personne ne s’en doute à la ferme, il était réellement fier de moi, parce que même bavard, j’avais su tenir ma langue.

Et puis, après, il y a eu l’arrivée de Madame. Je vais être très sérieux. Madame, j’aurais jamais pu être son mari, parce qu’on est trop différents et que le seul qui mérite de l’être, c’est le Notaire. Vouaï. Parfaitement ! J’aime bien l’escagasser, le moquer, le Notaire, mais c’est parce qu’il sait à quel point je le respecte et que je l’admire. Après toutes ces années, après tout ce qui s’est passé, je pense que le seul homme qui méritait d’être le mari de Madame, c’est lui. Madame, elle m’a aidé à faire tomber le masque du couillon, comme me le demandait Monique. C’est pas facile… On se méfie pas du couillon, tu vois… c’est plus facile pour causer avec les gens… on te demande pas ton avis… ou si on le fait, tu réponds par une connerie et tout le monde est content ! Mais quand t’es plus couillon… c’est une autre histoire !

Quand ma femme a appris, quand elle est partie avec les enfants, que je me suis retrouvé tout seul à la ferme, à pleurer du pastis tellement je buvais… que j’avais même plus le goût de m’occuper des terres, que je voulais plus voir personne, Madame a forcé ma porte avec le petit… C’est l’autre fumier de curé qui a lâché le morceau pendant la cérémonie de baptême, faisant entendre que le parrain était le père du filleul… devant ma famille, devant celle de Madame et du Notaire Le scandale du siècle ! Ma femme, je peux pas lui en vouloir, parce qu’elle a été vraiment humiliée devant tout le monde, d’apprendre son cocufiage… mais elle a fait un foin de tous les diables et elle est partie avec les enfants.

Madame est venue avec le petit Vincent, le père du Vincent que tu connais, elle m’a dit qu’étant son parrain, j’avais des devoirs, mais aussi des droits et que le petit en tant que filleul devait aussi me porter secours si j’en avais le besoin. Alors, elle s’est installée pour un mois tout entier, avec le petit, ses autres enfants avaient été envoyés en colonie, tout le village pensait qu’elle était elle aussi partie dans la famille du Notaire avec son époux. Tu te rends compte ? Elle a vécu cachée dans ma ferme pendant tout un mois, avec notre petit. Rien que pour moi ! Put… j’ai jamais autant baisé que pendant ce mois et qu’elle ! Que Madame ! Tu te rappelles ? On baisait tellement que même quand on baisait pas, bé… on baisait quand même ! Elle donnait la gougoutte au petit et hop, un regard elle était toute rouge et je savais bien pourquoi ! Tu sais, elle me l’a même donnée la gougoutte ! Té, Madame, y a prescription ! Et vouaï, c’est un beau geste d’amour ! Tu vois, tout le monde le dit !

Elle m’a redonné le goût à la vie, alors, je pouvais plus rester trop couillon. Sauf pour les villageois. Dès son “retour” au village, elle a gardé la tête haute. Oui, le petit Vincent avait peut-être été conçu lors de cette fête où ayant bu deux kirs, elle n’avait pas pu résister à ma proposition malhonnête, mais cet enfant était là et elle l’élèverait comme les autres, avec amour et fierté. Et moi, j’ai fait le couillon repenti qui avait aussi bu un coup de trop et qui s’était laissé aller à cette partie de jambes en l’air. Mais comme je suis couillon, mais brave, je remplirai mon rôle de parrain en épaulant cet enfant dès qu’il en aura besoin. Le Notaire a fait voter une résolution au conseil municipal pour rappeler que l’alcool ne doit pas être servi à quelqu’un déjà ivre et que lors des kermesses du comité des fêtes, la mairie prendrait des sanctions si la loi n’était pas respectée.

Mais on a aussi été obligés de faire plus attention que les autres, parce que si quelqu’un nous avait vus rentrer dans la même lieu, c’en aurait été fini de la Confrérie. Si ! Encore heureux, le mas de Jimmy était parfait et… c’est pour ça que de toutes les scènes, j’ai envie de te raconter ma préférée… parce qu’elle… Je peux raconter une scène ou pas ?

« Renouvellement de bail »

Alors, je t’esplique. Sur la scène, il y a une grande table de ferme, quatre chaises, une bassine, une grosse éponge. Madame est debout, presque accoudée à la table. Elle est habillée en bourgeoise sévère, en tailleur strict et moche.

Note de Sylvie : Madame proteste « C’est un tailleur Chanel ! » « Je te dis pas que c’est pas un tailleur Chanel ! Je dis que c’est un tailleur moche ! Té ! Le tissu ressemble au dessus-de-lit de ma mémé ! Chanel ou pas Chanel, pour moi, c’est comme si c’était un tailleur avé le tissu de la robe de chambre de mémé et une robe de chambre de mémé… bé… c’est moche ! Vé, la petite, elle me comprend au moins ! Et si la petite fée elle était là, bé… elle dirait pareil que nous ! »

Bon. Où que j’en étais ?

Note de Sylvie : Monique a proposé de convoquer son ectoplasme ou sa petite fée, puisque le Bavard préfère parler de petite fée, pour savoir s’il/elle se rangerait plutôt à leur avis ou plutôt à celui de Madame. Impatients d’écouter son récit de la saynète, nous avons protesté mollement, le Bavard, la main sur le cœur et le regard empli de fausse sincérité, s’est justifié « Croyez-moi, consœurs, confrères, ce n’est pas par goût du vice, c’est… de l’espérience ès scientifique ! ». S’en est suivie une interruption du récit. Malgré tout l’enthousiasme qu’ils y ont mis, l’ectoplasme/petite fée n’a pas jailli du corps de Monique.

Madame est habillée en tailleur Châââââânelllll… moche et elle s’impatiente. J’entre. On voit que j’ai travaillé dur au soleil. Je retire ma casquette, dégage le haut de ma salopette en faisant tomber les bretelles et je m’essuie avec un grand mouchoir. Je sursaute en apercevant Madame. Je suis tout gêné qu’elle me trouve en débraillé, en tenue de travail.

– Escusez-moi, Madame, mais c’est pas le mois prochain que je vous paie mon fermage ? Si j’avais su que vous viendriez… aujourd’hui… Voulez-vous bien m’attendre dans la cour, le temps que je me fasse tout propre, tout en dimanche ?

Té, petit, j’en profite pour te faire remarquer que je ne suis pas le grossier malpoli que Madame décrit à son mari !

Note de Sylvie : Madame a protesté « Ce n’est pas la même histoire ! Et puis, surtout, c’est toi qui racontes ! Tu vas te donner le beau rôle ! » Cathy a ajouté que l’âge venant la mémoire du Bavard était sans doute défaillante et que peut-être nous jouer la scène la raviverait. Le temps d’installer le décor, de se costumer, le Bavard reprit son récit là où il avait été interrompu.

–  Ainsi, vous pensez pouvoir décider du moment où j’aurais le droit d’entrer chez moi? ! Avec cette canicule, je devrais attendre en plein soleil, votre bon vouloir ? Mais c’est le monde à l’envers !

–  Mais non, Madame ! Mais… c’est que je suis en nage et… vous êtes si… élégante… je voudrais… un brin de toilette…

–  Je ne bougerai pas d’ici ! Mais pour ne point offenser votre pudeur, je détournerai mon regard pendant votre… brin de toilette.

Tout en me débarbouillant, je m’excuse de m’être embrouillé dans les dates et je remarque que Madame est en train de me reluquer alors qu’elle avait promis qu’elle le ferait pas. Elle s’approche de moi, avec les yeux qui puent la chatte… Hé, c’est vrai ou c’est pas vrai ?

–  Mon mari souhaiterait dénoncer le bail de fermage qui nous unit… toutes ces terres… on pourrait facilement les revendre par lots… ou les transformer en camping… ce qui nous rapporterait davantage…

–  Mais… mais… que deviendrais-je ? Ce contrat lie nos familles depuis des générations ! Vous allez me mettre à la rue !

–  Justement, mon brave. Justement ! Le contrat de fermage a été établi entre ma famille et la vôtre et j’ai encore mon mot à dire le concernant ! C’est pourquoi, je suis venue vous en parler afin d’en discuter les termes…

Je m’essuie le front de mon grand mouchoir, Madame s’approche plus près de moi, en glissant comme une couleuvre se réfugiant dans un buisson. Elle plonge la grosse éponge dans la bassine d’eau et la presse au-dessus de mon torse, en me demandant comment je me lave pour séduire les femmes.

–  C’est que, Madame, je n’ai guère de femme à séduire…

–  Que me dites-vous là ? Pas de femme ? Faisant, point d’envies ?

–  Si fait, Madame, si fait !

Alors, cette réplique, elle est de la douce Mireille, qui aime m’entendre causer comme à la Comédie Française.

–  Et comment les assouvissez-vous, mon brave ? Ne me dites pas, avec les…

–  Peuchère, non ! Mais regardez bien mes mains… oui ! La paume de mes mains… toute cette corne… hé bé… y a pas que les travaux des champs… !

Madame continue son petit jeu avec l’éponge et me la tend. Je vais pour retirer mon débardeur, qu’elle me dit non… de faire comme si je me lavais, mais en gardant mon maillot… que c’est plus sexy comme ça… et de faire mon coquin… mon petit vicieux… mon petit salopiaud… Y a quand même un bail à signer dans moins d’un mois… et puis… je commence à la trouver bien bandante, la proprio… avec son chignon et son air tout sérieux… Et de là, qu’elle envoie pas valdinguer la bassine qui se renverse sur ma salopette ? Elle va pour la ramasser quand je l’en empêche.

–  N’allez pas vous salir ! Laissez-moi faire !

Je me baisse pour éponger le sol et je reprends la bassine pour la remettre à sa place, mais en me redressant, je me trouve face à Madame qui s’est assise devant moi, nez à nez, ou plutôt nez à bite. Vaï, t’es contente ? Je l’ai dit, le gros mot !

Note de Sylvie : On n’avait pas prévu de jouer une scène, encore moins celle-ci, mais Madame a su réagir au quart de tour ! Elle a même improvisé un « Montre-moi s’il est si gros que ça, ton gros mot ! » avant de rougir et de reprendre sérieusement son rôle qui ne l’est pas.

Madame une chose est certaine, dans une autre vie, je l’épouserai… ou alors Mounico, la fille de Mère-Nature, mais, comme dirait la femme de ménage, revenons à nos moutons.

Assise devant moi, Madame m’arrache l’éponge des mains et s’esscuse de sa maladresse. En voulant arranger tout ça, elle aggrave la situation et se sent dans l’obligation de m’ôter ma salopette.

– Oh ! Mais vos cuisses… puissantes… viriles… poilues… sont également trempées ! Laissez-moi faire !

Elle m’arrache mon caleçon et tout en le frottant sur mes cuisses, regarde fixement mon membre. Elle semble en estimer la valeur, comme un maquignon avec un taureau. Sans me demander mon avis, elle prend ma bite dans sa main, la regarde sous toutes les coutures, teste sa dureté, la renifle… Si que tu la renifles ! Hein, vous autres, qu’elle la renifle ?

Note de Sylvie : Le Bavard a raison, Madame l’a toujours reniflée à ce moment du spectacle. Ah ah ! Prise en flagrant délit de chochotterie, sur ce coup-là, Madame !

Et pis après, qu’elle me soupèse pas les joyeuses ? Un maquignon, j’te dis ! Un maquignon de la bite ! Montre-leur, Madame ! Et pis, faut que je me rappelle… pour bien raconter au petit… la transmission, t’y as pensé ? Surtout qu’on a des intérêts avec la troisième génération ! Que ce soit avec Pauline ou avec le petit Vincent… Voilà… Voui ! Comme ça… !

Elle me soupèse pas les bijoux de famille et qu’elle fait pas sa pimbêche… déçue et tout…

– Il me semblait que les hommes de la terre… mon amie m’avait laissé entrevoir d’autres proportions… son métayer…

–  C’est que je ne suis pas votre métayer, Madame, je suis votre fermier !

–  Et de l’esprit avec ça ! Décidément, vous me plaisez de plus en plus, mon brave ! Possédez-vous le téléphone dans votre… masure ?

–  Oui, Madame, depuis l’automne dernier ! Avé la télé, j’ai tout le confort moderne de la modernité confortable !

–  Peu me chaut la… télé ! Puis-je me permettre… ?

Madame compose un numéro sur le cadran, elle appelle son amie en lui demandant quelques précisions et en se plaignant de son fermier moins bien doté que le métayer. On devine les réponses de l’amie à l’autre bout du fil.

–  Oui ! Exactement, ma chère ! Nous vous attendons… Oui… Oui… Vous avez parfaitement raison, très chère, l’essayer ne m’engage en rien ! Oui… Tout à fait… ! Oui !

Madame raccroche le combiné, revient, tourne autour de moi, tâte mes fesses, mes biscoteaux, palpe ma bite, soupèse mes couilles.

–  Montrez-moi, mon brave, comment vous manœuvrez votre engin pour susciter l’émoi d’une dame respectable !

–  Mais… je ne sais pas…

– Tss tss ! Et la corne dans votre main ?

–  C’est que d’habitude… j’ai l’imagination… pour m’échauffer, je regarde des photos… et j’imagine…

Madame me suggère de reproduire les poses des pines-up. Elle s’installe sur la table. Je lui demande d’échancrer son chemisier et d’ouvrir la bouche comme si elle voulait se régaler de ma pine. C’est Madame qui exige les gros mots, sinon, je me serais jamais permis ! Mais elle ne fait pas comme ça me conviendrait, ou bien elle a la bouche en cul de poule ou bien elle est trop grande ouverte, qu’on croirait que Madame s’apprête à communier ! Et elle se tient mal… pas comme une pine-up.

Note de Sylvie : Le Bavard a exigé que j’écrive ainsi, moi qui déteste les calembours foireux ! 😉

Je m’approche d’elle et l’installe comme j’ai l’envie. Pour qu’elle ouvre bien la bouche comme je veux, je m’approche d’elle et taquine ses lèvres avec mon gland, un peu comme si je voulais lui baiser la bouche et juste au dernier moment, je reprends ma place et lui promets de lui faire goûter sous peu mon sucre d’orge. Je lui demande de me regarder faire, si elle aime que je me branle pour elle, si elle mouille pour moi. Comme elle me répond pas, toute fascinée qu’elle est de voir ma grosse main aller et venir autour de ma grosse bite, je lui repose la question.

–  Venez vérifier pas vous-même, mon brave ! Mon taurillon provençal !

–  Qué « taurillon » ? Je vais te montrer ce qu’est un vrai taureau, la bourgeoise !

Ni une, ni deux, je fonce vers elle, lui arrache sa vilaine jupe. Boudiou ! En dessous, c’est tellement beau que c’est presque plus sexy que si elle ne portait rien ! Et quand je touche le tissu… fatché ! Je retourne Madame contre la table, je ne lui retire pas la culotte, mais l’écarte licatement avant de la prendre sauvagement.

–  Alors, ma salope ? Comme ça, t’en voulais du taureau provençal ? Tu la sens ma grosse pine de taureau quand je fourre ton joli con de citadine ? Tu la sens… HAN !… la ruralité ? Tu… HAN !… la sens bien… HAN ! profonde ? Dis-moi que t’aimes ça, ma salope ! Allez ! Dis-le-moi !

– Oh oui ! Culbutez-moi comme une souillon… !

–  Tu veux que je te lime ou tu veux que je te bourre ?

–  J’ignore la différence

–  Ferme les yeux et concentre-toi ! Là… je suis en train de te limer…

–  Hummm c’est bon !

–  Et là… HAN ! HAN !… je te bourre !

–  Oooh ! Tu me fais perdre la tête ! Oooh… j’ai oublié oooh… la différence… tu… humm… peux… rec

–  Limer

–  Humm… hummm… ooohh… !

–  Bourrer

–  Oooh… Oooh… humm !

Je recommence jusqu’à qu’elle a fait son choix, mais Madame n’arrive pas à se décider. À ce moment, une blondinette fait son entrée accompagnée de son métayer ainsi que de trois ouvriers agricoles… avé des mains blanches comme des cachets d’aspirine et les ongles tellement propres qu’on croirait ceusses de filles !

Note de Sylvie : Étant parvenu à ses fin, à savoir, faire râler ces dames avec sa remarque à la con, le Bavard poursuit son récit.

Peuchère, ils m’en font de beaux, d’ouvriers agricoles ces quatre marioles ! Mais bon… je passe… La blondinette me regarde faire, me sourit comme elle sourirait à une chaise, se penche vers Madame pour lui faire la bise.

–  Alors… smouïc smouïc… tu as suivi… smouïc… mon conseil… smouïc… finalement ?

–  Oui ! Oh ! Et je ne le regrette… humm… plus fort, mon brave… pas !

Et de là, qu’elles commencent pas à jacasser comme de rien ! La blondinette a l’accent tellement pointu qu’il raye les vitres de mes fenêtres, mais elle a un sourire coquin qui me fait bander plus fort. Boudiou, c’que c’est bon ! La Parisienne fait l’article à sa copine, elle déloque un à un ses étalons, en vantant leurs mérites respectifs… Té, petit, écoute-la comme elle parle de nous autres, pauvres hères !

–  Comme je te le disais, la taille ne fait pas tout… enfin, pas toujours… quand j’ai essayé celui-ci…

Note de Sylvie : À ce moment, Monique fait avancer Joseph “le Sage” jusque devant Madame.

–  J’ai cru qu’il se moquait de moi.J’allais le congédier sur le champ, quand une petite voix me souffla de ne rien en faire… Je l’essayai et… attends, tu vas voir !

Et là, qu’elle me dégage pas comme un vulgaire sac poubelle ?!

–  Tiens… essaye-le et tu verras !

Le Sage prend ma place et je suis tout surpris de voir Madame roucouler comme une colombe. Vouai, parfaitement ! Comme une colombe ! La Parisienne me prend la bite comme on prend la main à un bambin pour pas qu’il glisse sur le sentier, elle m’attire vers elle et… Boudiou ! Sa bouche c’est la maison de famille de ma bite, putain ! Oh qu’elle s’y… sent bien ! Ô pute borgne, c’est Sainte-Marie-de-la-Pipe cette nana-là ! Et sa bouche pleine de ma pine, elle continue sa conversation… Je sens que je vais venir quand elle retire sa tête…

–  Et celui-ci… regarde… n’est-elle pas a-do-ra-ble cette jolie marque brune ? Et soupèse-moi ces bourses ! On les sent bien pleines, n’est-ce pas ? Et t’as vu ? L’animal est réactif ! À peine… et hop ! au garde à vous ! Mais… essaye-le donc aussi… tu verras ! Je peux m’enfiler le tien ou tu préfères en garder la primeur encore un peu ? Oh ! Merci, t’es sympa ! Il est comment en sodomie ? Ah ? T’as pas encore testé ? Je peux ? T’es vraiment sympa, comme fille !

Et là, qu’elle tourne pas autour de moi en réfléchissant à haute-voix… elle me fait allonger sur la table et s’empale par le cul sur mon membre. Juste au-dessus de mon visage, il y a celui de Madame qui est en train de jouir du Balafré. Comme il a fait ses preuves, la Parisienne le congédie d’un battement de mains.

–  Celui-ci, je te l’ai pris pour le chemin du retour. Tu verras, il est tellement confortable que c’est un plaisir en soi de le chevaucher en pleine nature ! Tu verras ! Et endurant aussi… Humm… mais ta bite est un véritable régal pour mon cul, mon gars ! Je te l’échangerais bien contre un des miens pour la soirée… Oooh… mais qu’il m’encule bien, le bougre ! Tu verras, il te fera découvrir les joies de la Nature ! Et, crois-moi, je m’y connais, question nature !

Et d’un claquement de doigts, elle demande à son métayer d’approcher.

Mais pour toi qui rêves de sodomie sans limite regarde ce que je t’apporte ! Si ça c’est pas de la bite de compétition, je ne m’y connais p

Je suis le seul à comprendre ce qui lui a fait fermer son clapet, à la Parisienne, vous la voyez vraiment pas, la petite fée ?

Note de Sylvie : Le Bavard souhaite arrêter son récit, mais tient à ce que tu saches que le spectacle ne fait que commencer !

Lettre n° 12

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Annexe à lettre n° 10

Comme je te l’ai expliqué, je lis mes lettres aux membres de la Confrérie du Bouton d’Or avant de te les adresser. Jusqu’à présent, j’incorporais leurs remarques dans la version 2.0 que je t’envoyais, mais puisque tu préfères que je te note les précisions de chaque membre, je m’exécute !

Monique trouve très juste ma remarque concernant ses dons d’imitatrice. Elle a cru bon d’ajouter que ça nous faisait un point commun supplémentaire. J’ai haussé les épaules en lui répondant avec mon meilleur accent provençal « Tu déparles, Mounico, vé comme… » Alain a fait semblant de cocher une liste, genre “nombre de points communs +1”.

Christian m’a demandé d’insister sur l’état de nervosité que les mouvements incontrôlés de ses doigts trahissaient. Il voulait que je te précise les raisons de son émoi. Il était présentement devant sa grand-mère (Nathalie), en train de se faire sucer par la petite-fille (Monique) et devant elle, de la femme (Rosalie) dont il interprétait le rôle du mari (Pierrot) ! J’avoue, on serait perturbé à moins. N’empêche ses doigts… ! Quelle femme ne rêverait pas d’être la cause d’une telle agitation ?

Le Bavard nous a fait tout un numéro pour me demander d’ajouter deux commentaires.

Il n’est pas une tête de mule MÊME S’IL est monté comme un bourricot. Si ça peut lui faire plaisir… !

Pour l’autre remarque, laisse-moi te décrire la scène.

– Hé les starlettes du tapis rouge, quand vous aurez fini de vous la jouer “50 minutes inside”… Avec Madame, on se disait…

Alain : Avec Madame ?

– Hé vé, vouais, justement, môssieur l’enculeur de mouches à tête fraisée, justement ! C’est pour pas troubler vos vieilles oreilles en faisant interférence que je lui occupais la bouche à Madame ! Té… dis-leur que… ô put… non ! Leur dis rien… ta bouche me manque déjà… ! Dis donc, le Notaire, tu trouves pas qu’elle suce de mieux en mieux, ta petite femme ? Boudiou ! Plus que quelques décennies et elle sucera peut-être aussi bien que celles-là ! Descessa de rire, Madame ! Tu vas finir par me la mordre !

Reprenant son sérieux, il me fit remarquer que les rideaux semblaient souvent s’ouvrir ou se refermer comme par magie et que j’avais oublié de préciser que Jimmy et le Balafré avaient été les metteurs en scène, les techniciens de plateau et les régisseurs de cette première d’Au théâtre ce soir à notre façon.

Alain a alors eu l’idée d’en faire l’objet de cette lettre et de te préciser que c’était le titre d’une émission de théâtre, de vaudeville la plupart du temps. Une fois par mois, les téléspectateurs pouvaient suivre la retransmission d’une pièce, de qualité très inégale, malheureusement.

Ce qui était quasi immuable, c’était la formule « Les décors sont de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell ». Nous avons ri en l’évoquant et Joseph nous a fait remarquer qu’étonnamment, tous les français ou presque connaissaient leur nom, alors que personne ou presque n’aurait été capable de les reconnaître en les croisant dans la rue. La célébrité anonyme ! Le summum du luxe !

Quand elle eut fini de s’occuper la bouche, Madame voulut que je corrige un passage. Elle affirme que dans son regard ne brûlait pas une flamme de désir, mais qu’elle se demandait si elle aurait assez d’ardeur pour abréger le supplice de cet homme dont le seul crime avait été d’avoir voulu partager un peu de son savoir avec des êtres chers. Dont acte, comme on dit !

Jimmy aimerait que je te parle, dans une prochaine lettre, de la relation très particulière que nous entretenons, lui et moi. Je n’y manquerai pas.

Le Notaire et Cathy étaient trop occupés pour émettre le moindre avis. Leurs gestes étaient si lents qu’on aurait pu les croire endormis au beau milieu d’une étreinte.

L’évocation de cette représentation a réveillé chez Martial et Monique ce que nous nommons, avec la plus parfaite mauvaise foi, leur perversion. Ils se sont isolés pour une lecture à deux voix et à deux corps d’une tragédie. Il n’a donc fait aucune remarque.

Le Balafré n’a émis aucune réserve. « Tout était parfait. Comme d’habitude. À ton image ! ». Il était vautré plus qu’assis dans un large fauteuil en cuir. Les fées ont offert au Balafré le don de me précipiter dans ses bras quand il me sourit d’une certaine façon. J’ai donc posé mon stylo pour le rejoindre.

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Au théâtre ce soir

Le 28 février 2019

Mon petit Lucas,

Comme je te le proposais et puisque tu souhaites en savoir un peu plus, je vais aborder le versant culturel de la Confrérie du Bouton d’Or.

Jimmy a toujours voulu préserver son mas de la présence d’enfants. Il avait décidé qu’il n’en aurait pas et voulait pouvoir vivre chez lui exactement comme il en avait envie sans avoir à se poser la moindre question. Il aimait recevoir ses amis, organiser des fêtes sans avoir à se préoccuper d’attendre une heure convenable pour s’autoriser quelques inconvenances…

Il ignore tout de ses origines. Comme tu le sais, c’est un enfant né sous X, d’une jeune fille qui disait avoir conçu ce bébé avec un soldat britannique et que c’était pour cette raison qu’elle avait voulu le prénommer Jimmy. Ne sachant pas d’où il venait, il voulait être maître de là où il irait. Le mas semble avoir été construit pour qu’il y habite ! Avant même d’en être le propriétaire, il savait qu’il le serait un jour et comment il aménagerait son domaine. Il a tout de suite eu l’idée de cette salle de spectacle, a demandé conseil auprès de Valentino pour monter une scène “un peu plus sérieuse qu’une simple estrade !” et qu’il lui dit, sous le seau du secret, son intention d’offrir un spectacle en hommage aux fondateurs de la Confrérie, dès que la salle pourrait l’accueillir à hauteur de notre respect. Laisse-moi te raconter cette première représentation.

D’après une illustration de Fredillo

Jimmy avait convié tous les membres à une soirée exceptionnelle dans sa toute nouvelle salle des fêtes. Il avait reconstitué une sorte de salle de cabaret telles qu’on peut les voir sur les toiles de Toulouse-Lautrec, avec des guéridons, des chaises bistrot, sur chaque guéridon des verres, une carafe d’eau, une de vin, du pain, de l’ail, de l’huile d’olive, des anchois, quelques fruits confits, mais surtout le programme de la soirée.

Si l’on excepte Valentino « Maurice », aucun des membres fondateurs ne s’attendait à ce qui allait suivre. Quant à notre génération, si nous connaissions l’idée de l’hommage, nous ignorions sous quelle forme il serait rendu. Contre les murs de la salle, deux sofas se faisaient face, un large lit, quelques fauteuils, mais surtout cette scène digne d’un véritable théâtre ! Au fond de la scène, habilement masquée, une double porte permet d’accéder à la pièce qui tient tant de la réserve que de loges. Quand nous fûmes tous installés, il se leva, monta sur la scène et expliqua.

– Mesdames, Messieurs les fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, puisque vous m’avez jugé digne d’en assurer la descendance, puisque les lieux me le permettaient, j’ai voulu vous offrir la primeur du genre de spectacles que je compte y donner. Puisque je sais votre goût pour l’observation de nos galipettes, puisque je sais votre goût pour le théâtre, les costumes et les saynètes érotiques, puisque Bouton d’Or nous en a laissé le récit, nous vous proposons, ce soir, de vous interpréter « L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’imagination » d’après ses souvenirs.

Avant de venir nous rejoindre, il ouvrit, avec l’aide du Balafré, le rideau qui masquait la scène. Jimmy avait vraiment pensé à tout. Le décor sobre, mais suffisant nous projetait dans la maison de la rue Basse dans les années 1920, telle que nous nous l’imaginions : un vieux divan, quatre chaises, un guéridon, une grande malle de voyage. Alain, Monique, Cathy et Christian firent leur entrée sous nos exclamations de surprise admirative.

Alain avait plaqué ses beaux cheveux avec du Pento, il portait un postiche, la réplique exacte de la moustache de Toine, il avait fait pousser suffisamment sa barbe pour avoir l’allure de son personnage. Monique, vêtue d’une robe bleue, toute simple, portait une longue perruque blonde, la ressemblance avec Rosalie était frappante. Cathy portait une robe “folklorique” comme on commençait à en trouver un peu partout sur les marchés, ses longs cheveux bruns remontés dans un chignon un peu fou, sa ressemblance avec Nathalie était plus que frappante, elle était troublante, réellement troublante. Christian portait une fausse barbe et une fausse moustache, je me souviens surtout de son rire nerveux qu’il essayait de calmer en nous tournant le dos.

Tous les regards de la jeune génération se tournèrent en direction des fondateurs. Ils ouvraient des yeux émerveillés et s’interrogeaient du regard, comme s’ils en ressentaient le besoin. Non, ils ne rêvaient pas ! Oui, c’était bien un de leurs souvenirs que leurs descendants allaient jouer devant eux ! Il me fallut entendre le raclement de gorge de Monique pour prendre conscience du bruit qui régnait, ce brouhaha indescriptible composé de murmures, de chaises qu’on déplace légèrement pour mieux jouir du spectacle, d’un verre qu’on repose un peu trop bruyamment. Elle ferma les yeux, prit une profonde inspiration et marmonna « C’est parti ! » autant pour elle-même que pour ses partenaires.

Monique ouvrit la malle, Alain, Christian et Cathy se penchèrent au-dessus et en vidèrent le contenu en s’apostrophant joyeusement.

– Marie-Louise a été ben généreuse de m’offrir toutes ces merveilles !

– À ton avis, qui a joué le rôle du chasseur ?

– J’en sais rin !

Alain et Monique mettaient beaucoup de conviction dans leur jeu, cependant quelque chose clochait, mais j’aurais été incapable de dire quoi, si je n’avais constaté cette même surprise parmi le public et si Martial ne s’était pas penché vers moi pour me demander « Pourquoi imite-t-elle mon père ? ». Parmi les talents dont les fées ont omis de doter Monique, il y a celui de l’imitation. Rosalie roulait les r comme la paysanne normande qu’elle était ; Monique, en vraie parisienne, raclait les siens comme il se doit. Heureusement que très vite, prise dans le feu de l’action, elle abandonna sa piètre imitation. Alain enfila la veste, sortit une feuille pliée en quatre d’une des poches.

–  Qui, parmi vous croit aux coïncidences ?

Ils se regardèrent les uns les autres en faisant non de la tête. Alain tint la feuille exagérément loin de son visage, le bras tendu devant lui, l’autre main, faisant de grands moulinets.

– Fées, répandez partout la rosée sacrée des champs ; et bénissez chaque chambre, en remplissant ce palais de la paix la plus douce !

–  Des fois, j’y crois un peu… aux coïncidences… parce que des fois… je ne m’explique pas tout… mais comme tu n’y crois pas, alors je préfère ne pas y croire, mais…

–  Que me dis-tu là, Pitchounette ?

–  Comme tu n’y crois pas… je me dis que tu dois avoir raison…

–  Mais que tu y croies ou que tu n’y croies pas, ça ne changera pas l’amour que je te porte, ma Pitchounette ! Comment puis-je défendre la liberté de penser si je t’impose la mienne ? !

–  Je ne sais pas… mais si tu n’y crois pas… tu es plus savant que moi… Mais des fois… tu vois, il y a des choses que je ne m’explique pas… alors, je me dis que c’est… le destin… ou… Comment tu dirais, toi, pour ces mots que tu as trouvés justement aujourd’hui ? Comment tu dirais ?

–  Je ne sais pas ! Une chance ! La chance de sentir, là… tout au fond de moi à quel point je t’aime ! La chance de tenter de te convaincre de ne pas renier celle que tu es pour me plaire, parce que tu me plais telle que tu es, Pitchounette… telle que tu es… C’est toi que j’aime, toi, Nathalie, la femme que tu es, je ne veux pas d’un tas de glaise que je modèlerais à ma guise… Je veux que tu… Oh… je t’aime, ma Nathalie, je t’aime !

Christian tenait Monique serrée dans ses bras.

–  Je t’aime tout autant qu’il l’aime, tu sais…

Chacun à une extrémité de la scène, Alain et Christian refermèrent le rideau quelques instants. Le temps de se préparer pour le tableau suivant. Quand il se rouvrit, ils étaient assis sur le canapé. Alain relut le quatrain.

–  Fées, répandez partout la rosée sacrée des champs ; et bénissez chaque chambre, en remplissant ce palais de la paix la plus douce !

–  Tu peux le redire encore, Toinou ? Je trouve ça très beau !

–  Oui, c’est vrai, c’est très beau ! C’est une pièce de théâtre, un opéra ou un poème ?

–  C’est tiré du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare…

Christian, Monique et Cathy se regardèrent, perplexes.

–  Vous ne connaissez pas Shakespeare ?

Tous les membres de la Confrérie du Bouton d’Or connaissaient la différence de classe sociale entre les différents comparses, Alain n’eut qu’à dire naturellement les mots de Toine.

–  Roméo et Juliette… vous connaissez ? C’est de lui, c’est de Shakespeare…

–  Comment tu dis qu’on dit, Toine ? « Shakespeare » ? Je croyais que ça se disait…

–  Tu croyais que ça se disait… ?

–  Il y a quelques semaines, ton père a reçu une malle pleine de vieux livres et il m’a demandé de les ranger à côté des romans de la bibliothèque municipale. J’ai ben vu qu’il y avait plusieurs pièces de théâtre, dont « Roméo et Juliette », mais je croyais que ça se disait…

–  Tu croyais que ça se disait… ?

–  Je te préviens, si tu te moques de moi… je te préviens ! Si tu ris… gare à toi !

–  Promis !

–  Je croyais qu’on disait « Chat qu’espère »… t’avais promis, Toine ! T’avais promis…

–  Je ne me moque pas, mais… « Chat qu’espère »… c’est… tu sais c’est très poétique, Bouton d’Or…

Monique fit la moue, Cathy prenant la défense de son amie, claironna.

–  Pour ta peine, on va t’attacher à une chaise et tu devras regarder tes trois couillons préférés se donner du plaisir… hein qu’on va faire ça ?

Christian approuva vigoureusement de la tête, tandis qu’Alain joua le dépit. Le temps que les trois autres trouvent les cordes pour le ficeler, Alain était dévêtu, malheureusement, le trac l’empêchait de bander comme il aurait fallu. On pouvait voir la panique commencer à le gagner, mais avant que ça ne tourne à la mauvaise farce, en silence, ils se regardèrent et se sourirent. Fin de la panne !

–  Ho gari ! T’as pas trop l’air de la redouter ta punition !

–  Attache-le donc à la chaise pendant que Nathalie et moi nous changeons… et mets cette tenue, nous revenons tout de suite !

Monique et Cathy refermèrent le rideau. On entendait les bruissements des coulisses puis le son caractéristique du bras d’un tourne-disque tombant sur la galette de vinyle. Les notes de “Nuits de Chine” retentirent. À la fin de la chanson, on entendit le rire d’Alain « T’aurais pu faire semblant de serrer les liens, gari ! » et Christian tout en marmonnant qu’il avait l’air couillon attifé comme ça, ouvrit le rideau comme s’il ignorait notre présence.

Cathy fit son entrée, telle que décrite dans le récit de Rosalie, vêtue de la robe de bergère d’opérette qui avait tant plu à Nathalie un demi-siècle plus tôt. Un “Oooh !” de surprise admirative emplit la salle. Je regardai Madame qui m’indiqua d’un mouvement du menton de tourner plutôt mon regard vers les vieux. Nathalie, Neuneuille et Barjaco avaient la bouche grande ouverte, Nathalie semblait psalmodier son étonnement. Rosalie posa sa main sur la sienne, elles se sourirent. Valentino restait impavide, il n’était pas moins surpris que ses amis, mais il savait mieux le masquer.

–  Hé, monsieur le chasseur ! Vous me voyez bien dans l’embarras… Je dois mener mon troup…

Cathy, les poings sur ses hanches, s’interrompit pour tancer “le Toine” « Descessa de rire, Toinou ! »

« C’est comme ça ! Oui, c’est comme ça que j’ai fait ! » Nathalie nous désignait Cathy de son index, excitée et ravie comme une enfant.

–  … je dois mener mon troupeau et j’ai perdu ma badine… Ah… si seulement une bonne fée venait à passer par là…

Je souriais, observant Rosalie guetter l’entrée en scène de Monique, qui fit un petit pas sauté, ouvrant les bras comme le faisaient les enfants lors des spectacles de fin d’année.

–  Ai-je bien entendu ? Une bergère m’aurait appelée à son secours ? Mais, petite étourdie, qu’as-tu fait de ta badine ?

–  Je l’ai égarée, Madame la Fée… sauriez-vous la retrouver ?

–  Hélas… je ne le puis, mais si tu suis mon conseil, tu en feras apparaître une autre…

Tout en faisant semblant de lui chuchoter un secret à l’oreille, tout en l’aidant à dénouer son corsage, tout en faisant mine de vouloir faire pigeonner la magnifique poitrine de Cathy, Monique la caressait avec un plaisir non dissimulé.

–  Voilà qui est fait ! Que cette journée te soit douce, jolie bergère !

Cathy fit semblant de chercher du regard…

–  Mais… bonne Fée… je ne la vois point !

–  Ouvre grands tes yeux, jolie bergère et regarde !

Déboutonnant Christian, lui arrachant presque ce pantalon ridicule, Monique désigna son sexe gonflé, tendu, dressé. Cathy, jouant la surprise, s’approcha de lui, s’agenouilla, le caressa du bout des doigts, comme si elle le découvrait.

–  Mais quelle étrange badine… si douce… si chaude… comme vivante… je n’en ai point vu de semblable de toute ma vie ! Quelle étrange badine…

–  Jolie bergère, apprends que l’on doit la nommer…

–  Que l’on doit la nommer ?

–  Que l’on doit la nommer « verge »

–  Comment l’appelez-vous ? « Vierge » ?

–  Mais non ! « VERGE » ! Et regarde, jolie bergère, ces deux jolis fruits ne sont point des grelots, il faut les dorloter, les caresser, en prendre grand soin, sinon la verge se brisera.

–  Oh, ce serait tellement dommage…

Nous regardions Monique et Cathy caresser le sexe de Christian qui avait fermé les yeux et respirait profondément. Pour ma part, j’étais fascinée par les mouvements incontrôlés de ses doigts. Un éclat lumineux me fait tourner les yeux vers Alain qui ne perdait pas une miette du spectacle et souriait à pleines dents. Se sentant observé, il me jeta un bref coup d’œil avant de reprendre son sérieux. Avant de tenter de reprendre son sérieux, devrais-je écrire…

Barjaco s’agitait sur sa chaise « Boudiou ! Si j’avais suj’aurais ramené mes lunettes Qué malheur ! ». Le Bavard lui tapota l’épaule en les lui tendant « Oh, merci, mon petit ! Brave petit ! »

–  Oh ! Regardez, madame la Fée, la verge a du chagrin…

–  Jolie bergère, elle n’a pas de chagrin, c’est sa façon de réclamer le baiser auquel elle a droit… regarde, il faut l’apaiser ainsi…

Du bout de ses lèvres, Monique taquina le gland de Christian. Cathy la rejoignit dans ce baiser, leurs langues, visibles de tout un chacun, dansaient ensemble un tango sensuel. Christian lança la couronne de fleurs qui ornait le front de Monique. La couronne atterrit sur les genoux d’Alain qui éclata de rire.

–  Ce n’est pas amusant, monsieur le captif ! Cessez donc de rire !

–  Mais je ne ris pas, madame la Fée, je ne faisais que sourire…

Le traitant de menteur, elle gifla ses cuisses de la couronne qui se délita un peu plus à chaque coup porté. Les fleurs parsemaient le sol, ses cuisses, telle une furie, elle se servit des longs cheveux de sa perruque pour le souffleter.

–  Viens par ici, jolie bergère, que je t’apprenne un nouveau mot.

Cathy vint rejoindre Monique qui lui désigna le sexe d’Alain, elle fit mine d’être surprise, un peu effarouchée par sa taille. Franchement, qui ne l’aurait pas connue aurait réellement pu croire qu’elle n’avait jamais vu de bite auparavant.

– Regarde, jolie bergère, touche celle-ci, sens-tu comme elle est ferme et dure sous la main ? Serre mieux ta main autour, n’aie crainte ! Vois-tu, quand une badine a cette apparence, on ne la nomme ni « badine », ni « verge », mais on l’appelle « houssine » et ne va pas t’en servir pour mener ton troupeau, elle est bien trop dure et bien trop effrayante pour de craintives brebis…

–  Mais que fait-on quand on la rencontre ?

–  On la masque à la vue du troupeau !

Monique s’empala d’un coup sec, elle ne put réprimer ce cri du cœur« Oh, putain, c’que c’est bon ! » qui la faisait sortir de son rôle et nous fit éclater de rire. Elle allait et venait au rythme des commentaires de Cathy « Je la vois ! Oh ! Je la vois plus ! Oh ! Coucou ! Je la revois ! Oh ! Elle a disparu ! »

– Je croyais que nous devions le punir… à ce tarif-là, je veux bien être puni, moi aussi !

– Mais où avais-je la tête ? Tu as raison, mon Pierrot, laissons le moqueur à sa moquerie !

Christian, allongé sur le sol, ferma les yeux quand, au ralenti, Cathy le fit entrer en elle. Elle se pencha pour qu’il puisse lui caresser sa magnifique poitrine comme ils aimaient qu’il le fasse.

–  Dites-moi, madame la bonne fée… ooohh… bonne fée… puis-je jouer à faire disparaître et réapparaître la verge comme vous le fîtes de la houssine ?

–  Mais bien entendu, jolie bergère ! Bien entendu ! Goûtez-vous le spectacle, monsieur le moqueur ? Ou dois-je…

Monique entrouvrit les pans de sa tenue de fée, dévoilant la blondeur de sa toison au regard d’Alain.

–  Entravé comme je suis, je ne peux rien faire pour soulager ma bandaison… et de vous espichouna tous les trois… Oh, par pitié, délivrez-moi, avant que je ne périsse de douleur !

Après nous avoir montré tout leur talent en la matière, Christian, Monique et Cathy consentirent à le libérer. Il se précipita vers Monique, qu’il installa sur le divan « un coup pour la fée » il sortit aussitôt, attrapa Cathy, la pénétra à son tour « un coup pour la bergère », avant de recommencer « un coup pour la fée ».

Nous les regardions, guettant la montée de leur plaisir, quand Jimmy et le Balafré se levèrent pour tirer le rideau sous les murmures déçus de l’assistance. Jimmy courut vers une table au fond de la salle. Personne n’avait remarqué le projecteur diapo qu’il alluma. Après quelques instants, le rideau sembla bouger un peu. C’était le signal convenu. Jimmy projeta une image, puis une autre tandis que derrière le rideau, s’élevait la voix de Monique.

–  Ce dimanche-là, comme cela arrivait de plus en plus souvent, Pierrot passa la nuit avec moi, nous riions encore, ivres du bonheur de cette journée, quand le sommeil nous prit. Le lendemain, sur la table qui me servait de bureau, je trouvai un recueil de pièces de Shakespeare. Toine était allé à la mairie, à tout hasard et y avait trouvé cet exemplaire. En guise de marque-page, une carte sur laquelle il avait dessiné une bergère pensive, qui ressemblait fort à Nathalie, sous son dessin, pour toute légende « Il y a des choses que je ne m’explique pas ». Je souriais et en tournant la carte, cet autre dessin sans aucune légende, puisqu’elle eut été inutile, un petit chat songeur, qui semblait attendre on ne sait quoi. De cette première lecture, que je fis dès le mardi soir, je me souviens avoir noté dans mon journal intime, cette citation qui nous ressemblait tant « Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants, et l’imagination si fertile qu’ils perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. »

Nous étions en train d’applaudir à tout rompre, Monique, Cathy, Christian et Alain, qui étaient repassés devant le rideau pour nous saluer, quand ce dernier voulut faire un trait d’humour.

Si ça ne vous dérange pas… j’aurais un truc à finir (en effet, son érection était… impressionnante !)… laquelle de ces dames serait intéressée ?

Sans s’être concertées, Rosalie et Nathalie levèrent le doigt « Moi ! Moi ! Moi ! » avant d’éclater de rire en se moquant de l’air ahuri d’Alain, qui se demanda pendant une fraction de seconde si elles ne se querellaient pas “pour de vrai”.

Les membres fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, félicitaient les acteurs de la soirée, apportant leurs commentaires, des précisions que nous ignorions encore, comme, par exemple, le souffle légèrement nasillard de Toine au comble de l’excitation. Nous pressentions déjà que la soirée allait se finir en orgie, ce fut Madame qui en donna le la. Elle s’approcha d’Alain, regarda son sexe dressé, dans son regard brûlait une impressionnante flamme de désir.

–  Je ne peux pas te laisser dans cet état, et puisqu’il faut en passer par là…

Elle lui caressait les bourses, tout en lui demandant de la déshabiller et en lorgnant sur le grand lit. Elle pria ensuite son époux de les accompagner afin qu’il lui donne de bons conseils quant à la manière de soulager ce malheureux.

C’est au cours d’un de ces fameux spectacles que Madame et le Notaire nous jouèrent la saynète dont je t’ai parlé dans ma précédente lettre. Nous aimions tellement les voir l’interpréter que nous la réclamions régulièrement. Un soir, ce devait être la troisième fois qu’ils jouaient « La promenade de Madame », le Bavard interrompit la scène. « Mais ce ne sont que des calomnies ! Je n’ai jamais tenu de tels propos et cette créa… cette… femme… » ce qui surprit tout le monde, y compris Madame et le Notaire. Que nous avons ri quand il entreprit de nous raconter sa version de l’histoire, et comme Madame était resplendissante ! Nous raffolions de la version du Bavard, mais depuis toutes ces années, cette tête de mule n’a jamais voulu nous prévenir de son intervention. Nous ne savons jamais à l’avance s’il va se joindre au show ou s’il se contentera d’en être que le spectateur attentif.

Je joins à cette longue lettre, une photo prise par Roger pendant une de nos représentations théâtrales et je te confirme ce que je pressentais, Jimmy serait bien évidemment ravi de te recevoir dans son mas à ton prochain séjour parmi nous et même de t’en laisser la jouissance avec ta petite bande si vous le désiriez.

Je t’envoie mille baisers,

Sylvie, la Fiancée

Lettre n° 11

Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : De retour après notre visite

Le 22 février 2019

Mon petit Lucas,

Je me doutais bien que tu allais vouloir en savoir une peu plus sur Madame. Tu vois, une des choses qui au lieu de nous éloigner les unes des autres nous ont liées plus intimement, ce sont nos différences et nos points communs. Une sorte de cocktail magique dont les ingrédients auraient été fournis par la vie, mais dont la recette aurait été habilement élaborée par nos soins.

Le point commun que j’ai avec Monique (outre le goût pour ton grand-père !), c’est le sens de l’humour et de la dérision. Avec Cathy, c’est celui du teasing, faire monter le désir lentement, nous faire désirer tout en maîtrisant nos emballements (ce dont Monique est tout à fait incapable, par exemple). Avec Madame, nous partageons le goût de la lingerie. Goût qu’elle doit à son mari, parce qu’avant même qu’elle n’entre dans la confrérie, le Notaire lui offrait des dessous chics quand il voulait lui faire plaisir. Il lui avait même proposé de ne pas la regarder si elle avait trop honte, mais rien que de savoir qu’elle les portait, le rendait heureux.

Et ce fut même le code d’un jeu intime entre eux. Pour lui signifier que cette nuit… Madame laissait négligemment traîner les boîtes d’emballage des dessous qu’elle porterait et qu’il aurait le loisir d’admirer sur elle dans l’intimité de la chambre conjugale. À l’époque, les bas étaient coûteux et les plus jolis, excessivement fragiles, d’autant que Madame avait pris goût aux bas de soie (quand elle me les fit découvrir, je compris tout de suite pourquoi !), on les rangeait donc à plat, dans leur boîte en prenant la précaution de les protéger avec du papier de soie.

Plus tard, quand elle fut consœur, elle modifia un peu les règles, elle glissait un élément de sa lingerie (généralement une petite culotte de soie ou de dentelle) dans une poche de la veste ou du pantalon de son époux à moins qu’elle ne la glissât dans sa serviette de travail.

Quand il la découvrait, il bandait directement. Madame le savait et elle aimait ça. Tout comme elle aimait lui faire savoir qu’elle venait ou qu’elle allait coucher avec le Bavard. Leur relation est très particulière, le Bavard représente tout ce que Madame a toujours cherché à fuir, pourtant, dès le début, elle a compris qu’elle l’aimait sans doute pour tout ce qu’elle détestait chez lui. Le Notaire était (et est toujours) ravi parce qu’il aime imaginer sa femme avec un autre, il aime quand elle revient en pleurant, en se traitant de souillon, en implorant son pardon et ce jeu-là, ils le jouent vraiment mieux quand c’est le Bavard qui tient le rôle de l’amant.

Leurs jeux intimes débutaient toujours par le même rituel, une sorte de préliminaire d’une longue durée imposée. Je te plante le décor, le préambule, ensuite je te raconterai un de leurs scénarios.

Par exemple, le Notaire rentrait chez lui, manifestement courroucé, les gamins n’avaient qu’à bien se tenir. À table, il annonçait à sa femme, d’un ton cassant, qu’il aurait quelques précisions à lui demander à la fin du repas. Il fusillait l’assemblée d’un regard noir. Les mômes comprenaient illico. Ce soir, ils desserviraient la table et feraient la vaisselle. Pas de télé. On se laverait les dents et on filerait dans les chambres. À 23 h pour les plus grands, extinction des feux. Pour les petits à 21 h. Et pas question de déranger papa-maman. SOUS AUCUN PRÉTEXTE ! Pour connaître la violence du courroux paternel, c’était très simple. Il suffisait de se fier au volume sonore de la musique autant qu’à l’œuvre ou au compositeur. Par exemple, une colère moyenne, c’était « Carmina Burana » volume 5 (sur une échelle de 0 à 10).

Le décor est planté, passons à l’action proprement dite.

Une fois dans la chambre, le Notaire ouvrait sa serviette, en extirpait une culotte tachée de sperme, la faisait pendouiller au bout de son index et demandait à son épouse ce que cela signifiait. L’épouse commençait par nier. Le Notaire ne la croyait pas. Si vous avez porté cette culotte, ne serait-ce qu’une fois, c’est qu’elle est vôtre, n’est-ce pas ?”

– Oui monsieur mon époux ! Mais je vous jure…

– Ne jurez pas, créature ! Si vous l’avez portée, ne serait-ce qu’une fois, IL nous le dira !

À ce moment, le Notaire faisait tomber le pantalon, le slip et bandait déjà dur. “Ah ! Ah ! Osez nier, désormais, madame l’épouse adultère ! Osez nier !”

– Ce n’est pas ce que vous… oh mon tendre époux, j’implore votre pardon ! Regardez-moi, je vous implore à genoux !

– Pour envisager l’éventuelle possibilité d’un début de commencement de pardon, il faudrait que je connaisse précisément tout des circonstances… des faits… des lieux… des protagonistes… racontez-moi tout ça, Madame, ET SANS RIEN OMETTRE, SURTOUT !

– Monsieur mon mari, ce furent une série de circonstances qui me menèrent à ce désastre final… loin de moi l’idée de vouloir minimiser mes torts, mais je vous laisse juge… Je rentrais de l’école où j’avais déposé les enfants, je décidai donc d’aller vers la ruine que l’on nomme « le château » pour y cueillir une brassée de fleurs sauvages… chemin faisant, je fus prise d’une soif inextinguible… Je me souvins alors de cette jolie source que vous m’aviez faite découvrir… Je m’assis ainsi… comme il se doit… légèrement en biais… les jambes serrées comme il se doit…

Tout en donnant ces explications, Madame mimait la situation, d’une façon faussement contrite, mais follement excitante pour le Notaire, qui était encore plus fou amoureux de son épouse depuis qu’ils partageaient ces scénarios qui les comblaient également.

– Et votre robe recouvrait-elle seulement vos cuisses avec toute la pudeur qui sied à votre rang ?

– Mon ami, mon époux… laissez-moi vous confesser que… que le vent se montrait particulièrement taquin… il soulevait ma jupe comme si un démon était tapi devant moi et qu’il soufflait dessus… Je tentai bien de la rabattre… ainsi… voyez-vous, c’est ainsi que je procédai… mais quand je la rabattais sur la gauche, le vent s’engouffrait sur la droite et quand je la rabattais sur la droite… vous comprenez ? Le vent est grandement responsable de ma mésaventure ! Comprenant que je n’y arriverai pas en procédant de la sorte, je décidai de me lever, de tirer sur ma jupe afin qu… Et constatez par vous-même, mon ami !

En effet, Madame avait un peu arrangé plusieurs pièces de sa garde-robe. En tirant fortement sur sa jupe d’une certaine façon, elle se déchirait en deux pans qui tombaient au sol comme deux papillons morts.

– La surprise, la honte que quelqu’un m’aperçoive me firent perdre l’équilibre et je me retrouvai les quatre fers en l’air… assise au beau milieu de cet ancien abreuvoir… Mon… postérieur dans l’eau fraîche… quelle honte, mon ami ! Quelle honte ! Et quel déshonneur ! Mais je tentai de me consoler en me disant que personne ne m’avait vue, que personne ne passait jamais par ce sentier abandonné aux ronces…

D’aussi loin qu’elle s’en souvenait, Madame avait toujours lutté contre sa tendance à la rêverie. L’imagination n’était pas une vertu dans le monde dans lequel elle évoluait. Depuis qu’elle partageait ces jeux, ces mises en situation, avec son époux, les idées lui venaient avec l’aisance et la rapidité d’un cheval sauvage courant en toute liberté. Elle aimait aussi faire semblant de ne prêter aucune attention aux réactions de son mari, tout en les guettant. Elle aimait voir son gland changer d’aspect, de couleur, elle aimait quand pris par le récit de son épouse, le Notaire arrêtait de se branler, fermait les yeux une fraction de seconde, avant de les rouvrir et de reprendre son geste, d’abord doucement, puis en accélérant petit à petit.

– Je pleurais à chaudes larmes, comme vous vous en doutez, quel malheur ! Quelle honte ! Mais que m’était-il donc passé par l’esprit pour ne pas écouter la voix de la raison et rentrer dans mes foyers sitôt les enfants à l’école ? Pourquoi m’étais-je laissée guider par ce besoin incongru de baguenauder dans la nature ? De profiter du vent et du soleil ?

– La question se pose, en effet, madame mon épouse !

Prenant à nouveau un air contrit, elle poursuivait son récit.

– Hélas, mon ami, hélas… ce ne fut que la première mauvaise décision de la journée… Si vous saviez comme j’ai honte… Mais je vous assure que je ne pensais pas à mal… Je… Vous me connaissez, mon ami, je ne suis pas de cette engeance… de cette race-là… de celle des femmes perdues…

Le Notaire, de plus en plus excité, demandait davantage de détails.

– Je séchai mes larmes et décidai de profiter tant du soleil que du vent pour mettre ma jupe à sécher… En effet, imaginez-vous-la complètement mouillée… me montrer ainsi au village était impensable, n’est-il pas ? Le tissu mouillé se collant sur ma peau aurait permis à tout un chacun de deviner mes courbes… Je récupérai cette partie-là au pied de l’abreuvoir, vérifiai qu’elle n’était pas trop tachée… une chance, elle ne l’était pas… et l’accrochai tant bien que mal à la branche d’un arbre pour qu’elle séchât au plus vite… l’autre partie flottait entre deux eaux dans l’abreuvoir et en me penchant pour l’attraper…

Joignant les mains comme dans une prière, Madame semblait prendre le ciel à témoin. Le Notaire maîtrisait mal son émotion et sa voix s’égarait quelque peu quand il lui parlait.

– Poursuivez, madame mon épouse, poursuivez !

– En me penchant pour l’attraper, je fus éclaboussée par une noisette tombée d’une branche au-dessus de ma tête… j’avais tout juste eu le temps de protéger mon joli… corset… celui que vous m’aviez offert pour notre anniversaire de mariage… allez savoir pourquoi, j’avais décidé de le porter aujourd’hui… une autre noisette tomba dans l’abreuvoir, puis une troisième que je ne pus éviter… Je levai les yeux vers le ciel, en me demandant la raison de toutes ces déconvenues… quand je remarquai qu’il n’y avait aucune branche au-dessus de moi, ni aucun noisetier dans les parages… C’est à ce moment précis que…

– Mais encore, Madame, mais encore ?

– Je ne sais si je dois… ô, mon tendre époux… me pardonnerez-vous un jour ? Ô, mon tendre époux, je vous en implore à genoux… Regardez, je vous offre ma poitrine, plongez-y donc un poignard, parce que si vous ne me pardonniez pas… ô mon tendre époux… je préférerais que vous me transperciez le cœur… !

– Ne me tentez pas, Madame ! Ne me tentez pas et poursuivez votre récit… haletant… !

– J’étais donc penchée ainsi… je vous supplie de m’excuser de vous tourner le dos… ce n’est point pour éviter votre regard plein de courroux, mais… pour que vous saisissiez mieux ce qu’il advint… J’étais donc penchée au-dessus de l’abreuvoir, cherchant à comprendre ce qui était tombé dans l’eau et qui m’avait éclaboussée… Je levais la tête vers les cieux, ensuite je regardais l’eau, avant de recommencer… mes doigts me parurent soudain gourds et je réalisai que j’avais toujours les mains au fond de l’abreuvoir, crispées autour de ma jupe… Je vous promets, mon époux, que je voulais simplement l’essorer pour ensuite la faire sécher… et je cherchais également une solution pour accrocher ma culotte… et mon corset… quelle calamité toute cette eau !

– En effet, il me semble avoir entendu évoquer des problèmes de pluies abondantes ces derniers temps…

Cette année-là fut marquée par une sécheresse exceptionnelle.

– Je cherchais en vain et lorsque la solution s’offrit à moi… alors que j’étais totalement nue… ou presque…

– Que me dites-vous là, Madame ? ENTIÈREMENT NUE ? Ou PRESQUE ? Qu’est-ce que je dois entendre par ce « presque » ?

– Je portais encore ma médaille de baptême, mon alliance, ma bague de fiançailles et la jolie montre que j’ai reçue pour ma communion…

– Dieu soit loué, l’honneur est sauf !

Toujours penchée en avant, désormais nue et le derrière offert à la vue de son mari, Madame tournait son visage vers le Notaire.

– Il me semble percevoir une pointe d’ironie dans votre propos… me trompe-je ?

– Madame, cessez donc vos digressions et achevez votre récit, que diable !

– Je venais d’accrocher la culotte… celle que vous tenez au bout de votre index, quand un coquin l’arracha de la branche en me criant « Viens la chercher, si tu l’oses ! »… et… et… et tout en s’éloignant, il décrochait un à un les morceaux de tissu que j’avais mis à sécher… Et c’est bien malgré moi que je me vis contrainte de m’enfoncer dans la garrigue pour le suivre… Il s’annonça bruyamment comme s’il… À ce propos, mon cher époux, saviez-vous ce qui se passe dans ce fameux « château » quand les enfants sont à l’école ? Quand les maris sont au travail et les bonnes épouses dans leurs foyers ? Vous n’avez pas idée des turpitudes… Figurez-vous qu’il me fallut… oh… dois-je vraiment tout vous raconter ? N’en ai-je point assez dit ? Ne me suis-je pas assez confessée ?

– Madame, je vais sévir si vous interrompez sans cesse votre récit !

– Figurez-vous que cet odieux personnage a exigé que je lui verse une rançon pour chaque pièce de linge qu’il me rendrait ! Ce qui est proprement scandaleux, ne trouvez-vous pas ?

– Une rançon ?

– Exactement ! Une rançon ! Par exemple, pour me rendre le joli corset que vous m’aviez offert, ce rustre… ce… paysan, estimant qu’ensuite mes belles mamelles… OUI, mon ami ! Il ose nommer ma gorge « mamelles » ! Quelle honte ! Quel scandale ! Estimant qu’ensuite mes belles mamelles seraient inaccessibles à son bon plaisir, cet odieux personnage a OSÉ exiger que… que je pratique un… attouchement particulier… mon tendre ami… votre cœur, votre âme sont purs… tout comme moi je l’ignorais, vous ne savez sans doute pas que certaines personnes… les mots me manquent, laissez-moi vous montrer… J’ai dû m’installer ainsi… à ses genoux… écarter légèrement mes seins… y glisser… m’autorisez-vous, mon ami ? À y glisser son… Ô, Seigneur Dieu ! Je me sens rougir de honte… Je vous en supplie, je suis déjà à la torture… Auriez-vous l’extrême obligeance de ne plus agiter cette culotte devant mes yeux… ? Quand je repense à la façon dont elle a été ainsi… souillée… et à ce que j’ai dû faire pour la…

Madame prenait délicatement le sexe de son mari entre ses doigts. Un peu trop délicatement, comme s’il était en porcelaine et qu’elle craignait de le briser, elle le plaçait entre ses seins et poursuivait son récit. Selon le degré d’excitation du Notaire, elle prolongeait ou abrégeait sa démonstration. Leur plaisir tenait autant dans ses mots que dans ce qu’elle faisait.

– Il exigeait que je le caresse comme ça… oh… mais ça ne me… ça… ô mon époux… vous êtes si… dissemblables…

– Comment ça « dissemblables » ? Avez-vous observé le… de cet homme ? !

– Hélas, mon ami, hélas ! Si je voulais récupérer mon bien, mon corset… cadeau… anniversaire… il me fallait… son gros hmm hmm calé entre mes… « mamelles »… il m’obligea même à les rapprocher… comme ça… laissez-vous faire mon ami… je me souviens bien comment faire… voilà… son gros *** entre mes… je devais tout en serrant fort avec mes mains… mon ami, il appuyait plus fort… de ses grosses mains rugueuses et velues… il allait et venait… fessez-moi, et exigez que je me cambre… ainsi vous aurez une idée au plus proche de la réalité…

– Mais… vous vibrez, Madame ! Pareille évocation vous fait vibrer ?

– J’exorcise le mal… je tente de chasser cet odieux souvenir… ces pattes de paysan sur mon corps habitué à votre délicatesse… et son langage… hmm… ordurier… Seigneur Dieu, il me disait de ces mots ! Il me traitait de…

– De quoi vous traitait-il ? De quelle sorte de mots ?

– Il me traitait de… hmm… Jezabel… avec des mots… hmm… à plusieurs lettres…

– À plusieurs lettres ? Combien de lettres ?

– Il me disait… « Boudiou la *** ! Sors ta langue de *** et lèche ma *** lèche-le mieux mon gros *** petite *** ! »

– Et… avez-vous réellement *** le *** la *** de cet inconnu ?

– Mais… mon ami… souvenez-vous ! Mon corset… anniv…

– Montrez-moi ! Montrez-moi sur le champ ce que vous fîtes !

– Bousculez-moi plus fort, mon ami… comme lui… rudoyez-moi… de vos gestes… de vos mots… sinon, vous ne comprendrez pas pourquoi j’ai accepté de lui ouvrir un peu plus ma bouche pour récupérer mon chemisier… OUI ! Écrasez-moi les seins ! Oui ! Je suis votre gourgandine… mais de grâce… usez d’autres mots !

Le Notaire faisait à peine mine de lui incliner légèrement la tête que Madame en profitait pour lui lécher le gland. Comme s’il s’était agi d’une gourmandise facétieuse qui se dérobait à ses coups de langue, en se réfugiant dans son giron. Juste avant que le Notaire ne soit au bord de l’explosion, Madame reprenait le cours de son récit. Elle remettait son corset. Prenait une profonde inspiration.

– Me dispenserez-vous de vous expliquer ce à quoi je dus me résoudre pour récupérer mon chemisier ? Parce que je crains, ce faisant que d’odieuses pensées vous viennent à l’esprit quand vous imaginerez ma bouche et à ce que je f…

Illustration de Fredillo

– Soulagez vos tourments, ma Dame, ma mie… soulagez-les ! Je suis votre époux, je peux tout entendre de vous ! Et si les mots vous semblent trop… oohh… oui… comme ça… tout doux…

Madame entreprenait de reproduire la fellation qu’elle avait pratiquée sur ce coquin de paysan, tout en se plaignant de ne pas y parvenir, le Notaire ne la rudoyant pas assez « Vos gestes sont trop doux et vos mots trop délicats ». Elle déboutonnait ensuite la chemise de son époux.

– Et puis votre corps, mon ami ! Vous sentez bon, vous sentez le propre alors que cet… cet odieux personnage sentait la sueur et le vice et… il avait l’abdomen velu… Je ne retrouve plus mes sensations… et certains détails m’échappent… Comme, par exemple… à quel moment son comparse…

– Son comparse ?! Mais que me dites-vous là, Madame ?

Madame faisait semblant d’avoir oublié la présence du Notaire. Elle suçotait le gland de son mari, comme elle l’aurait fait avec son stylo en essayant de trouver le mot juste pour décrire la situation.

– Quand je vous parlais des mille tourments qu’il m’a fallu endurer, je n’exagérais pas ! Cet odieux personnage n’était pas satisfait de ma prestation et je voyais s’éloigner la perspective de récupérer mon chemisier. Ô, mon ami, j’en aurais pleuré de dépit, si…

– Si ?

– Si à cet instant précis il ne s’était écrié « Elle est pas assez grosse pour que tu voies tous les détails ? Vé, l’ami, sors-nous ta king-size et apprends à madame la nudiste comment on déguste un sucre d’orge ! »

– Mais, mais… que me dites-vous là ? Un deuxième homme ? Combien y en a-t-il eu en tout ?

– Rien que ces deux-là, mon ami, rassurez-vous ! Rien que ces deux-là, mais je ne sais pas si le mot « homme » peut s’appliquer à ce… je le qualifierais plutôt de…

Tout en faisant mine de réfléchir, Madame semblait vouloir comparer avec sa bouche, le diamètre du sexe de son époux avec celui de ce nouvel inconnu. Elle avalait la queue du Notaire, faisait quelques va-et-vient avant de dégager sa tête, la bouche toujours ouverte et avec trois doigts écartait ses lèvres jusqu’à atteindre le diamètre de celle de cet homme.

Je le qualifierais plutôt de centaure. Non pas qu’il soit venu armé d’un arc, non pas qu’il fut doté d’un corps de cheval, en revanche, son… membre… l’était… équin… Seigneur Dieu ! Comment peut-on se dire humain quand on est doté d’un tel appendice, avec de telles proportions ? Ce n’est pas possible !

Allons, Madame, vous exagérez !

Que nenni, mon ami, que nenni ! Long comme mon bras, gros comme ma cuisse ! Et l’autre lourdaud qui s’exclame « Boudiou, la bourgeoise, suce mon collègue pendant que je m’en vais te brouter le minou ! » Figurez-vous, mon ami que j’ignorais tout de cette expression. Saviez-vous que certains hommes portent leur bouche sur… le… la… des femmes ? La surprise de ce baiser si… particulier, me fit ouvrir grand la bouche et le centaure put y plonger tout à son aise… Quelle honte, mon Dieu, quelle honte de m’être laissée capturée au lasso par cette sensation si… si… si…

Madame, reprenez-vous, je vois brûler les flammes de l’enfer dans votre regard, j’entends bruire le stupre dans vos soupirs, vos atermoiements, vos hésitations… « Cette sensation si » ?

Si agréable ! Voilà, le mot est lâché ! Si agréable ! Vous avez parfaitement raison, mon ami, il ne peut s’agir que de diableries ! Dieu merci, dans le lit conjugal, vous ne m’avez jamais entraînée sur cette pente fatale ! Je vous en remercie à genoux ! Je reboutonnais mon chemisier, quand fut annoncé le montant de la rançon pour ma jupe… Hélas, je ne pourrais vous mimer la situation puisque vous êtes seul et, en fervent catholique, ignorant de ces honteuses pratiques. Dois-je poursuivre mon récit ?

Poursuivez, Madame, poursuivez !

« La jupe en deux morceaux, deux beaux mâles… on devrait pouvoir trouver un compromis, Madame je me prélasse à poil au soleil… et comme on dit “Compromis, chose due” ! » Comment aurais-je pu soupçonner un calembour ? Saviez-vous que les gens de cette esp… de ce milieu nomment la… des femmes par ces trois lettres, C, O, N ? Pour ma part, je l’ignorais tout à fait. Obéissant aux consignes que me donnait ce… vulgaire paysan… Vous me connaissez, mon ami, vous savez que quelle que soit la consigne, je m’y soumets et l’applique avec rigueur et discipline…

L’obéissance faite femme, en effet.

Vous me semblez d’humeur chafouine, mon ami, seriez-vous contrarié par mon récit ?

Que nenni ! J’attends la suite, voilà tout !

Ne m’interrompez pas à tout propos, dans ce cas ! Oh ! De vous être fait crier dessus semble avoir ravivé votre vigueur ! Je dus donc me mettre à quatre pattes, dans cette ruine que l’on nomme « le château ». Moi, Madame l’épouse du troisième adjoint au maire, j’ai dû me mettre à quatre pattes, comme une bête et le centaure m’a envahie, oui, mon ami, envahie ! Mon corps était plein de ce membre énorme. Je poussais de petits cris qui devaient incommoder l’odieux paysan, puisqu’il me fourra son… appendice dans la bouche « Allez, suce ma ***, ma coquine, pendant que mon collègue fourre ta petite chatte ! Et quand il aura fini, je viendrais pour la deuxième couche, les finitions ! » Mon ventre se contractait, ma salive affluait et cette vague… cette vague chaude et agréable qui m’envahissait à son tour… Le centaure ouvrit enfin la bouche pour prononcer ces quelques mots « Ô, pute vierge, elle va pas tarder à venir, je te laisse la place, à toi l’honneur, collègue ! » Le paysan prit la place de son “collègue”, mais exigea que je me cambrasse davantage. Il écarta mes fesses et s’exclama « Boudiou ! Mais t’as encore le cul cacheté ? ! Fallait me le dire avant, on y aurait remédié ! On n’a plus le temps pour ça… faudra revenir une autre fois, que je te fasse sauter les scellés ! Boudiou ! Ta chatte est humide et bouillante comme un bon café ! » Mon ami, ce paysan aime le café bouilli ! Ça vous classe un homme, ne trouvez-vous pas ? Je priais pendant qu’il me… et le Seigneur m’est apparu ! C’est là que j’ai perdu pied… Jusque-là, j’étais parvenue à garder une certaine contenance, mais les va-et-vient du paysan, qui prenait plaisir à titiller mon fondement d’un doigt humide, en me promettant de nouvelles réjouissances s’il me prenait l’envie d’un autre bain de soleil… et le centaure qui caressait son énorme… Alors, oui ! Oui ! Oh oui, j’ai défailli… Le paysan me mit une claque sur les fesses, comme on offre la liberté à une brebis entravée, en se disant ravi de s’être « vidé les couilles dans ta belle petite chatte » quant au centaure… Ce n’est pas humain, je vous l’assure ! Je me suis vue périr noyée dans tout ce sp… cette semence ! Le paysan me rendit ma jupe, le centaure m’essuya le corps avec ma culotte que les deux gredins emportèrent avec eux en me promettant de me la restituer dans la journée. Comment aurais-je pu imaginer qu’ils la cacheraient dans la poche de votre veston ? Ils vont m’entendre, ces deux-là !

Comment, Madame ? Avez-vous l’intention de les revoir ?

Les revoir… je ne dirais pas ça… mais… la fougue de cet animal a dû avoir raison du fermoir de ma gourmette… de cette gourmette si chère à mon cœur… elle a dû tomber au milieu des ruines… il me faut bien y retourner pour tenter de la retrouver…

Votre gourmette ? Mais n’est-elle pas posée sur votre coiffeuse ? Il me semble la voir près de votre coffret à bijoux…

Mais non, mon ami ! Il s’agit d’une autre… plus ancienne… que je n’ai pas encore eu l’occasion de vous montrer…

J’aurais tant de souvenirs à te raconter, mais ma lettre est déjà bien trop longue, c’est pourquoi je ne m’étendrai pas davantage aujourd’hui, mais si tu le souhaites, ce dont je ne doute guère, je t’en dirai plus la prochaine fois ! Je t’embrasse très très fort,

Sylvie “la Fiancée”

– Il me semble percevoir une pointe d’ironie dans votre propos… me trompe-je ? (dessin de Tom Pouton)

Lettre n° 10