Bonheurs des jours, confidences épistolaires – Objet : Au théâtre ce soir

Le 28 février 2019

Mon petit Lucas,

Comme je te le proposais et puisque tu souhaites en savoir un peu plus, je vais aborder le versant culturel de la Confrérie du Bouton d’Or.

Jimmy a toujours voulu préserver son mas de la présence d’enfants. Il avait décidé qu’il n’en aurait pas et voulait pouvoir vivre chez lui exactement comme il en avait envie sans avoir à se poser la moindre question. Il aimait recevoir ses amis, organiser des fêtes sans avoir à se préoccuper d’attendre une heure convenable pour s’autoriser quelques inconvenances…

Il ignore tout de ses origines. Comme tu le sais, c’est un enfant né sous X, d’une jeune fille qui disait avoir conçu ce bébé avec un soldat britannique et que c’était pour cette raison qu’elle avait voulu le prénommer Jimmy. Ne sachant pas d’où il venait, il voulait être maître de là où il irait. Le mas semble avoir été construit pour qu’il y habite ! Avant même d’en être le propriétaire, il savait qu’il le serait un jour et comment il aménagerait son domaine. Il a tout de suite eu l’idée de cette salle de spectacle, a demandé conseil auprès de Valentino pour monter une scène “un peu plus sérieuse qu’une simple estrade !” et qu’il lui dit, sous le seau du secret, son intention d’offrir un spectacle en hommage aux fondateurs de la Confrérie, dès que la salle pourrait l’accueillir à hauteur de notre respect. Laisse-moi te raconter cette première représentation.

D’après une illustration de Fredillo

Jimmy avait convié tous les membres à une soirée exceptionnelle dans sa toute nouvelle salle des fêtes. Il avait reconstitué une sorte de salle de cabaret telles qu’on peut les voir sur les toiles de Toulouse-Lautrec, avec des guéridons, des chaises bistrot, sur chaque guéridon des verres, une carafe d’eau, une de vin, du pain, de l’ail, de l’huile d’olive, des anchois, quelques fruits confits, mais surtout le programme de la soirée.

Si l’on excepte Valentino « Maurice », aucun des membres fondateurs ne s’attendait à ce qui allait suivre. Quant à notre génération, si nous connaissions l’idée de l’hommage, nous ignorions sous quelle forme il serait rendu. Contre les murs de la salle, deux sofas se faisaient face, un large lit, quelques fauteuils, mais surtout cette scène digne d’un véritable théâtre ! Au fond de la scène, habilement masquée, une double porte permet d’accéder à la pièce qui tient tant de la réserve que de loges. Quand nous fûmes tous installés, il se leva, monta sur la scène et expliqua.

– Mesdames, Messieurs les fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, puisque vous m’avez jugé digne d’en assurer la descendance, puisque les lieux me le permettaient, j’ai voulu vous offrir la primeur du genre de spectacles que je compte y donner. Puisque je sais votre goût pour l’observation de nos galipettes, puisque je sais votre goût pour le théâtre, les costumes et les saynètes érotiques, puisque Bouton d’Or nous en a laissé le récit, nous vous proposons, ce soir, de vous interpréter « L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’imagination » d’après ses souvenirs.

Avant de venir nous rejoindre, il ouvrit, avec l’aide du Balafré, le rideau qui masquait la scène. Jimmy avait vraiment pensé à tout. Le décor sobre, mais suffisant nous projetait dans la maison de la rue Basse dans les années 1920, telle que nous nous l’imaginions : un vieux divan, quatre chaises, un guéridon, une grande malle de voyage. Alain, Monique, Cathy et Christian firent leur entrée sous nos exclamations de surprise admirative.

Alain avait plaqué ses beaux cheveux avec du Pento, il portait un postiche, la réplique exacte de la moustache de Toine, il avait fait pousser suffisamment sa barbe pour avoir l’allure de son personnage. Monique, vêtue d’une robe bleue, toute simple, portait une longue perruque blonde, la ressemblance avec Rosalie était frappante. Cathy portait une robe “folklorique” comme on commençait à en trouver un peu partout sur les marchés, ses longs cheveux bruns remontés dans un chignon un peu fou, sa ressemblance avec Nathalie était plus que frappante, elle était troublante, réellement troublante. Christian portait une fausse barbe et une fausse moustache, je me souviens surtout de son rire nerveux qu’il essayait de calmer en nous tournant le dos.

Tous les regards de la jeune génération se tournèrent en direction des fondateurs. Ils ouvraient des yeux émerveillés et s’interrogeaient du regard, comme s’ils en ressentaient le besoin. Non, ils ne rêvaient pas ! Oui, c’était bien un de leurs souvenirs que leurs descendants allaient jouer devant eux ! Il me fallut entendre le raclement de gorge de Monique pour prendre conscience du bruit qui régnait, ce brouhaha indescriptible composé de murmures, de chaises qu’on déplace légèrement pour mieux jouir du spectacle, d’un verre qu’on repose un peu trop bruyamment. Elle ferma les yeux, prit une profonde inspiration et marmonna « C’est parti ! » autant pour elle-même que pour ses partenaires.

Monique ouvrit la malle, Alain, Christian et Cathy se penchèrent au-dessus et en vidèrent le contenu en s’apostrophant joyeusement.

– Marie-Louise a été ben généreuse de m’offrir toutes ces merveilles !

– À ton avis, qui a joué le rôle du chasseur ?

– J’en sais rin !

Alain et Monique mettaient beaucoup de conviction dans leur jeu, cependant quelque chose clochait, mais j’aurais été incapable de dire quoi, si je n’avais constaté cette même surprise parmi le public et si Martial ne s’était pas penché vers moi pour me demander « Pourquoi imite-t-elle mon père ? ». Parmi les talents dont les fées ont omis de doter Monique, il y a celui de l’imitation. Rosalie roulait les r comme la paysanne normande qu’elle était ; Monique, en vraie parisienne, raclait les siens comme il se doit. Heureusement que très vite, prise dans le feu de l’action, elle abandonna sa piètre imitation. Alain enfila la veste, sortit une feuille pliée en quatre d’une des poches.

–  Qui, parmi vous croit aux coïncidences ?

Ils se regardèrent les uns les autres en faisant non de la tête. Alain tint la feuille exagérément loin de son visage, le bras tendu devant lui, l’autre main, faisant de grands moulinets.

– Fées, répandez partout la rosée sacrée des champs ; et bénissez chaque chambre, en remplissant ce palais de la paix la plus douce !

–  Des fois, j’y crois un peu… aux coïncidences… parce que des fois… je ne m’explique pas tout… mais comme tu n’y crois pas, alors je préfère ne pas y croire, mais…

–  Que me dis-tu là, Pitchounette ?

–  Comme tu n’y crois pas… je me dis que tu dois avoir raison…

–  Mais que tu y croies ou que tu n’y croies pas, ça ne changera pas l’amour que je te porte, ma Pitchounette ! Comment puis-je défendre la liberté de penser si je t’impose la mienne ? !

–  Je ne sais pas… mais si tu n’y crois pas… tu es plus savant que moi… Mais des fois… tu vois, il y a des choses que je ne m’explique pas… alors, je me dis que c’est… le destin… ou… Comment tu dirais, toi, pour ces mots que tu as trouvés justement aujourd’hui ? Comment tu dirais ?

–  Je ne sais pas ! Une chance ! La chance de sentir, là… tout au fond de moi à quel point je t’aime ! La chance de tenter de te convaincre de ne pas renier celle que tu es pour me plaire, parce que tu me plais telle que tu es, Pitchounette… telle que tu es… C’est toi que j’aime, toi, Nathalie, la femme que tu es, je ne veux pas d’un tas de glaise que je modèlerais à ma guise… Je veux que tu… Oh… je t’aime, ma Nathalie, je t’aime !

Christian tenait Monique serrée dans ses bras.

–  Je t’aime tout autant qu’il l’aime, tu sais…

Chacun à une extrémité de la scène, Alain et Christian refermèrent le rideau quelques instants. Le temps de se préparer pour le tableau suivant. Quand il se rouvrit, ils étaient assis sur le canapé. Alain relut le quatrain.

–  Fées, répandez partout la rosée sacrée des champs ; et bénissez chaque chambre, en remplissant ce palais de la paix la plus douce !

–  Tu peux le redire encore, Toinou ? Je trouve ça très beau !

–  Oui, c’est vrai, c’est très beau ! C’est une pièce de théâtre, un opéra ou un poème ?

–  C’est tiré du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare…

Christian, Monique et Cathy se regardèrent, perplexes.

–  Vous ne connaissez pas Shakespeare ?

Tous les membres de la Confrérie du Bouton d’Or connaissaient la différence de classe sociale entre les différents comparses, Alain n’eut qu’à dire naturellement les mots de Toine.

–  Roméo et Juliette… vous connaissez ? C’est de lui, c’est de Shakespeare…

–  Comment tu dis qu’on dit, Toine ? « Shakespeare » ? Je croyais que ça se disait…

–  Tu croyais que ça se disait… ?

–  Il y a quelques semaines, ton père a reçu une malle pleine de vieux livres et il m’a demandé de les ranger à côté des romans de la bibliothèque municipale. J’ai ben vu qu’il y avait plusieurs pièces de théâtre, dont « Roméo et Juliette », mais je croyais que ça se disait…

–  Tu croyais que ça se disait… ?

–  Je te préviens, si tu te moques de moi… je te préviens ! Si tu ris… gare à toi !

–  Promis !

–  Je croyais qu’on disait « Chat qu’espère »… t’avais promis, Toine ! T’avais promis…

–  Je ne me moque pas, mais… « Chat qu’espère »… c’est… tu sais c’est très poétique, Bouton d’Or…

Monique fit la moue, Cathy prenant la défense de son amie, claironna.

–  Pour ta peine, on va t’attacher à une chaise et tu devras regarder tes trois couillons préférés se donner du plaisir… hein qu’on va faire ça ?

Christian approuva vigoureusement de la tête, tandis qu’Alain joua le dépit. Le temps que les trois autres trouvent les cordes pour le ficeler, Alain était dévêtu, malheureusement, le trac l’empêchait de bander comme il aurait fallu. On pouvait voir la panique commencer à le gagner, mais avant que ça ne tourne à la mauvaise farce, en silence, ils se regardèrent et se sourirent. Fin de la panne !

–  Ho gari ! T’as pas trop l’air de la redouter ta punition !

–  Attache-le donc à la chaise pendant que Nathalie et moi nous changeons… et mets cette tenue, nous revenons tout de suite !

Monique et Cathy refermèrent le rideau. On entendait les bruissements des coulisses puis le son caractéristique du bras d’un tourne-disque tombant sur la galette de vinyle. Les notes de “Nuits de Chine” retentirent. À la fin de la chanson, on entendit le rire d’Alain « T’aurais pu faire semblant de serrer les liens, gari ! » et Christian tout en marmonnant qu’il avait l’air couillon attifé comme ça, ouvrit le rideau comme s’il ignorait notre présence.

Cathy fit son entrée, telle que décrite dans le récit de Rosalie, vêtue de la robe de bergère d’opérette qui avait tant plu à Nathalie un demi-siècle plus tôt. Un “Oooh !” de surprise admirative emplit la salle. Je regardai Madame qui m’indiqua d’un mouvement du menton de tourner plutôt mon regard vers les vieux. Nathalie, Neuneuille et Barjaco avaient la bouche grande ouverte, Nathalie semblait psalmodier son étonnement. Rosalie posa sa main sur la sienne, elles se sourirent. Valentino restait impavide, il n’était pas moins surpris que ses amis, mais il savait mieux le masquer.

–  Hé, monsieur le chasseur ! Vous me voyez bien dans l’embarras… Je dois mener mon troup…

Cathy, les poings sur ses hanches, s’interrompit pour tancer “le Toine” « Descessa de rire, Toinou ! »

« C’est comme ça ! Oui, c’est comme ça que j’ai fait ! » Nathalie nous désignait Cathy de son index, excitée et ravie comme une enfant.

–  … je dois mener mon troupeau et j’ai perdu ma badine… Ah… si seulement une bonne fée venait à passer par là…

Je souriais, observant Rosalie guetter l’entrée en scène de Monique, qui fit un petit pas sauté, ouvrant les bras comme le faisaient les enfants lors des spectacles de fin d’année.

–  Ai-je bien entendu ? Une bergère m’aurait appelée à son secours ? Mais, petite étourdie, qu’as-tu fait de ta badine ?

–  Je l’ai égarée, Madame la Fée… sauriez-vous la retrouver ?

–  Hélas… je ne le puis, mais si tu suis mon conseil, tu en feras apparaître une autre…

Tout en faisant semblant de lui chuchoter un secret à l’oreille, tout en l’aidant à dénouer son corsage, tout en faisant mine de vouloir faire pigeonner la magnifique poitrine de Cathy, Monique la caressait avec un plaisir non dissimulé.

–  Voilà qui est fait ! Que cette journée te soit douce, jolie bergère !

Cathy fit semblant de chercher du regard…

–  Mais… bonne Fée… je ne la vois point !

–  Ouvre grands tes yeux, jolie bergère et regarde !

Déboutonnant Christian, lui arrachant presque ce pantalon ridicule, Monique désigna son sexe gonflé, tendu, dressé. Cathy, jouant la surprise, s’approcha de lui, s’agenouilla, le caressa du bout des doigts, comme si elle le découvrait.

–  Mais quelle étrange badine… si douce… si chaude… comme vivante… je n’en ai point vu de semblable de toute ma vie ! Quelle étrange badine…

–  Jolie bergère, apprends que l’on doit la nommer…

–  Que l’on doit la nommer ?

–  Que l’on doit la nommer « verge »

–  Comment l’appelez-vous ? « Vierge » ?

–  Mais non ! « VERGE » ! Et regarde, jolie bergère, ces deux jolis fruits ne sont point des grelots, il faut les dorloter, les caresser, en prendre grand soin, sinon la verge se brisera.

–  Oh, ce serait tellement dommage…

Nous regardions Monique et Cathy caresser le sexe de Christian qui avait fermé les yeux et respirait profondément. Pour ma part, j’étais fascinée par les mouvements incontrôlés de ses doigts. Un éclat lumineux me fait tourner les yeux vers Alain qui ne perdait pas une miette du spectacle et souriait à pleines dents. Se sentant observé, il me jeta un bref coup d’œil avant de reprendre son sérieux. Avant de tenter de reprendre son sérieux, devrais-je écrire…

Barjaco s’agitait sur sa chaise « Boudiou ! Si j’avais suj’aurais ramené mes lunettes Qué malheur ! ». Le Bavard lui tapota l’épaule en les lui tendant « Oh, merci, mon petit ! Brave petit ! »

–  Oh ! Regardez, madame la Fée, la verge a du chagrin…

–  Jolie bergère, elle n’a pas de chagrin, c’est sa façon de réclamer le baiser auquel elle a droit… regarde, il faut l’apaiser ainsi…

Du bout de ses lèvres, Monique taquina le gland de Christian. Cathy la rejoignit dans ce baiser, leurs langues, visibles de tout un chacun, dansaient ensemble un tango sensuel. Christian lança la couronne de fleurs qui ornait le front de Monique. La couronne atterrit sur les genoux d’Alain qui éclata de rire.

–  Ce n’est pas amusant, monsieur le captif ! Cessez donc de rire !

–  Mais je ne ris pas, madame la Fée, je ne faisais que sourire…

Le traitant de menteur, elle gifla ses cuisses de la couronne qui se délita un peu plus à chaque coup porté. Les fleurs parsemaient le sol, ses cuisses, telle une furie, elle se servit des longs cheveux de sa perruque pour le souffleter.

–  Viens par ici, jolie bergère, que je t’apprenne un nouveau mot.

Cathy vint rejoindre Monique qui lui désigna le sexe d’Alain, elle fit mine d’être surprise, un peu effarouchée par sa taille. Franchement, qui ne l’aurait pas connue aurait réellement pu croire qu’elle n’avait jamais vu de bite auparavant.

– Regarde, jolie bergère, touche celle-ci, sens-tu comme elle est ferme et dure sous la main ? Serre mieux ta main autour, n’aie crainte ! Vois-tu, quand une badine a cette apparence, on ne la nomme ni « badine », ni « verge », mais on l’appelle « houssine » et ne va pas t’en servir pour mener ton troupeau, elle est bien trop dure et bien trop effrayante pour de craintives brebis…

–  Mais que fait-on quand on la rencontre ?

–  On la masque à la vue du troupeau !

Monique s’empala d’un coup sec, elle ne put réprimer ce cri du cœur« Oh, putain, c’que c’est bon ! » qui la faisait sortir de son rôle et nous fit éclater de rire. Elle allait et venait au rythme des commentaires de Cathy « Je la vois ! Oh ! Je la vois plus ! Oh ! Coucou ! Je la revois ! Oh ! Elle a disparu ! »

– Je croyais que nous devions le punir… à ce tarif-là, je veux bien être puni, moi aussi !

– Mais où avais-je la tête ? Tu as raison, mon Pierrot, laissons le moqueur à sa moquerie !

Christian, allongé sur le sol, ferma les yeux quand, au ralenti, Cathy le fit entrer en elle. Elle se pencha pour qu’il puisse lui caresser sa magnifique poitrine comme ils aimaient qu’il le fasse.

–  Dites-moi, madame la bonne fée… ooohh… bonne fée… puis-je jouer à faire disparaître et réapparaître la verge comme vous le fîtes de la houssine ?

–  Mais bien entendu, jolie bergère ! Bien entendu ! Goûtez-vous le spectacle, monsieur le moqueur ? Ou dois-je…

Monique entrouvrit les pans de sa tenue de fée, dévoilant la blondeur de sa toison au regard d’Alain.

–  Entravé comme je suis, je ne peux rien faire pour soulager ma bandaison… et de vous espichouna tous les trois… Oh, par pitié, délivrez-moi, avant que je ne périsse de douleur !

Après nous avoir montré tout leur talent en la matière, Christian, Monique et Cathy consentirent à le libérer. Il se précipita vers Monique, qu’il installa sur le divan « un coup pour la fée » il sortit aussitôt, attrapa Cathy, la pénétra à son tour « un coup pour la bergère », avant de recommencer « un coup pour la fée ».

Nous les regardions, guettant la montée de leur plaisir, quand Jimmy et le Balafré se levèrent pour tirer le rideau sous les murmures déçus de l’assistance. Jimmy courut vers une table au fond de la salle. Personne n’avait remarqué le projecteur diapo qu’il alluma. Après quelques instants, le rideau sembla bouger un peu. C’était le signal convenu. Jimmy projeta une image, puis une autre tandis que derrière le rideau, s’élevait la voix de Monique.

–  Ce dimanche-là, comme cela arrivait de plus en plus souvent, Pierrot passa la nuit avec moi, nous riions encore, ivres du bonheur de cette journée, quand le sommeil nous prit. Le lendemain, sur la table qui me servait de bureau, je trouvai un recueil de pièces de Shakespeare. Toine était allé à la mairie, à tout hasard et y avait trouvé cet exemplaire. En guise de marque-page, une carte sur laquelle il avait dessiné une bergère pensive, qui ressemblait fort à Nathalie, sous son dessin, pour toute légende « Il y a des choses que je ne m’explique pas ». Je souriais et en tournant la carte, cet autre dessin sans aucune légende, puisqu’elle eut été inutile, un petit chat songeur, qui semblait attendre on ne sait quoi. De cette première lecture, que je fis dès le mardi soir, je me souviens avoir noté dans mon journal intime, cette citation qui nous ressemblait tant « Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants, et l’imagination si fertile qu’ils perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. »

Nous étions en train d’applaudir à tout rompre, Monique, Cathy, Christian et Alain, qui étaient repassés devant le rideau pour nous saluer, quand ce dernier voulut faire un trait d’humour.

Si ça ne vous dérange pas… j’aurais un truc à finir (en effet, son érection était… impressionnante !)… laquelle de ces dames serait intéressée ?

Sans s’être concertées, Rosalie et Nathalie levèrent le doigt « Moi ! Moi ! Moi ! » avant d’éclater de rire en se moquant de l’air ahuri d’Alain, qui se demanda pendant une fraction de seconde si elles ne se querellaient pas “pour de vrai”.

Les membres fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, félicitaient les acteurs de la soirée, apportant leurs commentaires, des précisions que nous ignorions encore, comme, par exemple, le souffle légèrement nasillard de Toine au comble de l’excitation. Nous pressentions déjà que la soirée allait se finir en orgie, ce fut Madame qui en donna le la. Elle s’approcha d’Alain, regarda son sexe dressé, dans son regard brûlait une impressionnante flamme de désir.

–  Je ne peux pas te laisser dans cet état, et puisqu’il faut en passer par là…

Elle lui caressait les bourses, tout en lui demandant de la déshabiller et en lorgnant sur le grand lit. Elle pria ensuite son époux de les accompagner afin qu’il lui donne de bons conseils quant à la manière de soulager ce malheureux.

C’est au cours d’un de ces fameux spectacles que Madame et le Notaire nous jouèrent la saynète dont je t’ai parlé dans ma précédente lettre. Nous aimions tellement les voir l’interpréter que nous la réclamions régulièrement. Un soir, ce devait être la troisième fois qu’ils jouaient « La promenade de Madame », le Bavard interrompit la scène. « Mais ce ne sont que des calomnies ! Je n’ai jamais tenu de tels propos et cette créa… cette… femme… » ce qui surprit tout le monde, y compris Madame et le Notaire. Que nous avons ri quand il entreprit de nous raconter sa version de l’histoire, et comme Madame était resplendissante ! Nous raffolions de la version du Bavard, mais depuis toutes ces années, cette tête de mule n’a jamais voulu nous prévenir de son intervention. Nous ne savons jamais à l’avance s’il va se joindre au show ou s’il se contentera d’en être que le spectateur attentif.

Je joins à cette longue lettre, une photo prise par Roger pendant une de nos représentations théâtrales et je te confirme ce que je pressentais, Jimmy serait bien évidemment ravi de te recevoir dans son mas à ton prochain séjour parmi nous et même de t’en laisser la jouissance avec ta petite bande si vous le désiriez.

Je t’envoie mille baisers,

Sylvie, la Fiancée

Lettre n° 11

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