Comme je te l’ai
expliqué, je lis mes lettres aux membres de la Confrérie du Bouton
d’Or avant de te les adresser. Jusqu’à présent, j’incorporais
leurs remarques dans la version 2.0 que je t’envoyais, mais puisque
tu préfères que je te note les précisions de chaque membre, je
m’exécute !
Monique trouve très
juste ma remarque concernant ses dons d’imitatrice. Elle a cru bon
d’ajouter que ça nous faisait un point commun supplémentaire.
J’ai haussé les épaules en lui répondant avec mon meilleur
accent provençal « Tu déparles, Mounico, vé
comme… » Alain a fait semblant de cocher une
liste, genre “nombre de points communs +1”.
Christian m’a
demandé d’insister sur l’état de nervosité que les mouvements
incontrôlés de ses doigts trahissaient. Il voulait que je te
précise les raisons de son émoi. Il était présentement devant sa
grand-mère (Nathalie), en train de se faire sucer par la
petite-fille (Monique) et devant elle, de la femme (Rosalie) dont il
interprétait le rôle du mari (Pierrot) ! J’avoue, on serait
perturbé à moins. N’empêche ses doigts… ! Quelle femme ne
rêverait pas d’être la cause d’une telle agitation ?
Le Bavard
nous a fait tout un numéro pour me demander d’ajouter deux
commentaires.
Il n’est pas une
tête de mule MÊME S’IL est monté comme un bourricot. Si ça peut
lui faire plaisir… !
Pour l’autre
remarque, laisse-moi te décrire la scène.
– Hé les starlettes du tapis rouge, quand vous aurez fini de vous la jouer “50 minutes inside”… Avec Madame, on se disait…
Alain : Avec Madame ?
– Hé vé, vouais, justement, môssieur l’enculeur de mouches à tête fraisée, justement ! C’est pour pas troubler vos vieilles oreilles en faisant interférence que je lui occupais la bouche à Madame ! Té… dis-leur que… ô put… non ! Leur dis rien… ta bouche me manque déjà… ! Dis donc, le Notaire, tu trouves pas qu’elle suce de mieux en mieux, ta petite femme ? Boudiou ! Plus que quelques décennies et elle sucera peut-être aussi bien que celles-là ! Descessa de rire, Madame ! Tu vas finir par me la mordre !
Reprenant son sérieux, il me fit remarquer que les rideaux semblaient souvent s’ouvrir ou se refermer comme par magie et que j’avais oublié de préciser que Jimmy et le Balafré avaient été les metteurs en scène, les techniciens de plateau et les régisseurs de cette première d’Au théâtre ce soir à notre façon.
Alain
a alors eu l’idée
d’en
faire l’objet
de cette lettre
et de te préciser que c’était
le titre d’une
émission de théâtre, de vaudeville la plupart du temps.
Une fois par mois, les
téléspectateurs pouvaient suivre la retransmission d’une
pièce, de qualité très inégale, malheureusement.
Ce
qui était quasi immuable, c’était
la formule « Les
décors sont
de Roger Harth
et les costumes de Donald Cardwell ».
Nous
avons ri en l’évoquant
et Joseph nous a fait remarquer qu’étonnamment,
tous les français ou
presque connaissaient leur nom, alors que personne ou presque
n’aurait
été capable de les reconnaître en les croisant dans la rue. La
célébrité anonyme !
Le summum du luxe !
Quand
elle eut fini de s’occuper
la bouche, Madame
voulut que je corrige un passage. Elle affirme que dans
son regard ne
brûlait
pas
une
flamme de désir,
mais qu’elle
se demandait si elle aurait assez d’ardeur
pour abréger le supplice de cet homme dont
le seul crime avait été
d’avoir
voulu partager un peu de son savoir avec des êtres chers. Dont acte,
comme on dit !
Jimmy
aimerait que je te parle, dans une prochaine lettre, de la relation
très particulière
que nous entretenons, lui et moi. Je n’y
manquerai pas.
Le
Notaire
et Cathy étaient trop occupés pour émettre le moindre avis. Leurs
gestes étaient si lents qu’on
aurait pu les croire endormis au beau milieu d’une
étreinte.
L’évocation
de cette représentation a réveillé chez Martial et Monique ce que
nous nommons, avec la plus parfaite mauvaise foi, leur perversion.
Ils se sont isolés pour une lecture à deux voix et à deux corps
d’une
tragédie. Il n’a
donc fait aucune remarque.
Le
Balafré n’a
émis aucune réserve.« Tout
était parfait. Comme d’habitude.
À ton image ! ».
Il était vautré plus qu’assis
dans un large fauteuil en cuir. Les fées ont offert au Balafré
le don de me précipiter dans ses bras quand il me sourit d’une
certaine façon. J’ai
donc posé mon stylo pour le rejoindre.
Comme je te le proposais et puisque tu souhaites en savoir un peu plus, je vais aborder le versant culturel de la Confrérie du Bouton d’Or.
Jimmy a toujours voulu préserver son mas de la présence d’enfants. Il avait décidé qu’il n’en aurait pas et voulait pouvoir vivre chez lui exactement comme il en avait envie sans avoir à se poser la moindre question. Il aimait recevoir ses amis, organiser des fêtes sans avoir à se préoccuper d’attendre une heure convenable pour s’autoriser quelques inconvenances…
Il ignore tout de ses origines. Comme tu le sais, c’est un enfant né sous X, d’une jeune fille qui disait avoir conçu ce bébé avec un soldat britannique et que c’était pour cette raison qu’elle avait voulu le prénommer Jimmy. Ne sachant pas d’où il venait, il voulait être maître de là où il irait. Le mas semble avoir été construit pour qu’il y habite ! Avant même d’en être le propriétaire, il savait qu’il le serait un jour et comment il aménagerait son domaine. Il a tout de suite eu l’idée de cette salle de spectacle, a demandé conseil auprès de Valentino pour monter une scène “un peu plus sérieuse qu’une simple estrade !” et qu’il lui dit, sous le seau du secret, son intention d’offrir un spectacle en hommage aux fondateurs de la Confrérie, dès que la salle pourrait l’accueillir à hauteur de notre respect. Laisse-moi te raconter cette première représentation.
D’après une illustration de Fredillo
Jimmy avait convié tous les membres à une soirée exceptionnelle dans sa toute nouvelle salle des fêtes. Il avait reconstitué une sorte de salle de cabaret telles qu’on peut les voir sur les toiles de Toulouse-Lautrec, avec des guéridons, des chaises bistrot, sur chaque guéridon des verres, une carafe d’eau, une de vin, du pain, de l’ail, de l’huile d’olive, des anchois, quelques fruits confits, mais surtout le programme de la soirée.
Si l’on excepte Valentino « Maurice », aucun des membres fondateurs ne s’attendait à ce qui allait suivre. Quant à notre génération, si nous connaissions l’idée de l’hommage, nous ignorions sous quelle forme il serait rendu. Contre les murs de la salle, deux sofas se faisaient face, un large lit, quelques fauteuils, mais surtout cette scène digne d’un véritable théâtre ! Au fond de la scène, habilement masquée, une double porte permet d’accéder à la pièce qui tient tant de la réserve que de loges. Quand nous fûmes tous installés, il se leva, monta sur la scène et expliqua.
– Mesdames, Messieurs les fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, puisque vous m’avez jugé digne d’en assurer la descendance, puisque les lieux me le permettaient, j’ai voulu vous offrir la primeur du genre de spectacles que je compte y donner. Puisque je sais votre goût pour l’observation de nos galipettes, puisque je sais votre goût pour le théâtre, les costumes et les saynètes érotiques, puisque Bouton d’Or nous en a laissé le récit, nous vous proposons, ce soir, de vous interpréter « L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’imagination » d’après ses souvenirs.
Avant de venir nous rejoindre, il ouvrit, avec l’aide du Balafré, le rideau qui masquait la scène. Jimmy avait vraiment pensé à tout. Le décor sobre, mais suffisant nous projetait dans la maison de la rue Basse dans les années 1920, telle que nous nous l’imaginions : un vieux divan, quatre chaises, un guéridon, une grande malle de voyage. Alain, Monique, Cathy et Christian firent leur entrée sous nos exclamations de surprise admirative.
Alain avait plaqué ses beaux cheveux avec du Pento, il portait un postiche, la réplique exacte de la moustache de Toine, il avait fait pousser suffisamment sa barbe pour avoir l’allure de son personnage. Monique, vêtue d’une robe bleue, toute simple, portait une longue perruque blonde, la ressemblance avec Rosalie était frappante. Cathy portait une robe “folklorique” comme on commençait à en trouver un peu partout sur les marchés, ses longs cheveux bruns remontés dans un chignon un peu fou, sa ressemblance avec Nathalie était plus que frappante, elle était troublante, réellement troublante. Christian portait une fausse barbe et une fausse moustache, je me souviens surtout de son rire nerveux qu’il essayait de calmer en nous tournant le dos.
Tous les regards de la jeune génération se tournèrent en direction des fondateurs. Ils ouvraient des yeux émerveillés et s’interrogeaient du regard, comme s’ils en ressentaient le besoin. Non, ils ne rêvaient pas ! Oui, c’était bien un de leurs souvenirs que leurs descendants allaient jouer devant eux ! Il me fallut entendre le raclement de gorge de Monique pour prendre conscience du bruit qui régnait, ce brouhaha indescriptible composé de murmures, de chaises qu’on déplace légèrement pour mieux jouir du spectacle, d’un verre qu’on repose un peu trop bruyamment. Elle ferma les yeux, prit une profonde inspiration et marmonna « C’est parti ! » autant pour elle-même que pour ses partenaires.
Monique ouvrit la malle, Alain, Christian et Cathy se penchèrent au-dessus et en vidèrent le contenu en s’apostrophant joyeusement.
– Marie-Louise a été ben généreuse de m’offrir toutes ces merveilles !
– À ton avis, qui a joué le rôle du chasseur ?
– J’en sais rin !
Alain et Monique mettaient beaucoup de conviction dans leur jeu, cependant quelque chose clochait, mais j’aurais été incapable de dire quoi, si je n’avais constaté cette même surprise parmi le public et si Martial ne s’était pas penché vers moi pour me demander « Pourquoi imite-t-elle mon père ? ». Parmi les talents dont les fées ont omis de doter Monique, il y a celui de l’imitation. Rosalie roulait les r comme la paysanne normande qu’elle était ; Monique, en vraie parisienne, raclait les siens comme il se doit. Heureusement que très vite, prise dans le feu de l’action, elle abandonna sa piètre imitation. Alain enfila la veste, sortit une feuille pliée en quatre d’une des poches.
– Qui, parmi vous croit aux coïncidences ?
Ils se regardèrent les uns les autres en faisant non de la tête. Alain tint la feuille exagérément loin de son visage, le bras tendu devant lui, l’autre main, faisant de grands moulinets.
– Fées, répandez partout la rosée sacrée des champs ; et bénissez chaque chambre, en remplissant ce palais de la paix la plus douce !
– Des fois, j’y crois un peu… aux coïncidences… parce que des fois… je ne m’explique pas tout… mais comme tu n’y crois pas, alors je préfère ne pas y croire, mais…
– Que me dis-tu là, Pitchounette ?
– Comme tu n’y crois pas… je me dis que tu dois avoir raison…
– Mais que tu y croies ou que tu n’y croies pas, ça ne changera pas l’amour que je te porte, ma Pitchounette ! Comment puis-je défendre la liberté de penser si je t’impose la mienne ? !
– Je ne sais pas… mais si tu n’y crois pas… tu es plus savant que moi… Mais des fois… tu vois, il y a des choses que je ne m’explique pas… alors, je me dis que c’est… le destin… ou… Comment tu dirais, toi, pour ces mots que tu as trouvés justement aujourd’hui ? Comment tu dirais ?
– Je ne sais pas ! Une chance ! La chance de sentir, là… tout au fond de moi à quel point je t’aime ! La chance de tenter de te convaincre de ne pas renier celle que tu es pour me plaire, parce que tu me plais telle que tu es, Pitchounette… telle que tu es… C’est toi que j’aime, toi, Nathalie, la femme que tu es, je ne veux pas d’un tas de glaise que je modèlerais à ma guise… Je veux que tu… Oh… je t’aime, ma Nathalie, je t’aime !
Christian tenait Monique serrée dans ses bras.
– Je t’aime tout autant qu’il l’aime, tu sais…
Chacun à une extrémité de la scène, Alain et Christian refermèrent le rideau quelques instants. Le temps de se préparer pour le tableau suivant. Quand il se rouvrit, ils étaient assis sur le canapé. Alain relut le quatrain.
– Fées, répandez partout la rosée sacrée des champs ; et bénissez chaque chambre, en remplissant ce palais de la paix la plus douce !
– Tu peux le redire encore, Toinou ? Je trouve ça très beau !
– Oui, c’est vrai, c’est très beau ! C’est une pièce de théâtre, un opéra ou un poème ?
– C’est tiré du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare…
Christian, Monique et Cathy se regardèrent, perplexes.
– Vous ne connaissez pas Shakespeare ?
Tous les membres de la Confrérie du Bouton d’Or connaissaient la différence de classe sociale entre les différents comparses, Alain n’eut qu’à dire naturellement les mots de Toine.
– Roméo et Juliette… vous connaissez ? C’est de lui, c’est de Shakespeare…
– Comment tu dis qu’on dit, Toine ? « Shakespeare » ? Je croyais que ça se disait…
– Tu croyais que ça se disait… ?
– Il y a quelques semaines, ton père a reçu une malle pleine de vieux livres et il m’a demandé de les ranger à côté des romans de la bibliothèque municipale. J’ai ben vu qu’il y avait plusieurs pièces de théâtre, dont « Roméo et Juliette », mais je croyais que ça se disait…
– Tu croyais que ça se disait… ?
– Je te préviens, si tu te moques de moi… je te préviens ! Si tu ris… gare à toi !
– Je ne me moque pas, mais… « Chat qu’espère »… c’est… tu sais c’est très poétique, Bouton d’Or…
Monique fit la moue, Cathy prenant la défense de son amie, claironna.
– Pour ta peine, on va t’attacher à une chaise et tu devras regarder tes trois couillons préférés se donner du plaisir… hein qu’on va faire ça ?
Christian approuva vigoureusement de la tête, tandis qu’Alain joua le dépit. Le temps que les trois autres trouvent les cordes pour le ficeler, Alain était dévêtu, malheureusement, le trac l’empêchait de bander comme il aurait fallu. On pouvait voir la panique commencer à le gagner, mais avant que ça ne tourne à la mauvaise farce, en silence, ils se regardèrent et se sourirent. Fin de la panne !
– Ho gari ! T’as pas trop l’air de la redouter ta punition !
– Attache-le donc à la chaise pendant que Nathalie et moi nous changeons… et mets cette tenue, nous revenons tout de suite !
Monique et Cathy refermèrent le rideau. On entendait les bruissements des coulisses puis le son caractéristique du bras d’un tourne-disque tombant sur la galette de vinyle. Les notes de “Nuits de Chine” retentirent. À la fin de la chanson, on entendit le rire d’Alain « T’aurais pu faire semblant de serrer les liens, gari ! » et Christian tout en marmonnant qu’il avait l’air couillon attifé comme ça, ouvrit le rideau comme s’il ignorait notre présence.
Cathy fit son entrée, telle que décrite dans le récit de Rosalie, vêtue de la robe de bergère d’opérette qui avait tant plu à Nathalie un demi-siècle plus tôt. Un “Oooh !” de surprise admirative emplit la salle. Je regardai Madame qui m’indiqua d’un mouvement du menton de tourner plutôt mon regard vers les vieux. Nathalie, Neuneuille et Barjaco avaient la bouche grande ouverte, Nathalie semblait psalmodier son étonnement. Rosalie posa sa main sur la sienne, elles se sourirent. Valentino restait impavide, il n’était pas moins surpris que ses amis, mais il savait mieux le masquer.
– Hé, monsieur le chasseur ! Vous me voyez bien dans l’embarras… Je dois mener mon troup…
Cathy, les poings sur ses hanches, s’interrompit pour tancer “le Toine” « Descessa de rire, Toinou ! »
« C’est comme ça ! Oui, c’est comme ça que j’ai fait ! » Nathalie nous désignait Cathy de son index, excitée et ravie comme une enfant.
– … je dois mener mon troupeau et j’ai perdu ma badine… Ah… si seulement une bonne fée venait à passer par là…
Je souriais, observant Rosalie guetter l’entrée en scène de Monique, qui fit un petit pas sauté, ouvrant les bras comme le faisaient les enfants lors des spectacles de fin d’année.
– Ai-je bien entendu ? Une bergère m’aurait appelée à son secours ? Mais, petite étourdie, qu’as-tu fait de ta badine ?
– Je l’ai égarée, Madame la Fée… sauriez-vous la retrouver ?
– Hélas… je ne le puis, mais si tu suis mon conseil, tu en feras apparaître une autre…
Tout en faisant semblant de lui chuchoter un secret à l’oreille, tout en l’aidant à dénouer son corsage, tout en faisant mine de vouloir faire pigeonner la magnifique poitrine de Cathy, Monique la caressait avec un plaisir non dissimulé.
– Voilà qui est fait ! Que cette journée te soit douce, jolie bergère !
Cathy fit semblant de chercher du regard…
– Mais… bonne Fée… je ne la vois point !
– Ouvre grands tes yeux, jolie bergère et regarde !
Déboutonnant Christian, lui arrachant presque ce pantalon ridicule, Monique désigna son sexe gonflé, tendu, dressé. Cathy, jouant la surprise, s’approcha de lui, s’agenouilla, le caressa du bout des doigts, comme si elle le découvrait.
– Mais quelle étrange badine… si douce… si chaude… comme vivante… je n’en ai point vu de semblable de toute ma vie ! Quelle étrange badine…
– Jolie bergère, apprends que l’on doit la nommer…
– Que l’on doit la nommer ?
– Que l’on doit la nommer « verge »
– Comment l’appelez-vous ? « Vierge » ?
– Mais non ! « VERGE » ! Et regarde, jolie bergère, ces deux jolis fruits ne sont point des grelots, il faut les dorloter, les caresser, en prendre grand soin, sinon la verge se brisera.
– Oh, ce serait tellement dommage…
Nous regardions Monique et Cathy caresser le sexe de Christian qui avait fermé les yeux et respirait profondément. Pour ma part, j’étais fascinée par les mouvements incontrôlés de ses doigts. Un éclat lumineux me fait tourner les yeux vers Alain qui ne perdait pas une miette du spectacle et souriait à pleines dents. Se sentant observé, il me jeta un bref coup d’œil avant de reprendre son sérieux. Avant de tenter de reprendre son sérieux, devrais-je écrire…
Barjaco s’agitait sur sa chaise « Boudiou ! Si j’avais su…j’aurais ramené mes lunettes… Qué malheur ! ». Le Bavard lui tapota l’épaule en les lui tendant « Oh, merci, mon petit ! Brave petit ! »
– Oh ! Regardez, madame la Fée, la verge a du chagrin…
– Jolie bergère, elle n’a pas de chagrin, c’est sa façon de réclamer le baiser auquel elle a droit… regarde, il faut l’apaiser ainsi…
Du bout de ses lèvres, Monique taquina le gland de Christian. Cathy la rejoignit dans ce baiser, leurs langues, visibles de tout un chacun, dansaient ensemble un tango sensuel. Christian lança la couronne de fleurs qui ornait le front de Monique. La couronne atterrit sur les genoux d’Alain qui éclata de rire.
– Ce n’est pas amusant, monsieur le captif ! Cessez donc de rire !
– Mais je ne ris pas, madame la Fée, je ne faisais que sourire…
Le traitant de menteur, elle gifla ses cuisses de la couronne qui se délita un peu plus à chaque coup porté. Les fleurs parsemaient le sol, ses cuisses, telle une furie, elle se servit des longs cheveux de sa perruque pour le souffleter.
– Viens par ici, jolie bergère, que je t’apprenne un nouveau mot.
Cathy vint rejoindre Monique qui lui désigna le sexe d’Alain, elle fit mine d’être surprise, un peu effarouchée par sa taille. Franchement, qui ne l’aurait pas connue aurait réellement pu croire qu’elle n’avait jamais vu de bite auparavant.
– Regarde, jolie bergère, touche celle-ci, sens-tu comme elle est ferme et dure sous la main ? Serre mieux ta main autour, n’aie crainte ! Vois-tu, quand une badine a cette apparence, on ne la nomme ni « badine », ni « verge », mais on l’appelle « houssine » et ne va pas t’en servir pour mener ton troupeau, elle est bien trop dure et bien trop effrayante pour de craintives brebis…
– Mais que fait-on quand on la rencontre ?
– On la masque à la vue du troupeau !
Monique s’empala d’un coup sec, elle ne put réprimer ce cri du cœur« Oh, putain, c’que c’est bon ! » qui la faisait sortir de son rôle et nous fit éclater de rire. Elle allait et venait au rythme des commentaires de Cathy « Je la vois ! Oh ! Je la vois plus ! Oh ! Coucou ! Je la revois ! Oh ! Elle a disparu ! »
– Je croyais que nous devions le punir… à ce tarif-là, je veux bien être puni, moi aussi !
– Mais où avais-je la tête ? Tu as raison, mon Pierrot, laissons le moqueur à sa moquerie !
Christian, allongé sur le sol, ferma les yeux quand, au ralenti, Cathy le fit entrer en elle. Elle se pencha pour qu’il puisse lui caresser sa magnifique poitrine comme ils aimaient qu’il le fasse.
– Dites-moi, madame la bonne fée… ooohh… bonne fée… puis-je jouer à faire disparaître et réapparaître la verge comme vous le fîtes de la houssine ?
– Mais bien entendu, jolie bergère ! Bien entendu ! Goûtez-vous le spectacle, monsieur le moqueur ? Ou dois-je…
Monique entrouvrit les pans de sa tenue de fée, dévoilant la blondeur de sa toison au regard d’Alain.
– Entravé comme je suis, je ne peux rien faire pour soulager ma bandaison… et de vous espichouna tous les trois… Oh, par pitié, délivrez-moi, avant que je ne périsse de douleur !
Après nous avoir montré tout leur talent en la matière, Christian, Monique et Cathy consentirent à le libérer. Il se précipita vers Monique, qu’il installa sur le divan « un coup pour la fée » il sortit aussitôt, attrapa Cathy, la pénétra à son tour « un coup pour la bergère », avant de recommencer « un coup pour la fée ».
Nous les regardions, guettant la montée de leur plaisir, quand Jimmy et le Balafré se levèrent pour tirer le rideau sous les murmures déçus de l’assistance. Jimmy courut vers une table au fond de la salle. Personne n’avait remarqué le projecteur diapo qu’il alluma. Après quelques instants, le rideau sembla bouger un peu. C’était le signal convenu. Jimmy projeta une image, puis une autre tandis que derrière le rideau, s’élevait la voix de Monique.
– Ce dimanche-là, comme cela arrivait de plus en plus souvent, Pierrot passa la nuit avec moi, nous riions encore, ivres du bonheur de cette journée, quand le sommeil nous prit. Le lendemain, sur la table qui me servait de bureau, je trouvai un recueil de pièces de Shakespeare. Toine était allé à la mairie, à tout hasard et y avait trouvé cet exemplaire. En guise de marque-page, une carte sur laquelle il avait dessiné une bergère pensive, qui ressemblait fort à Nathalie, sous son dessin, pour toute légende « Il y a des choses que je ne m’explique pas ». Je souriais et en tournant la carte, cet autre dessin sans aucune légende, puisqu’elle eut été inutile, un petit chat songeur, qui semblait attendre on ne sait quoi. De cette première lecture, que je fis dès le mardi soir, je me souviens avoir noté dans mon journal intime, cette citation qui nous ressemblait tant « Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants, et l’imagination si fertile qu’ils perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. »
Nous étions en train d’applaudir à tout rompre, Monique, Cathy, Christian et Alain, qui étaient repassés devant le rideau pour nous saluer, quand ce dernier voulut faire un trait d’humour.
– Si ça ne vous dérange pas… j’aurais un truc à finir (en effet, son érection était… impressionnante !)… laquelle de ces dames serait intéressée ?
Sans s’être concertées, Rosalie et Nathalie levèrent le doigt « Moi ! Moi ! Moi ! » avant d’éclater de rire en se moquant de l’air ahuri d’Alain, qui se demanda pendant une fraction de seconde si elles ne se querellaient pas “pour de vrai”.
Les membres fondateurs de la Confrérie du Bouton d’Or, félicitaient les acteurs de la soirée, apportant leurs commentaires, des précisions que nous ignorions encore, comme, par exemple, le souffle légèrement nasillard de Toine au comble de l’excitation. Nous pressentions déjà que la soirée allait se finir en orgie, ce fut Madame qui en donna le la. Elle s’approcha d’Alain, regarda son sexe dressé, dans son regard brûlait une impressionnante flamme de désir.
– Je ne peux pas te laisser dans cet état, et puisqu’il faut en passer par là…
Elle lui caressait les bourses, tout en lui demandant de la déshabiller et en lorgnant sur le grand lit. Elle pria ensuite son époux de les accompagner afin qu’il lui donne de bons conseils quant à la manière de soulager ce malheureux.
C’est au cours d’un de ces fameux spectacles que Madame et le Notaire nous jouèrent la saynète dont je t’ai parlé dans ma précédente lettre. Nous aimions tellement les voir l’interpréter que nous la réclamions régulièrement. Un soir, ce devait être la troisième fois qu’ils jouaient « La promenade de Madame »,le Bavard interrompit la scène. « Mais ce ne sont que des calomnies ! Je n’ai jamais tenu de tels propos et cette créa… cette… femme… » ce qui surprit tout le monde, y compris Madame et le Notaire. Que nous avons ri quand il entreprit de nous raconter sa version de l’histoire, et comme Madame était resplendissante ! Nous raffolions de la version du Bavard, mais depuis toutes ces années, cette tête de mule n’a jamais voulu nous prévenir de son intervention. Nous ne savons jamais à l’avance s’il va se joindre au show ou s’il se contentera d’en être que le spectateur attentif.
Je joins à cette longue lettre, une photo prise par Roger pendant une de nos représentations théâtrales et je te confirme ce que je pressentais, Jimmy serait bien évidemment ravi de te recevoir dans son mas à ton prochain séjour parmi nous et même de t’en laisser la jouissance avec ta petite bande si vous le désiriez.
Je
me doutais bien que tu allais vouloir en savoir une peu plus sur
Madame.
Tu vois, une des choses qui au lieu de nous éloigner les unes des
autres nous ont liées plus intimement, ce sont nos différences et
nos points communs. Une sorte de cocktail magique dont les
ingrédients auraient été fournis par la vie, mais dont la recette
aurait été habilement élaborée par nos soins.
Le
point commun que j’ai
avec Monique (outre le goût pour ton grand-père !),
c’est
le sens de l’humour
et de la dérision.
Avec
Cathy, c’est
celui du teasing, faire monter le désir lentement, nous faire
désirer tout en maîtrisant nos emballements (ce dont Monique est
tout à fait incapable, par exemple).
Avec
Madame,
nous
partageons
le goût de la lingerie. Goût qu’elle
doit à son mari, parce qu’avant
même qu’elle
n’entre
dans la confrérie, le
Notaire
lui offrait des dessous chics quand il voulait lui faire plaisir. Il
lui avait même proposé de ne pas la regarder si elle avait trop
honte, mais rien que de savoir qu’elle
les portait, le rendait heureux.
Et
ce fut même le code d’un
jeu intime entre eux. Pour lui signifier que cette nuit…
Madame laissait
négligemment traîner les boîtes d’emballage
des dessous qu’elle
porterait et qu’il
aurait le loisir d’admirer
sur elle dans l’intimité
de la chambre conjugale. À l’époque,
les bas étaient
coûteux et les plus jolis, excessivement fragiles, d’autant
que Madame
avait pris goût aux bas de soie (quand elle me les fit découvrir,
je compris tout de suite pourquoi !),
on les rangeait donc à plat, dans leur boîte en prenant la
précaution de les protéger avec du papier de soie.
Plus
tard, quand elle fut consœur, elle modifia un peu les règles, elle
glissait un élément de sa lingerie (généralement une petite
culotte de soie ou de dentelle) dans une poche de la veste ou du
pantalon de son époux à moins qu’elle ne la glissât dans sa
serviette de travail.
Quand
il la découvrait, il bandait directement. Madame le savait et
elle aimait ça. Tout comme elle aimait lui faire savoir qu’elle
venait ou qu’elle allait coucher avec le Bavard. Leur
relation est très particulière, le Bavard représente tout
ce que Madame a toujours cherché à fuir, pourtant, dès le
début, elle a compris qu’elle l’aimait sans doute pour tout ce
qu’elle détestait chez lui. Le Notaire était (et est
toujours) ravi parce qu’il aime imaginer sa femme avec un autre, il
aime quand elle revient en pleurant, en se traitant de souillon, en
implorant son pardon et ce jeu-là, ils le jouent vraiment mieux
quand c’est le Bavard qui tient le rôle de l’amant.
Leurs
jeux intimes débutaient toujours par le même rituel, une sorte de
préliminaire d’une longue durée imposée. Je te plante le décor,
le préambule, ensuite je te raconterai un de leurs scénarios.
Par
exemple, le Notaire rentrait chez lui, manifestement
courroucé, les gamins n’avaient qu’à bien se tenir. À table,
il annonçait à sa femme, d’un ton cassant, qu’il aurait
quelques précisions à lui demander à la fin du repas. Il fusillait
l’assemblée d’un regard noir. Les mômes comprenaient illico. Ce
soir, ils desserviraient la table et feraient la vaisselle. Pas de
télé. On se laverait les dents et on filerait dans les chambres. À
23 h pour les plus grands, extinction des feux. Pour les petits
à 21 h. Et pas question de déranger papa-maman. SOUS AUCUN
PRÉTEXTE ! Pour connaître la violence du courroux paternel,
c’était très simple. Il suffisait de se fier au volume sonore de
la musique autant qu’à l’œuvre ou au compositeur. Par exemple,
une colère moyenne, c’était « Carmina Burana »
volume 5 (sur une échelle de 0 à 10).
Le
décor est planté, passons à l’action proprement dite.
Une
fois dans la chambre, le
Notaire ouvrait
sa serviette, en extirpait
une culotte tachée de sperme, la faisait
pendouiller au bout de son index et demandait
à son épouse ce que cela signifiait.
L’épouse
commençait
par nier. Le Notaire
ne la croyait
pas. “Si
vous avez porté cette culotte, ne serait-ce qu’une
fois, c’est
qu’elle
est vôtre, n’est-ce
pas ?”
– Oui
monsieur mon époux !
Mais je vous jure…
– Ne
jurez pas, créature !
Si vous l’avez
portée, ne serait-ce qu’une
fois, IL nous le
dira !
À
ce moment, le
Notaire faisait
tomber le pantalon, le slip et bandait déjà dur. “Ah !
Ah !
Osez nier, désormais, madame l’épouse
adultère !
Osez nier !”
– Ce n’est pas ce
que vous… oh mon tendre époux, j’implore votre pardon !
Regardez-moi, je vous implore à genoux !
– Pour envisager
l’éventuelle possibilité d’un début de commencement de pardon,
il faudrait que je connaisse précisément tout des circonstances…
des faits… des lieux… des protagonistes… racontez-moi tout ça,
Madame, ET SANS RIEN OMETTRE, SURTOUT !
– Monsieur mon mari,
ce furent une série de circonstances qui me menèrent à ce désastre
final… loin de moi l’idée de vouloir minimiser mes torts, mais
je vous laisse juge… Je rentrais de l’école où j’avais déposé
les enfants, je décidai donc d’aller vers la ruine que l’on
nomme « le château » pour y cueillir une brassée de
fleurs sauvages… chemin faisant, je fus prise d’une soif
inextinguible… Je me souvins alors de cette jolie source que vous
m’aviez faite découvrir… Je m’assis ainsi… comme il se doit…
légèrement en biais… les jambes serrées comme il se doit…
Tout en
donnant ces explications, Madame mimait la situation, d’une
façon faussement contrite, mais follement excitante pour le
Notaire, qui était encore plus fou amoureux de son épouse
depuis qu’ils partageaient ces scénarios qui les comblaient
également.
– Et votre robe
recouvrait-elle seulement vos cuisses avec toute la pudeur qui sied à
votre rang ?
– Mon ami, mon époux… laissez-moi vous confesser que… que le vent se montrait particulièrement taquin… il soulevait ma jupe comme si un démon était tapi devant moi et qu’il soufflait dessus… Je tentai bien de la rabattre… ainsi… voyez-vous, c’est ainsi que je procédai… mais quand je la rabattais sur la gauche, le vent s’engouffrait sur la droite et quand je la rabattais sur la droite… vous comprenez ? Le vent est grandement responsable de ma mésaventure ! Comprenant que je n’y arriverai pas en procédant de la sorte, je décidai de me lever, de tirer sur ma jupe afin qu… Et constatez par vous-même, mon ami !
En
effet, Madame
avait un peu arrangé plusieurs
pièces de sa
garde-robe.
En tirant fortement sur sa jupe d’une
certaine façon, elle
se déchirait
en deux pans qui tombaient au sol comme deux papillons morts.
– La surprise, la
honte que quelqu’un m’aperçoive me firent perdre l’équilibre
et je me retrouvai les quatre fers en l’air… assise au beau
milieu de cet ancien abreuvoir… Mon… postérieur dans l’eau
fraîche… quelle honte, mon ami ! Quelle honte ! Et quel
déshonneur ! Mais je tentai de me consoler en me disant que
personne ne m’avait vue, que personne ne passait jamais par ce
sentier abandonné aux ronces…
D’aussi loin qu’elle s’en souvenait, Madame avait toujours lutté contre sa tendance à la rêverie. L’imagination n’était pas une vertu dans le monde dans lequel elle évoluait. Depuis qu’elle partageait ces jeux, ces mises en situation, avec son époux, les idées lui venaient avec l’aisance et la rapidité d’un cheval sauvage courant en toute liberté. Elle aimait aussi faire semblant de ne prêter aucune attention aux réactions de son mari, tout en les guettant. Elle aimait voir son gland changer d’aspect, de couleur, elle aimait quand pris par le récit de son épouse, le Notaire arrêtait de se branler, fermait les yeux une fraction de seconde, avant de les rouvrir et de reprendre son geste, d’abord doucement, puis en accélérant petit à petit.
– Je pleurais à
chaudes larmes, comme vous vous en doutez, quel malheur ! Quelle
honte ! Mais que m’était-il donc passé par l’esprit pour
ne pas écouter la voix de la raison et rentrer dans mes foyers sitôt
les enfants à l’école ? Pourquoi m’étais-je laissée
guider par ce besoin incongru de baguenauder dans la nature ? De
profiter du vent et du soleil ?
– La question se
pose, en effet, madame mon épouse !
Prenant à
nouveau un air contrit, elle poursuivait son récit.
– Hélas, mon ami,
hélas… ce ne fut que la première mauvaise décision de la
journée… Si vous saviez comme j’ai honte… Mais je vous assure
que je ne pensais pas à mal… Je… Vous me connaissez, mon ami, je
ne suis pas de cette engeance… de cette race-là… de celle des
femmes perdues…
Le
Notaire, de plus en plus excité, demandait davantage de détails.
– Je
séchai mes larmes et décidai de profiter tant du soleil que du vent
pour mettre ma jupe à sécher… En effet, imaginez-vous-la
complètement mouillée… me montrer ainsi au village était
impensable, n’est-il pas ? Le tissu mouillé se collant sur ma
peau aurait permis à tout un chacun de deviner mes courbes…
Je récupérai cette partie-là au pied de l’abreuvoir, vérifiai
qu’elle n’était pas trop tachée… une chance, elle ne l’était
pas… et l’accrochai tant bien que mal à la branche d’un arbre
pour qu’elle séchât au plus vite… l’autre partie flottait
entre deux eaux dans l’abreuvoir et en me penchant pour l’attraper…
Joignant
les mains comme dans une prière, Madame
semblait prendre le ciel à témoin. Le
Notaire maîtrisait mal
son émotion et sa voix s’égarait quelque peu quand il lui
parlait.
– Poursuivez,
madame mon épouse, poursuivez !
– En me penchant pour l’attraper, je fus éclaboussée par une noisette tombée d’une branche au-dessus de ma tête… j’avais tout juste eu le temps de protéger mon joli… corset… celui que vous m’aviez offert pour notre anniversaire de mariage… allez savoir pourquoi, j’avais décidé de le porter aujourd’hui… une autre noisette tomba dans l’abreuvoir, puis une troisième que je ne pus éviter… Je levai les yeux vers le ciel, en me demandant la raison de toutes ces déconvenues… quand je remarquai qu’il n’y avait aucune branche au-dessus de moi, ni aucun noisetier dans les parages… C’est à ce moment précis que…
– Mais
encore, Madame,
mais encore ?
– Je
ne sais si je dois…
ô, mon tendre époux…
me pardonnerez-vous un jour ?
Ô, mon tendre époux, je vous en implore à genoux…
Regardez, je vous offre ma poitrine, plongez-y donc un poignard,
parce que si
vous ne me pardonniez pas… ô mon tendre époux… je préférerais
que vous me transperciez le cœur… !
– Ne
me tentez pas, Madame !
Ne me tentez pas et poursuivez votre récit… haletant… !
– J’étais
donc penchée ainsi…
je vous supplie de m’excuser de vous tourner le dos…
ce n’est
point pour éviter votre regard plein de courroux, mais…
pour que vous saisissiez mieux ce qu’il
advint…
J’étais
donc penchée au-dessus de l’abreuvoir,
cherchant à comprendre ce qui était tombé dans l’eau
et qui m’avait
éclaboussée…
Je levais la tête vers les cieux, ensuite je regardais l’eau,
avant de recommencer…
mes doigts me parurent soudain gourds et je réalisai que j’avais
toujours les mains au fond de l’abreuvoir,
crispées autour de ma jupe…
Je vous promets, mon époux, que je voulais simplement l’essorer
pour ensuite la faire sécher…
et je cherchais également une solution pour accrocher ma culotte…
et mon corset…
quelle calamité toute cette eau !
– En
effet, il me semble avoir entendu évoquer des
problèmes de pluies
abondantes ces derniers temps…
Cette
année-là fut marquée par une sécheresse exceptionnelle.
– Je
cherchais en vain et lorsque la solution s’offrit à moi… alors
que j’étais totalement nue… ou presque…
– Que
me dites-vous là, Madame ? ENTIÈREMENT NUE ? Ou PRESQUE ?
Qu’est-ce que je dois entendre par
ce « presque » ?
– Je portais encore ma médaille de baptême, mon alliance, ma bague de fiançailles et la jolie montre que j’ai reçue pour ma communion…
– Dieu soit loué, l’honneur est sauf !
Toujours penchée en avant, désormais nue et le derrière offert à la vue de son mari, Madame tournait son visage vers le Notaire.
– Il me semble percevoir une pointe d’ironie dans votre propos… me trompe-je ?
– Madame,
cessez donc vos digressions et achevez votre récit, que diable !
– Je
venais d’accrocher
la culotte…
celle que vous tenez au bout de votre index, quand un coquin
l’arracha
de la branche en me criant « Viens
la chercher, si tu l’oses ! »…
et…
et…
et tout en s’éloignant,
il décrochait un à un les morceaux de tissu que j’avais
mis à sécher…
Et c’est
bien malgré moi que je me vis contrainte de m’enfoncer
dans la garrigue pour le suivre…
Il s’annonça
bruyamment comme s’il…
À ce propos, mon cher époux, saviez-vous ce qui se passe dans ce
fameux « château »
quand les enfants sont à l’école ?
Quand les maris sont au travail et les bonnes épouses dans leurs
foyers ?
Vous n’avez
pas idée des turpitudes…
Figurez-vous qu’il
me fallut…
oh…
dois-je vraiment tout vous raconter ?
N’en
ai-je point assez dit ?
Ne me suis-je pas assez confessée ?
– Madame,
je vais sévir si vous interrompez sans cesse votre récit !
– Figurez-vous
que cet odieux personnage a exigé que je lui verse une rançon pour
chaque pièce de linge qu’il
me rendrait !
Ce qui est proprement scandaleux, ne trouvez-vous pas ?
– Une
rançon ?
– Exactement !
Une rançon !
Par exemple, pour me rendre le joli corset que vous m’aviez
offert, ce rustre…
ce…
paysan, estimant qu’ensuite
mes belles mamelles…
OUI, mon ami !
Il ose nommer ma gorge « mamelles » !
Quelle honte !
Quel scandale !
Estimant qu’ensuite
mes belles mamelles seraient inaccessibles à son bon plaisir, cet
odieux personnage a OSÉ exiger que…
que je pratique un…
attouchement particulier…
mon tendre ami…
votre cœur,
votre âme sont purs…
tout comme moi je l’ignorais, vous ne savez sans doute pas que
certaines personnes…
les mots me manquent, laissez-moi vous montrer…
J’ai
dû m’installer
ainsi…
à ses genoux…
écarter légèrement mes seins…
y glisser…
m’autorisez-vous,
mon ami ?
À y glisser son… Ô,
Seigneur Dieu !
Je me sens rougir de honte…
Je vous en supplie, je suis déjà à la torture…
Auriez-vous
l’extrême
obligeance de ne plus agiter cette culotte devant mes yeux… ?
Quand je repense à la façon dont elle a été ainsi…
souillée… et à ce que
j’ai dû faire pour la…
Madame
prenait délicatement le sexe de son mari entre ses doigts. Un peu
trop délicatement, comme s’il était en porcelaine et qu’elle
craignait de le briser, elle le plaçait entre ses seins et
poursuivait son récit. Selon le degré d’excitation du Notaire,
elle prolongeait ou abrégeait sa démonstration. Leur plaisir tenait
autant dans ses mots que dans ce qu’elle faisait.
– Il
exigeait que je le caresse
comme ça…
oh…
mais ça ne me…
ça…
ô mon époux…
vous êtes si…
dissemblables…
– Comment ça
« dissemblables » ? Avez-vous observé le… de cet
homme ? !
– Hélas, mon ami, hélas ! Si je voulais récupérer mon bien, mon corset… cadeau… anniversaire… il me fallait… son gros hmm hmm calé entre mes… « mamelles »… il m’obligea même à les rapprocher… comme ça… laissez-vous faire mon ami… je me souviens bien comment faire… voilà… son gros *** entre mes… je devais tout en serrant fort avec mes mains… mon ami, il appuyait plus fort… de ses grosses mains rugueuses et velues… il allait et venait… fessez-moi, et exigez que je me cambre… ainsi vous aurez une idée au plus proche de la réalité…
– J’exorcise le
mal… je tente de chasser cet odieux souvenir… ces pattes de
paysan sur mon corps habitué à votre délicatesse… et son
langage… hmm… ordurier… Seigneur Dieu, il me disait de ces
mots ! Il me traitait de…
– De quoi vous
traitait-il ? De quelle sorte de mots ?
– Il me traitait de…
hmm… Jezabel… avec des mots… hmm… à plusieurs lettres…
– À plusieurs
lettres ? Combien de lettres ?
– Il me disait…
« Boudiou la *** ! Sors ta langue de *** et lèche ma ***
lèche-le mieux mon gros *** petite *** ! »
– Et… avez-vous
réellement *** le *** la *** de cet inconnu ?
– Montrez-moi !
Montrez-moi sur le champ ce que vous fîtes !
– Bousculez-moi plus
fort, mon ami… comme lui… rudoyez-moi… de vos gestes… de vos
mots… sinon, vous ne comprendrez pas pourquoi j’ai accepté de
lui ouvrir un peu plus ma bouche pour récupérer mon chemisier…
OUI ! Écrasez-moi les seins ! Oui ! Je suis votre
gourgandine… mais de grâce… usez d’autres mots !
Le
Notaire faisait à peine mine de lui incliner légèrement la
tête que Madame en profitait pour lui lécher le gland. Comme
s’il s’était agi d’une gourmandise facétieuse qui se dérobait
à ses coups de langue, en se réfugiant dans son giron. Juste avant
que le Notaire ne soit au bord de l’explosion, Madame
reprenait le cours de son récit. Elle remettait son corset. Prenait
une profonde inspiration.
– Me
dispenserez-vous de vous expliquer ce à quoi je dus me résoudre
pour récupérer mon chemisier ? Parce que je crains, ce faisant
que d’odieuses pensées vous viennent à l’esprit quand vous
imaginerez ma bouche et à ce que je f…
Illustration de Fredillo
– Soulagez vos
tourments, ma Dame, ma mie… soulagez-les ! Je suis votre
époux, je peux tout entendre de vous ! Et si les mots vous
semblent trop… oohh… oui… comme ça… tout doux…
Madame entreprenait de
reproduire la fellation qu’elle avait pratiquée sur ce coquin de
paysan, tout en se plaignant de ne pas y parvenir, le Notaire
ne la rudoyant pas assez « Vos gestes sont trop doux
et vos mots trop délicats ». Elle déboutonnait
ensuite la chemise de son époux.
– Et puis votre corps, mon ami ! Vous sentez bon, vous sentez le propre alors que cet… cet odieux personnage sentait la sueur et le vice et… il avait l’abdomen velu… Je ne retrouve plus mes sensations… et certains détails m’échappent… Comme, par exemple… à quel moment son comparse…
– Son comparse ?! Mais que me dites-vous là, Madame ?
Madame faisait semblant d’avoir oublié la présence du Notaire. Elle suçotait le gland de son mari, comme elle l’aurait fait avec son stylo en essayant de trouver le mot juste pour décrire la situation.
– Quand je vous parlais des mille tourments qu’il m’a fallu endurer, je n’exagérais pas ! Cet odieux personnage n’était pas satisfait de ma prestation et je voyais s’éloigner la perspective de récupérer mon chemisier. Ô, mon ami, j’en aurais pleuré de dépit, si…
– Si ?
– Si à cet instant précis il ne s’était écrié « Elle est pas assez grosse pour que tu voies tous les détails ? Vé, l’ami, sors-nous ta king-size et apprends à madame la nudiste comment on déguste un sucre d’orge ! »
– Mais, mais… que me dites-vous là ? Un deuxième homme ? Combien y en a-t-il eu en tout ?
– Rien que ces deux-là, mon ami, rassurez-vous ! Rien que ces deux-là, mais je ne sais pas si le mot « homme » peut s’appliquer à ce… je le qualifierais plutôt de…
Tout
en faisant mine de réfléchir, Madame semblait vouloir
comparer avec sa bouche, le diamètre du sexe de son époux avec
celui de ce nouvel inconnu. Elle avalait la queue du Notaire,
faisait quelques va-et-vient avant de dégager sa tête, la bouche
toujours ouverte et avec trois doigts écartait ses lèvres jusqu’à
atteindre le diamètre de celle de cet homme.
– Je le qualifierais
plutôt de centaure. Non pas qu’il soit venu armé d’un arc, non
pas qu’il fut doté d’un corps de cheval, en revanche, son…
membre… l’était… équin… Seigneur Dieu ! Comment
peut-on se dire humain quand on est doté d’un tel appendice, avec
de telles proportions ? Ce n’est pas possible !
– Allons, Madame, vous
exagérez !
– Que nenni, mon ami, que
nenni ! Long comme mon bras, gros comme ma cuisse ! Et
l’autre lourdaud qui s’exclame « Boudiou, la bourgeoise,
suce mon collègue pendant que je m’en vais te brouter le minou ! »
Figurez-vous, mon ami que j’ignorais tout de cette expression.
Saviez-vous que certains hommes portent leur bouche sur… le… la…
des femmes ? La surprise de ce baiser si… particulier, me fit
ouvrir grand la bouche et le centaure put y plonger tout à son aise…
Quelle honte, mon Dieu, quelle honte de m’être laissée capturée
au lasso par cette sensation si… si… si…
– Madame, reprenez-vous,
je vois brûler les flammes de l’enfer dans votre regard, j’entends
bruire le stupre dans vos soupirs, vos atermoiements, vos
hésitations… « Cette sensation si » ?
– Si agréable !
Voilà, le mot est lâché ! Si agréable ! Vous avez
parfaitement raison, mon ami, il ne peut s’agir que de diableries !
Dieu merci, dans le lit conjugal, vous ne m’avez jamais entraînée
sur cette pente fatale ! Je vous en remercie à genoux ! Je
reboutonnais mon chemisier, quand fut annoncé le montant de la
rançon pour ma jupe… Hélas, je ne pourrais vous mimer la
situation puisque vous êtes seul et, en fervent catholique, ignorant
de ces honteuses pratiques. Dois-je poursuivre mon récit ?
– Poursuivez, Madame,
poursuivez !
– « La jupe en deux
morceaux, deux beaux mâles… on devrait pouvoir trouver un
compromis, Madame je me prélasse à poil au soleil… et comme on
dit “Compromis, chose due” ! » Comment aurais-je pu
soupçonner un calembour ? Saviez-vous que les gens de cette
esp… de ce milieu nomment la… des femmes par ces trois lettres,
C, O, N ? Pour ma part, je l’ignorais tout à fait. Obéissant
aux consignes que me donnait ce… vulgaire paysan… Vous me
connaissez, mon ami, vous savez que quelle que soit la consigne, je
m’y soumets et l’applique avec rigueur et discipline…
– L’obéissance faite
femme, en effet.
– Vous me semblez
d’humeur chafouine, mon ami, seriez-vous contrarié par mon récit ?
– Que nenni !
J’attends la suite, voilà tout !
– Ne m’interrompez pas
à tout propos, dans ce cas ! Oh ! De vous être fait crier
dessus semble avoir ravivé votre vigueur ! Je dus donc me
mettre à quatre pattes, dans cette ruine que l’on nomme « le
château ». Moi, Madame l’épouse du troisième adjoint au
maire, j’ai dû me mettre à quatre pattes, comme une bête et le
centaure m’a envahie, oui, mon ami, envahie !
Mon corps était plein de ce membre énorme. Je poussais de petits
cris qui devaient incommoder l’odieux paysan, puisqu’il me fourra
son… appendice dans la bouche « Allez, suce ma ***, ma
coquine, pendant que mon collègue fourre ta petite chatte ! Et
quand il aura fini, je viendrais pour la deuxième couche, les
finitions ! » Mon ventre se contractait, ma salive
affluait et cette vague… cette vague chaude et agréable qui
m’envahissait à son tour… Le centaure ouvrit enfin la bouche
pour prononcer ces quelques mots « Ô, pute vierge, elle va pas
tarder à venir, je te laisse la place, à toi l’honneur,
collègue ! » Le paysan prit la place de son “collègue”,
mais exigea que je me cambrasse davantage. Il écarta mes fesses et
s’exclama « Boudiou ! Mais t’as encore le cul
cacheté ? ! Fallait me le dire avant, on y aurait
remédié ! On n’a plus le temps pour ça… faudra revenir
une autre fois, que je te fasse sauter les scellés ! Boudiou !
Ta chatte est humide et bouillante comme un bon café ! »
Mon ami, ce paysan aime le café bouilli ! Ça vous classe un
homme, ne trouvez-vous pas ? Je priais pendant qu’il me… et
le Seigneur m’est apparu ! C’est là que j’ai perdu pied…
Jusque-là, j’étais parvenue à garder une certaine contenance,
mais les va-et-vient du paysan, qui prenait plaisir à titiller mon
fondement d’un doigt humide, en me promettant de nouvelles
réjouissances s’il me prenait l’envie d’un autre bain de
soleil… et le centaure qui caressait son énorme… Alors, oui !
Oui ! Oh oui, j’ai défailli… Le paysan me mit une claque sur
les fesses, comme on offre la liberté à une brebis entravée, en se
disant ravi de s’être « vidé les couilles dans ta belle
petite chatte » quant au centaure… Ce n’est pas humain, je
vous l’assure ! Je me suis vue périr noyée dans tout ce
sp… cette semence ! Le paysan me rendit ma jupe, le centaure
m’essuya le corps avec ma culotte que les deux gredins emportèrent
avec eux en me promettant de me la restituer dans la journée.
Comment aurais-je pu imaginer qu’ils la cacheraient dans la poche
de votre veston ? Ils vont m’entendre, ces deux-là !
– Comment, Madame ?
Avez-vous l’intention de les revoir ?
– Les revoir… je ne
dirais pas ça… mais… la fougue de cet animal a dû avoir raison
du fermoir de ma gourmette… de cette gourmette si chère à mon
cœur… elle a dû tomber au milieu des ruines… il me faut bien y
retourner pour tenter de la retrouver…
– Votre gourmette ?
Mais n’est-elle pas posée sur votre coiffeuse ? Il me semble
la voir près de votre coffret à bijoux…
– Mais non, mon ami !
Il s’agit d’une autre… plus ancienne… que je n’ai pas
encore eu l’occasion de vous montrer…
J’aurais tant de souvenirs à te raconter, mais ma lettre est déjà bien trop longue, c’est pourquoi je ne m’étendrai pas davantage aujourd’hui, mais si tu le souhaites, ce dont je ne doute guère, je t’en dirai plus la prochaine fois ! Je t’embrasse très très fort,
Sylvie “la Fiancée”
– Il me semble percevoir une pointe d’ironie dans votre propos… me trompe-je ? (dessin de Tom Pouton)