Elles sont trois, elles sont hollandaises et elles sont belles. Comme, en plus, elles ont de l’esprit, elles ont baptisé leur trio ADAM.
La «performance» – physique et artistique – à laquelle elles se livrent dans la vidéo ci-dessous consiste à chanter tout en usant d’un vibromasseur (que vous ne verrez pas).
Manière radicale et élégante à la fois de partager leur plaisir (et leurs rires) avec nous…
Tu
me demandes si je n’avais
pas eu l’impression
de transgresser un énorme tabou en posant ainsi, ouvertement offerte
au désir d’inconnus,
alors que j’étais
enceinte. Ma réponse sera comme ta mémé Louise, normande…
oui et non. L’accès
à la pornographie était assez limité
quand on ne faisait partie d’aucun
“réseau”,
quand on voulait voir certaines poses, certaines configurations, ça
devenait mission impossible ou alors de très vieilles photos, des
années 1930, avec des femmes pas très sexy à nos yeux, des hommes
avec des fixe-chaussettes et des moustaches ridicules qui roulaient
des yeux pour signifier leur virilité, ça ne nous plaisait vraiment
pas !
Il faut dire que les clichés érotiques ou pornographiques de femmes
enceintes étaient assez recherchés, surtout que Roger proposait
réellement de véritables œuvres
d’art,
mais de l’art
pornographique. Alors, certes, j’avais
conscience de transgresser un tabou, on parlait beaucoup du hiatus
“maman/putain”
quel rôle endosser et à quel moment. J’en
avais conscience, mais j’étais
également fière de montrer à qui voulait le voir qu’une
femme enceinte peut jouir autant et de la même façon qu’une
qui ne l’est
pas. Si je voulais exagérer (mais ce n’est
pas mon genre, tu me connais !)
j’écrirais que ces photos
étaient un acte militant, féministe. Maintenant, oui, je peux
l’affirmer
que c’en
était un, mais je n’en
avais pas conscience à l’époque.
Je voulais juste clamer qu’une
femme enceinte est une femme comme une autre et qu’elle
peut jouir comme une autre.
Pour
en revenir à la notion de tabou, je crois que nous en avons tous et
toutes transgressé pas mal !
Si je prends l’exemple
de Madame,
catholique très pratiquante, quel
chemin a-t-elle parcouru pour accepter l’idée
même de jouir sans honte, sans crainte d’offenser
son dieu, de finir en enfer !
Et sais-tu auprès de qui elle a pris conseil ?
Auprès de Nathalie, fervente croyante elle aussi. L’histoire
est très jolie, laisse-moi te la raconter.
Madame s’est mariée jeune, avec un bon parti, comme pouvaient le souhaiter certains parents pour leurs enfants. Il avait tout pour lui plaire, plutôt bel homme, distingué, belle situation, très cultivé, le défaut le plus notable aux yeux de Madame et de ses parents était son manque de religion. Il avait toutefois consenti à la cérémonie religieuse et acceptait le baptême catholique pour ses futurs enfants, c’était le principal.
Madame et Le Notaire, tels qu’il me plaît de me les imaginer. (Alphabet érotique de Joseph Apoux)
Madame
redoutait
la nuit de noces, comme on redoute le diable, mais il fallait bien
en
passer par là pour procréer. Pour se donner du courage, elle avait
bu plus que de raison lors du dîner. Elle
eut un instant de panique quand il lui fallut
retirer sa robe de mariée, elle n’avait
pas songé que
s’attachant
dans le dos et qu’enivrée
telle qu’elle
l’était,
elle risquait de l’abîmer.
Le Notaire
lui proposa son aide qu’elle
ne put refuser. Quand il fut dans son dos, quand elle sentit ses
doigts prêts à dégrafer un à un les boutons, elle eut un frisson
d’effroi
autant
que
d’excitation.
Elle se tortillait comme un asticot, en gloussant comme un dindon.
– Puisque vous ne voulez pas ôter votre robe, Madame, nous ferons avec !
En disant ces mots, le Notaire l’avait couchée sur le lit, lui avait remonté sa robe jusqu’à la taille, avait maugréé que cette gaine n’était pas digne de son rang, que désormais, il la préférerait avec des bas et de la lingerie de qualité, en revanche il n’avait fait aucune remarque sur la culotte qu’il avait retirée avec délicatesse. Madame avait fermé les yeux pour ne pas voir “la chose” de son époux. En effet, contrairement à ce qu’elle s’était imaginé, il avait refusé d’éteindre et avait tout juste consenti à la tamiser la lumière des lampes de chevet en posant un napperon sur chacun des abat-jour.
Elle
avait les yeux fermés et récitait des « Je
vous salue Marie »
en attendant l’assaut de son mari. Assaut qui tardait à venir,
mais que les caresses qui le précédaient étaient agréables !
Quand
il la pénétra, les prières de Madame
se firent plus sonores, elle avait craint un moment qu’elles
ne froissent son époux, mais il semblait ne pas les entendre ou ne
pas y prêter attention. Un baiser sur sa bouche lui fit ouvrir les
yeux.
Elle
était amoureuse du Notaire
depuis des années, mais elle nous a toujours dit que ce baiser à
cet instant précis lui avait permis de transformer un amour de
fillette qui rêve au prince charmant en
celui d’une
femme qui l’a
trouvé.
– Est-ce pour me convertir que tu pries avec autant de ferveur, ma chérie ?
Madame
ne perçut pas l’ironie
du propos de son époux, mais il faut dire qu’une
chose la préoccupait par-dessus tout, cette chaleur qui semblait
converger de toutes les extrémités
de son corps vers cette partie d’elle-même
qu’elle
n’osait
nommer,
qu’elle
n’avait
même jamais observée avant. Elle ne savait que faire pour la
maîtriser, quand le
Notaire
ralentissait, elle se sentait calmée pendant quelques secondes avant
de se laisser envahir par une langoureuse
torpeur
qui était à coup sûr diabolique et alors qu’elle
parvenait à la dompter, son fringuant mari accélérait sa cadence,
transformant Madame
en une écuyère en équilibre sur un cheval attaqué par des taons.
Alors, oui, elle priait !
Elle priait avec l’espoir que le diable ne l’entraîne
pas
dans une décadence absolue.
Elle récitait un
« Notre
Père » quand
une main de fer empoigna ses reins, que l’orgasme
la saisit.
De
honte, elle cacha son visage avec ses mains, le
Notaire
les lui ouvrit, sécha ses larmes avec de doux baisers. “N’aie
pas honte, ma chérie, dis-toi que Dieu est heureux de savoir que tu
ne L’oublies
pas, même dans l’intimité
de ta couche. Dans le lit conjugal.”
Il voulut lui montrer comme elle était belle et lui tendit un
miroir.
Quand
elle nous raconta sa nuit de noces, toutes les femmes présentes
hochèrent la tête
et
levèrent les yeux au ciel à ce moment précis
du
récit. Bien sûr, le
Notaire ne
voyait que l’éclat du regard de Madame,
les frémissements de ses lèvres, mais en lui tendant le miroir,
elle ne vit que son visage sali par le Rimmel qui avait dégouliné
sur ses joues, par le rouge à lèvres étalé
sur son menton, qui
lui faisait ressembler à Bozo le clown !
Voici une différence notable entre les hommes et les femmes !
Cette
nuit
l’avait
plongée dans une instabilité émotionnelle extrême, elle avait
aimé, vraiment aimé ce qu’elle
avait ressenti, mais une culpabilité s’était
abattue
comme
une chape
de plomb sur ces heures. Elle avait mis longtemps avant d’oser
s’en
confesser. En fait, il lui avait fallu être sûre d’être
enceinte pour trouver le courage de dire au curé qu’elle
aimait remplir le devoir conjugal. Mais cette terreur de commettre un
péché lui fit refuser à maintes reprises les avances de son mari,
elle trouvait les prétextes assez facilement, un enfant qui bougeait
dans son sommeil, une migraine, les règles…
bref, tout l’arsenal argumentaire que l’on
s’échangeait
entre femmes mariées. Et non, mon Lucas, je ne te raconte pas la vie
au 18ᵉ
siècle, mais le lot de bon nombre de femmes mariées dans les années
soixante !
Je
te passe sur les années qui ont suivi, ces années où Madame
se doutait bien que son époux allait voir ailleurs, mais elle
pensait encore que les hommes, que le désir des hommes est
incontrôlable, que seule la retenue des femmes pouvait garantir que
ce monde ne sombre pas dans la luxure totale.
Après
la double cérémonie de mariage de Monique
et Christian,
de
Cathy
et Alain, après cette fameuse discussion avec le
Notaire
que Monique relate dans ses chroniques matrimoniales, après sa
première partouze, elle voulut se repentir,
elle décida d’aller
à la messe tous les jours pendant un an
et de
se confesser sans
rien omettre.
Elle assista à plusieurs offices sans oser franchir le seuil du
confessionnal.
Elle s’en
voulait de communier en se sachant en état de péché, mais elle
craignait davantage le regard du curé que la colère de Dieu. On
peut en rire, mais elle le vivait comme une tragédie.
Comment aborder le sujet sans trahir les autres participants ? Comment ? Elle se rendait à l’église avec ces questions qui tournaient dans sa tête quand une voix l’apostropha “Hé, petite, tu veux qu’on fasse le chemin ensemble ? Attends-moi !” Nathalie qui ne lui avait pratiquement jamais adressé la parole, l’interpelait d’une des fenêtres de la maison où s’était passé l’orgie ! Pauvre mamie si gentille, qui ignorait tout de ce qu’elle avait pu faire ! Le rouge au front, Madame refusa avant de s’effondrer en larmes. Nathalie poussa un de ces fameux “HOU !” retentissants qui ne laissa aucune possibilité à Madame de refuser l’invitation.
Elles n’allèrent pas à l’église ce matin-là. Nathalie pria Madame de s’asseoir, lui servit un grand bol de café “bien fort et réconfortant”. Le réconfort tenait en grande partie aux deux morceaux de sucre imbibés de rhum qu’elle y ajoutait. Madame faisait tourner sa cuillère en scrutant son bol, comme si les remous bruns pouvaient apporter une quelconque solution à ses tourments ! Nathalie posa sa vieille main sur celle de Madame.
– Qu’est-ce qui te ronge les sangs, petite ?
Madame
rougit, chercha ses mots, bafouilla, plongea son regard dans le
tourbillon brun de son bol et débita d’un trait “Je
suis une bonne catholique, vous savez. J’observe
les commandements,
les rites…
enfin…
non…
justement…
je suis en état de péché et je n’ai
pas le courage de me confesser…
vous comprenez ?
Je communie sans avoir confessé mes odieux péchés…”
– Qué « odieux péchés » ?
– Je suis… ne me jugez pas trop sévèrement…enfin si… puisque je le mérite… D’ailleurs, je ne sais même pas comment je trouve le courage d’en parler avec vous… Je suis possédée… enfin, je crois que Satan… me donne le goût de… de la… luxure… NON ! Ne riez pas ! Je vous en supplie !
– Je ne me moque pas de toi, petite, mais je me suis posé les mêmes questions il y a plus d’un demi-siècle !
– Je ne crois pas, mon cas est beaucoup plus grave… vous ignorez mes fautes…
Le
courage fuyait Madame.
Elle n’en
dirait pas plus, elle le savait déjà. Nathalie se leva, l’air
agacé, s’absenta
quelques instants. Madame
l’entendit
ouvrir un tiroir, le refermer avant de revenir, une photo à la main.
Elle la déposa à côté du bol de Madame
“Au
contraire, je crois que tu es exactementplongée dans les mêmes
tourments que je l’étais”.
Madame
ouvrait des yeux comme des soucoupes, elle regardait alternativement
la photo puis la vieille femme assise face à elle.
– Moi, je crois en la parole de Dieu et j’applique les dix commandements. C’est tout ce qui compte ! As-tu un autre Dieu que Lui ? Adores-tu des idoles ? Invoques-tu Son nom en vain ? Respectes-tu le jour du Seigneur ? Honores-tu ton père et ta mère ? As-tu tué quelqu’un ? As-tu volé ? As-tu porté faux témoignage ? As-tu convoité le bien d’autrui ? Alors, tu vois bien que tu es une bonne croyante !
Madame
était étourdie par l’énumération
que Nathalie avait faite à toute vitesse et, aussi, par l’alcool
qui embrumait un peu son esprit. Elle s’exclama
soudain “Mais
le septième…
j’y
contreviens !”
– Et depuis quand ? ! Si ton mari est au courant, il n’y a point tromperie, donc pas d’adultère ! Vois-tu, ce sont mes incroyants d’amis, mon athée de mari qui m’ont fait remarquer qu’en aucun cas, Dieu a prescrit « Tu ne jouiras point », tous les commandements qu’Il a remis à Moïse ne visent qu’à une chose, que les hommes ne s’entretuent pas, qu’ils apprennent à vivre ensemble et à rien d’autre !
– Mais… la luxure est bien un péché capital, non ?
– Je te parle des commandements divins, petite ! Je préfère respecter la parole de Dieu plutôt que me cailler les sangs à cause de ce péché inventé, oui, je dis bien inventé par les mêmes qui enfreignaient le sixième commandement au nom des deux premiers !
Madame
n’était
pas en capacité d’aller
à l’encontre de
la dialectique de Nathalie, elle était un peu trop assommée par ces
quelques gouttes d’alcool,
les pensées avaient du mal à s’ordonner,
à se frayer un chemin dans son cerveau devenu cotonneux…
Et surtout, surtout, elle avait besoin d’adhérer
aux propos de cette femme éminemment respectable, celle qui avait
aidé l’oncle
de sa mère à ne pas sombrer dans l’alcoolisme
à son retour de la grande guerre, celle qui fleurissait
régulièrement sa tombe. Elle voulut l’en
remercier, mais le doux sourire de Nathalie, son regard en coin,
incitèrent Madame
à porter plus d’attention
à cette vieille photo.
Elle
se sentit rougir violemment en même temps qu’elle
fut prise d’un
fou
rire
de soulagement. Nathalie caressa sa main et lui proposa d’aller
faire un tour au cimetière “avant
que les impies ne déboulent”.
Elles
firent le chemin en silence, main dans la main. Madame
ne se souvenait plus la dernière fois où elle avait eu l’esprit
aussi léger. Elle sourit en entendant Nathalie engueuler son Toinou,
lui reprocher de l’avoir,
de les avoir laissés seuls pour épauler les petits “Et
tu me manques tellement, mon grignoun, tu me manques tellement…”
– Vous…vous
le disputez ?
– Ma
petite, déjà, on va se dire tu…
et oui, je lui en veux, je ne lui pardonne pas d’être
mort avant moi, alors oui, je le lui dis !
Même s’il
ne croyait
pas en Dieu, même s’il
affirmait que la vie éternelle n’est
que foutaises, je viens le voir souvent pour lui rappeler combien je
lui en veux…
parce qu’il
était l’amour de ma vie…
Hé Grignoun, tu le sais, hein, ce qui me manque le plus !
Nathalie
pouffa dans son poing. À cet instant, Madame
se souvint d’un
de ses arguments.
– Comment
avez-vous su pour mon mari ?
– Ah
ça, petite, si tu veux le savoir, tu me dis « tu » !
– Comment
av.…
as-tu su pour mon mari ?
Pour
toute réponse, Nathalie, malicieuse,
du
bout de son index, se tapota la pommette tout près de l’œil
droit
en
souriant. Madame
comprit qu’elle
n’en
obtiendrait pas plus. Dès lors, elles se rendirent ensemble à
l’église.
Nathalie aimait y passer du temps en dehors des offices, elle
s’agenouillait
ou s’asseyait
et laissait vagabonder son esprit. “Mieux
qu’avec
des mots, le petit Jésus peut connaître les pensées, les souvenirs
que j’ai
dans ma tête, dans mon corps. Tu ne peux pas mentir si tu livres ton
âme à Dieu en silence et c’est
ainsi qu’Il
m’offre
Son réconfort miséricordieux”.
Leurs
rencontres s’achevaient
toujours par une visite au cimetière, sauf une
fois, peu après le début de leur amitié.
– J’ai
besoin que tu me laisses seule, petite, pour parler à mon Toinou…
et aux autres aussi…
Madame
s’en
retourna chez elle. Le lendemain, Nathalie l’accueillit
avec force effusions, elle lui conseilla de confier ses enfants aux
bons soins de leurs grands-parents le samedi suivant pour passer la
journée en sa compagnie. Madame
intriguée, lui demanda pourquoi. Nathalie répondit “Tu
le sauras bien assez tôt !”
avant
de lui embrasser tendrement le dessus de la main.
Madame
arriva à l’heure
convenue,
trouva outre Nathalie, Rosalie, Valentino (qu’elle
connaissait sous le nom de Maurice), Neuneuille,
Barjaco
en grande discussion avec son petit-fils, Alain, Cathy, Monique qui
chahutait avec Jimmy. Christian arriva peu après, en compagnie de
Joseph et…
de son époux, tout aussi surpris qu’elle.
Après
avoir trinqué, Nathalie prit la parole “Je
n’aurais
jamais pu imaginer que ce serait moi qui proposerais
une nouvelle consœur
à la nouvelle génération, comme quoi…
il ne faut jamais jurer de rien !”,
avant de laisser à Barjaco
le soin de raconter l’histoire
de la Confrérie du Bouton d’Or
devant une Madame
médusée. Quand il eut achevé son exposé, Nathalie proposa à
Madame
d’en
faire partie, ce qu’elle
accepta volontiers.
Rosalie
s’adressa
à sa petite-fille “Tu
as trouvé une solution ?”
Monique sortit une petite boîte d’allumettes,
s’excusa
de l’écrin
« pas
à la hauteur de l’événement »
avant
d’en extraire
une étrange petite broche.
– La
prochaine que nous t’offrirons
sera plus raffinée, mais comme c’était
urgent, j’ai
pensé à l’inclusion
sous plastique, j’avais
tout le matériel sous la main à l’école…
Bouton d’Or
a cueilli celui-ci et…
À
cet instant, le
Bavard
la houspilla d’un
ton cassant, ce qui n’était
pas dans ses habitudes.
– Et
moi, alors ? Quand je
t’ai apporté, quand je
t’ai
dit…
putain, Fille de Mère-Nature, je ne dis pas QUE des conneries !
Monique eut un sursaut d’incompréhension. “Mais pourquoi ? Je croyais à une bla…” puis regardant un à un les membres fondateurs, ainsi que le Bavard, marmonna “Qu’est-ce que j’ignore encore ?” Rosalie sourit à Nathalie et tendit la première photo officielle de la Confrérie du Bouton d’Or à sa petite-fille.
– Que
t’avait
demandé le Bavard ?
– De
faire reposer le bouton d’or
sur un pétale qu’il
m’avait apporté, un pétale
de…
OH !
Gentil Coquelicot était ton grand-père ? !
– Non.
Son frère.
Le
Bavard
se leva, prit Madame
par la main et lui demanda à son tour d’accepter
d’être
sa consœur,
il était sincère quand il ajouta “Parce
que ça me ferait bien plaisir. S’il
y en a une qui mérite de faire partie de la confrérie, c’est
bien toi, la jolie bourgeoise !
Fatché !
Quand tu rougis
comme ça…
Boudiou !
Donne-la-nous,
ta réponse et nous autres, trouvons-lui un surnom !
Et fissa !
Qu’on
l’intronise
et que je l’introduise !
Une rime !
Fatché !
Elle fait de moi un poète !
Elle me transforme en Mistral (s’adressant
à Monique « à
Frédéric Mistral, pas le vent, parisenca de malheur ! »)…
Vite un surnom pour Madame !”
Ce surnom fut désormais officiellement le sien au sein de la
Confrérie.
Rosalie et Nathalie accrochèrent cette broche au chemisier de Madame, l’embrassèrent sur les joues, le front et les lèvres. Les autres membres de la Confrérie en firent autant, seuls les baisers du Notaire lui semblèrent plus appuyés. Arrivée devant le Bavard, celui-ci maugréa “Le problème avec les vieilles, c’est qu’elles y voient plus bien… regarde-moi comment elles t’ont arrangé ça !”. Il détacha la broche, échancra outrageusement le chemisier de Madame. “De telle mamelles, si… magnifiques… c’est péché que de les cacher… Fatché, je veux te tripoter de partout, Madame, je veux te fourrer…” s’adressant aux autres membres, il ne fit même pas semblant de s’excuser “Té, depuis que j’ai couché avec elle… Fatché ! Quand je me branle, c’est ni à la fille de Mère-Nature, ni à Turan que je pense, non ! Quand je me branle, c’est à Madame que je pense… en ce moment ! Vous inquiétez pas vous autres ! Votre tour reviendra !”
Madame rougit violemment, une fois encore, le Bavard demanda aux anciens si Gentil Coquelicot rougissait autant. Ils apprirent à Madame la particularité de son grand-oncle, le Bavard se demanda à haute voix, si ce ne serait pas un feu venu du cul… avant de glisser sa main entre les cuisses de Madame qui s’étaient ouvertes, précédant sa caresse… Il lui chuchota à l’oreille “Dis-moi que tu as envie que je te culbute devant nos confrères et nos consœurs, dis-moi que ça t’excite de t’envoyer en l’air devant eux, avec moi… le moins que rien… dis-le-moi !” Elle lui répondit dans un souffle “Jamais ! Jamais, je ne dirais jamais que tu es un moins que rien ! Mais oui… j’ai envie de toi… devant tous…”
C’est
ainsi que Madame
a transgressé ce qu’elle
considérait jusqu’alors
comme un tabou absolu, qu’en
le transgressant, elle a trouvé sa voie, son chemin vers son Paradis
personnel et avoue que c’était
bien plus ardu pour elle que mes quelques photos, à visage couvert !
J’espère
avoir répondu à ta question et tout comme toi, j’ai
hâte d’être
à demain pour prendre la voiture en direction de Strasbourg avec
Martial et…
et de te serrer dans mes bras !
Je réponds à ta question, oui la grande photo “le poster encadré” comme tu la nommes, a bien été prise par Roger, le photographe dont je te parlais dans ma dernière lettre. Ainsi, tu croyais que c’était une affiche promouvant le métissage et tu te trompais ! C’est bien mon corps que l’on voit et les mains qui semblent vouloir protéger le bébé à l’intérieur de mon ventre sont bien celles de Martial, ton grand-père.
Tu
saisis mieux, désormais, pourquoi je recommandais la prudence à
Manon ?
Tu comprends comment on peut parvenir à concilier plaisir de
l’exhibition
et discrétion ?
J’aimais,
j’aime
savoir que des clichés de moi nue, offerte, circulaient sous le
manteau. J’aimais
imaginer l’excitation
des hommes qui les achetaient, pour autant je n’y
montrais pas ma trogne !
Et pour cause, ces hommes s’en
moquaient éperdument,
ce qu’ils
voulaient voir de moi était exactement
ce que j’avais
envie de leur montrer !
Roger
avait le goût de la photo érotique, pornographique, mais il
manquait toujours quelque chose pour qu’elle
lui convienne
tout à fait ou a contrario, il y avait un détail inutile pour lui
gâcher son plaisir. Trouver des modèles était presque
inenvisageable étant donné son statut social dans une petite ville
de province. Il avait eu cet espoir quand Monique et Christian lui
avaient proposé de photographier leur nuit de noces, le jour où ils
lui ont soumis leur projet de faire-part de mariage, mais il n’avait
pas osé rester en contact avec eux.
Quand il évoquait cette
nuit, il se maudissait “Quand
je pense que je n’avais
même pas gardé quelques épreuves et que je leur avais remis les
négatifs… !
Bon sang, quel crétin j’étais !”.
Quand
le Balafré
est venu dans sa boutique, qu’il
lui a demandé
si,
éventuellement, il accepterait de développer des photos
licencieuses, il a crû rêver et a accepté après une minute
d’hésitation.
Il risquait gros, mais cet instituteur risquait bien davantage. C’est
ce qui a motivé sa
décision parce
qu’il
ne se souvenait même pas de la présence du Balafré
à cette nuit orgiaque, mais en développant la pellicule qu’il
venait de lui remettre, il reconnut immédiatement le pubis blond de
Monique.
Quand
elle
est venue le trouver pour savoir qui les avait prises et après la
première séance dans son studio, tout un monde s’est
ouvert à lui.
Après
la soirée que je t’ai
racontée dans ma dernière lettre, je devins son modèle officiel.
Il n’y
a jamais eu d’histoire
d’amour
entre nous, mais il était fou de ma plastique et je devins sa muse
dans la
plus belle acception
du terme. Roger composait ses photos avec le même soin qu’un
peintre compose un tableau. Il me regardait, imaginait une scène, me
soumettait son idée et je prenais la pose. Moi qui avais été si
complexée
par mon physique, moi qui avais hésité à retomber enceinte pour
les raisons que tu connais, je me transformais
soudain en
objet de fantasme, de désir. As-tu conscience du cataclysme ?
Mon
désir d’exhibition
enflait, enflait, enflait, j’étais
prête à tout pour l’assouvir.
Heureusement,
j’ai
pu en parler avec Rosalie et Nathalie.
Elles ont su trouver les mots pour calmer mes ardeurs et surtout me
donner des conseils plus que judicieux sur l’art
de prendre des risques raisonnables et préserver mon anonymat. Bien
sûr que les clichés pris dans des conditions périlleuses, dans des
lieux publics étaient plus excitants, mais le confort d’une
séance
en studio ou lors de soirées était fort agréable
aussi.
Roger a longuement hésité avant d’accepter
d’être
membre de la Confrérie du Bouton d’Or,
ce fut d’ailleurs
le seul à le faire, durant ce temps de réflexion, il en devint
néanmoins le photographe officiel.
J’y
reviendrai dans une prochaine lettre, permets-moi plutôt de te
parler de cette relation particulière que nous entretenions.
Roger et moi nous comprenions d’instinct, nos corps frémissaient, s’emballaient à l’évocation des mêmes idées. Et puis, peut-être est-ce la cause de notre complicité, peut-être en est-ce la raison, nous avons établi, dès le début de notre relation, un petit rituel. En réalité, différents petits rituels, même si souvent nos séances de “brainstorming” (comme on disait quelques années plus tard) débutaient ainsi : il installait des paravents tout autour de moi, me laissait seule devant un appareil posé sur un trépied, je me déshabillais, ignorant de quel endroit il m’observait, ce faisant, je lui racontais un fantasme qu’il me plairait de mettre en scène et en image. Je devais lui en donner une irrépressible envie et pour ce faire, l’aguicher en prenant des poses coquines, sexy ou carrément pornos. Je fermais alors les yeux et il entrait, me modelait à sa guise, son souffle chaud, excité, m’excitait. J’aimais le sentir se branler tout contre moi, je me masturbais devant lui, n’ouvrant les yeux que pour capturer son regard lubrique posé sur moi et en profiter. Juste avant de jouir, je prenais sa main pour qu’elle déclenche mon orgasme, alors, la plupart du temps, il me remerciait et admirait son jet de sperme maculant ma toison ébène.
Ceci
étant fait, la
séance pouvait commencer.
La première fois où il
installa les paravents autour de moi, je fermai les yeux et lui
expliquai toutes les idées, toutes les sensations que la situation
faisait naître en moi.
– J’aimerais
être exposée comme une statue dans un musée, une statue un peu
particulière, rendue aveugle par un bandeau…
comme la cravate que tu portes aujourd’hui,
une statue que tout le monde pourrait toucher, palper, sans que
personne ne se doute qu’elle
aime être ainsi observée sous toutes les coutures, qu’elle
aime être palpée, fouillée, qu’elle
prend plaisir à imaginer les hommes se branler, les femmes se
caresser en la regardant, qu’elle
jouit des rires affectueusement grivois
de ces hommes qui la renversent, qui font coulisser leur sexe dans sa
bouche idéalement entrouverte et mieux encore lorsque, pendant ce
temps, d’autres
hommes la caressent, caressent son corps avec leur gland. Pas très
facile à mettre en scène, n’est-ce
pas ?
– Laisse-moi
y réfléchir…m’autorises-tu
à venir à tes côtés ?
Ton corps…
ton corps m’émeut…
– Mon
corps t’é… quoi ?
– Ne
te moque pas, je t’en
supplie !
Ne te moque pas de moi !
– Viens…
viens…
je n’ai
pas compris…
viens me le répéter…
– Ton
corps m’émeut…
je ne peux pas le dire autrement…
il m’excite,
il m’intimide,
il est trop beau, trop harmonieux, c’est
comme sije
ne méritais pas de le regarder, j’ai
peur de le salir et j’en
ai l’envie,
je veux être un salaud tout en étant un saint…j’ai
l’impression
que ton corps, que ton visage, que tout en toi a été fait pour le
plaisir que je prendrais à te regarder…
je n’ai
jamais pris autant de plaisir à regarder une femme se faire prendre
par d’autres
hommes que j’en
ai pris avec toi l’autre
soir…j’ai
aimé te faire l’amour
avant les autres parce que quand ils t’ont prise, je savais le
plaisir qu’ils
en tiraient et je pouvais te regarder, regarder ton corps, ton
magnifique corps onduler…j’aimerais
tant montrer des photos de toi à certains clients et guetter
dans leur regard le moment précis où ils commenceraient à bander,
à te désirer…
ils ignoreraient que je suis l’auteur
de ces photos, ils n’auraient
aucun moyen de te reconnaître, mais moi…
moi, je saurais tout !
Quelques jours plus tard, sous prétexte de me faire découvrir les beautés architecturales de la région, il me fit entrer dans une splendide demeure, dont les vendeurs exigeaient trop pour trouver preneur. Dans un splendide patio, de vieilles statues à l’antique, quelques poteries et une magnifique fresque, rien de bien érotique, cependant tout y était harmonieux. Roger me demanda si le lieu pourrait correspondre à mon fantasme de musée idéal, j’embrassai les lieux d’un large coup d’œil panoramique…
– J’avais plutôt imaginé un musée comme celui du Louvre, à l’extrême rigueur la galerie des glaces du château de Versailles, mais tout compte fait, cet endroit me convient tout autant.
– Dans ce cas…
Roger
dénoua sa cravate avant de me bander les yeux, d’une
langue vicieuse il lécha ma bouche, m’indiquant
jusqu’à
quel point je devais entrouvrir mes lèvres, je caressai son sexe
par-dessus le tissu de son pantalon, le suppliai de se frotter à moi
quand je serai nue, d’indiquer
à mon corps comment il devait se tenir pour lui plaire tout à fait.
Il me le promit et s’en
alla, me laissant me déshabiller seule et aveugle…
Je n’avais pas fini d’ôter ma robe quand j’entendis le pas, le souffle et enfin les murmures de plusieurs hommes autour de moi. J’aurais pu défaillir d’excitation, une fois encore, tout mon sang avait paru se figer, se concentrer, l’espace d’une seconde, au beau milieu de mes mollets, je savais ce que cette sensation précédait et j’en étais ravie… Je fis comme si je n’avais rien remarqué et poursuivis mon effeuillage, en prenant soin, néanmoins, de le faire de façon plus impudique… J’aurais été incapable de dire combien ils étaient, si je n’avais pas vu le cliché, les clichés par la suite, mais je reconnus immédiatement Christian quand il s’approcha de moi, avant même qu’il ne me touche… Je devais rester immobile, pourtant j’avais du mal à retenir mon corps, à l’empêcher de se tendre vers ses mains…
Quand
il me caressa enfin, je pus me concentrer et devenir statue…
ne pas bouger…
profiter…
profiter de ses
mains sur ma peau…
profiter de ses
baisers dans mon cou…
profiter de sa main sur mon sein, de son autre main sur mon ventre,
mon ventre qui porte le bébé de mon mari qui est sûrement en train
de nous regarder…
profiter de la douce brûlure entre mes cuisses que cette pensée
engendre…
profiter de ses lèvres qui courent le long de mon épaule…
je sais qu’il
regarde mon corps, ses mains sur mon corps…
sur mon ventre tendu, gonflé, vergeturé
et je sens comme ça le fait bander…
et j’en
profite…
je prie tous les dieux auxquels je ne crois pas que ce moment ne
s’arrête
jamais…
je veux juste profiter…
oohhh…
profiter de sa main qui s’aventure
sous mon ventre…
profiterde l’entendres’extasier
de la douceur de ma toison…l’entendre
demander à l’assemblée
s’il
peut mettre un doigt dans ma chatte…
profiter d’entendre
quelqu’un
lui répondre d’un
accent chantant “Té…
mets-y en
plutôt plusieurs, compagnon !”…
profiter de ce ping-pong verbal, de cette joute oratoire…profiter
de tous ces
accents, ces expressions, ces intonations propres à chacun pour
exprimer comme je les excite…
profiter du trouble qui naît en moi quand je ne reconnais que trois
de ces voix, alors qu’ils
sont au moins une dizaine…
profiter de ce premier orgasme qui explose quand je sens
sur ma cuisse la main
d’Alain
branler son sexe, quand
j’imagine
sa queue énorme cognant sur
mon ventre…
Profiter encore
quand Christian s’exclame “Elle
vient de jouir !”
comme s’il
s’agissait
d’une
victoire personnelle…
Profiter quand des mains inconnues me penchent en avant…
profiter quand une bite tout aussi inconnue me pénètre
précautionneusement, profiter quand cet homme fait part à ses
comparses du confort de mon petit con luisant…
profiter en le reconnaissant à sa manie de siffler tout le temps…
Tu te souviens de ce vieil
attaché-case que ton grand-père t’a confié en te recommandant de
ne pas te montrer trop curieux ? Je suppose que tu l’as ouvert
et que tu as feuilleté les albums photos, survolé les papiers qu’il
contenait…
Prends l’album recouvert de
tissu bleu, à la sixième page, détache délicatement la grande
photo, celle d’une classe de 5ᵉ dont Martial était le prof
principal. La photo qu’elle dissimule est celle que Roger et moi
avions préférée de cette première séance où nous mettions en
scène mes fantasmes.
Comme tu peux le constater, aucune des personnes présentes n’est identifiable. Cette photo pouvait circuler sous le manteau sans que l’on risque d’être reconnus si quelqu’un nous croisait dans la rue. Même ton grand-père préserve son anonymat avec ses gants de cuir, son visage caché derrière le journal qu’il fait semblant de lire, quant à ses cheveux, ils sont dissimulés sous ce chapeau à la mode coloniale. On dirait un touriste amateur de sensations fortes ou alors, le commanditaire de cette petite sauterie.
Toi qui les connais, es-tu certain de pouvoir les nommer sans te tromper ? Où est Christian sur ce cliché ? Et le Balafré? Et le Bavard? Était-il seulement présent ? Et le Siffleur, est-il dans ma bouche ou est-ce cet homme agenouillé devant moi ? Et si c’était celui sur lequel je m’étais empalée ? À moins que ce ne soit un de ces hommes qui semblent observer, commenter, admirer la scène tout en se frottant à moi ou en se caressant ? Le seul pour lequel je sais que tu n’auras aucun doute, c’est Alain, parce que lui… faut toujours qu’il se fasse remarquer ! Mais pour l’identifier, encore faut-il être au courant de sa “particularité particulière”.
J’espère avoir répondu à tes questions et réussi à t’expliquer comment nous conciliions exhibitionnisme et discrétion, même si, en l’occurrence, cette photo ne circula jamais. Roger était trop jaloux de sa première composition pour la partager ! Quand je lui ai fait part de mon intention de te la transmettre, il a un peu tiqué… 41 ans après ! Si tu le souhaites, je t’en raconterai davantage, je t’embrasse très fort,