Instantané – Le trac avant l’entrée en scène

À toi de jouer ! À toi de prendre les choses en main ! Je me laisse faire…

En d’autres circonstances, si j’étais un peu moins pétrifiée, je t’aurais répondu une connerie du tac au tac. J’aurais pu regretter de ne point être architecte, pour prendre en main l’habitat urbain… Mais depuis ce matin, rien ne se passe comme je me l’étais imaginé.

J’aurais aimé avoir plus d’assurance, réussir à te faire croire que pour moi, tout ceci est sans conséquence, une aventure parmi toutes celles accumulées au long de ces dernières années, mais mon retard m’a trahie. Tu me connais trop bien pour ignorer ce qu’il signifie.

Tu as fait comme si tu ne remarquais pas mon calme inhabituel, mon silence, mon embarras. Tu m’as tendu un verre d’eau. Je l’ai renversé. Sans un mot, regardant par la fenêtre pour que je ne remarque pas ton sourire, tu l’as rempli à nouveau. J’ai été plus calme en le portant à ma bouche. J’ai tellement toussé quand j’ai avalé la première gorgée de travers que tu n’as pas pu retenir ton éclat de rire ! Tu t’en es excusé.

J’aurais voulu pleurer, au moins verser une petite larme, histoire de t’apitoyer, mais mon sens de la dérision m’a poussée à plaisanter sur l’ambiguïté de la situation. Nous avons ri ensemble. Je me détendais enfin !

Comment ai-je pu, dans l’ordre, casser une cigarette en la sortant de mon paquet, en prendre une seconde et l’allumer par le filtre ? Chevalier servant, tu m’en as offert une troisième et tu as tendu le briquet allumé.

Calme-toi, respire un bon coup… tout va bien se passer…

J’ai dû respirer trop fort, puisque je me suis brûlé ma frange et le bout de mon nez.

Tu veux qu’on remette ça à une autre fois ?

Non ! C’est ce matin ou jamais ! Après, je n’en aurais ni la force, ni le courage…

Je ne pensais pas que tu me demanderais de me déshabiller. J’avais tout prévu, sauf ça. Je pensais que ma tenue faisais partie de ton fantasme, de ce jeu que tu m’as proposé, mais là aussi, je m’étais trompée… J’ai retiré ma robe à la hâte, pensant te trouver nu quand je me retournerai, mais tu t’es contenté d’ôter ta chemise, de t’asseoir dans un fauteuil.

À toi de jouer ! À toi de prendre les choses en main ! Je me laisse faire…

Ma main tremble un peu, mais ton regard planté dans le mien m’apporte l’assurance dont j’ai tant besoin. J’effleure ta peau, la découvre enfin. Depuis combien d’années nous connaissons-nous ? Je ne savais pas qu’elle serait si agréable sous mes mains… Je m’agenouille et avant même de te goûter, je sais que je me régalerai. Ton odeur me fait oublier ce trac qui aurait pu rendre ce souvenir pitoyable.

Tu voudrais serrer tes doigts sur mes cheveux, mais tu ne dois pas mettre du désordre dans ma coiffure savante. As-tu bien fait allusion à une fois prochaine ? Toute concentrée sur mon plaisir, je t’en ai presque oublié, mais il m’a semblé t’entendre prononcer ces mots.

Je n’aurais pas dû retenir ton plaisir, j’ai voulu prendre mon temps, mais le temps est ingrat, il a filé à la vitesse de l’éclair. Je dois me rhabiller, sortir de ta chambre, rejoindre la mienne et quand je descendrai le grand escalier, quand tous les invités applaudiront mon entrée en scène, tu seras aux côtés de ton meilleur ami, feras semblant d’envier sa chance de m’avoir rencontrée et tu seras encore à ses côtés quand le maire fera de moi son épouse.

Quoi qu’il en soit, en ouvrant la porte de ta chambre, je n’ai qu’une certitude, celle d’avoir réussi à chasser ce trac qui me dévorait.

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