Le cahier de Bonne-Maman – À table comme en amour, le changement donne du goût

J’avais quitté ma Normandie sous la pluie et le vent et je découvrais une Provence éclatante de soleil, bien que très venteuse. Ce furent les premières choses qui me frappèrent, la lumière et ce vent que je ne connaissais pas. Ensuite, je me souviens des odeurs. J’étais une fille de la terre et sans doute bien plus sensible que toi à ces choses-là.

Je fis à pied le trajet depuis la gare, les reliefs me surprenaient et je m’arrêtais souvent pour regarder, toucher, sentir ces fleurs, ces buissons, goûter ces fruits que je ne connaissais pas encore.

Je trouvai facilement la ferme des parents de Nathalie. Elle avait reçu une lettre du Toine lui racontant mon histoire et lui demandant de trouver un lieu pour manger et dormir contre mon travail. 

Puisque j’avais mon certificat d’études et que j’avais une écriture soignée, je pourrais peut-être aider l’instituteur après avoir passé un petit examen. Si j’étais prise, je logerais au-dessus de l’école. Sinon, je pourrais toujours proposer mon aide dans une ferme, ce n’était pas le travail qui manquait !

Nathalie était curieuse de me voir et surtout d’entendre « mon drôle d’assent » ! C’étaient eux qui en avaient un ! Pas moi ! Ce fut longtemps un sujet de plaisanterie mon fameux accent, au fil des années, je l’ai perdu. Nathalie dit que ce sont leurs oreilles qui s’y sont habituées!

Très fatiguée par ce voyage, par toutes ces émotions aussi, je m’endormis la tête posée sur mes bras, alors que j’attendais que la Nathalie ait fini de me faire une omelette. Quand je rouvris les yeux, je la vis, souriante, un bambin sur les genoux.

Je mangeai un peu puis nous allâmes à l’école, au cœur du village, je rencontrai l’instituteur qui me fit faire une dictée, résoudre quelques problèmes d’arithmétique, m’interrogea sur la géographie. Le besoin était grand, je fus embauchée comme maîtresse auxiliaire et il fut convenu que je commencerai dès le lundi suivant, nous étions vendredi soir, j’avais donc deux jours entiers pour m’installer, faire le tour du village et connaissance avec ses habitants.

Je n’avais qu’une robe sur moi, celle que je portais pour aller voir mon Pierrot. À l’époque, surtout quand on était paysanne, on n’avait pas beaucoup de robes, on portait un tablier sur celle de la semaine et on avait la fameuse « tenue du dimanche »

Je portais ma robe du dimanche, elle était un peu sale, sentait la sueur et le tabac froid, des odeurs de cuisine aussi… Il n’y avait pas de magasin de prêt-à-porter. Les plus riches s’offraient les services d’une couturière, les femmes de ma condition achetaient du tissu et cousaient leurs vêtements. On n’avait pas de machine à laver non plus… aussi, je demandai à Nathalie si elle pouvait me prêter une de ses robes, le temps que je lave la mienne et qu’elle sèche… avec ce grand soleil et ce vent, même si le tissu était épais, ça ne prendrait pas longtemps.

Nous fîmes un aller et retour de la ferme à l’école, la grand-mère de Nathalie s’occuperait des petits le temps que je m’installe dans cette petite chambre, dont la fenêtre donnait sur la cour, et aussi le temps de papoter entre filles dont les fiancés étaient au front.

Nathalie me tendit une robe en me demandant « deux faveurs ». Tout d’abord, la serrer fort dans mes bras et tandis que je le faisais, de ne pas laver ma robe tout de suite. « Mon Toinou a dormi dessus, il a rêvé à moi en vous écoutant, derrière le drap tendu… » Ses grands yeux noirs étaient pleins de larmes.

Elle sentait le tissu, essayant d’y trouver l’odeur de son Toine. Je lui fis la promesse de ne pas laver ma robe avant le retour de nos hommes. Mais je ne savais pas encore qu’il nous faudrait attendre presque dix-huit mois avant de les revoir. Ne te moque pas, mais à leur retour, nous étions tous les quatre convaincus que ce « sacrifice » leur avait porté chance et permis de rentrer sains et saufs.

Je retirai ma robe comme je l’aurais fait devant ma sœur, Nathalie fut surprise de mes dessous. Une fois encore, il y avait quelques différences avec ceux qu’elle connaissait. Je fis une toilette de chat et tandis que je m’aspergeai de « sent-bon », Nathalie étala ma robe sur le lit et s’allongea dessus.

Je la regardais faire et comprenais très bien à quoi elle songeait. Plus que jamais, le corps de Pierrot me manquait. Et ses mains… Et ses baisers… Je me fis une petite place aux côtés de Nathalie et lui caressai les cheveux. Elle laissa enfin couler ses larmes et déversa sa peine, ses regrets.

Pourquoi avait-elle tant tenu à garder sa vertu ? Pourquoi avait-elle refusé d’écouter son cœur, son corps ? Et si le Toine ne revenait pas ? Cette guerre qu’on devait gagner si vite, ce retour des hommes pour les récoltes qu’on nous avait promis ! Ça faisait presque trois ans qu’il était parti…

Elle m’admirait d’avoir eu le courage de faire ce voyage pour rencontrer Pierrot. Elle avait presque vingt ans et enviait pourtant mon « espérience ». Je lui caressai les cheveux, embrassai ses yeux, ses joues, sa bouche. Nos corps firent le reste.

En ce printemps 1917, je découvrais le plaisir et la beauté d’un corps féminin, la douceur de la peau, le frémissement des seins sous mes mains. Il nous fallut presque une heure de caresses, de baisers avant d’oser nous dévêtir entièrement.

Quand je fus nue devant elle, Nathalie écarquilla ses grands yeux « Tu es blonde, même en bas ! ». Je rougis, bafouillai je ne sais quoi, sidérée qu’elle le fût. Je me faisais l’impression d’être une bête de foire, ma tenue, mon accent, les mots que j’employais, tout semblait étrange à Nathalie et maintenant, même mes poils l’étonnaient !

Remarquant mon air contrarié, Nathalie décida de me faire rire et s’agenouilla devant moi « pour implorer ton pardon ! » Comme ses excuses étaient douces… !

« Tu crois qu’on peut ? » était la question que nous nous posions le plus, et à chaque fois, la même réponse s’imposait « Bien sûr qu’on le peut ! »

Dessin de Gerda Wegener

J’avais aimé les baisers de mon Pierrot sur mon sexe, ceux de Nathalie étaient différents, mais je les aimais tout autant ! Je découvris aussi les délices d’un sexe féminin, ses parfums, ses trésors. J’aimais glisser ma langue dans ses replis secrets et j’aimais quand Nathalie faisait de même.

Nous nous caressâmes, nous embrassâmes, nous léchâmes, nous étreignîmes, nous embrassâmes encore, ondulant, lascives, étouffant nos cris de surprise, nos cris de plaisir. Ce jour-là, nous restâmes à l’orée de la jouissance.

Les cloches de l’église sonnèrent la fin de cette récréation, il était temps de nous rhabiller, de nous recoiffer et de retourner à la ferme.

Nous nous regardions droit dans les yeux, sans aucune honte, ni regret, sans crainte d’aller en enfer. Bras dessus, bras dessous nous fîmes le chemin en parlant de tout et de rien, comme s’il ne s’était rien passé dans la petite chambre.

En y repensant, tant d’années après, je me souviens que j’étais bien plus troublée par la robe que je portais, si différente de celles dont j’avais l’habitude, que par ce que je venais de faire avec sa propriétaire.

Après le repas, nous écrivîmes chacune une longue lettre à nos hommes, pour les rassurer. Je racontai mon voyage à Pierrot, la découverte de sa Provence, mon installation au village, je lui parlai de ma robe et de ma décision de ne pas la laver avant son retour, je lui décris, avec force détails, ma découverte du plaisir entre deux jeunes filles. Je ne voulais pas lui cacher quoi que ce soit, du fond de mon corps, je savais qu’il ne me jugerait pas.

Loin de nous juger, mon Pierrot et le Toine, dans leur réponse respective, nous encouragèrent à prendre du plaisir sans aucune honte, ni crainte d’un courroux divin, comme me l’écrivit Pierrot « Je subis la colère de dieu à chaque instant depuis deux ans, pourtant je n’ai rien fait pour la mériter. Si tu m’aimes, accroche-toi au plaisir, croque le bonheur à pleines dents, récolte le plaisir, fais-en provision, si je reviens de cet enfer, je vais en avoir besoin, j’en serai affamé » Je lui ai reproché d’avoir écrit « si » à la place de « quand », mais je ne manquais pas de lui raconter nos émois sensuels pendant les mois qui suivirent.

Dessin de Gerda Wegener

Nous nous laissions aller aux « plaisirs saphiques » comme le Toine les nommait de sa plume érudite, dès que l’occasion se présentait, parce que l’envie, le désir ne nous quittaient jamais. Nous devenions audacieuses dans nos étreintes, la seule crainte de Nathalie étant de perdre son pucelage.

Même si ça amusait son Toinou, qui la moquait un peu à ce propos, elle tenait à lui offrir sa virginité. Depuis toutes ces années, j’ai appris que quand Nathalie a une idée dans sa caboche, rien ni personne ne pourront la déloger !

Quand il revinrent au village, j’y avais trouvé ma place je m’étais accoutumée aux parfums, aux vents, à la végétation, aux reliefs, à l’accent, au langage, aux traditions, à la cuisine de la Provence, mais j’y avais surtout trouvé une amie, une compagne, une sœur, une de ces personnes qui t’ancrent dans la vie, qui te permettent de garder l’espoir dans les moments de doute.

Au fil des mois, j’avais appris à connaître mon corps, à le faire réagir, à moduler la montée du plaisir, et je savais la stopper si je voulais prolonger cet état ou, au contraire, je savais laisser exploser ce feu d’artifice intérieur. J’avais aussi appris à reconnaître tous ces signes dans le regard de Nathalie, dans les frémissements des ailes de son nez, je savais déchiffrer la mélodie de son plaisir rien qu’en l’écoutant respirer. J’avais appris ce que signifiaient les mouvements de ses cuisses, les ondulations de son bassin, les crispations de ses mains, même ses pieds m’indiquaient où elle en était dans son ascension vers son plaisir.

En apprenant à aimer une autre fille, nous ne pensions pas que nous saurions offrir tant de plaisirs aux hommes qui allaient partager nos vies, à nos compagnons. Mais le plus important, nous ignorions que nous en prendrions autant ! Sans en avoir conscience, nous nous étions libérées des carcans d’une morale qui ne nous aurait jamais convenu.

À leur retour, quand il me vit nue, mon Pierrot me dit que les nombreuses caresses de Nathalie avaient épanoui mes seins, qu’ils étaient encore plus beaux que lors de notre rencontre, qu’ils avaient tout pour combler ses mains d’homme. Il sut s’en montrer reconnaissant.

Comme l’affirme le dicton, « là où il y a des filles amoureuses, il est inutile de verrouiller les portes »

 

Les leçons de Sophie – Arts plastiques

C0ovOCXWEAAwxLb

– Non, mais quel con ! Quel con ! Quel con ! Quel con ! Regarde-moi ça !

Les yeux de Sophie, noirs de colère, se mettent à pétiller quand j’éclate de rire et la prends dans mes bras.

Le deuxième trimestre s’achèvera dans quelques jours et notre complicité, notre désir, notre amour sont toujours aussi forts. Nous avons chacune un petit ami, mais il nous arrive de nous retrouver dans sa petite chambre ou dans la mienne, pour nos « leçons particulières ». Nous échangeons nos rôles au gré de nos envies. Je suis parfois l’élève, parfois la maîtresse, mais le plus souvent nous sommes égales.

Nous pouvons communiquer en langue des signes et nous ne nous en privons pas. Sophie progresse très vite, mais comme notre amour, nous gardons ce secret pour nous deux. Elle me dit aussi que ma voix a changé, qu’elle est moins métallique et nasillarde. Je la crois volontiers, mais je ne le perçois pas.

Ce soir, nous nous sommes retrouvés tous les quatre pour une soirée mémorable, Sophie et Alex, Enzo et moi. Au programme, ciné, restau, fin de soirée chez Alex chez qui Sophie passera la nuit, pour son « grand soir »… son dépucelage qu’elle a décidé de lui offrir.

Avant que le film commence, pendant l’interminable page de pub, j’ai signé « pause-pipi ». Nous nous sommes enfermées dans les WC et nous nous sommes dévorées de baisers, embaumées de caresses. Les allées et venues d’autres nanas nous ont contraintes au silence, alors, nous avons parlé avec nos mains…

Le désir d’une étreinte secrète, pendant que nos copains se gavaient de pop-corn en nous attendant, s’est emparé de nous…

Assise sur les toilettes, elle m’a fait jouir de sa bouche et, toute tremblante de ce plaisir rapide et violent, je l’ai plaquée contre la porte, ma main sous sa jupe, je l’ai fait jouir de mes caresses brutales à travers sa culotte, en lui chuchotant à l’oreille « Je t’aime et je serai tienne tant que tu seras mienne ».

Après le restau, un japonais, nous avons terminé la soirée chez Alex, dont la mère est partie en week-end avec son nouveau copain.

Sophie était avec Alex, dans sa chambre et moi, avec Enzo sur le canapé du salon. J’aimais bien comment il me pelotait… des caresses de garçon… mais j’aime bien aussi les caresses de garçon !

Quand il a glissé sa main sous ma jupe, que ses doigts sont passés sous ma culotte, ses yeux m’ont dit « comme tu mouilles ! », mais aucun mot n’est sorti de sa bouche… C’est dommage, j’aurais bien aimé les entendre… du moins, je crois…

Devais-je descendre sa braguette et glisser ma main dans son pantalon, comme j’en avais l’envie ? Hésitante, j’ai posé ma main sur sa cuisse et j’ai attendu qu’il me fasse comprendre ce qu’il désirait…

Après une heure de caresses et de baisers, nous avons dit « Au revoir ! » à travers la porte, à Sophie et Alex, puis Enzo m’a raccompagnée jusque devant chez moi. J’ai bien aimé qu’il n’arrête pas ses caresses après avoir joui… j’ai été surprise qu’il ait explosé si vite dans ma main… Ses caresses étaient malhabiles, un peu trop rapides quand je les souhaitais lentes, un peu trop lentes quand je les aurais aimées rapides, trop appuyées quand il aurait fallu qu’elles fussent légères et inversement…

Je me suis imaginé Sophie ondulant sous les caresses d’Alexis, j’ai pensé à son regard, à sa bouche, aux  petits tics nerveux de son visage à l’approche de l’orgasme et cette vision m’a fait jouir.

J’allais fermer les volets de ma chambre quand j’ai vu Sophie au loin. Un peu surprise, je lui ai fait signe de venir me voir, l’ai faite entrer en silence dans ma chambre.

– Non, mais quel con ! Quel con ! Quel con ! Quel con ! Regarde-moi ça !

Sophie s’échappe de mes bras, recule d’un pas et me montre la raison de sa colère, en m’expliquant sa mésaventure.

– Tant qu’il me roulait des pelles, qu’on se pelotait sur son lit, c’était super… franchement super… et puis vous êtes partis… alors, on a voulu aller plus loin… aller jusqu’au bout… il s’est déshabillé… j’arrivais pas à le regarder là… tu vois ce que je veux dire… j’ai retiré ma robe… et… quel con ! Non, mais quel con !

– Il t’a fait mal ?

– Mais non !

– Alors quoi ?

– Comme tu le sais, j’avais mis des bas, un porte-jarretelles… il avait rien senti avant ! Alors, quand il a vu mes jambes… pffffuit… il a tout lâché dessus ! Mais rigole pas ! C’est pas drôle ! Alors, il s’est excusé et a voulu « réparer les dégâts » et là… regarde !

Sophie furieuse me montre son bas maculé et je remarque enfin la raison de sa colère. En voulant essuyer le sperme, Enzo a pris la robe de Sophie et l’attache d’une bretelle s’est accrochée au bas, le filant… Sophie s’est donc retrouvée avec sa robe tachée au niveau de la poitrine, un bas noir filé et maculé…

– Je ne sais même pas comment j’ai gardé mon calme… franchement, je ne sais pas… Je lui ai dit que je préférais rentrer chez moi toute seule, parce qu’en plein jour… la robe tachée, mon bas filé… non, je ne voulais pas sortir en plein jour comme ça… il était désolé… il avait les larmes aux yeux, je te jure ! Il a commandé un taxi et m’a donné l’argent pour le payer… et en chemin, quand je passais pas loin de chez toi et que j’ai vu de la lumière…

Sophie se met à pleurer en marmonnant un truc que je ne comprends pas.

– Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?

C’est bizarre, quand elle parle trop bas, j’ai le réflexe de signer… Sophie ne connait pas les signes pour me répondre… elle s’approche de moi.

– S’il s’y prend aussi mal pour me dépuceler, je ne veux pas que ce soit lui…

– Trouve un autre mec, alors !

– Non ! Si je couche avec un mec, ce sera avec lui et pas un autre ! Mais je ne veux pas qu’il me dépucelle…

Sophie me regarde, sa déception et son désir la rendent si belle…

– Tu crois que tu y arriveras ?

– Je ne sais pas… on va essayer…

Sophie retire sa robe. Qu’elle est sexy avec son porte-jarretelles, ses bas, son soutien-gorge ! Comme elle fait… femme ! Je lui ôte son soutien-gorge, libérant ses jolis petits seins, mais quand elle se penche pour dégrafer son bas, je l’arrête.

– Non ! Reste comme ça ! Je voudrais le faire avec…

Elle fait la moue, me montre à nouveau son bas filé et taché.

– Justement… comme ça, c’est comme si c’était un peu lui… et puis regarde… ça fait comme des dessins sur ta jambe… comme une enluminure… !

Elle me sourit. Je tire le verrou de la porte, la rejoins et m’allonge à ses côtés… Nous nous embrassons. Sans avoir eu besoin de nous le dire, nous avons décidé que nous prendrons tout notre temps… Je la caresse, son bassin ondule quand je pose ma tête sur son ventre, mais son sexe est entre sec et mouillé.

– Tu veux toujours ?

– Oui ! Mais… j’ai un peu… tu peux… d’abord… avec ta bouche ?

Elle ne me voit pas sourire, mais je suis heureuse qu’elle me l’ait demandé… Je sais ce qui va arriver. Elle va passer sa main dans mes cheveux… écarter ses cuisses… ouvrir ses lèvres avec ses doigts pour que son clitoris soit bien visible… tout comme moi, elle aime admirer le spectacle de nos sexes offerts, ouverts comme des fruits bien mûrs, bien juteux dont on se régale insouciantes, avec naturel et une indéniable gourmandise… Je sais aussi qu’après mes premiers baisers, elle passera sa langue sur ses lèvres et me demandera de m’allonger sur elle pour pouvoir m’embrasser en même temps…

Le sexe de l’une sur la bouche de l’autre, je la sens respirer plus fort, onduler et onduler encore… ses pieds s’agitent… je sais que sous peu, elle jouira… D’une main, j’écarte sa cuisse droite et de l’index de l’autre, je commence à la pénétrer… c’est la première fois que je le fais. Je relève la tête pour être plus attentive à ses réactions.

– Tu aimes, comme ça, Sophie ?

Je prends son aaaahh pour un oui… j’entends le bruissement de ses cheveux sur mon oreiller… je sais qu’ils y font un beau dessin… elle respire plus fort…

– Oooh… et toi ? Tu… aimes ? C’est… gloups… comment ?

– Chaud et… poisseux… c’est… c’est bon… c’est doux… tu te resserres autour… OOoooh… !

– Aaahhh… !

Elle vient d’en faire autant… ce que c’est bon ! Nous débutons un concert à mi-voix… ooohh… aaahh… ooohh… ooaaooohhh…  Je me laisse guider par ses caresses comme elle se laisse guider par les miennes… son sexe se détend… il palpite très fort sous mes doigts… J’aime la chaleur humide et bruyante de son sexe quand j’entre et que je sors… les mouvements de son bassin quand son corps en veut plus…

Enlacées, nous nous remettons de cette première fois. Sophie et moi scrutons le drap à la recherche d’une trace de sang… en vain.

– Tu crois que c’est fait ? Que nous nous sommes dépucelées ? 

Je regarde mes doigts, les siens…

– Pour la largeur… le diamètre… oui… mais est-ce que nos doigts étaient assez longs ? Tu sais précisément où il est l’hymen ? Comment il se déchire ?

Sophie roule les yeux en signe d’ignorance…

– Si seulement on avait un truc… comme un gode… ou un truc comme ça… tu pourrais recommencer et me dépuceler à coup sûr…

Je la regarde, sidérée par ses derniers mots… Elle se lève, ses bas ont tourné et se sont détendus, je les trouve encore plus excitants comme ça… Sophie ouvre le tiroir de mon bureau, en sort ma boîte de crayons de couleur, elle me sourit… un peu coquine, un peu vicieuse… prend les crayons dans sa main, en fait un petit fagot qu’elle maintient d’un élastique à chaque extrémité… se penche pour récupérer son sac à main, d’où elle extirpe une capote et tout en l’enfilant me dit

– Je viens ENFIN de comprendre pourquoi les profs d’arts plastiques exigeaient de nous autant de matériel !

Fin de la troisième leçon

Après Sophie qui nous a raconté ses leçons, c’est au tour de Tatie Monique de nous livrer ses souvenirs

Les leçons de Sophie – Rigueur et discipline

Quand je suis arrivée au lycée, ce matin, au lendemain de cette révision chez Sophie, elle a fait semblant de ne pas me voir. Je me suis dirigée, d’un pas léger et rapide, vers son petit groupe d’amis qui devient aussi le mien, la tête haute, le regard clair. Elle s’est interrompue, comme si elle venait de remarquer ma présence.

– Oh… bonjour !

Tournée générale de bises en guise de salut et leur conversation a repris. Sujet du jour, les évaluations qui arrivent à grands pas et les ragots habituels, qui sort avec qui, mise à jour de nos informations, qui a fait quoi, qui a dit quoi, la boulangerie qui a modifié sa formule midi et propose désormais, en dessert, cette viennoiserie trop bonne.

– Pourquoi souris-tu comme ça ?

Que pourrais-je répondre à Clara ? Je hausse les épaules et marmonne un « je sais pas… pour rien… ». Il faudra que j’explique à Sophie que mes longues années de surdité ont aiguisé mon regard. Que décrypter chaque détail était ma façon de survivre dans ce monde dont je ne percevais aucun son. Que j’ai pu lire ses sentiments dans son regard. Elle a aimé ce plaisir fou que nous avons pris ensemble, mais elle ne veut pas que ça se sache. Tant mieux, moi non plus ! Lui dirai-je ou ne lui dirai-je pas ? Parce que je prends conscience du pouvoir que m’offre sa crainte et j’aime ça…

Je me suis amusée de faire de Sophie ma marionnette, dès le cours de maths. Elle est passée à mes côtés pour aller au tableau, à la demande du professeur. J’ai signé S O F I, la main devant ma bouche et j’ai posé mes doigts sur mes lèvres. J’en étais sûre, ça l’a troublée. Elle essayait de ne pas me regarder, mais ses yeux étaient irrémédiablement attirés par la danse de mes doigts. S O F I S O F I… En retournant à sa place, elle m’a bousculée. Personne n’a rien vu. La salle de classe est trop petite pour le nombre de tables, alors, les bras qui s’entrechoquent à cause des déplacements, n’attirent pas l’attention.

Je l’ai manipulée ainsi tout au long de la journée, n’arrêtant mon manège qu’aux interclasses, aux récréations et à la pause déjeuner. Quelqu’un aurait pu le remarquer, elle m’en aurait voulu, et le jeu aurait perdu de son intérêt.

Pour la dernière heure, alors que nous étions assises côte à côte, j’ai fait semblant de regarder vers la fenêtre, à ma gauche, alors qu’elle était assise à ma droite… S O F I… doigts sur ma bouche… S O F I… ma langue humidifie mes lèvres… S O F I… grande inspiration… S O F I… expiration lasse et comblée… Coup d’épaule discret de Sophie. Je l’ai regardée, un sourire innocent aux lèvres. Elle m’a fait les gros yeux, le rouge au front, les joues empourprées, a articulé un « Arrête ! » muet. J’ai souri de plus belle…

Fin des cours. À l’arrêt du bus, les élèves parlent de ce qui nous préoccupe tous, les évaluations à venir, les vacances qui semblent loin, encore du planning des évaluations, des révisions. J’évoque ma crainte de ces oraux, exercice que je maîtrise mal « à cause de… », laissant ma phrase pleine de sous-entendus, en suspens.

Les regards de compassion m’indiquent que j’ai atteint mon but… « pauvre petite fille sourde », j’aime bien me faire plaindre par ces gens qui ignorent tout de notre monde… J’entends, mais j’appartiens pour toujours à la communauté des sourds. Un univers plein de blagues, de rires, de tendresse, de larmes, de colères, de vacheries, d’amour et de haine, une communauté soudée par le mépris pour tous ces entendants qui s’apitoient sur notre sort sans chercher à nous connaître.

Sophie prononce enfin la phrase que j’attendais « Si tu as besoin d’aide… ». Je fais semblant d’hésiter « Je ne voudrais pas abuser… tu dois réviser aussi… ». Elle insiste, comme si c’était moi qui lui rendais service. Je me laisse convaincre, nous réviserons ensemble dès ce soir.

Nous voici dans ma chambre, j’ai prévenu ma mère que je ne voulais pas être dérangée par les irruptions de mon petit frère. Consciente de l’enjeu, elle m’a autorisée à tirer le verrou de ma porte.

Sophie découvre mon univers, ça me fait tout drôle de la voir assise sur mon lit, de lui expliquer que cette lampe… là, au-dessus de mon bureau, servait à me prévenir que je devais sortir de ma chambre, pour passer à table, par exemple.

– Pourquoi tu faisais ça, toute la journée ?

– Je faisais quoi ?

– Ça !

Elle fait n’importe quoi avec ses doigts ! Je les prends dans ma main et lui montre S… O… F… I…

– C’est mon prénom en langue des signes ?

– On n’épelle pas les prénoms, on se sert d’un signe qui te définit. Par exemple, pour moi, c’est…

Je lui montre comment je m’appelle pour les sourds.

– Et moi ? Ce serait quoi ?

Je mime ses cheveux frisés. Elle me demande de lui apprendre quelques mots…

– Déshabille-toi d’abord !

Son regard, son sourire n’ont pas de prix… Quand elle est nue, je tourne autour d’elle, caresse, soupèse ses jolis petits seins, écarte un peu ses cuisses, mes doigts retrouvent la douceur de son sexe…

– Embrasse-moi !

Elle m’obéit… sa langue dans ma bouche cherche la mienne… je la fais languir parce que j’aime sentir son désir… Je signe un nouveau mot entre ses cuisses et elle aime ça !

– Montre-moi… apprends-moi… montre-moi…

– Tu dois le mériter ! Déshabille-moi… montre-moi que tu en as envie !

Une chose est sûre, elle sait s’y prendre ! Comment réussit-elle à ne pas arracher mes vêtements ? Ses yeux brillent de désir, pourtant ses gestes, comme hier, sont lents et gracieux… délicats… J’aime ses baisers dans mon cou… sur mes épaules… sur mes seins… sur mon ventre…

J’aime quand elle se met à genoux devant moi, désormais nue, qu’elle sort sa langue, la tire et que je bouge sur elle… d’avant en arrière… et qu’elle me regarde docile et complice… Alors, je commence à épeler, à signer le mot du jour, sans lui en révéler la signification. Elle se redresse, essaie de reproduire mes gestes.

– NON ! Tu fais n’importe quoi ! Regarde ! C’est comme ça !

Elle essaie encore. Je glisse ma main entre ses cuisses. Elle en fait autant. Sa main entre les miennes, je vais défaillir…

– Comme ça… !

Sophie est appliquée… et sensible… elle parvient rapidement à signer comme il faut, mais je lui fais croire le contraire, parce que j’aime la toucher ainsi et qu’elle me touche comme elle le fait…

– Applique-toi ! Dis-moi que tu aimes ça ! Que tu aimes être mon élève…

– Oui… oooh… oui… j’aime ça… j’aime ça… !

– Montre-le moi ! Allume-moi ! Excite-moi !

Assise sur ma chaise de bureau, comme au spectacle, je regarde Sophie faire de son mieux pour que je la rejoigne, la touche, l’embrasse encore… Je ne m’en lasse pas… plus le plaisir que je ressens prend de l’ampleur, plus je deviens exigeante…

– Mieux que ça !

– Comme ça ?

Sophie se prend au jeu, comme si la situation lui permettait d’assouvir ses fantasmes de jeune fille rangée. Elle se caresse, lascive, offre son corps à ma vue, lèche ses lèvres en me regardant… vicieuse…

– Sois plus salope ! Fais ta salope !

Elle rougit un peu, mais ses yeux me sourient. Elle s’assied sur mon lit, les jambes écartées, se caresse devant moi… Je regarde ses mains aller de ses seins à son sexe et je voudrais qu’elles soient sur mon corps…

– Mieux que ça ! Sois cochonne ! Montre-moi tout !

Sophie écarte les lèvres de son sexe, l’offre à ma vue…

– Comme ça ?

– C’est mieux… montre-moi ton cul… ton joli petit cul… !

Elle se met à quatre pattes sur mon lit, je la regarde se caresser, folle de désir pour elle… je ne vais pas tenir très longtemps…

– Tu trouves que j’ai un joli petit cul ?

Dieu merci, elle m’offre cette occasion ! Je me lève, attrape mon écharpe qui traînait là, bâillonne sa jolie bouche…

– Tais-toi !

Et je signe, lettre après lettre, le mot entre ses cuisses. Que son corps est chaud ! Que sa peau est douce ! Que son sexe est gonflé et humide ! Je chuchote à son oreille…

– Tu aimes ça, hein ? ! Montre-moi que tu aimes ça ! Frotte-toi contre ma main… comme la jolie petite chienne en chaleur que tu es… oui… comme ça !

Je l’entends gémir dans mon foulard… Je la sens jouir sous mes doigts… Elle tombe sur le flanc… vaincue… comblée… et me caresse… avec fougue… avec tendresse… Ses yeux me supplient de lui ôter le bâillon… Ce que je fais.

Elle plonge dans ma bouche… m’inondant de ses « merci… merci… c’est si bon… merci… ! » elle couvre mon ventre de baisers… j’écarte mes cuisses… je les sens humides et je sais bien que la sueur n’y est pour rien… Son regard implorant « je peux ? »… que sa langue est agréable… comme elle me suce bien… ! À nouveau ces mots sales m’excitent… oh oui, j’aime ça… oui, j’aime quand tu me suces comme ça, mais je ne te le dirai pas… pas aujourd’hui, pas encore… Sans arrêter de me lécher, elle glisse sa main entre mes cuisses et s’applique… je reconnais les premières lettres, mais l’orgasme que Sophie m’offre m’empêche de « lire » les autres… Je me demande si on peut mourir de plaisir…

Allongées dans mon lit, nous nous embrassons, nous caressons, repues de plaisir, nous devenons tendres, nous nous disons des mots d’amour, nous nous promettons de profiter de la moindre occasion pour recommencer et jouir l’une de l’autre, de jouir l’une avec l’autre…

Alors que nous nous rhabillons, que nous guettons sur nos visages, dans nos regards, un signe qui pourrait trahir ce que nous avons fait au lieu de réviser, constatant, rassurées, qu’il n’en est rien, Sophie semble hésiter à me poser une question.

À l’arrêt du bus, juste avant qu’il n’arrive, elle se décide enfin.

– Quel est ce mot que tu m’as appris ?

Elle le signe avec moi et j’énonce les lettres S… O… U… M… I… S… S… I… O… N…

Fin de la deuxième leçon

Les leçons de Sophie – Arts plastiques

C0ovNHQXUAALHfF