Instantané – À chacun son tour

J’avais fait mon coming-out peu avant d’être outée. J’en étais un peu furieuse parce que j’estimais que ma vie sexuelle ne concernait que mes partenaires et moi, mais l’air du temps étant à la transparence, il m’avait fallu lever le voile sur mon intimité.

J’y ai perdu quelques amies pour lesquelles je devenais soudain une prédatrice potentielle. Les garçons me regardaient tantôt comme la pauvre nana qui n’avait pas eu la chance de rencontrer « le bon », celui qui d’un bon coup de queue m’aurait fait découvrir le plaisir… Celui dont la queue aurait été, en quelque sorte, une baguette magique…

D’autres me classaient dans la catégorie « rivale éventuelle » et se montraient assez agressifs. Enfin, le plus grand nombre me voyaient comme le moyen d’assouvir leur fantasme « deux filles ensemble qui se chaufferaient, les excitant au passage, pour finir par succomber de plaisir sous leurs coups de boutoir ».

Je ne saurais dire quel comportement m’agaçait le plus…

Manon m’attendait à l’entrée du campus. Je la connaissais à peine, nous n’étions pas dans la même filière, mais nous avions déjeuné à la même table, avant ce maudit coming-out. J’ai aimé l’éclat de son regard, ses pommettes un peu rosies, quand elle m’a invitée à déjeuner « un peu à l’écart des autres ».

À plusieurs reprises, elle respira un grand coup, ouvrit la bouche comme si les mots avaient besoin d’espace pour daigner franchir ses lèvres. Je la regardais, affichant un sourire engageant, mais à chaque fois, une bouffée de honte mêlée de timidité l’en empêchait. Alors, Manon mangeait de grosses bouchées, histoire de justifier sa bouche grande ouverte.

Je décidai de prendre les devants, je la voyais soumise à la torture et ça me devenait insupportable.

– Que veux-tu me dire ? Que veux-tu me demander ? Comment c’est entre filles ? C’est ça ?

Elle hésita encore un peu, puis se jeta à l’eau. Elle était avec Quentin depuis quelques mois, comme avec ses copains précédents, « ça ne marchait pas très bien au lit ». Au début de chaque histoire, ça allait à peu près, puis le désir se délitait. Inéluctablement. Quentin, comme ses autres petits copains, lui reprochait sa passivité, son manque d’enthousiasme qui tuaient son désir à lui. Je l’interrompis.

Mais… ton désir à toi ? Ton plaisir ? Qu’en est-il de ton désir ? De ton plaisir ?

Elle était incapable de répondre à ces questions, ce qui me sidéra. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle était en train de perdre Quentin et que la douleur de cette rupture annoncée lui était déjà insupportable. Pour tenter de le retenir auprès d’elle, Manon voulait qu’il nous observe, elle et moi, nous embrassant. Elle et moi, nous caressant.

Quel ange malicieux a retenu la gifle que mon âme blessée voulait lui infliger ? Plus la colère, la rage m’étreignaient, plus ma voix se faisait douce, plus mon sourire était apaisé.

Mais toi… est-ce que tu en as envie ? As-tu envie de m’embrasser, que je t’embrasse ? As-tu envie de mes caresses ? 

Je n’y avais jamais pensé avant, mais depuis que Quentin m’en a parlé… C’est parce que ça marche mieux entre nous, quand on en parle avant…

Comme un service que l’on rend, j’acceptai un rendez-vous le soir même. Je ne sais pas si j’étais émue par sa détresse ou troublée par l’étincelle fugace qui avait illuminé son regard à l’évocation de ce fantasme.

J’arrivais un peu en avance, pour laisser la possibilité à Manon de tout annuler, de reporter cette étreinte sur commande. J’arrivais un peu en avance, mais Quentin était déjà là. J’avais beau de pas m’intéresser à la gent masculine, je remarquai immédiatement son excitation, d’abord dans son regard, dans son sourire, à sa façon de m’accueillir, de me faire la bise, avant que mes yeux glissant jusqu’à son entrejambe me confirment ce que j’avais déjà deviné.

Comment on fait ?

La question avait l’avantage de la concision. Je proposai un léger baiser pour commencer. Je ne sais pas pourquoi, mais je notai intérieurement, que Quentin était aussi brun que moi. Peut-être fut-ce dû au reflet que le miroir me renvoya à cet instant précis. Manon, la blonde Manon serrée contre mon corps, blottie entre mes bras, fermant les yeux dans l’attente de ce premier baiser.

J’embrassai sa chevelure, ou pour être plus précise, je caressai ses cheveux blonds de ma bouche ouverte. Je sentais son parfum, l’odeur de son corps m’enivrer peu à peu. J’en oubliai Quentin. Manon leva les yeux vers moi, me sourit, ferma doucement ses paupières et tendit ses lèvres vers les miennes. Je déposai un chaste baiser sur sa bouche, puis un second un peu moins chaste. Je la sentis sourire, puis lentement s’épanouir quand nos langues se frôlèrent, qu’elles se mirent à tournoyer ensemble.

Manon dit les mots que je m’apprêtais à prononcer, avant que j’en aie le temps.

S’il te plaît, Quentin, laisse-nous seules quelques minutes et reviens… ce sera ton tour après, mais laisse-nous quelques minutes rien qu’à elle et à moi…

Quentin s’exécuta. Il sortit de la chambre en sifflotant comme dans un souffle. Joyeux, fier et excité que les choses se déroulassent aussi facilement… Dans quelques minutes, il se régalerait du spectacle de Manon s’amusant avec une autre fille et quelques instants après, elle serait à lui, chaude et offerte… Avec un peu de chance, qui sait, je serais de la partie ! Quelle belle fin de journée, il s’apprêtait à vivre !

Manon me faisait penser à un explorateur qui se serait trompé de chemin, un explorateur qui, sûr de trouver une contrée inhospitalière découvrirait le paradis sur Terre.

Encore un baiser… encore un baiser…

Je l’embrassais avec une fougue croissante, j’aimais sentir ses cheveux couler entre mes doigts, ses cheveux comme des fils d’or que je lissais plus que je ne les caressais. J’aimais sentir sa tête rouler de désir, son cou appeler mes lèvres, sa poitrine qu’elle gonflait sans s’en rendre compte, comme pour inciter mes mains à la parcourir.

Manon se faisait plus hardie, tout son corps hurlait le désir qui la consumait… Je glissai ma main le long de son cou, ma main était l’éclaireur de mes baisers…

Tu veux que je continue ? Tu en as envie ?

Jamais je ne fus plus hypocrite qu’en posant cette question. Le sourire de Manon m’apprit qu’elle n’en était pas dupe, mais qu’elle aimait se prêter à ce jeu… elle attrapa ma main, la glissa entre ses cuisses… Bon sang, elle semblait découvrir sous mes doigts la moiteur de son sexe…

Elle voulut me dévêtir un peu, je lui chuchotai mon refus « pas tant que Quentin est dans les parages, mon corps, tu le verras, tu en jouiras autant que tu le souhaiteras, mais quand il ne sera pas là ».

 Ça me fait presque mal, là… tellement ça me chauffe… tellement c’est irrité… 

Tellement tu veux jouir, Manon ! Tu ne connaissais pas cette sensation ?

– À ce point, non !

– Alors… dis-moi… ferme tes jolis yeux et laisse ton corps répondre… comment veux-tu que je te fasse jouir ?

Quentin choisit, mal, ce moment pour venir nous rejoindre, Manon se serra plus fort contre moi. Regardant sa montre, un sourire charmeur aux lèvres, Quentin affirma que c’était à son tour, maintenant. Je sentis les cuisses de Manon se contracter autour de ma main, elle ferma les yeux, laissa exploser la vague et d’une voix troublée, lui demanda de nous laisser seules. Pour le restant de la soirée.

à mon tourJe repense à cette soirée parce que, en cette journée exceptionnelle, ce petit dessin s’est échappé du journal intime de Manon. Après ces longs mois d’observation, ces longs mois de questionnements, maintenant que l’étincelle de la découverte s’est apaisée, maintenant que notre relation s’est officialisée, maintenant que Manon peut conjuguer désir et plaisir sur la durée, nous avons pris la décision d’habiter ensemble et c’est aujourd’hui le jour de notre déménagement.

Un bout de phrase entendu dans le brouhaha…

 

Le cahier de Bonne-Maman – « Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères, des divans profonds comme des tombeaux »

 

Le retour de Pierrot et de Toine au village marqua aussi le retour à la normale. Mais la vie normale, en 1919, comportait une multitude de règles auxquelles nous devions nous soumettre, même si elles nous déplaisaient, même si nous les trouvions ridicules. L’une d’entre elles, la plus contraignante sans doute, nous imposait de ne pas vivre sous le même toit avant le mariage. De fait, Nathalie habiterait dans la ferme familiale, Pierrot également, Toine chez ses parents et moi, dans ma petite chambre au-dessus de l’école communale. Qu’elles promettaient d’être longues, cruelles, douloureuses ces nuits solitaires !

Très vite, nous enfreignîmes cette règle pour nous retrouver tous les quatre et passer la nuit ensemble, dès que c’était possible, le plus souvent chez Toine. Son père fut notre complice dès la première fois, par amour pour son fils, le seul qui soit revenu des tranchées. Toine avait deux frères, l’un était mort à Xures en août 1914, l’autre fut emporté par la grippe espagnole en 1918.

Peu après notre retour de Nice, je reçus un courrier officiel m’annonçant mon renvoi. Le ministère s’était soudain aperçu que je n’étais pas diplômée à hauteur de ma fonction, je devais donc cesser de l’exercer et rendre le logement que j’occupais « indûment ». J’étais abasourdie. Le vieil instituteur, qu’on avait sorti de sa retraite pour palier le manque de maîtres pendant la durée du conflit, ce vieil instituteur qui faisait aussi fonction de directeur d’école, était écœuré de cette injustice, il me conseilla d’aller en parler au maire, qui trouverait bien une solution pour que je puisse rester au village.

Comme c’est encore le cas, la mairie n’était pas ouverte tous les jours, aux heures de bureau. Quand l’un ou l’autre des villageois devait effectuer une démarche, il se rendait chez l’un des élus municipaux qui ouvrait la mairie le temps nécessaire pour remplir le formulaire, le registre et apposer les tampons requis.

J’allais donc trouver le maire pour lui exposer mon problème. Quand je traversai la cour de l’école, les premières gouttes tombaient. Le temps d’arriver chez lui, à l’entrée du village, un orage apocalyptique avait éclaté. La pluie avait laissé place à un orage sec dont les éclairs déchiraient les nuages noirs comme l’enfer et les grondements du tonnerre retentissaient sans qu’on puisse prévoir à quel moment.

J’entrai en trombe par crainte de la foudre. Je crus un instant que mon entrée spectaculaire, les avait effrayés. Ils étaient comme catatoniques, les yeux exorbités emplis de terreur. Puis, j’entendis les cris de Toine, qui s’était tassé dans un coin de la pièce, il n’était plus chez lui, mais à nouveau dans l’enfer des tranchées. Ses yeux grands ouverts reflétaient l’horreur, son pantalon taché trahissait sa peur.

Je m’approchai et, oubliant la présence de ses parents, m’accroupis face à lui, lui caressai la joue, embrassai son front « Toine, Toine, je suis là ! Toine, Toine, ce n’est que l’orage… », mais il restait coincé dans ses cauchemars, alors, faisant fi de la moindre prudence, je lui pris la main et la glissai sous mes jupons, ses doigts se crispèrent sur mon pubis et il revint dans la réalité.

Je n’ai jamais su si ses parents virent mon geste, s’ils l’ont réalisé. Nous n’avons plus jamais évoqué cette scène.

Oubliant le motif de ma venue chez eux, je relevai Toine et l’emmenai dans sa chambre, où il me parla, la tête posée sur mes cuisses, et où il finit par s’endormir.

Quand je redescendis, je voulus m’expliquer, mais ses parents ne m’en laissèrent pas le temps, ils me remercièrent et me dirent que leur porte me serait toujours ouverte.

Comment as-tu pu deviner que l’orage mettrait Toine dans cet état ?

En guise de réponse, j’exposai au père de Toine la raison de ma venue. Il était impuissant, si le ministère me jugeait inapte à exercer la fonction de maîtresse d’école, tout maire de la commune qu’il était, il ne pouvait imposer ma présence. Il enrageait de son impuissance, mais il me proposa de m’embaucher comme employée de bureau dans sa société de négoce. Quant au logement, le temps que je trouve un véritable chez moi, il m’offrit la chambre d’un de ses fils. Je ne savais pas comment lui exprimer ma gratitude, je pleurais, j’aurais voulu baiser ses pieds, mais comme il le faisait souvent pour masquer son émotion, le père de Toine me rabroua et, pragmatique, me dit « Avec ce que tu viens de faire pour notre fils, c’est nous qui te sommes redevables, Rosalie ! »

Nous étions en train de parler quand une main toqua au carreau. La mère de Toine ouvrit la fenêtre et je reconnus Marie, la petite sœur de Pierrot, je la connaissais bien, je l’avais aidée pour son certificat d’études en 1917. Elle était affolée.

Gaspard Dughet – Paysage à l’éclair

Comme il le faisait souvent depuis son retour, son frère était parti se promener à travers champs pour retrouver sa Provence qu’il aimait tant. L’orage avait éclaté, personne ne s’était inquiété, Pierrot connaissait chaque relief, chaque bosquet, chaque bergerie, il s’était sans doute mis à l’abri en attendant la fin de l’orage. Et puis, un villageois était venu les prévenir, qu’il était tombé fada, il s’était réfugié entre deux rochers et criait « Rosalie ! Ma Rosalie ! Je vais mourir sans t’avoir revue ! ». Tous leurs efforts pour le sortir de sa cachette, pour le faire revenir à la raison avait été vains. Elle avait donc couru me chercher à l’école, où le directeur lui avait dit que je me trouvais chez le maire.

Toine dormait, son père décida de prendre son auto pour arriver plus vite, en chemin, je demandai à Marie d’aller chercher Nathalie, si je ne réussissais pas à réveiller Pierrot de son cauchemar, elle y parviendrait sûrement. Quand, je fus seule avec le père de Toine, je lui expliquai « Toine me confie ce qui le hante, mais c’est à Nathalie que Pierrot le fait. Parce que l’amitié permet certaines confidences que l’amour n’autorise pas ». Il sembla soulagé de cette explication.

Arrivée devant Pierrot, comme je le craignais, il ne me vit pas, son regard était tourné vers ses tourments intérieurs, il ne m’entendit pas quand je lui dis « Mon Pierrot, je suis là ! Prends ma main, viens avec moi ! » au contraire, il faisait de grands signes pour me chasser, comme si j’étais une vision diabolique.

Quand Nathalie arriva, elle lui parla, il ne l’écouta pas plus, nous étions accroupies côte à côte, je lui chuchotai « Tes seins… Nathalie, fais-lui toucher tes seins… ». Je me relevai et de mon corps, masquai à la vue du père de Toine, la main de Nathalie attrapant celle de Pierrot et la portant à sa poitrine. Ce qui avait marché avec Toine fonctionna aussi avec Pierrot. Il retrouva ses esprits, et empli de honte s’effondra en sanglots.

Sur le chemin du retour, le père de Toine lui dit « Non, Pierrot, tu n’es pas un moins que rien, ce sont ceux qui vous ont envoyés dans cet enfer qui le sont ! Ce sont eux, les responsables de cette boucherie qui sont les lâches ! ». Je crois que ses mots eurent plus de poids que si moi ou Nathalie les avions prononcés.

Arrivés chez Toine, sa mère ouvrit la chambre de l’autre fils, Pierrot et Nathalie s’y enfermèrent. Dans la salle à manger, nous étions tous silencieux. Il se passa un long moment avant que Nathalie redescende, un sourire timide aux lèvres. « Il s’est endormi ».

Nous leur expliquâmes que les choses se passaient toujours ainsi, ils nous confiaient leurs atroces souvenirs, nous les écoutions dans les interrompre, enfin, ils s’endormaient et à leur réveil, ils retrouvaient à nouveau leur gaieté habituelle.

Nous étions des villageois, et que ce soit en Normandie ou en Provence, le nom de Freud était inconnu, aussi, il ne faut pas que vous vous imaginiez que nous appliquions ses principes, dans notre univers, on parlait de fous, de fadas, ils vivaient au milieu de nous et quand certains étaient « dangereux », on les enfermait à l’asile sans se poser plus de question. De longues années se sont écoulées avant qu’on entende parler de psychanalyse, l’amour que nous ressentions pour Pierrot et pour Toine, notre instinct ont été nos seuls guides.

Il était l’heure de dîner, le bruit des casseroles qui s’entrechoquent, les odeurs de la cuisine réveillèrent Toine qui fut surpris de trouver sa Nathalie aux côtés de ses parents. Quand il apprit pourquoi elle était là, il remercia son père avec force effusions, ce qui n’était pas d’usage entre un fils et son père à l’époque.

C’est ainsi qu’il fut décidé que Nathalie et moi dormirions chez Toine cette nuit, son père se chargea d’aller trouver les parents de Nathalie et ceux de Pierrot pour les en informer. La raison de cette cohabitation fut connue de tout le village dès le lendemain, ce qui nous évita les regards désapprobateurs. Nous n’étions pas des filles perdues, mais plutôt des héroïnes, des infirmières, de celles qui soignent les plaies en toute modestie et discrétion.

Nous allions passer à table quand Pierrot arriva, il fit le geste de se découvrir pour marquer le respect et saluer ses hôtes, mais constatant qu’il était déjà tête nue, parut décontenancé. « Ne fais pas tant de manières, Pierrot ! Tu es ici, chez toi ! » Toine était d’humeur joyeuse et taquine, ce qui surprit ses parents, mais un échange de regards entre nous quatre, nous informa qu’après le repas, nous passerions à d’autres réjouissances.

Après le dîner, chacun retrouva sa chambre, je partageais la mienne avec Nathalie, mais nous avions prévenu les parents de Toine, qu’il nous faudrait peut-être les rejoindre dans la nuit si les cauchemars venaient les hanter, qu’ils ne devraient pas y voir de mal. « Quel mal pourrait-il y avoir à rendre le goût de vivre à Toine et à Pierrot ? » Je n’ai jamais su s’il avait compris de quelle façon nous leur rendions. Le silence était une vertu, tout comme la pudeur, ce qui est à mon avis, une imbécillité.

Quand il fut certain que ses parents s’étaient endormis, Toine entrouvrit la porte de la chambre où devait dormir Pierrot, et en silence, ils vinrent nous rejoindre. Nous devions faire attention à ne pas faire trop de bruit. Nos mains arrachaient nos vêtements, nos corps réclamaient leur dose de baisers, de caresses.

C’est cette nuit que nous inventâmes le jeu de la boîte à idées. Enfin, c’est cette nuit que nous écrivîmes pour la première fois, clairement nos désirs, nos fantasmes, le jeu en a découlé peu après et il eut plusieurs évolutions, mais j’y reviendrai plus tard.

Toine prit une feuille de papier, la déchira en quatre, nous tendit à chacun un crayon et chacun devait noter ce qu’il l’exciterait le plus avant de le donner à lire à son partenaire « officiel ». Nous nous assîmes, tour à tour, sagement, devant le bureau. Mon tour venu, je regardai mes amours, fermai mes yeux, écoutai mon corps et écrivis ce qui par la suite fut appelé « la figure Rosalie ».

Quand Toine lut le bout de papier rempli par Nathalie, il fit la moue, faussement dépité, je devinai immédiatement qu’il la taquinait, mais elle tomba dans le panneau

On ne réalisera pas le vœu de Nathalie, parce que je n’ai pas envie d’être abstinent…

Comment ça ? Je n’ai pas écrit que tu devais l’être ! J’ai écrit « Regarder Toinou faire à Rosalie ce qu’il ne ferait jamais avec moi »

C’est bien ce que je disais ! Tout ce que je pourrais faire à Rosalie, je le ferais volontiers avec toi !

Émue, elle se précipita dans ses bras, l’embrassa, tandis que je découvrais le vœu de Pierrot, je lui souris, surprise d’en être si peu étonnée. Quand Nathalie lut celui de Toine, elle s’approcha de moi, me le tendit « Tu serais d’accord ? », j’éclatai rire en lui donnant à lire le papier de Pierrot, qui plaqua fermement sa main sur ma bouche « Moins fort ! Qu’y a-t-il de si drôle ? »

Pour toute réponse, nous leur tendîmes les deux morceaux de papier, nous nous allongeâmes sur le lit tandis qu’ils « topaient là », hochant la tête, clignant de l’œil, un sourire complice et entendu sur leur visage.

J’embrassai Nathalie, qui me caressait les seins, le ventre mes cuisses, semblant ignorer mes fesses, mon minou. Je reculai mon visage pour que Pierrot et Toine puissent regarder nos langues danser ensemble. J’imaginai comment chacun se caressait rien qu’à leurs soupirs, à leur respiration.

Du bout de ma langue, je caressais les lèvres de Nathalie, son menton, son cou, je poursuivis langoureusement vers ses épaules. Je savais qu’elle avait rejeté sa tête en arrière, ses doigts caressaient ma bouche. Je les tétai un peu. Un sourd grognement sous mes lèvres. Une respiration sifflante à ma gauche. Une respiration plus haletante au-dessus de moi. Satisfaite, je sentais mon corps déjà bien échauffé le devenir davantage.

Je léchai ses seins comme si je les découvrais, comme si ma bouche, mes mains, ma langue ne connaissaient pas leurs ressemblances et leurs dissemblances, comme si, muette, je voulais les faire remarquer à ces deux hommes qui avaient du mal à déglutir tant ils étaient surpris de voir ce fantasme dont ils n’avaient jamais vraiment osé rêver en train de s’accomplir devant eux.

Cette situation m’excitait bien plus que je ne l’aurais cru. Je prenais conscience du plaisir que je prenais à en offrir à Nathalie, mais aussi à le faire devant Pierrot et Toine, pour les exciter. Je poursuivis ma découverte du corps de Nathalie, par son ventre, mes mains fermement serrées sur ses avant-bras, pour qu’elle m’interdise de relever la tête.

J’entendis le « Oh ! » de Pierrot quand il vit que je mordillais les poils du haut du pubis de Nathalie qui ondulait de plaisir, qui desserra son étreinte pour mordre son poing et empêcher son cri de retentir dans toute la maison.

Je descendis plus bas encore et, comme Pierrot et Toine l’avaient souhaité, pivotai mon corps de telle façon que nous étions chacune bouche contre sexe. Les doigts de Nathalie savaient à merveille comment ouvrir mon corps pour le rendre impudique, elle savait d’instinct ce qui exciterait le plus son Toine.

Nous changeâmes encore de position, elle sur le dos, moi allongée sur elle, aussi sur le dos, nos cuisses outrageusement ouvertes. Je regardais l’un, puis l’autre, un sourire coquin aux lèvres, j’aimais les regarder se masturber, je trouvais ça si excitant, particulièrement Toine et son sexe énorme au creux de sa main virile et délicate.

Son regard semblait me supplier « Aide-moi ! » alors, je pris les mains de Nathalie, leur fis écarter mes grandes lèvres, introduisis le bout de mon index dans mon puits d’amour, avant de le ressortir, tout luisant et de me caresser mon bouton rosé sous ma toison d’or.

L’effet fut immédiat, Toine éjacula à long jet sur mon pubis, suivi de près par Pierrot, quand nous sentîmes que leur sperme mélangés avaient également coulé sur le sexe de Nathalie. Nous les laissâmes, à tour de rôle, nous honorer de leur bouche.

Nous étions bien, tous les quatre, comblés, repus de plaisir, nous pensions attendre quelques minutes encore, avant que Toine et Pierrot rejoignent leur chambre respective, nous endormir paisiblement du « sommeil du juste » maintenant que nous avions chassé les cauchemars pour cette nuit.

D’une voix douce, aux intonations sensuelles, Toine demanda à Pierrot « Et quel était le vœu de notre Rosalie ? » Pierrot sembla se réveiller d’un coup, confus d’avoir omis, dans l’excitation du moment, de lire le papier que je lui avais tendu. Il découvrit mes mots en même temps que Toine.

Nous ne dormîmes pas de la nuit.

« Pierrot serait allongé sur le dos aux côtés de Nathalie, elle offrirait ses seins à ses caresses et ils s’embrasseraient. En même temps, je chevaucherais mon Pierrot et danserais sur son corps comme il aime tant que je le fasse. Toine, qui ferait l’amour à Nathalie, m’embrasserait, tout en caressant mon bouton d’or modulant ainsi mes mouvements à sa guise. Et nous aimerions ça »

Comme l’écrivit Antonio Machado, « Le printemps est venu. Comment ? Nul ne l’a su »

Le cahier de Bonne-Maman – À table comme en amour, le changement donne du goût

J’avais quitté ma Normandie sous la pluie et le vent et je découvrais une Provence éclatante de soleil, bien que très venteuse. Ce furent les premières choses qui me frappèrent, la lumière et ce vent que je ne connaissais pas. Ensuite, je me souviens des odeurs. J’étais une fille de la terre et sans doute bien plus sensible que toi à ces choses-là.

Je fis à pied le trajet depuis la gare, les reliefs me surprenaient et je m’arrêtais souvent pour regarder, toucher, sentir ces fleurs, ces buissons, goûter ces fruits que je ne connaissais pas encore.

Je trouvai facilement la ferme des parents de Nathalie. Elle avait reçu une lettre du Toine lui racontant mon histoire et lui demandant de trouver un lieu pour manger et dormir contre mon travail. 

Puisque j’avais mon certificat d’études et que j’avais une écriture soignée, je pourrais peut-être aider l’instituteur après avoir passé un petit examen. Si j’étais prise, je logerais au-dessus de l’école. Sinon, je pourrais toujours proposer mon aide dans une ferme, ce n’était pas le travail qui manquait !

Nathalie était curieuse de me voir et surtout d’entendre « mon drôle d’assent » ! C’étaient eux qui en avaient un ! Pas moi ! Ce fut longtemps un sujet de plaisanterie mon fameux accent, au fil des années, je l’ai perdu. Nathalie dit que ce sont leurs oreilles qui s’y sont habituées!

Très fatiguée par ce voyage, par toutes ces émotions aussi, je m’endormis la tête posée sur mes bras, alors que j’attendais que la Nathalie ait fini de me faire une omelette. Quand je rouvris les yeux, je la vis, souriante, un bambin sur les genoux.

Je mangeai un peu puis nous allâmes à l’école, au cœur du village, je rencontrai l’instituteur qui me fit faire une dictée, résoudre quelques problèmes d’arithmétique, m’interrogea sur la géographie. Le besoin était grand, je fus embauchée comme maîtresse auxiliaire et il fut convenu que je commencerai dès le lundi suivant, nous étions vendredi soir, j’avais donc deux jours entiers pour m’installer, faire le tour du village et connaissance avec ses habitants.

Je n’avais qu’une robe sur moi, celle que je portais pour aller voir mon Pierrot. À l’époque, surtout quand on était paysanne, on n’avait pas beaucoup de robes, on portait un tablier sur celle de la semaine et on avait la fameuse « tenue du dimanche »

Je portais ma robe du dimanche, elle était un peu sale, sentait la sueur et le tabac froid, des odeurs de cuisine aussi… Il n’y avait pas de magasin de prêt-à-porter. Les plus riches s’offraient les services d’une couturière, les femmes de ma condition achetaient du tissu et cousaient leurs vêtements. On n’avait pas de machine à laver non plus… aussi, je demandai à Nathalie si elle pouvait me prêter une de ses robes, le temps que je lave la mienne et qu’elle sèche… avec ce grand soleil et ce vent, même si le tissu était épais, ça ne prendrait pas longtemps.

Nous fîmes un aller et retour de la ferme à l’école, la grand-mère de Nathalie s’occuperait des petits le temps que je m’installe dans cette petite chambre, dont la fenêtre donnait sur la cour, et aussi le temps de papoter entre filles dont les fiancés étaient au front.

Nathalie me tendit une robe en me demandant « deux faveurs ». Tout d’abord, la serrer fort dans mes bras et tandis que je le faisais, de ne pas laver ma robe tout de suite. « Mon Toinou a dormi dessus, il a rêvé à moi en vous écoutant, derrière le drap tendu… » Ses grands yeux noirs étaient pleins de larmes.

Elle sentait le tissu, essayant d’y trouver l’odeur de son Toine. Je lui fis la promesse de ne pas laver ma robe avant le retour de nos hommes. Mais je ne savais pas encore qu’il nous faudrait attendre presque dix-huit mois avant de les revoir. Ne te moque pas, mais à leur retour, nous étions tous les quatre convaincus que ce « sacrifice » leur avait porté chance et permis de rentrer sains et saufs.

Je retirai ma robe comme je l’aurais fait devant ma sœur, Nathalie fut surprise de mes dessous. Une fois encore, il y avait quelques différences avec ceux qu’elle connaissait. Je fis une toilette de chat et tandis que je m’aspergeai de « sent-bon », Nathalie étala ma robe sur le lit et s’allongea dessus.

Je la regardais faire et comprenais très bien à quoi elle songeait. Plus que jamais, le corps de Pierrot me manquait. Et ses mains… Et ses baisers… Je me fis une petite place aux côtés de Nathalie et lui caressai les cheveux. Elle laissa enfin couler ses larmes et déversa sa peine, ses regrets.

Pourquoi avait-elle tant tenu à garder sa vertu ? Pourquoi avait-elle refusé d’écouter son cœur, son corps ? Et si le Toine ne revenait pas ? Cette guerre qu’on devait gagner si vite, ce retour des hommes pour les récoltes qu’on nous avait promis ! Ça faisait presque trois ans qu’il était parti…

Elle m’admirait d’avoir eu le courage de faire ce voyage pour rencontrer Pierrot. Elle avait presque vingt ans et enviait pourtant mon « espérience ». Je lui caressai les cheveux, embrassai ses yeux, ses joues, sa bouche. Nos corps firent le reste.

En ce printemps 1917, je découvrais le plaisir et la beauté d’un corps féminin, la douceur de la peau, le frémissement des seins sous mes mains. Il nous fallut presque une heure de caresses, de baisers avant d’oser nous dévêtir entièrement.

Quand je fus nue devant elle, Nathalie écarquilla ses grands yeux « Tu es blonde, même en bas ! ». Je rougis, bafouillai je ne sais quoi, sidérée qu’elle le fût. Je me faisais l’impression d’être une bête de foire, ma tenue, mon accent, les mots que j’employais, tout semblait étrange à Nathalie et maintenant, même mes poils l’étonnaient !

Remarquant mon air contrarié, Nathalie décida de me faire rire et s’agenouilla devant moi « pour implorer ton pardon ! » Comme ses excuses étaient douces… !

« Tu crois qu’on peut ? » était la question que nous nous posions le plus, et à chaque fois, la même réponse s’imposait « Bien sûr qu’on le peut ! »

Dessin de Gerda Wegener

J’avais aimé les baisers de mon Pierrot sur mon sexe, ceux de Nathalie étaient différents, mais je les aimais tout autant ! Je découvris aussi les délices d’un sexe féminin, ses parfums, ses trésors. J’aimais glisser ma langue dans ses replis secrets et j’aimais quand Nathalie faisait de même.

Nous nous caressâmes, nous embrassâmes, nous léchâmes, nous étreignîmes, nous embrassâmes encore, ondulant, lascives, étouffant nos cris de surprise, nos cris de plaisir. Ce jour-là, nous restâmes à l’orée de la jouissance.

Les cloches de l’église sonnèrent la fin de cette récréation, il était temps de nous rhabiller, de nous recoiffer et de retourner à la ferme.

Nous nous regardions droit dans les yeux, sans aucune honte, ni regret, sans crainte d’aller en enfer. Bras dessus, bras dessous nous fîmes le chemin en parlant de tout et de rien, comme s’il ne s’était rien passé dans la petite chambre.

En y repensant, tant d’années après, je me souviens que j’étais bien plus troublée par la robe que je portais, si différente de celles dont j’avais l’habitude, que par ce que je venais de faire avec sa propriétaire.

Après le repas, nous écrivîmes chacune une longue lettre à nos hommes, pour les rassurer. Je racontai mon voyage à Pierrot, la découverte de sa Provence, mon installation au village, je lui parlai de ma robe et de ma décision de ne pas la laver avant son retour, je lui décris, avec force détails, ma découverte du plaisir entre deux jeunes filles. Je ne voulais pas lui cacher quoi que ce soit, du fond de mon corps, je savais qu’il ne me jugerait pas.

Loin de nous juger, mon Pierrot et le Toine, dans leur réponse respective, nous encouragèrent à prendre du plaisir sans aucune honte, ni crainte d’un courroux divin, comme me l’écrivit Pierrot « Je subis la colère de dieu à chaque instant depuis deux ans, pourtant je n’ai rien fait pour la mériter. Si tu m’aimes, accroche-toi au plaisir, croque le bonheur à pleines dents, récolte le plaisir, fais-en provision, si je reviens de cet enfer, je vais en avoir besoin, j’en serai affamé » Je lui ai reproché d’avoir écrit « si » à la place de « quand », mais je ne manquais pas de lui raconter nos émois sensuels pendant les mois qui suivirent.

Dessin de Gerda Wegener

Nous nous laissions aller aux « plaisirs saphiques » comme le Toine les nommait de sa plume érudite, dès que l’occasion se présentait, parce que l’envie, le désir ne nous quittaient jamais. Nous devenions audacieuses dans nos étreintes, la seule crainte de Nathalie étant de perdre son pucelage.

Même si ça amusait son Toinou, qui la moquait un peu à ce propos, elle tenait à lui offrir sa virginité. Depuis toutes ces années, j’ai appris que quand Nathalie a une idée dans sa caboche, rien ni personne ne pourront la déloger !

Quand il revinrent au village, j’y avais trouvé ma place je m’étais accoutumée aux parfums, aux vents, à la végétation, aux reliefs, à l’accent, au langage, aux traditions, à la cuisine de la Provence, mais j’y avais surtout trouvé une amie, une compagne, une sœur, une de ces personnes qui t’ancrent dans la vie, qui te permettent de garder l’espoir dans les moments de doute.

Au fil des mois, j’avais appris à connaître mon corps, à le faire réagir, à moduler la montée du plaisir, et je savais la stopper si je voulais prolonger cet état ou, au contraire, je savais laisser exploser ce feu d’artifice intérieur. J’avais aussi appris à reconnaître tous ces signes dans le regard de Nathalie, dans les frémissements des ailes de son nez, je savais déchiffrer la mélodie de son plaisir rien qu’en l’écoutant respirer. J’avais appris ce que signifiaient les mouvements de ses cuisses, les ondulations de son bassin, les crispations de ses mains, même ses pieds m’indiquaient où elle en était dans son ascension vers son plaisir.

En apprenant à aimer une autre fille, nous ne pensions pas que nous saurions offrir tant de plaisirs aux hommes qui allaient partager nos vies, à nos compagnons. Mais le plus important, nous ignorions que nous en prendrions autant ! Sans en avoir conscience, nous nous étions libérées des carcans d’une morale qui ne nous aurait jamais convenu.

À leur retour, quand il me vit nue, mon Pierrot me dit que les nombreuses caresses de Nathalie avaient épanoui mes seins, qu’ils étaient encore plus beaux que lors de notre rencontre, qu’ils avaient tout pour combler ses mains d’homme. Il sut s’en montrer reconnaissant.

Comme l’affirme le dicton, « là où il y a des filles amoureuses, il est inutile de verrouiller les portes »

 

Les leçons de Sophie – Arts plastiques

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– Non, mais quel con ! Quel con ! Quel con ! Quel con ! Regarde-moi ça !

Les yeux de Sophie, noirs de colère, se mettent à pétiller quand j’éclate de rire et la prends dans mes bras.

Le deuxième trimestre s’achèvera dans quelques jours et notre complicité, notre désir, notre amour sont toujours aussi forts. Nous avons chacune un petit ami, mais il nous arrive de nous retrouver dans sa petite chambre ou dans la mienne, pour nos « leçons particulières ». Nous échangeons nos rôles au gré de nos envies. Je suis parfois l’élève, parfois la maîtresse, mais le plus souvent nous sommes égales.

Nous pouvons communiquer en langue des signes et nous ne nous en privons pas. Sophie progresse très vite, mais comme notre amour, nous gardons ce secret pour nous deux. Elle me dit aussi que ma voix a changé, qu’elle est moins métallique et nasillarde. Je la crois volontiers, mais je ne le perçois pas.

Ce soir, nous nous sommes retrouvés tous les quatre pour une soirée mémorable, Sophie et Alex, Enzo et moi. Au programme, ciné, restau, fin de soirée chez Alex chez qui Sophie passera la nuit, pour son « grand soir »… son dépucelage qu’elle a décidé de lui offrir.

Avant que le film commence, pendant l’interminable page de pub, j’ai signé « pause-pipi ». Nous nous sommes enfermées dans les WC et nous nous sommes dévorées de baisers, embaumées de caresses. Les allées et venues d’autres nanas nous ont contraintes au silence, alors, nous avons parlé avec nos mains…

Le désir d’une étreinte secrète, pendant que nos copains se gavaient de pop-corn en nous attendant, s’est emparé de nous…

Assise sur les toilettes, elle m’a fait jouir de sa bouche et, toute tremblante de ce plaisir rapide et violent, je l’ai plaquée contre la porte, ma main sous sa jupe, je l’ai fait jouir de mes caresses brutales à travers sa culotte, en lui chuchotant à l’oreille « Je t’aime et je serai tienne tant que tu seras mienne ».

Après le restau, un japonais, nous avons terminé la soirée chez Alex, dont la mère est partie en week-end avec son nouveau copain.

Sophie était avec Alex, dans sa chambre et moi, avec Enzo sur le canapé du salon. J’aimais bien comment il me pelotait… des caresses de garçon… mais j’aime bien aussi les caresses de garçon !

Quand il a glissé sa main sous ma jupe, que ses doigts sont passés sous ma culotte, ses yeux m’ont dit « comme tu mouilles ! », mais aucun mot n’est sorti de sa bouche… C’est dommage, j’aurais bien aimé les entendre… du moins, je crois…

Devais-je descendre sa braguette et glisser ma main dans son pantalon, comme j’en avais l’envie ? Hésitante, j’ai posé ma main sur sa cuisse et j’ai attendu qu’il me fasse comprendre ce qu’il désirait…

Après une heure de caresses et de baisers, nous avons dit « Au revoir ! » à travers la porte, à Sophie et Alex, puis Enzo m’a raccompagnée jusque devant chez moi. J’ai bien aimé qu’il n’arrête pas ses caresses après avoir joui… j’ai été surprise qu’il ait explosé si vite dans ma main… Ses caresses étaient malhabiles, un peu trop rapides quand je les souhaitais lentes, un peu trop lentes quand je les aurais aimées rapides, trop appuyées quand il aurait fallu qu’elles fussent légères et inversement…

Je me suis imaginé Sophie ondulant sous les caresses d’Alexis, j’ai pensé à son regard, à sa bouche, aux  petits tics nerveux de son visage à l’approche de l’orgasme et cette vision m’a fait jouir.

J’allais fermer les volets de ma chambre quand j’ai vu Sophie au loin. Un peu surprise, je lui ai fait signe de venir me voir, l’ai faite entrer en silence dans ma chambre.

– Non, mais quel con ! Quel con ! Quel con ! Quel con ! Regarde-moi ça !

Sophie s’échappe de mes bras, recule d’un pas et me montre la raison de sa colère, en m’expliquant sa mésaventure.

– Tant qu’il me roulait des pelles, qu’on se pelotait sur son lit, c’était super… franchement super… et puis vous êtes partis… alors, on a voulu aller plus loin… aller jusqu’au bout… il s’est déshabillé… j’arrivais pas à le regarder là… tu vois ce que je veux dire… j’ai retiré ma robe… et… quel con ! Non, mais quel con !

– Il t’a fait mal ?

– Mais non !

– Alors quoi ?

– Comme tu le sais, j’avais mis des bas, un porte-jarretelles… il avait rien senti avant ! Alors, quand il a vu mes jambes… pffffuit… il a tout lâché dessus ! Mais rigole pas ! C’est pas drôle ! Alors, il s’est excusé et a voulu « réparer les dégâts » et là… regarde !

Sophie furieuse me montre son bas maculé et je remarque enfin la raison de sa colère. En voulant essuyer le sperme, Enzo a pris la robe de Sophie et l’attache d’une bretelle s’est accrochée au bas, le filant… Sophie s’est donc retrouvée avec sa robe tachée au niveau de la poitrine, un bas noir filé et maculé…

– Je ne sais même pas comment j’ai gardé mon calme… franchement, je ne sais pas… Je lui ai dit que je préférais rentrer chez moi toute seule, parce qu’en plein jour… la robe tachée, mon bas filé… non, je ne voulais pas sortir en plein jour comme ça… il était désolé… il avait les larmes aux yeux, je te jure ! Il a commandé un taxi et m’a donné l’argent pour le payer… et en chemin, quand je passais pas loin de chez toi et que j’ai vu de la lumière…

Sophie se met à pleurer en marmonnant un truc que je ne comprends pas.

– Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?

C’est bizarre, quand elle parle trop bas, j’ai le réflexe de signer… Sophie ne connait pas les signes pour me répondre… elle s’approche de moi.

– S’il s’y prend aussi mal pour me dépuceler, je ne veux pas que ce soit lui…

– Trouve un autre mec, alors !

– Non ! Si je couche avec un mec, ce sera avec lui et pas un autre ! Mais je ne veux pas qu’il me dépucelle…

Sophie me regarde, sa déception et son désir la rendent si belle…

– Tu crois que tu y arriveras ?

– Je ne sais pas… on va essayer…

Sophie retire sa robe. Qu’elle est sexy avec son porte-jarretelles, ses bas, son soutien-gorge ! Comme elle fait… femme ! Je lui ôte son soutien-gorge, libérant ses jolis petits seins, mais quand elle se penche pour dégrafer son bas, je l’arrête.

– Non ! Reste comme ça ! Je voudrais le faire avec…

Elle fait la moue, me montre à nouveau son bas filé et taché.

– Justement… comme ça, c’est comme si c’était un peu lui… et puis regarde… ça fait comme des dessins sur ta jambe… comme une enluminure… !

Elle me sourit. Je tire le verrou de la porte, la rejoins et m’allonge à ses côtés… Nous nous embrassons. Sans avoir eu besoin de nous le dire, nous avons décidé que nous prendrons tout notre temps… Je la caresse, son bassin ondule quand je pose ma tête sur son ventre, mais son sexe est entre sec et mouillé.

– Tu veux toujours ?

– Oui ! Mais… j’ai un peu… tu peux… d’abord… avec ta bouche ?

Elle ne me voit pas sourire, mais je suis heureuse qu’elle me l’ait demandé… Je sais ce qui va arriver. Elle va passer sa main dans mes cheveux… écarter ses cuisses… ouvrir ses lèvres avec ses doigts pour que son clitoris soit bien visible… tout comme moi, elle aime admirer le spectacle de nos sexes offerts, ouverts comme des fruits bien mûrs, bien juteux dont on se régale insouciantes, avec naturel et une indéniable gourmandise… Je sais aussi qu’après mes premiers baisers, elle passera sa langue sur ses lèvres et me demandera de m’allonger sur elle pour pouvoir m’embrasser en même temps…

Le sexe de l’une sur la bouche de l’autre, je la sens respirer plus fort, onduler et onduler encore… ses pieds s’agitent… je sais que sous peu, elle jouira… D’une main, j’écarte sa cuisse droite et de l’index de l’autre, je commence à la pénétrer… c’est la première fois que je le fais. Je relève la tête pour être plus attentive à ses réactions.

– Tu aimes, comme ça, Sophie ?

Je prends son aaaahh pour un oui… j’entends le bruissement de ses cheveux sur mon oreiller… je sais qu’ils y font un beau dessin… elle respire plus fort…

– Oooh… et toi ? Tu… aimes ? C’est… gloups… comment ?

– Chaud et… poisseux… c’est… c’est bon… c’est doux… tu te resserres autour… OOoooh… !

– Aaahhh… !

Elle vient d’en faire autant… ce que c’est bon ! Nous débutons un concert à mi-voix… ooohh… aaahh… ooohh… ooaaooohhh…  Je me laisse guider par ses caresses comme elle se laisse guider par les miennes… son sexe se détend… il palpite très fort sous mes doigts… J’aime la chaleur humide et bruyante de son sexe quand j’entre et que je sors… les mouvements de son bassin quand son corps en veut plus…

Enlacées, nous nous remettons de cette première fois. Sophie et moi scrutons le drap à la recherche d’une trace de sang… en vain.

– Tu crois que c’est fait ? Que nous nous sommes dépucelées ? 

Je regarde mes doigts, les siens…

– Pour la largeur… le diamètre… oui… mais est-ce que nos doigts étaient assez longs ? Tu sais précisément où il est l’hymen ? Comment il se déchire ?

Sophie roule les yeux en signe d’ignorance…

– Si seulement on avait un truc… comme un gode… ou un truc comme ça… tu pourrais recommencer et me dépuceler à coup sûr…

Je la regarde, sidérée par ses derniers mots… Elle se lève, ses bas ont tourné et se sont détendus, je les trouve encore plus excitants comme ça… Sophie ouvre le tiroir de mon bureau, en sort ma boîte de crayons de couleur, elle me sourit… un peu coquine, un peu vicieuse… prend les crayons dans sa main, en fait un petit fagot qu’elle maintient d’un élastique à chaque extrémité… se penche pour récupérer son sac à main, d’où elle extirpe une capote et tout en l’enfilant me dit

– Je viens ENFIN de comprendre pourquoi les profs d’arts plastiques exigeaient de nous autant de matériel !

Fin de la troisième leçon

Après Sophie qui nous a raconté ses leçons, c’est au tour de Tatie Monique de nous livrer ses souvenirs

Les leçons de Sophie – Rigueur et discipline

Quand je suis arrivée au lycée, ce matin, au lendemain de cette révision chez Sophie, elle a fait semblant de ne pas me voir. Je me suis dirigée, d’un pas léger et rapide, vers son petit groupe d’amis qui devient aussi le mien, la tête haute, le regard clair. Elle s’est interrompue, comme si elle venait de remarquer ma présence.

– Oh… bonjour !

Tournée générale de bises en guise de salut et leur conversation a repris. Sujet du jour, les évaluations qui arrivent à grands pas et les ragots habituels, qui sort avec qui, mise à jour de nos informations, qui a fait quoi, qui a dit quoi, la boulangerie qui a modifié sa formule midi et propose désormais, en dessert, cette viennoiserie trop bonne.

– Pourquoi souris-tu comme ça ?

Que pourrais-je répondre à Clara ? Je hausse les épaules et marmonne un « je sais pas… pour rien… ». Il faudra que j’explique à Sophie que mes longues années de surdité ont aiguisé mon regard. Que décrypter chaque détail était ma façon de survivre dans ce monde dont je ne percevais aucun son. Que j’ai pu lire ses sentiments dans son regard. Elle a aimé ce plaisir fou que nous avons pris ensemble, mais elle ne veut pas que ça se sache. Tant mieux, moi non plus ! Lui dirai-je ou ne lui dirai-je pas ? Parce que je prends conscience du pouvoir que m’offre sa crainte et j’aime ça…

Je me suis amusée de faire de Sophie ma marionnette, dès le cours de maths. Elle est passée à mes côtés pour aller au tableau, à la demande du professeur. J’ai signé S O F I, la main devant ma bouche et j’ai posé mes doigts sur mes lèvres. J’en étais sûre, ça l’a troublée. Elle essayait de ne pas me regarder, mais ses yeux étaient irrémédiablement attirés par la danse de mes doigts. S O F I S O F I… En retournant à sa place, elle m’a bousculée. Personne n’a rien vu. La salle de classe est trop petite pour le nombre de tables, alors, les bras qui s’entrechoquent à cause des déplacements, n’attirent pas l’attention.

Je l’ai manipulée ainsi tout au long de la journée, n’arrêtant mon manège qu’aux interclasses, aux récréations et à la pause déjeuner. Quelqu’un aurait pu le remarquer, elle m’en aurait voulu, et le jeu aurait perdu de son intérêt.

Pour la dernière heure, alors que nous étions assises côte à côte, j’ai fait semblant de regarder vers la fenêtre, à ma gauche, alors qu’elle était assise à ma droite… S O F I… doigts sur ma bouche… S O F I… ma langue humidifie mes lèvres… S O F I… grande inspiration… S O F I… expiration lasse et comblée… Coup d’épaule discret de Sophie. Je l’ai regardée, un sourire innocent aux lèvres. Elle m’a fait les gros yeux, le rouge au front, les joues empourprées, a articulé un « Arrête ! » muet. J’ai souri de plus belle…

Fin des cours. À l’arrêt du bus, les élèves parlent de ce qui nous préoccupe tous, les évaluations à venir, les vacances qui semblent loin, encore du planning des évaluations, des révisions. J’évoque ma crainte de ces oraux, exercice que je maîtrise mal « à cause de… », laissant ma phrase pleine de sous-entendus, en suspens.

Les regards de compassion m’indiquent que j’ai atteint mon but… « pauvre petite fille sourde », j’aime bien me faire plaindre par ces gens qui ignorent tout de notre monde… J’entends, mais j’appartiens pour toujours à la communauté des sourds. Un univers plein de blagues, de rires, de tendresse, de larmes, de colères, de vacheries, d’amour et de haine, une communauté soudée par le mépris pour tous ces entendants qui s’apitoient sur notre sort sans chercher à nous connaître.

Sophie prononce enfin la phrase que j’attendais « Si tu as besoin d’aide… ». Je fais semblant d’hésiter « Je ne voudrais pas abuser… tu dois réviser aussi… ». Elle insiste, comme si c’était moi qui lui rendais service. Je me laisse convaincre, nous réviserons ensemble dès ce soir.

Nous voici dans ma chambre, j’ai prévenu ma mère que je ne voulais pas être dérangée par les irruptions de mon petit frère. Consciente de l’enjeu, elle m’a autorisée à tirer le verrou de ma porte.

Sophie découvre mon univers, ça me fait tout drôle de la voir assise sur mon lit, de lui expliquer que cette lampe… là, au-dessus de mon bureau, servait à me prévenir que je devais sortir de ma chambre, pour passer à table, par exemple.

– Pourquoi tu faisais ça, toute la journée ?

– Je faisais quoi ?

– Ça !

Elle fait n’importe quoi avec ses doigts ! Je les prends dans ma main et lui montre S… O… F… I…

– C’est mon prénom en langue des signes ?

– On n’épelle pas les prénoms, on se sert d’un signe qui te définit. Par exemple, pour moi, c’est…

Je lui montre comment je m’appelle pour les sourds.

– Et moi ? Ce serait quoi ?

Je mime ses cheveux frisés. Elle me demande de lui apprendre quelques mots…

– Déshabille-toi d’abord !

Son regard, son sourire n’ont pas de prix… Quand elle est nue, je tourne autour d’elle, caresse, soupèse ses jolis petits seins, écarte un peu ses cuisses, mes doigts retrouvent la douceur de son sexe…

– Embrasse-moi !

Elle m’obéit… sa langue dans ma bouche cherche la mienne… je la fais languir parce que j’aime sentir son désir… Je signe un nouveau mot entre ses cuisses et elle aime ça !

– Montre-moi… apprends-moi… montre-moi…

– Tu dois le mériter ! Déshabille-moi… montre-moi que tu en as envie !

Une chose est sûre, elle sait s’y prendre ! Comment réussit-elle à ne pas arracher mes vêtements ? Ses yeux brillent de désir, pourtant ses gestes, comme hier, sont lents et gracieux… délicats… J’aime ses baisers dans mon cou… sur mes épaules… sur mes seins… sur mon ventre…

J’aime quand elle se met à genoux devant moi, désormais nue, qu’elle sort sa langue, la tire et que je bouge sur elle… d’avant en arrière… et qu’elle me regarde docile et complice… Alors, je commence à épeler, à signer le mot du jour, sans lui en révéler la signification. Elle se redresse, essaie de reproduire mes gestes.

– NON ! Tu fais n’importe quoi ! Regarde ! C’est comme ça !

Elle essaie encore. Je glisse ma main entre ses cuisses. Elle en fait autant. Sa main entre les miennes, je vais défaillir…

– Comme ça… !

Sophie est appliquée… et sensible… elle parvient rapidement à signer comme il faut, mais je lui fais croire le contraire, parce que j’aime la toucher ainsi et qu’elle me touche comme elle le fait…

– Applique-toi ! Dis-moi que tu aimes ça ! Que tu aimes être mon élève…

– Oui… oooh… oui… j’aime ça… j’aime ça… !

– Montre-le moi ! Allume-moi ! Excite-moi !

Assise sur ma chaise de bureau, comme au spectacle, je regarde Sophie faire de son mieux pour que je la rejoigne, la touche, l’embrasse encore… Je ne m’en lasse pas… plus le plaisir que je ressens prend de l’ampleur, plus je deviens exigeante…

– Mieux que ça !

– Comme ça ?

Sophie se prend au jeu, comme si la situation lui permettait d’assouvir ses fantasmes de jeune fille rangée. Elle se caresse, lascive, offre son corps à ma vue, lèche ses lèvres en me regardant… vicieuse…

– Sois plus salope ! Fais ta salope !

Elle rougit un peu, mais ses yeux me sourient. Elle s’assied sur mon lit, les jambes écartées, se caresse devant moi… Je regarde ses mains aller de ses seins à son sexe et je voudrais qu’elles soient sur mon corps…

– Mieux que ça ! Sois cochonne ! Montre-moi tout !

Sophie écarte les lèvres de son sexe, l’offre à ma vue…

– Comme ça ?

– C’est mieux… montre-moi ton cul… ton joli petit cul… !

Elle se met à quatre pattes sur mon lit, je la regarde se caresser, folle de désir pour elle… je ne vais pas tenir très longtemps…

– Tu trouves que j’ai un joli petit cul ?

Dieu merci, elle m’offre cette occasion ! Je me lève, attrape mon écharpe qui traînait là, bâillonne sa jolie bouche…

– Tais-toi !

Et je signe, lettre après lettre, le mot entre ses cuisses. Que son corps est chaud ! Que sa peau est douce ! Que son sexe est gonflé et humide ! Je chuchote à son oreille…

– Tu aimes ça, hein ? ! Montre-moi que tu aimes ça ! Frotte-toi contre ma main… comme la jolie petite chienne en chaleur que tu es… oui… comme ça !

Je l’entends gémir dans mon foulard… Je la sens jouir sous mes doigts… Elle tombe sur le flanc… vaincue… comblée… et me caresse… avec fougue… avec tendresse… Ses yeux me supplient de lui ôter le bâillon… Ce que je fais.

Elle plonge dans ma bouche… m’inondant de ses « merci… merci… c’est si bon… merci… ! » elle couvre mon ventre de baisers… j’écarte mes cuisses… je les sens humides et je sais bien que la sueur n’y est pour rien… Son regard implorant « je peux ? »… que sa langue est agréable… comme elle me suce bien… ! À nouveau ces mots sales m’excitent… oh oui, j’aime ça… oui, j’aime quand tu me suces comme ça, mais je ne te le dirai pas… pas aujourd’hui, pas encore… Sans arrêter de me lécher, elle glisse sa main entre mes cuisses et s’applique… je reconnais les premières lettres, mais l’orgasme que Sophie m’offre m’empêche de « lire » les autres… Je me demande si on peut mourir de plaisir…

Allongées dans mon lit, nous nous embrassons, nous caressons, repues de plaisir, nous devenons tendres, nous nous disons des mots d’amour, nous nous promettons de profiter de la moindre occasion pour recommencer et jouir l’une de l’autre, de jouir l’une avec l’autre…

Alors que nous nous rhabillons, que nous guettons sur nos visages, dans nos regards, un signe qui pourrait trahir ce que nous avons fait au lieu de réviser, constatant, rassurées, qu’il n’en est rien, Sophie semble hésiter à me poser une question.

À l’arrêt du bus, juste avant qu’il n’arrive, elle se décide enfin.

– Quel est ce mot que tu m’as appris ?

Elle le signe avec moi et j’énonce les lettres S… O… U… M… I… S… S… I… O… N…

Fin de la deuxième leçon

Les leçons de Sophie – Arts plastiques

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Les leçons de Sophie – Philosophie

– Tu as saisi la différence, maintenant ?

Pantelante, le souffle court, le cœur qui retrouve son rythme normal, je regarde Sophie, son regard conquérant, ses yeux rieurs… Trouve à ton tour une réplique amusante, caustique, excitante… !

Après des années de surdité inexpliquée, inexplicable, l’ouïe m’est revenue progressivement. J’ai mis quelque temps à m’en apercevoir. Je ne comprenais pas pourquoi, je ne comprenais pas comment. Les spécialistes non plus…

J’ai réintégré un cursus scolaire « normal », je veux dire pour entendants, au lycée avec seulement deux ans de retard. Le proviseur m’a recommandé d’expliquer aux élèves la raison de ce retard et de mon phrasé particulier. Debout, devant le tableau, face à la classe, j’ai trouvé les sourires contrits de certains assez désagréables, bien plus que l’indifférence lasse des autres. Quelques semaines plus tard, j’étais noyée dans la masse et m’en trouvais fort aise.

Cette semaine, commencent les premières évaluations. Après-demain, vendredi, oral de philo. Sophie m’a proposé de le préparer chez elle, dans sa chambre. Elle me fait choisir un sujet au hasard, petit papier que je lis et je commence à réciter mon cours. Elle m’interrompt.

– Articule mieux ! On entend « saphisme » !

– C’est bien le sujet non ?

– Non ! Le sujet c’est « sophisme et tautologie » ! SO-phisme ! Le sA-phisme, c’est…

Elle s’approche de moi, me prend dans ses bras, passe la main dans mes cheveux. Une envie folle de son corps s’empare de moi, m’enflamme comme une allumette frottée sur le grattoir…

Je voudrais avoir la lenteur de ses gestes, leur grâce, mais je lui arrache presque ses vêtements tant ma hâte de la voir nue, de la toucher est grande…

Nous nous allongeons sur son petit lit, je découvre son corps du bout des doigts… Elle découvre le mien du bout des lèvres… Elle gémit sous mes caresses… ses yeux, son sourire ne mentent pas… tout comme moi, elle découvre le plaisir qu’une fille peut offrir… Ses cuisses qu’elle ouvre, qu’elle ferme… son bassin qui danse pour que mes doigts ne s’éloignent pas de son sexe… Qu’il est doux sous mes doigts… ! Et chaud… ! Et humide… !

Sa bouche qui tète mon sein… sa main posée sur mon ventre… je la prends et la fais glisser vers mon bouton… Mes oreilles bourdonnent… vais-je reperdre l’audition ? Aucune importance, j’aurais au moins entendu ses soupirs, ses petits cris aigus, ses grognements plus graves !

– Oh oui ! Comme ça ! Touche-moi comme ça !

Alors, je remarque que je suis en train de signer entre ses cuisses S.O.F.I S.O.F.I S.O.F.I de plus en plus vite… de plus en plus fort… Sa main se crispe sur mes lèvres… elle la bouge vite… de plus en plus vite… Je frotte la mienne très fort… de plus en plus fort…

– Oh ! Ça brûle, mais c’est… c’est bon ! C’EST BON !

Par quel tour de passe-passe nous retrouvons-nous bouches contre sexes ? Quelle magie nous permet de nous donner autant de plaisir avec nos langues ? Comment avons-nous su ce qu’il nous fallait faire ?

Je n’avais jamais vu le sexe féminin d’aussi près, pourtant, quand de mes doigts, j’ai écarté ses lèvres, que j’ai vu son clitoris se découvrir, j’ai su d’instinct comment le lécher du bout de ma langue, j’ai su à quel moment la faire légère, quand l’appuyer davantage… lentement… vite… lentement…

Sophie me suce avec délice et je me laisse aller… Sommes-nous deux petites vicieuses à prendre du plaisir comme ça ? Les mots « vicieuses » « salopes » « gouines » « vice » résonnent dans ma tête, comme s’ils rebondissaient dans mon cerveau… Ils devraient me contraindre à arrêter, ces mots insultants que je déteste tant, mais au lieu de me refroidir, ils concourent à me faire jouir…

Mes cuisses se serrent autour de la tête de Sophie et je jouis… je jouis… je JOUIS !

Mon ardeur est décuplée par cet orgasme, je fais jouir Sophie avec ma bouche, ses mains plaquent ma tête contre son sexe… Je me fous de mourir étouffée, si je meurs ainsi ! Elle mord ma cuisse quand son orgasme explose à son tour.

C0ovA2AWEAEjWsoÀ nouveau dans les bras l’une de l’autre, nous nous regardons, caressons nos joues, prêtes à recommencer, quand nous entendons des pas dans le gravier de l’allée du jardin. Nous n’aurons pas le temps, pas aujourd’hui…

Nous nous rhabillons… je regarde la bouche de Sophie, aux lèvres un peu plus gonflées… pulpeuses et rouges que d’habitude. J’aime son air léger qui l’embellit…

– Tu as saisi la différence, maintenant ?

Trouve à ton tour une réplique amusante, caustique, excitante… !

– Il y a tant de mots… de concepts… Si tu dois me les apprendre, il nous faudra plusieurs leçons…

– Je te les donnerais, si tu m’apprends à jouer avec mes doigts, à les faire danser comme tu l’as fait avec les tiens…

Fin de la première leçon

Après cette première leçon, arrive la deuxième