Instantané — Langueur matinale pré-hivernale

Je vais être en retard, mais j’ai la flemme et je m’en fous… ce que je nomme la floumme… Je regarde par la fenêtre… Et maintenant, je me tâte…

J’étais pourtant bien décidé à mordre cette journée à pleines dents… Nu sous mes draps, de mon côté du lit… elle s’est levée… je dormais encore, mais devais être en train de me réveiller, puisque son côté était encore tiède quand j’y ai posé ma main… j’ai fermé les yeux, me suis souvenu de notre première longue nuit d’amour depuis nos retrouvailles… l’odeur de sa peau usée par son parfum, un peu trop cuiré à mon goût, malgré tout si bandante m’a donné une furieuse envie de sentir sa respiration haletante sur mon nombril… ma main a glissé sous mes draps et je me suis tâté… une première fois… longuement…

Puis je me suis motivé, j’avais encore du temps devant moi, autant en profiter, partir en avance, prendre mon petit déjeuner à la terrasse d’un café… j’ai repoussé le drap et je me suis demandé si la météo serait assez clémente pour ça… la douceur du soleil frileux de ce presque hiver, sa lumière m’ont fait penser à l’éclat de ses yeux quand elle souriait, à l’instant précis où nous avons compris que cette nuit tout pouvait recommencer…

J’ai rabattu le drap sur mon ventre et je me suis tâté… pour la deuxième fois… doucement… lentement… pour que les frottements du tissu sur mon avant-bras, sur ma hanche me rappellent ses petits cris contenus, quand elle voulait me cacher son plaisir… comme si j’avais pu oublier sa façon de déglutir quand elle jouit !  C’est surprenant comme elle se pense insignifiante, comme elle n’a aucune conscience de l’empreinte qu’elle laisse dans la mémoire de ses amants… ! J’aimerais pouvoir en rire avec elle, mais le temps passant je sais que ça deviendrait usant…

J’ai trouvé la force de me lever, j’ai enfilé un jean, mais il était déjà trop tard pour envisager un café en terrasse… je m’en suis fait un « bien serré » que j’ai bu en regardant la rue s’animer… je devinais plus que n’entendais le bruit des talons de ces femmes pressées sur le trottoir d’en-face… j’ai senti le tissu râpeux de mon jean agacer la peau de mon sexe qui semblait vouloir s’étirer joyeusement… comme ces mouvements de gym qu’on fait pour se dérouiller… j’ai réalisé que je n’avais pas mis de caleçon… devais-je en mettre un ou, pour une fois, aller bosser nu dans mon pantalon ? Je ne savais pas… je me suis tâté… Il m’a semblé l’entendre rire et me taquiner, je me suis retourné, mais elle n’était pas là…

J’ai posé ma tasse sur le rebord de la fenêtre, j’ai fermé les yeux… concentré sur les sensations du bout de mes doigts, de mes ongles griffant ma peau, lissant mes poils… ses ongles, le bout de ses doigts m’ont manqué… j’ai souri en pensant à son souffle, à sa bouche, à sa langue gourmande, quand elle les posait là… un peu plus bas… La reverrais-je en « tout bien, tout bonheur » comme elle le disait en riant ? On ne s’est rien promis, on n’a rien voulu envisager… « Je veux être libre de m’envoler vers d’autres aventures sans avoir à me poser la question de la loyauté »… Dire que c’est parce que je craignais qu’elle ne me mette en cage que je l’ai quittée ! 

Je suis déjà en retard.. dois-je me lever ou rester à rêvasser, blotti dans ce nid de sensualité ? Je crois que je vais encore devoir me tâter…

Quand on ne maîtrise pas l’art de la surprise…

Le cahier de Bonne-Maman — « La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans l’amour »

L’hiver n’allait pas tarder à pointer le bout de son nez quand mon chemin croisa de nouveau celui de Marie-Louise et de Charles. La veille au soir, le père de Toine m’avait prévenue, il irait voir son gros client pour affaires et m’avait demandé de l’accompagner. « Mais ce sera pour toi une journée de détente, Marie-Louise et son époux voudraient te recevoir comme on reçoit une amie ». J’avais donc mis ma plus belle robe, et nous fîmes le trajet en auto.

Je retrouvai Marie-Louise avec grand bonheur, elle me fit les gros yeux en constatant que j’avais rapporté la malle, elle en avait tant… ! Et me demanda si je m’amusais bien avec les costumes et les éléments de décor. Par chance, nous étions seules à ce moment précis. J’aurais aimé savoir mentir, faire semblant, mais quand bien même aurais-je pu y parvenir par mes mots, mon regard, mon sourire m’avaient trahie.

Comme une grande sœur, elle voulut en savoir plus long. Devais-je me jeter à l’eau, lui dévoiler mes secrets ? Devais-je prendre le risque qu’elle me dénonce, qu’elle s’offusque de ma conduite ? Devais-je tout simplement assumer cette part de ma vie, pourquoi aurais-je dû en avoir honte ?

J’évoquai à demi-mots des saynètes un peu… lestes que nous inspiraient les fragments de textes que nous trouvions dans les poches de certains costumes. Je pensais qu’elle se sentirait bafouée d’un tel usage, au contraire, elle sourit.

Ces représentations, nous préférons les garder secrètes, Charles et moi… mes parents ne sont pas au courant, je ne pense pas qu’ils les approuveraient.

Ainsi donc, leur amour était de même nature que celui qui nous unissait ! Une fois de plus, je méprisai ce réflexe qui m’interdisait de penser que nous pouvions êtres mues par les mêmes envies, par les mêmes sentiments, par les mêmes sensations. Marie-Louise et Charles appartenaient à un monde qui ne serait jamais le mien, mais je n’étais pas plus envieuse de leur richesse qu’ils n’enviaient la simplicité de ma vie.

Je n’ai jamais su si elle avait pris conscience de la nature exacte de notre relation multiple. Dans son monde, il est des mots qu’on ne prononce pas, en tout cas pas avec les gens du mien.

Malgré tout, notre complicité éclata encore. Elle me demanda d’accepter « ces deux petits livrets un peu lestes » comme si je lui rendais service. Quand nous les lûmes, le dimanche suivant, Toine ne put s’empêcher de ricaner « Ah bravo ! Quand je pense que ça va à l’église tous les dimanches ! », mais il y avait plus de surprise amusée que de critique dans cette remarque.

Elle me parla aussi des progrès de son mari, de ces cauchemars qui ne le hantaient presque plus. Elle me remercia trop chaleureusement pour que je ne puisse en éprouver un certain malaise. Je n’avais rien fait de si exceptionnel, pourquoi se sentait-elle tellement redevable ? Pourquoi ces trémolos dans la voix ? Pourquoi me serrait-elle si fort contre son cœur ?

Tu es la première à qui je le dis, même ma mère l’ignore encore… Pendant le déjeuner, nous allons annoncer que…

Elle s’interrompit et mima un ventre rebondi. Cette grossesse était pour elle le signe que la vie reprenait son cours normal, que l’espoir pourrait renaître. Elle aurait souhaité que je sois la marraine de cet enfant à venir, mais je ne pus accepter de mentir. J’avais cessé de croire en dieu et je refusai de me commettre dans ce que je voyais comme une mascarade.

Nous eûmes à ce propos, une discussion franche et animée, ne redoutais-je pas la colère de Dieu ? Je lui répondis que si dieu existait, il serait bien plus mécontent que je me rende à l’église sans y croire plutôt que de rester fidèle à mes convictions. Charles nous rejoignit à cet instant, il entendit mes mots, me dit « Finalement, vous faites le pari de Pascal, mais vous en arrivez à la conclusion inverse ! » Je faillis lui demander qui était ce Pascal, mais la cloche annonçant que nous devions passer à table venait de retentir.

La règle était de ne pas faire attendre le patriarche à l’heure des repas. Nous descendîmes une fois encore, tous les trois ce grand escalier si impressionnant.

La nouvelle de la future naissance enchanta tout le monde, comme Marie-Louise l’avait souhaité, je fis semblant d’être aussi surprise que les autres convives. Le vin coula à flots, de nouveaux projets se faisaient jour.

Je repris la route, aux côtés du père de Toine, qui fut ravi de ne pas avoir à arrimer une autre malle au coffre de son automobile.

Nous plaisantions, joyeux comme des pinsons, le froid commençait à s’abattre sur la Provence, mais nous le sentions pas encore.

Le père de Toine me confia que le geste que j’avais eu pour Charles avait eu des répercussions sur son affaire et il s’en sentait redevable envers moi. Je haussai les épaules en lui rappelant tout ce qu’il avait fait pour moi, comment l’emploi qu’il m’avait offert, la chambre qu’il m’avait prêtée m’avaient permis de rester au pays. Il sourit « Au pays, dis-tu ? » Je pris alors conscience que je me sentais chez moi dans ce village à l’autre bout de la France, bien plus que je ne me l’étais jamais sentie dans ma Normandie natale.

Nous arrivâmes au village au milieu de l’après-midi et le père de Toine me donna congé. « Tu mérites bien cette journée de vacances, Rosalie ! Repose-toi, il sera bien temps pour toi de te remettre au travail dès demain ! »

Quand je rentrai chez moi, encore un peu grise de cette matinée, de ce déjeuner si joyeux, ayant congé pour l’après-midi, je trouvai Valentino attablé, en train de fumer, une tasse de café à demi vide devant lui. Il se tourna vers moi, me sourit. Il était déjà venu à plusieurs reprises à la maison, mais n’aurait jamais pu deviner que je ne travaillerai pas cet après-midi là.

Comme tous les ouvriers qui venaient nous aider, il possédait un double de la clé. Toine tenait une sorte planning des travaux, chacun savait ce qu’il restait à faire et s’inscrivait pour une tâche à la date qui lui convenait le mieux.

Valentino était menuisier-charpentier, il s’était engagé à réparer l’escalier devenu dangereux après des décennies sans entretien. Non, je n’étais pas venue pour surveiller son travail ! Nous riions ensemble parce qu’il n’avait pas cherché à me faire croire que sa question était autre chose qu’une plaisanterie.

Il m’offrit de me faire un café, j’avais appris à l’aimer bien plus fort, moins amer que celui de mon enfance. C’était la deuxième fois de la journée que je repensais à la Normandie et la deuxième fois où je réalisais que je ne m’y étais jamais vraiment sentie chez moi. L’odeur du café maintenu au chaud toute la journée sur le fourneau me revint en mémoire avec déplaisir.

Tu as de la peine ? Tu es… fâchée de ma présence ?

Non ! Je… je repensais à mon village, à mon enfance… L’Italie te manque ? Parce que mon pays ne me manque pas, je viens de comprendre que je suis chez moi ici…

Ton… « pays » ? Mais… tu n’es pas française ?

Si ! Mais…

Je me levai, pris une poignée de farine, la déversai sur la table, traçai une carte de France et lui montrai d’où je venais… je savais qu’il comprendrait parce que j’avais entendu des discussions entre italiens. Il sourit en me voyant récupérer la farine et la verser dans une assiette.

Tu es plus soigneuse avec la nourriture qu’avec tes vêtements !

Pourquoi me disait-il ça ? Avait-il fouillé dans mon armoire ? Et puis, mon linge y était proprement rangé ! Il regarda en direction de la salle à manger et je compris.

Je ris en lui expliquant qu’il s’agissait de costumes de théâtre et pourquoi dans ma hâte de rendre la malle à Marie-Louise, j’en avais vidé le contenu sur la grande table et le sofa. Je réalisai que je n’avais aucun meuble où les ranger.

Si tu le veux, je pourrais revenir pour t’en fabriquer un, mais réparer ton escalier est plus urgent…

Il avait parfaitement raison. Nous parlâmes des travaux à venir, de politique, d’exil. Les cafés et les heures avaient défilé sans que nous en ayons vraiment pris conscience. Il était trop tard pour qu’il se remette à l’ouvrage.

Il se lava, se rhabilla de propre pendant que je rangeais les costumes et les accessoires, du mieux que je pouvais, dans la petite chambre que vous connaissez bien. En sortant de la cuisine, il rit de me voir les bras chargés de robes incongrues.

Tu portes vraiment toutes ces robes quand tu fais du théâtre ?

Nous aimons bien nous costumer et nous inventer des histoires.

Des histoires ?

Attends, je vais te montrer…

Je dois encore trouver un endroit où manger, où dormir… il est trop tard pour que je rentre chez moi… Une autre fois, peut-être…

Où travailles-tu demain ?

Pour l’instant, nulle part ! Tu sais bien… un chantier par-ci, un chantier par-là… tu connais notre condition…

Alors, reste ici ! Demain, tu finiras ce que je t’ai empêché de faire aujourd’hui, je te ferai à manger, et tu pourras dormir ici !

Dormir ici ? ! Et toi ? Où dormiras-tu ?

Dans ma chambre ! Tu peux dormir dans le canapé et il y a deux matelas… on peut les installer si tu trouves que le canapé n’est pas assez confortable…

Mais… toi et moi seuls chez toi ? Tu sais ce qu’on dit des italiens avec les femmes… et avec les femmes françaises ! Tu connais la réputation que nous avons… tu…

Je connais aussi la réputation des anarchistes, Valentino ! Pourtant aucun n’a déposé la moindre bombe dans cette propriété privée, aucun ne nous a jamais molestés ! Fais-moi plaisir, installe-toi confortablement sur le canapé comme si tu étais au spectacle et ouvre grand tes yeux quand je ferai mon entrée !

J’allai dans la chambre et enfilai à la hâte une robe de princesse. Je ne saurais dire pourquoi je choisis cette robe, peut-être parce qu’elle était si éloignée de moi, du monde d’où je venais, de celui dans lequel je vivais… Peut-être parce que le haut de la robe, ce corset qui faisait pigeonner ma poitrine se laçait sur le devant et que je n’avais pas besoin d’aide pour l’attacher…

Je l’ajustai, pris le chapeau qui complétait le costume, le posai sur ma tête et fis une entrée théâtrale. J’ai gardé longtemps cette manie du petit pas sauté, des bras ouverts et de cette révérence maladroite.

Il rit, je ris. Je lus dans ses yeux qu’il me trouvait aussi séduisante que je le trouvais séduisant et qu’il en était tout autant surpris que moi. Nous venions de passer plusieurs heures ensemble, je le connaissais depuis des mois, mais c’est à ce moment précis que le désir s’est emparé de nous.

Un silence gêné s’était abattu sur la maison, comme si nos regards suffisaient pour poser la question que nous n’osions pas formuler à haute voix. « Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Valentino se leva d’un bond, comme si un ressort l’avait éjecté du canapé.

Rosalie… je ne vais pas rester…

Je comprenais sa gêne, je la partageais, mais quand nos mains se tendirent pour cet « au revoir » amical, nos corps réagirent comme s’ils avaient été aimantés.

Rosalie… Rosalie… il ne faut pas… Rosalie… il ne faut pas…

Dis-le… dis-le moi encore…

Il ne faut pas…

Dans un sourire, je posai mon index sur ses lèvres.

Non ! Redis-moi « Rosalie »

Je sentis un sourire naître sous mon doigt.

Rosalie

Encore

Rosalie

Encore

Rosalie

Je ne me lassais pas de l’entendre prononcer mon prénom, les « r » étaient tantôt rocailleux, presque gutturaux, tantôt roulés, chantants et quelque soit leur prononciation, ils me charmaient pareillement.

Encore…

Son sourire était aussi doux que sa voix.

Rosalie

Je levai enfin les yeux et osai le regarder. Quelle douceur, quelle tendresse teintée de crainte dans son regard d’habitude si assuré ! Je m’y lovai, j’aurais voulu qu’elle m’enveloppât, qu’elle ne cessât de m’envelopper.

Je fus foudroyée par le contraste entre la peau rugueuse de sa main et la douceur de son geste quand il attrapa la mienne pour la porter à sa bouche et y déposer son premier baiser.

Rosalie

Nous n’avions pas encore osé nous embrasser, je déposai quelques baisers, légers, timides sur sa poitrine. Je fermai les yeux pour trouver le courage de déboutonner sa chemise qui se dressait comme un rempart entre ma bouche et sa peau. À chaque bouton dégrafé, à chaque baiser sur sa peau mate, répondait un « Rosalie ».

Que ma peau me parut douce quand il prit mon visage entre ses mains pour m’embrasser, délicatement, passionnément ! Combien j’ai aimé la lenteur de ses gestes quand il délaça le corset…

Quand ma main effleura son pantalon, que mes doigts s’apprêtèrent à le déboutonner, Valentino poussa un soupir de désir et un petit cri entre crainte et excitation, le tout dans un même souffle.

Sa main se posa sur la mienne comme pour arrêter mon geste, mais quand je le caressai par-dessus le tissu de son pantalon, son « Oh… Rosalie ! » avait la sonorité des encouragements impatients.

Il m’embrassa encore, puis me demanda si je voulais aller plus loin. Dans un grand sourire, je lui dis « Tu mériterais que je te réponde « Non » et que je te laisse ainsi ! »

Il rit, tout en rougissant. Nous n’étions pas très à l’aise, Valentino ne savait rien de ma vie intime, je ne savais pas ce qu’il connaissait de moi. Mais le désir domina nos craintes. Seule notre envie d’être heureux, de nous offrir une parenthèse de plaisir avait de l’importance.

Quand je m’agenouillai, il voulut m’en empêcher, j’appris plus tard, qu’il croyait que je n’avais pas conscience des conséquences et fut soulagé de constater que je ne semblais pas étonnée, choquée par la vision de son membre.

Plus mon désir était ardent, plus je prenais mon temps. Quel étrange paradoxe ! Mais que j’aimais regarder son sexe dressé, gonflé, vibrant, que j’aimais en éprouver le relief du bout de mes doigts !

Tu regardes comme si c’était un chef-d’œuvre !

Je le regarde pour ce qu’il est ! Et aussi pour ne pas me précipiter… Je veux profiter de cet instant… Je veux imaginer le plaisir que je prendrai et savoir que mon imagination sera bien en-deçà de la réalité…

Il se méprit, car il voulut que je m’allonge. Je lui fis signe d’attendre, le regardai, fermai les yeux, approchai mon visage, entrouvris mes lèvres, les humectai du bout de ma langue, je l’entendis respirer plus fort, un peu plus fort, un peu plus fort encore…

Oh !

Dans un réflexe, ses doigts s’étaient crispés sur mes cheveux. Je goûtai son sexe comme on découvre une nouvelle gourmandise. Je goûtai aussi le plaisir infini de l’entendre gémir en italien, ne comprenant pas les mots mais en ressentant viscéralement la signification…

Ma langue s’humidifiait à l’aune de son plaisir, j’en prenais tout autant que lui et nous en étions également conscients. Je sus quand ne plus l’empêcher de s’arracher de ma bouche, je ne résistai pas quand il me souleva par les aisselles.

Il me déposa délicatement sur le canapé, dénudant mon corps avec lenteur, lui aussi voulait prendre le temps de le découvrir. Il avait remis de l’ordre dans ma tenue, recouvert mes seins du corset délacé, mais régulièrement, il tirait sur le ruban de telle façon que le tissu se décollât de ma peau, il jetait alors un regard en biais terriblement excitant sur ma poitrine à-demi dénudée.

Il remontait le bas de ma robe, centimètre par centimètre, s’étonnant de la douceur de ma peau sous mon bas. Soudain, telle une couleuvre coulant vivement dans un sous-bois, sa main gauche glissa sous ma robe, remonta le long de ma jambe et se faufila entre la peau de ma cuisse et mon bas, comme pour vérifier l’exactitude de cette impression.

Je me hérissai de désir, de plaisir, mes jambes s’écartèrent sans que je puisse les en empêcher. Son visage simula l’indifférence, mais son sexe le trahit. Nous nous sourîmes, complices, mais faisant mine de rien, il poursuivit son monologue et je fis semblant d’en comprendre chaque mot.

Quand le bas de ma robe dévoila mes cuisses, j’arrêtai son geste, en le suppliant de ne faire aucune remarque sur ce qu’il allait voir pour la première fois. Je vis passer dans ses yeux une vague de surprise et de crainte mêlées, il glissa sa main sur mon pubis, entre mes cuisses, sourit, mi-soulagé, mi-amusé et continua à remonter ma robe. Il m’avoua, par la suite, avoir cru que je le prévenais de mon hermaphrodisme ou quelque chose de la sorte.

Quand ma blondeur resplendit à la lueur des lampes à pétrole, il eut un sourire charmant. Il pencha la tête sur le côté, pour mieux m’observer, comme un lapidaire, face à un diamant brut, pourrait se demander comment le tailler pour le mettre en valeur, sans nuire à sa perfection.

Mes jambes s’ouvrirent sous ce regard, au rythme de sa respiration. Ses doigts écartaient mes lèvres, entraient dans mon vagin. Comme je l’avais fait plus tôt, il voulait en ressentir chaque relief, il se murmura à lui-même cette exclamation ravie « Oh che bella fighetta! ». Je lui en demandai la signification, il ferma les yeux, rougit un peu, fit non de la tête.

Tu serais offensée, alors que c’est tout le contraire

Ses doigts me transformaient en marionnette, j’ondulais, je m’ouvrais comme mue par leur propre volonté et ces mots que je ne comprenais pas, tout en les ressentant balayaient toute crainte, toute pudeur. Ses yeux étincelaient de désir, de folie.

Tu aimes mes caresses, Rosalina ?

Je tombai immédiatement amoureuse de ce doux diminutif, il me fallut quelques instants avant de reprendre mes esprits.

Ne le sens-tu pas sous tes doigts ?

Comme ça ?

Ses doigts allaient et venaient en moi, me paralysant de plaisir.

Ou comme ça ?

Tout en continuant ses va-et-vient, de son autre main, il caressa, non pas mon petit bouton bandé, mais les petites lèvres autour, accompagnant ses caresses d’une pression croissante. J’étais muette de plaisir.

Muette et paralysée, mais quel plaisir doux et violent ! Il répondit pour moi.

Comme ça, alora !

Je me sentais jouir sous ses doigts, nos sourires se répondaient et nos regards… ! Nos regards ! Ce fut la première fois où j’eus cette impression étrange d’une telle communion entre nous que mes yeux devenaient d’un noir ardent et les siens d’un bleu étincelant.

Enfin, tel un enfant, qui après avoir attendu patiemment, se décide à déguster cette pâtisserie dont il avait tellement envie, Valentino se pencha vers mon sexe offert, avec une avidité non dissimulée.

Sa bouche, sa langue, la précision de ses baisers… un orgasme me transperça les reins comme un coup de poignard. Mes gémissements de plaisir s’échappèrent de sa bouche. Il lui fallut user de toute sa force pour m’empêcher de l’étrangler avec mes cuisses.

Ayant dégusté mon plaisir, Valentino releva la tête. Ses lèvres, sa moustache, sa barbe, son nez, même ses pommettes luisaient. Il le vit dans mes yeux et rit de notre bonheur simple, inattendu…

Je voudrais aller dans mon lit, mais je n’en ai pas la force…

Tu as sommeil ?

NON ! Mais mon lit est… ooohh Valentino… plus confortable…

Je vais te porter, alora, Rosalina…

Il me souleva du canapé, m’embrassa « Tu es plus légère qu’une plume, Rosalinetta ! » et sans que nous l’ayons décidé, nos sexes s’unirent. Nous en fûmes autant surpris l’un que l’autre. Valentino s’arrêta. Je sentais mon sexe palpiter autour de son gland. La position était assez inconfortable, mais pour rien au monde, nous aurions voulu en changer.

Il avança lentement, précautionneusement, par chance, mon entrée théâtrale m’avait empêchée de fermer la porte de ma chambre.

Quand il voulut me déposer sur mon lit, son sexe entra de tout son long dans le mien, son gland cogna le fond de mon vagin.

Oh !

Il me reprit dans ses bras, me fit coulisser le long de son membre et « HAN ! » m’empala. Une fois. Deux fois. Dix fois. Prenant un peu plus d’assurance à chaque fois.

Je me pâmais, comme en équilibre à l’exacte limite de l’orgasme. Je le suppliai

Encore !

Il ne m’écouta pas et m’allongea sur le lit. Son regard, son sourire avaient retrouvé toute leur assurance. Avec la certitude que nos corps, nos esprits parlaient la même langue, la sérénité pouvait enfin s’inviter dans la fougue de cette première étreinte. Je puisais dans son regard, la force et l’assurance, je me sentais rayonner.

J’attendis que son sexe soit presque hors du mien, de sentir le bourrelet à la base de son gland à l’entrée de mon vagin pour, d’un geste de la main, lui demander de cesser tout mouvement.

Regarde ! Regarde !

J’écartai mes lèvres du majeur et de l’index d’une main, tandis que de l’autre, je me caressai, impudique, livrée à sa curiosité. L’orgasme me souleva à demi, je lui criai mon plaisir, mes sentiments dans un mélange de patois, de français. Il me répondit en italien et en français, qu’il aimait ce que nous faisions et d’autres choses que je ne compris pas.

Tu aimes quand je jouis, Valentino ?

Il hocha la tête et, comme à regret, m’avoua

Mais j’ai peur de…

Tu as peur de ?

Jouir trop vite… tu comprends ?

La surprise me fit dire, sur le ton péremptoire d’un sermon

Mais, Valentino, un cazzo non è un fucile a un solo colpo !

Il éclata de rire et surpris me demanda si je parlais italien, je lui dis la vérité, je ne connaissais que cette phrase, mais elle me semblait correspondre à ce que je voulais exprimer.

Qui te l’a apprise ?

Toine la dit souvent dans ce genre de situation…

Je me demandai soudain, si j’en avais bien perçu la signification…

Toine ? Tu… avec Toine ?

Redoutant son jugement, mais n’ayant pas envie de lui mentir, je regardai Valentino droit dans les yeux.

Oui ! Nous sommes un couple à quatre… Nathalie et Toine, Nathalie et Pierrot, Pierrot et moi, moi et Toine, moi et Nathalie…

De plus en plus surpris, il me demanda

Et Toine et Pierrot ?

Ah non ! Enfin… je ne crois pas…

Il ne me jugea pas, au contraire, cette précision sembla le soulager tout à fait.

Alors, la phrase de Toine veut bien dire ce que je croyais ?

Il opina en souriant. Son sexe avait perdu de sa dureté, mais dès que je me redressai pour voler un baiser à Valentino, sa vigueur revint comme par magie.

Écarte tes lèvres, Rosalina…

Non ! Tes doigts sont plus…

Plus ?

Plus plaisants que les miens… ils m’excitent plus…

Oh Rosalina… !

Ses doigts écartèrent mes lèvres, d’une main je me caressai et de l’autre, je m’agrippai à ses reins…

Embrasse mes seins, Valentino… s’il te plaît… ils ont besoin de tes baisers…

Une longue plainte s’échappa de sa bouche, comme si ma supplique le libérait d’un désir inavoué. Ma voix me surprit quand je lui demandai s’il sentait qu’une vague de plaisir allait bientôt me submerger. Je jouis violemment, haletant comme une bête sauvage, sans pudeur, j’avais perdu tout contrôle, j’avais envie de le mordre, de l’embrasser, de le lécher, de le dévorer tout à la fois.

Rosalina… Rosalina…

Je sentais les soubresauts de son corps tandis que son plaisir explosait enfin. Je l’empêchai de sortir de mon sexe « Profite et laisse-moi profiter de ce moment, mon beau Valentino ». Il y consentit en m’inondant de mots tendres en italien.

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Nous ne dormîmes pas de la nuit, et je ne pus me résoudre à aller travailler le lendemain matin, j’avais l’impression que cette nuit de folie amoureuse et sexuelle était tatouée sur mon corps, sur mon visage.

Je n’avais pas tout à fait tort, parce que lorsque Toine « venu aux renseignements » nous trouva assis dans la cuisine devant un bol de café, il eut un sourire amusé, prit mon poignet entre ses mains, fit semblant d’y chercher un pouls, et d’un ton très sérieux annonça « Bon, le bon docteur Toine a trouvé la Rosalie bien fatiguée, un peu fiévreuse, sans doute un coup de froid, je lui conseille de garder la chambre pour la journée ». Il déposa un baiser amical sur mon front « Profite, Bouton d’Or », avant qu’il ne s’en aille, Valentino lui dit quelque chose en italien, ils éclatèrent de rire, et Toine, tout en ébouriffant mes cheveux fit semblant de me sermonner « Il ne faut pas toujours répéter ce que je dis, Bouton d’Or ! »

Valentino demanda pourquoi il m’appelait ainsi, et Toine lui répondit en italien quelque chose que je compris tout à fait. J’aimais leur façon de parler de se regarder, ils faisaient de moi leur égale, ce qui n’était pas fréquent en 1919. J’étais une femme, je couchais régulièrement avec l’un, je venais de le faire avec l’autre, ils le savaient, mais respectaient tout autant mon désir que la femme que j’étais.

Ce fut donc, notre volonté commune, à Valentino et à moi, de n’être que tous les deux quand nous faisions l’amour. Il n’a jamais revendiqué une quelconque exclusivité et réciproquement. En revanche, il n’avait aucune envie de me voir coucher avec un autre, une fois encore ce souhait était réciproque.

Nous avons vécu une belle et longue histoire d’amour, en parallèle avec celle que je vivais avec Pierrot, mais je n’ai jamais cherché ni à la cacher, ni à en minimiser l’importance. Pierrot l’a acceptée, comme j’ai pu accepter les belles histoires d’amour qu’il a vécues sans moi.

Après l’automne, après l’hiver, le printemps est arrivé…

 

 

 

Le cahier de Bonne-Maman – « S’il n’y avait pas d’hiver, le printemps ne serait pas si agréable »

Le lendemain, nous nous retrouvâmes à la crique. Pierrot arriva le dernier, nous désignant sa musette qui nous parut bien remplie. Je courus vers lui, il me chuchota « Tu leur as dit ? »

Non ! Je voulais qu’on leur annonce ensemble !

Il m’embrassa, me répétant son amour. Tout comme moi, il s’était réveillé ce matin-là en se demandant s’il n’avait pas rêvé tout ceci. Je lui dis que pour être certaine du contraire, il m’avait fallu tenir à nouveau dans ma main les papiers remis par le notaire. Il allait me répondre quand nous fûmes interrompus par Toine « Qu’est-ce que vous manigancez, tous les deux ? » En nous retournant, nous éclatâmes de rire.

Toine se tenait debout, les poings serrés sur les hanches pour marquer sa désapprobation. De nous quatre, il était toujours le premier à se dévêtir, il aimait la nudité par-dessus tout, mais à cet instant le contraste entre sa mine sévère, son allure réprobatrice et son érection était franchement comique.

Oh gari, quand tu nous engueules, essaie de ne pas bander comme un âne !

Toine regarda son sexe dressé avant d’éclater de rire.

On pourrait croire que tu veux décrocher le soleil !

J’en serais bien capable, Bouton d’Or !

Sortant une « bonne bouteille » de sa musette, Pierrot annonça qu’on aurait quelque chose à fêter, mais avant, il nous fallait découvrir ce que « le sort » nous avait réservé. Nous nous déshabillâmes, nous assîmes, Pierrot déplia le bout de papier qu’il avait pêché dans « la boîte à désirs », je reconnus l’écriture de Nathalie.

Colin-Maillard

Pierrot crut avoir mal lu, mais Nathalie expliqua

Rosalie et moi on aurait les yeux bandés et vous nous feriez… et nous, on devrait deviner qui fait quoi, mais interdiction de parler… Colin-Maillard, quoi !

Té, Pitchoune, vous avez une drôle de façon de jouer à Colin-Maillard dans ta famille !

Nathalie voulut s’expliquer, plus elle parlait, plus Toine et Pierrot la moquaient. Je pris sa défense, l’assurant que de toute façon, les garçons comprenaient toujours tout de travers. Pierrot sauta sur l’occasion.

Mais oui ! Bien sûr ! Les garçons comprennent toujours tout de travers… ! Voyons, c’est bien connu ! Dis-moi, Nathalie, toi qui es une fille, que répondrais-tu, si après avoir fait les premières démarches en vue de te marier, le Toine te disait « Demande-moi ce que tu veux » ? Dis, que répondrais-tu ?

Nathalie ouvrit des yeux comme des soucoupes.

Il t’a fait sa demande ?

Oui ! Hier !

Pierrot insista

Que répondrais-tu ?

Tu as déjà offert la bague ?

Non !

Alors, la bague ou… pourquoi tu ris Pierrot ? Et Rosalie, pourquoi tu lèves les yeux au ciel ?

Parce qu’il raconte n’importe comment !

Pierrot me prit dans ses bras en riant.

Non ! Non ! Non !

Toine observait la scène, amusé, des éclats de tendresse, d’amitié dans les yeux. Exagérant mon accent, le rendant ridicule, Pierrot me singea « Fais jaillir mes seins de mon corsage et caresse-les comme toi seul sais les caresser »

Toine rejoignit Pierrot dans un formidable fou-rire, tandis que Nathalie bégayait « mais… mais… mais… »

La Normande est moins vénale que la Provençale, si je comprends bien ! Quand même, Bouton d’Or, tu aurais pu pousser l’avantage…

L’interrompant, je m’exclamai « Nous étions en train de… de batifoler… je le chevauchais et… par pitié, Pierrot, raconte mieux ! Tu n’as pas dit… »

Pierrot, un air de contentement sur son visage, sortit quatre timbales, déboucha la « bonne bouteille », nous servit les uns après les autres, leva son verre et nous invita à trinquer « à l’amour, à l’amitié, à la vie ». Je le suppliai encore, le menaçai et, n’y tenant plus

Il aurait trouvé les mots mieux que moi… il m’avait déjà offert la maison de la boîte aux lettres !

Toine faillit s’étrangler en avalant sa gorgée de vin, à cause d’un éclat de rire.

Ho fatché, Pierrot, tu émerveilles, tu combles Bouton d’Or avec une ruine !

Ces deux-là étaient en train de transformer ce magnifique moment en une pantalonnade… Toine s’approcha de moi, tendit sa main et de son pouce essuya la larme sur ma joue avant qu’elle n’ait eu le temps de jaillir de mes yeux.

On te taquine, Bouton d’Or ! Et puis, tu sais, on va te la retaper, ta maison ! Tu verras tout le canton voudra y passer du temps, la visiter !

Notre maison, Toine, ce sera la maison de Pierrot et de moi !

Toine me tendit son gobelet vide, prit la main de Nathalie l’enjoignant à se lever, posa un genou à terre.

Nathalie, voudrais-tu devenir ma femme ?

Je… oh ! Mais cesse donc ! Arrête ! Je…

Toine la caressait entre les cuisses, la léchait du bout de sa langue. N’y tenant plus, elle plaqua le visage de son prétendant contre son minou, se laissa aller au plaisir de ce baiser.

Vautrée sur Pierrot, je les regardais en me délectant de ses caresses. Alors que ses doigts puissants glissaient de ma toison jusque mon bouton, il s’exclama d’une voix tonitruante « Ho, la Nathalie, on l’a pas entendue ta réponse ! Tu le veux, qu’il te marie, le Toine ou tu le veux pas ? »

Je remarquai les soubresauts des épaules de Toine, qui devait réprimer un éclat de rire, mais ne voulait certainement pas interrompre ce qu’il était en train de faire.

Oh, fan de Diou ! Oh que oui, je le veux !

Pierrot poussa un long « Aaahhh » de soulagement, comme s’il y avait eu le moindre suspens.

Ne lui offrant pas la possibilité de la faire jouir, Nathalie s’arracha à l’étreinte de son Toine, le fit se mettre debout. Bon sang ! Son sexe semblait encore plus long, plus gros qu’à l’ordinaire ! Je n’étais pas la seule à l’avoir remarqué, Pierrot avait marmonné un « C’est pas humain… Pour sûr, il a été croisé avec un taureau ! »

Nathalie s’agenouilla « Et toi, mon Toinou, veux-tu me marier ? » Avant qu’il n’ait eu le temps de répondre, elle le lécha sur toute la longueur, des gonades jusqu’au gland avant de l’avaler. Toine grognait de plaisir. Qu’ils étaient beaux, ces deux-là !

Je n’eus pas le loisir de taquiner Toine sur son absence de réponse, parce que voir Nathalie se régaler ainsi me donna une impérieuse envie de me régaler de mon Pierrot. Je tremblais déjà de plaisir quand j’entendis la voix vibrante de Toine « Oh, Pitchoune, ô, ma Nathalie ! Je le veux ! Tu le sens comme… han… je le veux ? » et il cria à en effrayer tous les oiseaux de la création.

La « bonne bouteille » et sa petite sœur étaient vidées depuis longtemps quand nous ouvrîmes le panier pour déjeuner. C’est à la fin de ce pique-nique que nous vint l’idée du double-mariage. J’étais allongée, la tête sur le ventre de Pierrot qui caressait le corps de Nathalie, Toine regardait ma toison, ses doigts glissaient entre mes poils, le soleil nous léchait la peau d’une façon fort agréable. Nos corps enchevêtrés, nous plaisantions « si quelqu’un nous voyait, il se demanderait qui est avec qui ! », quelques rires plus tard, quelques caresses et un peu plus de baisers, quelques mots d’amour et d’amitié encore et la décision fut prise, nous nous marierons le même jour, une double cérémonie, coûte que coûte.

Nathalie tint sa promesse malgré tout, me houspilla quand je lui proposai d’avancer la date de son propre mariage puisque je n’avais toujours aucune nouvelle de mes parents presque un an après ce pique-nique. Têtue comme une bourrique, elle tapa du pied « On a décidé d’une double-cérémonie, on s’y tient ! Un point c’est tout ! » Quelle amie formidable… !

Échauffés par le vin, par le soleil, enivrés par la promesse de cette double-cérémonie, nous nous laissions envahir par une certaine langueur quand Pierrot étendit son bras, à la recherche d’une pièce de tissu pour bander les yeux de Nathalie. Pour finir, il utilisa son pantalon, alors que les grands torchons qui nous avaient servi à emballer nos provision auraient tout à fait convenu. « C’est plus amusant ainsi ! »

Quand elle était excitée, Nathalie riait d’une façon qui nous troublait tous, elle en avait conscience, elle aurait pu en jouer si elle avait su maîtriser ce rire si particulier, mais elle n’a jamais cherché à le faire. Elle riait, déjà aveugle, je sentais le désir me posséder, m’envahir, je regardais les sexes de nos compagnons se gonfler, se dresser avant de ne plus rien y voir. Les yeux recouverts par le pantalon de Toine, je sentais son odeur, ce qui m’excitait davantage, moqueur, il s’adressa à Nathalie

Dis, Pitchoune, maintenant que vous n’y voyez plus, que fait-on ? Quelles sont les règles de ton Colin-Maillard familial ?

Mais… ce n’est pas…

Nathalie pouffait, excitée, excitante

— … vous nous faites tourner et nous, on doit vous attraper, celui qu’on touche fait ce qu’il veut de nous…

Colin-Maillard, quoi !

Attendez qu’on vous attrape, vous ne perdez rien pour attendre !

Ils nous firent virevolter à nous en faire perdre l’équilibre, le soleil était haut dans le ciel, nous étions un peu grises du vin que nous avions bu, je chancelai, les mains en avant à la recherche d’un corps. Le premier qu’elles trouvèrent fut celui de Nathalie, que j’aimais sentir ses jolis seins dans le creux de mes mains !

Ah ah ! Te voilà bien puni, Toinou !

Nathalie avait collé son corps contre le mien et se livrait, impudique, à mes caresses, ses lèvres embrassaient mes épaules, descendaient vers mes seins…

Tu dis vrai, Pitchoune, nous voilà bien punis !

Elle riait, merveilleuse, reprochant l’ironie de son Toinou, reprochant à Pierrot de rire aussi. Je sentis des mains d’homme empoigner ma taille, sans pouvoir déterminer lesquelles, ces mains m’arrachèrent à Nathalie qui poussa un soupir de dépit.

À nouveau, je tournoyais, à nouveau, je chancelais, trébuchant, manquant de perdre l’équilibre, de tomber, je ne dus mon salut qu’à une branche d’arbuste à laquelle je m’agrippai « Heula ! L’est bien moelleuse c’te branche… ! » J’entendis, non loin de là, le rire de Nathalie qui avait attrapé Pierrot.

Je sentis la main de Toine prendre la mienne, lui faire effleurer mes seins. Il aimait par-dessus tout que je me caresse pour lui, devant lui… Je devinai l’éclat de son regard, son sourire, le bruit de sa langue humectant ses lèvres, j’entendis son souffle déjà court de désir, aveugle je me livrais avec impudeur, ma voix était un peu rauque quand je lui demandai « Comme ça ? » pour toute réponse, je l’entendis souffler plus fort par le nez, comme un taureau avant la saillie, me guidant à ce son, je m’approchai de lui, ondulante, une main sur mes seins, l’autre sur mon pubis.

Quand je fus assez près pour sentir son souffle sur ma peau, j’écartai mes cuisses, basculai mon bassin vers l’avant, ouvris les lèvres de mon sexe de mes doigts, me caressai. Je sentais mon bouton durcir, se gonfler de plaisir, saillir comme un pénis miniature, j’étais envoûtée par ma propre voix quand je lui redemandai « Comme ça ? », son souffle plus puissant, plus saccadé pour toute réponse. « Comme ça ? »

Enfin, je sentis ses doigts, j’allais retirer les miens, quand il m’en empêcha « N’arrête pas, Bouton d’Or ! N’arrête pas… » il me sembla entendre couler sa salive pleine de désir « … n’arrête pas ». Comme une supplique, il me demanda « Dis-le… dis-le, Bouton d’Or… dis-le moi ici, en plein jour… dis-le », alors je lui dis les mots que je lui répétais pendant ces nuits d’hiver, pour l’aider à chasser ses cauchemars « Regarde comme j’aime me faire jouir, rien que pour toi… regarde comme j’aime ça ! Regarde le plaisir que tu m’offres avec tes yeux ! Regarde et n’oublie pas ! »

Il agrippa mes hanches pour mieux profiter du spectacle, pour m’empêcher de tomber et aussi pour sentir mon corps chavirer, je jouis en poussant un long cri, la pression de ses mains s’accentua, je compris qu’il guidait mon corps pour que je puisse m’empaler sur lui, quand il me pénétra, mon sexe palpitait toujours, nous psalmodions à mi-voix « Comme c’est bon ! Que c’est bon ! »

J’essayais de le contraindre à me pénétrer de tout son long.

Je vais te faire mal, Bouton d’Or et je ne le veux pas…

Je te veux tout entier, tout au fond de moi, Toine !

Je me penchais tantôt en avant, tantôt en arrière, me soulevais un peu, pour mieux m’enfoncer, étrangement guidée par mes sensations tout autant que par les cris de plaisir de Nathalie et de Pierrot, il me semblait qu’ils s’étaient rapprochés de nous, en entendant Nathalie crier « Oh, fan de Diou ! Oh, fan de Diou ! », mon corps s’ouvrit tout à fait et le sexe de Toine put entrer de toute sa longueur, de toute son épaisseur, sans me faire le moindre mal.

Je continuais à me pencher, tantôt en avant, tantôt en arrière, à me soulever, à m’enfoncer pour jouir de ces différentes sensations, mon plaisir n’étant pas distrait par la vue. « Tu aimes, Toine ? Tu aimes ça autant que moi ?», pour toute réponse, je n’avais que ses cris étouffés.

J’entendis Pierrot crier son plaisir, le bruissement du tissu qu’on dénoue, un chuchotement de Pierrot, le rire étouffé de Nathalie, mais je n’en pris conscience que plus tard. Pour le moment, je n’étais attentive qu’au seul plaisir que je prenais avec Toine.

Ses mains se crispaient sur mes hanches, accompagnant mes mouvements « Oh, fatché ! Comme c’est bon ! Comme c’est bon ! » Enfin, il retrouvait l’usage de la parole ! Enfin, je savais qu’il y prenait plaisir ! Mes mains devenues folles couraient sur mon corps, sur le sien au gré de mes ondulations, de mes mouvements « Un baiser, Bouton d’Or, offre-moi un de tes baisers ! »

En me penchant pour exaucer ce souhait, mon bouton tout bandé, tout excité, frotta le sexe, le pubis de Toine, libérant mon plaisir. Je criai la bouche grande ouverte collée à celle de Toine qui enfonça ses ongles dans mes fesses, donna un ultime coup de rein et déversa son plaisir tout au fond de moi.

Avant de me rendre la vue, ayant retrouvé tous ses esprits, il me demanda

Alors, Bouton d’Or, as-tu deviné qui tu as attrapé ?

Quelle question ! La Nathalie !

Dessin de Paul-Émile Bécat

Nous aimions nous ébattre nus dans la mer après avoir pris du plaisir, sentir l’eau tiède sur notre peau. Si Pierrot et Toine nageaient comme des poissons, Nathalie ne le savait pas, quant à moi, je ne savais nager « que là où j’ai pied », ce qui irritait l’esprit logique de Toine « Si tu sais nager, tu sais nager !  Au plus tu as d’eau sous ton corps, au mieux tu flottes ! », mais je n’en démordais pas, hors de question de m’aventurer au loin !

Je crois que j’étais déjà l’épouse de Pierrot quand j’ai osé leur avouer que cette mer étrange, sans marée, presque sans vagues m’effrayait un peu, je ne savais pas la déchiffrer et je craignais de ne pas savoir y déceler les signaux d’alerte d’un danger imminent.

Nous étions sur le sentier qui mène à la crique, main dans la main, quand Nathalie se retourna en riant

Pierrot m’a dit « si elle portait un corsage, elle lui demanderait de faire jaillir ses seins et de les lui caresser ! »

J’entendis le rire de Toine, Pierrot sourit comme le ravi de la crèche, fier de lui, je haussai les épaules, levai les yeux au ciel « Tu parles de travers, Pierrot ! Toine ne venait pas de me demander en mariage, juste avant ! » et je m’échappai en riant pour éviter la claque sur mes fesses que Pierrot s’apprêtait à m’asséner.

Quand nous retournâmes au village, que Toine et moi entrâmes chez ses parents, nous avions les yeux brillants d’avoir trop joué dans la mer, d’avoir trop regardé le soleil, d’avoir trop bu, d’avoir trop ri. Toine s’en excusa auprès de son père

Nous avons fêté deux bonnes nouvelles, nous allons nous marier le même jour et Pierrot va acheter la vieille maison, rue Basse, pour lui et pour Rosalie…

Il va acheter la maison de toutes les débauches ?

Devant notre air ahuri, il expliqua

C’est ainsi que les anciens l’appelaient, n’y vois aucune offense, Rosalie !

Rosalie découvre pourquoi on appelait ainsi sa future maison

Les souvenirs de Tatie Monique – Fête Nationale – Première partie

Pour le 14 juillet, l’étudiant était remonté à Paris, où il était attendu à une fête entre amis. Je croisai son cousin dans l’après-midi du 13, il faisait tellement chaud… je lui demandai s’il voulait m’accompagner à la plage. Il hésita un peu, puis, comme on se jette à l’eau, accepta.

Il me proposa de faire le trajet dans sa voiture. J’acceptai pour plusieurs raisons, déjà je n’aurais pas à pédaler en plein soleil et puis, ça me donnerait l’occasion de lui parler un peu. Je ne comprenais pas pourquoi il était devenu si distant avec moi depuis le départ de l’étudiant. Malheureusement, il conduisait sans dire un mot, regardant droit devant lui, impassible… même quand il respirait, il le faisait en silence, comme s’il voulait s’économiser… Quant à moi, pour masquer ma déception, je regardais la route défiler par la vitre de ma portière. À un moment, en passant une vitesse, sa main frôla ma cuisse, je crus qu’il me caressait, je me tournai vers lui en souriant, mais il eut ce mouvement, ce « non ! » de la tête qui me broya le cœur. Foutu pour foutu, je lui posai la question qui me brûlait les lèvres

– C’est fini ? Maintenant… tu me vois comme une fille facile et tu as honte de ce que nous avons fait ?

– Non ! Mais… comment te dire ? Si je t’avoue mon secret, c’est toi qui ne voudra plus me parler… c’est toi qui regretteras…

Il gara sa voiture et nous descendîmes le petit sentier escarpé qui menait à une petite crique, que je croyais être la seule à connaître. Ouvrant la marche, ne me donnant que son dos à voir, espérant que sa voix se perde dans le bruit du vent et des vagues, il me fit cet aveu à toute vitesse…

– Je ne sais pas pourquoi, mais pour bander assez fort… pour posséder une femme, il faut d’abord que je la voie jouir d’un autre homme… Si tu savais comme je rêverais de recommencer… te regarder… baisée par un homme et que mon sexe enfin dur puisse se frayer un chemin dans son sperme…

Hélas pour lui, point de vent et encore moins de vagues pour emporter au loin ses mots si lourds de culpabilité… À l’abri des rochers, j’enlevais non seulement ma robe, mais aussi mon maillot de bain, je voulais placer cet après-midi sous le signe de la légèreté, lui faire comprendre que je ne le jugeais pas. 

Il ouvrait des yeux comme des soucoupes… pour l’aguicher davantage, je dansais lascivement devant lui, me caressant les seins, m’approchant, une ondulation du bassin, puis un pas en arrière… Il ouvrait la bouche et la refermait, comme un poisson fraîchement sorti de l’eau… le repoussant d’une bourrade qui l’enjoignit à s’asseoir, tout en me caressant, je le rassurai…

– Te fais pas de bile, ici, on est à l’abri, ici, on ne peut pas nous voir…

Que son accent chantant m’a séduite quand il m’a répondu en riant

– C’est le point de rencontre de tous les voyeurs du coin, Monique !

Cette révélation aurait dû m’effrayer, au contraire, je sentis une excitation incroyable m’envahir. Je m’allongeai face à lui, les cuisses outrageusement ouvertes et me caressai en prenant garde qu’il ne perde pas une miette du spectacle que je lui offrais…

– Ça t’excite ? Tu aimes qu’on te mate ?

– Tu veux tout savoir ? J’étais vierge avant ce voyage en train… c’est ton cousin qui m’a dépucelée, mais je crois bien que oui… l’idée qu’on me voie… oui… Regarde comme je mouille ! Et puis… tous les trois dans ma chambre… c’était… oui ! Je crois que c’est comme ça que j’aime… Tu ne veux pas me baiser, mais j’aimerais que tu me fasses jouir avec ta bouche, avec tes doigts… ici… tout de suite… en plein jour… qui sait, peut-être aurons-nous un spectateur…

Il me prit dans ses bras, me demanda d’écarter davantage mes cuisses. Je sentais ses doigts virils caresser mon sexe, en écarter les lèvres, entrer et sortir de mon vagin… le soleil me chauffait agréablement les pieds et les chevilles… J’étais bien, je me laissais aller au plaisir croissant de ces caresses un peu brutales et pourtant tellement sensuelles et délicates… Je l’entendais respirer de plus en plus fort dans mon dos, comme s’il calait son souffle sur mon plaisir croissant…

– Regarde là-haut… Tu vois ? On te mate ! Ça te plaît toujours ?

J’aurais voulu lui répondre par des mots, mais quand j’ai remarqué, j’ai deviné les gestes de cet inconnu, à 50 mètres au-dessus de nous, j’ai été saisie par un orgasme incroyable… Dès que je retrouvai mon souffle, je me levai

– Attends ici que je te fasse signe… d’accord ?

Je me dirigeai vers cet homme en espérant qu’il ne se sauve pas, qu’il remarque mon sourire éclatant. Arrivée près de lui, je trouvai un autre voyeur, masqué par un buisson, je ne l’avais pas remarqué depuis la crique. Sans me poser plus de questions que ça, sans aucun sentiment de honte et avec beaucoup d’inconscience, je leur demandai s’ils aimeraient me baiser devant mon petit ami.

Ravis de cette aubaine, ils acceptèrent volontiers. Je me retournai pour faire signe à mon camarade de jeux, mais il m’avait emboîté le pas. Je le trouvai plus souriant, plus séduisant que jamais, j’allais le lui dire quand je me sentis touchée, palpée par des grosses mains rugueuses… Quelle surprise d’y prendre si rapidement autant de plaisir ! J’aimais la façon dont cet inconnu parlait de moi à mon compagnon… un peu comme si je n’avais pas été là, un peu comme si c’était à lui de décider pour moi… 

Il ne me fallut pas longtemps avant de comprendre que ces trois-là se connaissaient et en même temps, comment aurait-il pu en être autrement ? Le canton n’était pas une destination très prisée par les vacanciers, à l’époque, et les villages pas très peuplés… 

Le plus vieux des deux, celui qui parlait tout le temps, fourra sa langue dans ma bouche… une grosse langue baveuse, je détestai ce baiser… Non ! J’aurais dû détester ce baiser, tout comme je ne les aimais pas… la langue si enfoncée dans ma bouche qu’elle me donnait l’impression d’étouffer, ces litres de salive qui me donnaient la sensation de me noyer… Pourtant, ce baiser écœurant m’excitait, tout comme ses grosses mains nerveuses qui me touchaient, comme on palpe une vache dans un comice agricole… J’aimais, j’aimais vraiment cette sensation… je me demandais à quoi ressemblait son sexe, quand il me demanda, avec son accent rocailleux, de me mettre à quatre pattes.

Il me pénétra et je me sentis envahie, sa queue était bien trop grosse et mon sexe bien trop étroit, mais que c’était bon… ! Que c’était bon… ! L’autre comparse s’agenouilla devant moi et je commençai à sucer cette bite monstrueusement grosse, je me demandai si tous les hommes de la région étaient aussi bien dotés, quand j’entendis ces deux injonctions…

– Oui ! Suce-moi comme ça ! Tu aimes sucer les inconnus devant ton homme ?

– Resserre tes cuisses ! Que je profite mieux de ton petit con !

Je regardai le cousin de l’étudiant, il avait sorti sa queue et se caressait lentement. Est-ce dû à l’éclat de son regard, de son sourire, j’ai eu l’impression que mon ectoplasme s’envolait pour admirer la scène et la graver à tout jamais dans ma mémoire… Je me vis donc, à quatre pattes au milieu de la garrigue, sur la rocaille… un homme massif allait et venait dans mon sexe… un autre, à genoux devant moi, me caressait le visage tandis que je le suçais avec application et un plaisir non dissimulé… debout, un peu à l’écart, l’homme que je désirais par-dessus tout se branlait doucement… Cette vision était divine. Je sus immédiatement que c’était ainsi que j’envisageais le paradis… Ouille ! Une claque sur mes fesses me fit réintégrer mon corps.

– Serre tes cuisses et cambre-toi ! Oui ! C’est bien !

En guise de récompense, il me pinça un sein d’une main, tandis que de l’autre, il caressait mon clitoris.

– Oh oh ! Mais tu jouis, ma coquine !

Je tremblais encore de plaisir quand il s’enfonça han ! d’un coup de rein, tout au fond de moi.

– Suce mon collègue ! Oui, comme ça ! Suce-le comme ça ! Oh que c’est bon de se vider les couilles dans ta petite chatte !

Satisfait, il se retira, invita le cousin de l’étudiant à regarder, à admirer « son petit con rempli de mon foutre » et avant que j’aie pu dire ouf, son « collègue » prit sa place. Plus attentionné, j’aimais comment il me baisait mais, à mon corps défendant, je m’aperçus que je préférais les assauts plus rugueux de son comparse.

– Sors ta jolie petite langue et nettoie les outils !

Décidément, j’avais affaire à un bavard… et à un taciturne ! J’entrepris donc de lécher cette queue ni plus tout à fait dure, ni pas encore tout à fait molle… quand le bout de ma langue la frôla, je repensai au plaisir qu’elle m’avait offert. Ma bouche s’emplit de salive.

– Boudiou ! Mais c’est qu’elle s’y connaît, la coquine ! Regarde comme elle me refait bander !

Le bavard sortit sa queue de ma bouche pour faire constater à « mon homme » combien il bandait dur.

– Allez ! Suce-moi encore ! Tu aimes ça, coquine ? Dis-moi que tu aimes ça !

– Ooohh OUI !

Outch ! Quand le taciturne me pénétra de tout son long, je réalisai qu’il n’avait, depuis le début, rentré que son gland. J’avais la sensation que ces deux sexes, l’un dans mon vagin, l’autre dans ma bouche, allaient me faire exploser tant ils m’emplissaient. Mais que c’était bon ! Que c’était bon !

Le cousin me regardait jouir de ces deux hommes et m’encourageait à me donner davantage, à prendre encore plus de plaisir. Je tendis ma main vers lui, il l’attrapa et déposa un tendre baiser sur mes doigts, qui se crispèrent autour des siens. Le taciturne s’exclama soudain

– Ô, pute vierge ! Elle me fait venir… ! Ô, pute vierge, je viens ! Je viens ! Je viens !

À chaque « je viens ! », à chaque « ô, pute vierge ! », il changeait de rythme, tantôt ralentissant comme s’il voulait prolonger cette sensation, tantôt accélérant… Quand je sentis ses mains écarter mes fesses, son pouce appuyer sur mon petit trou je me raidis en criant « NON ! PAS PAR LÀ ! ». Il n’insista pas, mais ne cessa pas pour autant ses va-et-vient, ses incantations. Enfin, il sortit de moi et je dus, pour mon plus grand plaisir, nettoyer « son outil ».

En découvrant son sexe poisseux, recouvert de sperme, je me demandai s’il en resterait assez dans mon vagin pour que le cousin de l’étudiant ait envie d’y plonger. Mes craintes disparurent presque aussitôt, quand je l’entendis s’exclamer que je dégoulinais. 

Je ne saurais expliquer ni pourquoi, ni comment, mais quand il me pénétra, que je sentis sa main sur mon épaule, je réalisai qu’il était l’homme de ma vie, le compagnon aux côtés duquel j’avais envie de vieillir.

Nous fîmes longuement l’amour, même après le départ des deux autres hommes. Je souris en repensant à cette scène. Moi à quatre pattes, lui allant et venant en moi, saluant ses « collègues », leur serrant la main, le bavard se penchant vers moi pour me faire la bise « Non ! Ne te relève pas ! Profite… ! », le taciturne se pencha lui aussi, m’embrassa la joue en me remerciant.

Quand nous reprîmes la voiture, j’étais la plus heureuse des femmes et je n’avais aucune envie de le cacher.

– Alors ? Tu as aimé ?

– Je trouvais l’idée plaisante, mais je n’aurais jamais imaginé que ce serait à ce point !

– Vraiment ? Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir ?

Je haussai les épaules, levai les yeux au ciel, hochai ma tête de gauche à droite, de droite à gauche, un peu vexée qu’il me pose cette question. Il éclata de rire.

– Tu m’aurais dit le contraire, je ne t’aurais pas crue ! C’est bon de te regarder jouir… de te faire jouir… de te regarder t’offrir à d’autres et le recevoir comme un cadeau…

Il m’embrassa. Nous rîmes en nous apercevant que mon sexe était tellement plein de ces trois spermes qu’il trempait littéralement mon siège… Il avait voulu me caresser la cuisse et s’était exclamé en constatant à quel point elle était mouillée…

– J’ai eu l’impression que ton… « collègue », le second, n’allait jamais cesser de jouir…

– Ça reste un grand mystère ! Personne n’a jamais compris, ni même lui, comment il fait… quand il éjacule… c’est comme si on ouvrait un robinet ! 

– Tu crois qu’il accepterait de me montrer ça ?

Il sourit, me caressa la joue et me promit de lui en toucher un mot.

– Et toi, qu’est-ce que tu as le plus aimé ? T’offrir à des inconnus ? Voir le plaisir que je prenais en te regardant ? Faire jouir plusieurs hommes ? Le faire en plein-air ? Dis-moi…

– Je crois que… non… je… tu vas te moquer…

– Allez ! Tu peux me le dire, tout de même !

– Je crois que c’est quand ils disaient « ton homme » en me parlant de toi…

Sa main s’est crispée sur ma cuisse, nous sommes restés silencieux, les yeux dans les yeux. Jamais fiançailles ne furent plus romantiques que les nôtres, dans cette voiture, après m’être faite baiser par trois hommes, dont deux que je voyais pour la première fois, au milieu de la garrigue. Jamais aucun homme ne fut plus séduisant que celui que j’appelle « le cousin de l’étudiant » et que vous connaissez sous le nom de « Tonton Christian ».

Cette journée mémorable se poursuit ainsi

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Milo Manara

La malédiction

Une image inspire forcément des récits différents. Pour ce premier défi « en miroir », un dessin d’Apollonia Saintclair.
Voici l’histoire qu’il m’a inspirée, en cliquant sur ce lien, vous trouverez la version de François à l’accent chantant (et rigolo 😉 !)

– Que t’arrive-t-il donc, jeune fille ?

– Ne voyez-vous donc pas la catastrophe ? Mes cheveux mes magnifiques cheveux de jais, soyeux, ondulés à souhait… Mes cheveux, mon unique trésor, la seule grâce dont les fées m’aient dotée… Mes cheveux…

– Comment est-ce arrivé ?

– Je me suis endormie, j’ai fait ce rêve… cet homme que je séduisais, cet homme que j’échauffais, cet homme que j’enflammais, cet homme à qui je me refusais, cet homme qui s’embrasait et qui, avant de disparaître en fumée, me lançait cette malédiction « Vois ce qui arrive aux allumeuses de ton espèce ! » Dans mon rêve, il empoignait mes cheveux de ses mains de braise, m’arrachait au sol, poursuivait son envol et mes beaux et longs cheveux s’enflammaient, se transformaient en torche « Ceci est mon  butin, ma rançon et ta malédiction ! » Dépourvue de cheveux, je tombais… Je me suis réveillée au matin, heureuse d’être délivrée de ce cauchemar, à l’abri dans mon lit… mais sur mon oreiller, telle une couronne mortuaire, ma chevelure éparse. Et me voici chauve ! Que vais-je devenir ? J’ai couvert mon crâne nu, presque… impudique, je suis venue vous voir, puisqu’on vous prête quelques talents de sorcière…

– Écoute mon conseil, jeune fille. Apprends à aimer ton crâne nu, montre-le avec fierté ! Regarde autour de toi et apprends à aimer ! Apprends à aimer ! Aimer est le secret. Seul l’amour sans condition mettra un terme à ta malédiction.

Je suis rentrée à la maison. J’ai dit adieu à mes cheveux, en ai rempli un de mes bas, enterré le bas au fond de la forêt, au pied du premier arbre dont j’ai entendu l’appel et j’ai appris à aimer. J’ai observé, jugé, critiqué puis accepté.

Les gens se sont habitués à me voir passer, la tête nue, la tête haute… et plus je les aimais, plus il me devenait facile de les aimer.

L’été est passé, je me souviens de ce premier hiver…

Combien d’étés, combien d’hivers avant que je m’accepte, avant de m’aimer pour celle que je suis, pas uniquement pour celle que je me plaisais à vouloir être ? Avant de comprendre que pour pouvoir offrir de l’amour, il faut s’aimer soi-même ?

Ce matin, à mon réveil, mes longs cheveux de jais, mes longs cheveux soyeux, mes longs cheveux ondulés à souhait avaient repoussé, comme s’ils n’avaient jamais brûlé…

Je me regarde sereine et je retrouve les gestes pour les tresser savamment, comme j’aime qu’ils le soient, comme ils aiment l’être…

Je déambule dans la ville, les gens me sourient comme s’ils n’avaient rien remarqué. Peut-être est-ce le cas ? Peut-être que pour eux, rien n’a jamais changé…

Au pied d’un livre abandonné, je te trouve. Tu lèves la tête, tu me regardes, me souris. Nous nous observons, nous nous sourions… Un pas l’un vers l’autre, les bras que nous tendons avant de les ouvrir. Nous nous parlons, nous nous apprenons, nous nous reconnaissons… Le premier baiser comme on retrouve le chemin de la maison. La première caresse, comme une porte qui s’ouvre. Me voici chez toi, te voilà chez moi…  Ta langue qui découvre ma nuque, mon cou, tes doigts qui courent…

– Laisse-toi transporter…

Comme par magie, ma tresse s’anime… Mes cheveux s’enroulent autour de toi, comme un boa sensuel… Tu aimes leurs différentes caresses… tantôt coups de fouet, tantôt bruissements d’ailes… mes cheveux doux par lesquels je jouis des caresses qu’ils t’offrent… Ton corps ondule… tantôt serpent, tantôt branche de saule…

Je regarde mes longs cheveux de jais s’enrouler et repter à leur tour… je vois le plaisir et tu m’interdis de bouger… oubliant que tu es le captif… ! Lis-tu dans mes pensées ? Tu me souris…

– Je ne le suis point… regarde le plaisir que tu m’offres !

À cet instant précis, je sens une chaleur… ce feu qui me consume… et je repense à la malédiction… Combien de temps me reste-t-il avant qu’ils ne s’enflamment ? Je m’accroche à ton regard… Que signifient ce sourire énigmatique et cette lueur sereine qui brille au fond de tes yeux ?

– Quel était le conseil ?

Je repense à cette femme que l’on disait sorcière… « Apprends à aimer ! » … je suis ce conseil, je te souris confiante… enfin rassurée… mes cheveux autour de ton sexe… une petite braise et avant qu’elle ne devienne flamme, tu laisses exploser ton plaisir… ce sont ses petites gouttes qui éteignent cette petite braise avant qu’elle ne devienne flamme…

– Oui ! Ouvre la bouche… prends des forces… il nous reste tant de plaisirs à partager… imaginons-les ensemble… !

Le sort est conjuré. La vie peut commencer.

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Dessin d’Apollonia Saintclair

Un autre « ami », tout aussi virtuel, me propose un défi que je décline sur trois textes