Chroniques matrimoniales – L’absence est à l’amour ce qu’est au feu le vent, il éteint le petit, il allume le grand

J’étais déjà la maman de mes deux filles quand Valentino s’en est allé. Oh, ne va pas t’imaginer que ce fut chose aisée, ce ne fut le cas pour aucun d’entre nous. Pierrot et Toine l’auraient bien suivi, et, pour tout dire, Nathalie et moi aussi. Nous étions tous exci­tés par la perspective de voir notre idéal appliqué à grande échelle, à l’échelle d’un pays, mais la vie en a décidé autrement.

Je ne pourrais te dire si c’est tant mieux ou tant pis, je ne me pose pas ce genre de questions. Refaire l’histoire, la réécrire à la lumière de ce que nous en savons aujour­d’hui, très peu pour moi !

Je pourrais aussi te dire que ce furent les pires années de ma vie, mais je mentirais. Bien sûr, son corps me manquait, sa peau, ses cheveux, ses yeux, son sourire, ses mains, sa voix, ses « Rosalinetta », sa bouche, son membre et comment nous en jouissions, sa barbe, sa moustache… nos discussions aussi me manquaient cruellement.

Ces soirées où nous nous retrouvions tous les cinq, souvent plus nombreux, à parler de nos espoirs, de nos craintes, ces longues journées où nous ne nous contentions pas de refaire le monde, mais pendant lesquelles nous cherchions comment appliquer nos principes au quotidien. Comme je te l’ai déjà expliqué, l’anarchie n’est pas l’absence de règles, de lois, c’est l’absence d’un pouvoir, d’une autorité qui nous serait supé­rieure, à laquelle nous devrions nous soumettre sans avoir notre mot à dire. C’est la définition que nous donnions à ce magnifique idéal.

Il ne faut pas que tu tombes dans les clichés, la vie n’est pas qu’une suite d’événe­ments, elle ne peut pas se ranger dans un album-photos, ou dans ce cas, il faudrait pouvoir y inclure tous ces jours, toutes ces heures entre deux « Clic-clac, merci Kodak »

Par exemple, être anarchiste, c’est être contre la propriété privée, puisque ainsi que l’a écrit Proudhon, « la propriété c’est le vol ».Or, Pierrot et moi étions propriétaires de notre maisonnette, quelle belle contradiction, n’est-ce pas ? Voilà le genre de discus­sions que nous avions entre nous. Comment concilier anarchisme et propriété ? Nous étions rebelles à toute doxa, nous le sommes toujours, ce fut notre façon de vivre avec nos contradictions, nos incohérences.

Pour Pierrot et moi, il était hors de question de nous soumettre à un principe, si ce principe devait nous rendre malheureux. Nous aimions cette maison que nos com­pagnons nous avaient aidés à restaurer, aussi, nous décidâmes, avant même la fin des travaux, qu’elle servirait de halte à tous ceux qui le souhaiteraient, elle deviendrait un oasis pour nos compagnons qui en auraient besoin. Voilà comment nous assumâmes cette contradiction. Je te donne cet exemple pour que tu puisses comprendre notre état d’esprit.

Valentino était donc parti en Espagne depuis bien longtemps, je veux dire, il avait rejoint Valencia dès 1932, dès le début, avant que ça se mette à chauffer, avant la tra­hison de nos « alliés », avant la rébellion de Franco, le débarquement de ses troupes, avant les bombardements, avant la catastrophe, avant l’anéantissement.

Nous avions de ses nouvelles de façon chaotique, parfois trois lettres dans la même semaine, parfois nous restions des mois entiers sans rien recevoir. J’écris « nous » parce que ses lettres nous étaient destinées. Les seules lettres d’amour que Valentino m’ait écrites, il me les a toujours remises en mains propres. « Rosalinetta, à quoi bon écrire des mots d’amour, si je ne suis pas près de toi à contempler leur reflet dans tes yeux quand tu les liras ? » Il est comme ça, Valentino et c’est ainsi que je l’aime !

La vie au village s’écoulait paisiblement dans cette période troublée, nos enfants grandissaient, le père de ton Christian était pensionnaire en ville… quand je pense qu’il fut le premier lycéen de la famille, le premier bachelier !

Nous pratiquions toujours l’amour en groupe, notre cercle de relations était fluc­tuant, parfois il rétrécissait, parfois il augmentait. Mais un socle restait inébranlable, celui de « l’amicale des anciens combattants ». Nous nous rencontrions au moins trois fois pas mois, nous étions devenus tellement complices, qu’ils acceptaient volontiers de se prêter au jeu des saynètes érotiques, mises en scène et costumées par nos soins. Comme nous riions ! Comme nous jouissions !

Puisque je t’ai expliqué mon aversion aux dogmes, en voici un autre exemple. De ces quatre anciens combattants, aucun ne partageait notre idéal. Neuneuille était un roya­liste convaincu, Barjaco et Gentil Coquelicot, radicaux socialistes, quant à Bouche Divine, il se désintéressait totalement du sujet, il avait un joli sourire quand il retirait ses pro­thèses, qu’il levait ses moignons vers nous

– Comment je mettrais mon bulletin dans l’urne ? Mon intérêt pour la politique a dû s’envoler avec mes mains, avec mon bras… !

Qui aurait pu le lui reprocher ? Certainement pas nous !

Malgré toutes nos divergences, nous demeurions complices dès qu’il était question de jouir les uns des autres. Gentil Coquelicot et Barjaco étaient vraiment très inventifs quand il s’agissait d’imaginer des situations, mais c’était souvent le regard aiguisé de Neuneuille qui donnait l’idée de départ. Il sortait des costumes de la malle, au hasard, les regardait, les attribuait à l’un ou à l’autre et annonçait « Ce serait l’histoire de… » et l’imagination de Barjaco et Gentil Coquelicot se mettait en branle.

Que ces réunions de l’amicale étaient joyeuses… ! Que nous étions inventifs… ! Je te souhaite de connaître de telles sensations, quand tu connais la moindre des réactions de tes partenaires, quand leur corps t’est aussi familier que le chemin qui te mène chez toi, quand tout ton être sait comment ils feront naître, croître et exploser ton plaisir… et que, malgré tout, tu es à chaque fois surprise…

Je n’avais plus de nouvelles de Valentino depuis plus de dix mois, les discours de chaque côté des frontières, à toutes nos frontières, se faisaient plus martiaux. Nous avions appris les hor­reurs perpétrées par les franquistes et les staliniens, alliés pour nous éliminer. Il m’ar­rivait de pleurer dans les bras de Toine. Je ne sais pas pourquoi, mais il me fallait être blottie contre lui pour que mes larmes acceptent de couler.

Je pressentais que Valentino était mort ou enfermé dans un de ces camps que nos camarades socialistes avaient ouverts pour interner ces étrangers, ces mêmes com­battants qu’ils encourageaient encore quelques mois auparavant, à aller se battre pour la république, pour la liberté, pour la démocratie… quelle bande de Tartuffe !

Je travaillais toujours pour le père de Toine et l’assistais dans ses fonctions de maire, sa secrétaire de mairie en quelque sorte. Je m’étais découvert une passion pour les arcanes du droit administratif et quand je débusquais qui une subvention, qui une dérogation de telle ou telle taxe, nous fêtions joyeusement l’événement et il ne manquait jamais de m’en attribuer les mérites lors des conseils municipaux.

Je tenais également la permanence de la mairie chaque mardi, jour de marché. Je le faisais à titre bénévole, mais en contrepartie, le père de Toine m’accordait l’après-midi de repos. C’était notre accord. Il me convenait, il lui convenait et il convenait également aux villageois.

Le 21 mars 1939, alors que je fermais la porte de la mairie, je vis Barjaco s’approcher de moi à grands pas, le regard pétillant, le sourire éclatant. Il me fit un clin d’œil fort peu discret et d’un bref mouvement de la tête, m’informa qu’il sollicitait un entretien en tête à tête. J’étais un peu étonnée, assez déçue qu’il affiche de façon notable sa satisfaction du dimanche que nous avions passé avec l’Amicale des Anciens Combattants, pour fêter l’arrivée du printemps. Je lui lançai un regard sévère qui ne le décontenança pas le moins du monde, au contraire, il parut s’en réjouir ! Je le tançai

Pourquoi tu souris comme le ravi de la crèche ?

Me désignant son attelage, il me répondit

Si madame la secrétaire de mairie veut bien se me suivre, je pourrais lui exposer le motif de ma venue… excusez du dérangement, madââââme… !

Il avait dit ce dernier mot en faisant traîner le « a », comme nous imaginions que « ceux de la haute » les prononçaient. 

Si madame veut bien se donner la peine…

Je montai à ses côtés. Nous sortîmes du village. À chaque question que je lui posais, Barjaco répondait en sifflotant une mélodie à la mode. Je compris rapidement que perdre mon calme ne servirait à rien, si ce n’est à l’amuser davantage. Après quelques kilomètres de route, Barjaco arrêta sa carriole, m’indiqua un sentier d’un mouvement du menton.

– Vai ! Je m’en vais prévenir la Nathalie que Pierrot aura besoin de son aide, ce soir !

Je descendis, l’interrogeant du regard.

Profite, Bouton d’Or ! Profite !

Je remontais le sentier d’un pas rapide, je l’aurais aimé silencieux, mais il ne l’était pas. Comme mue par je ne sais quelle force, j’accélérai le pas. Le bruit de mes souliers sur le sol se fit plus sonore, plus rapide. Je courus presque sur les derniers mètres. Valentino m’avait entendue et se précipitait à ma rencontre.

Comment as-tu… ?

Barjaco m’a prévenue, comme tu le lui as demandé !

C’est ce qu’il t’a dit ?

Non ! Il m’a laissée un peu plus haut, sur la route, mais il n’a rien voulu me dire…

Je l’ai aperçu au loin, inspectant sa terre… Je ne savais pas qu’il m’avait… Ô amore mio, Rosalinetta… ! Tu es encore plus belle !

Je l’embrassais, je le caressais, je l’étreignais avec autant de passion, d’amour, de force qu’il m’embrassait, me caressait, m’étreignait. Nous pleurions, nous riions, nous parlions comme si nous devions rattraper ces dernières années en un instant ! Valentino m’entraîna dans un abri masqué par de la végétation et nous nous dévêtîmes. Je pus lire sur son corps toutes les épreuves qu’il avait endurées, son corps jadis robuste et puissant était devenu noueux et acéré. Il avait gardé toute sa force, mais elle était d’une autre nature. Mais qu’il était beau !

Une vague de désir me submergea, mes yeux devenaient noirs en même temps que les siens devenaient bleus. Tu sais, je t’ai déjà parlé de cette sensation dans mon cahier. Je me laissais bercer par la mélodie de nos souffles, de nos respirations qui devenaient une. Quand mes narines s’approchèrent de son pubis, que je sentis son odeur, je crus que j’étais en train de rêver, que c’étaient mes doigts qui me caressaient ainsi, pas les siens, alors, histoire d’en profiter davantage avant mon réveil, je décidai de le sucer comme j’aurais aimé le faire en réalité.

I tuoi baci, Rosalinetta… i tuoi baci… i tuoi meravigliosi baci…!*

C’est à ces mots que j’admis enfin que je ne rêvais pas, qu’il était vivant, près de moi, que nous étions réunis. Enfin !
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Ses mains, ses lèvres couraient sur mon corps, stoppaient, revenaient sur leurs pas, puis reprenaient leur course, avançaient plus en avant… Valentino redécouvrait la géographie de mon corps, comme je redécouvrais celle du sien. Nous nous enivrions de ce long et lent prélude, j’aimais comme nos petits cris se répondaient. Quand, n’y tenant plus, je m’empalai sur lui, je pris conscience à quel point il m’avait manqué, viscéralement manqué.

Valentino eut un sourire, un éclat très particulier dans son regard, comme si toutes ses peurs, toutes ses souffrances, toutes ses déchirures s’effaçaient en me pénétrant. Je lui dis « Bienvenue chez toi, Valentino ! » et un éclat supplémentaire agrémenta son sourire, illumina son regard. Il avait parfaitement compris ce que je ressentais et laissait exploser son bonheur, un bonheur apaisé.

La seconde suivante, notre étreinte devint sauvage, presque rugueuse, Valentino m’avait allongée sur le dos et me pénétrait, sortait de mon corps pour me pénétrer encore, un peu plus fort, un peu plus loin, un peu plus vite à chaque fois. Je crispai ma main au-dessus de la sienne, pour qu’il la serre davantage sur mon sein. Je le griffais, je le mordais, il faisait de même. Ce mardi-là, nous fîmes l’amour avec la rage des survivants, de ceux que la vie a éloignés avant de les précipiter à nouveau dans les bras l’un de l’autre.

La nuit était tombée depuis plusieurs heures quand nous arrivâmes au village, que nous entrâmes dans ma maison. J’entrai comme une messagère apportant une bonne nouvelle et lui comme un héros, ou pour être plus précise, comme le témoin et l’acteur d’une page importante de l’histoire.

La nuit était tombée depuis plusieurs heures pourtant nous nous étions mis en route peu avant le coucher du soleil. Qu’il fut long et joyeux ce trajet ! Nous étions de nouveau des gamins insouciants ! Je relevais mes jupes pour l’aguicher. Il se cachait derrière les arbres pour mieux m’attraper, pour mieux m’enlacer. Je faisais de même et à chaque « J’t’ai eu ! », nous nous embrassions, nous nous culbutions… nous ne voulions pas gâcher la moindre seconde, nos retrouvailles étaient encore trop récentes, trop fraîches pour que nous puissions en jouir sereinement, ce jour-ci et pendant les semaines qui suivirent, nous avions trop besoin d’étancher notre soif d’amour, de tendresse, de plaisir, de violence aussi, car nous avions besoin de nous sentir vivants et nous assimilions la violence des plaisirs, la crudité des mots, des situations à la vie. Ne me demande pas pourquoi.

La vie n’est rien sans l’amitié

 


*– Tes baisers, Rosalinetta… tes baisers… tes merveilleux baisers… !

Chroniques matrimoniales – L’anniversaire de Catherine – Première partie

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L’automne s’était installé, nous rencontrions régulièrement Rosalie et Valentino dans sa petite maisonnette. Christian passait des heures entières à parler avec lui et Valentino était heureux de lui raconter ses souvenirs, de nous faire partager les moments importants de sa vie. C’est en les écoutant, lui et Rosalie que nous avons compris à quel point la vie est merveilleuse, mais aussi combien elle peut s’avérer in­grate. C’est en suivant leur exemple, que nous avons décidé de ne pas garder secrètes nos envies, nos déceptions.

Un dimanche midi, alors que nous nous apprêtions à leur rendre vi­site, nous croisâmes Alain qui se mettait en route pour aller chercher Catherine à la boulangerie. Il semblait autant soucieux qu’heureux, je lui en demandai la raison.

Je voudrais offrir à ma Catherine le plus beau cadeau d’anniver­saire, mais je voudrais lui en faire la surprise… et je n’ai pas trop de sous devant moi…

Tu as le temps encore ! Son anniversaire est dans plus d’un mois !

Mais ce sera le premier que je lui souhaiterai en tant qu’époux ! Je voudrais lui offrir le plus beau cadeau dont elle puisse rêver, ma Ca­therine… Tu sais, il m’arrive de me réveiller en sursaut et quand je la vois dormir à mes côtés… que je réalise qu’elle est ma femme, que je suis son mari… ô, pute vierge… je me demande ce que j’ai pu faire pour mériter tant de bonheur… ! Putain, Catherine m’a choisi, moi, Alain, pour me marier ! Je ne sais toujours pas pourquoi…

− Tu ne sais pas pourquoi ? Mais parce qu’elle t’aime ! Parce que tu la regardes comme une déesse, parce que tu fais d’elle la femme la plus heureuse du monde, Alain !

Alain me sourit, ému que je lui aie dit la chose avec autant de simpli­cité, il monta dans sa voiture en sifflotant gaiement, sur la promesse que nous venions de lui faire. Nous réfléchirions au cadeau idéal qu’il pourrait lui offrir, je connaissais si bien Catherine, nous étions si proches l’une de l’autre, je n’aurai pas de mal à trouver !

J’étais en train d’ouvrir ma portière quand une ampoule s’est allumée dans ma tête, tu sais, le fameux Eurêka ! Je fis de grands signes à Alain, qui venait de démarrer, en espérant qu’il les voie. Il stoppa net. Christian m’avait rejointe et c’est telle une conspiratrice que je leur expliquai mon idée.

Une partouze ! Il faut lui organiser une partouze, mais qu’elle ne s’y attende pas…

Une partouze ? Tu n’as pas de meilleure idée ? Parce qu’on partouze souvent, ça n’a rien d’exceptionnel…

Je ne te parle pas d’une partouze ordinaire, non ! Il faut lui laisser la surprise… un truc grandiose… le genre de souvenir que tu n’ou­blierais jamais même si tu vivais 2 000 ans !

Alain nota l’idée, peu convaincu et je promis d’y réfléchir davantage. Il remonta dans sa voiture, nous dans la nôtre. Christian et moi par­lâmes de mon idée sur le chemin qui aurait dû nous mener chez l’amant de ma grand-mère.

Les mots en ayant entraîné d’autres, je sentais mon corps devenir bouillant, je regardais Christian qui souriait. Un coup d’œil sur son pantalon me confirma que ce j’avais lu dans son sourire…

On fait un détour par la crique, au cas où d’autres y seraient ?

Christian fit non de la tête, avant de préciser

Avec ce vent, avec cette pluie… il n’y aura personne, allons plutôt au château…

Le château ! Cette ruine portait bien mal son nom ! Mais il est vrai que la toiture n’était pas complètement effondrée et que ce qui restait de ses murs nous protégeait des intempéries.

Arrivés devant la ruine, malgré tout majestueuse, nous vîmes la voi­ture du Bavard. Il était en train d’ouvrir sa portière quand il nous re­marqua.

Boudiou ! La petite Monique… ! Tu viens me faire la vidange ?

Putain, t’es toujours aussi gracieux ! Et le pire, c’est que je m’y suis habi­tuée ! Pourquoi j’aime tes mots alors qu’ils devraient me dégoû­ter ?

Te pose pas tant de question, Monique ! C’est pas bon pour ce que t’as…

Ce que j’ai ? J’ai quoi ?

Soulevant ma robe, il glissa sa grosse main rugueuse dans ma culotte, avant de me dire dans un éclat de rire

Le feu au cul ! Voilà ce que t’as ! Et… vé comme ça nous rend heu­reux !

Il se débraguetta, me fit constater à quel point il l’était et s’allongea sur un vieux sofa à demi effondré.

Pour une fois, c’est toi qui vas usiner, Monique… le dimanche, c’est sacré, le repos et tout !

Je ne relevai pas la mauvaise foi dont il faisait preuve, me contentant de lui demander s’il connaissait des partouzeurs qui n’auraient jamais couché avec Catherine. Son sexe déjà dur et gonflé sembla durcir et gonfler davantage.

Ho, ma coquine, tu veux organiser une partouze pour ta copine ?

Oui, mais c’est un secret… je compte sur toi pour garder le silence…

Accroupie au-dessus de lui, je descendais lentement pour m’empaler avec le plus de délicatesse possible sur son gland. Son sexe était certes moins long que celui d’Alain, malgré tout il était très épais et je n’étais pas très large, alors j’appréciais les pénétrations en douceur, mais le Bavard en avait décidé autrement. Il m’empala d’un coup. Bon sang, comme j’aimais cette sensation, ce plaisir presque douloureux… !

Motus et bouge ton cul !

Fier de ce bon mot, il éclata d’un rire communicatif. J’étais troublée de son sourire quand il passait ses doigts courts et massifs dans ma toi­son pubienne. Je fis quelques va-et-vient le long de sa queue, mais pas au rythme qui lui convenait.

Boudiou ! Mets-y un peu plus d’ardeur, Monique, j’ai pas que ça à foutre… merde, je suis attendu pour déjeuner !

J’accélérai un peu…

Tu y penseras quand même ? Je voudrais vraiment lui faire une… outch ! Fais gaffe quand même… ! Une belle surprise…

Le Bavard m’avait empoignée par les hanches et me faisait aller un peu trop vite à mon goût, un peu trop brutalement… il le lut dans mes yeux.

Ça me fait chier de ne pas avoir le temps de te baiser correc­tement… ! Je suis tellement bien dans ta petite chatte… j’y resterais… oh… quand tu passes ta langue comme ça sur tes lèvres… et tes petits nichons qui dansent… ! Tu sens comme tu me fais durcir ?

Je ne répondis pas par des mots parce que lorsqu’il me dit ceci, qu’il pinça mon mamelon, une fois encore, mon ectoplasme s’échappa de mon corps. Je vis la scène, mais surtout, surtout, je remarquai le Ba­lafré qui venait vers nous d’un pas guilleret…

Ooooooooooohhh !

Mais tu jouis déjà, ma coquine ? Boudiou, fallait m’attendre !

D’un mouvement habile, il me mit à quatre pattes et se « vida les couilles dans ton joli petit con ». Il m’embrassa sur la joue et avant de s’en aller nous conseilla d’en « toucher deux mots à son collègue ».

Le Balafré avait déjà salué Christian, il dit au revoir au Bavard avant de nous demander à quoi il faisait allusion. Je lui expliquai mon idée, il sourit de fort belle manière avant de me répondre.

Je veux bien organiser avec Alain la plus mémorable des partouzes pour un anniversaire inoubliable, mais…

Je m’étonnai d’être aussi agacée, le Balafré prenait son temps, se lais­sait désirer et j’ignorais encore qu’il voulait simplement que je n’oublie jamais ce qui allait suivre.

Mais quoi ?

– Mais tout travail mérite salaire… si je me charge d’organiser cette fête, tu me devras une faveur… un vœu que tu ne pourras pas refuser d’exaucer…
Quel vœu ?

Tu crois que je vais te le dévoiler aujourd’hui ? Tu plaisantes, Mo­nique !

J’essayais de trouver du soutien dans les yeux de Christian, mais ils étincelaient, lubriques, excités, excitants…

Si vous vous y mettez à deux…

Le Balafré éclata de rire.

Nous y mettre à deux… quelle charmante idée ! T’en dis quoi, Chris­tian ?

Christian se contenta de sourire. Bon sang ! Comme j’ai, dès notre ren­contre, aimé son sourire, comme je l’aimais quinze mois plus tard, comme je l’aime toujours… ! Le Balafré me demanda de lui faire pen­ser à me rendre le cahier de Bonne-Maman, il était venu chez nous pour me l’apporter, mais la maison était vide, ainsi que l’appartement où nous logions à cette époque.

Comment as-tu deviné que nous étions ici ?

J’ai croisé Alain et Catherine qui rentraient chez eux, je leur ai de­mandé s’ils savaient où vous étiez… Catherine m’a dit que vous aviez prévu de voir ta grand-mère, mais Alain a précisé « Si j’en crois le sourire de Christian et si je me fie à la météo, à ta place j’irais directement au château… »  alors, j’ai suivi son conseil et voilà !

Christian a ri comme j’aime tant l’entendre rire.

− Ho le con… fatché ! Il me connaît un peu trop bien !

Je les regardais, le Balafré, tout à sa discussion avec Christian, sem­blait avoir oublié ma présence. Je sentais mon corps bouillir de désir, je n’aimais pas ce trouble particulier que je ressentais quand ces deux là étaient près de moi, je ne l’aimais pas tout en l’aimant infiniment, je le redoutais tout en souhaitant qu’il m’envahisse longtemps.

Comme ce fut le cas le jour de notre rencontre, le Balafré eut un re­gard distant, froid, il me jaugeait comme si j’étais un morceau de viande. Pourquoi ressentais-je cette attitude comme une gifle ? Pour­quoi, alors que je savais déjà que c’était sa façon de ne pas dévoiler son trouble, m’en sentais-je humiliée ? Pourquoi avais-je envie qu’ils se taisent et que le Balafré me dise quelque chose de gentil, m’exprime joliment son désir ?

L’esprit embrumé par toutes ces questions, je dus m’agiter un peu puisqu’il sembla enfin me prêter attention.

Ça te plaît de m’exciter comme ça ? Ça te plaît de faire bander les hommes à volonté ? Non ! Non ! Tu dois le mériter ! Fais un effort pour me séduire ! Pour me séduire réellement, pour me séduire to­talement, pour faire de moi ton esclave sexuel !

Je m’étais assise à ses côtés et il avait posé sa main sur la mienne tan­dis que je m’apprêtais à descendre la fermeture éclair de son pantalon.

Que veux-tu que je fasse ?

Fais-moi le grand jeu ! Fais ta Monique, quoi !

Faire ma Monique ? ! Ça veut dire quoi « faire ma Monique » ?

Le Balafré se tourna vers Christian, comme si m’expliquer ce qu’il en­tendait par cette formule le fatiguait à l’avance.

Ma chérie, mon amour, « faire ta Monique » c’est être désirable, faire ta salope avec grâce, avec… pureté…

Si je comprends bien, ce que vous appelez « faire ma Monique » c’est ce que j’appelle « faire ma Catherine » ! C’est Cathy qui sait le faire à la perfection !

Fais-le à ta façon, Monique… rends-moi fou de désir pour toi !

Je m’installai face à eux, les yeux dans le vide, marmonnai une mélo­die à la mode. Dès le début de notre histoire d’amour, Christian et moi avons pris un plaisir incroyable à nous imaginer des situations, des rôles. Je ne saurais dire ni pourquoi, ni comment je parvenais à me couler dans le scénario, à devenir le personnage que je jouais.

J’entendis Christian chuchoter « Ça y est, c’est parti ! Regarde-la ! ». C’était la première fois que je jouais devant et pour le Balafré. Je fer­mai les yeux, pris une profonde inspiration et recommençai à chanter, comme si je revenais d’un bal et que je m’en remémorais les meilleurs moments.

fis semblant de remarquer quelque chose entre mes cuisses, me rassis devant eux, les jambes ou­trageusement écartées, les pieds posés sur les tabourets qui enca­draient le mien…

Mais qu’est-ce qui coule ainsi ?

Je feignais de les ignorer totalement, alors que je sentais physique­ment leur désir, alors que leur respiration irrégulière me confirmait qu’ils ne perdaient pas une miette du spectacle.

Oh… c’que c’est… collant… non ! Pas collant… poisseux… oui, pois­seux, c’est le terme exact, mais qu’est-ce que c’est ?

J’enfonçai deux doigts dans mon vagin, les ressortis, les regardai at­tentivement et entrepris de les goûter d’une langue timide, se faisant progressivement de plus en plus avide, gourmande… Quand il ne resta plus rien à lécher, je recommençai, m’interrogeant à voix haute sur la façon dont cette substance s’était retrouvée à cet endroit.Je me levai une nouvelle fois, me retournai, m’accoudai au tabouret, offrant mon derrière aux regards de Christian et du Balafré.

− J’écoutais la musique, appuyée à la fenêtre… comme ça… papa et maman disent tout le temps que la musique… si elle n’est pas reli­gieuse, est une création de Satan… un vent chaud a soulevé ma che­mise de nuit… « dansons ensemble, jeune fille… »… oh… je voudrais tant danser encore comme il me faisait danser… !

Je sentis les mains du Balafré me prendre par la taille, il me fit pivo­ter, planta ses yeux dans les miens. Je lus dans son regard tout un éventail de sentiments contradictoires, sa lèvre tressautait d’excita­tion.

Je suis le vent qui t’a prise et voici mon assistant, celui qui te proté­gera de mes assauts s’ils devenaient trop sauvages.

Se tournant vers Christian, il lui fit signe d’approcher, lui demanda de me prendre dans ses bras. Une fraction de seconde avant que le Bala­fré ne me pénètre, mon ectoplasme s’échappa une nouvelle fois de mon corps pour observer la scène, moi à-demi allongée dans les bras de Christian qui souriait, me caressait les cheveux, puis la joue, la poi­trine, le ventre…

Le Balafré, face à moi, les yeux toujours plantés dans les miens, posa mes chevilles sur ses épaules et me pénétra, un sourire ambigu aux lèvres. J’aimais le sentir si dur, si viril quand son gland me pénétra. J’aimais comme pour le sentir plus intimement, mon vagin se contac­tait autour de son sexe. J’aimais me noyer dans toutes ces sensations. J’ondulais sous ses va-et-vient, mon corps se rapprochait du sien et se libérait peu à peu de l’étreinte de Christian.

C’est alors que mon ectoplasme remarqua un détail qui me fit éclater de rire. Un éclat de rire que je ne pus réprimer.

Qu’est-ce qui t’amuse tant ?

On dirait que j’ai une corne sur la tête !

En riant, le Balafré me répondit « Tu as raison, mon assistant a fait de toi une licorne ! » et il reprit ses va-et-vient.

Après avoir joui, il voulut céder sa place à Christian, mais je commen­çais à ressentir les morsures du froid qui devenaient désagréables. Nous décidâmes de passer la fin de la journée tous les trois ensemble, bien au chaud dans la maison de Bonne-Maman.

Arrivés chez elle, le Balafré me tendit le cahier de ma grand-mère en me demandant si, comme elle, j’aimais me déguiser pour jouer des saynètes coquines. Je ne savais même pas si Rosalie et Nathalie avaient gardé ces costumes !

Christian était en train de servir l’apéro quand le Balafré me demanda

Tu crois que Rosalie accepterait de me rencontrer ?

Tu veux la voir ? !

Oui. Je voudrais lui demander quelque chose

Ah bon ? Quoi ?

Je crois que j’ai reconnu quelques uns de ses partenaires et par curiosité…

Qui ?

Qui ? Qui as-tu reconnu ?

Ma question fusa en même temps que celles de Christian. Le Balafré eut un sourire énigmatique

Si ça ne vous dérange pas, j’aimerais avoir la réponse de Rosalie avant de vous le dire…

Laissant cette question en suspens et pendant les semaines qui ont précédé la fête proprement dite, Rosalie livre quelques souvenirs…

 

Chroniques matrimoniales – La fille de Mère-Nature

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Dessin de Milo Manara

Le samedi 13 septembre, comme prévu, Christian et moi nous rendîmes dans le repaire de Valentino. Cette première journée passée en leur compagnie restera parmi les plus radieuses de ma vie. Certains instants se sont gravés en moi comme des éclats de certitude, comme des fragments de bonheur pour que je n’oublie jamais que ce bonheur existe, qu’il ne tient qu’à moi de le créer.

Quand nous arrivâmes, Valentino nous accueillit « à l’ita­lienne » les bras grands ouverts, des exclamations joyeuses et des embrassades chaleureuses. Christian se sentit immédiate­ment des siens. Bonne-Maman rayonnait.

Plus tard dans la journée, nous étions installées dans le jar­din, Valentino avait demandé à Christian de l’accompagner. Nous riions de les entendre rire, et quand ils sortirent de la maison pour nous rejoindre, je sus exactement à quoi res­semblerait Christian quand il aurait l’âge de Valentino. Je me tournai vers Bonne-Maman pour le lui dire, mais c’est Rosalie qui avait pris sa place. Elle siffla, admirative « Y’a pas à dire, ils sont beaux… vraiment beaux, nos hommes ! » comme elle avait raison !

Nous trinquions, ravis de ce moment, au cidre que Rosalie préparait avec ses « pommiers à cidre », des plants qu’on lui avait offerts après la deuxième Guerre Mondiale, des plants de sa Normandie natale qu’elle avait plantés, fait fructifier, greffés, de ces pommiers d’autres étaient nés. Ce fut la pre­mière fois où je sentis une pointe de nostalgie quand elle évoquait la Normandie.

Tu aimerais qu’on t’y emmène, qu’on y passe quelques jours quand je serai en vacances ?

Mon petiot, tu es si gentil… ! Mais non ! Mon pays, c’est la Pro­vence ! J’y ai trouvé tout ce dont je n’aurais jamais oser rêver… et puis, elle a dû tellement changer, ma Normandie… je n’y reconnaî­trais plus rien ! Et dans le cas contraire, ce serait pire ! Mais tu es tellement gentil de me l’avoir proposé ! Tellement gentil… !

Christian sourit, se tourna vers Valentino et lui demanda

Tu pourrais me raconter ta vie… avant… avant Rosalie, je veux dire…

Valentino écarquilla les yeux, sursauta, interloqué

Ma vie… AVANT ?

Oui ! Ta vie AVANT, parce que depuis que tu connais Rosalie, je sais ce que tu ressens…

Il lui fit un clin d’œil en biais, dans notre direction. Rosalie et moi souriions sous cape. Le sourire de Valentino s’élargit encore. Il prit une grande inspiration avant de se lancer.

Si tu demandes après Valentino, personne ne pourra te renseigner, parce que personne ne connaît plus Valentino… ça fait des années qu’il n’existe plus, Valentino… Grâce à ma Rosalina, j’ai pu chan­ger d’identité et ainsi éviter le pire. Ma ! Tu ne peux pas le nier, amore mio ! C’est vrai ou c’est pas vrai ?

Tu me donnes le beau rôle, j’ai juste profité… j’ai simplement saisi la chance quand elle s’est présentée…

Mais le fait est que ça m’a sauvé la vie, non ?

Comme à regret, Rosalie acquiesça, se leva pour s’asseoir sur les genoux de Valentino. Tout en jouant avec l’encolure du maillot qu’il portait, elle dit d’une toute petite voix, presque plaintive

Je n’aime pas quand tu me mets sur un piédestal ! Je ne veux pas que tu me voies plus haute que toi ! Je veux être ton égale, parce que je le suis ! Et toi, tu as… oh… et puis, tu n’as qu’à raconter, ils ver­ront bien…

Elle l’embrassa à la commissure des lèvres et sourit quand Valentino la houspilla en italien, ce qui fit partir Christian dans un fou-rire incontrôlé.

Parli italiano?

Non, mais je comprends un peu…

Rosalie leva les yeux au ciel, mais elle était hilare… elle allait me traduire ce que Valentino venait de lui dire quand il l’in­terrompit, les moulinets de ses bras faillirent la faire tomber.

Christian, mon garçon, je te souhaite que Monique ne connaisse pas les ruses qui allument la flamme quand tu n’es pas d’accord avec elle et que tu peux lui prouver qu’elle a tort ! Mais, je te souhaite qu’elle les connaisse, ces ruses, tout le reste du temps !

Parce que tu ne les connais pas, toi, ces ruses ? Qui est capable d’enflammer chaque cellule de mon corps quand bon lui semble ? Hein ? Dis-moi, c’est qui ?

Sono io!

Valentino souriait, le regard faussement candide, mais le sourcil coquin. Rosalie lui fit les gros yeux pour la forme, mais leur sourires se répondirent… Je me souviens précisé­ment du bonheur que je ressentais à les voir bouillir de désir, à les sentir vivants, à me dire que si nous n’avions pas été là, leurs chamailleries se seraient terminées en étreinte torride, à me les imaginer « réglant leurs comptes sur l’oreiller » après notre départ…

Christian les regardait, s’amusant de cet échange, puis il posa ses yeux sur moi, se leva soudainement, s’excusa « J’ai un truc à dire à Monique… en tête à tête » Valentino lui donna sa permis­sion d’un geste de la main et dans un grand sourire « Tu es ici chez toi, mon garçon ! »

Quand il fut certain de ne plus être ni vu, ni entendu, Christian m’expliqua enfin.

Monique, je crois que je suis taré… Je regarde Valentino et Rosalie et je nous vois… Toi et moi ! J’ai envie de toi, de te culbuter là… à deux pas d’eux…

Je m’approchai de lui, me collai contre son corps, le caressai, glissai ma main sous son tee-shirt. Tout en le débraguettant, je lui demandai

Où est le problème ? Quel est le problème ?

Oh… Monique… tu… ta…

Coupe ton cerveau et laisse-toi guider par ton corps, mon amour !

Je le suçai, pour la première fois, à quelques pas de la maison de Valentino, j’aimais sentir ses doigts dans mes cheveux, j’aimais quand ses mains attrapaient, caressaient mes joues, Christian faisait aller et venir ma bouche le long de son sexe, glissant ses doigts entre mes lèvres, psalmodiant des « Oh… oh… oh… Monique ! Oui… oh… oh… oui ! Comme ça, Monique… oh… ! »

J’avais lancé ma robe au loin, sous le regard inquiet et un peu interloqué de Christian

Mais… que fais-tu ?

Je suis encore plus tarée que toi, je crois !

Et je lui fis cet aveu à l’oreille

Si tu savais comme l’idée qu’ils nous voient m’excite… !

Nous nous allongeâmes, nous caressâmes, nous embras­sâmes. J’aurais aimé qu’un inconnu passât par là et me baisât devant Christian, hélas les lieux étaient vraiment déserts… Je me levai, marchai en direction de la maison, jouant de ma nudité pour exciter davantage Christian. Il me rattrapa, me plaqua contre un arbre et me caressa.

Ce méli-mélo de sensations, dont celle de me sentir livrée à la vue du premier passant, à celle de Rosalie, de Valentino, me faisait vaciller, j’étais sur le point de tomber dans les pommes…

Tu sens comme la situation m’excite ? Ah… si nous avions plus de temps devant nous… !

Puisque nous n’en avons pas tant que ça, pourquoi ne me baises-tu pas ? Comme ça… vite fait… comme des lapins… ?

Monique ! Tu aimes quand ça dure longtemps ! Et ton plaisir ? Tu le prendrais comment, ton plaisir ?

Je le prends déjà, mon amour ! Je le prends déjà… ! Et puis… tu vois le symbole ? Savoir que la première fois où nous sommes allés tous les deux chez Valentino, nous avons fait l’amour à l’ombre de leurs pommiers…

Christian riait, enivré par tant de bonheur, son rire était incroyablement tendre… Il me fit l’amour comme je le sou­haitais. Je sentais son gland dur, bouillant d’excitation, écar­ter les lèvres de mon sexe comme on ouvre un abricot bien mûr, d’une simple pression du pouce ; comme souvent dans ce cas-là, ses doigts étaient de la partie. Je veux dire qu’il ne les retira, avec luxe de précautions, qu’après quelques va-et-vient.

J’aimais me sentir ainsi remplie, cette sensation d’être au-delà de l’impudeur…

Il allait et venait, un peu plus rude à mesure que sa queue prenait de la vigueur, que ses mouvements prenaient de l’as­surance. Je m’ouvrais avec ravissement, le guidant, l’encoura­geant, lui demandant d’aller plus fort, plus vite… Je voulais sentir ses couilles percuter mes lèvres, j’étais folle de ces per­cussions. Ses mots crus me faisaient jouir tout autant que ses doigts sur mon clito, que sa main sur mon épaule. J’aurais voulu me pencher davantage, comme il me le demandait, mais j’aimais tellement le contact rugueux du tronc de ce pommier contre ma poitrine, contre mon ventre, entre mes bras…

Dans ce cas, accroche-toi de toutes tes forces, ma chérie !

Christian me souleva, tenant mes jambes de ses mains puis­santes, me demandant de les écarter « mais pas trop » avant de préciser « contracte tes cuisses comme si tu voulais les resserrer… oui… comme ça… c’est si bon quand tu te resserres autour de ma bite… »

Je faillis tomber à plusieurs reprises, dans cette sorte de brouette japonaise, improvisée en pleine nature, mais que c’était bon… que c’était bon ! Christian allait et venait, « tapant au fond » ce qui déclenchait mes cris de plaisir, ces cris qui m’ont toujours fait perdre la tête, ces cris comme autant de preuves que nous ne sommes pas les maîtres de la nature, mais que nous n’en sommes qu’un élément parmi tous les autres… J’ai craint, l’espace d’une seconde, que Valentino et Rosalie les entendent, mais je savais aussi que ces cris les réjouiraient s’ils devaient atteindre leurs oreilles.

Je sentais l’écorce sous mes doigts, j’avais la sensation que la sève de ce pommier se mêlait à mon sang… À nouveau, je prenais conscience de la nature, d’en être un élément relié à tous les autres, le vent, le soleil, les arbres, l’herbe jaunie sous mes pieds, les cailloux, le ciel, les nuages, les fleurs, les abeilles, tous les animaux et les humains… Monique, fille de Mère-Nature…

Bon sang ! Qu’est-ce qui m’a pris de le dire à Christian quand nous rejoignions Rosalie et Valentino ? Pourquoi n’ai-je pas été plus attentive à la saveur de son éclat de rire ? Quarante-deux ans ont passé et je le paie encore !

Quand nous arrivâmes devant la maisonnette, nous enten­dîmes Rosalie et Valentino qui s’envoyaient en l’air. Alors, nous nous assîmes à la place où nous étions avant que Christian ne se lève pour me « dire un truc ». Je bus un verre de cidre, puis un autre…

Que j’aimais les exclamations de Valentino ! Pour la première fois de ma vie, j’entendais l’amour en italien et ce cri… un cri animal… Il y avait toute la sensualité de l’univers dans ce cri… Il me fallut quelques trop longues secondes avant de réaliser que ce cri était deux, que la voix de Rosalie se tissait avec celle de Valentino.

Que j’ai aimé leur regard, leur sourire quand ils nous ont rejoints ! Rosalie n’avait même pas essayé de se recoiffer un peu. Certes, je ne l’ai jamais connue avec ses longs cheveux blonds, pour autant, c’était la première fois que je la voyais les cheveux en bataille.

Elle prit un faux air sérieux, tu sais, quand on fait semblant d’être sérieuse, mais qu’on a envie que tout le monde sache que « c’est pour de faux ».

Valentino avait un truc à me dire… en tête à tête…

Elle se servit un verre et le buvait quand je leur expliquai cette sensation de ne faire qu’une avec la nature, quand Christian me faisait l’amour alors que j’enlaçais le pommier… là-bas… Rosalie avala de travers. Elle toussait quand Valentino me fusilla du regard et me cria dessus avec sa grosse voix et son accent rocailleux

Mais tais-toi donc, malheureuse ! Tu vas me la faire mourir à dire des choses comme ça !

Puis, se tournant vers elle, d’une voix douce et caressante

C’est rien, Rosalinetta… elle ne sait pas… elle apprendra un jour…

Je suis sa grand-mère, Valentino… c’est à moi de le lui dire… de lui apprendre…

Bonne-Maman se leva, me prit par la main, me demanda de lui montrer le pommier témoin et complice de cette étreinte. Je savais, je pressentais ce qu’elle allait me dire, comment ils l’avaient planté, comment il avait été le témoin de leurs ébats, peut-être allait-elle me montrer, me faire remarquer leurs ini­tiales entrecroisées, gravées dans l’écorce…

Nous marchions côte à côte, main dans la main, nos che­veux blonds en désordre, les siens étaient parsemés de che­veux blancs, mais nos yeux étaient du même bleu. Elle sen­tait l’amour tout autant que moi. Ce n’était pas qu’une odeur de sperme, mais celle des corps qui ont bouillonné de désir et dont le désir a été assouvi.

Je lui désignai le pommier dont je m’étais sentie parente quand Christian me faisait l’amour. Rosalie caressa ma joue, son sourire était incroyablement tendre… Elle me désigna les branches, le tronc, les feuilles…

Quand un pommier ressemble à ça…

Elle cueillit un fruit, que je n’avais pas remarqué, me le tendit

… c’est un amandier !

Je compris enfin la raison de l’hilarité de Christian, que Valentino me taquinait quand il m’avait crié dessus et je sus immédiatement que cette histoire me poursuivrait ma vie durant !

L’anniversaire de Catherine – Première partie