Odette – « Il n’y a pas de théâtre sans fraternité »

Quand j’ai donné mes textes à lire à mes futures consœurs, à mes futurs confrères, leur réaction a été unanime. Je n’avais pas raconté ce qui s’était passé lors de la représentation théâtrale.

– Vous croyez que c’est si important que ça ? C’est d’une banalité affligeante, non ?

– Profite pas de la situation, déjà qu’on passe l’éponge sur… je me comprends…

– Qu’est-ce qui te retient en réalité, ma Didou ?

– Je n’arrive toujours pas à m’expliquer, à comprendre…

Après une discussion animée sur l’utilité de comprendre un phénomène pour tenter de le raconter, je me suis installée au bureau de Jimmy. La fenêtre entrouverte me permet de suivre, d’une oreille distraite, ce qui se passe dans le patio et je n’ai qu’à me retourner pour apercevoir, par la porte ouverte, la salle des fêtes où tout s’est déroulé.

Nous étions installés et attendions le début du spectacle. Je m’étais assise sur un grand canapé confortable aux côtés de Jimmy. Mireille était assise sur les bords du lit installé dans un recoin, Daniel et Marcel l’avaient rejointe, un verre à la main.

Monique et Cathy s’étaient disputé le confort du corps de Martial, enchanté d’être l’enjeu de la bataille ! Sylvie avait mis fin à la querelle. Sans un mot. Un regard sur Martial. Un mouvement du menton. Un regard en biais sur Monique et Cathy. Capitulation desdites. Éclat de rire général.

Sylvie s’est donc installée sur l’autre lit, se vautrant langoureusement sur le corps de Martial en gémissant d’aise.

Cathy et Monique rejoignirent Alain, Jean-Luc et Christian qui les chassèrent, les traitant tout naturellement de Pomponnette. Même Joseph se refusa à elles, affirmant se sentir outragé. Il rejoignit le lit de Mireille.

La tête posée sur l’épaule de Jimmy, je lui demandai si c’était toujours comme ça.

– On se taquine souvent, mais ce soir, ils sont en forme…Vé !

Cathy et Monique s’étaient installées sur un large sofa et se câlinaient. Revenant sur leur première décision, Jean-Luc, Christian et Alain s’approchèrent à pas glissés. « Que dalle ! » Cathy s’enflamma « Pomponnette Power ! »

J’ai cru qu’il allait falloir réanimer Alain, mort de rire, qui ne parvenait plus à reprendre son souffle.

– Ô ma Cathy, si je n’étais pas déjà ton époux, je te demanderais de me marier !

Cathy, vaincue, consentit à l’accepter à ses côtés. Jean-Luc et Christian restaient punis. Devant l’air abattu de Jean-Luc, Monique lui accorda une « éventuelle » petite pipe si le spectacle l’inspirait. Toutefois, elle resta inflexible.

– Mais toi, toi qui m’as traitée de Pomponnette, toi, Christian, pour ta punition, tu devras assister aux spectacles, celui sur scène et celui dans la salle, sans y participer, juste regarder ! Ah, ah ! Te voilà bien puni, mon mari !

Un « Bien dit ! » fusa du côté de Mireille.

La salle fut plongée dans l’obscurité. Pauline se présenta à nous devant le rideau fermé.

– En lisant les lettres de Sylvie, nous avons appris pour les spectacles que la Confrérie du Bouton d’Or offre à ses membres. Nous avons découvert le talent de Madame pour l’écriture de saynètes. Quand le Bavard a parlé de lui, il a choisi une pièce très féministe, où les rôles sont inversés, les stéréotypes aussi. Cette lettre, il l’a envoyée à Lucas le 8 mars et il est trop malin pour que ce ne soit que le fruit du hasard. Nous avons donc décidé de vous interpréter « Renouvellement de bail », mais nous avons rencontré un problème. Puisque si nous respections « la logique », Vincent jouerait le fermier et moi, la propriétaire. Je ne me voyais pas coucher avec mon cousin devant nos grands-parents, alors c’est Émilie qui interprétera ce rôle.

Je ne pus m’empêcher de regarder en direction de Mireille. Il y avait assez de lumière pour que je la voie m’adresser un vigoureux oui de la tête.

Pauline rejoignit « le coin-régie » duquel elle actionna l’ouverture du rideau. Sur scène, ma petite Émilie dans un « tailleur Chanel », si éloigné des vêtements qu’elle porte habituellement. « Me dis pas que c’est pas moche ! Vé ! La gamine, on dirait qu’elle a cent ans ! » Mireille bougonna un « Chut ! » agacé.

Vincent est entré en scène et très vite, je n’ai plus vu ma petite-fille, mais une actrice burlesque. J’ai enfin compris ce qu’on m’avait expliqué plus tôt dans la journée. C’est alors que ça s’est produit.

Émilie tournait, virait autour de Vincent, l’aguichant comme Mireille aguichait Marcel. Quand ses mains ont caressé les cuisses de Vincent, quand elles ont soupesé ses couilles, j’ai senti la peau, le corps de Marcel sous mes mains. Je criai un « Oh ! » surpris auquel répondit un sursaut « Fatché ! » de Marcel. Nous nous regardâmes, lui bien moins étonné que moi.

Après une court moment de flottement, Émilie et Vincent reprirent leur rôle. Il était très perturbant pour moi de caresser Marcel, de le branler, de le sucer alors qu’il se tenait à plusieurs mètres de moi. Je ne distinguais pas son visage, mais la façon dont il se tenait ne laissait planer aucun doute sur le plaisir qu’il prenait à la situation. Je fis part de mon trouble à Jimmy, qui me répondit « Te pose pas tant de questions, profite, ma Princesse, profite ! »

Alors, j’ai profité, me mordant la langue pour ne pas demander à Émilie de faire à ma manière. Je me laissais bercer par mes sensations, oubliant presque mes amis. J’étais excitée tant par ce que je voyais que par ce que je ressentais. Sur scène, Émilie paraissait dépitée.

– Il me semblait que les hommes de la terre… mon amie m’avait laissé entrevoir d’autres proportions… son métayer…

– C’est que je ne suis pas votre métayer, Madame, je suis que votre fermier !

– Et de l’esprit avec ça ! Décidément, vous me plaisez de plus en plus, mon brave ! Possédez-vous le téléphone dans votre… masure ?

– Oui, Madame, depuis l’automne dernier ! Avé la télé, j’ai tout le confort moderne de la modernité confortable !

– Peu me chaut la… télé ! Puis-je me permettre… ?

Je ris aux larmes quand Émilie décrocha le téléphone. Plus tard, elle nous expliqua leur surprise en découvrant le cadran « Trop lourd, ce truc ! Trop lourd… ! » (« lourd », en l’occurrence signifiant « génial »).

– Allô, chère amie ? J’ai mon fermier sous les yeux et je suis dans l’obligation de vous faire part de mon léger désappointement… On est loin des proportions des hommes de la terre dont vous m’aviez parlé… Oui ! Exactement, ma chère ! Nous vous attendons… Oui… Oui… Vous avez parfaitement raison, très chère, l’essayer ne m’engage en rien ! Oui… Tout à fait… ! Oui !

Émilie raccrocha le téléphone.

– Montrez-moi, mon brave, comment vous manœuvrez votre engin pour susciter l’émoi d’une dame respectable !

– Mais… je ne sais pas…

– Tss tss ! Et la corne dans votre main ?

– C’est que d’habitude… j’ai l’imagination… pour m’échauffer, je regarde des photos… et j’imagine…

– Indiquez-moi comment me tenir… je serai votre pin-up en chair et en os.

– Pour commencer, installez-vous sur la table… mouais… échancrez votre chemisier… un peu plus que ça… mais pas trop… Ouvrez la bouche en cœur… En cœur, j’ai dit ! Pas en cul de poule ! Mais non ! Pas comme ça non plus ! Vous l’ouvrez trop ! Et pis… vous mettez pas en arrière !

Vincent s’approcha d’Émilie et l’installa comme il le souhaitait. Pour qu’elle ouvre la bouche comme il voulait, il s’approcha d’elle et taquina ses lèvres avec son gland, un peu comme s’il voulait lui baiser la bouche et juste au dernier moment, reprit sa place.

– Regarde-moi faire, la bourgeoise ! Ça te plaît que je me branle pour toi ? Tu mouilles quand je me branle comme ça ?

Émilie, fascinée ne répondait pas, elle suivait les mouvements de la main de Vincent avec un plaisir non dissimulé.

– Alors ? On a perdu sa langue, la bourgeoise ? Je ne t’entends plus pérorer ! Réponds, ça te fait mouiller quand tu me regardes me branler pour toi ?

Émilie commit alors l’irréparable. Enfin, c’est à ce moment que tout a basculé une nouvelle fois.

– Venez vérifier pas vous-même, mon brave ! Mon taurillon provençal !

– Qué « taurillon » ? Je vais te montrer ce qu’est un vrai taureau, la bourgeoise !

Vincent fonça sur Émilie, la retourna contre la table, mais ce furent les mains de Christian qui empoignèrent ma taille, ce furent ses doigts qui me fouillèrent. Marcel soupira de dépit et quand Vincent prit Émilie, ce fut le sexe de Christian qui alla et vint en moi. C’est à ce moment qu’il ressentit ce phénomène que je ne m’explique toujours pas.

À la demande générale, Vincent et Émilie se livrèrent de nombreuses fois à la leçon de sémantique « De la différence entre « limer » et « bourrer », explication par l’exemple ». Nous les encouragions « Encore ! Encore ! », Christian et moi y ajoutant une dose supplémentaire de conviction. Ils s’en donnaient à cœur joie, n’ayant pas conscience de ce que Christian et moi ressentions. J’étais au bord de l’extase, quand j’entendis la voix de Jimmy par-dessus les autres « Encore ! Encore ! ». Je le regardai, en le voyant se branler à mes côtés, un bras passé autour de mon cou, mon orgasme éclata, me projetant sur le côté opposé. Jimmy me sourit et me prit dans ses bras. « Tu vois, c’est plutôt sympa ! ». Il avait vingt ans ! Je vous jure, il avait vingt ans !

Après avoir patienté, puis s’être impatientés, Manon, Enzo et Lucas firent leur entrée en scène. Manon jouait à la perfection la pétasse parisienne, avec une telle conviction qu’on aurait pu oublier qu’elle jouait, si ça n’avait été ses rires contenus et le rouge qui lui montait régulièrement aux joues. Faisant avec les acteurs qu’ils n’avaient pas, les gamins ont réécrit ce passage de la saynète.

Après avoir salué son amie, Manon reprit la conversation comme si de rien n’était.

– Comme je vous le faisais remarquer, chacun a ses avantages… Regardez-moi celui-ci, il n’est pas vraiment musclé, pas vraiment gros, même pas maigre… il n’a pas l’air bien malin, mais… regardez-moi son équipement ! Et attendez ! Vous allez voir comment il s’en sert ! Tenez… essayez-le, vous m’en direz des nouvelles !

Manon arracha Vincent du corps d’Émilie, Lucas prit sa place et je redevins une spectatrice comme les autres.

Lucas fit quelques va-et-vient dans Émilie pendant que Manon tournait autour de Vincent, l’estimait, le jaugeait. Elle jeta un regard en direction de Lucas, lui ordonna de sortir d’Émilie, l’amena aux côtés de son amie.

– Et regardez-moi comme sa queue est a-do-rable quand elle brille comme ça ! Vous voyez ? Et à sucer… ô, ma chère amie, si vous saviez comme cette queue est divine à sucer…! Au lieu de rester planté là, comme un idiot, viens donc faire goûter ta bite à la dame !

Lucas s’exécuta.

– En contrepartie, pourrais-je m’enfiler le vôtre ou préférez-vous en garder la primeur encore un peu ?

– Faites donc, chère amie, faites donc ! Il est vrai que la queue de votre employé est des plus délicieuses…

– Oh merci ! Je les choisis toujours avec beaucoup de soin. De votre côté, vous êtes bien urbaine de me prêter votre jouet ! Il est comment en sodomie ?

– Je n’en sais fichtre rien !

– Ah ? Vous ne l’avez pas encore testé ? Si je ne craignais de me montrer par trop gourmande, je vous demanderais bien…

– Mais faites donc, chère amie, je vous le prête bien volontiers ! Dites-vous que vous me rendez service en le rodant. Et toi, montre-moi ce que tu vaux sur la longueur…

Lucas reprit son activité auprès d’Émilie, mais je n’avais d’yeux que pour Manon qui s’en donnait à cœur joie avec Vincent. J’ai vraiment eu l’impression d’assister à l’éclosion d’une actrice au talent phénoménal. Je fis part de cette sensation à Jimmy qui me murmura « J’étais justement en train de me faire la même réflexion ».

– Si vous pouviez l’utiliser au milieu des meules de foin… La paille, ça l’inspire et le contraste sublime son corps, qui en devient… hmm… excitantissime ! Hein que ça t’inspire, mon joli paysan ? Vous verrez, à l’usage, il est très endurant… Hmm… mais ta bite est un véritable régal pour mon cul, mon gars ! Dites-moi, chère amie, je vous l’échangerais bien contre un des miens pour la soirée… Oooh, mais qu’il m’encule bien, le bougre ! S’il vous plaît, laissez-moi vous l’emprunter !

– Mais faites donc, chère amie, d’autant que le vôtre… hmm… n’est pas mal non plus !

– Et vous n’avez encore rien vu !

D’un claquement de doigts, Manon ordonna à Enzo d’approcher.

– Mais pour vous qui rêvez de sodomie sans limite… regardez ce que je vous ai apporté ! Entendons-nous bien, nous parlons bien de bite de compétition ?

Enzo avança jusque devant Émilie, au milieu de la scène et, faisant fi de toutes les conventions théâtrales, nous tourna le dos.

– Montre à la dame ce qui fait de toi mon étalon préféré ! Allez, montre à la dame ta grosse bite de métayer !

Enzo se déshabilla sous le regard admiratif d’Émilie.

– Si ce n’est pas de la bite de compétition, je ne m’y connais pas !

– En effet, chère amie, en effet ! Je vous le concède ! Viens par ici, mon gars et montre-moi comment tu t’en sers !

Enzo obéit à Émilie. En le voyant de profil, un « Ooh ! » général emplit la salle. Une chose est indubitable, Enzo est bien le petit-fils d’Alain !

Le rideau s’est refermé et Pauline est revenue sur scène.

– En lisant la saynète dans son intégralité, nous avons su de quelle façon le métayer pouvait offrir du plaisir à ces dames, mais puisque le Bavard a jugé bon d’achever son récit à cet instant crucial, nous avons estimé qu’il serait inconvenant d’aller plus loin. Nous espérons que le spectacle vous a plu et vous convions au buffet que nous vous avons préparé.

Après le spectacle

Odette au spectacle avant la représentation

Le trajet fut très court et encore, nous fîmes un détour pour nous garer dans la cour de la grande maison, celle que Nathalie avait léguée à Cathy et à Alain. J’ai aimé la petite plaque « La maison du Toine ».

– Nathalie en voulait à son Toine de n’avoir jamais cru à l’au-delà, à la vie après la mort. Elle s’en voulait surtout de n’être jamais parvenue à le convaincre, à le rallier à ses croyances. Elle voulait offrir sa maison à Cathy et Alain, seulement pour des histoires d’héritage, c’était impossible. L’idée du viager s’est imposée d’elle-même. Quand les papiers ont été signés chez le notaire, nous avons organisé un grand repas entre membres de la Confrérie, nous avons trinqué, Alain et Cathy se sont levés, elle nous a fait ce discours « Quand je pense à là d’où je viens, je mesure la chance de vous avoir connus, vous tous, tous autant que vous êtes. Quand je vois Monique près de Rosalie, quand je pense au lien qui les unit, je ne peux m’empêcher d’y voir celui qui m’unit à Nathalie. Combien de fois n’avons-nous pas regretté, elle et moi, que son Toinou n’ait pas eu le temps de me rencontrer ? Il lui claironnait qu’on oublierait son nom quand leurs enfants seraient morts et ça contrariait Nathalie. J’aime pas qu’on contrarie Nathalie, ma mamé de coeur, la vraie, la seule. J’aime pas qu’on la contrarie, même si c’était son Toinou, même s’il est mort. Alors, avec Alain, on a eu l’idée de le faire mentir, on n’oubliera jamais son nom ! » Alain a dévoilé la plaque, qu’il a, plus tard, scellée sur la façade.

J’étais émue aux larmes. Je reçus une sacrée douche froide quand Cathy m’accueillit dans la maison de la rue Basse.

– Toi ! Toi ! Toi ! Toi, je te retiens ! On a parlé de toi et je te retiens ! Qu’est-ce que tu foutais pendant tout ce temps ? Ça te plaît tant de te faire désirer ?

Interloquée, je balbutiai « Je ne savais pas qu’il était si urgent que… si je l’avais su, j’aurais refusé la proposition d’Alain… »

– C’est ça… minimise l’affaire… pff… deux petites heures pour masquer quarante… cinquante ans de retard ! Cinquante ans pendant lesquels on t’a attendue ! Tu imagines le calvaire que ça a été pour l’autre zigoto là… le petit puceau ?

Elle m’a prise dans ses bras. Je riais. Je pleurais. Christian s’enquit de Joseph.

– Il ne va pas tarder, d’ailleurs à ce propos, madame la princesse retardataire, il te faudra aussi rendre des comptes… Je me comprends…

Il était l’heure de déjeuner, la table fut rapidement dressée. Martial s’était surpassé en cuisine. Joseph arriva enfin. Nous trinquâmes à son retour. Il tint à s’excuser de son départ précipité, la veille.

– Vous êtes arrivée hier, je vous ai regardée et j’ai vu tous les bijoux dont je souhaiterais vous parer. J’ai perdu l’inspiration il y a sept ans, au décès de ma chère épouse. Bien entendu, je pouvais reproduire d’anciens modèles, effectuer des commandes, mais créer, trouver, imaginer, rêver au bijou idéal pour chaque instant de la vie… ça, je l’avais définitivement perdu. Et je vous ai vue. J’avais vingt ans et tant d’idées en tête ! Tenez, regardez les premières esquisses…

J’étais éberluée ! Trois croquis très précis. Putain, il avait raison, ces bijoux… c’était moi ! Et l’éclat de gratitude dans son regard ! Je me suis dit « C’est pas possible, je rêve, je vais me réveiller ! »

– Et pour ce retard, quelle est ton excuse ?

En me disant ces mots, Cathy m’a prise par le cou, m’a attirée à elle pour me faire un gros bisou. Prise d’une inspiration soudaine, je m’exclamai « Je veux bien pour ce matin, mais pour les quarante ou cinquante ans, j’y suis pour rien ! Jimmy ne m’avait jamais parlé de la Confrérie ! » Au lieu des acclamations de joie auxquelles je m’attendais, je n’eus droit qu’à des hochements de tête mi-réprobateurs de celles qui allaient devenir mes consœurs. « Ah… quand même ! C’est pas trop tôt ! »

Prenant un ton professoral, Monique, Sylvie, Cathy et Mireille martelèrent la table du bout de leur index « Quand une consœur te reproche quelque chose, incrimine un confrère. C’est la base ! »

Le reste de la journée s’est déroulé à l’avenant, beaucoup de rires, de plaisanteries. J’avais trouvé une famille. Enfin, ça se situait entre le pensionnat mixte pour adultes vieillissants, une maison de retraite somme toute, et l’ambiance familiale. Sylvie me dit, en désignant Jimmy « Je crois que je ne l’ai jamais vu aussi heureux ! »

– Si je ne craignais de nouveaux reproches, je te répondrais bien que moi, si !

À cet instant précis, alors qu’il ne pouvait avoir entendu notre conversation, Jimmy me chercha du regard, me trouva, me sourit.

– Euh… j’ai rien dit, t’avais raison, ma Vivi…

Avais-je déjà ressenti un tel bonheur, une telle plénitude avant cet instant ? Rien n’est moins sûr.

Plus tard, je cherchais Jimmy du regard, ne le voyant pas, j’allais poser la question à Martial quand Christian me proposa de me faire visiter sa maison et de m’en dévoiler quelques secrets. Je le suivis donc. Une tenture masquait une porte de placard qui s’ouvrait sur un petit bureau un peu austère, un fauteuil fatigué, une chaise, un pupitre, des feuilles de papier, quelques rayonnages garnis de livres.

À l’invitation de Christian, je m’installai dans le fauteuil, il me fit remarquer le judas à ma droite, à hauteur d’yeux. Je fis coulisser le petit panneau qui l’obturait. Christian s’assit sur la chaise face à moi et fit de même avec celui qui se trouvait à sa gauche.

Sylvie était en pleine discussion avec Jimmy, qui lui parlait sans fard de son bonheur, qui demandait « Tu crois que je pourrais lui présenter mon frère et ma sœur ? Ce ne serait pas trop… précipité ? »

– Trop précipité ? Jimmy ! Tu as soixante-quinze ans, elle en a soixante-neuf ! Ça fait dix ans que tu ne vis que pour vos voyages, que par eux ! Hé ho ! Atterris !

Jimmy eut un regard lubrique.

– J’aime bien quand tu t’énerves comme ça, on voit tout de suite si tu portes un soutif ou si t’en portes pas. Et là, t’en portes pas !

Regard lubrique de Sylvie.

– Tu veux voir ?

– À ton avis ? Odette me fait retrouver toute ma vigueur. La savoir de retour parmi nous… je bande comme un jeune homme ! Regarde-moi ça !

– De retour ?

– Enfin… tu me comprends… Tu voudrais bien m’offrir un strip-tease, pour fêter ça ?

Je regardais par l’œilleton. Leur échange, leurs commentaires, les consignes précises que donnait Jimmy, les consignes précises que Sylvie respectait au pied de la lettre m’électrisaient, je vibrais au même rythme qu’eux. Jimmy était face à moi. Se doutait-il de ma présence derrière ce mur ? Était-ce un coup monté avec la complicité de Christian ? J’eus la réponse peu après quand, émoustillé, ce dernier se félicita de s’être montré un hôte accueillant. « Un bienfait n’est jamais perdu ! ». Il me fit un clin d’œil, devant mon air mi-figue mi-raisin, il m’en demanda la raison, je lui dis qu’il faisait un peu trop sombre pour que je puisse le voir lui aussi se branler, mais que c’était bien le seul reproche que je pouvais adresser à ce poste d’observation, il me sourit, alluma une applique entre nous deux.

– Ça va mieux comme ça ?

– C’est génial ! On dirait qu’on est sous un réverbère, ça fait encore plus… c’est génial !

– Et maintenant que tu peux me mater moi aussi, tu aimes tout à fait ?

– Oh oui !

– Tu es sûre ? Je ne te crois pas !

– Comment te convaincre ? Je ne peux que…

– Tu peux me montrer tes seins ?

Étonnée, je les lui montrai. Il les regarda, eut un sourire satisfait. Je l’interrogeai du regard. Le bout de son index fit le tour de mon mamelon « La preuve », un nouveau sourire satisfait. Il regarda par le judas.

– Hola, ma belle, je préfère te prévenir… Jimmy risque de ne pas rester que spectateur… si tu ne veux pas voir ça, je te montre d’autres « curiosités »…

– Mais… Jimmy m’a dit qu’il n’avait presque jamais couché avec Sylvie ?

– Il ne t’a pas menti, mais… il la caresse…

– Ah oui ! Ça je le savais… tu crois que je supporterai ? Ça ne t’ennuie pas quand Monique vit avec Jean-Luc ?

– Pas plus que ça n’ennuie Monique quand je vis avec Cathy !

– J’ai autant envie de regarder que j’en ai peur. De toute façon, j’y serai confrontée un jour, mais je ne sais pas si je préférerais y être confrontée seule ou devant témoin, j’ai peur de m’écrouler, de ne pas assumer, j’ai peur de pleurer ou d’être folle de rage… et je me dis que si je dois regarder, je préférerais que tu sois à mes côtés, parce que nous nous ressemblons beaucoup et que tu saurais comment réagir…

– Si les choses entre Jimmy et Sylvie… évoluent et que tu as du mal à le supporter, malgré tout que tu en sois curieuse, tu peux refermer le volet et je te décrirais ce que je vois…

– Tu ferais ça pour moi ?!

– Bien sûr !

L’idée nous plut au point que nous décidâmes de la mettre en œuvre sur le champ, en nous accordant sur le vocabulaire, sur les détails que nous remarquions. Sylvie s’était assise dans une posture très sexy.

– Tu vois, moi… je ne serais pas assez à l’aise avec mon corps pour assumer mes vergetures, mes grosses cuisses…

– C’est marrant, je ne les avais pas remarquées avant, moi je vois de belles jambes aux cuisses bien faites, à la fois fermes et tendres… Je sais que Jimmy prendra son temps, mais il me tarde qu’il la caresse enfin ! Et cette poitrine… ! Je suis un véritable obsédé des seins, avoue que je suis verni ! Et maintenant que tu es là… les plus belles paires de seins appartiennent aux femmes de mon entourage ! Quel veinard je fais !

– Et tu es marié avec Monique…

– Mais je suis fou des petits seins de Monique ! Un veinard, je te dis !

– Ou un grand malade…

– C’est ce que dit Marcel quand il veut me charrier, parce qu’il les aime bien aussi, les petits nichons de Monique !

– Et Jean-Luc, il en dit quoi ?

– Jean-Luc ?! Il ne le dirait pas comme ça, mais il vénère Monique comme une déesse. Je crois que quarante-cinq ans après, il n’en revient toujours pas d’être entré dans son cœur ! Tu verras, avec le temps en la fréquentant, en la côtoyant, tu comprendras pourquoi… Monique est une femme… extraordinaire…

– Comme vous tous…

– Ça y est ! Regarde ! Vé comme il pose sa main sur son sein… Vé comme il la caresse !

– Il est odieux de retourner s’asseoir ! Il l’excite pour la laisser en plan !

– Il voulait juste lui montrer comment se caresser pour lui

– Oui, mais c’est dégueulasse ! Tu connais pas l’effet des caresses de l’autre salopard ! Même avec toute ma science… non…

Christian pouffa.

– T’imagines ? C’est comme si…

Je me levai, me plantai devant lui, mon corps tamisait la lumière de l’applique, les ombres ainsi projetées ajoutaient du fantastique à l’ambiance déjà chargée de sensualité.

Je me penchai, mes seins pendants caressaient ses cuisses, je le branlai un peu avant de regagner ma place. « Maintenant, tu sais comment faire ! »

Christian me menaça de l’index « Ça, tu vas me le payer ! » menace sourde de délation auprès de sa coépouse. Nous reprîmes notre observation.

C’est en regardant le corps de Sylvie, en écoutant ce qu’en disait Christian, que j’ai enfin admis la charge érotique qui pouvait émaner d’un corps vieilli.

J’aimais ses remarques, sa respiration un peu sifflante. Notre complicité confinait à l’intimité tant son évidence s’était imposée à nous.

Sylvie ondulait, la main de Jimmy posée sur sa hanche.

– Oh… c’qu’il est agaçant quand il fait ça ! Glisse un peu ta main, bon sang ! Aaah… quand même !

Je tournai mon visage pour regarder Christian qui souriait sur sa chaise.

– Parce qu’en posant sa main là, puisque Sylvie se caresse comme ça… tu vois… là… sur les petites lèvres… juste là… ça fait comme un courant électrique… comme un éclair… ou un petit serpent plus fin que le plus fin des cheveux… qui ondulerait à toute vitesse… là… comme ça… et…

– Et ?

Une vibration particulière dans la voix de Christian me fit frissonner d’excitation.

– Et… c’est drôlement bon ! Je voudrais être à la place de Sylvie, parce que je regarderais de plus près… et Jimmy adore quand on y regarde de plus près… et… tu vois quand sa main se crispe… regarde son gland ! C’est magnifique, non ? Moi, ça me fait… comme plein de toutes petites étincelles un peu partout sous ma peau… ces petites étincelles qui se regroupent, se rejoignent à l’endroit précis où ses dents arracheront ma peau… et toi ?

– Je suis dans un état second. Je regarde Jimmy et Sylvie, je me branle, je fais attention à mes sensations pour te les décrire, je t’écoute et me rends compte de ce qui se joue dans ton corps, je me demande ce que ressent Sylvie, ce que ressent Jimmy, ce que je ressens maintenant que je sais pour toi… J’y prends un tel plaisir, c’est presque… irréel… je ne parviens pas à détacher mon regard de Sylvie parce que je crains en tournant mon regard vers toi que tu aies disparue et que j’émerge d’un rêve, tout seul dans ce cabinet de la curiosité, regardant par le judas une pièce vide à peine éclairée par les rayons du soleil couchant au travers des persiennes…

– J’ai souvent cette impression depuis l’appel de Jimmy… !

– Je suis tellement heureux d’avoir enfin trouvé une partenaire. Il ne manquait que toi pour que mon bonheur soit complet et tu es là !

– Ne le dis pas à Cathy, elle serait capable de m’engueuler !

– Et elle aurait bien raison ! Maintenant qu’on te connaît, on va s’apercevoir à quel point tu nous as manqué ! Mais le principal c’est que tu sois là ! Je peux te prendre dans mes bras ?

Odette assiste à sa première représentation

Odette – « And givin’ yourself to me could never be wrong »

Je savais qu’aucun des amis de Jimmy ne fermait sa porte à clé, néanmoins, je fus étonnée de voir Alain pénétrer chez Jean-Luc comme s’il était chez lui. Devinant ma surprise, il m’expliqua « Il m’est arrivé de vivre ici, lors de certaines… configurations conjugales… ». Semblant se souvenir soudain de la raison pour laquelle nous nous trouvions ici, il me prit la main et me convia à le suivre dans la véranda, à l’arrière de la maison.

– Celle dont tu as tracé les plans ?

– Té ! Comment le sais-tu ?

– Jimmy m’a dit que tu avais tracé les plans de certaines parties de son mas et de la véranda de Jean-Luc, mais il ne m’avait pas dit que c’était la maison de Valentino…

– Tu sais ce qui me ferait plaisir ? Te voir nue, en plein soleil, la peau luisante de monoï…

Je me sentis rougir, son sourire s’élargit.

– Tu serais d’accord ?

Je pensai « le regard lubrique est donc une spécialité provençale… »

– Tu as du monoï ?

Pendant que je me déshabillais, j’entendais Alain bougonner en cherchant fébrilement dans les tiroirs qu’il ouvrait et refermait, dans les placards dont il faisait claquer les portes. Un cri de victoire. « On va faire ça à l’ancienne, avec les produits locaux ! », puis semblant se souvenir d’un détail me concernant,

– Vous faites comment, vous autres, là-haut ? Avé… du beurre ?

– De toute façon, y a pas assez de soleil pour qu’on ait l’idée de faire briller notre peau sous ses rayons ! Alors, on fait pas. Le problème est résolu avant d’être posé !

Mort de rire, Alain me tendit la bouteille d’huile d’olive.

– Quitte à choisir, je préférerais sentir tes mains sur ma peau…

Il versa d’abord délicatement un filet d’huile sur mon épaule. Filet qu’il guida délicieusement vers mes seins… « Oh, mon salaud ! Oh, mon salaud ! ». Ces mots résonnaient comme le plus beau des compliments. « Oh, mon salaud ! »

Alain versa davantage d’huile, ses mains se firent plus volontaires, plus affirmées. Mon corps se détendait sous ses caresses, comme si ma peau avait voulu se déployer pour mieux profiter de leur douceur, des plaisirs que les attouchements d’Alain lui procuraient. « Oh, mon salaud ! Oh, mon salaud ! »

Tout en me caressant, tournant autour de moi, reculant d’un pas pour avoir un meilleur point de vue, se rapprochant, me manipulant comme une statuette, Alain oignait mon corps d’huile « Oh, mon salaud ! Oh, mon salaud ! ». Je ne comprenais pas de quel salaud il parlait.

– Tu n’as pas vu la pin-up affichée dans la chambre, face au lit ?

– Euh… je n’ai pas vu sa chambre en pleine lumière…

Votre chambre !

– Qu’a-t-elle de si particulier, cette pin-up ?

– Elle te représente… c’est moi qui l’ai dessinée d’après les indications précises de Jimmy, mais il ne m’avait pas tout dit, le salaud ! Tes seins, par exemple, il ne m’avait pas dit qu’au creux de la main… Fatché ! Ton coeur s’emballe ! Et ton ventre… et tes cuisses… Tu veux bien t’offrir un peu à ma vue avant de t’offrir au reste de ma personne ?

– Tu es super beau quand tu me regardes comme ça… avec gourmandise… Tu veux bien te déshabiller à ton tour que je puisse aussi me régaler ?

– Dans ce cas, il te faudra m’enduire d’huile… ça te convient ?

– Je n’attendais que ça !

La paume de ma main pleine d’huile commençait à en enduire le sexe énorme, agréablement durci d’Alain. Je fermai les yeux pour ne jamais oublier cette sensation. Ces picotements étaient-ils ceux qui agaçaient ma paume ou ceux qui parcouraient la verge d’Alain ?

– Il s’était bien gardé de me dire ça aussi, le salaud ! Tu branles…

– Tu peux me le redire ? J’aime votre façon de prononcer « bandante », « branler »… votre accent en devient non seulement chantant, mais terriblement érotique aussi…

– Alors, branle, branle, bandante Princesse !

– Oh ! Tu rends même le mot « Princesse » excitant !

– Excitant, bandante Princesse ?

Ses doigts se faufilèrent entre mes cuisses, Alain voulait vérifier à quel point ses mots m’excitaient.

– Pourquoi tu souris comme ça ? Pourquoi tu me palpes comme ça ?

– Rien… des bêtises… l’émotion… l’honneur que tu me fais…

– À ce point ? L’honneur ?

– En dehors de Jimmy, avec lesquels d’entre nous as-tu couché ?

– Euh… Christian, Jean-Luc… couché-couché tu veux dire, on est bien d’accord ?

– Oui, oui ! Avec Christian, c’était devant témoins…

– Ah ! Et Jean-Luc aussi !

– Et avec moi, ce sera…

– Entre quat’z’yeux !

Émue comme une jeune fille, je l’embrassai en le remerciant de voir les choses ainsi.

– Té… t’es une princesse ou tu n’es pas une princesse, Princesse ? Et puis, Jimmy…

– Jimmy ? Quoi « Jimmy » ?

– Après vos retrouvailles, quand il est revenu de Vancouver, il m’a demandé de lui dessiner sa pin-up. Il n’a pas voulu me montrer des photos de toi. Ça nous a pris presque deux ans.

J’ouvrais des yeux comme des soucoupes ! De quoi était-il en train de me parler ? Je suivis Alain dans une chambre, m’assis sur le bord du lit pendant qu’il précisait son propos.

– Pour tout modèle, je n’ai eu droit qu’à la photo de vous deux sur un bateau mouche « Mais je la veux réaliste, ma pin-up ! Celle qui me fait bander n’a plus dix-sept ans, c’est la femme de soixante ! » J’ai vieilli ton visage… et pour ton corps… oh, le salaud ! J’étais loin du compte ! Il m’avait juste parlé d’une belle femme, gaulée comme une déesse, mais tu es… tellement plus !

Il me regardait et je devenais plus que belle. Ses mains caressaient mon corps comme si elles craignaient de le profaner.

– Regarde-moi ces jambes… ces cuisses… Tu aimes quand je te caresse comme ça ? Oh ! J’aurais jamais cru que tu rougissais…

– Parce que je suis noire ?

– Mais non ! Ce qui est troublant, c’est que tu rougis presque autant que Mireille… Et ta peau… ta peau est si agréable à caresser… Je veux profiter de ce moment aussi longtemps que possible. Et tes grands yeux noirs… et ta bouche sublime qui appelle les baisers… et qui embrasse si bien… Quand tu souris comme ça, je la volerais de baisers ! Oh, le salaud ! Pourquoi t’a-t-il privée de tout… de nous, de tout ce qui nous unit pendant tout ce temps ?

– Peut-être parce que je n’y étais pas prête avant, qui peut savoir ?

– Et ta voix… ta voix ! Tu n’as jamais songé à chanter ?

– Chanter quoi ? Le blues ? Le R’n’B ? Tu sais bien que c’est pas la musique que j’aime !

– Et c’est quoi, la musique que tu aimes ?

– Le rock. Au début, c’était pour moi… c’est idiot, je sais bien… c’était une façon de me démarquer… dans les seventies, une noire qui n’écoutait pas de funk, de rythm’and blues, c’était atypique… Je me démarquais, je sortais du lot… ma boule afro dépassait des rangs… Tu vois ?

Les mains d’Alain se sont crispées juste au-dessus de mes genoux et de surprise ont écarté mes jambes plus brusquement qu’il ne l’aurait souhaité.

– Rapidement, j’ai constaté que cette musique me correspondait, qu’elle parlait à mes tripes… Mais si tu m’entendais parler anglais… ! Euh… tu peux cligner des yeux et refermer ta bouche ? Là, c’est limite flippant ! Je sais bien que tu aimes le rock, que tu as une discothèque incroyable. Je pensais que Julien te l’avait dit. Quand il venait passer ses vacances avec nous, il ne parlait que de toi et était fier de m’en remontrer sur le sujet… Hier, quand tu as mis Jam Ram, j’ai cru que c’est parce que tu savais…

– Mais… ce n’est pas possible… tu n’es pas réelle ! Rassure-moi, tu as au moins un tout petit défaut ?!

– Je suis une parisienne à moitié normande…

– Aïe ! Ça c’est plus qu’un petit défaut !

Ses yeux débordaient d’une tendresse infinie et amusée.

– Tu voudrais bien me laisser observer ton minou ? L’offrir à ma vue autant que je le souhaite ?

– Jimmy aurait-il aussi omis de te parler de ma petite particularité ? M’imaginer que quelqu’un observe, scrute ma chatte suffit à m’exciter, alors quand on la scrute pour de vrai… le souffle d’un grain de poussière pourrait me faire jouir !

– Ah, le salaud ! Ça aussi, il s’est bien gardé de me le dire !

– Mais que t’a-t-il dit, alors ?

– Qu’il aime titiller, du bout de la langue, ce petit cercle de chair de poule qui orne ton mamelon quand tu es très excitée, qu’il aimerait le faire plus longtemps… Pour y parvenir, il devrait se figer en toi, mais tes ondulations prennent alors le relai… alors… il jouit en oubliant de te mordre…

– Et tu voudrais savoir s’il n’a pas un peu exagéré ?

– Laisse-moi te regarder encore un peu…

– Non ! Si tu continues à me regarder comme tu le fais, je vais jouir et je préférerais que ce soit par ta queue plutôt que par tes yeux, pour ce premier orgasme… en tête à tête… dans le lit du p’tit puceau !

Alain a ricané. A écarté mes cuisses. Soulevé mon bassin. Y a glissé un gros coussin dessous. Je ne le quittais pas des yeux. Lui non plus. Son regard a glissé. J’ai senti sa main attraper sa queue, que je ne voyais pas. Son autre main a écarté mes lèvres. Son gland a caressé ma vulve et m’a pénétrée en prenant tout son temps.

L’orgasme qui couvait a explosé si vite que je n’ai pas senti ce renflement que j’aime tant quand les hommes me font l’amour ou me baisent. Il n’y en a pas eu tant que ça, Alain est le cinquième mais le premier dont je n’ai pas senti le bourrelet.

Je m’excusai d’avoir joui trop tôt. Excuses acceptées. Je lui demandai de sortir de moi et lui en expliquai la raison. Il consentit.

– Tu peux me la montrer ? Je voudrais voir à quoi elle ressemble quand j’ai joui dessus.

– Elle te plaît ?

– Oh ! Elle est magnifique ! Regarde comme elle brille ! Regarde-moi tous ces reliefs ! Oh ! Qu’elle est belle !

Je n’avais pu m’empêcher de tendre la main vers cette magnifique queue et du bout de l’index, caressai veine et veinules, tellement fascinée que j’en oubliai presque la présence d’Alain !

– Et tu voudrais savoir le goût qu’elle a quand elle t’a fait jouir ?

Anticipant ma réponse, il offrit sa queue à ma bouche comme on offre un sucre d’orge. Je la suçai comme telle, avec délectation. Les yeux fermés. Il sortit de ma bouche. J’ouvris les yeux. Nos regards se comprirent. Je refermai les yeux. Entrouvris mes lèvres. Il plaça son délicatement gland dessus avant de pénétrer ma bouche et de la baiser ardemment.

Je perdais pied, noyée dans ce flot de salive, submergée par ce plaisir incroyable que je prenais à ses va-et-vient vigoureux sans être brutaux. Il sortit soudain de ma bouche.

– Je voudrais te prendre comme…

– Comme tu m’as dessinée ? C’est ça ? Dans quelle position je suis sur ton dessin ?

– Ben… justement… Jimmy a voulu un diptyque… Agenouillée comme les pin-up, de face tes doigts délicats cachant à peine tes mamelons… encore plus excitants, bandants en vrai… De dos tu offres ta croupe à l’admiration des foules, bien cambrée comme il faut, on aperçoit un de tes seins et tu nous regardes avec un sourire coquin…

– Le choix est… cornélien… Si tu veux lécher mes mamelons, c’est de face… Si comme Jimmy, et ça m’a tout l’air d’être le cas, ma croupe t’inspire…

– Mais toi… quelle position ? Oh ! L’éclair coquin dans ton regard ! Pas la peine de baisser les yeux, je l’ai remarqué !

– Depuis que je revois Jimmy, je fais quelques exercices de gymnastique chaque jour. Oh ! Pas des trucs de dingue, juste des étirements, des assouplissements, de l’éveil musculaire et de la marche, beaucoup de marche. Quand ma voiture a rendu l’âme, je ne l’ai pas remplacée. Ça me permet d’encaisser… mes escapades avec Jimmy, mais surtout d’aimer à nouveau mon corps. Non pas pour ce qu’il a été, mais pour ce qu’il est devenu. Comme je suis ma propre coach, j’ai mes lubies, les périodes « piscine » peuvent alterner avec de longues périodes « yoga »… tu vois ? Depuis janvier, c’est ma période ischio-jambiers… alors… si je devais choisir…

J’ai senti mon propre sourire, j’ai senti l’éclat lubrique de mon regard quand j’ai laissé ma phrase en suspens. Je m’étonnai de l’absence de miroir dans la chambre. Alain sourit, retourna les tableaux. Trois d’entre eux révélèrent des miroirs, le quatrième, un écran vidéo. Alain revint vers moi, une petite caméra à la main « Si tu veux voir les détails ». Regard lubrique. Selon les indications, il s’allongea au milieu du lit, à plat dos. Je l’enjambai, m’accroupis au-dessus de lui.

– T’inquiète, si je sens que mes muscles faiblissent, on fera dans le moins gymnique !

– Je te fais confiance, Princesse… bandante !

Je m’accroupis davantage. Alain tenait son membre dressé. Je pensai « Une chance que sa queue soit si longue ! ». Il lut dans mes pensées. Je souris. Alain leva les yeux au ciel, faussement consterné.

Il m’offrit de prendre son sexe dans ma main et de guider la pénétration. Je vibrai de plaisir en le sentant si dur entre mes doigts. Ma langue agaçait mes lèvres. Il fallut qu’Alain me le fasse remarquer pour que j’en prenne conscience. Son regard a invité le mien à glisser sur ma droite. Nos sourires. La caméra allumée. L’hypocrisie de mon argument. « C’est à visée scientifique ». Nos sourires. En regardant les images animées sur l’écran, je m’étonnai intérieurement « Ouah, je pensais pas mouiller autant ! »

– Jimmy m’avait également dit que dans ta chatte, c’est comme au Paradis, mais en mieux !

– Et ? Pas trop déçu ?

– Pourquoi le serais-je ? Oh ! Au plus tu regardes l’écran, au plus tu mouilles, t’as vu ?

– Au plus ta queue est excitante, regarde comme elle brille !

– Je peux ? Avé la caméra ? Sur ton clito ? Je voudrais le voir bander… Oh ! Vé… oh !

– C’est malin !

– Oh, comme c’est bon quand tu jouis comme ça ! Oooh… !

– Et c’est que le début !

– Ça, je savais ! Jimmy me l’a dit ! Penche-toi un peu, que je sente tes seins sur ma peau !

– Non. Si je le fais… je vais devoir me cambrer davantage, comme ça… et regarde dans le miroir… tu vois… ça deviendrait soudain… lubrique, non ?

Je profitais du luxe que m’offrait tout ce qu’Alain ignorait de moi. Ces petites astuces, ces petits secrets intimes que Jimmy ne lui avait pas révélés.

– Tu resteras inflexible ?

– Parfaitement !

– Alors… ce n’est pas la peine que…

Dites-moi franchement, même vous, les fans de rock, les purs et durs, pourriez-vous résister ?

Alain avait l’air innocent de l’agneau qui vient de naître, le regard faussement résigné quand retentirent les premières notes de « Let’s get it on ». J’aurais voulu crier un tonitruant « Jimmy ! » plein de reproches, mais j’ai été captée par le son de la pédale wah-wah…

– Maintenant, ça me revient… il avait dû m’en parler aussi…

Je me suis donc penchée. Mes tétons ont effleuré sa peau. Je me suis cambrée davantage. Le jeu des miroirs a renvoyé le reflet de nos corps. J’ai fermé les yeux. Pour fixer à tout jamais cette image, comme un instantané. Et pour chasser les autres, les imaginaires, les fantasmées. Je me sentais onduler. Je frémissais de ce tourbillon qui m’assaillait.

– Ouvre tes yeux…

– Non. Je ne veux pas que tu puisses lire dans mes pensées…

– Tu ne veux pas voir ce que je regarde ?

– Il t’aurait donc aussi parlé de ma curiosité… ?

– Si peu… si peu…

J’ouvris les yeux. Alain lut dans mes pensées. Ses mains lâchèrent la caméra, empoignèrent mes fesses. Quand je vis dans le miroir, le reflet de son majeur glissant le long de ma raie, je n’ai pu m’empêcher d’onduler encore, de tendre mes fesses. « And givin’ yourself to me could never be wrong ». Les images s’incrustèrent en surimpression. « Tu rougis encore ! ».

Je n’aurais jamais pu imaginer à quel point les dimensions du sexe d’Alain modifieraient ces images, les graveraient définitivement dans le souvenir de cette matinée. Hier encore, à la même heure, je m’activais dans mon petit appartement giffois, le téléphone n’allait pas tarder à sonner. Vingt-quatre heures plus tard, j’osai enfin évoquer ces images à l’homme qui venait de contribuer à les susciter.

Pour la deuxième fois de la journée, j’allais en parler alors que je les avais tenues secrètes pendant tant d’années ! Avec Mireille, les mots avaient coulé sans problème, au détour d’un échange sur l’opportunité de réaliser un fantasme. Elle m’avait confié « Ce qui me faisait le plus honte, c’était quand je m’imaginais me faire prendre par un autre homme devant mon mari. Sauf que je m’imaginais plutôt un notable, au moins député… ! » Attendrie, elle avait ri « Dans « le pire du pire », je m’imaginais prise en levrette devant Daniel que je suçais ou qui se branlait entre mes seins. Quelle horreur ! Quelle honte si quelqu’un venait à l’apprendre ! Et puis… dès la première fois, ça a été merveilleux. Je n’étais pas une Marie Couche-toi là, nous étions trois personnes qui faisions l’amour… c’est pour ça qu’ici (chez Jimmy) on a un lit trois personnes… si tu savais comme c’est bon de nous endormir… Marcel dans mon dos, moi blottie dans les bras de Daniel… Pour me taquiner, il leur arrive de mettre un des grands mouchoirs de Marcel… un propre, bien sûr, sur mon visage, ils « causent sérieusement », comme si je n’étais pas là, de ce qu’accepterait de leur faire la femme idéale, de ce qu’ils lui feraient… bien entendu, ils miment chacun de leurs mots… J’aime me dire que j’y suis aussi pour quelque chose dans leur profonde amitié… On est loin de la dépravation, n’est-ce pas ? »

– Quand je suis cambrée comme ça… que tu écartes mes fesses… que Marvin Gaye me fait onduler ainsi… sur ta queue… que ton majeur… C’est comme si tout mon corps s’ouvrait de partout pour accueillir et offrir de l’amour à d’autres hommes…

– Et c’est ça qui te fait rougir bandante princesse ? Ouvre les yeux, regarde et dis-moi… qui verrais-tu à la place de mon majeur ?

– Jimmy… Jimmy… je n’imagine personne d’autre que lui dans mon cul…

– Ensuite ?

– Alors… pour ce faire, je dois me redresser un peu… tant pis pour la caresse de ta peau sur mes seins…

J’en profitai pour changer de position. Assez fière d’être parvenue à m’agenouiller sans qu’il ait besoin de sortir de moi. Fière et surprise.

– Entre mes seins… oh ! J’adore ta façon de me les caresser ! Entre mes seins, Daniel puisque Mireille m’a dit qu’il faisait divinement bien l’amour aux siens… dans ma bouche, Marcel… parce qu’avec lui… c’est facile… et parce que Mireille m’a confié « Quand tu suces Marcel, il te transforme en Sainte » et… pour finir, Christian en spectateur… et voilà ! Regarde mes seins !

Sa langue me maintenait à l’orée du plaisir. Je fermai les yeux. Ses lèvres enserrèrent mon mamelon, se rapprochèrent et sans que nous n’ayons besoin de nous servir de nos mains, trouvèrent la position idéale pour qu’Alain me tète. Je jouis longuement, d’un orgasme apaisé. Une pression ferme d’Alain me fit me cambrer plus que je ne l’étais déjà. J’ouvris les yeux sur son sourire.

– Et Jean-Luc ?

– Dans la bouche de Monique… pour changer !

J’étais en train de m’imaginer la scène. Je regardais Alain me sourire, des œillades furtives vers l’écran. La caméra ainsi posée ne me permettait de voir que le dos de la main d’Alain sur ma fesse. Une idée, une envie me traversa l’esprit. Nos regards se croisèrent. Nos sourires devenaient de plus en plus complices. L’expression de son visage, signifiant « Ça tombe bien, moi aussi ! ».

Je me retrouvai à quatre pattes au bord du lit. Alain, debout derrière moi, se justifiant « Je me régale du spectacle ! » puis approchant la caméra « Regarde comme ta chatte brille ! Elle brille de mille feux ! Oh ! Oohh! Regarde ! »

– Montre-moi ta bite, avec la caméra…

– Regarde ! Elle brille presque autant !

J’aimais sentir ses doigts me fouiller sans aucune timidité, comme eux aussi me transformaient en marionnette « T’as vu quand je fais comme ça, tu te cambres… Oh ! Regarde les jolies fossettes que ça te fait sur les reins ! Et quand j’appuie ici… devant… tout en appuyant… avec le pouce… dessus… tu t’offres tout à fait… Regarde ! »

Je le suppliai de me prendre. Je n’en pouvais plus de désir. Il écarta un peu mes cuisses. Je le vis écarter mes fesses, les admirer et, comme à regret, les relâcher pour guider sa pénétration. Il posa son gland sur mon anus, appuya un peu « Tu veux toujours pas ? »

– Jamais la première fois, mon cher ! Je suis une femme de principe, moi, Monsieur !

– Si c’est pas malheureux… et c’est encore l’autre salaud qui va en profiter ! Y en a vraiment que pour les crapules !

Il me pénétra lentement « Jimmy a raison, dans ta chatte c’est encore mieux qu’au Paradis ! ». Je sentais tous les reliefs de son sexe frottant si intimement sur les parois de mon vagin qu’ils en révélaient les miens.

Il sortit lentement de mon vagin pour me pénétrer à nouveau. Un peu moins lentement. Un peu plus profondément. Avant de ressortir. Âprement.

Je ne perdais pas une miette du spectacle, mon regard allait de l’écran aux miroirs, comme dans un panorama. Nos corps se comprirent avant nos regards. Une sauvagerie s’empara de nous. Chacun de ses va-et-vient devenait plus brutal. Chacune de mes injonctions, plus impératives « Encore ! Plus loin ! Plus profond ! Plus fort ! Plus fort ! Plus fort ! »

Je n’aurais jamais osé espérer le faire baver de plaisir. Quand je vis sa langue chercher à retenir sa salive, quand, profitant d’un sourire, la première goutte s’est échappée de sa bouche et est venue mourir sur ma fesse, je projetai mon bassin vers le sexe d’Alain, anticipant sa pénétration.

Il entra d’un coup de tout son long. J’aurais pu m’évanouir de douleur, au lieu de ça, je jouis.

– Ô, pute vierge, je viens, je viens !

Combien de « je viens » de plus en plus sauvages, combien de « ô, pute vierge » brutalement tendres avant que nous nous sentions apaisés, repus ? Le sperme d’Alain avait coulé jusqu’à mes genoux, mais je voulais rester un peu dans cette position. J’admirai mon reflet dans les différents miroirs, sur l’écran.

– Voilà qui « revisite » légèrement le concept de la pin-up !

– Mais pas du tout !

– Tu te vois me dessiner ainsi ?!

– Ça dépend des circonstances…

– Pour l’offrir à Jimmy…

– Toute ruisselante comme ça ? Le minou tout brillant de ta mouille ? Les cuisses toutes tachées de mon foutre ?

– Oui… Certes, ça te contraindrait à… avant la séance de pose…

– En effet, mais pour un ami, qui ne consentirait pas à ce sacrifice ? Écarte un peu tes fesses avec tes mains… Oh, fatché ! Oh, le salaud ! Regarde comme c’est beau !

S’il m’avait demandé une nouvelle fois l’autorisation de m’enculer, s’il avait bandé un peu plus dur, j’aurais accepté. Au lieu de ça, il s’amusa à agacer mes tétons avec son gland.

Je me relevai. De son sexe à demi flapi, il fit l’amour à mes seins de la façon idéale dans ces conditions précises. Nous profitâmes de ce moment d’absolue communion jusqu’à ce qu’il ait retrouvé un semblant d’érection. J’aimais regarder sa queue disparaître entre mes seins. Puis, voir apparaître son gland et plus encore. J’aimais voir sur l’écran ses doigts aller et venir dans mon sexe dégoulinant. J’aimais quand il nous les offrait à sucer. J’aimais le goût des baisers qui s’ensuivaient.

Quand nous sortîmes de la maison, nous les trouvâmes en train de discuter sagement sur la terrasse. Je m’étonnai de les découvrir habillés, un verre de vin à la main. Monique me répondit, dans une imitation très réussie d’Arletty « Pour qui que tu nous prends ? On n’est pas des bèÿtes, tout de mèÿme ! »

D’un regard étonné, Jimmy interrogeait son ami qui le rassura « Non… Ça c’est en prévision… Tu veux voir l’état de sa culotte ? » En disant ces mots, Alain souleva ma robe.

– Elle a oublié de la remettre, l’étourdie ! Dis-moi, bandante princesse, pour quelqu’un qui n’aime que le rock…

Les mains de Jimmy me caressaient, comme si elles cherchaient à deviner dans quelles positions nous venions de faire l’amour. Je pris une profonde inspiration avant de pouvoir répondre à Alain « Je ne peux pas résister à l’intro… »

Monique sonna l’heure du départ. Encore étourdie, troublée par cette matinée, je me trompai d’auto et m’assis à l’arrière de celle de Monique. Jean-Luc monta à mes côtés et chantonna les premières notes de « Let’s get it on » tout en regardant, innocemment, par la vitre de sa portière.

Odette au spectacle avant la représentation