Odette – « Il n’y a pas de théâtre sans fraternité »

Quand j’ai donné mes textes à lire à mes futures consœurs, à mes futurs confrères, leur réaction a été unanime. Je n’avais pas raconté ce qui s’était passé lors de la représentation théâtrale.

– Vous croyez que c’est si important que ça ? C’est d’une banalité affligeante, non ?

– Profite pas de la situation, déjà qu’on passe l’éponge sur… je me comprends…

– Qu’est-ce qui te retient en réalité, ma Didou ?

– Je n’arrive toujours pas à m’expliquer, à comprendre…

Après une discussion animée sur l’utilité de comprendre un phénomène pour tenter de le raconter, je me suis installée au bureau de Jimmy. La fenêtre entrouverte me permet de suivre, d’une oreille distraite, ce qui se passe dans le patio et je n’ai qu’à me retourner pour apercevoir, par la porte ouverte, la salle des fêtes où tout s’est déroulé.

Nous étions installés et attendions le début du spectacle. Je m’étais assise sur un grand canapé confortable aux côtés de Jimmy. Mireille était assise sur les bords du lit installé dans un recoin, Daniel et Marcel l’avaient rejointe, un verre à la main.

Monique et Cathy s’étaient disputé le confort du corps de Martial, enchanté d’être l’enjeu de la bataille ! Sylvie avait mis fin à la querelle. Sans un mot. Un regard sur Martial. Un mouvement du menton. Un regard en biais sur Monique et Cathy. Capitulation desdites. Éclat de rire général.

Sylvie s’est donc installée sur l’autre lit, se vautrant langoureusement sur le corps de Martial en gémissant d’aise.

Cathy et Monique rejoignirent Alain, Jean-Luc et Christian qui les chassèrent, les traitant tout naturellement de Pomponnette. Même Joseph se refusa à elles, affirmant se sentir outragé. Il rejoignit le lit de Mireille.

La tête posée sur l’épaule de Jimmy, je lui demandai si c’était toujours comme ça.

– On se taquine souvent, mais ce soir, ils sont en forme…Vé !

Cathy et Monique s’étaient installées sur un large sofa et se câlinaient. Revenant sur leur première décision, Jean-Luc, Christian et Alain s’approchèrent à pas glissés. « Que dalle ! » Cathy s’enflamma « Pomponnette Power ! »

J’ai cru qu’il allait falloir réanimer Alain, mort de rire, qui ne parvenait plus à reprendre son souffle.

– Ô ma Cathy, si je n’étais pas déjà ton époux, je te demanderais de me marier !

Cathy, vaincue, consentit à l’accepter à ses côtés. Jean-Luc et Christian restaient punis. Devant l’air abattu de Jean-Luc, Monique lui accorda une « éventuelle » petite pipe si le spectacle l’inspirait. Toutefois, elle resta inflexible.

– Mais toi, toi qui m’as traitée de Pomponnette, toi, Christian, pour ta punition, tu devras assister aux spectacles, celui sur scène et celui dans la salle, sans y participer, juste regarder ! Ah, ah ! Te voilà bien puni, mon mari !

Un « Bien dit ! » fusa du côté de Mireille.

La salle fut plongée dans l’obscurité. Pauline se présenta à nous devant le rideau fermé.

– En lisant les lettres de Sylvie, nous avons appris pour les spectacles que la Confrérie du Bouton d’Or offre à ses membres. Nous avons découvert le talent de Madame pour l’écriture de saynètes. Quand le Bavard a parlé de lui, il a choisi une pièce très féministe, où les rôles sont inversés, les stéréotypes aussi. Cette lettre, il l’a envoyée à Lucas le 8 mars et il est trop malin pour que ce ne soit que le fruit du hasard. Nous avons donc décidé de vous interpréter « Renouvellement de bail », mais nous avons rencontré un problème. Puisque si nous respections « la logique », Vincent jouerait le fermier et moi, la propriétaire. Je ne me voyais pas coucher avec mon cousin devant nos grands-parents, alors c’est Émilie qui interprétera ce rôle.

Je ne pus m’empêcher de regarder en direction de Mireille. Il y avait assez de lumière pour que je la voie m’adresser un vigoureux oui de la tête.

Pauline rejoignit « le coin-régie » duquel elle actionna l’ouverture du rideau. Sur scène, ma petite Émilie dans un « tailleur Chanel », si éloigné des vêtements qu’elle porte habituellement. « Me dis pas que c’est pas moche ! Vé ! La gamine, on dirait qu’elle a cent ans ! » Mireille bougonna un « Chut ! » agacé.

Vincent est entré en scène et très vite, je n’ai plus vu ma petite-fille, mais une actrice burlesque. J’ai enfin compris ce qu’on m’avait expliqué plus tôt dans la journée. C’est alors que ça s’est produit.

Émilie tournait, virait autour de Vincent, l’aguichant comme Mireille aguichait Marcel. Quand ses mains ont caressé les cuisses de Vincent, quand elles ont soupesé ses couilles, j’ai senti la peau, le corps de Marcel sous mes mains. Je criai un « Oh ! » surpris auquel répondit un sursaut « Fatché ! » de Marcel. Nous nous regardâmes, lui bien moins étonné que moi.

Après une court moment de flottement, Émilie et Vincent reprirent leur rôle. Il était très perturbant pour moi de caresser Marcel, de le branler, de le sucer alors qu’il se tenait à plusieurs mètres de moi. Je ne distinguais pas son visage, mais la façon dont il se tenait ne laissait planer aucun doute sur le plaisir qu’il prenait à la situation. Je fis part de mon trouble à Jimmy, qui me répondit « Te pose pas tant de questions, profite, ma Princesse, profite ! »

Alors, j’ai profité, me mordant la langue pour ne pas demander à Émilie de faire à ma manière. Je me laissais bercer par mes sensations, oubliant presque mes amis. J’étais excitée tant par ce que je voyais que par ce que je ressentais. Sur scène, Émilie paraissait dépitée.

– Il me semblait que les hommes de la terre… mon amie m’avait laissé entrevoir d’autres proportions… son métayer…

– C’est que je ne suis pas votre métayer, Madame, je suis que votre fermier !

– Et de l’esprit avec ça ! Décidément, vous me plaisez de plus en plus, mon brave ! Possédez-vous le téléphone dans votre… masure ?

– Oui, Madame, depuis l’automne dernier ! Avé la télé, j’ai tout le confort moderne de la modernité confortable !

– Peu me chaut la… télé ! Puis-je me permettre… ?

Je ris aux larmes quand Émilie décrocha le téléphone. Plus tard, elle nous expliqua leur surprise en découvrant le cadran « Trop lourd, ce truc ! Trop lourd… ! » (« lourd », en l’occurrence signifiant « génial »).

– Allô, chère amie ? J’ai mon fermier sous les yeux et je suis dans l’obligation de vous faire part de mon léger désappointement… On est loin des proportions des hommes de la terre dont vous m’aviez parlé… Oui ! Exactement, ma chère ! Nous vous attendons… Oui… Oui… Vous avez parfaitement raison, très chère, l’essayer ne m’engage en rien ! Oui… Tout à fait… ! Oui !

Émilie raccrocha le téléphone.

– Montrez-moi, mon brave, comment vous manœuvrez votre engin pour susciter l’émoi d’une dame respectable !

– Mais… je ne sais pas…

– Tss tss ! Et la corne dans votre main ?

– C’est que d’habitude… j’ai l’imagination… pour m’échauffer, je regarde des photos… et j’imagine…

– Indiquez-moi comment me tenir… je serai votre pin-up en chair et en os.

– Pour commencer, installez-vous sur la table… mouais… échancrez votre chemisier… un peu plus que ça… mais pas trop… Ouvrez la bouche en cœur… En cœur, j’ai dit ! Pas en cul de poule ! Mais non ! Pas comme ça non plus ! Vous l’ouvrez trop ! Et pis… vous mettez pas en arrière !

Vincent s’approcha d’Émilie et l’installa comme il le souhaitait. Pour qu’elle ouvre la bouche comme il voulait, il s’approcha d’elle et taquina ses lèvres avec son gland, un peu comme s’il voulait lui baiser la bouche et juste au dernier moment, reprit sa place.

– Regarde-moi faire, la bourgeoise ! Ça te plaît que je me branle pour toi ? Tu mouilles quand je me branle comme ça ?

Émilie, fascinée ne répondait pas, elle suivait les mouvements de la main de Vincent avec un plaisir non dissimulé.

– Alors ? On a perdu sa langue, la bourgeoise ? Je ne t’entends plus pérorer ! Réponds, ça te fait mouiller quand tu me regardes me branler pour toi ?

Émilie commit alors l’irréparable. Enfin, c’est à ce moment que tout a basculé une nouvelle fois.

– Venez vérifier pas vous-même, mon brave ! Mon taurillon provençal !

– Qué « taurillon » ? Je vais te montrer ce qu’est un vrai taureau, la bourgeoise !

Vincent fonça sur Émilie, la retourna contre la table, mais ce furent les mains de Christian qui empoignèrent ma taille, ce furent ses doigts qui me fouillèrent. Marcel soupira de dépit et quand Vincent prit Émilie, ce fut le sexe de Christian qui alla et vint en moi. C’est à ce moment qu’il ressentit ce phénomène que je ne m’explique toujours pas.

À la demande générale, Vincent et Émilie se livrèrent de nombreuses fois à la leçon de sémantique « De la différence entre « limer » et « bourrer », explication par l’exemple ». Nous les encouragions « Encore ! Encore ! », Christian et moi y ajoutant une dose supplémentaire de conviction. Ils s’en donnaient à cœur joie, n’ayant pas conscience de ce que Christian et moi ressentions. J’étais au bord de l’extase, quand j’entendis la voix de Jimmy par-dessus les autres « Encore ! Encore ! ». Je le regardai, en le voyant se branler à mes côtés, un bras passé autour de mon cou, mon orgasme éclata, me projetant sur le côté opposé. Jimmy me sourit et me prit dans ses bras. « Tu vois, c’est plutôt sympa ! ». Il avait vingt ans ! Je vous jure, il avait vingt ans !

Après avoir patienté, puis s’être impatientés, Manon, Enzo et Lucas firent leur entrée en scène. Manon jouait à la perfection la pétasse parisienne, avec une telle conviction qu’on aurait pu oublier qu’elle jouait, si ça n’avait été ses rires contenus et le rouge qui lui montait régulièrement aux joues. Faisant avec les acteurs qu’ils n’avaient pas, les gamins ont réécrit ce passage de la saynète.

Après avoir salué son amie, Manon reprit la conversation comme si de rien n’était.

– Comme je vous le faisais remarquer, chacun a ses avantages… Regardez-moi celui-ci, il n’est pas vraiment musclé, pas vraiment gros, même pas maigre… il n’a pas l’air bien malin, mais… regardez-moi son équipement ! Et attendez ! Vous allez voir comment il s’en sert ! Tenez… essayez-le, vous m’en direz des nouvelles !

Manon arracha Vincent du corps d’Émilie, Lucas prit sa place et je redevins une spectatrice comme les autres.

Lucas fit quelques va-et-vient dans Émilie pendant que Manon tournait autour de Vincent, l’estimait, le jaugeait. Elle jeta un regard en direction de Lucas, lui ordonna de sortir d’Émilie, l’amena aux côtés de son amie.

– Et regardez-moi comme sa queue est a-do-rable quand elle brille comme ça ! Vous voyez ? Et à sucer… ô, ma chère amie, si vous saviez comme cette queue est divine à sucer…! Au lieu de rester planté là, comme un idiot, viens donc faire goûter ta bite à la dame !

Lucas s’exécuta.

– En contrepartie, pourrais-je m’enfiler le vôtre ou préférez-vous en garder la primeur encore un peu ?

– Faites donc, chère amie, faites donc ! Il est vrai que la queue de votre employé est des plus délicieuses…

– Oh merci ! Je les choisis toujours avec beaucoup de soin. De votre côté, vous êtes bien urbaine de me prêter votre jouet ! Il est comment en sodomie ?

– Je n’en sais fichtre rien !

– Ah ? Vous ne l’avez pas encore testé ? Si je ne craignais de me montrer par trop gourmande, je vous demanderais bien…

– Mais faites donc, chère amie, je vous le prête bien volontiers ! Dites-vous que vous me rendez service en le rodant. Et toi, montre-moi ce que tu vaux sur la longueur…

Lucas reprit son activité auprès d’Émilie, mais je n’avais d’yeux que pour Manon qui s’en donnait à cœur joie avec Vincent. J’ai vraiment eu l’impression d’assister à l’éclosion d’une actrice au talent phénoménal. Je fis part de cette sensation à Jimmy qui me murmura « J’étais justement en train de me faire la même réflexion ».

– Si vous pouviez l’utiliser au milieu des meules de foin… La paille, ça l’inspire et le contraste sublime son corps, qui en devient… hmm… excitantissime ! Hein que ça t’inspire, mon joli paysan ? Vous verrez, à l’usage, il est très endurant… Hmm… mais ta bite est un véritable régal pour mon cul, mon gars ! Dites-moi, chère amie, je vous l’échangerais bien contre un des miens pour la soirée… Oooh, mais qu’il m’encule bien, le bougre ! S’il vous plaît, laissez-moi vous l’emprunter !

– Mais faites donc, chère amie, d’autant que le vôtre… hmm… n’est pas mal non plus !

– Et vous n’avez encore rien vu !

D’un claquement de doigts, Manon ordonna à Enzo d’approcher.

– Mais pour vous qui rêvez de sodomie sans limite… regardez ce que je vous ai apporté ! Entendons-nous bien, nous parlons bien de bite de compétition ?

Enzo avança jusque devant Émilie, au milieu de la scène et, faisant fi de toutes les conventions théâtrales, nous tourna le dos.

– Montre à la dame ce qui fait de toi mon étalon préféré ! Allez, montre à la dame ta grosse bite de métayer !

Enzo se déshabilla sous le regard admiratif d’Émilie.

– Si ce n’est pas de la bite de compétition, je ne m’y connais pas !

– En effet, chère amie, en effet ! Je vous le concède ! Viens par ici, mon gars et montre-moi comment tu t’en sers !

Enzo obéit à Émilie. En le voyant de profil, un « Ooh ! » général emplit la salle. Une chose est indubitable, Enzo est bien le petit-fils d’Alain !

Le rideau s’est refermé et Pauline est revenue sur scène.

– En lisant la saynète dans son intégralité, nous avons su de quelle façon le métayer pouvait offrir du plaisir à ces dames, mais puisque le Bavard a jugé bon d’achever son récit à cet instant crucial, nous avons estimé qu’il serait inconvenant d’aller plus loin. Nous espérons que le spectacle vous a plu et vous convions au buffet que nous vous avons préparé.

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