Odette – « You got me so I don’t know what I’m doin’ now »

Plutôt que la sublime version originale des Kinks (ouh les frissons quand j’entends la voix de Ray Davis et le son de sa gratte !), plutôt que celle trop démonstrative de Van Halen (mais oui, Eddy, on a bien compris que tu peux jouer tout plein de notes super vite !), je préfère partager celle-ci.

Monique referma la porte en maugréant « Oh la la, c’que t’es procédurier ! ». Toc. Toc. Toc. « Entrez ! » La porte s’ouvrit. Daniel entra dans le bureau, tout sourire.

– C’est donc toi le premier ?

– Les discussions furent âpres, mais mes arguments ont fini par porter. Puisque je vais procéder à la cérémonie, je ne pourrai pas être ton témoin. Cependant, il m’a paru sensé de plaider la cause de Joseph qui a dû s’absenter avant la séance. Il mérite autant qu’un autre d’être ton témoin. Je voulais aussi en profiter pour me présenter. Sais-tu que c’est moi qui ai marié Monique avec Christian et Cathy avec Alain ?

– Il me semble que oui.

– Je vois que tu as le premier cahier de Monique dans les mains, vas directement à l’antépénultième chapitre… Je ne pourrais pas mieux me présenter à toi…

– L’antépénultième… on croirait entendre mon père ! Tu ne peux pas dire l’avant-avant-dernier chapitre, comme tout le monde ?

– Non !

– Tu me proposes de le lire avec moi pendant que…

– Non, non ! Du tout, du tout ! Si tu devais le lire devant moi, je préférerais que tu t’allonges sur le sofa, que tu le lises en silence, que tu te laisses emporter par les mots de Monique pendant que je te regarderais faire, assis devant le bureau.

– Devrais-je me déshabiller… dans l’idéal ?

– Dans l’idéal… tu te déshabillerais derrière le paravent et revêtirais le peignoir en satin… celui que Jimmy enfile à la hâte quand un importun sonne à la porte… Savais-tu qu’il passe tout son temps à poil ?

– Oui, je le savais ! J’ai vraiment du mal à réaliser que mon corps puisse être excitant pour des hommes qui ne l’ont pas connu jeune et frais, tu sais que j’aime observer le sexe des hommes à la dérobée, j’aime aussi l’idée d’être surprise prenant du plaisir à ce spectacle… J’ai aimé coucher avec Christian, mais je ne suis pas sûre de vouloir coucher avec un autre… sauf Jean-Luc, lui… j’avoue… j’en frémis de plaisir rien qu’à l’idée… En revanche, ce que tu me proposes me convient tout à fait !

Pendant que je me déshabillais derrière le paravent, Daniel poursuivit.

– Et dans l’idéal… la prochaine à venir te parler sera Mireille, si tu la recevais ainsi, elle saurait ce qui s’est passé et ça l’exciterait et… j’aime la savoir émoustillée grâce à une de mes surprises…

– La recevoir ainsi ?

Le Notaire me regarda et me transforma en sex-symbol. Troublée, je m’allongeai sur le sofa. J’avais veillé à attacher la ceinture de telle façon qu’en m’allongeant sur le flanc, mes cuisses et ma poitrine soient découvertes… J’étais déjà très excitée quand je lus les premiers mots… oubliant presque sa présence, je me laissai emporter dans cette vague légère et sensuelle. Sans m’en apercevoir, je caressai mes seins. Je pris conscience de sa présence en même temps que de mes propres caresses… Je le regardai presser nerveusement son gland au travers du tissu… Je lui fis signe d’approcher. Il glissa vers moi, toujours assis sur le fauteuil à roulettes, j’eus une pensée amusée pour sa secrétaire.

Arrivé à mes côtés, je lui pris la main et le priai de caresser mes seins pendant que je poursuivrais ma lecture… « et si tu pouvais libérer ton sexe que je puisse l’observer… ». J’imaginai la façon dont sa langue pourrait me faire jouir s’il m’en prenait un jour l’envie… Je vis sa main aller et venir, je vis son gland changer de couleur, ses doigts pincèrent délicatement mes tétons tendus. Je jouis sans avoir pris conscience de la montée de mon propre plaisir. Les douze minutes étaient largement écoulées, mais je lui demandai une dernière faveur.

– Voudrais-tu faire l’amour à mes seins pour me souhaiter la bienvenue ?

Galant homme, il prétendit, lui aussi être mon serviteur avant de s’exécuter. Il jouit à moitié dans ma bouche, à moitié sur mes seins. Je lui proposai de ne pas m’essuyer avant l’arrivée de son épouse. Il m’embrassa chaleureusement avant de partir la chercher.

Mireille fit son entrée. Un regard expert sur mon décolleté, elle sourit.

– C’était joué d’avance !

– Je peux te poser une question ? Je viens de lire la description du vin d’honneur après la double cérémonie de mariage. Sincèrement, tu ne t’es doutée de rien ?

– Peuchère non ! Si tu savais comme ça m’a pesé… J’avais peur de lui avouer, je savais qu’il me faisait cocue, mais j’avais peur qu’il demande le divorce… pour autant, je m’en voulais de lui mentir… Quand j’ai appris pour la confrérie, pour cette mise en scène avec Alain, je lui en ai voulu. De ne pas me l’avoir dit avant, de toutes ces années que nous avions perdues ! Et… il y a Marcel… Comment aurais-je pu deviner que ce paysan que je méprisais tant saurait conquérir mon corps et mon cœur comme aucun ? Je te préviens, c’est un amant redoutable ! Incontestablement le meilleur de tous les confrères !

– Et je ne dois pas m’en approcher si je tiens encore à mes yeux, c’est ça ?

– Au contraire ! De toute façon, nous ne couchons plus ensemble depuis quelque temps…

– Ah bon, mais pourquoi ?

– La dernière fois, il s’est plaint de son « palpitant », maintenant il prétend qu’il plaisantait, mais j’ai trop peur qu’il me meure dans les bras, tu comprends ?

– Il est cardiaque ?

– Non ! Il m’a même apporté un mot du cardiologue expliquant que son cœur allait très bien, mais s’il faisait un malaise ici ? Je ne sais même pas faire le massage cardiaque !

– Mais… Christian est infirmier, pompier bénévole, je suis infirmière ! S’il n’y a que ça pour te rassurer, on peut acheter un défibrillateur ! Ce serait trop con de te priver de plaisir pour un risque quasi nul !

Mireille m’a prise dans ses bras, m’a embrassée comme du bon pain. Se réjouissant à l’avance de la séance de demain soir aux côtés de son diable de Marcel, elle reprit son sérieux en reluquant ma poitrine et me demanda si elle pouvait la caresser, elle n’avait jamais vu d’aussi près un corps de femme noire. Elle caressa délicatement mes seins.

– Oh ! Tu as la même peau que…

– Martial ?

– Mais non ! T’es bête ! Que Sylvie ! C’est pour ça que Jimmy aime tant la peloter en passant… l’air de rien ! Comme tes seins sont beaux et tes mamelons… oh ! Je t’envie !

– Montre-moi les tiens, qu’on compare ! Oh, t’es toute rouge !

– Fais pas ta maline, parce que je n’ai rien dit par… décence… mais tu es au moins aussi rouge que moi !

Pour me prouver ses dires, elle déplaça le paravent, ce qui fit apparaître le miroir en pied devant lequel, nous comparâmes nos corps. Étonnées de les trouver si ressemblants, malgré la blancheur de son teint et ma peau foncée. Nos seins avaient pratiquement la même forme, sauf au niveau des mamelons, elle trouvait les siens immondes parce que ses aréoles, prétendait-elle, étaient bien trop brunes et bien trop larges. Pour ma part, je les trouvais plutôt sexy. Elle enviait les miens, leur couleur, leur texture, et ses « petits points saillants tout autour ». Je lui expliquai que c’était dû à cet état d’excitation permanente dans lequel j’étais plongée depuis mon arrivée. Nous détaillâmes avec le même plaisir les autres parties de notre corps et avant de regretter leur jeunesse perdue, nous admîmes qu’ils continuaient à nous offrir tant de plaisir que nous devions leur en être reconnaissantes.

Nous échangeâmes ainsi pendant les douze minutes, elle me fit remarquer qu’elle, au moins, respectait le contrat initial, ce qui me fit éclater de rire. On toqua à la porte, Mireille l’ouvrit.

– Et ne va pas tirer toutes tes cartouches, on a du temps à rattraper, tous les deux !

Marcel, me regarda, interloqué.

– Boudiou ! Qu’esse tu lui as fait bouffer ?

« Chez nous, à chaque instant, c’est jour de fête »

Jimmy&Odette – La première fois d’Odette

Après mon service, j’ai vécu quelques années à Paris. Martial m’invitait souvent à partager leur repas avant de passer la soirée dans sa chambre, à refaire le monde, à boire et à fumer, à écouter de la musique, à nous raconter nos exploits, nos conquêtes réelles ou fantasmées, à nous préparer à sortir en boîte…

Un soir, alors que je revenais de la bibliothèque universitaire, je croisai Odette dans le bus, une surprenante valisette à la main. Je lui demandai où elle allait. Toute excitée, elle m’expliqua qu’une de ses copines organisait une boum et qu’elle avait obtenu à la dernière minute, l’autorisation d’y rester dormir. Ni ses parents ni ceux de sa copine ne possédaient le téléphone, la surprise que sa venue allait lui faire était pour beaucoup dans l’excitation d’Odette. Nous devisions joyeusement, elle trouvait amusant que ce soit à mon tour de passer une soirée studieuse et solitaire.

Je descendis à mon arrêt, me retournai pour lui faire un signe de la main, quand je constatai qu’elle était descendue à ma suite. « Est-ce que je pourrais te demander de me rendre un service ? » À son regard inquiet, je compris que ce n’était pas le genre de service qu’on pouvait demander incidemment au coin d’une rue, fut-elle animée. Supposant qu’elle allait m’avouer qu’elle passerait la soirée et la nuit, non pas chez une copine, mais avec son petit ami, n’osant pas lui proposer de monter dans ma garçonnière, je lui offrais d’en parler autour d’un verre.

– Jure-moi de garder le silence sur ce que je vais te demander. J’ai des copines qui ont déjà couché… elles disent que la première fois, c’est toujours nul, qu’il faut en passer par là, ça ne fait pas toujours mal, mais ça n’est jamais agréable la première fois. Mais moi, je suis sûre que c’est parce que les mecs étaient puceaux eux aussi. Alors, je me demandais… est-ce que tu voudrais me dépuceler, en t’appliquant pour que j’en garde un bon souvenir ?

Abasourdi, je regardai tout autour de moi, effrayé à l’idée que quelqu’un ait pu entendre ses mots. Presque aussitôt, je réalisai que personne ne nous connaissait, que personne ne savait qu’elle était la petite sœur de mon meilleur ami. Pour tous ces gens, nous étions un couple d’amoureux et c’est ainsi que j’acceptai sa proposition, à condition toutefois, de pouvoir en parler librement à Martial si j’en éprouvais le besoin. J’insistai sur ma volonté que les heures qui allaient suivre ne changent en rien les rapports que j’entretenais avec elle. Odette me tendit son petit doigt recourbé afin que j’y accroche le mien, sa façon toute adolescente de « toper là ».

Arrivés chez moi, Odette se tint debout au beau milieu de la pièce, semblant chercher quelque chose du regard, elle respirait à pleins poumons comme pour s’imprégner de l’air ambiant.

Je ne veux rien oublier de cette soirée ! Euh… je me déshabille ou tu me déshabilles ?

Son sourire coquin et son regard mi-effronté, mi-craintif me firent l’effet d’une gifle. Je m’ébrouai comme on cherche sa lucidité et lui annonçai un changement de programme.

– Non, Odette. Non. Pas ici. Pas comme ça. Pas maintenant. Remets ta gabardine, prends ta petite valise et suis-moi !

– Tu… tu me ramènes chez moi ?

– Sauf si tu y tiens, mais… quant à moi… À nana exceptionnelle, il faut une ambiance et un cadre exceptionnels ! Vérifions tout d’abord si nous avons de la chance…

En chemin, je lui expliquai mon plan de bataille et les solutions de repli. J’avais fait exprès d’employer ces termes, un peu par jeu, beaucoup par défi. « Et si pour ce soir, tu oubliais un peu tes études ? » Je ne connais aucun mot pour exprimer l’intensité de notre regard à cet instant précis.

À la sortie du métro, une bouffée d’air chaud nous surprit. Odette retira sa gabardine qu’elle posa sur son avant-bras. Elle courait en direction des quais, se retournant tous les deux pas « Viens ! Mais viens ! Plus vite ! » Je me régalais du spectacle de sa robe qui, en virevoltant, dévoilait ses magnifiques jambes.

Nous avions de la chance, dit l’employé des bateaux-mouche, une table venait de se décommander, nous pouvions donc embarquer pour ce dîner-croisière. Je vous jure que j’ignorais tout de l’histoire de la photo de Jean-Baptiste avant que Martial ne m’en parle, sept ans plus tard !

Une fois installés, Odette me demanda ce qu’elle devait choisir et si sur ma carte aussi les prix étaient absents. Tout en me posant la question, elle se leva et se pencha pour vérifier.

– Ouah ! C’est vachement cher !

– Rien n’est plus beau que tes seins… euh… rien n’est trop beau pour toi !

J’avais du mal à déglutir.

– Bah ! Tu les as même pas vus !

Je lui expliquai qu’elle devrait être attentive au plaisir qu’elle prendrait à sentir le désir de son partenaire s’accroître tout au long de la soirée, qu’elle devrait guetter ces petites flammèches qui le ravivent, l’entretiennent.

– C’est facile pour toi, tu le sais tout de suite si tu bandes ou pas, tandis que pour moi…

– Ça ne t’arrive jamais de ressentir comme une brûlure entre les cuisses ?

Odette baissa les yeux et marmonna « Si »

– Et que fais-tu dans ce cas-là ?

Le serveur prit notre commande et revint presque aussitôt avec nos coupes de Champagne. De vraies coupes, puisqu’à l’époque, on ne le servait pas dans des flûtes. Nous trinquâmes et la réponse d’Odette s’évanouit au milieu du tintement des verres qui s’entrechoquaient autour de nous.

– Tu disais ?

– Je mets mon oreiller entre mes cuisses que je serre très fort jusqu’à ce que ça passe…

Je fermai les yeux pour tout à la fois chasser cette image et la graver à tout jamais dans ma mémoire. Odette se méprit.

– Mais je suis encore vierge, tu sais… tu veux touj… ? Pourquoi tu fermes les yeux ?

– Je me représentais la scène et…

– Et ?

– J’ai eu besoin de quelques secondes de… méditation pour m’empêcher de te culbuter. Là. Tout de suite. Sur la table !

– Tu… tu bandes ?

– Oui

Elle me fit craquer quand elle posa ses mains sur ses joues. « Oh… la chance ! » Le serveur venait de nous apporter les entrées quand elle me demanda, si ça ne faisait pas un peu mal. J’éclatai de rire en répondant non, à nouveau, elle soupira « La chance… ! »

– Pourquoi ? Ça te fait mal ? Avec l’oreiller ?

Prenant des airs de conspiratrice, elle me dit.

– Des fois, c’est pire avec l’oreiller ! Tellement pire que je suis obligée de m’asseoir sur du froid pour tout arrêter !

– Et tu n’as jamais eu l’idée de te… soulager ? De t’offrir du plaisir ?

– Tu… tu crois que je peux ?

– Mais bien sûr ! Qui aurait le droit de t’en empêcher ?

– Mais je te demandais pas « Je peux ? », genre « Je peux ? J’ai le droit ? », je te demandais « Je peux ? », genre « Tu crois que c’est possible ? » !

Je remarquai le sourire en coin du serveur qui ne perdait pas une miette de notre conversation. J’éclatai de rire.

– Ça c’est sûr ! Je sais que tu le peux !

Le serveur desservait notre couvert quand elle me demanda « Tu pourras me montrer comment faire ? Tu veux bien ? » Je la rassurai sur ce point. Elle me regarda avec fierté et gratitude.

– J’étais sûre que… avec toi… Après, tu pourras me demander tout ce que tu veux, tu sais ! Tout. Tout. Tout !

Le serveur trébucha, ce qui créa un peu de diversion. Tout au long du repas, elle me posa des tas de questions, me fit des confidences. Nous étions assis côte à côte en attendant le photographe, quand elle me demanda si je bandais. Je répondis oui. « Je peux toucher ? » La peur que l’on remarque son geste malgré la table derrière laquelle nous étions assis, l’excitation que cette crainte engendrait me fit bander puis débander puis rebander mollement. Je sentis sa main sur mon pantalon. Je la dirigeai discrètement.

– C’est normal que quand je te touche ça me fasse des trucs dans les nichons ? Pas sur le bout du téton, mais… tout autour des mamelons… comme plein de petites piqûres d’aiguille, mais en vachement agréable… Oh ! Mais t’en as un autre ou c’est le même ?

Je ne pus calmer mon fou-rire qu’à l’arrivée du photographe. À la fin de cette croisière, avant de descendre sur le quai, Odette ouvrit son porte-monnaie et s’excusa de ne pas pouvoir donner plus au serveur, qui la rassura en lui disant que c’était le geste qui comptait.

Pendant ma vie d’étudiant, j’ai exercé plusieurs petits boulots ; en 1967, j’étais tout à la fois le guide et le conservateur d’un hôtel particulier du 18ᵉ siècle. Quand j’en ouvris les grilles à Odette, elle s’écria « Je suis une princesse ! Je suis une princesse ! » Je la pris dans mes bras « Chaque homme qui te désirera devra te traiter comme telle, Princesse ! »

Je voulus lui faire visiter les lieux, mais dans un des boudoirs, n’y tenant plus, je l’embrassai. Elle me demanda

– C’était bien ? T’as aimé ?

Je lui retournai la question. Elle parut réfléchir, hésiter, m’embrassa de nouveau. « J’adore ça ! » Nous nous effondrâmes sur le sofa, inscrit au Mobilier National, nos baisers étaient de plus en plus fougueux quand elle me supplia de lui “peloter les nichons”. Le temps qu’elle dégrafe sa robe, je me déshabillai. J’étais en train de retirer mon slip quand elle s’arrêta net, le haut de sa robe tombant sur ses épaules. « Oh ! Mais c’est vachement beau, en fait ! » et comme si elle me le reprochait « Pourquoi on dit que c’est moche ? C’est vachement beau, en vrai ! ». Tendant un index timide, elle me demanda « Je peux ? » Comment le lui refuser ? Je lui rappelai toutefois son souhait de se faire peloter les nichons. Elle eut un geste agacé, comme pour me dire « plus tard ».

Nous étions dans ce boudoir parce qu’il n’était percé d’aucune fenêtre, que la lumière pour les visiteurs y était volontairement tamisée. Odette regardait mon sexe de tout près, le touchant, le manipulant comme un enfant découvre un jouet. J’avais eu le tort de lui dire « Amuse-toi avec pour faire connaissance, après, je m’occuperai de ton cas ». Alors, elle le taquinait du bout de l’index.

– Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

L’attrapant à pleine main et prenant une voix grave.

– Non ! Je suis une grosse verge ! Je ne suis pas une bite !

De nouveau l’index.

Si ! Bite ! Bite ! Bite ! T’es qu’une bite !

Appelons nos amis pour nous départager !

Elle fit alors courir ses longs doigts graciles le long de mon corps.

Bite ? Verge ?

Ses deux mains à plat sur mes cuisses convergèrent vers mon membre. « Pénis ! », puis me regardant.

On dit « pénisse » ou « péni » ?

– Pénisse, sauf si tu veux plaisanter

– Tu sais, je fais souvent un drôle de rêve… je suis devant une statue et je lèche son pénis comme ça…

Je ne pus m’empêcher de crisper mes mains autour de sa tête, ni de réprimer un juron quand sa langue lécha mon sexe sur toute sa longueur.

– Oh pardon ! Je t’ai fait mal ?

Oh non, Odette ! Bien au contraire ! Mais laisse-moi découvrir ton corps…

Je finis de la dévêtir, en prenant tout mon temps. Je voulais qu’elle grave à tout jamais cette nuit dans sa mémoire, mais je tenais également à ne jamais oublier mes propres sensations, à ne jamais oublier l’éclat de sa peau brune magnifiée par cette lumière oblique, sa douceur, sa chaleur, ses seins ronds et déjà lourds. Pour éviter de jouir trop vite, je déplaçai ses mains de mon corps vers le sien, nous nous embrassions comme pour prolonger ces préliminaires. Nos doigts se rejoignirent sur son pubis. J’allais lui expliquer comment soulager la brûlure dont elle m’avait parlé plus tôt quand elle me demanda si j’avais déjà couché avec une noire. Devais-je mentir ? Elle lut la réponse dans mon regard hésitant et manifesta son dépit.

J’aurais dû m’en douter…

– Ça t’ennuie ?

– Non, mais comme tu vas être mon premier… j’aurais aimé être ta première quelque chose…

Comment lui dire qu’elle resterait à jamais la première de beaucoup de choses ? Comment lui expliquer qu’elle resterait pour toujours la première pour laquelle j’avais dépensé en un repas la somme avec laquelle j’aurais pu manger pendant quinze jours et que je ne le regrettais pas… la première avec laquelle je passais un moment aussi joyeux que sensuel, aussi léger qu’émouvant avec une telle évidence… la première que j’emmenais sur mon lieu de travail… la première à m’avoir sucé sur le sofa sur lequel d’anciens propriétaires prestigieux avaient certainement connu les mêmes plaisirs ?

– Je n’ai jamais couché avec la petite sœur d’un de mes amis, tu es donc la première !

– T’es sûr ? Jure-moi que c’est vrai !

– Est-ce que Martial a une autre sœur ? Non.

T’as même pas un peu couché avec une sœur de Jean-Luc ?

– Mais… Jean-Luc n’a pas de sœur !

– C’était pour être sûre… Tant mieux alors !

Soudain, elle retint ma main.

– Tu préfères te caresser toute seule ?

– Non… c’est pas ça… mais il faut que je m’essuie avant… c’est… comme tout mouillé…

– Mais c’est justement ça qu’on cherche ! Pour que ça coulisse mieux… regarde !

Je glissai mon majeur entre ses lèvres. Bon sang, elle était trempée ! Je la pénétrai de mon doigt avec l’intention de le faire aller et venir, mais elle croisa violemment ses cuisses, bloquant ma main et m’interdisant le moindre mouvement. Je sentais son corps onduler et une longue plainte venue du plus profond de ses tripes s’échappa de sa bouche.

J’aurais voulu qu’elle ne fermât point les yeux. Quand elle les rouvrit, elle voulut s’en excuser.

– C’était tellement bon ! Il n’y a rien de meilleur, n’est-ce pas ?

Regardant mon sexe et remarquant mon sourire, Odette ajouta

– C’est encore meilleur avec une bite ?

Je m’étais promis de lui faire découvrir d’autres plaisirs avant de la pénétrer, mais cette remarque anéantit toutes mes bonnes résolutions. Je me levai, la pris dans mes bras, la déposai sur le lit de la chambre nuptiale. Prenant une voix de baryton, je lui dis enfin.

– Qui t’a parlé de bite ? Je te parle des plaisirs que peut t’offrir une grosse verge ! … C’que tu peux être belle quand tu souris comme ça ! Non ! Garde tes yeux ouverts !

Je la pénétrai lentement, à l’affût du moindre sursaut, du plus léger frémissement indiquant une quelconque douleur ou un éventuel déplaisir. Sa bouche semblait psalmodier une prière, je lui demandai si elle avait mal, pour toute réponse, elle me sourit et, comme anéantie, fit non de la tête, je regardais sa boule afro danser sur l’édredon. Qu’elle était belle ! Quand elle put enfin parler, elle me demanda si c’était aussi agréable pour moi. Voyant mon sourire, elle me demanda d’une toute petite voix si je pouvais me retirer pour la prendre à nouveau. Je m’exécutai avec un étonnement non feint. Elle venait d’ajouter, sans le savoir, un nouvel item “première fois”, parce qu’elle reste la première à avoir exprimé tout naturellement son désir. Je me retirai prestement et la pénétrai de nouveau au ralenti.

– Encore… encore… enc… mais retire-toi tout doucement… que je puisse profiter… oui… outch ! j’aime bien la p’tite bosse…

La p’tite bosse ? Ça ?

– Oui ! Stop ! Ne bouge plus ! Pourquoi tu souris ?

– Parce que je suis heureux !

Oh ! Merci ! C’est gentil ! Mais… pourquoi tu bouges plus ?

Tu m’as dit « stop »

J’acceptai de reprendre mes va-et-vient à la condition qu’elle me guide avec ses mots, tantôt elle voulait que j’aille vite, tantôt lentement, elle demandait que j’aille « tout au fond » ou, a contrario, de maintenir mon gland à l’entrée de son vagin. Elle donnait parfois l’impression de suffoquer jusqu’à ce qu’une grande inspiration soulève sa magnifique poitrine. Elle me réclamait des baisers, je les lui offrais.

– Montre-moi… pour les… brûlures… calmer…

Je pris sa main et la guidai vers son clitoris.

Avec moi ! Aide-moi ! Montre-moi… comment… faire… !

Je posai ma main sur la sienne, mes doigts exerçant une pression sur les siens.

– Odette, je vais jouir…

Mais… après… on passe quand même la… nuit ensemble ?

Ému, je me penchai pour l’embrasser quand je remarquai un cercle saillant autour de ses aréoles. Je décidai de les caresser du bout de la langue, pensant naïvement parvenir à retarder mon éjaculation. Odette poussa un charmant petit cri aigu et délicat.

– Tu sens ? Que… je jouis en toi ?

N’arrête pas ! N’arrête… pas !

Je me figeai en elle, espérant ne pas débander trop vite, elle arrêta de se caresser, me demanda de le faire à sa place tandis qu’elle se caressait les seins. Nous nous sentions tellement bien que j’acceptai sa proposition, retarder au maximum l’explosion de son plaisir. Je bougeai à peine tant je redoutais sortir de son vagin et, alors que j’avais craint la débandaison, je sentis ma queue redevenir vaillante. Odette s’en aperçut également.

– Merci, Jimmy !

– Y a pas de quoi, Odette !

Quand elle jouit, ma bite était à nouveau dans une forme olympique, mais je craignais d’irriter le sexe fraîchement dépucelé d’Odette, aussi, je me retirai assez vite.

– Tu me montres la p’tite bosse ?

Dans un sourire, je lui fis découvrir le bourrelet à la base de mon gland. Elle l’embrassa avec tendresse.

C’est encore meilleur que dans mes rêves… slurp… de statue… !

Durant toute la nuit, je fus secrètement jaloux de l’homme qui aurait la chance de partager sa vie. Odette était avide de plaisirs, curieuse, belle, libre de son corps, de ses pensées, inventive…

J’étais invité au déjeuner dominical chez Martial et ses parents, une journée s’était passée depuis notre nuit, je me demandais quelle contenance je devrais prendre. J’étais tellement troublé par ces heures passées avec Odette que si elle me l’avait demandé, j’aurais fait ma vie avec elle, mais elle s’en tint à notre accord initial. Elle me fit la bise « Oh, t’as l’air en pleine forme dis-moi ! », Louise m’apprit que depuis la boum à laquelle elle avait assisté, Odette se montrait particulièrement insolente sous ses airs angéliques. J’aurais dû être embarrassé de ce mensonge, mais j’étais heureux de le faire.

Peu après, Odette rencontra Bertrand, avec lequel elle eut très vite un premier enfant, puis un autre et enfin un troisième. Quand je m’installai à Lyon, nos liens se distendirent, nous nous envoyions nos vœux de bonne année, un petit mot pour chaque anniversaire, mais j’avais surtout de ses nouvelles par Martial.

Je ne l’ai vraiment revue qu’aux obsèques de ses parents. Leur mort avait été si brutale qu’elle nous a tous anesthésiés. En revenant du cimetière, avant d’entrer dans leur petite maison, je la vis tirant nerveusement sur une cigarette. Avec l’espoir de faire naître un sourire sur ses lèvres, je lui demandai « Comment va ma Princesse ? ».

Odette s’effondra dans mes bras. Je pensais avoir ravivé ses plaies et m’en voulais quand elle m’avoua ce que toute sa famille ignorait encore.

– Tu parles d’une princesse ! Elle a quarante ans et autant de kilos en plus, ta princesse ! Son mari la fait cocue et va emménager à la fin du mois avec une plus jeune et bien plus belle qu’elle ! Monsieur a besoin de découvrir de nouveaux horizons ! Si seulement, j’en avais la possibilité, moi aussi j’aimerais en découvrir, de nouveaux horizons !

– Serviteur !

Je m’étais incliné vers elle, dans la posture requise par tous les manuels de savoir-vivre.

– Te fous pas de moi, chuis pas d’humeur…

J’attrapai ses poings au vol, l’obligeai à me regarder dans les yeux.

Je suis sérieux, Odette ! Tu peux poser des congés rapidement ?

Ça fait six mois que je suis à la retraite !

– Déjà ? Mais…

Enfin, je la revis sourire ! Elle m’embrassa sur la joue.

Flatteur, va !

– Et ton connard de mari, il compte partir quand au juste ?

Le 30… ils emménagent à Cannes.

– À Cannes ? Pff… quel ringard !

Tu crois que j’ai l’air plus fine, moi, avec mon pavillon devenu trop grand en Seine-et-Marne ?

– D’où l’urgence de te faire découvrir de nouveaux horizons !

– C’est quoi ce regard lubrique ?

– De nouveaux horizons, Princesse !

Mais t’as vu c’qu’elle est d’venue ta Princesse ? C’est facile pour toi, t’as pas changé, t’as gardé ton corps de jeune homme ! Pas un pèt’ de graisse…

J’objectai mollement, sincèrement flatté qu’elle me vît ainsi. Tel un maquignon estimant la valeur d’un bestiau, elle palpa mon abdomen.

– Oui, mais ça c’est pas du gras ! C’est du rembourrage, ça compte pas ! Alors que moi… regarde-moi ça !

Elle me désigna Martial qui se dirigeait vers nous.

– C’est marrant, tout de même… Papa et maman n’étaient pas gros, alors que nous…

– Ça va ? Pourquoi vous n’entrez pas ?

– J’essaie de convaincre ta sœur d’accepter l’idée de découvrir de nouveaux horizons…

– Avec Bertrand ? Ça s’arrange, finalement ? Sylvie craignait que…

– Oui !

– Pas vraiment…

– Oui ou pas vraiment ? Mettez-vous d’accord !

Bertrand me quitte, il déménage à Cannes avec sa pouffiasse.

Odette !

Quoi « Odette ! » ? Laisse-moi le temps de digérer le truc avant de me demander d’être peace&love !

– D’où les nouveaux horizons

– Ah ouais… genre… « Serviteur ! » ?

– Exactement !

– Dédette, tu peux pas refuser !

– Si je te dis « nouveaux horizons », tu me réponds… ?

– Canada

Alors… va pour le Canada ! On embarque à la fin du mois !

– Mais t’es taré ! Complètement taré !

En s’éloignant, Martial nous dit « Je vais leur dire de vous laisser en paix, que vous avez besoin de vous isoler pour parler un peu. Mais savoir que vous arrangez en douce une escapade amoureuse… c’est comme si papa et maman n’étaient pas morts, que Sylvie n’était pas dans le coma… Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir… la vie continue et vous en êtes la preuve ! »

Avec les années, le quotidien, Odette avait oublié qu’elle est belle, qu’elle est née belle, qu’elle a grandi belle, qu’elle sera belle jusqu’à son dernier souffle. La femme qu’elle me décrivait n’était pas celle qui se tenait devant moi. Je crus qu’elle l’avait compris quand je la vis esquisser un sourire. Par jeu, je lui en demandai la raison.

– Je voulais savoir… j’avais droit à combien de vœux ?

– ??

Pour les nouveaux horizons… j’ai privilégié la destination, mais…

– Odette ! Je n’aurai jamais la patience d’attendre tout un mois !

Il le faudra bien, Jimmy. Laisse-moi me faire à l’idée que je peux encore être une princesse !

Mais tu l’es ! Tu es une princesse, Princesse !

– C’est peut-être évident pour toi, mais ça ne l’est plus pour moi et depuis belle-lurette ! Laisse-moi me faire à l’idée… j’ai besoin de faire la paix avec moi-même !

Alors, laisse-moi tout organiser, l’attente sera moins pénible…

Elle se hissa sur la pointe des pieds, pour m’embrasser sur la joue, puis, après avoir jeté un bref coup d’œil en direction de la maison, se ravisa « Après tout… » et me roula une pelle. « À tous les coups, je vais passer un mois entier à rêver de statues… ! » Je lui mis une claque sur les fesses.

Après la version de Jimmy, voici celle d’Odette

Odette&Jimmy – « Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots »

Si vous y tenez vraiment, vous pouvez écouter cette chanson en cliquant sur ce lien, mais je ne vous le conseillerais pas, tellement je la déteste !

Je me remettais de toutes ces émotions dans les bras de Christian, goûtant avec délice ce moment d’une tendresse absolue. Nous échangions quelques mots, entrecoupés de longs silences bruyants. J’entendis Martial éclater de rire, suivi par Cathy et Monique. Poussés par la curiosité, nous les avons rejoints. Je ne me souvenais pas avoir vu mon frère totalement nu, je découvrais son corps à 73 ans.

– On réservait nos places pour le spectacle de demain soir et comme ça risque de durer, on cherchait notre place sur Martial… parce que c’est le plus confortable de la bande et qu’il se tient mieux que Marcel…

– Note qu’elle n’a pas dit que je suis gros, je suis confortable !

– C’est parce qu’elle est polie !

– Toi, t’es envieux ou je ne m’y connais pas !

– Un peu que je le suis ! Il y a quelques années, c’est ma compagnie que ces dames recherchaient… O pute borgne, toutes ces années à entretenir ce magnifique corps d’athlète, toutes ces années d’ascèse et tout ça pour qu’elles préfèrent le gros nounours ! On le serait à moins, non ? Qu’est-ce que t’en penses, Princesse à Jimmy ?

– J’en pense que je comprends pas la moitié de ce que vous racontez, mais que je suis heureuse d’être avec vous tous… qu’il sera toujours temps pour m’expliquer… Et je commence à comprendre que le spectacle des gamins sera assez éloigné de la kermesse de fin d’année…

– Ils t’ont rien espliqué tout ce temps qu’ils t’ont accaparée rien qu’à eux, ces vauriens ? Pff ! Boudiou !

– Non. Ils sont passés directement aux travaux pratiques !

– Faudra que je vérifie ça aussi ! Pasque si ça se trouve, ils ont oublié des tas de détails… Boudiou ! Mais tu rougis ma coquine ! Dis donc, ta mémé elle aurait pas fauté avec Gentil Coquelicot, par hasard ?

Je comprenais de moins en moins, Christian m’a tendu un cahier qu’il venait de sortir d’un meuble à secrets. J’en commençai la lecture et ne relevai la tête qu’après avoir lu le dernier mot. J’étais bouleversée dans tous les sens du terme. Je voulais en savoir plus, Sylvie me désigna leurs « archives » qu’elle m’avait données trois heures auparavant. J’aurais vraiment voulu rester avec eux, mais la curiosité me consumait. Daniel me rassura.

– On a tout le temps pour faire connaissance ensuite ! Tu restes jusqu’à quand parmi nous ?

Comme si j’avais honte de l’avouer, je regardai mes pieds.

– En fait… j’aimerais bien ne plus repartir… si c’est possible pour Jimmy… pour vous tous…

Jimmy m’entraîna dans son bureau pour que je puisse lire confortablement. Sylvie me conseilla de prendre la plume si l’envie me prenait de raconter quelques souvenirs. Mon cœur bondit dans ma poitrine quand elle ajouta « Vous verrez, sa façon de raconter est… un peu comme si elle décalait d’un tout petit degré l’angle de la caméra… et ce tout petit degré de différence te donne une perspective totalement nouvelle de la scène… ! Vous verrez ! »

En ouvrant la porte de son bureau, Jimmy m’a demandé si j’étais sérieuse quand j’avais dit que je voulais m’installer au mas, si j’avais conscience de ce que cela impliquait.

– J’en ai eu un aperçu tout à l’heure…

– Tu ne m’as pas vu en désirer une autre que toi, faire l’amour avec une ou plusieurs d’entre elles… Tu ne m’as pas entendu leur dire le plaisir que j’y prends…

– Certes, mais j’ai pu ressentir… comprendre… comprendre et ressentir dans mes chairs le plaisir de se faire toucher par d’autres, de faire l’amour avec l’un sans que ça ne remette en cause le plaisir que je prends avec toi, l’amour que je te porte… En l’éprouvant moi-même, j’ai pu réaliser ce que tu, ce que vous ressentez… Et tant que je ne suis pas obligée de coucher avec Martial…

– Ô, ma Princesse ! Tu sais quoi ? On va se marier ! Tu veux me marier ?

J’aurais pu le taquiner sur le trouble profond qu’il ressentait, trouble qui l’avait fait parler comme le faisaient ses parents adoptifs, façon dont il se moquait avec tendresse. J’aurais pu le taquiner, mais je n’en ai eu ni l’envie, ni la force. Je lui rappelai que je n’ai jamais divorcé.

– On a les locaux, on a un ancien maire et conseiller municipal, on a tous les témoins qu’on veut et même le lieu idéal pour notre nuit de noces… On n’a rien besoin d’autre !

– Ah bon ? J’aurai même pas droit à une petite alliance ?

– Eh bien, figure-toi que si, tu vas en avoir une et moi aussi et pas n’importe laquelle ! Joseph, Joseph qui s’excuse de s’être défilé, Joseph est joaillier, figure-toi ! Il nous fera les plus belles alliances du monde, ma Princesse ! Et pour tes témoins…

– Sylvie et Martial pour moi, non ?

– Ce serait trop facile, Princesse… les témoins se choisissent avec grand soin, ma chérie… dis-moi un nombre…

– Douze

– D’accord. Installe-toi, commence la lecture… chacun et chacune viendront te retrouver… elles et ils auront douze minutes pour te convaincre de devenir ton témoin… Seuls Martial et Sylvie en seront dispensés.

– Ah bon ? Et pourquoi donc ?

– Coquine ! Et s’il nous reste assez de temps avant le début du spectacle, je te ferai découvrir la chambre nuptiale…

– Oh, Jimmy… quand tu souris comme ça…

Je n’achevai pas ma phrase, parce que nous nous embrassâmes avec fougue et passion.

J’avais commencé la lecture du cahier écrit par Monique. Ses mots m’avaient davantage excitée que ceux de Rosalie. Ils m’étaient plus proches, contemporains. Je venais de finir un chapitre quand elle ouvrit la porte. Elle maugréait en souriant.

– La démocratie, c’est bien, mais c’que c’est long… ! Ça n’en finissait pas… Dans quel ordre allons-nous nous présenter à Odette ? Alors, j’en ai eu marre et me voilà !

Elle fit un petit pas sauté, tapa dans ses mains et écarta ses bras, comme un Jean-Paul Belmondo d’opérette. Quelle énergie !

– Ah… tu lis le récit de mes fredaines ? T’en étais où ?

– À tes fiançailles, je viens de terminer…

– Ah ah ! Quel bizarre hasard ! Plutôt que te parler de moi, je te propose de te lire le chapitre suivant…

– Rassure-moi, y aura pas de meurtre, pas de cannibalisme, pas de violence, au moins ? Putain, Monique…Titus Andronicus, quoi !

– Jimmy m’a raconté combien tu as été choquée, mais je trouve que les mots de Shakespeare se marient tellement bien avec la bouche de Martial… et, je vais t’avouer un grand secret, nous prétextons souvent « Titus » pour nous isoler, mais la plupart du temps, nous lisons « La mégère » ou « Le songe d’une nuit d’été »… Je compte sur ta discrétion ! Serais-tu d’accord pour une lecture chaleureuse et amicale ?

J’acceptai, tout en pressentant que Monique avait usé de doux euphémismes. Elle s’installa sur le sofa près de la fenêtre, me demanda de poser ma tête sur ses cuisses. Je m’exécutai, le cœur battant. Monique remarqua mon trouble.

– Tu n’as jamais couché avec une femme ? Ça ne t’a jamais tentée ?

– Euh… non… enfin si, mais non… Au lycée, une rapatriée d’Algérie est arrivée en cours d’année… en première… elle venait de Marseille où elle avait vécu quelques mois… Elle était l’attraction de la cour de récré… et que je te papouille et que je rigole super fort… Je la détestais et j’en voulais à mes amies de lui faire la bise, de la taquiner… Elles m’oubliaient à cause de cette fille que je désirais avec tant de violence. Je m’en étais aperçu quand j’avais constaté le plaisir que je prenais à la reluquer en douce dans les vestiaires… Début juin, elle est arrivée en larmes. Elle venait d’apprendre que sa scolarité s’arrêterait là. L’époux que ses parents avaient choisi pour elle ne voulait pas d’une femme trop savante parce que ça risquait de la rendre stérile. Touchée par son désespoir, j’attendis d’être seule avec elle pour la serrer dans mes bras. Elle pleura longuement sur mon épaule. J’embrassai… ou plutôt je caressai la naissance de son cou avec mes lèvres, passai mes doigts dans ses cheveux. Des pas retentirent dans les couloirs. Avant qu’ils ne soient remplis d’élèves bruyantes, elle m’embrassa sur les lèvres. Elle disparut de mon univers dès la fin de l’année scolaire. Je l’ai croisée par hasard quand j’étais enceinte de Caroline. Elle me demanda combien j’avais d’enfants, je lui désignai mon ventre « Trois, en comptant celui-ci ». Elle leva les yeux au ciel. « Veinarde ! J’en suis déjà à sept ! » Elle m’envia de travailler, son mari estimait que la place d’une femme était au foyer. Son temps étant compté, nous nous échangeâmes nos adresses, nous promîmes de nous écrire bientôt de nous revoir très vite et d’organiser un « quatre heures » où nous pourrions papoter tout à notre aise. Bien sûr, toutes ces promesses sont restées à l’état de promesse.

– Si tu veux, on essaie… N’oublie pas qu’entre nous, le principe de base est de pouvoir dire non à tout moment et que ce non sera respecté.

– Ça, je le savais déjà, mais merci de me le rappeler

Je m’installai. Monique souleva le tissu de mon chemisier, le déboutonna, glissa sa main sous mon soutien-gorge. Elle embrassa mon front quand elle constata à quel point mon cœur battait fort. Elle remonta ma jupe « pour garder un œil sur ta jolie culotte ».

– « Voiture avec chauffeur » de et par Monique alias Fille de Mère-Nature

Quelle étrange impression ! Comme elle lisait bien ses propres mots ! Je fermai les yeux et fus propulsée en 1975.

– « L’après-midi fila à la vitesse de l’éclair et la voiture m’attendait déjà lorsque j’arrivai à la gare. Un homme y était déjà installé. Je m’assis à ses côtés, du bout des doigts, il souleva ma robe, écarta ma culotte et me regarda comme pour estimer la marchandise. Je le trouvais déplaisant, mais quand il sortit sa queue de son pantalon, je fus rassurée. Une longue cicatrice un peu brune dessinait une ligne presque droite le long de sa hampe. Catherine m’avait déjà parlé de cet homme un peu étrange, dont la timidité maladive l’handicapait avec les femmes, mais qui, dès qu’il était rassuré, s’avérait être d’une incroyable gentillesse. »

Tout en lisant ces mots, elle souleva ma culotte et glissa sa main vers mon pubis. Je retrouvai mes émois adolescents, quand, le traversin entre mes cuisses, je l’embrassais en imaginant que c’était Clara.

– Oh ! J’adore les poils de ta chatte ! Tu n’es pas choquée par ce mot, j’espère ?

– Non. Bien au contraire ! Comment il t’a touchée, la première fois, Jean-Luc ?

– Comme ça… ooh… j’aime vraiment tes poils, Odette ! Et pis… ils sont presque aussi blonds que les miens ! Putain ! T’es déjà trempée ! Au moins autant que moi !

– Parole, parole, parole…

– Tu me crois pas ?! Lève-toi, tu vas voir !

Elle se leva aussi. Surjouant un courroux agacé, elle ouvrit sa robe, la jeta à terre. Acheva de me dévêtir et se planta face à moi.

– Qu’est-ce que je disais ? Presque aussi blonds que les miens et au moins aussi mouillée que moi ! Tiens, puisque tu ne me crois pas…

Ce disant, elle prit ma main, la glissa entre mes cuisses avant de la remettre entre les siennes. Je l’embrassai. Nous reprîmes nos places sur le sofa. Monique m’invita à ne pas résister s’il me prenait l’envie de la caresser, de l’embrasser. Je la chambrai un peu d’avoir employé des termes aussi délicats.

– Mais… est-ce que j’aurais aussi le droit de te doigter et de te bouffer la chatte ?

– Bien sûr Odette, si tu ne crains pas que nos gouinages te fassent jouir !

– C’est toujours aussi facile… aussi évident entre vous ?

– Oui. Euh… sauf quand il s’agit de déterminer dans quel ordre on se présentera à toi ! « Caressant délicatement son membre du plat des ongles, je lui demandai s’il m’autorisait à le sucer un peu en attendant les autres passagers. Il accepta de bon cœur et c’est avec sa queue dans ma bouche que j’entendis la portière s’ouvrir sur les deux derniers passagers, qui nous saluèrent joyeusement. »

Monique avait repris sa lecture. Elle lisait, tenant son cahier d’une main et me doigtant de l’autre.

– Oooh ! Je comprends Jimmy ! Comme on est bien dans ta chatte !

Mes doigts allaient et venaient dans la sienne avec une aisance croissante. J’étais en train d’offrir du plaisir à une femme ! Cette prise de conscience me donna le courage de réaliser ce qui jusque-là n’était qu’un fantasme récurrent. Tout en écartant ses lèvres, je tendis ma bouche vers son clitoris qui saillait comme un petit diamant dans un écrin rosé. Enfin ! Enfin, je connaissais ce plaisir dont j’avais tant rêvé ! Que son goût m’a plu ! Et ses mots ! J’entendis le cahier tomber à terre.

– Fais-moi jouir, Odette… fais-moi jouir !

– Toi d’abord, Monique ! Toi d’abord !

– La Princesse est exigeante !

– Hey ! La Princesse doit choisir son témoin, c’est pas rien !

– Mais tais-toi donc !

En prononçant ses mots, elle appuya sur ma tête de telle façon que ma bouche se trouva plaquée contre son minou. L’odeur de son pubis me propulsa au milieu des étoiles. J’aurais passé ma vie ainsi, le nez collé à sa toison blonde, la bouche contre son sexe, ma langue titillant son clitoris. J’aimais quand elle avançait son bassin, quand elle écartait un peu plus ses cuisses, quand elle me demandait de la doigter plus fort… comme ça… et qu’elle me prodiguait des caresses rugueuses, pourtant si féminines… Que j’ai aimé lui indiquer par les miennes celles dont j’avais envie ! Je pensais « Tu fais l’amour à une femme ! Sens comme ça te fait jouir ! C’est bon ! C’est bon de se faire baiser par une femme ! Écoute ce qu’elle te dit ! Tu la fais jouir comme une sainte salope ! Écoute comme elle aime ça… et toi… »

Je décollai ma bouche pour hurler mon plaisir. J’avais oublié qui j’étais, où j’étais. Je n’étais que jouissance dans un océan de plaisir. Monique avait joui en criant que je la suçais comme une déesse.

Nous nous étreignîmes, nous embrassâmes tendrement, puis quoique chassé, le naturel revint au galop.

– C’est malin ! Non seulement, j’ai pas eu le temps de finir ma lecture, mais en plus je vais me faire engueuler ! Trente-sept minutes au lieu de douze… !

– T’as qu’à leur dire que tu te doutais qu’ils avaient besoin de plus de temps pour enfin prendre une décision !

– Oh, Odette ! Comme on va être heureux avec toi !

Elle m’embrassa sur la joue, me conseilla de mettre un peu d’ordre dans ma tenue, enfin… de me rhabiller et partit chercher mon prochain postulant.

Je ne l’entendis pas s’éloigner, mais reconnus son pas quand elle revint, ouvrit la porte pour m’annoncer dans un éclat de rire « Timing parfait, Princesse ! Ils viennent juste de se décider ! »

« You got me so I don’t know what I’m doin’ now »