La nouvelle vie d’Odette – L’amour est enfant de bohème, il n’a jamais jamais connu de loi *

Le mois de janvier s’écoulait paresseusement, la vie avait repris son cours normal au mas après l’agitation de la fin décembre. Jim avait trouvé sa place parmi nous et passait beaucoup de temps avec Marcel et Vincent à parler avenir et agriculture. J’aimais quand l’un ou l’autre venait nous raconter leurs discussions épiques voire leurs disputes sur tel ou tel choix, mais ils finissaient toujours par s’accorder sur un point : Le petit Vincent est bien gentil, mais il n’y connaît rien. Ce qui n’était rien d’autre qu’une marque d’affection et l’affirmation nette que Jim avait enfin trouvé sa famille, son chez-soi.

Cathy m’avait proposé d’aller au cinéma avec elle. Le film nous avait plu, nous en avions parlé sur le chemin du retour. En me garant devant sa maison, elle me dit soudain « Il en a mis du temps, mon Alain, pour avoir des cheveux blancs ! » Elle éclata de rire et se demanda pourquoi cette idée lui avait traversé l’esprit. J’en profitai pour lui demander de me raconter leur histoire.

– Tu as du temps devant toi ?

– Oui et de toute façon, si je ne l’avais pas, je le prendrais !

Je repris donc le volant et me laissai guider. À environ trente kilomètres de sa maison, elle me demanda de me garer.

Je repris donc le volant et me laissai guider. À environ trente kilomètres de sa maison, elle me demanda de me garer. Nous marchâmes quelques minutes, Cathy râlait parce que les lieux avaient été tout salopés pour accueillir les touristes.

– Voilà. C’était là… c’est ici que je l’ai rencontré la première fois… Hou fan… si j’avais pu deviner qu’on ferait notre vie ensemble ! J’étais mariée depuis six ans avec Paulo. En six ans, je m’étais fait un nom parmi les partouzeurs du coin. Té, me regarde pas comme ça ! J’aimais ça, être la Cathy la belle salope, la reine des parties fines ! Paulo n’avait pas encore acheté sa belle camionnette… On nous avait parlé d’un gars monté comme un taureau, mais je demandais à voir, parce qu’entre ce qu’ils pensent d’eux-mêmes et la réalité, il y a souvent un monde. Remarque, c’est pareil pour nous autres… des fois, on se croit super ceci ou super cela, que les hommes pensent à nous comme ci, comme ça… et pis les hommes… Bé… ils pensent pas comme nous croyons qu’ils pensent ! C’était en 69… au printemps 69…

– Mireille te dirait qu’il faut y voir un signe du destin… 69…

– Parce que toi, t’y crois pas aux signes du destin, toi peut-être ?!

– Pas autant que vous deux, c’est sûr !

– Tu sais pourquoi ? C’est parce que vous, les filles du Nord, c’est du jus de navet qui coule dans vos veines ! C’est quoi ce sourire ironique ?

– Fille du Nord… c’est ça qui m’a fait sourire… avec un père ivoirien…

– Je me comprends.

Je repensais à ce que Monique dit tout le temps à propos de Cathy. Elle n’a pas sa pareille pour attiser le désir, que ce soit pour le sexe, la nourriture ou te raconter un film,une anecdote

– Tu te souviens de cette époque ? Les hommes avaient les cheveux longs, au moins la nuque, certains portaient la barbe, ou la moustache, d’autre des rouflaquettes… Même les plus sérieux… Le Notaire, par exemple… Hou fan de Diou, faudrait demander à Madame qu’elle te retrouve des photos de l’époque ! Avec ses belles boucles, oui, des boucles ! Et ses longues pattes… ! Même s’ils ne les gardaient pas longtemps, les pantalons « pattes d’eph », les chemises avec les cols pelle à tarte… Mais bon, que veux-tu, c’était la mode…

J’étais occupée avec quelques amis quand il est arrivé sur son solex. Les cheveux ras du bidasse, maigre comme un coucou dans son treillis… J’ai tout de suite remarqué qu’il en avait une grosse, mais j’ai pensé que c’était à cause de la coupe de son pantalon. Quand il l’a retiré…

– T’as compris ton erreur !

– Exactement ! Je t’ai dit qu’il avait fini son service, mais ce n’est pas tout à fait ça… C’était sa dernière perm, avant celle de presque un mois et d’être… heu…

– Libéré des obligations militaires.

– Oui, c’est ça « Libéré des obligations militaires ». Il avait un peu picolé pour fêter son retour prochain à la vie civile et un peu plus pour se donner du courage… Comme je te l’ai dit, j’avais déjà ma petite réputation et il n’avait jamais partouzé avant. Il avait déjà couché de-ci de-là, mais de façon plus traditionnelle, si tu vois ce que je veux dire… Quand il s’est mis à poil… hou, fan de Diou ! J’ai eu envie de me le régaler de partout ! Je devais faire une drôle de tête parce qu’il a eu un petit sourire… tu sais, celui de quand on s’excuse. Je me suis assise là… Ils l’ont retiré, mais il y avait un banc. Pourquoi ils l’ont retiré si c’est pour rien mettre à la place ?!

– Surtout que ça mériterait une stèle commémorative, avec une petite plaque et tout !

– Vas-y, moque-toi, femme sans cœur ! Moque-toi ! Je me suis assise et je lui ai fait signe d’approcher… Avec ses cuisses toutes maigres… fan… on aurait cru que son membre était plus épais qu’elles ! De tout près, même si le soleil était couché, je voyais bien qu’il était super excité à l’idée que je le suce…

– Ben, quel homme ne le serait pas ?

– Non ! Pas excité « normalement », mais… un peu trop… Un tel membre… Je ne voulais pas gâcher cette première pipe en le faisant venir trop vite. Tu vois ce que je veux dire ? Je voulais qu’il en profite longtemps et m’en régaler longtemps aussi. Je ne savais pas que je le reverrai. Alors, je lui donnais que des petits coups de langue. Les autres me regardaient et me moquaient de ma timidité. Pour les faire taire, je les suçais chacun leur tour et je revenais à Alain… À chaque fois, je lui en faisais plus… Hou fan ! Je n’avais jamais eu une queue aussi grosse dans ma bouche, mais on s’accordait bien quand même… Il regardait les autres se branler, commenter, m’encourager. Je me souviens que ça me faisait tout drôle quand je levais les yeux, ses cheveux étaient si courts et ses poils si longs… et puis, il m’a posé une drôle de question.

Cathy interrompit son récit, elle ferma les yeux comme pour se replonger dans ses souvenirs. Elle cherchait les mots exacts, ce qui la rendait à la fois plus belle et plus fragile. Les yeux toujours fermés, elle sourit, les rouvrit.

– « Je peux vous toucher les seins ? » Ils ont tous ri, Paulo lui a dit « Au point où tu en es, tu peux la tutoyer ! » J’ai réalisé que je ne connaissais pas son prénom. Je l’ai regardé, lui ai tendu la main. « Je m’appelle Catherine, enchantée de faire ta connaissance ! » Il m’a fait le plus beau des sourires. « Tout le plaisir est pour moi, Alain pour vous servir ! » Avant de lâcher sa main, je l’ai posée sur mon épaule pour qu’il touche mes seins, mais il a d’abord caressé ma joue. Quand il a fait courir ses doigts vers mes seins, j’ai arrêté de le sucer. J’ai tendu mon visage vers le sien, il s’est penché, on s’est embrassés. Il s’est mis à genoux devant moi. Il me caressait les jambes, les cuisses, le ventre, les seins, je sentais son souffle sur ma peau. J’ai écarté mes cuisses… hou fan ! Quand j’y repense, j’ai des frissons de partout ! Je me disais « s’il me baise aussi bien qu’il me lèche… » J’entendais la voix de Paulo, celle des autres hommes, mais je ne cherchais pas à écouter leurs mots, ils parlaient au même rythme que les ondulations de mon plaisir. La langue d’Alain faisait connaissance avec mon minou et tout le monde appréciait…

– Tout le monde ?!

– Oui… Paulo était dans ma bouche et les autres se branlaient. Ils me connaissaient et savaient qu’au plus je prendrai mon plaisir avec Alain, au plus je leur en donnerai après… N’y tenant plus, Alain s’est relevé, il m’a demandé « Je peux ? » Je n’avais pas envie que Paulo sorte de ma bouche, parce que… J’aimais vraiment Paulo, on se connaissait si bien… Il a répondu pour moi « Elle n’attend que ça ». Comme il avait peur de me blesser, de me faire mal, il m’a prise tout doucement. Moi, je croyais qu’il y allait lentement pour mieux profiter, mais non. Il me l’a dit bien plus tard… bien plus tard…

Quand j’ai senti mes lèvres s’écarter, ma chatte accueillir son gland, Paulo a crié « Oui ! Comme ça ! » parce qu’il sentait… Ma bouche lui donnait la mesure de mon plaisir… Il disait à haute voix comment Alain me faisait… comment les mouvements d’Alain, le plaisir qu’il me donnait, se ressentaient dans la façon que je le suçais. Un des hommes caressait mes seins, un autre titillait mon clito. Alain et Paulo m’ont senti jouir… « Tu sens comme tu la fais bien jouir, la Cathy ? » Je sentais Alain trembler de partout, mais il n’arrêtait pas pour autant, toujours au même rythme. Il ne disait pas un mot, mais je devinais qu’il avait peur de jouir trop vite. « Vas-y plus fort ! Regarde ses yeux, ses mains, son ventre ! Oui ! C’est ça ! Plus fort ! Plus vite ! Oui, comme ça ! » Et pour la première fois, j’ai entendu Alain dire « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » Il n’arrêtait pas pour autant, mais… Comment j’aurais pu deviner pour sa particularité particulière ? Même quand le nettoyeur a dit…

– Le nettoyeur ?!

– Ah oui, tu ne l’as pas connu ! C’était un monsieur très bien, très comme il faut, avec une belle situation, bien élevé et tout et à lui, ce qu’il aimait, c’était de lécher les chattes pleines de foutre. Il venait aux partouzes rien que pour ça… C’était comme ça qu’il prenait son plaisir. Souvent, il n’avait même pas besoin de se branler pour jouir. Et tant mieux dans un sens, parce qu’il voulait qu’on lui attache les mains dans le dos… et avé les menottes, s’il vous plaît ! Au début, je trouvais ça bizarre parce que dans son métier, il donnait des ordres, mais j’ai constaté que c’était souvent le cas. Au plus ils avaient une bonne situation, au plus ils étaient sévères dans leur vie officielle, au plus ils aimaient… enfin, ceux que je connaissais qui aimaient se faire humilier, dominer étaient ceux qui étaient les plus dominateurs dans leur vie de tous les jours. Mais cette fois-là, il n’avait pas les mains attachées, il remerciait Alain et faisait remarquer aux autres comment j’avais été si remplie que ça dégoulinait. Alain faisait des yeux de gòbi.

On lui a expliqué comment nous contacter s’il voulait recommencer. Je croyais qu’on ne le reverrait plus, j’en étais sûre et certaine. Paulo disait que je me trompais. C’était déjà presque la fin de l’été quand il est revenu. Té, c’était le Notaire qui avait organisé la fête, d’ailleurs ! Quand c’était lui qui organisait, c’était toujours bien parce qu’il nous trouvait toujours de beaux endroits, dans de belles villas… C’était ça le plus compliqué pour nous, trouver un lieu où on n’était pas connus, où on ne risquait pas de voir débouler les gendarmes, d’être surpris par les commères du village ou des piliers de comptoir à la langue trop pendue… Après, quand on a eu la camionnette, c’était bien parce que je ne savais jamais où Paulo allait m’emmener, combien d’hommes me prendraient, ni qui ils seraient. Ô fan… que j’aimais ça ! Tu sais, quand dans ta tête tu te dis « Tu te fais prendre comme une chienne et ça te fait jouir comme une salope », mais qu’au lieu d’en avoir honte, tu en es super fière et que tu en es tellement fière que ça te fait jouir encore plus fort…

– Oui, je vois parfaitement ce que tu veux dire. Mais Alain ? Raconte !

– Alain ? Il est revenu ce soir-là, il avait fini son armée, il avait les cheveux à la… Tu te rappelles de Zig et Puce ? Hé bé, voilà, il avait les cheveux à la Zig et Puce, la moustache à la mode gitane… et son pantalon… Mon Dieu ! Tout serré sur ses miches de rat… Il était vraiment pas gros à l’époque… Son pantalon tout serré en haut et des pattes… même pas des pattes d’éléphant, non. Des pattes de mammouth… de dinosaure ! En velours violet… enfin, lui il dirait que je déparle que le velours n’était pas violet, mais pourpre. De toute ma vie, je n’ai jamais connu quelqu’un qui portait les fringues les plus ridicules avec autant de classe et d’élégance que lui. Et ce pantalon serré d’en haut… côté face… tu me comprends. Il revenait de Londres, il s’était offert quelques semaines de vacances avant de chercher du travail. Il ne s’en faisait pas parce qu’il avait un bon métier, dessinateur industriel, avé le diplôme et tout…

Les premiers temps, il ne venait pas souvent parce qu’il voyageait, surtout à Londres et à Amsterdam, il y trouvait des disques qu’on ne trouvait pas par chez nous. Et des vêtements, aussi. Il a commencé à venir à presque chaque fois après une discussion avec Paulo et moi. Il me baisait super bien, de mieux en mieux, mais à chaque fois, il voulait jouir dans ma bouche et quand il le faisait, il me massait la gorge pour me forcer à avaler. Un soir, il est arrivé bien avant les autres et je lui ai demandé pourquoi il le faisait, si ça l’aidait à venir ou quoi. Il m’a répondu que non, mais qu’il ne voulait pas être vu comme une bête de foire, comme un monstre, que déjà avec la taille de son membre… Alors Paulo lui a dit qu’au lieu d’en avoir honte, il devait apprendre à en tirer sa gloire et il lui a parlé de nous. Il lui a demandé s’il me méprisait d’aimer me faire baiser encore et encore, le plus souvent par des inconnus. Alain a répondu que non. Paulo a continué. « Tu me vois plutôt comme un brave cocu ou plutôt comme un sale maquereau ? » Alain ne le voyait ni comme l’un, ni comme l’autre. Alors, Paulo lui a fait comprendre qu’il ne devait pas rougir de sa particularité particulière. C’est Paulo qui a inventé l’expression.

Alain a sorti sa queue… hou fan de Diou, que j’aime le voir faire ça ! Il m’a fait son sourire charmeur, son sourire coquin et il m’a demandé « Où tu la veux, ma grosse queue ? » « Dans mon cul, mais à condition que tu jutes pas dedans, que tu me montres si c’est autant que je crois ! » Son sourire s’est crispé. « Je ne demanderais pas mieux, mais à chaque fois que j’ai essayé, j’ai fait mal à ma partenaire et j’aime tant te regarder pendant… » Paulo lui a dit ce qu’il me répétait souvent. « Pour résoudre un problème, le mieux est de commencer par l’énoncer ». Il a été chercher de la vaseline… Tu sais bien, à l’époque, on n’avait pas tous ces gels super lubrifiants, on n’avait guère que la vaseline…

– Ou les mottes de beurre !

– Misère ! J’ai l’impression d’entendre la Rosalie ! Même Monique lui préférait l’huile d’olive !

– Quoi ?! Monique trahissait donc ses origines sans vergogne ?!

– Paulo a aussi installé un miroir pour qu’Alain puisse voir ma figure, mais j’ai dit que je préférais plutôt qu’il s’installe sur le fauteuil et que je m’empale sur lui. Comme ça, je pourrai maîtriser la pénétration, la guider et aussi donner la cadence. Paulo m’a préparée, il a montré à Alain comment le faire et comment être super attentif à mes réactions. Je me souviens aussi qu’on avait mis un disque et pendant qu’Alain refaisait les gestes de Paulo, il chantait. Et que c’était la première fois que j’entendais quelqu’un dire les vraies paroles, pas des « gnouin ouingue hin hin love you ». Je crois qu’à l’époque, de tous ceux que je connaissais, il devait être le seul à parler anglais. Ça m’excitait encore plus. Il l’a remarqué. Ça l’a fait rire, surtout quand je lui ai dit que quand il parlait de Londres, c’était comme s’il était Christophe Colomb racontant sa découverte des Amériques. Il riait tellement qu’il en avait oublié ce qu’il me faisait avec ses doigts. Il s’en est souvenu quand il m’a senti jouir. « Tu es rassuré, maintenant ? Tu vois à quel point j’aime ça, il y a pas de raison pour que ça se passe mal ! » Il s’est assis. Je lui ai demandé de tenir sa queue bien droite, d’une main ferme. Je l’ai guidée jusqu’à mon petit trou et là, je lui déboutonnais sa chemise au même rythme que je m’empalais sur lui. On se regardait, on se souriait, on s’embrassait. Paulo m’a retiré mon soutien-gorge pour qu’Alain puisse sentir mes seins caresser son torse et il nous a laissés tous les deux. Il a dit que c’était pour faire patienter les « convives » qui n’allaient pas tarder, mais on savait bien tous les trois que c’était pour nous laisser ce moment rien qu’à Alain et à moi. Paulo était vraiment un brave homme ou un mec bien, comme vous dites, vous autres. Il avait à la fois une bite en acier et un cœur en or.

Grâce au Notaire, j’ai compris le plaisir que je pouvais prendre quand j’en offrais avec mes seins. Alors, je profitais du contact de mes mamelons sur la poitrine d’Alain. Je lui demandais s’il aimait ça, mais il ne me répondait pas. Par chance, ses yeux, son sourire, ses mains parlaient pour lui.

J’ai posé ses mains sur mes hanches, je l’ai embrassé et je lui ai demandé de me faire coulisser sur son membre. J’aimais le sentir au plus profond. J’aimais la douceur avec laquelle il me faisait aller et venir. Il ne détachait pas son regard du mien. « Qu’est-ce qui te fait sourire ? Je m’y prends si mal que ça en devient risible ? » Je n’en revenais pas ! Comment pouvait-il penser ça ? « Tu déparles, Alain ! Je pensais juste l’inverse, que je me demandais si tu n’avais pas un peu exagéré en te disant novice… » Il a de nouveau souri. « Vraiment ? » Et il est redevenu silencieux. Je lui avais dit de se faire confiance, d’être attentif à ses sensations, aux miennes et de suivre son instinct, ce qu’il l’incitait à faire. Hou, fan de Diou ! Il me faisait tellement… presque jouir à chaque va-et-vient, et son regard quand il espinchavo mes seins… Il sortait le bout de sa langue, mais ne cherchait pas à me les lécher. Je savais que le contact de sa langue sur ses propres lèvres augmentait son plaisir et lui permettrait de se souvenir de ce moment, plus tard. Mes seins personne ne savait quand il aurait l’occasion de les lécher tandis que ses propres lèvres… Il me faisait pousser les petits cris que j’aime tant pousser. Je me cambrais parce que j’aimais le sentir au plus profond de moi et la sensation d’avoir les fesses ouvertes comme un fruit bien mûr… et mes seins pouvaient mieux profiter de sa poitrine. Et aussi, j’aimais le contact de mon minou sur ses poils et en me cambrant, quand il m’empalait… pfiou…!

Le disque était fini, on entendait des éclats de rire et les échos d’une joyeuse discussion derrière la porte. Alain a serré mes hanches plus fort, il a pris une longue inspiration et il a accéléré les va-et-vient en les faisant plus amples, plus saccadés. Il était maigrichon, aussi je ne l’aurais pas cru capable d’une telle poigne. Fatché ! D’un seul coup, il m’a soulevée, décollée de son corps, il est sorti de moi… son membre semblait avoir triplé de volume… « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » Et c’est la première fois où je l’ai vu jouir. Ça ne s’arrêtait pas ! Mes seins et mon ventre en étaient couverts, j’en avais même reçu sur le front ! Alain regardait mon corps. Je lui ai demandé de me faire la promesse de ne plus jamais avoir honte de sa particularité particulière. Hou fan ! Son sourire quand il m’a répondu « Promis ! » Il a ouvert la porte et la soirée a vraiment commencé.

Les années ont passé, il venait souvent, mais ne proposait jamais de parties fines. Alain n’était pas très bavard, je ne savais rien de sa vie. Au fil des ans, il s’était étoffé. C’était vraiment un très bel homme, avec une belle situation… Je le savais de ce que j’en entendais dans ses conversations avec le Notaire et plus tard avec Christian. Pour moi, il était marié ou en concubinage. Je ne pouvais pas m’imaginer qu’aucune femme n’ait songé à lui mettre le grappin dessus.

Un voile noir a soudain obscurci le regard de Cathy. Sa gorge s’est nouée, elle déglutit bruyamment, les larmes remplirent ses yeux, elle voulut s’en excuser. Je la serrai fort contre moi et lui répondis qu’en aucun cas la vivacité de son chagrin, même quarante-sept ans plus tard était ridicule. Nous remontâmes en voiture et sur le chemin du retour, elle me raconta la mort de Paulo, son monde qui s’était soudain effondré.

– Paulo n’aurait pas dû mourir. Il ne pleuvait pas, la camionnette était en bon état, presque neuve. Il revenait de sa tournée. Il n’avait pas bu, il ne roulait pas trop vite. Il n’a pas vu un bout de ferraille sur la route, il a roulé dessus. Le pneu a éclaté et Paulo… a perdu le contrôle… il est sorti de la route et la camionnette a plongé dans un ravin. Il est mort avant qu’on le découvre. Il est mort tout seul.

Cathy me raconta les obsèques, les condoléances des partouzeurs qui avaient une bonne raison d’y participer.

– Ce n’était vraiment pas le moment d’attirer l’attention des voisins, des clients sur nos relations… amicales. Le Bavard est venu parce qu’il fournissait Paulo en fruits et légumes. Le Notaire, parce qu’il estimait souvent les biens avant les ventes aux enchères et qu’il était conseiller municipal du village voisin. Tout le monde savait qu’on se connaissait, alors il a pu venir. Joseph est venu aussi parce qu’il était un client fidèle de la boulangerie, sa femme et ses enfants étant très gourmands de pâtisseries, il est d’ailleurs venu avec elle et leur aîné. Mais Alain n’avait aucune raison d’y assister, pas plus que Christian ou Jimmy. Le Balafré m’avait saluée à la sortie du cimetière parce qu’il était le maître d’école des neveux de Paulo. Tu sais, on a beau te dire « Si tu as besoin, n’oublie pas que je suis là », tu n’oses pas demander de l’aide ou des nouvelles. Je pensais aussi que j’avais mangé tout mon pain blanc, que je mourrai veuve. Avec qui aurais-je pu refaire ma vie ? Je n’aurais pas pu mentir à mon mari en ne lui parlant pas de ma vie avec Paulo, mais en parler… Déjà, il m’aurait vue comme une moins que rien et puis, j’aurais dû « dénoncer » les partouzeurs, briser le sceau du secret et ça… Plutôt crever toute seule dans mon fauteuil que révéler nos secrets !

Peu avant d’arriver au village, Cathy me demanda si j’étais d’accord pour poursuivre son « road-movie ». Nous avons donc traversé le village, continué vers le Nord. Son silence attisait ma curiosité. Nous nous arrêtâmes sur une place. Elle ne sortit pas de la voiture, mais baissant la vitre, me désigna la boulangerie et un petit immeuble en face, au-dessus de ce qui fut une boucherie.

Peu avant d’arriver au village, Cathy me demanda si j’étais d’accord pour poursuivre son « road-movie ». Nous avons donc traversé le village, continué vers le Nord.

La suite, la suite, la suite !

*Georges Bizet, Henri Meilhac, Ludovic Halévy, L’amour est un oiseau rebelle in Carmen (1875)

La nouvelle vie d’Odette – Blanche-Minette se cache pour sourire

– Blanche-Minette se cache pour sourire, on dirait…

– Oh, j’adore ta formule ! C’est parce que…

Je regardai Marcel dans les yeux, son sourire coquin me donna l’envie de le faire marner un peu. Feignant d’oublier qu’il m’avait posé une question, je repris mon observation à l’abri des persiennes. Il se colla contre mon dos.

– Ho, Blanche-Minette, dis-moi ce qu’il y a de si drôle !

– Si tu veux tout savoir, il faut le demander à Blanche-Minette la marionnette !

– Boudiou, si c’est pas malheureux…! Tu ne vois donc en moi que l’amant esseptionnel ?! Ne vois-tu pas le pauvre hère au cœur pur, innocent comme l’agneau qui vient de naître ? Mais s’il me faut en passer par là… vaï, je me sacrifie, mais c’est bien parce que tu l’exiges, sinon… Ho, put… ta culotte est déjà trempée !

– Oui, mais ça tu ne peux pas me le reprocher. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. C’est de ta faute ! Rien que de penser à tes mains, à tes doigts, à ce qu’ils me feront… Tout est de ta faute !

– À ce point ?!

– Ne joue pas les innocents avec moi, tu sais bien que tu nous fais toutes jouir comme des chiennes et qu’on adore ça !

– Pauvre de moi !

Marcel glissa sa main dans ma culotte pour la sentir sur le dos de sa main. Il se colla davantage contre mon dos. Je sentais son souffle taurin sur ma nuque. Ses doigts me fouillaient parfois à la limite de la brutalité, le plus souvent avec beaucoup de délicatesse, comme s’il voulait moduler le son de ma voix de marionnette. J’adore quand nous jouons ainsi.

– J’ai demandé à Socrates quand il avait pris la décision de proposer à Roweena de vivre avec lui… ooh… c’est bon quand tu… oh oui… comme ça… Et pourquoi il en avait eu l’envie… Arrête, tu vas me faire jouir !

– Et alors ? T’as droit qu’à un orgasme par jour désormais ? C’est ta résolution de 2020 ou quoi ?

– Oooohhh… !

– Ô pute… tu me fais bander comme un âne… mieux qu’un âne ! Si fort que j’ai l’envie de te fourrer de partout, mais d’abord, finis ton his… ô pute… quand en plus je sens tes tétons bandés, tout couverts de chair de poule… c’est encore plus pire, diablesse !

– C’est toi le dé… ooohh… mon… ooohh… !

– Boudiou, raconte-moi la suite, sinon quand je te fourrerai à la fin de ton histoire, ton minou sera si trempé que je serai obligé de mettre un masque et un tuba à mon membre pour qu’il ne se noie pas ! Et rigole pas, capoune, té ! T’as vu, ils nous ont presque repérés avec tout le boucan que tu nous fais !

– Je lui ai demandé…

– Ça, tu l’as déjà dit, qu’est-ce qu’il t’a répondu ?

– Qu’avant même d’avoir… hmm… c’est bon… divorcé, avant même de s’être séparé de sa femme… oh oui ! T’es un dieu, Marcel… le Dieu des marionnettistes ! Il faisait des rêves érotiques et se branlait au réveil… ooohh… en pensant à ce qu’il avait fait à cette… oh… oui… ooh… ! À cette inconnue dont il… ooh… ne se rappelait que… que… que la respiration et la douceur de sa peau… de ses caresses… Prépare ton attirail de… ooh… plongée ooh… Mar… tu… ooh… tu sens… ooh… comme… ? Oh putain, c’que c’est bon !

Des gazouillis électriques me parcouraient le corps de la plante des pieds à la nuque. Je sentais les tressautements de mes muscles et je savais qu’il les sentait aussi. Je me dégageais un peu de son étreinte pour me retourner et face à lui, l’embrasser. J’avais envie de sentir sa grosse langue épaisse, rugueuse et pleine de bave envahir ma bouche. Marcel embrasse comme un porc, mais bon sang ce que j’aime comme il le fait ! Il en profitait pour triturer mes fesses, pour frotter son corps contre le mien. Il ne mentait pas quand il s’était comparé à un âne. Il glissa à nouveau ses gros doigts velus dans ma chatte. Je me retournai et poursuivis mon récit.

– Quand nous avons traversé l’Atlantique à bord de ce bateau… ooh… oui… comme ça… que Red est devenue Roweena reine des pirates… il lui est arrivé… ooh… de partager sa couche… certaines nuits… Dès la première… quand… ooohh… oooOoohh… quand il s’est réveillé… il a reconnu… hmm… c’est bon… il a reconnu le souffle qui hantait ses rêves… il se branlait au même rythme… son autre main s’est posée sur la cuisse de Roweena… et il a su que c’était elle. La femme de ses rêves… la femme de… ooohh… de sa vie… Mais il n’osait pas le lui dire… parce qu’il… ooh… parce qu’il est plus jeune qu’elle de dix ans… et…

– Et ?

– J’ai envie que tu me défonces le cul, Marcel. Tu voudrais bien ?

– Bé, quand c’est demandé si gentiment… !

– Et… il y a cette histoire de religion… à la base, ils n’ont pas la même et tu sais qu’en Irlande… en plus, il est athée… tu vois ? Plus il rencontrait Roweena, plus il… ooh… il savait qu’elle était, la seule… ooh… l’unique… celle avec laquelle il voulait… hmm… vieillir… Il a fallu leur voyage en Provence, le vol du retour… ooh… pour qu’il ose le lui dire…

– Et c’est ça qui te faisait rire, capoune ?

– Non ! Ça c’est le contexte… Si tu veux savoir la suite…

– J’ai compris… pauvre de moi ! Mais je peux quand même continuer avec mes doigts ? Té, t’es comme ma douce Mireille ! T’as la culotte magique, assez souple pour qu’on la laisse… Et pis non, je m’en vais te la retirer quand même et me la garder dans la poche ! Comme ça… si elle la voit, et elle remarque toujours tout, je serai obligé de lui raconter comment elle est arrivée là et…

– Elle ne comprendra rien à tes esplications et que tu seras obligé de lui faire hmm… la démonstration !

– Tout juste, Auguste ! Té « comme dans du beurre », t’as vu ?

– …

– Blanche-Minette ?

– …

– T’as perdu la parole ?

– Attends… je profite… c’est si bon… oh Marcel… c’est si bon… !

– Alors, j’ai droit à la fin de l’histoire ?

– Oui. Laisse-moi revenir du Paradis… parce que tu m’encules comme un Dieu… oh putain, Marcel, c’que j’aime quand tu me fais ça ! Oooh oui ! Socrates me racontait ça quand Jim est arrivé… il l’écoutait et l’approuvait de la tête… Oooooh… tu t’es enfoncé jusqu’aux couilles !

– Et c’est trop ?

– Non ! Oh que non !

– Boudiou ! Tu t’y connais pour me redonner la vigueur de mes vingt ans… Tu sens comme je suis dur ?

– Oooh… oui… encore… oui… comme ça… ooh… vas-y plus fort !

– Allez, finis ton histoire qu’on baise sérieusement !

– Jim a commencé à parler… à expliquer à Socrates… ooh… ce qui dans son histoire ressemblait à la… ooh oui… fort comme ça ! Ressemblait à la sienne… Mais souvent… oooh… souvent… oh oui… mais souvent, il avait oublié les mots en anglais et… ooh… ceux qui lui venaient naturellement étaient en provençal… C’est ça qui me… ooh… faisait sourire…

– Brave petit… ça ne m’étonne pas de lui ! Brave petit… Té, mets-toi à quatre pattes qu’on se cache derrière le gros pot !

– Et pourquoi donc veux-tu te cacher ? T’as honte ou quoi ?

– Té non, ma nine, c’est que… vé… regarde par là-bas… notre descendance !

Nous pouvions voir, au loin, Émilie et Vincent s’approcher du mas en nous cherchant du regard. À chacun de mes éclairs de plaisir, Émilie sursautait, foudroyée par une sensation similaire. Ils souriaient. Vincent portait la main à son sexe, la glissait dans sa poche. Ils se séparèrent pour augmenter leurs chances de nous trouver ce qui rendait leur perception de nos sensations plus flagrante encore.

Le rire et le plaisir sont les fruits de l’amitié.
Edward Young ; Les nuits

La nouvelle vie d’Odette – Jour de l’an

Linus, dépité, regardait la bouteille dont il ne restait que l’ombre d’un fond. Usant de tous ses charmes, il me demanda si je pouvais lui en préparer une autre qu’il rapporterait en Irlande.

– Hélas, il ne s’agit pas d’un cocktail, la préparation de ce breuvage nécessite un certain temps… Si j’en lançais une aujourd’hui, tu ne pourrais pas la boire avant quarante-quatre jours, soit à peu près…

– Pour la Saint-Valentin ! Oh, Linus, tu es si romantique !

Sidérée, je regardais Roweena, qui prenait un malin plaisir à taquiner son compatriote.

– Dis donc, tu calcules l’intervalle entre deux dates avec une précision diabolique !

– Diabolique, je ne sais pas, mais avec précision, oui ! Ça doit être mon don…

Jimmy et Socrates nous avaient rejoints. Je souris en le voyant caresser Roweena du ventre jusqu’aux joues et lui susurrer « Un de tes nombreux merveilleux dons ». Linus hocha la tête, bougonna « Et c’est moi qu’on traite de romantique ! » ce qui fit rougir son ami, qui s’éclaircit la voix pour demander le programme du jour.

– La préparation de ton nectar est-elle secrète ou accepterais-tu de nous en dévoiler la recette ?

– Elle n’a rien de secret, mais pour la réaliser, il faut certains ingrédients, dont de l’alcool et…

Je désignai les bouteilles vides sur la table. Jimmy fronça les sourcils en me reprochant de donner une mauvaise image de notre pays. Depuis quand ne peut-on plus trouver de l’alcool en France ?! Y compris et surtout un premier de l’an ?! C’est ainsi que nous nous décidâmes à aller en ville pour en acheter. Sur le chemin du retour, nous avions fait un détour pour récupérer de grands bocaux chez Mireille. Quand nous arrivâmes au mas, elle nous demanda s’ils convenaient, Marcel était à ses côtés.

– C’est à ça qu’on voit la différence entre nos douces provençales et ces créatures du Nord, ma Mireille. À vous, c’est les ateliers confitures que vous organisez, tandis qu’à ces diablesses, c’est tout de suite la picole…

– Tu fais bien de la ramener, Marcel ! Parce que je te ferai remarquer que vous autres, les provençaux vous vous contentez de les boire, nos breuvages du Nord ! Tandis que nous, on vous les prépare !

Je tournai les talons avant qu’il ait eu le temps de répliquer et m’accordai ainsi ma première victoire de l’année dans nos joutes verbales.

J’avais disposé les ingrédients, le matériel sur la grande table de la cuisine. Je leur expliquai comment réaliser cette recette simplissime et lorsque j’évoquai le seul point délicat de l’opération, leur esprit steampunk fut comblé. Linus et Socrates surent immédiatement comment procéder pour maintenir l’orange en suspension au-dessus de l’alcool sans qu’elle ne le touche et parvenir néanmoins à fermer hermétiquement le bocal. J’étais épatée *.

– Et comment procède Petronilla ?

– Ben… Petronilla n’a jamais fait cette recette, mon cher. C’est Odette l’infirmière qui la concocte habituellement !

Je leur montrai donc comment je me débrouillais à l’aide de bandages, ce qui les amusa beaucoup. Ainsi que je leur avais expliqué plus tôt, il est possible de préparer cette recette avec différents alcools et puisque nous étions d’humeur expérimentale, chacun avait choisi celui qu’il préférait. Une fois remplis, les bocaux furent étiquetés avec soin et remisés dans une niche qui semblait avoir été creusée dans le mur pour les y accueillir.

Dès leur arrivée, j’avais remarqué qu’une relation particulière semblait s’être nouée entre Socrates et Roweena, mais prise dans le tourbillon des événements, je n’avais pas eu l’occasion de m’en entretenir avec elle. Quand nous fûmes seules, je lui posais les questions qui me brûlaient les lèvres. Quelle était sa vie depuis la Toussaint et son retour en Irlande ? Avait-elle pris une décision quant à son mariage ? Avait-elle accordé le pardon à son époux infidèle ? Elle éclata de rire et son regard se perdit dans le lointain, comme si elle se repassait un film.

– Aujourd’hui, je peux en rire, mais le voyage du retour fut très douloureux. Je savais bien que je n’avais d’autre choix que de retrouver cette morne vie quotidienne qui était la mienne. Pour plusieurs raisons. La première, même si elle peut te prêter à rire, c’est que je suis de confession catholique, ce qui m’interdit le divorce. La seconde, c’est que je ne travaille pas à temps-plein, je cumule des petits boulots, petits mais éreintants, qui ne me permettent pas de payer un loyer et de vivre seule. La troisième, ma famille, mes enfants qui compatissaient à mon infortune, mais n’auraient jamais admis que je quitte mon mari, leur père.

Quand l’avion a décollé, que le commandant nous a souhaité la bienvenue à bord et un bon vol, une bouffée désagréable m’a envahie. Je ne pouvais plus dire un mot et j’étais trop loin du hublot pour que mon regard puisse se perdre au-dessus des nuages. J’entendais Betsy parler avec Joseph et son « Alister chéri ». Ma gorge se nouait. J’ai vu la main de Socrates passer au-dessus de mes cuisses pour toucher le bras de Gideon assis près du hublot. Je compris ce que cela signifiait. Je fis non de la tête, ce n’était pas la peine qu’il me cède sa place, ça n’aurait rien changé. Et je me suis effondrée. Plus les larmes coulaient, plus la solution m’apparaissait évidente, mais plus elle se révélait irréalisable. Mes yeux coulaient encore quand Gideon maugréa « Qu’est-ce qui t’oblige à rentrer chez toi dès ce soir ? » Je n’avais toujours pas prononcé le moindre mot et il avait compris ce qui me hantait !

Où pourrais-je donc aller ? Pour toute réponse, Socrates leva trois doigts. « Tu peux rester au manoir autant qu’il te plaira. Profiter de la cabane de pêcheur de Gideon… ou bien alors chez moi, si tu n’es pas effrayée à l’idée de partager le toit et la vie d’un athée, divorcé et sans doute trop jeune pour te mériter ». Sa voix était… on aurait dit… comme une confession… Gideon interpella Linus, qui s’approcha de nos sièges, et lui dit en maugréant « Je crois que c’en est fini de Roweena reine des pirates, Socrates vient de lui faire sa demande ». Ça m’a fait comme un choc. J’ai serré les poings, un peu furieuse quand même. « Et si j’ai envie d’être encore un peu Roweena reine des pirates, qui me l’interdirait ?! » Socrates a caressé ma cuisse, m’a embrassée dans le cou. Là. Exactement là. « Certainement pas moi ! »

Elle prit une profonde inspiration, guettant ma réaction.

– Ouah ! Chouettes fiançailles !

– Mais… ?

– Quoi « Mais » ?

– J’ai l’impression que tu n’as pas dit le fond de ta pensée…

– C’est que je n’ose te demander de me raconter ta nuit de noces…

– C’est Princess Hope ou Petronilla qui veut le savoir ?

– Un peu les deux… choisis celle à qui tu veux la raconter !

– À Petronilla, je raconterais la soirée qui se déroula au manoir treize jours après notre retour. Je lui décrirais la magnifique robe dessinée et cousue par Betsy. Je lui décrirais aussi ce siège en forme de bateau coulissant et tournant sur un socle, un peu comme le cheval sur son carrousel. Je lui raconterais combien j’étais excitée de voir Betsy, Alister, Gideon et Linus prendre du plaisir avec leurs assistants masturbatoires tout en nous regardant prendre le nôtre. Je lui parlerais de l’âpre douceur du sexe dur, gonflé de désir de Socrates entrant et sortant dans la torride moiteur du mien. Je n’oublierais pas de lui décrire nos souffles, nos gémissements, nos cris de plaisir et les encouragements flatteurs de nos amis. Je lui dirais comment, après m’avoir vue jouir de Socrates, après m’avoir vue le faire jouir, Gideon me demanda de lui accorder mes faveurs. Comment j’ai accepté à condition que Linus nous accompagne en musique. Je lui raconterais comment, fourbue de plaisir, me pensant incapable de bouger, ne serait-ce que le petit doigt, d’avoir tant joui de Gideon, un éclat de rire de Linus, trinquant à cette noce si particulière, me précipita dans ses bras pour un troisième tour de manège… Oui, c’est ainsi que je raconterais cette soirée si je m’adressais à Petronilla.

Roweena me regarda, poussa un profond soupir, eut un sourire contrit, se leva, marcha droit vers Socrates, lui chuchota quelques mots à l’oreille. Il lui prit la taille, me regarda par-dessus son épaule, me sourit, l’embrassa tendrement, parut chercher quelque chose dans une des grandes poches de sa veste. Je fus distraite une fraction de seconde. Quand je les regardai à nouveau, Roweena marchait vers moi, d’un pas sûr et conquérant. Elle reprit sa place à mes côtés.

– Mais toi et moi savons très bien ce qu’en penserait Princess Hope, qu’elle ne se contenterait pas de mes pauvres mots… qu’elle exigerait du concret

Dans un grand éclat de rire, Roweena fit glisser vers moi une tablette dont l’écran s’anima d’une série de photos prises cette nuit-là.

Si les oiseaux se cachent pour mourir, Blanche-Minette le fait pour sourire 🙂

*Et en ce jour de fête, je serais tentée d’ajouter « aux morilles ».