Back to the city again ! – Quatrième épisode

Ce matin, notre voisin ne voulait pas quitter son kimono, il m’a même affirmé que c’est ainsi vêtu qu’il prendrait l’ascenseur, avec mon mari, en début d’après-midi pour leur partie quotidienne d’échecs. Sa voix sonnait tellement faux que j’ai répondu sur le même ton qu’il m’en verrait fort marrie.

Je me suis promenée une bonne partie de l’après-midi et je suis retournée à l’appartement. Je n’ai même pas eu le temps de me changer, je porte encore une jupe légère et un chemisier « bien comme il faut » quand ils font leur entrée.

– Tu veux savoir pourquoi je tergiverse ? Eh bien, voilà !

D’un air un peu trop fanfaron pour que je n’y décèle pas son trac, il lance une revue sur la table basse.

– Tu as honte d’aimer les romans-photos que tu empruntais à ta grand-mère ?

– Euh, ma chérie, tu devrais mettre tes lunettes…

– À moins que tu ne te fasses une drôle d’idée des lectures de ma mamie…

J’avais à peine jeté un coup d’œil sur la revue, à peine de quoi remarquer qu’elle datait des années 60 ou 70 et qu’elle contenait un roman-photo. En y prêtant plus attention, je me rends compte de mon erreur. Je ris plus fort que je ne le devrais.

– Je ne savais même pas que de tels romans-photos avaient existé ! Mais… tu parles le… c’est quoi comme langue au juste ?

– Je peux te donner une idée des dialogues, si tu…

Notre voisin s’approche de moi, mais d’un geste péremptoire je le renvoie, d’un mot cinglant comme une gifle, je lui ordonne « Kimono ! ». Il sourit, m’obéit et revient quelques poignées de secondes plus tard, débraillé comme un play-boy qui s’ignore

– Je suis en kimono, puis-je exiger en retour que vous ôtiez votre culotte, mon ange ?

– Ma culotte ? Quelle culotte ?

Devant l’air ahuri de mes deux hommes, je leur explique que depuis notre retour à Paris, je n’en porte plus, parce que l’idée que l’un ou l’autre soulève ma jupe ou y glisse une main quand je ne m’y attends le moins m’excite au plus haut point. J’aime le clin d’œil que mon mari adresse à son très cher ami.

Notre voisin s’installe à mes côtés sur le canapé, impatient et un poil anxieux, de me voir découvrir le contenu de cette revue. Je demande à mon mari adoré de se joindre à nous, mais il décline l’offre, il voudrait prendre des photos, si j’y consens. Et comment que j’y consens ! Moi qui ai toujours détesté être photographiée, je rêve de l’être à chaque instant ! Et je ne parle même pas des tableaux, des dessins qui naissent de certains clichés et qui tapissent les murs de la maison de campagne de notre partenaire.

Je décide de m’asseoir sur les genoux de mon sémillant amour, qui se plaint de ne pas bander. Je ne me fais aucun souci à ce propos, nous savons tous les trois que cet état ne sera que temporaire. Je le lui fais remarquer, il me répond qu’il aime tellement se l’entendre dire…

J’ouvre la revue, je sens le souffle de notre voisin sur mon épaule. Clic ! La séance photo vient de commencer.

– Ma chérie, pourrais-tu relever ta jupe qu’on puisse voir que tu ne portes pas de culotte ? S’il est vrai que tu n’en portes pas…

– Pas tout de suite, mais si tu as des doutes, demande à ton ami de glisser sa… hmmm… sa main virile sous ma jupe et de te confirmer… Oooh… mais comment diable faites-vous pour me toucher… avec… ooohh… autant de…

– Je confirme, cher ami, je confirme !

– Mais qui frappe à la porte ?

Je me lève, soulève ma jupe jusqu’à ma taille avant de me rasseoir sur les genoux de notre voisin.

– Ah, te voilà enfin ? Il paraît que tu ne voulais pas bander, je suis ravie de te voir revenue à de meilleures dispositions, jolie grosse pine !

Dès la première page, un sentiment sournois s’immisce en moi, je devrais être choquée de la crudité des clichés, je le suis, mais cette crudité m’excite, elle m’excite au-delà du raisonnable. Notre voisin devine mon trouble, il me demande si je veux poursuivre.

Qu’est-ce qui me prend ? Je lui montre une photo et d’une voix presque juvénile, je m’exclame « Oh ! On l’a fait ! Vous vous souvenez ? On l’a fait ! » Je le sens sourire, et il se remet à bander de plus belle. « On l’a fait, vraiment ? » Toujours aussi enthousiaste, je lui réponds « Oui ! Et plein de fois, en plus ! » Nous éclatons de rire.

Tandis qu’il tourne la page, je regarde entre mes cuisses, presque en m’excusant, je demande à notre voisin s’il veut bien m’enfiler. Comme ça… le temps de la lecture…

– On bougerait à peine, juste assez pour que vous débandiez un peu, alors je tripoterais vos belles couilles que j’aime tant et vous rebanderiez en moi… Vous êtes le seul à le faire avec autant de talent.

– C’est quoi, ces messes basses ?

– Votre épouse me fait une proposition… hmm… bien tentante. Je la soupçonne de vouloir me forcer la main pour que j’accepte d’être votre conjoint !

– Ah ! Me voilà rassuré !

Ma main dirige son gland à l’entrée de mon vagin. Je me penche. « Enfilez-moi, par pitié, enfilez-moi ! » N’y tenant plus, je m’empale d’un coup sec avant de reprendre la lecture. Mes mains rejoignent les siennes sur les pages de la revue.

– S’il vous plaît, déboutonnez mon chemisier, mon fringuant, et caressez mes seins avec la même rudesse que cet homme doit le faire !

– Vous l’imaginez comme ça ?

– Oh ! Ça aussi, on l’a fait ! Mais pas sur le capot d’une voiture…

Ses mains sur mes seins, sa bouche sur ma nuque… je ferme les yeux pour profiter de cet instant. J’ondule sous ses baisers, ce faisant, mes mains lâchent la revue qui tombe à terre. En la ramassant, une page s’en échappe. Je m’apprête à m’excuser d’avoir abîmé le roman-photo quand je remarque qu’il n’en est rien. La photo vient d’un autre journal, elle est en couleurs. Je la regarde en silence.

– Que vous arrive-t-il, mon ange ?

– C’est bizarre, cette nana… cette photo… tous les poncifs y sont… bouche entrouverte, lèvres humides, bout de langue tentateur, la main sur le sein, les pieds posés sur l’assise du fauteuil, les cuisses largement ouvertes… et ce regard… un peu en dessous, un peu vicieux, qui semble nous parler droit dans les yeux, qui semble dire « plonge, mon chéri, l’eau est bonne ! »… tous les clichés machistes de la femme offerte y sont… et pourtant…

– Et pourtant ?

– Et pourtant, j’aime cette photo, elle me parle aux tripes, elle me dit que je pourrais être cette femme et… je dois bien l’avouer, j’aimerais être cette femme… j’aimerais t’aguicher, euh… vous aguicher aussi facilement… oh oui, j’aime cette photo !

– Ô, mon ange… mon ange !

– Ma chérie, je ne sais pas de quelle photo tu parles, tu voudrais bien prendre la pose ?

– Oh oui, mon ange, faites-le pour nous ! Pour nous trois, mon ange…

– À condition que notre ami reste fiché en moi et que ses belles, ses magnifiques grosses couilles soient bien visibles.

La photo masquée par la revue que je tiens de la main droite, je prends la pose. Je me cambre. Mes pieds reposent sur la table basse. J’écarte les cuisses plus largement que la pin-up parce qu’elles sont plus épaisses que les siennes. Je me cambre davantage. La main sur mon sein est celle de notre voisin. Son autre main sur mon ventre m’aide à garder l’équilibre. Le plus difficile est de trouver la juste mesure pour le regard, de ne pas trop entrouvrir ma bouche. Mon mari me demande de mettre ma main gauche à l’arrière de mon crâne. Je pense « Tant mieux, mes seins paraîtront moins avachis ». Je sens sous mes doigts que mes cheveux sont un peu ébouriffés. Mon époux a raison, ma main gauche placée selon ses indications m’aide à trouver le juste équilibre dans le regard.

La photo prise, je demande si je peux poursuivre la lecture. Ma voix trahit mon état d’excitation. Le sexe de notre voisin durcit davantage dans le mien. J’ondule, je me cambre, j’ondule encore. Je gigote pour accentuer les caresses de ses couilles sur ma vulve. Il me demande si c’est l’inconfort de la position qui me fait trémousser ainsi. Je lui avoue la véritable raison à mi-voix. Je ne suis pas naïve, sa question était purement rhétorique, mais pourquoi devrions-nous nous priver du plaisir des mots ?

Je reprends ma lecture. Ce qui me dérangeait au tout début, ne me dérange plus. Je me laisse aller aux sensations nées de la vision de ces corps enchevêtrés, de ces corps poisseux.

– Pourquoi le tournez-vous dans tous les sens, mon ange ?

– Pour mieux comprendre de plaisir qu’ils prennent… et puis… ça me donne des idées…

– Ah bon, des idées ? Quelles idées ?

– Là, par exemple, quand je la regarde, je me dis… branlez mon clito si vous voulez savoir ce que… Ooohh ! Mais on pourrait croire que… hmmm… que vous aimez… que vous aimez me… Rhâââ… me faire jouir !

– Vous vous dites ?

– Oooh… vos doigts sont magiques… Ooh… le plaisir re…

– Mon ange démoniaque, allez-vous enfin me dire… Hmmm… votre chatte qui jouit… Quel supplice de résister… hmm… à l’envie de vous culbuter… Allez-vous enfin me le dire ?!

– Le bâillon… je n’aurais pas… imaginé que j’aurais envie d’être baisée et rebaisée… rebaisée encore… encore et encore… la bouche emprisonnée par un bâillon…

Je lance plus que ne pose la revue sur le canapé. Notre voisin agrippe ma taille et me fait aller et venir le long de sa verge. Je lui enjoins « Plus fort ! Plus profond ! » à la recherche de cette douleur particulière quand son gland heurte le col de mon utérus. Nous jouissons dans le déchaînement sauvage de nos sensations. J’appelle mon mari à la rescousse.

– S’il te plaît, viens m’embrasser !

Nous nous remettons de nos émotions, serrés les uns contre les autres sur le canapé. Après son charmant baiser, quand mon corps se séparait de celui de notre voisin, j’ai voulu taquiner mon époux qui avait tout salopé son beau tee-shirt. Sur un ton où se mêlaient l’amusement et les reproches, il m’a répondu que je n’avais aucune idée de l’effet produit par ce spectacle que nous lui offrions.

– Non seulement, je te voyais… je vous voyais vous envoyer en l’air, mais mon cerveau imaginait ce que tu regardais… plus je cherchais à imaginer, plus l’excitation s’emparait de moi… et puis, vos conciliabules, vos messes basses… Je me demandais « Mais qu’est-ce qu’ils sont en train de regarder ? » et pfuitt, c’est parti tout seul !

– Ne me dis pas que tu n’as pas eu la curiosité de mater la revue !

– Je ne sais pas si je l’ai vue, ma chérie, je ne le sais pas…

– Allez, fous-toi de moi ! Comme si tu pouvais oublier ce genre de truc !

– Euh, mon ange, permets-moi de te…

– Allez, vas-y, prends sa défense ! Ah la la, la solidarité masculine…

– Ma chérie, tu ne sais pas tout…

– Ah bon ? Et qu’est-ce que j’ignore ?

– Tu crois qu’une simple revue me mettrait si mal à l’aise ? (Il prend une longue inspiration). Entre les romans-photos, les revues pornos, les bandes dessinées, ma collection se compte par centaines… Si je partage ma vie avec vous, je devrais la cacher ou m’en débarrasser et… je ne sais pas si je suis prêt à faire un tel sacrifice.

– Des centaines ?! Ouah ! Et pourquoi devrais-tu t’en débarrasser ?!

– Ben… c’est que ça pue un peu la misère sexuelle, non ?

– La misère sexuelle ?! Et pourquoi donc ? J’y vois plutôt l’occasion de varier les plaisirs… de nous amuser à être les héros de ces aventures…

– Je crois que ton épouse va bientôt goûter du contact du capot de ta voiture sur sa peau !

– Si tu acceptes de partager notre vie, je te promets d’en tâter dès que nous serons de retour à la campagne.

– Dans ces conditions…

– Tu ne peux pas savoir quel bonheur c’est pour nous de pouvoir enfin t’appeler « notre conjoint » !

– Tu as raison, mon chéri, mais c’est pas tout ça… Si on allait fêter notre union au restaurant ?

– Je retrouve enfin mon épouse telle que je l’ai aimée, l’aime et l’aimerai toute ma vie, celle qui ne perd pas le Nord !

– Ni l’occasion de se taper la cloche, manifestement !

– Ni l’occasion de se taper la cloche, en effet !

Je les laisse ricaner entre eux, la perspective d’un énorme plateau de fruits de mer dans notre brasserie préférée vaut bien de supporter quelques rires sarcastiques.

Back to the city again ! – Troisième épisode

Toute à ces considérations, je n’ai pas entendu la porte s’ouvrir. Je suis concentrée sur le plaisir que je prends quand je remarque enfin la présence de mon époux et de notre voisin au seuil de la chambre, épaule contre épaule, se branlant en silence en me regardant.

– Fallait pas interrompre votre partie pour moi… mais puisque vous êtes là…

– Quel est donc cet objet, soudain silencieux que tu cherches à nous cacher ?

– Mon nouvel ami, mais je préfère attendre un peu avant de vous le présenter…

Je me lève, ôte le kimono que je tends à notre camarade de jeux. J’aimerais qu’il l’essaie tout de suite, mais il refuse. Je frissonne quand il sourit comme ça, quand ses yeux se teintent de lubricité.

– Avant de l’essayer, j’aimerais le voir sur votre corps quand votre époux vous culbute, mon ange.

Comment résister à une telle proposition ? Ni mon mari adoré, ni moi n’avons trouvé la moindre réponse à cette question existentielle. Je revêts donc le kimono et m’allonge sur le lit, parce que la rencontre avec mon premier joujou sexuel m’a un peu coupé les pattes. Je ne sais pas si c’est lié, mais je m’aperçois que j’ai la bouche sèche. Pour exprimer cette sensation avec précision, je devrais écrire « j’ai la langue comme un steak de cantine ».

Je demande à notre voisin de m’apporter un grand verre d’eau, ce qu’il fait volontiers. Je le bois d’un trait, ce qui n’est pas dans mes habitudes, quelques gouttes d’eau coulent à la commissure de mes lèvres. En tendant le verre vide à notre voisin, tout en le remerciant, je m’essuie du revers de la main. D’un seul coup, le regard de mon époux ne lui ressemble pas. Je veux dire, on dirait qu’il me voit pour la première fois, ses yeux sont animés d’une lueur un peu folle, comme si nous allions mourir dans l’heure et que la seule chose que nous devions faire était de prendre tout le plaisir possible. Dans l’urgence. Une seule et unique chance de nous offrir une jouissance démentielle. Mettre toute notre énergie vitale dans un ultime coït.

Conscient que son regard me trouble, troublé lui-même, mon époux dégrafe son pantalon qui tombe sur ses chevilles, il ne porte ni slip ni caleçon. Il sourit en m’entendant déglutir bruyamment. Mes yeux vont de son visage à son sexe dressé. Je m’allonge sur le dos, écarte mes cuisses. D’un geste assuré, il attrape mes chevilles. Son regard m’interroge « Et les préliminaires ? » Mon regard lui répond « Fuck les préliminaires ! » J’ai, il a, nous avons sous-estimé le pouvoir lubrifiant du gel lubrifiant, aussi quand il me pénètre d’un coup, son sexe s’enfonce tellement en moi qu’il m’atteint en plein cœur. Je pousse un cri où résonnent la surprise, le plaisir et un soupçon de douleur. Mon mari n’a pas le temps de s’en excuser, mon sourire lui intime l’ordre de ne rien en faire.

J’aime quand il va et vient en moi avec autant d’aisance. Il n’est pas en territoire conquis, plutôt en invité d’honneur. J’ondule, je grogne, ravale mes cris de plaisir. Je ne remarque pas tout de suite la présence de notre voisin à nos côtés. Il s’est assis sur le lit, tout près de moi. Il se penche pour mieux regarder le sexe de mon époux, brillant de mille feux, entrer et sortir de mon vagin. Il reprend ensuite sa position pour regarder mon visage. Il écarte un pan du kimono pour observer mon corps tout à son aise. Je ne sais pas s’il marmonne ou si c’est le plaisir qui m’assourdit. Il me semble qu’il dit quelque chose. Mon époux sourit.

Je sens mon front et mes joues devenir brûlants, je sais que je suis en train de rougir. Je m’étonne de l’absurdité de ce rougissement, parce que si la situation pourrait se prêter à cet accès de pudeur, ce qui me fait rougir est en réalité ce que je viens de remarquer. Notre voisin, assis à mes côtés, n’a pas retiré son infâme vieux pantalon de jogging, son érection tend le tissu et c’est la vision de cette bosse qui m’a troublée au point de teinter mon visage. Je ne sais pas si je le leur dirai un jour.

Mes mains sont devenues folles, elles courent le long de mon corps, rapprochent mes seins l’un de l’autre, avant de les abandonner pour caresser mon ventre. Je sens qu’il me manque quelque chose pour atteindre la perfection de ce moment et qu’elles cherchent à m’expliquer quoi. Mon mari est beau comme un dieu, notre voisin ne l’est pas moins. Il arrange une nouvelle fois mon kimono pour mieux jouir du spectacle. C’est alors que la solution m’apparaît. Je lui prends la main et la pose sur ma tempe. Il me sourit et crispe ses doigts sur mes cheveux. Je ferme les yeux pour mieux profiter de toutes ces sensations que m’offrent mon corps, mon mari et notre partenaire. Mes mains ont repris leurs caresses, qui se prolongent jusqu’à ma vulve. J’ouvre les yeux.

– Embrassez-moi !

Quand la langue de notre voisin caresse la mienne, mon époux clame que c’est trop bon, et me demande si je sens qu’il est en train de jouir. Il sait bien que je ne le sens jamais, mais ma réponse n’a aucune importance, sa question n’a pour objectif que de nous propulser un peu plus haut dans le plaisir. Je sens les pulsations de mon vagin autour de sa verge. Le baiser de notre voisin se fait plus tendre. La tête me tourne.

Mon mari s’allonge à mes côtés.

– Vous permettez ?

Nous sourions de le voir réclamer ce baiser. J’ai l’impression d’être une adolescente délurée, entre deux garçons qui m’embrasseraient à tour de rôle. La main de notre voisin caresse mon ventre, mes cuisses. Je lui demande un peu de répit, qu’il m’accorde volontiers. Après de longues minutes entre eux deux, je leur demande s’ils ont aussi le gosier sec. Mon mari me recommande de ne pas bouger, il part dans la cuisine et revient avec un pichet rempli d’eau fraîche, nous buvons dans le même verre. Au point où nous en sommes, le mélange de salives n’est plus un problème.

L’après-midi est sur le point de laisser sa place à la soirée quand, remise de mes émotions, je propose à notre voisin d’essayer son kimono. Il tergiverse, demande à s’isoler dans la chambre d’ami.

– Je préfère l’essayer seul, si ça me convient, je vous appelle, sinon, permettez-moi de ne pas me ridiculiser à vos yeux

Nous lui accordons bien volontiers cette faveur, de toute façon, je suis convaincue qu’il nous appellera. Mon mari décide de profiter de cet intermède pour préparer l’apéro dînatoire. J’ai à peine le temps d’enfiler une robe-chemise que la voix de notre voisin se fait entendre. Je le rejoins dans la petite chambre, j’ai le souffle coupé tant je le trouve irrésistible. Il le remarque.

– Qu’en pensez-vous, mon ange ?

– Attendez, je vais arranger un peu votre tenue…

– Comment ça ?

Je m’approche de lui, relâche un peu la ceinture, échancre l’encolure, écarte un peu les pans.

– Voilà qui est mieux… caché sous le tissu, votre corps ne laisse pas transparaître votre émoi…

– Que devrais-je dire ? Votre robe, boutonnée jusqu’au cou… c’est… j’ose le mot, un véritable blasphème !

– Oh, vous n’êtes qu’un vil flatteur !

Il veut m’aider à déboutonner ma robe, mais ses doigts impatients ralentissent plus qu’ils ne hâtent mon déshabillage. La robe gît sur le plancher quand on toque à la porte.

– Ciel, mon mari !

Mon voisin ouvre les pans et m’invite à me cacher sous le kimono, qu’il referme sur moi.

– Auriez-vous une idée d’où se trouve mon épouse ?

– Votre charmante épouse n’est pas dans votre chambre ?

– Hélas, non… elle a dû sortir pour faire quelques courses, je vais l’attendre dans le salon…

– Vous faites bien, de mon côté, je vais laisser la porte de la chambre ouverte au cas où vous ne la verriez pas arriver…

– Vous êtes bien aimable !

– Mais non, mais non… entre voisins, il est normal de s’entraider…

J’adore quand ils se parlent ainsi, quand leur voix sonne aussi faux que celle des mauvais acteurs de nanards ! Je leur ai dit, un jour qu’on regardait je ne sais quel navet, depuis ils en jouent pour notre plus grand plaisir.

À l’abri du kimono, blottie contre son corps, mes lèvres baisant légèrement son épaule, je caresse plus que ne branle la grosse pine de notre voisin. Je sens les frissons parcourir sa peau. Ses mains courent sur la mienne au-dessus du tissu soyeux.

– Que signifie ce sourire, mon ange ?

– J’aime l’aisance avec laquelle je jouis quand je suis entre vos bras… Je me sens comme…

– Comme ?

– Vous allez vous moquer de moi.

– Pourquoi le ferais-je ?

– Quand vous me touchez, quand vous m’embrassez, quand nous faisons l’amour, je suis un Stradivarius entre les mains d’un virtuose et j’aime ça…

– Oh, mon ange ! Mon ange… mon ange…

Son baiser est émouvant, sincère comme un premier amour.

– Aimez-vous le contact du tissu sur votre peau ?

Sans attendre sa réponse, j’en ceins son sexe et le branle lentement, pour qu’il prenne le temps d’apprécier toutes les nuances que j’y mets. J’aime les mots tendres qu’il me murmure à l’oreille, tout comme j’aime sentir ses grosses couilles frôler ma hanche. D’un geste habile, il écarte le kimono, de telle façon que mon corps nu peut être vu par mon mari. Enfin, enfin seulement, sa main se faufile entre mes cuisses.

– Votre chatte dégouline encore du plaisir de votre époux, mon ange, et de celui que vous avez pris avec lui !

– Dois-je faire une petite toilette ?

– Surtout pas ! Savoir qu’après avoir déjà tellement joui, vous avez envie de moi… vous ne mesurez pas à quel point j’en suis honoré… J’ai espéré pendant des années être le héros d’une telle histoire d’amour et quand j’ai cessé d’y croire, nous nous sommes trouvés… Voyez comme votre époux est heureux de me regarder vous faire jouir, regardez comme il est heureux de vous voir ainsi !

Ma main se resserre sur son sexe, ses mouvements s’accélèrent, mon autre main soupèse, flatte ses grosses couilles, je veux qu’il remarque la douceur qu’apporte le tissu à mes caresses. Il sourit. Bien sûr qu’il la sent, bien sûr qu’il l’apprécie, mais si je montre autant d’ardeur que d’habileté, il ne va pas tarder à jouir. Est-ce là le but recherché ? Je lui souris en retour.

J’insiste. Inlassablement, je lui pose les mêmes questions, ivre de mes mots, ivre de mes sensations, ivre du regard que mon mari pose sur nous, ivre de la voix frémissante de cet homme que je branle et qui me caresse si bien. Il finit par me prendre au mot, y a-t-il une différence entre mes caresses avec ou sans tissu ? « Je vous laisse juge, mon ange ! » Il prend un pan du kimono et veut s’en servir pour me caresser. Je sursaute.

– Non !

– Et pourquoi donc ?

– Vous allez salir votre kimono…

– Le salir ?

– Vous l’avez vous-même constaté, ma chatte dégouline encore !

– Mais, mon ange, ce n’est pas de la saleté, c’est de l’amour, rien que de…

– Ooohh… ooohh…

Ses mots, la précision de ses caresses, la douceur du tissu soyeux m’emportent dans un tourbillon de plaisir. Je jouis sans rien retenir, ni mes cris, ni mes frissons, je vacille, je sens que mes joues se gonflent comme la gorge d’un crapaud, mes yeux se révulsent comme s’ils cherchaient à visualiser cet orgasme directement dans mes tripes. Je m’envole loin de ce monde et du temps, emportant avec moi mon merveilleux amant que je ne cesse de branler, comme si nos vies en dépendaient. Il jouit dans un râle sublime. Nous nous écroulons sur le plancher. Nos bouches se cherchent. Nos bouches se trouvent. Nos mains glissent sur nos corps, légères, aimantes.

Mon mari attend, patiemment, le sourire aux lèvres que nous soyons remis de nos émotions. Enfin, il se lève, se hâte lentement, entre dans la chambre.

– Ah ! Vous l’avez donc trouvée ! Mais où te cachais-tu, ma chérie ?

– Je ne me cachais pas le moins du monde, j’étais justement venue demander à notre… À ce propos, comment dois-je vous appeler « voisin » ou bien « conjoint » ? J’étais justement venue lui demander si par hasard, il savait où tu étais passé, parce qu’il est grand temps de passer à l’apéro. N’est-ce pas ?

Back to the city again ! – Deuxième épisode

Pour la quatrième fois consécutive, mes deux hommes passent l’après-midi ensemble, deux étages au-dessus de moi. Il paraît que ma présence les empêcherait de se concentrer sur leurs parties d’échecs. Comme si j’étais du genre à les perturber, moi ! Moi qui leur prépare, avec amour, moi qui leur apporte, avec grâce, leur petite collation, je serais un élément perturbateur ?! Je serais en droit de ruminer ma rancœur, mais je ne suis pas faite de ce bois-là. Puisqu’ils veulent passer du temps ensemble, j’en profite pour renouer avec mon quartier.

J’aime me promener à mon rythme, en traînant ou en pressant le pas, selon mon bon vouloir. Ce que j’apprécie le plus dans mes promenades, c’est l’air mystérieux et impénétrable que je prends quand, une fois que nous retrouvons tous les trois, mon mari adoré et notre fringuant complice me demandent où m’ont menée mes pas… Ils font semblant d’enrager, puis me câlinent à qui mieux mieux et je fais semblant d’avoir oublié, comme si mes souvenirs s’étaient dissous dans le plaisir qu’ils viennent de m’offrir.

Alors, même si je fais mine de me plaindre de leurs apartés dans ce qui est devenu leur garçonnière, force m’est de reconnaître que cette situation m’arrange bien ! C’est sans doute pour ça que je me suis juré, que nous nous sommes juré que je ne mettrais jamais les pieds dans l’appartement du 9e étage.

Aujourd’hui, je n’ai pas fait ma promenade habituelle vers le parc Montsouris en passant par la place de l’abbé Hénocque, j’ai décidé de remonter vers le Nord, jusqu’au Jardin des Plantes, bon prétexte pour lécher une certaine vitrine. Vitrine de la boutique où je suis entrée, avec l’air faussement dégagé d’une habituée, pour acheter du gel lubrifiant. J’ai apprécié de ne pas remarquer sur le visage de la vendeuse un sourire de circonstance, au contraire, comme j’étais la seule cliente, nous avons pu parler. Elle était étonnée du nombre de flacons que j’achetais, je lui ai expliqué que nous passons une bonne partie du temps dans un village de province, que d’habitude, nous commandons par internet, mais puisque l’occasion se présente, autant faire des stocks. J’aime bien le frisson qui me parcourt quand je dis « nous » il me semble même qu’on peut l’entendre dans le ton de ma voix, parce que ce « nous » signifie « nous trois » et qu’elle entend « nous deux ».

Je suis sur le point de payer quand je sollicite un conseil, quel sex-toy recommanderait-elle à une femme de soixante-sept ans qui n’en a jamais utilisé ? Aucune ironie, aucune condescendance dans les conseils qu’elle me donne. Je suis surprise de la précision de ses questions et avant tout de leur pertinence. Je repars avec mon premier jouet sexuel, fière comme Artaban.

Allez savoir pourquoi, le Jardin des Plantes a soudainement perdu tout attrait. Je décide donc de rentrer à l’appartement, en veillant toutefois à ne pas trop me hâter, histoire de laisser monter en moi la douce vague du désir. Presque sans m’en apercevoir, je rentre dans une autre boutique où j’achète le superbe kimono qui m’a fait de l’œil à travers la vitrine. J’espère que je n’aurai pas trop de mal à convaincre notre délicieux poète de le porter.

Arrivée à l’appartement, je dois encore faire preuve de patience le temps que les batteries du jouet se chargent. Pour que l’attente ne soit pas trop agaçante, je décide de regarder mon petit porno préféré. C’est la première fois que j’en visionne un toute seule, ce qui ajoute un frisson supplémentaire à mon excitation. Avant que le film ne commence, mon regard se pose sur le sac où se trouve le kimono. Je plisse un peu les yeux pour mieux imaginer le corps nu de notre partenaire, à demi-visible, à demi offert, je me demande comment sa peau réagira au contact du tissu. Je m’interdis de me caresser tant que le sex-toy ne sera pas en état de fonctionner.

Étrangement, cette contrainte me fait rougir les joues quand je regarde, captivée, fascinée, les images du film, images sur lesquelles se superposent celles du corps de cet homme en kimono faisant semblant de ne pas remarquer mon émoi.

Enfin, enfin, je peux me servir de mon jouet ! Alors, alors seulement, je mets en œuvre le plan que j’ai échafaudé dès la sortie de la boutique. Je relance le film, en augmentant un peu le son, je m’allonge sur le lit, m’asperge d’une énorme giclée de lubrifiant, ce qui est superflu étant donné mon état d’excitation, mais en l’occurrence une bonne dose de superflu me semble capitale, je mets en marche le joujou et téléphone à mon époux adoré.

– Tu as besoin de quelque chose, ma chérie ?

– Non, non… tout va bien… je m’occupe…

– Mais… tu te mates un porno en solo ?

– Euh… non… pas du tout !

– Tu n’es pas toute seule ?

– Bien sûr que si, mais… ooh… je ne regarde pas un porno…

– Mon ange, vous nous mentez !

– C’est quoi ce bruit de fond ? En plus du film, je veux dire…

– Quel… ooh… quel… hmmm… quel bru…

– Tu veux qu’on vienne te rejoindre ?

– Non ! Vous… Oooh… vous…

J’éloigne le jouet de mon corps, parce que je ne veux pas jouir si vite et que je veux donner l’impression d’être sereine au téléphone.

– Si c’est pour me reprocher d’interrompre votre partie d’échecs, merci bien ! Autant que je reste toute seule ! Et puis… si j’appelais…

Étonnamment, alors que le jouet est loin de mon sexe, je sens un orgasme couver en moi. Je ne sais pas trop comment faire pour l’empêcher d’exploser trop vite. Si je regarde à ma gauche, je le vois, si je regarde à ma droite, je vois le flacon de lubrifiant non rebouché, si je regarde devant moi, je vois le film, si je regarde au plafond, je m’imagine telle que je suis, les jambes écartées, une main allant d’un sein à l’autre, l’autre main tenant le téléphone.

– Tu disais ?

– J’appelais pour dire que j’ai trouvé la tenue idéale pour… tu vois de qui je veux parler… quand il nous rejoint au petit-déjeuner avec son braquemard d’enfer… euh… sa trique d’enfer… Oooh… sa belle grosse pine dressée qui ne trouve pas sa place dans son pantalon…

– Eh bien, mon ange, on dirait que ça vous émoustille… Oh ! Mais voilà que le bruit reprend !

– Tu nous ferais pas une crise d’asthme, par hasard ? Ton souffle me semble bien court, ma chérie… As-tu besoin que nous te rejoignions ?

– Non ! Je voulais juste que… oh putain, c’que c’est bon !

– Qu’est-ce qui est bon ?

– De vous imaginer bander pendant que… ooh… pendant que… rhââââ ! C’est trop bon !

Je coupe le téléphone, profite de ce premier orgasme assisté, et me caresse doucement comme si mes doigts découvraient mon sexe. J’ai joui, mais j’en veux encore. Peut-être parce que j’ai l’impression d’avoir un peu bâclé ce premier orgasme.

Je me lève, je prends le sac posé sur le canapé, tant pis pour la surprise, je déchire le papier cadeau, enfile le kimono avant de retourner dans la chambre. Je regarde le sex-toy droit dans les yeux. Maintenant que je sais ce dont il est capable, je vais tâcher de faire plus ample connaissance.

Il y a presque cinquante ans, celui qui allait devenir mon époux m’émoustillait en chuchotant à mon oreille « Tu n’es qu’une petite vicieuse ! Petite vicieuse… ma petite vicieuse ! » Ces mots ont accompagné notre plaisir et je leur en suis reconnaissante. Quand je regarde le sex-toy dans ma main, que je le dirige entre mes cuisses, je l’entends me traiter de vieille vicieuse, paradoxalement, ces mots me rajeunissent, oui, je suis vieille, oui, je suis vicieuse, et alors ? Qu’est-ce qui m’empêcherait d’aimer l’être ?

Toute à ces considérations, je n’ai pas entendu la porte s’ouvrir. Je suis concentrée sur le plaisir que je prends quand je remarque enfin la présence de mon époux et de notre voisin au seuil de la chambre, épaule contre épaule, se branlant en silence en me regardant.

– Fallait pas interrompre votre partie pour moi… mais puisque vous êtes là…