Back to the city again ! – Septième épisode

Quelle journée, mes aïeux, mais quelle journée ! Pour une fois, plus de 80 % des copropriétaires étaient présents à l’assemblée générale. La salle était presque trop petite, il a fallu ajouter des chaises et même quelques bancs. « Ça favorise les rapprochements » a noté mon mari adoré d’un air angélique. Un vent de rébellion, fomentée par le couple Tran et le couple Sanchez, a soufflé chez les participants qui ont refusé de donner quitus au syndic. « Ça commence bien… » a prédit celui qui est officiellement le partenaire d’échecs de mon époux.

Quand est arrivée la question relative à l’installation d’un système de vidéosurveillance dans les parties communes, je me suis levée pour prendre la parole. Moi, qui suis très timide dans ce genre de circonstances, je me suis sentie galvanisée. Mon argumentaire tenait à l’origine en deux points.

Quelle serait l’utilité d’un tel dispositif étant donné le calme et la sécurité dans notre tour ? J’ai rappelé que le dernier cambriolage connu remontait au millénaire précédent, ce qui m’a valu les rires approbateurs des copropriétaires. Quant aux dernières dégradations, à savoir quelques tags autour des boîtes aux lettres et près de l’ascenseur, elles ont été commises au début des années 2010. Une voix a précisé « En juillet 2013 ».

J’ai abordé le second point avec plus de sérieux, voire du pathos dans la voix ou, comme le dit notre conjoint, « avec les trémolos de la tragédienne ». Il concernait l’utilisation de ces images, la grande probabilité qu’elles ne soient pas sécurisées et par conséquent utilisées à des fins commerciales, dans le meilleur des cas. « Qui peut me garantir que des malfaisants ne s’en serviront pas pour repérer de chez eux les résidents partant en vacances, estimer la durée de leur absence au nombre de valises ? Noter les horaires auxquels les actifs partent au travail, à quelle heure ils en reviennent ? » Un silence de mort s’est abattu sur l’assemblée, suivi rapidement par des murmures sur la gamme « Mais elle a raison ! ». La même assemblée a lancé des regards hostiles au représentant du syndic qui avait osé faire cette proposition. « Il doit toucher sa commission, à coup sûr ! »

Touchée par je ne sais quelle grâce, j’ai conclu par un troisième argument. « Au lieu de dépenser inconsidérément une fortune pour ce gadget coûteux, inutile voire dangereux, ne serait-il pas préférable de budgétiser la modernisation du système d’éclairage des sous-sols, ainsi que le propose la question suivante présentée par monsieur… euh… par monsieur et madame Sanchez ? »

Après une séance de deux heures, exit le syndic (charge à nous d’en trouver un nouveau), exit le projet de vidéosurveillance et accord pour la rénovation de l’éclairage des sous-sols.

Madame Tran est venue me saluer, elle m’a demandé si je serais intéressée pour participer à la recherche d’un nouveau syndic, offre que j’ai poliment déclinée. Madame Sanchez, émue aux larmes, m’a embrassée. « Je ne m’attendais pas à un tel soutien, ça fait au moins dix ans que je réclamais ça et… merci, merci ! » Désignant notre voisin officiel, qui se trouve être notre conjoint officieux, je lui ai répondu « Il nous a raconté ses péripéties de la semaine dernière, quand il s’était rendu à la cave… »

De retour à notre appartement, nous avons fêté cette victoire comme il se doit, puis mon époux a émis le souhait de reconstituer l’incident du deuxième sous-sol et de jouer le rôle de la mère Sanchez. De son côté, notre conjoint a voulu que je mette la même robe que l’autre jour.

– Elle n’est pas transparente, mais quand tu la portes, à chaque pas que tu fais, je devine les courbes de ton corps et… ouah, ça m’excite drôlement !

– Faudrait savoir, mon cher, une fois c’est ma jupe droite qui t’excite parce qu’elle est stricte, maintenant c’est ma robe légère parce qu’elle laisse deviner mes courbes…

– Il faut te rendre à l’évidence, ma chérie, la tenue ne fait rien à l’affaire, c’est toi et toi seule qui excites notre ami !

Je fais mine de maugréer « ben alors, pourquoi devrais-je porter la robe de l’autre jour ? », en réalité, ce compliment m’atteint en plein cœur. Ma robe légère revêtue, nous prenons l’ascenseur en direction du deuxième sous-sol. Hélas ! Nous sommes contraints de renoncer à la reconstitution, le couple Sanchez faisant visiter ledit sous-sol et constater l’état de vétusté de l’éclairage à une dizaine de copropriétaires. Nous sommes surpris d’apprendre que nombre d’entre eux n’utilisent pas leur cave. Nous nous esquivons bien vite.

Je suis en train de préparer un plateau d’amuse-gueule pour notre séance de ciné-club quand le téléphone de notre conjoint se met à sonner. Je ne prête pas attention à ses propos jusqu’à ce que j’entende « Envoie-moi ses coordonnées, j’aurais une proposition à lui faire. » Il raccroche, vient me retrouver dans la cuisine.

– Je dois remonter chez moi, j’en ai pas pour longtemps, commencez pas sans moi !

À mon mari, qui lui emboîte le pas, il explique « Attends-moi ici, je vous en dirai plus à mon retour. Vous commencez pas sans moi, hein, promis ? »

Il revient après un bon quart d’heure et nous explique.

– Un ancien collègue, un gars bien, que j’ai formé il y a plus de vingt ans, m’a demandé si, par le biais de mes relations syndicales, je n’aurais pas connaissance d’un plan pour un logement pas cher en proche banlieue. Son neveu a trouvé un boulot sur Paris, mais comme vous vous en doutez, le hic c’est le logement. J’ai rappelé le gars, il vient visiter mon appartement à la fin de la semaine et si tout se passe bien, j’aurais un locataire ce qui me permettra de garder malgré tout un pied-à-terre à Paris, tout en ne me coûtant pas d’argent. Quant à lui, il pourra être confortablement logé en plein 13e à un tarif défiant toute concurrence.

Fort de l’effet produit, il boit une grande rasade du Champagne qu’il a ouvert pour la circonstance, s’étrangle à moitié, tousse « Ça pique ! » avant de conclure.

– Je vais donc pouvoir m’installer dans ma pampa sans avoir à vendre mon appartement parisien. Dans ces conditions, est-ce que votre proposition tient toujours ? À savoir, nous vivons tous les trois dans notre maison la plupart du temps, et le restant dans votre appartement ?

– Non !

Surprise, je sursaute à cause de la violence du ton de mon époux.

– Si tu dis « notre maison », tu dois dire « notre appartement ».

– Tu m’as fait peur, mon chéri !

– Je tenais juste à ce que les choses soient claires.

– On devrait faire une cérémonie officielle devant témoins et tout !

– T’as raison, mon ange, et comme témoin, on pourrait demander à madame Sanchez, par exemple !

– Moquez-vous, messieurs, moquez-vous… de toute façon, notre situation va bien finir par être officielle un jour ou l’autre… Rhô… j’imagine la tête de nos gamins quand on leur annoncera la nouvelle…!

Affalée sur le canapé, entre mes deux hommes, j’écoute plus que ne regarde le film. Les cuisses ouvertes, je me laisse aller à leurs caresses. Surpris que je ne les caresse, ni ne les embrasse en retour, ils s’inquiètent de mes pensées.

– Je me demandais si tu n’aurais pas un roman-photo ou une BD qui me permettrait de réviser pour nos nuits de noces…

– Notre nuit de noces, tu veux dire…

– Pourquoi devrions-nous nous contenter d’une seule ?

– Voilà la femme que j’aime !

– Et moi donc !

– Et voilà les hommes que j’aime 

Nous décidons que, y a pas à chier, faudra absolument aller brûler un cierge à Saint-Covid.

Back to the city again ! – Sixième épisode

Après ma promenade quotidienne, laissant mon mari à ses pinceaux, j’accompagne notre conjoint au deuxième sous-sol. Il y a sa cave et a besoin de mon aide, et de mon regard acéré, pour faire le tri entre ce qu’il emportera à la campagne, ce qu’il pourra laisser à Paris et ce qu’il devra jeter.

– Et merde !

Comme beaucoup de copropriétaires s’en plaignent, la lumière est trop faible, la minuterie s’éteint trop vite, après à peine deux minutes. La tour étant assez ancienne, il n’y a que trois interrupteurs répartis sur un long couloir. Les caves en elles-mêmes ne sont pas électrifiées, il faut donc penser à se munir d’une lampe de poche ou de son téléphone portable. C’est aussi pour cette raison qu’il a besoin de ma présence.

– Et re-merde !

Son cri rebondit le long des murs du couloir. Notre conjoint fulmine. Il y a deux ans, la porte de sa cave avait été forcée, il en avait donc changé la serrure. Il vient de s’apercevoir qu’il s’est trompé de clé. Je suis plus fataliste que lui.

– C’est pas grave, on n’a qu’à faire un aller-retour jusque chez toi et…

J’ai tout juste le temps de remarquer une lueur égrillarde dans ses yeux avant que la lumière ne s’éteigne.

– Pas si vite, mon ange… !

Quand il m’appelle « mon ange », le sexe n’est jamais bien loin. La pression sur mon bras confirme ma pensée.

– Ici ?!

– Et pourquoi pas ?

– Mais… on pourrait nous surprendre…

– C’est tout l’intérêt de la chose, mon ange… tu n’as qu’à mettre les pointillés de côté…

– Les pointillés ? Ça veut dire que… et vous oubliez le vouvoiement, mon chéri !

– Le vouvoiement, c’est quand on a le temps, c’est un luxe que les rebelles de la pipe ne peuvent s’offrir !

Je soulève le bas de ma robe avant de m’agenouiller devant lui, qui ne prend même pas la peine de baisser son pantalon, se contentant de sortir son engin par la braguette ouverte. Je dois reconnaître que sa manie de ne porter aucun sous-vêtement s’avère judicieuse en la circonstance. La lumière de son téléphone me donne l’impression d’être sous le feu des projecteurs.

– Mes genoux vont être tout sales et peut-être même écorchés…

– Arrête, tu m’excites !

– Ne me fais pas rire, sinon… je vais avoir du mal à me con…

Il m’impose le silence d’une façon sexy. Niveau 12 sur une échelle allant de 1 à 10.

Bon sang, j’ai toujours, dès ma première pipe, aimé sucer, mais la texture, l’odeur, le goût de sa queue me transportent bien plus loin. J’ai apprécié ce sentiment de sérénité après un court moment d’embarras quand, alors que je venais de faire cette remarque à voix haute, mon mari m’a rétorqué « Attends un peu cinquante ans, on verra si cette sensation persiste ! »

La crainte d’être surprise met tous mes sens en alerte, ce qui exacerbe le plaisir que je prends à pratiquer cette fellation dans les couloirs du deuxième sous-sol. Il est si intense que malgré le risque, contre toute prudence, je m’offre des pointillés, pour le plaisir de faire durer cette pipe.

Les mots de notre conjoint « Ta langue… ta langue agile, mon ange… » ; ses doigts caressant mes lèvres, comme s’il voulait s’assurer qu’il ne rêve pas « Ta bouche… ta bouche divine… » et quand, lassés de me caresser, ses doigts remontent le long de mes joues pour se crisper sur mon crâne, à m’en arracher quelques cheveux… ses quelques va-et-vient qu’il impose à ma bouche pour la contraindre à suivre son rythme avant de capituler et de me laisser faire « Ô, mon ange, ma suceuse d’amour… »

L’obscurité nous enveloppe depuis bien longtemps, mon sémillant a renoncé à éclairer mon visage et a rangé son téléphone dans la poche de son pantalon. Je m’émerveille de la souplesse de son gland sous ma langue, entre mes lèvres, je pense à la suavité parfaite du litchi. Je ne saurais trouver meilleure analogie puisque c’est un de mes fruits préférés.

Je réalise que j’avais fermé les yeux quand un « CLAC ! » me les fait ouvrir et sursauter. La lumière soudaine agace mes yeux. « Y a quelqu’un ? » D’un mouvement parfait comme une chorégraphie, mon fringuant me relève, me fait pivoter, avant de me précipiter contre la porte de sa cave, qui s’ouvre comme par magie.

 Hé ho, y a quelqu’un ?!

– Oui, ici. Je cherchais mes clés quand la lumière s’est éteinte…

– J’ai demandé à ce que la question de l’éclairage des parties communes, surtout au niveau des sous-sols, soit portée à l’ordre du jour de l’assemblée générale. J’espère pouvoir compter sur votre voix.

– Vous le pouvez…

– Mais en attendant, il ne faut pas oublier de prendre une lampe de poche quand vous allez à la cave, monsieur !

– C’est ce que je me disais, justement.

– Ou votre téléphone portable, il y a une lampe intégrée, vous savez…

– Oh, mais quelle bonne idée ! Au revoir et bonne journée, madame… euh…

– Bonne journée à vous !

Les pas s’éloignent, j’entends la porte d’une cave s’ouvrir à l’autre bout du couloir. Hilare, le taquin me rejoint. Il éclaire sa cave juste assez longtemps pour que je puisse distinguer des rayonnages remplis de bouteilles couvertes de poussière, des caisses et des cartons empilés de brique et de broque, assez longtemps pour qu’il puisse remarquer mon air furibard et s’en amuser.

– On a failli se faire surprendre !

– Ne me dis pas que tu n’as pas goûté au sel de la situation…

Il glisse sa main sous ma robe, lâche un juron et, comme un reproche, me complimente « Tu es trempée comme un sous-bois après un orage d’été ! »

– La faute à qui ?

– La faute ?! Petite ingrate ! Tiens, voilà pour ta peine !

Il rallume son téléphone, me retourne face aux casiers et leurs bouteilles poussiéreuses, relève le bas de ma robe, éteint son téléphone et me pénètre d’un coup. Je me plains.

– Si tu ne baisses pas ton pantalon, je ne peux pas sentir tes couilles contre mes cuisses…

– Tu ne le mérites pas, ingrate que tu es !

Dans le ton de sa voix, je perçois nettement son incrédulité, j’y entends sa pensée « Si j’avais pu imaginer prononcer ces mots un jour… »

Comme il sait y faire, le bougre ! Il me fait onduler comme les épis d’un champ de blé sous un vent d’Ouest. Je ferme mes yeux, qui se sont accoutumés à l’obscurité, pour mieux profiter de ses assauts, qui alternent entre douceur et rugosité.

– Tu es bien silencieuse, mon ange, à quoi penses-tu ?

– À rien… je… je profite… mais co…

– Quelle pensée cherches-tu à me cacher ?

– Non ! N’arrête pas ! Comment as-tu pu croire ton ex, alors que tu me fais jouir si aisément… d’un claquement de doigts…?

– Et pas d’un coup de pine ?

– C’est malin, ça ! Tu me baises divinement bien, c’est si bon… partout… tout le temps… Ooh tes doigts…! On pourrait croire que tu aimes ça !

– Quoi ? Que j’aime quoi, mon ange ?

– Me baiser comme… Oooh… comme… comme un voyou… tout en branlant mon clito tel le prince… avec… Hmmm… avec la… Oooh… la Belle au Bois Dormant…

– Vraiment ?! Tu crois qu’il le lui branlait comme ça… comme une petite pine… Ooh ! Ta chatte chante et palpite déjà…! Dans la version officielle, il la réveille d’un baiser, non ?

– Oooh… Oooohhh… la bran… ooohh…!

– Tu disais ?

– La branlette du clito… ooohh… hmm… est… Rhââââ… Ooh… elle est implicite… elle… N’arrête pas ! Elle précède le cunni qui la sort de… C’que c’est bon ! Qui la sort de son long sommeil…

– Tu as vu quelle version au juste ? Oh ! Tu palpites encore ! Quelle version du dessin animé… parce que je suis preneur, mon ange !

– Disney, comme tous les ricains, est le roi des cons… Ooh oui… comme ça ! Il ne comprend rien à la littérature européenne… et encore moins à la française… Bouge encore… N’arrête pas… Il est question d’un doux baiser sur les lèvres, parce qu’il… Oooh ! Parce qu’il n’était pas nécessaire de préciser lesquelles à un lectorat averti !

– Laisse-moi deviner, avant la retraite, tu enseignais la littérature comparée ?

– Ne me fais pas rire ! Oh oui… touche-moi comme ça ! La culture populaire, l’éducation populaire, ça te dit quelque chose ? Oh ! Pourquoi tu te retires ?

Il allume son téléphone, la lumière me pique les yeux. Il m’assied sur une grosse malle.

– Tes yeux, ma gourmande… tes yeux quand je jouis dans ta… Rhââââ ! Dans ta bouche !

Il me laisse déglutir avant de m’embrasser tendrement. Nous remettons un peu d’ordre dans notre tenue avant de rentrer chez nous. Dans l’ascenseur, il me regarde comme s’il me voyait différemment, comme s’il découvrait la réponse à une question qui le taraudait. Entre le cinquième et le septième étage, il me dit :

– En fait, tu ne m’as jamais sucé, tu ne me suces pas, tu m’offres un voyage initiatique au pays merveilleux de la fellation, c’est ça ton secret !

– Flatteur !

Nous entrons dans l’appartement, mon époux est en train de ranger son matériel de peinture. Il me fait remarquer ma chevelure en désordre et le bas de ma robe froissé.

– Figure-toi que ton épouse a absolument tenu à me sucer dans les couloirs du deuxième sous-sol…

– Oh ! T’es gonflé ! Il a fait semblant de ne pas avoir les bonnes clés et a profité de l’obscurité pour…

– On a failli se faire griller…

– Par madame Sanchez, en plus ! Et tu sais quoi ? Il ne s’était même pas trompé de clé, en plus !

– En même temps, c’est normal puisque c’est la même depuis que j’ai emménagé…

– Quoi ?! En plus, je me suis niqué les genoux… Regarde-moi ça !

– C’est trois fois rien, ma chérie…

– Et tu sais quoi ? En plus, il m’a dit « tu »… tout le long, il me disait « tu »…

– Finalement, notre conjoint c’est Monsieur Plus…

– Et ça vous fait rire, en plus ! Vous mériteriez que… Bon, je dois admettre que j’ai adoré tous ces frissons, la situation et tout, mais c’est pas une raison pour vous marrer !

– La mère Sanchez a dû être vachement surprise de te voir aider notre conjoint à débarrasser sa cave.

– Elle ne m’a pas vue et figure-toi qu’avec tout ça, on n’a rien débarrassé du tout !

– En plus ?!

Je devrais fusiller mon époux du regard, mais je préfère rire avec eux.

Back to the city again ! – Cinquième épisode

Notre conjoint me tend une brochure.

– Que t’inspirerait cette histoire ?

Je fronce les sourcils et je réponds en bougonnant « Ça m’inspire un truc du genre mon mari est parfois le roi des cons »

– Mon ange, mon ange détrompe-toi, c’est moi qui ai eu l’idée de ce test. Je me refusais à croire ce qu’il me disait.

– Et que te disait-il, au juste ?

– Nous parlions des blocages qui peuvent paraître surprenants…

– Et je lui ai dit le mot à ne jamais prononcer devant toi… le mot qui te révulse…

– Comment aurais-je pu deviner que ce simple mot produisait un tel effet sur toi ? Il est si souvent utilisé pour… alors j’ai voulu m’en assurer… maintenant que c’est fait, je me demande pourquoi…

– Parce que j’y vois une traînée d’urine coulant le long d’un arbre, quand je l’entends, je sens l’odeur d’une vieille pisse mélangée à celle d’un tronc d’arbre…

– Une traînée d’urine sur un tronc d’arbre ? Un cyprès, par exemple ?

– Mais oui ! C’est exactement ça ! Un cyprès, de l’urine… voilà d’où me vient cette image ! Je ne m’expliquais pas cette association d’idées et toi, pof ! tu la découvres du premier coup ! Oh, pardon mon chéri, j’ai cru que tu avais voulu nous jouer un sale tour, alors que c’était tout le contraire. Comment me faire pardonner ?

– Laisse-moi y réfléchir…

Notre conjoint lui chuchote quelques mots à l’oreille avant de s’éclipser. Mon mari sourit de mon impatience et attend le retour de son complice qui ne tarde pas à nous rejoindre, une tablette numérique et un casque Bluetooth à la main. Il sort un masque de sa poche, de ceux que l’on distribue dans les avions pour pouvoir dormir malgré la lumière, ainsi qu’une large ceinture en satin rouge. « Je n’ai rien trouvé de plus approchant comme bâillon ». Les dés sont donc jetés, je devine sans trop d’efforts en quoi consistera ma pénitence.

Et pour tout dire, je m’en réjouis à l’avance.

Rapidement, je me retrouve les yeux bandés, la bouche bâillonnée. J’ai le temps d’entendre la question posée par notre conjoint « Les rideaux ouverts ou fermés ? » mais avant que mon époux n’y réponde, le casque recouvre mes oreilles et je n’entends que des gémissements, des râles, des cris de plaisirs ainsi que des bouts de dialogues cochons.

Des mains me déshabillent. Les rideaux sont-ils ouverts ou fermés ? Une main guide mes pas, je déambule, nue, du salon à la cuisine et de la cuisine au salon. Des mains, que je ne parviens pas à distinguer, me caressent par intermittence, comme pour évaluer mon degré d’excitation. Je souris intérieurement, parce que cette vérification me paraît inutile… À force de déambuler, je ne sais plus où je suis, les écouteurs emplissent ma tête de mots, de souffles, de cris qui m’interdisent de penser à autre chose qu’au désir.

Non seulement les rideaux sont ouverts, mais les portes fenêtres le sont aussi ! Je me sens rougir bien qu’il n’y ait pratiquement aucune chance que quelqu’un lève les yeux jusqu’au septième étage et m’aperçoive

Mon bâillon est desserré, je sens qu’on libère mes oreilles du casque. Je me dis que le pardon m’aura été bien vite accordé.

– Où tu as mis ton short de combat ?

– Au sale, mais…

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase que le bâillon est resserré sur ma bouche et que le casque recouvre mes oreilles. La bande-son de notre conjoint est essentiellement constituée d’enregistrements de nos conversations cochonnes et de nos ébats à deux ou à trois. Au début, je suis un peu gênée d’entendre ma voix prononcer ces mots que je disais avec délectation, de m’écouter jouir bruyamment, je m’y habitue assez vite surtout en écoutant les mots, les cris de mes deux hommes me faisant l’amour ou me baisant, les compliments qu’ils s’adressent quand ils ne sont que spectateurs…

La joue rugueuse sur mon mollet m’indique que notre conjoint est chargé de m’aider à enfiler mon short. Je sens le satin raide de spermes séchés au niveau de la déchirure du tissu à l’entrecuisse. Au lieu de m’incommoder, cette sensation exacerbe mon désir.

Si j’étais polythéiste, je dirais que les Dieux vous ont doté de la plus belle paire de couilles de toute la Création. Il me suffit de penser à elles pour avoir envie de les sentir bringuebaler contre mes cuisses, contre ma chatte, contre mes fesses. Regardez-moi, regardez mes yeux, regardez ma chatte, regardez comme je me touche, je le ferai en pensant à vous quand vous aurez regagné votre appartement. Dites-moi que vous vous branlerez en pensant à ces quelques jours passés avec nous. Que vous bénirez vos couilles de susciter tous mes fantasmes. Oh… j’adore quand vous les touchez comme ça ! Vous ne me croyez pas ? Venez donc vérifier, mon chéri ! Oh oui ! Comme ça… bourrez-moi comme ça ! Dites-moi que je suis votre voisine préférée ! Votre petite salope partagée ! Ai-je réellement prononcé ces mots ? Et tous ces « Bonne année ! Bonne année ! » prononcés dans toutes les modulations offertes par la jouissance…

Une main sur mes reins m’enjoint de me pencher en avant, une claque sèche à l’intérieur de ma cuisse m’ordonne de les écarter davantage. Ces mains qui me caressent, ces doigts qui me fouillent sans que je puisse savoir à qui elles appartiennent… la tête me tourne…

Une main a pris la mienne, m’a fait avancer de quelques pas. Je sens le canapé heurter mes genoux. À quatre pattes, j’attends la petite claque sèche pour écarter mes cuisses, je ne pensais pas à celles sur mes fesses pour m’inciter à me cambrer… Un gland me pénètre puis se retire. Un autre (ou est-ce le même ?) réitère. Combien de fois recommencent-ils leur manège, me pénétrant un peu plus à chaque assaut ? Quand je sens les grosses couilles de notre conjoint battre la mesure contre mes cuisses, je réalise que je suis en train de téter mon bâillon comme j’aimerais tant téter la queue de mon mari.

Des mains écartent mes fesses, titillent la raie, taquinent mon anus. Je ferme mes yeux bandés en espérant sentir la fraîcheur du lubrifiant annonciateur d’autres plaisirs. Mais rien de la sorte ne se produit. À la place, d’un geste assuré, notre conjoint, sans cesser ses va-et-vient en moi, redresse mon buste. Je sens alors mon mari s’installer sur le canapé. Notre conjoint desserre son étreinte, d’une main ferme et volontaire me fait reprendre la position antérieure. Entendent-ils mes cris de plaisir malgré le bâillon ?

Les cunnis de mon époux ont toujours été délicieux, même au début quand on ne savait pas trop comment s’y prendre ni à quoi s’attendre, mais ces derniers temps, les mots me manquent pour les qualifier… « parfaits » ne serait qu’un piètre euphémisme.

Et dans mes oreilles résonnent « les pointillés, ma chérie… les pointillés » « les pointillés, mon ange ! » enregistrés à maintes reprises… comme si j’avais besoin d’entendre leur voix pour me rappeler à quel point j’ai envie de sucer ! Je me cambre, j’ondule, je rue comme une jument entravée, la main de notre conjoint arrache le bâillon et offre la queue de mon mari à ma bouche avide. Son gland franchissant mes lèvres me permet de jouir enfin

Notre conjoint accélère, je visualise ses couilles comme les cloches d’une église sonnant à pleine volée pour annoncer un heureux événement. Il se fige soudain. Je sens les soubresauts de ses cuisses. Il se retire presque aussitôt. Les doigts de mon mari prennent la place de la grosse pine de son cher ami tandis que sa bouche et sa langue ne cessent d’offrir du bonheur à mon clitoris. Ma langue s’enroule autour du sexe de mon époux, comme un bébé boa le ferait autour d’une branche, plus rapide et plus impatient qu’un adulte. Je réalise que mes mains sont désormais entre ses cuisses, que je caresse ses couilles et son périnée… je sens le flot de son plaisir envahir ma bouche.

Nous restons statufiés dans cette position. Peu à peu, nous bougeons à la vitesse d’un paresseux épuisé. Je sens qu’on ôte le masque sur mes yeux et le casque sur mes oreilles. Je voudrais tenter une plaisanterie du genre « Alors, suis-je pardonnée ? », mais je ne parviens qu’à sourire. Une chance qu’après toutes ces années de mariage, mon mari me comprenne sans avoir besoin de mots. Il me rassure, oui, je suis pardonnée de ce mouvement d’humeur et de l’avoir injustement accusé. Notre conjoint me prend dans ses bras. Il sourit, faisant mine d’essorer la bande de satin rouge qui me bâillonnait.

– Mon ange, promettez-moi de me faire offense dès que l’occasion vous en sera donnée !

On me reproche mon sale caractère, mais tout le monde s’accorde à dire que j’ai bon fond, c’est pourquoi je lui fais la promesse de l’offenser bientôt… et peut-être même avant !