Aux plaisirs discrets ~ Troisième épisode – Arnaud

Geneviève Duval est tombée dans un délicieux traquenard, un de ceux que la vie lui réserve, alors qu’elle ne m’en a jamais offert de semblables. En cette belle fin d’après-midi de vendredi, j’ai revêtu ses habits et je me promène dans les rues quand, je remarque une certaine agitation pleine d’éclats de rire dans une petite librairie indépendante. Je tends le cou pour en saisir la raison quand un jeune homme m’interpelle « Entrez ! S’il vous plaît, entrez… sinon… » Je ne veux pas savoir ce qu’il se passerait si je refusais, alors de très bon gré, j’accepte l’invitation.

– À cinq minutes près, il aurait été trop tard !

J’apprends donc, que les propriétaires ont organisé un petit jeu à l’attention de leurs clients, bibliothécaires pour la plupart ou confrères provinciaux pour les autres, petit jeu qu’ils ont nommé « Le défi du libraire / bibliothécaire ».

Nous sommes répartis en six équipes de deux, la condition sine qua non étant de ne pas travailler avec son coéquipier, l’idéal étant de ne pas le connaître du tout. Ce qui est le cas pour tous les participants. Chaque équipe doit remplir un panier en suivant une liste que je trouve particulièrement savoureuse. Des douze participants, je suis la seule à n’être ni bibliothécaire, ni libraire, je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse formuler de telles demandes.

L’un des organisateurs me demande mon prénom et note Geneviève sur le badge que j’arbore fièrement, mon coéquipier, le jeune homme qui m’a interpellée dans la rue, se prénomme Arnaud, je ne sais pas quel est son âge, trente-cinq ans, quarante tout au plus, mais je dirais plutôt trente-cinq.

Parmi les six livres que nous devons trouver, Arnaud en devine cinq, mais me dit buter sur le dernier. Le livre avec “soleil” dans le titre, qui se passe en Espagne ou en Grèce ou dans un pays où il y a du soleil et qui a reçu un prix. Sans dire un mot, je l’entraîne dans les rayons et lui désigne « Le soleil des Scorta », à mi-voix, je lui précise qu’il se passe en Italie et a reçu le Prix Goncourt 2004, une première pour la maison d’édition Actes Sud, ce qui me vaut un sifflement admiratif quoique presque inaudible de mon partenaire. En fait, je n’ai pas grand mérite, parce que c’est l’un des rares Prix Goncourt que j’ai lus.

Nous sommes les premiers à remplir notre panier, mais je n’ai pas été d’une grande utilité. Cependant, quand je prends la liste et vérifie les livres, j’en sors un et fais non de la tête et de l’index. Ce livre où il est question d’échecs et d’un nazi, je suis certaine qu’il ne s’agit pas de la nouvelle de Stefan Zweig « Le joueur d’échecs ». Arnaud insiste. Péremptoire j’affirme « Il n’y a pas de nazi dans cette nouvelle, non, non je crois savoir de quel livre il est question. » Je retourne dans les rayons, Arnaud sur mes pas.

– Voilà le livre en question « La partie n’est jamais nulle » d’Icchokas Meras. Là, il y a un nazi dedans, et même un méchant nazi !

– Parce qu’il y en avait des gentils ?

– Je ne crois pas, mais celui-ci est vraiment méchant-méchant comme nazi et tu peux me faire confiance, question nazis, je m’y connais !

Nous sommes les grands vainqueurs du jeu, incidemment parce que nous sommes les seuls à ne pas être tombés dans le panneau du livre où il est question d’une partie d’échecs et d’un nazi ! Je suis toute fière de ce moment de gloire éphémère. Nous remportons donc le premier prix, un roman à choisir parmi ceux qui se trouvent sur la table près de la caisse. Je fais la moue en regrettant qu’il n’y ait pas ce livre de cet auteur américain, mais si… il est connu… ça raconte l’histoire d’une bourgade… avec une famille, mais si… sur la couverture on voit un paysage… !

Geneviève aime faire rire son entourage, je le découvre en même temps que les personnes présentes dans cette librairie.

Pour fêter notre victoire, Arnaud m’invite à dîner. Le repas est détendu, émaillé d’éclats de rire, aussi soudainement que s’éteint la flamme d’une bougie sur laquelle on aurait soufflé, son regard joyeux se teinte d’une étrange lueur.

– Je suis un mari fidèle, je ne couche pas avec d’autres femmes que mon épouse, ni n’ai embrassé d’autres bouches que la sienne.

Je sens bien qu’il n’a pas fini de parler. Il boit une grande rasade, je suis toute ouïe.

– Je ne sais pas si c’est ton parfum, ton humour, ta légèreté… je ne coucherai pas avec toi, ni ne t’embrasserai, mais accepterais-tu de passer la nuit avec moi, dans mon hôtel ? J’ai une furieuse envie de te bouffer la chatte.

Je souris tout en rougissant un peu. Quelle curieuse proposition !

– Je suis d’accord, mais à condition qu’on passe la nuit dans mon hôtel.

Le repas terminé, l’addition payée, nous rejoignons à toute hâte ma chambre d’hôtel, il me demande de retirer ma jupe et ma culotte « mais de garder le haut » pendant qu’il se déshabille.

Quand il voit mon sexe non épilé, il s’extasie. Il touche, d’un index timide, mes poils pubiens, il trouve ça beau. À sa demande, je m’assieds au bord du lit, j’écarte les jambes et le laisse admirer le spectacle. Je suis troublée de la gourmandise de son regard. Agenouillé devant moi, il se caresse doucement, sans détacher ses yeux de mon entrejambe.

Cette situation m’excite au plus haut point. Sans même m’en rendre compte, je déboutonne mon chemisier, l’enlève ainsi que mon soutien-gorge et me caresse les seins avec la même douceur, la même lenteur qu’il se branle.

Il détache enfin son regard, lève les yeux vers moi, dans un souffle murmure un « Ooh ! » admiratif en découvrant ma poitrine. Il tend la main vers elle, se ravise et plonge tête la première entre mes cuisses. Que sa gourmandise est agréable ! Il me lèche, me tète, me lèche encore comme si nos vies en dépendaient. Je suis tellement surprise de son avidité, de la frénésie avec laquelle il se branle, que je jouis très fort et très vite.

Quand il sent mes cuisses se refermer brusquement autour de son visage, qu’il entend mon cri, il éjacule dans le creux de sa main.

– Ne bouge pas, je reviens !

Je pourrais presque rire de sa remarque ! Où pourrais-je bien aller ? J’entends couler l’eau du lavabo. Il s’est essuyé les mains à la hâte et s’en excuse en me demandant la permission de toucher mes seins. Quel âge as-tu donc, Arnaud ? Adossée à la tête du lit, je ferme les yeux et je profite de la douceur de ses caresses. Il me demande, tout intimidé, s’il peut m’embrasser les seins. Ses baisers d’abord légers deviennent rapidement goulus, comme s’il cherchait quelque goutte de lait. Que c’est bon ! Que c’est bon !

J’ouvre les yeux pour regarder son visage, mais je suis frappée par la vision de son érection. Ouah, il rebande déjà ! Mais quel âge as-tu donc, Arnaud, pour pouvoir enchaîner les érections à ce rythme ? Je me poserai la question à plusieurs reprises tout au long de cette nuit.

Tandis qu’il me tète le sein, sa main glisse sur mon ventre vers mon pubis, ses doigts jouent avec mes poils, je n’ai d’yeux que pour son sexe dressé qu’il m’interdit de toucher, d’embrasser. Il lève les yeux vers moi, je comprends la question qu’ils me posent.

– Oui, si tu le veux, tu peux me bouffer la chatte, Arnaud !

– Tu trouves que je le fais bien ?

– Je ne dois pas être la première à te complimenter…

Il a un regard et un sourire énigmatiques. Je n’en saurai pas plus. Je reprends ma position au bord du lit, mais cette fois, il préfère que je me mette debout, adossée au mur, les jambes écartées. Je jouis moins vite que la première fois, mais aussi fort. Après s’être lavé les mains, il s’assied sur le fauteuil, je m’installe sur ses genoux et le laisse me téter les seins avec un plaisir rare. Mon corps s’embrase quand je sens son sexe se dresser. Je me relève et m’allonge sur le lit. Il s’allonge à mes côtés. Son téléphone se met à sonner.

– Je dois répondre, c’est ma femme, si ça t’ennuie, je peux sortir de la chambre et revenir ensuite.

Ça ne m’ennuie pas le moins du monde. Il s’assied au bord du lit, me sourit, et, tout en caressant mes poils d’une main distraite, entame une brève conversation. « Oui, je suis dans ma chambre d’hôtel… Ils avaient organisé une course au trésor très amusante. Oui… Quelques-uns… Non, je n’ai pas dépassé le budget imparti, madame la directrice de la bibliothèque ! Demain à quatorze heures trente-six, à moins d’un retard. Oui… Je t’embrasse moi aussi. À demain. Oui… moi aussi… Je t’aime. À demain »

Il range son téléphone, s’allonge sur le lit, me demande de me mettre à quatre pattes au-dessus de lui. J’ai une vue plongeante sur son sexe à nouveau en érection.

– Je suis fou de ta chatte, je n’en ai jamais vue d’aussi belle que la tienne !

Quand il en écarte les lèvres, je me cambre.

– Et tes seins ! Je n’aurais jamais pu imaginer que tu aies une si belle poitrine…

Je ne saurais dire combien de fois il m’a fait jouir, combien de fois il a bouffé ma chatte, combien de fois il a tété mes seins, combien de fois il s’est lavé les mains après avoir éjaculé dedans. Pour le savoir, il me suffirait de me rappeler les positions, parce qu’il en a changé à chaque fois.

Un frisson d’orgueil m’a traversée quand il s’est plaint de « jouir à sec », quand il s’est demandé combien de temps faudrait-il à ses couilles pour refaire le plein. Nous n’avons dormi qu’une heure ou deux, à notre réveil, je lui explique, un peu confuse, la règle qui prévaut pour les petits-déjeuners. Je ne pouvais pas deviner que je passerais la nuit avec quelqu’un, il me sourit. Il prendra le sien dans son hôtel, mais avant, il a une dernière requête.

– Est-ce que je peux te bouffer la chatte une dernière fois ?

Je lui souris, tellement heureuse et tellement flattée.

– À condition qu’on le fasse sous la douche, je voudrais connaître la saveur de tes baisers quand tu me feras jouir sous l’eau chaude !

Il me fait jouir d’une force incroyable et ne cesse de me lécher jusqu’à son propre orgasme.

– Oh ! Regarde ! Mes couilles se sont rechargées pendant qu’on dormait !

Il se relève, et comme s’il me dévoilait un trésor, ouvre son poing qu’il tenait fermé. Mais quel âge as-tu donc, Arnaud, pour te réjouir comme un gamin de me montrer le sperme dans le creux de ta main ?

Avant de s’en aller, il me dit espérer voir nos chemins se croiser à nouveau. Geneviève lui répond « Qui sait ? »

Attablée devant mon petit-déjeuner, il me semble sentir la langue d’Arnaud sur mon sexe, ses succions sur mes seins. Je ferme les yeux pour profiter de ces divines sensations. Quand je les rouvre, je remarque que je ne suis plus seule dans le petit salon. Un couple de touristes parle une langue inconnue, il me semble que le visage d’un des deux autres clients m’est familier. Je ne sais pas où je l’ai vu, ni quand, mais quand il me salue d’un hochement de la tête, cette intuition se confirme.

Aux plaisirs discrets ~ Deuxième épisode – Fabrice

À toi de jouer, Geneviève ! Geneviève est le personnage que je me suis créé, une provinciale qui se rend régulièrement à Paris pour assister à des événements culturels. Depuis mon enfance, j’ai toujours aimé ce prénom, je ne sais pas pourquoi, il représentait tout à la fois, une certaine noblesse empreinte de respectabilité, d’élégance ; en devenant jeune fille, puis femme, j’y trouvais un soupçon de sensualité, voire d’érotisme, de feu sous la glace.

J’ai endossé le costume de Geneviève Duval, une jupe assez stricte pour faire sérieuse, mais qui laisse deviner que ce sérieux n’est peut-être qu’une façade, un chemisier très souple qui contraste avec la jupe, j’adore le contact de son tissu sur ma peau. Les talons de mes escarpins ne sont pas très hauts, mais ce sont des talons aiguille.

Je peaufine l’aspect extérieur de mon personnage par un maquillage léger. Une bague héritée de ma grand-mère a remplacé l’alliance à mon annulaire. Elle date des années 1920, ce qui ajoute un soupçon intemporel à son chic. Quelques gouttes de parfum judicieusement déposées sur ma peau et voilà Geneviève Duval prête à faire son entrée dans le monde !

Geneviève n’existerait pas sans cet hôtel que j’ai décidé de renommer « aux plaisirs discrets ». Peu après la séparation, j’ai décidé de me promener dans Paris, sans but précis, d’emprunter une rue parce que son nom me plaisait, ou parfois quand un immeuble attirait mon regard, ou bien la silhouette d’un passant. D’une rue à l’autre, je finissais par me perdre sans toutefois m’égarer tout à fait.

Un matin, la porte de cet hôtel s’est ouverte. Curieuse, je tentais de deviner à quoi pouvait ressembler son intérieur en jetant un coup d’œil par-dessus les épaules d’un couple qui en sortait. L’homme, avenant, m’a invitée à entrer. J’ai poliment décliné la proposition.

– Je voulais juste savoir à quoi ressemble le hall d’accueil…

L’homme a insisté.

– Hé bien, entrez donc, c’est la meilleure façon de vous en rendre compte !

Ils sont sortis. Après quelques secondes d’hésitation, je suis entrée et j’ai tout de suite succombé à son charme. Sans réfléchir, je me suis dirigée vers le comptoir de l’accueil, je me suis informée du prix des chambres et j’en ai réservée une pour le soir même. J’ai patienté quelques heures dans le petit salon où se prennent les petits-déjeuners, car il n’y a ni room service, ni mini-bar dans les chambres.

Un petit ascenseur très « début de siècle » dessert les six étages. Les chambres sont meublées dans le style des pensions de famille d’antan, un lit confortable, une commode ou une petite armoire, un petit bureau qui peut tenir lieu de coiffeuse, un fauteuil crapaud, un téléphone sur l’une des deux minuscules tables de chevet.

Sur les murs tapissés d’un papier peint désuet, aucun téléviseur, ni tableau ne sont accrochés, ces deux détails m’ont beaucoup plu, je n’aime pas cette décoration standard que l’on retrouve dans tous les hôtels de la planète. En outre, je sais que chaque chambre a une décoration qui lui est propre. Attenante à la chambre une petite salle d’eau, avec lavabo, douche et WC.

Pendant ces heures d’attente, j’ai noté mes premières impressions sur un carnet qui traînait au fond de mon sac et c’est en ouvrant porte de la chambre que Geneviève Duval a vu le jour. Moins d’une semaine après cette première nuit, dans le hall de la tour où je travaille, j’ai ramassé un flyer qui traînait par terre. Il annonçait l’inauguration d’un « bistrot galerie d’art » dans un de ces quartiers désormais branchés de la capitale. Si je n’aime pas les pince-fesses, il m’a semblé que Geneviève Duval devait les apprécier, c’est pour cette raison que je lui ai cédé ma place.

Un verre à la main, je regarde, agréablement surprise, les tableaux exposés. Le brouhaha des conversations forme une bulle dans laquelle je commence à m’isoler. Les petits groupes de quatre à six personnes déambulent, en commentant, me semble-t-il, ce qu’ils voient. Je remarque un homme seul, qui me regarde en souriant. Serait-ce une invitation muette ?

À toi de jouer, Geneviève ! Je m’approche de lui et nous entamons une conversation des plus banales. L’inauguration tire à sa fin, cet homme, Fabrice, m’invite à dîner. Invitation que j’accepte volontiers. Il me raccompagne ensuite à mon hôtel, je lui propose de terminer cette soirée dans ma chambre. Il n’osait l’espérer, mais s’excuse par avance de ne pas pouvoir passer la nuit entière à mes côtés.

Dans l’ascenseur, nous nous sommes embrassés pour la première fois, mon cœur battait la chamade à cause de cette impression bizarre de tromper mon mari. J’ai réalisé que je n’avais embrassé aucun autre homme depuis des dizaines d’années. Quand nous sommes entrés dans la chambre, je me suis laissée aller aux caresses de Fabrice. Il a été très délicat. Pendant le dîner, je lui ai un peu parlé de moi, enfin, je veux dire, j’ai fait un mix de mon histoire et de celle de Geneviève. Quoi qu’il en soit, il sait que mon divorce est récent et qu’il est le premier homme que je rencontre depuis.

Il déboutonne sa chemise, je lui demande de me déshabiller. J’ai le trac comme si je passais un examen. Quand il découvre ma poitrine, je devine son érection à travers le tissu de son pantalon. La bosse me paraît énorme. Il a dû me dire quelque chose, mais je n’ai rien entendu, je regarde cette bosse et je me demande à quoi ressemble sa bite. Cette pensée m’envahit et avec elle croît le désir. J’en ai le souffle coupé.

Fabrice soulève mon menton, pour m’obliger à détacher mon regard de son entrejambe. Il fronce les sourcils, mais son sourire est joyeux.

– Tu as de très jolis seins, Geneviève ! Ta poitrine est… superbe !

En d’autres circonstances, j’aurais demandé « pour mon âge ? », mais Geneviève accepte le compliment pour ce qu’il est.

– Tu veux bien retirer ton pantalon ?

– Tu ne préfères pas le faire toi-même ?

J’hésite. Et si je m’y prenais mal ? Si je lui faisais mal ? Je manque de me sectionner l’index avec la boucle de sa ceinture. Il sourit. Fabrice est poli, parce que je sens qu’il a contenu un éclat de rire. Il dégrafe son pantalon, mais me laisse le soin de le baisser. À peine ai-je eu le temps de le faire, d’apercevoir son gland dépasser de son caleçon qu’il s’agenouille devant moi et fait coulisser la fermeture éclair de ma jupe. Il prend tout son temps pour la retirer, je sens son souffle sur la dentelle de ma culotte, minime rempart préservant ma pudeur.

Le désir me fait tourner la tête, mes jambes vacillent. Il le remarque. Nous nous allongeons sur le lit. Il porte toujours son caleçon, mais j’ignore à quel moment il a retiré ses chaussettes. Cette pensée saugrenue me déclenche un fou-rire. J’accuse la nervosité. Il la comprend tout à fait.

Nous nous embrassons, ma main part à la rencontre de son corps et plus particulièrement d’une partie précise de son corps. Sentir ce sexe dur dans ma main m’électrise au moins tout autant que les caresses de Fabrice sur mes seins, sur mon ventre. Je ferme les yeux pour en profiter davantage.

Nous faisons l’amour avec fougue. Une pensée m’excite tout particulièrement, je voudrais que mon ex-mari nous voie, qu’il m’entende gémir, qu’il constate que malgré mes quarante-huit ans, je suis encore désirable, que je peux donner du plaisir à un inconnu sans aucune inhibition, que je peux donner du plaisir, mais surtout en prendre. Cette pensée me hante et fait naître en moi, un soupçon de frustration.

J’ai eu le temps de voir Fabrice retirer son préservatif, en faire un nœud avant de le mettre dans la poche de sa veste, un dernier baiser langoureux et je me suis endormie. À mon réveil, je trouve sa carte de visite sur le petit bureau « Au plaisir de te revoir… en toute discrétion. Fabrice ». Je la glisse dans mon petit carnet

Je m’allonge sur le lit en cherchant sur mon corps l’odeur de cette soirée. Je finis par la trouver. Je me relève, prends la carte de visite et me masturbe en relisant les mots « Au plaisir de te revoir… en toute discrétion », alors enfin, je jouis comme j’aurais voulu jouir hier, sans penser à mon ex-mari, jouir pour moi-même.

Je somnole quelques dizaines de minutes avant de me résoudre à descendre dans le petit salon. Il n’y a pas de buffet, le petit-déjeuner se commande à la réservation de la chambre. Le café est étonnamment bon, le croissant croustillant à souhait, les tartines délicieusement grillées, sans parler de la confiture qui a le goût de mes vacances chez mes grands-parents.

Assise à ma table, j’observe les rares convives, trois hommes seuls et deux couples. Je me sens enfin chez moi. Dès lors, je décide d’offrir régulièrement à Geneviève Duval des petits séjours à l’hôtel des plaisirs discrets.

Aux plaisirs discrets ~ Premier épisode – Hélène

Tout a commencé par un appel téléphonique « Allô, madame Duval ? » Nous n’en recevons plus sur la ligne fixe, hormis ceux des centres de télémarketing, mais dans ce cas, passées les quelques secondes silencieuses caractéristiques, la personne décline sa fausse identité après m’avoir saluée d’un énergique « Bonsoir, madame Duval ! »

Dans le ton de ce « Allô, madame Duval ? » il y avait un mélange d’interrogation incrédule et de crainte mêlée d’audace. Mon interlocutrice est restée silencieuse de longues secondes, a pris une profonde inspiration avant de raccrocher.

J’ai presque aussitôt oublié cet appel, cependant dans les jours qui ont suivi, j’ai eu l’impression d’être épiée. Cette sensation m’agaçait parce que je la jugeais sans fondement. Dix jours ont passé, sur le quai bondé du RER, je ne sais pas pourquoi je remarque cette jeune femme qui semble chercher quelqu’un du regard.

Le RER n’arrive toujours pas, la foule des voyageurs se fait plus compacte et me précipite à sa rencontre. C’est alors que je reconnais son souffle. Je plante mon regard dans le sien, je lui tends la main.

– Bonsoir, je suis madame Duval, vous aviez quelque chose de particulier à me demander ?

Le sang a fui son visage. J’ai craint un instant qu’elle ne s’évanouisse. Je tente un sourire engageant.

– On serait peut-être plus à l’aise à la terrasse d’un café ?

Hélène, cette jeune femme qui l’est moins que je ne l’avais cru sur le quai, cherche ses mots. Elle veut se donner du courage en buvant une gorgée de café, mais se ravise avant de se brûler la bouche. Elle semble concentrée sur le tourbillon noir dans sa petite tasse. Elle lève les yeux. J’espère que mon sourire est assez engageant.

Je pressens qu’elle va m’annoncer mon énième cocufiage et il me faudra, une fois encore, trouver les mots pour lui expliquer que je ne me sens pas propriétaire de mon mari, qu’il peut bien faire ce qu’il veut avec sa bite tant qu’il ne me rapporte pas de maladies. Elle prend une profonde inspiration.

– J’ai une petite fille de trois ans et demi qui réclame son papa.

Mon visage se fige, je le sens nettement, comme je sens nettement cette pointe qui me transperce le cœur. J’ai renversé mon café sur la table quand la tasse que je portais à ma bouche m’a échappé des mains. Mes lèvres forment le mot « Quoi ?! », mais aucun son ne sort de ma bouche.

Un enfant, cet enfant qu’il m’a toujours refusé, cet enfant dont j’avais fini par enfouir le désir, cet enfant qu’il n’était pas raisonnable, voire égoïste, de concevoir, cet enfant, il l’a fait avec cette femme qui éclate en sanglots devant moi.

Quand je reprends mes esprits, je voudrais être cinglante, trouver les mots blessants pour lui répondre que c’est son problème, mais les phrases n’ont pas le temps de se former dans mon esprit que je me trouve injuste. Ce n’est pas elle qui m’a trahie, c’est lui.

Le serveur a épongé la table et m’a apporté un autre café « avec un verre d’eau, s’il vous plaît ». Verre que j’ai bu d’un trait. Pourtant, ma bouche est sèche comme si j’avais croqué dans une poignée de prunelles.

– Il est au courant de votre démarche ?

– Non. Je crois qu’il m’en voudrait…

– Je confirme

– … mais il fallait que j’en parle avec vous… de femme à femme… pour trouver une solution… pour… Ma fille pleure… cherche à retenir son papa quand il rentre chez vous…

– Et vous ? Que voulez-vous au juste ? Que je le mette à la porte ? Que je lui dise « Je sais tout » ? Vous réalisez que si je le fais, il vous en voudra et risque de disparaître de votre vie ?

Ses larmes redoublent. Je pose ma main sur la sienne. La solution vient de m’apparaître aussi soudainement que le vent a chassé les nuages.

– Que faites-vous quand il vient vous voir ? Quand vous passez du temps ensemble, tous les trois ? Vous promenez-vous ? Allez-vous au restaurant ? Au ciné ?

– Non. Ni restaurant, ni ciné, mais on se promène, on va au parc et le soir venu, pour calmer la petite, on prépare le programme du dimanche suivant…

Je reçois ces mots comme une nouvelle paire de gifles. Tous ces repas dominicaux avalés à la hâte parce que ses amis l’attendent pour leur bridge hebdomadaire… c’était donc ça.

– Et quel est le programme pour dimanche prochain ?

– Une grande promenade du quai de la Mégisserie au marché aux oiseaux, pourquoi ?

– Parce que je vous y croiserai par le plus grand des hasards.

La première gorgée de café m’avait parue trop amère, mais les suivantes, bues après l’élaboration de ma machination, étaient tout simplement délicieuses. Nous nous sommes dit « Au revoir » en nous embrassant comme deux amies.

Le soir même, j’ai observé mon mari avec un étrange détachement. Je me suis étonnée de la brusquerie avec laquelle l’amour, l’estime que je portais à cet homme s’étaient éteints. Il ne s’est rendu compte de rien.

Sa surprise n’en a été que plus grande quand, le dimanche suivant, je les ai croisés. Sa fille sur ses épaules, émerveillée par tous les chants d’oiseaux, piaillait « Papa ! Oh, regarde, papa ! Papa ! Papa ! »

Il a posé la gamine à terre, a bredouillé quelques mots embarrassés et le soir venu a trouvé porte close, son barda sur le palier.

Dans mon malheur, je trouve un peu de réconfort à la pensée d’être l’unique propriétaire de l’appartement où nous vivons depuis notre rencontre. Il n’a donc aucun droit dessus. J’erre dans les pièces vidées de ses affaires, bien décidée à rattraper le temps perdu.