Pour lire tranquille, sur un transat, sur la plage, dans le train, dans l’avion, pendant les vacances, ou avant, ou au retour… ou à la place :-( rien de tel que deux courts romans que l’on peut sortir de son sac, ouvrir en public, oublier sur la table de chevet sans attirer l’attention sur l’aspect érotique des histoires, grâce aux couvertures « tout public »…
– Certes, objecteront les déjà heureux propriétaires de ces romans, mais quand on lit la 4ème de couverture, plus aucun doute n’est permis.
Je rétorquerai que le fait d’avoir retourné le livre pour en lire le résumé dénote d’une certaine curiosité et tout le monde sait que la curiosité est un charmant défaut !
– Mais dis-moi, Palli, comment fait-on pour se procurer ces deux merveilleux ouvrages ?
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Note à moi-même : penser à faire ou à actualiser le formulaire de contact, sinon, ce serait un peu con…
Comme je le pressentais, le Balafré vint m’enlever pendant les vacances de la Toussaint. Je pensais qu’il avait organisé un séjour tout en surprises, je ne me trompais pas non plus sur ce point. Il arriva dans la soirée et avait hâte que je monte à ses côtés. Je fis semblant d’être prise au dépourvu, de n’avoir pas eu le temps de préparer ma valise. J’aurais voulu qu’il me réponde que ça n’avait aucune importance, que de toute façon, je passerai ces quelques jours totalement nue ou un truc comme ça. Hélas ! Christian me dit de ne pas m’en faire et tendit une valise, ma valise au Balafré « je crois que tout y est ».
De quoi parlait-il ? Qu’avaient-ils donc manigancé, ces deux-là ? Cette question tournait encore dans ma tête quand Christian m’embrassa avec une fougue inhabituelle et sa boutade « Je t’ai noté l’adresse pour que tu retrouves le chemin de la maison » sonna désagréablement à mes oreilles. J’avais refermé ma portière quand je compris enfin. Je sortis de l’auto et entrai précipitamment dans notre maison.
– Tu te rends compte que ce sera la première fois qu’on va être séparés pendant plusieurs jours ?
– Ça va te faire des vacances !
Même s’il souriait, je me sentis blessée. Il le lut dans mes yeux.
– Tant que tu seras heureuse de me retrouver…
– Tu en doutes ? Mais Christian, tu sais bien que tu es l’homme de la vie !
Il me serra fort contre lui, son visage dans mes cheveux, il me dit :
– C’était ça que je voulais entendre ! Profite, Monique ! Profite ! Et reviens-moi avec pleins de détails croustillants à me raconter !
Je remontai dans la voiture et expliquai au Balafré la raison de cet aller-retour en concluant sur ces mots :
– L’idéal serait qu’il puisse nous voir et qu’on puisse connaître ses réactions en direct…
– Big Brother is watching you !
Un picotement désagréable remonta d’entre mes omoplates vers ma nuque. Je connaissais cette sensation, je l’éprouvais depuis mon enfance. J’avais été une élève médiocre, mais appliquée. Je n’avais pas été au collège à cause de ça. J’avais, par réflexe de survie, pris l’habitude de ne pas relever les allusions que je ne comprenais pas et, surtout, de sourire d’un air convenu. J’adoptai cette attitude, me réfugiant dans ce confort factice. Je réalisai soudain mon erreur et, sans oser regarder le Balafré, je lui dis :
– Tout le monde dit ça tout le temps… Ça veut dire quoi, au juste ?
Le Balafré me raconta le début de 1984, je l’écoutais, captivée, fascinée. Il stoppa brutalement son récit. Je lui demandai de l’achever.
– Pour savoir la suite, il te suffit de la lire ! Je suis prêt à parier que ce roman figurait en bonne place dans la bibliothèque de Rosalie et certainement dans celle de Toine !
Pendant le trajet, nous parlâmes de nous, il me parla de lui et je lui parlai de moi. Ça faisait des mois qu’on couchait ensemble, mais nous en savions si peu l’un de l’autre ! Évoquer ce paradoxe apporta de la légèreté et une bonne dose d’optimisme. Je pensai enfin à la raison de ce séjour… je relevai outrageusement ma robe et m’apprêtai à débraguetter le Balafré quand il stoppa mon geste « encore quelques instants, ma chérie… » en prononçant ces mots, il s’engagea dans un sentier chaotique qui faisait bringuebaler sa voiture.
Au bout de ce sentier, je découvris la maison où nous allions passer les jours à venir. Il venait de me prévenir que des amis à lui arriveraient dans la soirée, qu’ils logeraient dans une ancienne dépendance du mas et qu’il serait heureux de me les présenter. Je devinai qu’il ne tiendrait qu’à moi que ces présentations se fissent plus poussées. Quand nous pénétrâmes dans la cour, il y avait déjà une voiture de location. Je fis la moue, le Balafré m’en demanda la raison.
– J’aurais préféré passer la soirée avec toi… rien que nous deux…
– Tu… tu n’aurais pas pu me faire plus jolie réponse ! Attends ! Ferme les yeux et ne les ouvre pas avant mon retour !
Je l’entendis marcher à grands pas, puis courir sur le gravier. Le bruit d’une porte ouverte à la volée. À nouveau des pas rapides, ma portière s’est ouverte, le Balafré m’aida à sortir de la voiture, me souleva dans les airs et c’est dans ses bras que je franchis le seuil de la maison.
– Ouvre tes yeux ! Quelle est ta première pensée ?
– Oh ! C’est comme dans les films américains, mais en mieux ! Parce que c’est… pour de vrai ! Oh !
– Ô, ma Monique… !
Nous restâmes un bon moment ainsi, sans bouger, moi dans ses bras, ses yeux dans les miens, nous ne songions même pas à nous embrasser. Nos yeux se faisaient l’amour pour nous, à notre place… Le crissement des pneus de l’autre voiture nous fit revenir à la réalité. Le Balafré me déposa délicatement sur une large banquette.
– Je vais chercher nos affaires, ne bouge pas !
Quand il revint, presque aussitôt, il me désigna la valise.
– Tu veux savoir ce qu’elle contient ?
Sans attendre ma réponse, il l’ouvrit et en sortit quelques vieux costumes, son regard m’interrogeait « Voudrais-tu te prêter au jeu des petites saynètes ? ». Je les regardais, cherchant à deviner les facéties qu’ils avaient suscitées. J’essayais de me replonger deux générations plus tôt, tout en prenant un air mystérieux.
– Pour le savoir, il faudrait que tu me dises qui tu as reconnu dans le cahier de Rosalie…
Un large sourire s’épanouit sur son visage.
– Barjaco !
Comprenant que je n’obtiendrai aucune réponse sérieuse dans l’immédiat, je fis mine de boxer le Balafré, qui fit mine de reculer avant de m’attraper par la taille et de me soulever dans une prise de catch. Nous nous menacions « Gare à toi ! », nous nous provoquions « Même pas peur ! », d’autres menaces « Si je t’attrape… », d’autres provocations « Oh, je tremble presque de peur ! » tout en nous poursuivant dans les pièces de la maison.
La nuit était tombée en même temps que moi. Je me relevai, allumai le plafonnier et ouvris les rideaux. Je cherchais comment décrocher les voilages quand le Balafré me demanda.
– Que cherches-tu à faire ?
– Une essepérience scientifique…
– Une quoi ?
– Une essepérience scientifique…
– Je rêve ou tu oses te moquer de mon accent ?
– Un assent ? Qué assent ? Je croyais que c’était ceusses du Nord qui avaient un assent… !
– Ça, ma vieille, tu vas me le payer !
– Ô peuchère, j’en tremble de peur !
Et je m’enfuis en courant… dans ses bras !
– Quel était le but de ton expérience ?
– Je me demandais si tes amis sont du genre curieux… alors, je me suis dit…
– Tu t’es dit ?
– Si je me déshabillais devant la fenêtre, toutes lumières allumées… si j’offrais mon corps à leur vue… tu penses qu’ils nous regarderaient faire l’amour ?
– La question se pose, en effet ! Tentons donc l’expérience…
– Oui… tentons l’essepérience !
Milo Manara – KamaSutra
Le Balafré me mit une tape sur la main, autant pour me punir de mon insolence que pour interrompre mon geste. Je m’apprêtais à déboutonner ma robe, il se mit dans mon dos « Laisse-moi faire, alors… », son souffle chaud dans mon cou, sa voix profonde, vibrante… je me sentis devenir poupée de chiffon. Il me dévêtit lentement, savamment, je fermai les yeux et sentis mon excitation croître, inéluctablement, comme l’eau se met à bouillir… Une de ses mains se décolla de ma peau, je n’eus pas à ouvrir les yeux pour comprendre qu’il avait, d’un geste, intimé à ses amis l’ordre de ne pas s’avancer davantage, de rester à la place que nous leur réservions, celle du public.
– La situation te plaît bien, on dirait…
– Qu’est-ce qui te fait croire ça ?
– Ta voix qui déraille, l’emballement de ton cœur sous mes doigts…
– Lesquels ?
– Lesquels ???
– Tes doigts de la main gauche ou ceux de la droite ?
– Mais…
Le Balafré sourit et je le sus malgré mes yeux clos et le fait qu’il se tint dans mon dos. Il fit aller et venir ses doigts le long de ma fente, mais sans me pénétrer.
– Monique, as-tu du cœur ?
J’aimais quand il me parlait sur ce ton, en chuchotant dans un éclat de rire contenu, expirant par le nez… Il se souvint soudain de notre discussion dans la voiture.
– Une des répliques les plus fameuses du Cid, de Pierre Corneille est « Rodrigue, as-tu du cœur ? »… mais bon, l’histoire n’est pas des plus joyeuses… !
– J’aimerais que la nôtre…
– Que la nôtre quoi ?
– Durât toute la vie… euh… dure toute la vie…
– Et c’est pour t’attacher mon amour que tu emploies l’imparfait du subjonctif ?
– Je… ça m’est venu comme ça… oooh… n’arrête pas… oooh… oui… à ce rythme-là… ! Tes amis sont-ils curieux ? Je… oui… je préfère garder les yeux… fermés…
– Oui ! Ils nous regardent… oui… écarte tes cuisses… oui… bascule ton bassin vers l’avant… offre-leur ton magnifique corps à la vue… pourquoi souris-tu ainsi ?
– Parce qu’ils sont à mille lieues de s’ima… giner… oooh… qu’on parle… oooh… conj… conju… ooooh… conj… oooh… conjugaison… rhâââ… !
– Monique ! Arrête! Tu ne peux pas !
– Je ne peux pas quoi ?
– Jouir sous mes doigts en prononçant le mot « conjugaison » ! Merde ! Pense un peu à moi ! À mon boulot !
– Je n’y avais pas pensé… c’est vrai que t’es maître d’école…
Ensemble, nous ponctuâmes ma phrase d’un « mazette ! » complice. Le Balafré m’embrassa encore dans le cou, en faisant aller et venir ses lèvres de mon épaule jusqu’au lobe de mon oreille… Il n’avait pas cessé ses caresses, elles étaient à la fois plus légères et plus audacieuses…
Pour la première fois de ma vie, je ne me sentais pas inférieure de mon manque de culture. Je venais de comprendre que le savoir peut se glaner n’importe où, pourvu qu’on en ait l’envie. Cette certitude m’offrit une sérénité incroyable, je décidai d’en faire profiter le Balafré.
– Tu pourrais me faire jouir en me racontant « Le Cid » ?
–QUOI ?
– C’est pas par vice… c’est… pour ma… culture générale… quelle serait la meill… oooh… tu crois qu’une… levrette ? … oooh…
– Sacré défi que tu me lances, là !
– Si jamais tu faiblissais…
– J’aurais un zéro pointé ?
– Non ! Tu aurais le droit d’appeler à l’aide !
– Je croyais que pour ce soir… oh ! Tu es bouillante !
Il venait de me pénétrer et, en effet, son sexe m’avait semblé frais…
– … je croyais que tu voulais qu’on reste seuls, toi et moi… tu as changé d’avis ?
– Peut-être… mais peut-être aussi… ooh… je te sais capable d’y parvenir tout seul…
J’entendis le sourire dans le ton de sa voix quand il annonça « Le Cid, tragi-comédie en cinq actes de Pierre Corneille ! » Il allait et venait en moi à un rythme régulier, mais assez lent. Il nomma les différents protagonistes en les présentant. Je me sentais vibrer, bouillir, j’avais toujours les yeux fermés et un « NON ! » de déception s’échappa de ma bouche quand il sortit de moi. Une suite cadencée de petites claques sur mes fesses, précédèrent les trois plus appuyées et plus lentes « Que le spectacle commence ! »
Je ne me souviens pas l’avoir écouté attentivement, je me laissais envahir par toutes ces sensations qui arrivaient par vagues… j’y plongeais, m’en laissais submerger. J’essayais de ne pas crier trop fort parce que je voulais entendre sa voix… Ses mains couraient sur mon corps, me pétrissaient. Il me semblait que ses va-et-vient suivaient le rythme de son récit.
Je me cambrais davantage quand ses mouvements se faisaient plus amples. Parfois, je me redressais presque totalement, alors ses mains passaient de mes hanches à ma poitrine… de ma poitrine à mon ventre… de mon ventre à mon pubis… de mon pubis à mon clitoris… de mon clitoris à mon pubis… de mon pubis à mon ventre… de mon ventre à mon clitoris… de mon clitoris à ma poitrine… Je prenais un tel plaisir que j’en oubliai nos spectateurs. Je m’en aperçus quand, après avoir joui, il sortit de moi à la fin du troisième acte.
– ENTRACTE !
Il me prit dans ses bras, m’embrassa. J’avais hâte qu’il reprenne de la vigueur et son récit. Je ne compris pas immédiatement pourquoi cette remarque le fit éclater de rire.
Pendant qu’il préparait de quoi nous sustenter et nous désaltérer « Laisse-moi te montrer ce talent dont je suis tellement fier », un petit éclat lumineux et verdâtre se refléta sur la vitre.
– Je crois qu’un de tes amis est en train de se branler…
– Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
– … ou alors, c’est un insecte phosphorescent qui volette de bas en haut et de haut en bas…
Il éclata de rire et ensemble, sans nous être concertés, nous leur fîmes signe d’approcher et d’entrer. C’est ainsi que je fis la connaissance de Martial et de Jimmy.
– Nous rencontrons enfin la fameuse Monique dont tu nous rebats les oreilles depuis des mois !
Je sursautai, surprise, furieusement excitée. Martial poursuivit en demandant à son ami si désormais, il le faisait toujours à la parlante et voulu savoir ce qu’il me disait et qui semblait me captiver autant.
– Tu ne devineras jamais ! Mon amour veut parfaire sa culture littéraire…
– Des vers de Pierre Louÿs ?
– Non !
– De Baudelaire ?
– Non !
– De Verlaine ?
– Non plus !
Je regardais Martial, de plus en plus troublée, de plus en plus excitée…
– Tu es surprise, n’est-ce pas ?
– Oh oui ! Et flattée que tu me présentes à tes amis de fac…
– Quelle est donc cette lueur dans ton regard ? À quoi penses-tu ?
– Tu laisserais Martial terminer le récit ? Je n’ai jamais couché avec un…
– Avec un noir ?
– Avec un « païs » !
– Quoi ?
– En t’écoutant parler, j’ai réalisé que je n’ai couché qu’avec des provençaux… j’aimerais entendre l’accent parisien… pour la première fois… pendant… tu voudrais bien me parler pendant que tu me baiserais ?
– N’y vois aucun vice, Monique a décidé de se lancer dans les expériences scientifiques…
– ESSEPÉRIENCE, on dit !
– Je comprends mieux pourquoi tu nous as dit « Monique est souvent surprenante » !
Il se dévêtit. Je regardai son corps un peu grassouillet, terriblement attachant. J’avais envie de me blottir dans ses bras comme on se love dans un canapé confortable.
Martial m’ouvrit ses bras, je m’y blottis, j’aimai immédiatement le contact de sa peau, son odeur, le goût de ses baisers, ses cheveux sous mes doigts… Je pris sa main pour l’inciter à découvrir mon corps comme je découvrais le sien. Sans savoir pourquoi, je pris une petite voix implorante, presque timide pour lui demander, comme une faveur, s’il m’autorisait à le sucer. Son éclat de rire tordit mes tripes d’un désir violent. J’aurais aimé le taquiner un peu, beaucoup, avant de le sucer, mais j’étais trop impatiente pour y parvenir. Je le suçai goulûment, avidement… Il me tira un peu les cheveux.
– Doucement… si je dois te dire de la poésie… il faut… doucement ! Tu vas me faire jouir !
Son accent m’électrisait autant que ses mots, que ses caresses, que sa peau, que sa délicieuse odeur… Surprise que ses poils fussent crépus comme ses cheveux, je me traitais intérieurement d’idiote, pourquoi aurait-il eu une pilosité différente ? J’étais moi-même blonde de la tête aux pieds ! Martial me dit qu’il avait besoin de faire baisser la pression… nous en profitâmes pour dîner. Je passais des bras de l’un à ceux d’un autre. Jimmy riait un peu trop fort pour que je ne devinât point son embarras. Des trois, il avait toujours été le séducteur, le beau gosse, et perdre cette position avait fait naître un doute profond dans son esprit. Allait-il se montrer à la hauteur de sa réputation ? Mais ça, je ne l’appris que bien plus tard. Le Balafré sonna la fin de l’entracte en tapant dans ses mains. Martial, surpris, lui demanda :
– Quel entracte ? Tu ne lui disais pas des poèmes ?
– Non ! Je lui racontai un classique du théâtre français… lequel, à votre avis ?
Je trépignais d’impatience, le Balafré le savait et s’amusait de me mettre ainsi à la torture… J’aurais pu donner à Martial le titre de la pièce, mais le sourire amusé, l’éclat dans les yeux du Balafré me récompensaient amplement de cette attente. Quand Martial n’y tint plus, que Jimmy eut énoncé le titre d’une bonne dizaines d’œuvres, le Balafré annonça d’un ton victorieux.
– Bon courage, Martial ! Va garder ta concentration, ton excitation… tente de la faire jouir… quand je vous dis que ma Monique chérie est surprenante… daï ! « Mais le temps est trop cher pour le perdre en paroles : je t’arrête en discours, et je veux que tu voles. Viens, suis-moi, va combattre et montrer à ton roi que ce qu’il perd au comte, il le recouvre en toi. »
J’aurais bien aimé voir la réaction de Jean-Luc quand il a lu mon devoir, mais j’avais peur de voir qu’il n’aimait pas. On en a discuté, il m’a laissé décider. J’ai choisi qu’il lise tout seul pour cette fois. Je suis sortie dans le jardin, je regardais les arbres, je me demandais lesquels étaient des pommiers quand Jean-Luc m’a rappelée.
– Tu abordes des sujets très intéressants, mais tu donnes l’impression d’avoir bâclé…
– Chuis nulle, hein ?
– MAIS NON ! Tu as de bonnes idées, mais… par exemple, tu as quel âge ?
– Tu le sais ! Presque 17 ans !
– Et comment je le sais ?
– Bah… tu me connais !
– Tu ne veux écrire que pour moi ? Imagine un lecteur, dans le futur, qui tombe sur ce texte… il ne sait ni ton âge, ni celui de Vincent et d’Enzo… puisqu’ils sont cousins, ils se ressemblent, mais à quoi ressemblent-ils ?
– Mais ils ne se ressemblent pas !
– Et comment le lecteur le devine ? Tu vois, pour que ton propos soit clair, pour donner envie au lecteur de poursuivre sa lecture, il faut que tu lui tendes la main, comme si tu le guidais ou que tu lui montrais le chemin… après… libre à lui de l’emprunter !
Jamais aucun prof ne m’a expliqué les choses comme ça ! On a décidé que j’écrirai un deuxième texte, mais en prenant mon temps, en mettant plus de détails. Après, on a parlé de tout et de rien. Comme le vocabulaire, il m’a dit de ne pas m’en faire « au plus tu écriras, au plus il te sera facile de trouver les mots, de ne plus les craindre ». Je ne sais plus comment, mais on a parlé de politique.
– Je ne fais pas de politique ! J’y comprends rien !
– Bien sûr que si ! Tu veux un exemple ? Pourquoi avais-tu honte de dire que tu n’étais plus vierge ? C’est bien pour tenir un rôle dans la société, non ? Et pourquoi la virginité d’une fille est-elle plus importante que celle d’un garçon ? Ce sont des sujets très politiques, au contraire ! Rien que ce sujet peut servir de base pour des cours d’histoire, de géographie, de français bien sûr, de SVT aussi… Tu comprends pourquoi ton texte est intéressant ? Le fond de ton texte est très intéressant, il faut simplement que tu t’appliques sur la forme… Aaaah… ! Voilà un joli sourire qui me fait bien plaisir !
Je suis rentrée au village à vélo. J’étais tellement contente que j’aurais voulu chanter de toutes mes forces, mais je n’avais aucune chanson en tête. En passant devant la maison d’Alain et Cathy, j’ai vu Vincent. Il m’a regardée. J’ai fait un petit sourire gêné et un petit signe de la main. Il m’a souri. Je suis descendue de vélo.
– Tu es venue t’installer au village, m’a-t-on dit…
– Oui
– Tu es venue t’y installer parce que je te manquais trop ?
– Euh… non ! Parce que j’ai eu des embrouilles à Paris…
– J’aurais préféré que tu me répondes « Oui, tu me manquais trop ! »…
– Je n’ai pas bien entendu ta question… tu peux me la reposer ?
– Tu es venue t’installer au village parce que je te manquais trop ?
– Oui ! Comment l’as-tu deviné ?
À ce moment-là, j’ai senti le sang de Rosalie et de Monique couler dans mes veines ! Vincent m’a prise dans ses bras, m’a embrassée et c’est comme si j’avais grandi d’un coup. Je me suis sentie fière d’être la fille que je suis. Monique et Christian sont sortis de la grande maison. Christian a marmonné un truc genre « Si c’est pas honteux de voir ça ! » Monique faisait aussi la dame choquée. Alors, j’ai vu Cathy et Alain à la fenêtre, comme deux petits vieux ! Ils nous faisaient le spectacle de bienvenue. Je ne sais pas comment dire autrement.
– Vé la parisenca qui dévergonde notre felen !
– N’importe quoi ! C’est ce jeune coq qui se pavane pour tourner la tête de ma pauvre petite nièce…
– Ho Christian ! Comment tu peux dire ça de ce garçon… innocent comme l’agneau qui vient de naître ? !
– En la matière, les provençaux ne sont JAMAIS totalement innocents !
– Hou ! Écoutez-moi la parisienne qui s’en mêle !
On était morts de rire ! Vincent est venu prendre l’apéro avec nous dans la maison rue basse. Quand je parle de la maison de Cathy, je dirai « la maison du Toine », mais quand je parlerai de la maison de Monique, je dirai « la maison rue basse » ou « la maison » tout court. Alain et Cathy ne pouvaient pas venir parce qu’ils gardaient un petit enfant, mais je n’ai pas compris lequel.
On a beaucoup discuté, tous les quatre et Vincent est resté dormir. Dans la nuit, je me suis réveillée, je ne sais pas pourquoi, mais je n’avais plus sommeil et j’étais super heureuse. Je me suis installée sur la grande table de la salle à manger et j’ai commencé à écrire mon deuxième devoir.
Je m’appelle Manon, j’aurai 17 ans dans quelques jours. L’été dernier, j’ai été punie parce que j’avais menti au collège et que j’avais séché les cours, au lieu de partir en vacances en Espagne avec mon fiancé, mes parents m’ont obligée à passer les deux mois chez Monique, la sœur de ma grand-mère, dans un village de Provence. Ça a été les plus belles vacances de toute ma vie !
J’ai rencontré deux garçons, Vincent et Enzo. Mais j’en parlerai plus tard. Monique et son mari Christian étaient super gentils avec moi, ils ne m’ont jamais demandé pourquoi j’étais punie, ils faisaient comme si c’était moi qui avais voulu venir leur rendre visite. C’est bête, mais ça m’a réconfortée. Et puis, j’étais libre de sortir quand je voulais, je devais juste prévenir si je ne mangeais pas avec eux. Ils avaient plein d’amis, ce qui m’a étonnée parce que je n’aurais pas cru que des vieux… en tout cas, mes grands-parents n’en ont pas autant ! Il y avait surtout Catherine qui venait souvent et me parlait comme si je n’étais pas punie. J’ai même cru que Monique ne lui avait pas dit !
Quelques jours avant mon retour à Paris, j’ai voulu être gentille. Monique et Christian étaient partis chez Alain et Catherine et ils ne rentraient que le lendemain. Ils m’avaient suggéré d’en profiter pour inviter des amis. Maman dit toujours que je ne fais jamais rien, que je suis bordélique, que je n’aide jamais, j’ai voulu la faire mentir et j’ai décidé de ranger la salle à manger, de faire les poussières et tout, un petit geste de remerciement. Je savais qu’ils le remarqueraient et le comprendraient. Je ne sais pas pourquoi je le savais, mais je le savais.
Sur le buffet, il y avait deux cahiers, un tout neuf et un tout vieux. J’ai voulu voir ce que c’était et je suis restée debout pendant deux heures à lire le cahier de Monique en me demandant ce que j’allais lire dans l’autre. Je savais que c’était celui de la grand-mère de Monique, Bonne-Maman qui s’appelait Rosalie. Vincent et Enzo ont toqué à la fenêtre. Ils m’ont demandé pourquoi j’avais cette tête là et je n’ai pas su quoi leur répondre. J’ai dit que je cherchais à calculer un truc. Si Bonne-Maman était la grand-mère de Monique et de ma grand-mère, qu’est-ce qu’elle était pour moi ? Enzo m’a dit « Ton arrière, arrière grand-mère !«
Je ne sais pas pourquoi, mais quand j’ai pigé que bientôt j’allais lire un cahier écrit par mon arrière, arrière grand-mère et qu’elle y racontait ses plans-culs… ça m’a fait… Enzo et Vincent n’ont pas compris pourquoi j’avais été comme ça pendant cette journée et cette nuit-là. Ils ont été super contents, mais ils ne savaient pas pourquoi.
Quand ils me touchaient ou m’embrassaient, c’était mille fois meilleur que d’habitude et quand je les touchais c’était comme si c’étaient eux qui me touchaient ! Toutes les idées qui me passaient par la tête, je leur proposais ! Et je leur ai demandé de parler pendant, de faire les commentaires. J’aimais bien leurs gros mots et j’ai aimé en dire aussi. J’ai aimé aussi quand ils m’ont demandé de venir les voir dès que ce sera possible, quand ils m’ont dit qu’ils aimaient que je leur permette de vivre ça, de me partager.
Je venais d’apprendre qu’ils étaient cousins, j’étais surprise parce qu’ils ne se ressemblent pas. Mais est-ce que je ressemble à mes cousines ? Enzo a les yeux clairs, la peau mate, quand je l’ai vu la première fois, je croyais qu’il était métisse, mais en fait non, tout comme Vincent, il est assez grand et « taillé » (je ne sais pas comment dire autrement). Vincent a les yeux noirs et de beaux cheveux, ça fait bizarre comme description, mais c’est la première chose que j’ai remarquée, ses beaux cheveux, son sourire et ses grands yeux noirs.
Ils me disaient qu’ils étaient cousins, mais j’avais du mal à les croire parce que souvent, je tombe dans le panneau quand on me fait une blague. On était dans ma chambre, mais comme on avait soif, Vincent est allé chercher à boire et quand il a voulu prendre des verres, on l’a entendu crier « Ah ah ! La preuve ! » et il est revenu avec une vieille photo dans un petit cadre. Je l’avais vu mille fois, ce petit cadre avec cette photo, mais je ne l’avais jamais regardée. J’ai reconnu Monique, Christian, Cathy, Alain, mais c’est Vincent qui m’a donné les autres noms «
– Le bébé dans les bras de Christian, c’est ma mère, Nathalie, celui dans les bras d’Alain, c’est Bastien le père d’Enzo ! Les deux mamies, c’est Nathalie notre arrière arrière grand-mère et l’autre…
– L’autre, je suis sûre que c’est Rosalie !
Je le savais parce que je l’avais reconnue et qu’elle ressemblait beaucoup à Monique maintenant. Ça nous a rendu super « amoureux » de savoir que nos familles étaient liées depuis si longtemps. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme si on pouvait tout faire, comme si on avait la certitude qu’on ne se trahirait jamais, comme un pacte secret…
Enzo m’a demandé avec lequel des deux je préférais coucher. Je ne le savais pas, je ne m’étais jamais posé la question avant ! J’étais super excitée et je sais que je peux te raconter ça et que tu ne me jugeras pas. Alors, j’ai embrassé Enzo, j’ai attendu un peu parce que rien que rouler une pelle ça me met dans tous mes états. Quand j’ai été redescendue, j’ai embrassé Vincent.
– C’est différent, mais vous êtes à égalité !
– Et pour les caresses ?
Enzo m’a caressé les cheveux, puis les seins, mais c’est tout. Après, Vincent a fait pareil.
– C’est différent, mais vous êtes à égalité !
– Et pour les caresses ici ?
Vincent a glissé ses mains entre mes cuisses, m’a caressé la chatte (ça me fait drôle d’écrire ce mot), j’ai senti comme une grosse boule d’air chaud dans mes reins et des fourmis dans mes mollets. C’est vraiment à ce moment que je leur ai demandé de parler entre eux et de faire des commentaires.
– Tu veux que je lui dise quoi ? Que tu mouilles et que ça m’excite ?
– Oui !
– Tu aimes voir que ça me fait bander de mater mon cousin te tripoter ?
– Oui !
À ce moment, j’ai senti comme une grosse main invisible qui me soulevait les reins et mes cuisses se sont refermées sur la main de Vincent.
– Fatché ! Comme tu es belle, Manon !
Quand Enzo m’a caressée, j’ai ressenti la même chose, j’ai crié aussi fort, mais ses caresses n’étaient pas les mêmes.
– C’est différent, mais vous êtes à égalité !
Ils se moquaient de moi en me disant que je donnais toujours la même réponse. Pourtant, je répondais franchement, honnêtement à leurs questions. Je n’ai jamais couché avec un garçon sans mettre de capote, alors le sperme et tout, je ne connaissais pas. Je croyais que ça me dégoûterait. Dans son cahier, Monique parle d’Alain et de sa « particularité particulière », avec tout ce qu’on venait de faire et parce qu’on était vraiment détendus, je leur ai demandé s’ils pouvaient me montrer « comment ça sort » alors, ils se sont branlé devant moi et je les excitais par mes caresses et mes baisers, Enzo a éjaculé en premier et tout de suite après ça a été Vincent.
– Pourquoi tu souris comme ça ?
– Parce que je suis heureuse !
Je n’ai pas pu leur dire que Enzo a un point commun avec son grand-père, en fait il en a plusieurs, mais ça me faisait drôle, parce que je ne savais pas si j’avais le droit de lire le cahier de Monique, je ne l’avais pas encore fini et je ne savais pas encore qu’elle l’avait écrit pour moi.
Quand je suis rentrée à Paris, je me suis remise avec mon « fiancé ». Je n’écrirai jamais son prénom. Je ne lui ai pas raconté mes vacances, parce qu’il me parlait des siennes et des jolies vacancières qu’il avait rencontrées. Je savais qu’il voulait me rendre jalouse, alors j’ai fait semblant de l’être, mais en vrai, je m’en moquais un peu. J’ai raconté les vacances qu’il croyait que j’avais passées, que je me suis ennuyée pendant deux mois dans un village du sud de la France. Dès mon retour, j’avais décidé qu’il ne saurait jamais que j’avais fait bien plus dans ce petit village qu’il n’en avait fait en Espagne. J’étais super amoureuse de lui, mais je vois bien que je n’arrive pas à le faire sentir dans mes mots.
J’étais amoureuse de lui, mais je pensais souvent aux vacances de Noël parce que j’allais descendre en Provence, invitée officiellement par tonton et tatie qui voulait « faire découvrir à la petite le charme des Noëls provençaux ».
Je suis née le 23 novembre, mais comme mes amis sont en première ou en terminale, on a décidé de fêter les anniversaires en octobre, on était quatre à le fêter. On avait bu, fumé, mais ce n’est pas une excuse, même si je n’avais pas bu, je crois que s’il me l’avait demandé, j’aurais accepté. Mon fiancé nous a filmé pendant qu’on couchait ensemble, je ne l’avais pas remarqué, mais le lendemain, il m’a dit « Regarde ce que tu as fait cette nuit ! », il voulait me choquer, mais je regardais la vidéo en la trouvant plutôt excitante. Je savais que je ne devais pas le lui dire, alors je me suis tue.
– Tu as honte de toi, j’espère !
– Et toi ? Tu as honte ?
– C’est pas pareil !
– On est deux sur la vidéo ! Pourquoi c’est pas pareil ? Parce que je suis une fille ?
– Parce que t’es une salope ! Si tu avais eu honte, je t’aurais pardonné, mais là… t’es qu’une pute !
Le jour même, il a fait tourner la vidéo au lycée, il l’a montrée à mes « amies » qui m’ont poignardée dans le dos. Au bout de deux jours, tout le monde m’appelait « Manon la salope », je ne pouvais plus aller au lycée, j’ai voulu mourir. Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à appeler Monique, je lui ai laissé un message sur son répondeur et Cathy m’a envoyé sa lettre.
Depuis que je suis arrivée ici, je me sens comme cet été, super bien, chez moi. J’ai raconté à Vincent ce qui m’était arrivé, il voulait monter à Paris pour casser la gueule à ce mec, mais je lui ai dit que je préférais être heureuse ici et oublier tout ça. Il m’a embrassée, m’a demandé si je voudrais encore essayer avec Enzo et lui. J’ai super aimé ses yeux quand il m’a demandé ça et encore plus quand je lui ai répondu que oui. Il m’a fait un grand sourire, m’a embrassée « partout-partout » et m’a promis d’organiser une vraie belle fête pour mon anniversaire.