Manon à l’école buissonnière – Devoir n° 2 – Manon se présente

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J’aurais bien aimé voir la réaction de Jean-Luc quand il a lu mon devoir, mais j’avais peur de voir qu’il n’aimait pas. On en a discuté, il m’a laissé décider. J’ai choisi qu’il lise tout seul pour cette fois. Je suis sortie dans le jardin, je regardais les arbres, je me demandais lesquels étaient des pommiers quand Jean-Luc m’a rappelée.

– Tu abordes des sujets très intéressants, mais tu donnes l’impression d’avoir bâclé…

– Chuis nulle, hein ?

– MAIS NON ! Tu as de bonnes idées, mais… par exemple, tu as quel âge ?

– Tu le sais ! Presque 17 ans !

– Et comment je le sais ?

– Bah… tu me connais !

– Tu ne veux écrire que pour moi ? Imagine un lecteur, dans le futur, qui tombe sur ce texte… il ne sait ni ton âge, ni celui de Vincent et d’Enzo… puisqu’ils sont cousins, ils se ressemblent, mais à quoi ressemblent-ils ?

– Mais ils ne se ressemblent pas !

– Et comment le lecteur le devine ? Tu vois, pour que ton propos soit clair, pour donner envie au lecteur de poursuivre sa lecture, il faut que tu lui tendes la main, comme si tu le guidais ou que tu lui montrais le chemin… après… libre à lui de l’emprunter !

Jamais aucun prof ne m’a expliqué les choses comme ça ! On a décidé que j’écrirai un deuxième texte, mais en prenant mon temps, en mettant plus de détails. Après, on a parlé de tout et de rien. Comme le vocabulaire, il m’a dit de ne pas m’en faire « au plus tu écriras, au plus il te sera facile de trouver les mots, de ne plus les craindre ». Je ne sais plus comment, mais on a parlé de politique.

– Je ne fais pas de politique ! J’y comprends rien !

– Bien sûr que si ! Tu veux un exemple ? Pourquoi avais-tu honte de dire que tu n’étais plus vierge ? C’est bien pour tenir un rôle dans la société, non ? Et pourquoi la virginité d’une fille est-elle plus importante que celle d’un garçon ? Ce sont des sujets très politiques, au contraire ! Rien que ce sujet peut servir de base pour des cours d’histoire, de géographie, de français bien sûr, de SVT aussi… Tu comprends pourquoi ton texte est intéressant ? Le fond de ton texte est très intéressant, il faut simplement que tu t’appliques sur la forme… Aaaah… ! Voilà un joli sourire qui me fait bien plaisir !

Je suis rentrée au village à vélo. J’étais tellement contente que j’aurais voulu chanter de toutes mes forces, mais je n’avais aucune chanson en tête. En passant devant la maison d’Alain et Cathy, j’ai vu Vincent. Il m’a regardée. J’ai fait un petit sourire gêné et un petit signe de la main. Il m’a souri. Je suis descendue de vélo.

– Tu es venue t’installer au village, m’a-t-on dit…

– Oui

– Tu es venue t’y installer parce que je te manquais trop ?

– Euh… non ! Parce que j’ai eu des embrouilles à Paris…

– J’aurais préféré que tu me répondes « Oui, tu me manquais trop ! »…

– Je n’ai pas bien entendu ta question… tu peux me la reposer ?

– Tu es venue t’installer au village parce que je te manquais trop ?

–  Oui ! Comment l’as-tu deviné ?

À ce moment-là, j’ai senti le sang de Rosalie et de Monique couler dans mes veines ! Vincent m’a prise dans ses bras, m’a embrassée et c’est comme si j’avais grandi d’un coup. Je me suis sentie fière d’être la fille que je suis. Monique et Christian sont sortis de la grande maison. Christian a marmonné un truc genre « Si c’est pas honteux de voir ça ! » Monique faisait aussi la dame choquée. Alors, j’ai vu Cathy et Alain à la fenêtre, comme deux petits vieux ! Ils nous faisaient le spectacle de bienvenue. Je ne sais pas comment dire autrement.

– Vé la parisenca qui dévergonde notre felen !

– N’importe quoi ! C’est ce jeune coq qui se pavane pour tourner la tête de ma pauvre petite nièce…

– Ho Christian ! Comment tu peux dire ça de ce garçon… innocent comme l’agneau qui vient de naître ? !

– En la matière, les provençaux ne sont JAMAIS totalement innocents !

– Hou ! Écoutez-moi la parisienne qui s’en mêle !

On était morts de rire ! Vincent est venu prendre l’apéro avec nous dans la maison rue basse. Quand je parle de la maison de Cathy, je dirai « la grande maison », mais quand je parlerai de la maison de Monique, je dirai « la maison rue basse » ou « la maison » tout court. Alain et Cathy ne pouvaient pas venir parce qu’ils gardaient un petit enfant, mais je n’ai pas compris lequel.

On a beaucoup discuté, tous les quatre et Vincent est resté dormir. Dans la nuit, je me suis réveillée, je ne sais pas pourquoi, mais je n’avais plus sommeil et j’étais super heureuse. Je me suis installée sur la grande table de la salle à manger et j’ai commencé à écrire mon deuxième devoir.

Manon devoir n° 2 moyenJe m’appelle Manon, j’aurai 17 ans dans quelques jours. L’été dernier, j’ai été punie parce que j’avais menti au collège et que j’avais séché les cours, au lieu de partir en vacances en Espagne avec mon fiancé, mes parents m’ont obligée à passer les deux mois chez Monique, la sœur de ma grand-mère, dans un village de Provence. Ça a été les plus belles vacances de toute ma vie !

J’ai rencontré deux garçons, Vincent et Enzo. Mais j’en parlerai plus tard. Monique et son mari Christian étaient super gentils avec moi, ils ne m’ont jamais demandé pourquoi j’étais punie, ils faisaient comme si c’était moi qui avais voulu venir leur rendre visite. C’est bête, mais ça m’a réconfortée. Et puis, j’étais libre de sortir quand je voulais, je devais juste prévenir si je ne mangeais pas avec eux. Ils avaient plein d’amis, ce qui m’a étonnée parce que je n’aurais pas cru que des vieux… en tout cas, mes grands-parents n’en ont pas autant ! Il y avait surtout Catherine qui venait souvent et me parlait comme si je n’étais pas punie. J’ai même cru que Monique ne lui avait pas dit !

Quelques jours avant mon retour à Paris, j’ai voulu être gentille. Monique et Christian étaient partis chez Alain et Catherine et ils ne rentraient que le lendemain. Ils m’avaient suggéré d’en profiter pour inviter des amis. Maman dit toujours que je ne fais jamais rien, que je suis bordélique, que je n’aide jamais, j’ai voulu la faire mentir et j’ai décidé de ranger la salle à manger, de faire les poussières et tout, un petit geste de remerciement. Je savais qu’ils le remarqueraient et le comprendraient. Je ne sais pas pourquoi je le savais, mais je le savais.

Sur le buffet, il y avait deux cahiers, un tout neuf et un tout vieux. J’ai voulu voir ce que c’était et je suis restée debout pendant deux heures à lire le cahier de Monique en me demandant ce que j’allais lire dans l’autre. Je savais que c’était celui de la grand-mère de Monique, Bonne-Maman qui s’appelait Rosalie. Vincent et Enzo ont toqué à la fenêtre. Ils m’ont demandé pourquoi j’avais cette tête là et je n’ai pas su quoi leur répondre. J’ai dit que je cherchais à calculer un truc. Si Bonne-Maman était la grand-mère de Monique et de ma grand-mère, qu’est-ce qu’elle était pour moi ? Enzo m’a dit « Ton arrière, arrière grand-mère !« 

Je ne sais pas pourquoi, mais quand j’ai pigé que bientôt j’allais lire un cahier écrit par mon arrière, arrière grand-mère et qu’elle y racontait ses plans-culs… ça m’a fait… Enzo et Vincent n’ont pas compris pourquoi j’avais été comme ça pendant cette journée et cette nuit-là. Ils ont été super contents, mais ils ne savaient pas pourquoi.

Quand ils me touchaient ou m’embrassaient, c’était mille fois meilleur que d’habitude et quand je les touchais c’était comme si c’étaient eux qui me touchaient ! Toutes les idées qui me passaient par la tête, je leur proposais ! Et je leur ai demandé de parler pendant, de faire les commentaires. J’aimais bien leurs gros mots et j’ai aimé en dire aussi. J’ai aimé aussi quand ils m’ont demandé de venir les voir dès que ce sera possible, quand ils m’ont dit qu’ils aimaient que je leur permette de vivre ça, de me partager.

Je venais d’apprendre qu’ils étaient cousins, j’étais surprise parce qu’ils ne se ressemblent pas. Mais est-ce que je ressemble à mes cousines ? Enzo a les yeux clairs, la peau mate, quand je l’ai vu la première fois, je croyais qu’il était métisse, mais en fait non, tout comme Vincent, il est assez grand et « taillé » (je ne sais pas comment dire autrement). Vincent a les yeux noirs et de beaux cheveux, ça fait bizarre comme description, mais c’est la première chose que j’ai remarquée, ses beaux cheveux, son sourire et ses grands yeux noirs.

Ils me disaient qu’ils étaient cousins, mais j’avais du mal à les croire parce que souvent, je tombe dans le panneau quand on me fait une blague. On était dans ma chambre, mais comme on avait soif, Vincent est allé chercher à boire et quand il a voulu prendre des verres, on l’a entendu crier « Ah ah ! La preuve ! » et il est revenu avec une vieille photo dans un petit cadre. Je l’avais vu mille fois, ce petit cadre avec cette photo, mais je ne l’avais jamais regardée. J’ai reconnu Monique, Christian, Cathy, Alain, mais c’est Vincent qui m’a donné les autres noms « 

– Le bébé dans les bras de Christian, c’est ma mère, Nathalie, celui dans les bras d’Alain, c’est Bastien le père d’Enzo ! Les deux mamies, c’est Nathalie notre arrière arrière grand-mère et l’autre…

–  L’autre, je suis sûre que c’est Rosalie !

Je le savais parce que je l’avais reconnue et qu’elle ressemblait beaucoup à Monique maintenant. Ça nous a rendu super « amoureux » de savoir que nos familles étaient liées depuis si longtemps. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme si on pouvait tout faire, comme si on avait la certitude qu’on ne se trahirait jamais, comme un pacte secret…

Enzo m’a demandé avec lequel des deux je préférais coucher. Je ne le savais pas, je ne m’étais jamais posé la question avant ! J’étais super excitée et je sais que je peux te raconter ça et que tu ne me jugeras pas. Alors, j’ai embrassé Enzo, j’ai attendu un peu parce que rien que rouler une pelle ça me met dans tous mes états. Quand j’ai été redescendue, j’ai embrassé Vincent.

– C’est différent, mais vous êtes à égalité !

– Et pour les caresses ?

Enzo m’a caressé les cheveux, puis les seins, mais c’est tout. Après, Vincent a fait pareil.

– C’est différent, mais vous êtes à égalité !

– Et pour les caresses ici ?

Vincent a glissé ses mains entre mes cuisses, m’a caressé la chatte (ça me fait drôle d’écrire ce mot), j’ai senti comme une grosse boule d’air chaud dans mes reins et des fourmis dans mes mollets. C’est vraiment à ce moment que je leur ai demandé de parler entre eux et de faire des commentaires.

– Tu veux que je lui dise quoi ? Que tu mouilles et que ça m’excite ?

– Oui !

– Tu aimes voir que ça me fait bander de mater mon cousin te tripoter ?

– Oui !

À ce moment, j’ai senti comme une grosse main invisible qui me soulevait les reins et mes cuisses se sont refermées sur la main de Vincent.

– Fatché ! Comme tu es belle, Manon !

Quand Enzo m’a caressée, j’ai ressenti la même chose, j’ai crié aussi fort, mais ses caresses n’étaient pas les mêmes.

– C’est différent, mais vous êtes à égalité !

Ils se moquaient de moi en me disant que je donnais toujours la même réponse. Pourtant, je répondais franchement, honnêtement à leurs questions. Je n’ai jamais couché avec un garçon sans mettre de capote, alors le sperme et tout, je ne connaissais pas. Je croyais que ça me dégoûterait. Dans son cahier, Monique parle d’Alain et de sa « particularité particulière », avec tout ce qu’on venait de faire et parce qu’on était vraiment détendus, je leur ai demandé s’ils pouvaient me montrer « comment ça sort » alors, ils se sont branlé devant moi et je les excitais par mes caresses et mes baisers, Enzo a éjaculé en premier et tout de suite après ça a été Vincent.

Pourquoi tu souris comme ça ?

– Parce que je suis heureuse !

Je n’ai pas pu leur dire que Enzo a un point commun avec son grand-père, en fait il en a plusieurs, mais ça me faisait drôle, parce que je ne savais pas si j’avais le droit de lire le cahier de Monique, je ne l’avais pas encore fini et je ne savais pas encore qu’elle l’avait écrit pour moi.

Quand je suis rentrée à Paris, je me suis remise avec mon « fiancé ». Je n’écrirai jamais son prénom. Je ne lui ai pas raconté mes vacances, parce qu’il me parlait des siennes et des jolies vacancières qu’il avait rencontrées. Je savais qu’il voulait me rendre jalouse, alors j’ai fait semblant de l’être, mais en vrai, je m’en moquais un peu. J’ai raconté les vacances qu’il croyait que j’avais passées, que je me suis ennuyée pendant deux mois dans un village du sud de la France. Dès mon retour, j’avais décidé qu’il ne saurait jamais que j’avais fait bien plus dans ce petit village qu’il n’en avait fait en Espagne. J’étais super amoureuse de lui, mais je vois bien que je n’arrive pas à le faire sentir dans mes mots.

J’étais amoureuse de lui, mais je pensais souvent aux vacances de Noël parce que j’allais descendre en Provence, invitée officiellement par tonton et tatie qui voulait « faire découvrir à la petite le charme des Noëls provençaux ».

Je suis née le 23 novembre, mais comme mes amis sont en première ou en terminale, on a décidé de fêter les anniversaires en octobre, on était quatre à le fêter. On avait bu, fumé, mais ce n’est pas une excuse, même si je n’avais pas bu, je crois que s’il me l’avait demandé, j’aurais accepté. Mon fiancé nous a filmé pendant qu’on couchait ensemble, je ne l’avais pas remarqué, mais le lendemain, il m’a dit « Regarde ce que tu as fait cette nuit ! », il voulait me choquer, mais je regardais la vidéo en la trouvant plutôt excitante. Je savais que je ne devais pas le lui dire, alors je me suis tue.

– Tu as honte de toi, j’espère !

– Et toi ? Tu as honte ?

– C’est pas pareil !

– On est deux sur la vidéo ! Pourquoi c’est pas pareil ? Parce que je suis une fille ?

– Parce que t’es une salope ! Si tu avais eu honte, je t’aurais pardonné, mais là… t’es qu’une pute !

Le jour même, il a fait tourner la vidéo au lycée, il l’a montrée à mes « amies » qui m’ont poignardée dans le dos. Au bout de deux jours, tout le monde m’appelait « Manon la salope », je ne pouvais plus aller au lycée, j’ai voulu mourir. Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à appeler Monique, je lui ai laissé un message sur son répondeur et Cathy m’a envoyé sa lettre.

Depuis que je suis arrivée ici, je me sens comme cet été, super bien, chez moi. J’ai raconté à Vincent ce qui m’était arrivé, il voulait monter à Paris pour casser la gueule à ce mec, mais je lui ai dit que je préférais être heureuse ici et oublier tout ça. Il m’a embrassée, m’a demandé si je voudrais encore essayer avec Enzo et lui. J’ai super aimé ses yeux quand il m’a demandé ça et encore plus quand je lui ai répondu que oui. Il m’a fait un grand sourire, m’a embrassée « partout-partout » et m’a promis d’organiser une vraie belle fête pour mon anniversaire.

À suivre

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