Le carnet retrouvé – Mardi 14 novembre 1944 (première partie)

Mardi 14 novembre 1944

Quelle expédition, mais ça y est, j’ai présenté Jean-Baptiste à papa et à maman et comme je le lui disais depuis le début, tout s’est bien passé. Enfin presque. Quand papa nous a vus arriver, son visage s’est décomposé. Il est rentré dans la maison. Il est ressorti ses lunettes sur le nez, il nous a fait un grand sourire et nous a dit d’entrer. Il m’a houspillée. « J’ai cru que tu nous ramenais un GI ou pire, un Tommy ! » Je lui ai demandé s’il pensait que Jean-Baptiste était un prénom anglais.

– Et comment j’aurais deviné qu’il s’appelle Jean-Baptiste ?

– Mais je vous l’ai écrit !

Papa a eu l’air étonné. Il a enfin tendu sa main à Jean-Baptiste (qui était dans ses petits souliers) « Bienvenue chez nous, Jean-Baptiste ! » Maman était bien embêtée de ne pas avoir préparé de quoi nous recevoir dignement et m’a reproché de débouler à l’improviste. Papa a sorti une bouteille de Calva, la cuvée qu’il réserve pour les grandes occasions « Mise en bouteille avant la naissance de Louise » et nous en a servi un verre.

On trinquait quand on a entendu la sonnette du vélo du facteur. J’avais oublié cette manie qu’il a pour annoncer l’arrivée du courrier. Papa est sorti. Je l’ai entendu s’exclamer « Pour une nouvelle, c’est une nouvelle ! » Il n’était pas encore dans la cuisine qu’il annonçait à maman que « la Louise s’est trouvé un prétendant. Jean-Baptiste qu’il s’appelle. Tiens, lis donc ! » Il a posé ma lettre sur la table en mettant une grande claque dans le dos de Jean-Baptiste.

Maman lui a fait remarquer qu’on avait eu raison, elle et moi, de croire dans la prédiction d’Esméralda et qu’elle avait bel et bien le don de double-vue. Papa a ricané, il a resservi un verre à Jean-Baptiste (mais ni à maman, ni à moi) et il lui a demandé s’il connaissait l’histoire.

Jean-Baptiste a fait une mine de circonstance et il lui a répondu que je lui avais aussi raconté sa fin tragique. « Que veux-tu, mon gars, il doit y avoir un vent spécial par chez nous qui fait que des fois, on sort en oubliant des choses sur le buffet. Tiens, moi c’est mes lunettes ben, Esméralda c’était sa double-vue ! » Il a éclaté de rire en se mettant une claque sur le front avec le plat de sa main. « Paf ! » Maman lui a dit qu’on ne doit pas se moquer de la mort des gens, mais elle sait bien que papa ne l’aimait pas. Une histoire d’avant-guerre (la première), mais je n’en sais pas plus.

Maman a lu ma lettre pendant que papa tentait de convaincre Jean-Baptiste d’accepter un troisième verre. Elle a relevé la tête. « Arrête donc, tu vas nous le soûler ! » Papa a râlé. « Si on n’a plus droit à l’alcool… » et il a servi du cidre à Jean-Baptiste qui n’a pu contenir un hoquet de rire. « Mon garçon, tu apprendras que le cidre, c’est pas de l’alcool ! »

Maman a tendu la lettre à papa. « Tu ne nous dis pas comment vous vous êtes rencontrés ». Jean-Baptiste avait déjà un petit coup dans le nez. « C’est en la faisant valser que je l’ai séduite ». J’étais mi-amusée, mi-furieuse qu’il présente les choses comme ça.

– C’est moi qui t’ai séduit avec ma belle robe blanche !

– Louise, nous sommes face à tes parents ! Que tu m’aies séduit est une évidence, en revanche, que j’y sois parvenu nécessite un minimum d’explications !

Tu aurais vu la fierté et le bonheur dans les yeux de papa et de maman ! Papa était tellement estomaqué qu’il avait suspendu son geste, il tenait son verre devant lui, ne sachant plus s’il devait le boire ou le reposer. Maman a essuyé une larme d’émotion. Jean-Baptiste s’est senti assez en confiance pour leur poser la question qui le tarabuste depuis le début.

– Mon garçon, que tu sois noir, blanc, jaune ou rouge n’a aucune importance. Aussi longtemps que tu aimeras ma fille comme tu l’aimes aujourd’hui, tu auras notre bénédiction. Si tu nous promets de l’aimer aussi fort qu’aujourd’hui, tu seras des nôtres.

– Monsieur, vous me demandez de vous faire une promesse que je serai incapable de tenir. Je le regrette, mais je ne peux m’engager sur ce point.

Jean-Baptiste s’est servi tout seul un autre Calva qu’il a bu d’une traite pour se donner du courage. Au ton de sa voix, j’ai compris qu’il avait le gosier en feu.

– Voyez-vous, chaque jour, chaque instant que je passe aux côtés de Louise, je l’aime davantage et je sais qu’il en sera ainsi jusqu’à mon dernier souffle. Je peux vous promettre de l’aimer et de tout faire pour la rendre heureuse un peu plus chaque jour, mais me demander de stopper la puissance de cet amour au stade où il en est aujourd’hui est au-delà de mes forces !

Même papa a écrasé une larme. Maman lui a reproché de n’avoir jamais tenu un aussi beau discours. « Que veux-tu, tu as épousé un Normand et le Normand est taiseux ». Il a repris son sérieux, il a regardé Jean-Baptiste droit dans les yeux. « Des gens qui vous regarderont de travers, qui parleront dans votre dos, il y en aura toujours, mais sache qu’ici, dans ma maison, tu seras toujours chez toi. Mon seul regret, c’est qu’Éric ne soit plus avec nous pour partager ce moment ». Maman a regardé le plafond, comme si d’en haut, Éric pouvait nous voir. Papa a demandé à Jean-Baptiste s’il savait qui était Éric. Jean-Baptiste a répondu « Louise m’en a parlé en chemin, mais si je sais qu’il est décédé, j’en ignore les circonstances ».

Quand nous roulions vers Avranches, sur les routes cabossées, encombrées, Jean-Baptiste m’avait confessé craindre davantage cette rencontre avec mes parents que son débarquement en Provence. J’avais beau lui répéter que la couleur de sa peau n’aurait aucune importance aux yeux de mes parents, il y revenait tout le temps.

– L’article du journal que tu as découpé ne t’ouvre pas les yeux ? « Dans ce petit bistro où nous dinons on vend le vin 500 francs la bouteille. Il n’y a pas de vin, n’est-ce pas. Alors on boit du cidre qui vaut 100 sous. À la table d’à côté, cinq matelots ont manqué leur embarquement. Ils sont très embêtés, parlent un peu des 30 jours de « tôle » qui les attendent, parlent encore plus du moyen de trouver des Chesterfields à 20 francs le paquet, tandis qu’à côté d’eux, trois nègres chantent une chanson écœurante comme du sucre de canne dans laquelle revient toujours le vers “Sweet’ee mam’ie Caroline !” À côté de moi, le front appuyé au carreau, un grand gars blond du Kansas regarde les phares éblouissants qui défilent, un tous les 75 centimètres. »*

Il se souvenait de chaque mot, les réciter ne lui demandait pas un effort qui aurait expliqué son visage crispé, son cou tendu. Il regardait droit devant lui pour dissimuler sa rage impuissante. Il n’était plus avec moi, je le sentais bien. J’ai posé ma main sur sa cuisse.

– Ce journaliste écrit très bien, mais demande-toi dans quel journal. Défense de la France est un journal gaulliste. Les gaullistes sont fiers de leur empire colonial, c’est logique que dans leur presse, on parle des nègres comme ça et qu’on glorifie le grand soldat blond. Les lecteurs de Défense de la France veulent lire de telles descriptions, de tels mots, mais tous les Français ne sont pas gaullistes !

Jean-Baptiste m’a regardée comme s’il me voyait pour la première fois. J’ai voulu le faire sourire. « Comment peux-tu imaginer que mes parents pourraient croire celui qui affirme que la pluie c’est la musique de fond de Cherbourg, le décor à tout faire, le panneau-réclame ? » La voiture était à l’arrêt. De sa grande main, Jean-Baptiste a tourné mon visage vers le sien. « Louise ! » J’ai compris que les mots lui manquaient pour exprimer sa surprise et me poser la question qui lui brûlait les lèvres, j’y ai donc répondu tandis qu’il redémarrait.

– J’avais un grand frère, Éric. Il faisait de la politique et du syndicalisme. C’est lui qui m’a appris à regarder d’où viennent les mots que je lis, ceux que j’entends à la radio ou aux actualités cinématographiques. Il se disputait souvent avec papa parce qu’ils n’avaient pas les mêmes idées. Au début, ça m’ennuyait parce que je ne savais jamais qui avait raison. Il m’avait dit de ne pas penser que leurs discussions gâchaient les repas, mais d’y voir la chance de me forger ma propre opinion en écoutant les deux sons de cloche. Ce jour-là, ça avait chauffé entre lui et papa, pourtant papa avait dit « Sur ce point, nous sommes du même avis ». Éric était un pacifiste forcené, il ne voulait pas de cette guerre. Il a été blessé et fait prisonnier en juin 40. Il est mort en Allemagne trois mois plus tard.

En dire davantage était au-dessus de mes forces, Jean-Baptiste l’a bien compris. Il m’a appris quelque chose dont personne ne parle. Après le débarquement de Provence, à la demande des Américains, les soldats noirs ont été volontairement retirés des troupes françaises parce que leur État-Major exige la même séparation que dans leurs régiments, où les Noirs ne combattent pas aux côtés des Blancs. Pour eux, il était hors de question de les voir défiler dans Paris comme de les voir marcher sur Berlin. En ce moment, le général De Gaulle fait remplacer les tirailleurs sénégalais par des FFI au sein de l’armée. C’est ce qu’on appelle « le blanchiment« . C’est pour ça qu’il a été étonné de ma tirade sur la presse gaulliste.

Si Jean-Baptiste peut rester en métropole, c’est grâce à ses diplômes et à ses compétences qui ont donné des arguments à son capitaine dans sa demande à la hiérarchie. Jean-Baptiste m’a aussi annoncé qu’il sera définitivement démobilisé au retour de cette mission. En attendant mieux, son capitaine lui a trouvé une chambre chez un parent et grâce à son soutien, il continuera de travailler au Ministère en tant que civil.

Maman s’est levée et m’a demandé de l’aider à préparer notre chambre. Jean-Baptiste a sursauté. Papa l’a taquiné. « À la guerre comme à la guerre et puis je te sais assez bien élevé pour ne pas abuser de la situation en… Bouche-toi les oreilles Louise que mes mots ne te donnent pas des idées ! »

Maman m’attendait devant la chambre d’Éric, une paire de draps dans les bras. Elle voulait savoir si un seul édredon nous suffirait ou si elle devait prendre celui qui recouvre mon lit. Je l’ai rassurée, un seul suffira, il fait bien plus froid à Paris. Pendant qu’on arrangeait les oreillers, qu’on faisait gonfler l’édredon, elle a eu un drôle de sourire. J’ai voulu savoir pourquoi. « Je me disais que ça me plairait bien qu’un petit soit conçu dans ce lit. Il me vient de ma grand-mère, tu sais ». J’ai mis mes poings sur mes hanches. « Maman ! Tu as entendu papa, Jean-Baptiste devra se comporter en parfait homme du monde. Nous ne sommes pas mariés ! » Elle a pouffé. « Mais qu’est-ce qui te fait croire que je te parlais de cette nuit ? Je te sais bien trop sage pour t’imaginer fêter Pâques avant les Rameaux ! »

On riait quand on a entendu la voix de papa. « À ton avis pourquoi l’appelle-t-on la perfide Albion ? » Un voile de deuil a immédiatement recouvert le visage joyeux de maman. J’ai ouvert la fenêtre, maman m’a rejointe. Le vent gommait les mots de papa avant qu’ils ne parviennent à nos oreilles. Il allait parler de Dunkerque, comment Éric a tenté par trois fois de monter sur une embarcation anglaise, comment par trois fois, il a été jeté à la mer. Il allait parler des blessures que nos alliés lui avaient infligées pour le dissuader d’une quatrième tentative. Comment il a été laissé pour mort sur la plage avant d’être soigné par un médecin ennemi. Comment il a été ensuite envoyé dans ce stalag I B à Hohenstein, d’où il nous a écrit son calvaire avant que l’on reçoive son avis de décès.

La fenêtre donne sur le jardin, la journée tirait sur sa fin, je devinais les squelettes des bâtiments détruits plus que je ne les voyais. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restées ainsi, à nous étourdir des rafales du vent marin. La voix de papa nous a sorties de notre rêverie silencieuse. Je n’ai pas entendu ce qu’avait dit Jean-Baptiste, mais je l’ai deviné à la remarque de papa. « Ah ben… si pour toi, c’est de la pluie, en effet on peut dire qu’il pleut par ici. Non, non, mon garçon, crois-moi sur parole, c’est en Bretagne qu’il pleut, pas ici. Tout bon Normand te le dira, le bon Dieu nous a offert le Mont Saint-Michel et a infligé la pluie aux Bretons ! »

Nous apercevant à la fenêtre, papa a claironné « Anne, sœur Anne que vois-tu donc venir ? » Maman avait retrouvé son entrain, elle lui a répondu du tac au tac « Une belle gueule de bois pour notre gendre ! » Jean-Baptiste a mis plusieurs minutes avant de réaliser qu’il était le gendre en question. J’ai compris que maman avait vu juste quand il s’en est défendu « Ah non ! Je ne suis pas saoul ! Pas saoul du tout ! Dis-leur toi, Victor, que je ne le suis pas ! » Il était tellement cuit, qu’il tutoyait papa comme s’ils se connaissaient depuis des lustres !

On a dîné d’une soupe, d’une omelette et d’un bon morceau de fromage. Nous sommes partis nous coucher. Jean-Baptiste avait du mal à garder les yeux ouverts, avec la fatigue de la route, le soulagement d’avoir été accueilli chez mes parents comme il l’avait été, le cidre et surtout le Calva avaient eu raison de lui.

À demi-somnolant, Jean-Baptiste marmonnait quelque chose comme « Louise, j’ai promis à ton père… » je lui ai répondu « Mais, moi, je n’ai rien promis ! Ferme les yeux et laisse-moi faire… de toute façon, ce n’est pas Louise qui taquinera Jean-Baptiste, mais Albertine qui fera découvrir à Albert la douceur des nuits manchoises ! » Je ne pouvais pas le voir, mais je sais qu’il souriait quand ma bouche s’est posée sur Albert (qui lui était en pleine forme).

Albert appréciera-t-il la douceur des nuits manchoises ?

*Pierre-Jean Laspeyres, in Défense de la France (29 et 30 octobre 1944)

Le carnet retrouvé – Mercredi 1er novembre 1944

Mercredi 1er novembre 1944

Quel idiot ce Jean-Baptiste, mais quel idiot ! J’ai tout de suite remarqué l’éclat amusé dans ses (très beaux) yeux et ce léger frémissement pour contenir son sourire quand il m’a demandé de quoi il devrait se munir quand nous irons en Normandie. Je sais que les routes sont en très mauvais état (quand elles ne sont pas détruites), je lui ai suggéré la patience.

Ce n’était pas la réponse qu’il attendait. « En matière vestimentaire aurais-je dû préciser ». J’ai cru que j’avais mal déchiffré l’expression de son (très beau) visage. Le cœur battant, j’ai répondu « Une paire de gants beurre frais* ? » Il a éclaté de rire et il a déplié le journal qu’il tenait à la main. J’ai essayé de lire par-dessus son épaule, mais le coquin s’est relevé de telle façon que ça m’est devenu impossible. Il faisait semblant de chercher la phrase exacte (je suis sûre qu’il n’en était rien), avec le ton sentencieux d’un maître d’école, il a lu à voix haute « La pluie c’est la musique de fond de Cherbourg, le décor à tout faire, le panneau-réclame ».

J’ai haussé les épaules, mais la leçon n’était pas finie. Jean-Baptiste a sorti un autre journal (torchon, devrais-je écrire) de sa poche, qu’il a déployé, il s’est éclairci la voix pour lire un article tellement calomnieux que je ne gâcherai pas la moindre goutte d’encre à en recopier les termes. Jean-Baptiste m’a autorisée à le découper, à condition que je note au-dessus de l’article le nom et la date du journal.

Autour de nous, les gens riaient, mais je ne me suis pas laissée faire pour autant. « S’il pleuvait en Normandie, je serais bien placée pour le savoir, tout de même ! » Maintenant que je suis penchée sur toi, mon cher journal, je peux bien te confier que je suis pas peu fière d’avoir obtenu cette petite victoire personnelle parce que Jean-Baptiste ne sait plus très bien à quel saint se vouer ! « Le journaliste aura probablement exagéré ou joué de malchance. » J’ai jugé bon de ne pas le détromper.

Je n’ai pas eu le temps de le prévenir que je passais l’après-midi avec Marcelle et Henriette. Ce matin, j’ai vu leur message, une petite carte punaisée près du platane du parc Monceau « Alors ma vache, on oublie les copines ? Mercredi après-midi où tu sais » Jean-Baptiste a souri, il en profitera pour aller au cinéma.

Quand Henriette m’a ouvert la porte, elle a regardé par-dessus mon épaule. « Il est pas là ton chevalier servant ? » Je croyais qu’elles voulaient qu’on se voie entre filles, mais elles l’auraient accueilli avec joie. Puisqu’il n’était pas là, on a pu parler sans retenue. Je leur ai raconté ces dernières semaines. Elles sont heureuses pour moi. Hélas, il y a de l’eau dans le gaz entre Marcelle et son Dédé.

– Dédé était un merveilleux amant tant que notre relation devait rester secrète, tant qu’on devait se cacher. Maintenant qu’elle peut éclater au grand jour, il veut régulariser. Il y a six mois encore, j’en rêvais comme on rêve au prince charmant… Mais depuis qu’il m’a proposé le mariage, il est d’un chiant ! Toujours derrière mon dos, à me demander où je sors, avec qui… et puis… au lit, c’est plus pareil… Je lui ai dit de bien réfléchir avant de demander le divorce, de penser à sa marmaille, il a haussé les épaules. Il croit qu’il y a un autre homme… Si seulement !

De son côté, Henriette a rencontré « un type extra », Maurice. Il lui fait l’amour avec fougue « comme s’il avait vraiment envie de moi ! » Ça nous a fait rire. Henriette a détourné le regard. « Veinardes, vous ne savez pas ce que ça fait de se donner à un homme et que lui se sert de votre corps pour faire l’amour à une autre… » On l’a prise dans nos bras et on lui a demandé de nous en dire plus sur son Maurice. « Vous rigolez pas les filles, hein ? C’est promis ? » On a promis. « C’est un ancien séminariste. » J’ai regardé Marcelle. J’ai regardé mes pieds. J’ai regardé le mur à ma droite. « Merci, les filles. Vous êtes chic. Maintenant, vous pouvez y aller ! » Henriette a rigolé avec nous.

Je lui ai demandé si Maurice sortait souvent son goupillon. Marcelle m’a dit que Jean-Baptiste me dévergonde. J’ai rigolé et je leur en ai dit un peu plus sur notre nuit à l’hôtel. Elles ont insisté pour que je chante la chanson paillarde de papa. J’étais quand même gênée parce qu’elle est très cochonne et pleine d’allusions que je ne comprends pas. Enfin, je crois. Marcelle et Henriette insistaient tant et tant que j’ai fini par céder, mais en leur demandant de chanter avec moi puisque les phrases se répètent. On était à peine au milieu quand j’ai décidé d’arrêter. Elles étaient aussi rouges et dégoûtées que moi. Je ne l’ai pas chantée à Jean-Baptiste, elles m’ont dit que c’était mieux ainsi.

Henriette nous a raconté combien elle aime que Maurice l’embrasse « en bas ». Je n’ai pas osé leur parler d’Albert et Albertine parce que je ne sais pas si Jean-Baptiste serait enchanté d’apprendre que j’ai dévoilé ce petit secret qui nous unit, mais je leur ai dit combien j’aime me mettre à quatre pattes sur le lit et que Jean-Baptiste me prenne comme ça. « La levrette, y qu’ça d’vrai ! » J’ai été étonnée que Marcelle dise comme ça, mais elle et Henriette m’ont dit que c’est le nom de cette position. « Tu vois, avant avec Dédé j’y avais droit, mais maintenant môssieur trouve plus respectable la position du missionnaire… » Je ne savais pas que chaque position porte un nom particulier.

Henriette est revenue à la charge et nous a demandé si on aime être embrassées « en bas » ou si elle est vraiment qu’une dépravée. Marcelle tergiversait, je voyais bien qu’elle était gênée de répondre. J’ai regardé Henriette droit dans les yeux et je lui ai dit à quel point j’aime ça. J’ai même confessé comment le soir, quand je suis toute seule dans ma chambre, il m’arrive de me caresser en essayant de faire avec mes doigts ce que font la bouche et la langue de Jean-Baptiste. Je leur ai raconté aussi combien j’aime l’embrasser « en bas ». J’aime tellement ça, c’est comme s’il faisait l’amour à ma bouche.

Henriette a voulu que je précise. « Il fait l’amour à ta bouche ou tu lui fais l’amour avec ta bouche ? » Je n’ai jamais réfléchi à la chose de cette façon. Je comprenais le sens de sa question, mais je n’en avais pas la réponse. Je lui ai demandé de me laisser le temps de la réflexion.

Marcelle a fait la grimace. « Je n’arrive plus à aimer ça. Pourtant, la première fois, j’ai cru que j’allais m’évanouir de plaisir, mais… Même au début, avec Dédé, je n’y ai pris aucun plaisir. Je ne sais pas pourquoi. De toute façon, ça l’arrange bien. » Henriette et moi, on sait que Dédé a été le premier, mais on a bien compris que Marcelle parlait d’un autre gars.

– Il était polisseur dans un autre atelier que le mien. Le 20 octobre 42, le directeur nous a tous réunis dans la cour pour nous faire un discours. Il était à ses côtés, mais son sourire sonnait faux. Le directeur le prenait en exemple, il avait répondu à l’appel du Maréchal et de Laval et s’était inscrit pour la relève. « C’est grâce à des ouvriers comme lui que des prisonniers de guerre retrouveront le chemin de leur foyer. » Il nous a demandé de l’applaudir et de le féliciter. Un officiel qu’on n’avait jamais vu a expliqué comment s’inscrire. On a obéi et on a applaudi, mais sans enthousiasme. J’ai vu qu’il me regardait comme on s’accroche à une branche quand on sent qu’on va se noyer. On est retourné dans nos ateliers, mais le soir, il m’attendait à la sortie de l’usine. Si j’étais sortie avant lui, je l’aurais attendu. On se l’était promis avec les yeux. Certains lui jetaient des regards noirs et crachaient à ses pieds en faisant semblant de chiquer, d’autres, surtout des femmes de prisonniers, le remerciaient. On a marché en silence et quand on a été assez loin de l’usine, il m’a dit qu’il ne voulait pas partir, qu’il avait obéi à sa mère et à sa grand-mère, mais que sinon il ne partirait pas. Son oncle a été fait prisonnier en 40 et elles comptaient sur lui pour qu’il revienne. Je lui ai pris la main. On s’est embrassés. Je lui ai demandé quand il partait. Il m’a répondu « Demain ». Je lui ai demandé ce que je pouvais faire pour le rendre heureux. Il me l’a dit et j’ai accepté. On s’est mis à l’abri des regards dans le recoin d’une arrière-cour. Il s’est agenouillé devant moi, il a passé sa tête sous ma jupe. Je vous jure les filles, je n’ai jamais rien connu d’aussi bon ! Je ne l’ai plus revu. Je ne sais même pas son nom. Je prie qu’il vive encore, mais je ne sais pas s’il voudra encore de moi si jamais il revient. Quand j’ai le cafard, je me dis qu’il vaut mieux que je reste sur ce souvenir. Je n’ai pas envie d’oublier ce beau souvenir avec le train-train quotidien. Quand je pense à Dédé, comment c’était bien et comment c’est devenu, je me dis que ça vaut sans doute mieux ainsi.

On aurait bien causé plus longtemps, mais comme je le lui avais demandé, Henriette avait mis son réveil. Quand il a sonné, j’ai dû m’en aller. Avant de partir, j’ai demandé à Marcelle si elle voulait m’accompagner chez la petite Marcelle. Elle a retrouvé son entrain habituel « Et comment ! »

La rencontre entre les deux Marcelle valait son pesant d’or ! La grande s’est avancée à grands pas, en ondulant des épaules. Elle m’a fait penser à Arletty. Elle a demandé à la petite, en traînant sur chaque syllabe « Alors, comme ça, c’est toi la pʼtite Marcelle ? » La gamine que j’aurais jurée si timide ne s’est pas démontée. En singeant la gouaille de la grande, elle a levé son bras bandé et lui a répondu « À ton avis ? »

Marcelle a un sale caractère, elle est gentille, mais très soupe au lait. Je craignais le pire, pour le moins une de ses colères légendaires, mais tout au contraire, elle lui a ouvert les bras en lui disant « Viens que j’te fasse un bécot ! » Je n’en revenais pas !

La maman était encore absente quand on est arrivées. Elle a été très étonnée de trouver sa fille assise sur les genoux de Marcelle pendant que je terminais de nettoyer la plaie. Les deux rigolaient en douce et pour la première fois, la petite oubliait que je la soignais. « C’est Marcelle, l’amie à Louise ! » J’ai corrigé « L’amie de Louise », mais la grande a dit « On s’en fout, l’amie à Louise ou l’amie de Louise, c’est kif-kif. Ce qui compte c’est l’amitié ! » Elle a tendu sa main pour saluer la maman qui souriait. Depuis quelques jours, je vois dans son regard une lueur d’espoir qu’elle n’avait pas avant. Ce serait une belle femme si elle était un peu moins déplumée et beaucoup moins fatiguée.

Quand on allait repartir, la petite a demandé à la grande si elle reviendrait la voir. Marcelle a regardé la maman sans piper mot. La maman a baissé les paupières et a hoché la tête pour donner son accord. La petite n’a rien vu de cet échange muet, car elle serrait la grande dans ses bras et elle tournait le dos à sa mère. « Un peu qu’on va s’revoir ! C’est pas rien de s’appeler comme moi ! Faudra bien que jʼ t’apprenne comment se comporte une vraie Marcelle ! Et compte sur moi pour veiller au grain ! »

J’allais tendre la main à la maman pour lui dire au revoir, mais Marcelle m’a devancée. « On s’fait la bise ? » Alors, à mon tour j’ai fait la bise à la maman. Marcelle (la grande) lui a demandé l’autorisation d’emmener la petite au cinéma dimanche. Les trois étaient ravies. La petite à l’idée d’y aller. La grande à l’idée de rendre service. Et la maman à celle de souffler un peu.

En remontant vers la Cité Universitaire, Marcelle a râlé « J’te rʼtiens, toi avec tes combines, la môme vient de me chiper mon cœur ! » Elle m’a bousculée d’un coup d’épaule avant de me faire un gros baiser sur la joue. Des journées comme celle-là, je voudrais en vivre tous les jours.

Mardi 14 novembre 1944

*Allusion à la tradition qui consistait à porter une paire de gants jaune pâle (la couleur du beurre frais) pour demander aux parents la main de leur fille.

Le carnet retrouvé – Dimanche 29 octobre 1944 (suite et fin)

– À quoi penses-tu, ma Louise ?

– Je me demandais si ce que nous avons fait avant de nous endormir serait aussi agréable au réveil…

– Je t’ai demandé de me dévoiler tes pensées, pas de révéler les miennes, jolie crapule !

Jean-Baptiste m’a serrée encore plus fort dans ses bras. Quand il m’embrasse, les papillons dansent dans mon ventre, plus fort à chaque baiser. Il a voulu savoir si je préférais faire ma toilette avant, j’ai répondu non. Je n’avais pas envie de sortir de la chambre, traverser le long couloir pour aller dans la salle d’eau. Quitte à choisir, je préférais profiter encore un peu de la chaleur du lit et de celle de ses bras.

J’ai fait un petit baiser à Albert. J’ai relevé la tête. Jean-Baptiste souriait les yeux fermés. Comme il ne pouvait pas me voir, j’ai osé donner un coup de langue sur ses bourses. J’avais le rouge au front d’autant que Jean-Baptiste a sursauté et ouvert grand les yeux. « Mais que fais-tu, ma Louise ? » Le ton de sa voix n’était nullement réprobateur, alors j’ai répondu « Ça ! » et j’ai fait un petit baiser à Albert. « Et ça ! » et j’ai donné un coup de langue sur ses bourses.

– Et quoi ?

– Et ça !

– Et quoi ?

– Et ça !

– Quoi ?

– Ça !

– Et quoi ?

– Et ça !

Nous avons joué ce petit jeu effronté jusqu’au moment où Albertine s’est rappelée à mon bon souvenir. Je ne savais pas qu’elle pouvait être sensible aux baisers que je donnais à Albert et à mes coups de langue sur ses bourses. Je l’ai dit à Jean-Baptiste qui a souri.

– Albertine, dis-moi que Louise ne ment pas à ce grand benêt de Jean-Baptiste !

– Si tu veux le savoir, vérifie donc, mon si puissant Albert !

Jean-Baptiste et moi avons fait semblant de nous plaindre de n’être que les jouets de ces deux-là. Je me suis mise à quatre pattes sur le lit. Jean-Baptiste s’est mis derrière moi et nous les avons laissé faire.

– Pour moi, c’est aussi agréable que cette nuit, Albertine, mais pour Jean-Baptiste…

Je n’ai pas eu le temps de m’inquiéter de ce silence. Jean-Baptiste a pris une de ses longues inspirations avant de terminer sa phrase.

– Je ne sais pas où poser mon regard, sur tes jolies fesses pommées, sur la cambrure de tes reins, sur ta nuque, sur tes mains qui se crispent, sur tes seins que je devine… ton corps parfait, tellement parfait que je n’ose regarder Albert s’y enfoncer, en ressortir parce que si je le fais…

– Si tu le fais ?

– J’ai peur de défaillir de plaisir…

– Alors, ne regarde pas Albert et laisse-le…

J’ai encore grogné comme on chante parce que la main de Jean-Baptiste s’est faufilée entre mes cuisses et qu’elle a caressé Albertine comme cette nuit.

– Encore, encore, Albert ! Encore, encore ! Je veux sentir tes bourses battre la mesure !

– Comme ça ? C’est ça que tu veux Albertine ?

J’aime grogner comme Jean-Baptiste a su me faire grogner encore et encore. Le plaisir me saisissait comme si j’étais prise dans un tourbillon. Je manquais de m’effondrer sur le lit, mais à chaque fois, Jean-Baptiste s’en apercevait à temps et à chaque fois, son bras puissant sous mon ventre me retenait, me redressait. Jusqu’à ce qu’il s’écroule à son tour, ne pouvant retenir ni son cri, ni son plaisir.

Nous étions allongés sur le lit. Mon estomac s’est mis à crier famine. Jean-Baptiste a sorti de sa besace une « Ration D* ». Il me fallait bien cela pour trouver la force d’aller jusqu’à la salle d’eau ! Une fois lavée, quand je suis rentrée dans la chambre, Jean-Baptiste est parti se laver à son tour. Quand il est revenu, il a été étonné de voir que j’avais enfilé mon manteau. « Tu as si froid que ça ? » J’ai fait semblant de réfléchir et j’ai répondu non avant de l’ôter. Tu aurais vu sa tête ! « Mais tu es nue ! »

Je me suis mise en colère, l’accusant de ne pas être un homme de parole. Interloqué, il a balbutié « Co… comment ça ? » J’ai essayé de garder mon sérieux pour lui répondre « On avait dit qu’on vérifierait si c’était pareil que cette nuit après notre toilette et maintenant, tu fais comme si tu avais oublié ta promesse. Si ce n’était pas agréable pour toi et pour Albert, il fallait me le dire ! »

J’aime l’entendre rire, le rire de Jean-Baptiste remonte le long de ma colonne vertébrale dans un long frisson. « Où avais-je la tête ? » Il a ouvert sa capote. « À crapule, crapule et demi ! » Le coquin avait eu la même idée que moi ! On avait des étoiles dans les yeux quand nous avons accusé Albert et Albertine.

Nous avons rendu la chambre un peu après midi, juste à temps pour ne pas devoir payer une nuit supplémentaire. Nous sommes allés au cinéma pour regarder « Ève a commencé », mais je n’ai pas pu voir grand chose, la salle était pleine, chauffée et après quelques baisers, je me suis endormie sur l’épaule de Jean-Baptiste.

Après le film, nous sommes allés chez la petite Marcelle. Sa maman nous a accueillis avec un grand sourire. La petite ne redoute plus les soins et attend chaque soir notre venue avec impatience. Le bandage refait, Jean-Baptiste a décrété que ça méritait bien une petite récompense. Il lui a offert une « ration D ». Tu aurais vu la joie et la gourmandise dans ses yeux ! Sa maman l’a autorisée à manger une barre de chocolat tout de suite, mais lui a demandé de lui donner les deux autres. J’ai été étonnée que la petite Marcelle obéisse sans rechigner. Sa maman les a rangées dans leur placard. « Tu en auras une demain et la dernière dimanche. »

Je suis rentrée aussitôt après. La mère Mougin ne sait plus par quel bout me prendre. J’ai pris de l’assurance, mais surtout Madame a de la considération pour moi. La Mougin sent bien qu’il y a du louche là-dessous, mais elle ne peut pas en apporter la preuve. Elle est un peu tombée en disgrâce depuis son séjour dans sa famille, elle doit regretter amèrement ce mauvais tour qu’elle a voulu me jouer. Je crois qu’elle a fouillé ma chambre, parce que mon lit n’était pas tout à fait comme je l’avais laissé et la boîte n’était plus à sa place. Si elle t’avait trouvé, elle t’aurait brandi comme une preuve et je n’écrirais pas ces mots. Malgré tout, je reste sur le qui-vive.

Samedi, je suis allée à la Croix-Rouge avec Eugénie. Sur le chemin, elle m’a confié qu’elle attendait ce jour avec impatience, parce qu’elle aime se sentir utile. Elle est aussi ravie que ce faux alibi soit devenu vérité, ainsi chaperonnée, elle pourra s’y rendre tous les samedis. C’est un accord que j’ai conclu avec ses parents. Peu avant d’arriver dans les locaux, elle m’a demandé (toute rougissante) si Jean-Baptiste et moi… Je l’ai tancée en fronçant les sourcils « Tu crois que c’est le genre de détails qu’un chaperon révèle à une jeune fille bien née ? » Nous avons ri. Elle a obtenu la réponse qu’elle désirait sans que j’aie eu besoin de la lui donner.

J’ai retrouvé l’infirmière Suzanne. Je lui ai remis la boîte pleine des pansements sales, elle m’a dit que je pouvais les détruire en les brûlant dans un poêle. Elle m’a donné de quoi remplir ma sacoche pour la semaine et m’a demandé des nouvelles de l’enfant. Je lui ai dit que la plaie me semblait en bonne voie et que la petite Marcelle et sa maman viendraient aujourd’hui pour qu’elle puisse en juger.

Elle a voulu savoir si je connaissais la raison de la blessure. J’avais posé la question à la maman. Il faisait froid chez elles à cause de la pénurie de charbon et des vitres cassées, la maman avait rempli une bouteille d’eau bouillante qu’elle avait glissé sous leur couverture. Pendant qu’elle avait le dos tourné, la petite a voulu la prendre pour la mettre de son côté du lit. Elle s’est brûlé la main, a lâché la bouteille qui s’est brisée et a aspergé son bras. Elle n’a pu être pansée que deux jours plus tard, la plaie sur le bras était déjà infectée. La petite Marcelle a eu si mal qu’elle refusait qu’on lui touche le bras, mais désormais elle n’a plus peur parce qu’elle a confiance en moi.

L’infirmière Suzanne hochait la tête en disant « Bien. Bien. » Elle m’a demandé si j’avais réfléchi à sa proposition. Je suis bien tentée, mais mon emploi de bonne m’assure le logement que je perdrais si je l’abandonnais. Elle en a conscience, elle va voir ce qu’elle pourra faire. Je ne lui ai pas parlé de Jean-Baptiste. Je ne la connais pas assez pour me laisser aller à de telles confidences.

Je me suis occupée des pansements et bandages à refaire, surtout ceux des vieux et des enfants. La petite Marcelle était toute fière dans la file d’attente. Elle souriait et regardait son monde comme si elle en était la reine ! Quand son tour est arrivé, je suis allée chercher l’infirmière Suzanne qui m’a félicitée de la qualité de mes soins. J’ai répondu que Marcelle avait fait montre de beaucoup de courage, ce qui m’a grandement aidée. Tu aurais vu sa bouille ravie ! L’infirmière a pris un air sérieux et m’a demandé si le courage dont avait fait preuve ma patiente méritait un petit bonbon. J’ai répondu oui. La petite Marcelle nous a fait un gros baiser sur la joue. Elle dansait presque en sortant du box !

Mercredi 1er novembre 1944

*La ration D était une ration alimentaire de l’armée américaine composée de trois barres chocolatées.