À la Saint-Valentin, faisons-nous du bien ! Quatrième épisode

Dès notre première conversation, le 31 décembre dernier, nous nous sommes tutoyés. Le fait que nous ayons à peu près le même âge y est pour beaucoup. Avec la même évidence, et sans nous nous être concertés à ce propos, nous nous vouvoyons pour et pendant le sexe. Ce vouvoiement agit comme un piment sur notre excitation, sur le plaisir que nous prenons ensemble.

Nous venons de passer à table, mon mari pose son téléphone.

– Plus je regarde cette photo, plus j’ai des envies de dessin. Je vais passer une bonne partie de la soirée à dessiner dans la petite chambre. Ça ne te pose aucun problème si nous te proposons de passer la nuit dans notre chambre, avec nous ?

– Parce que je dors ici ?! Quelle excellente nouvelle !

– Pour la Saint-Valentin, quel meilleur cadeau pourrais-je offrir à ma chérie ?

– Vraiment ?! Vous m’en voyez flatté, mais… je n’ai pas de vêtement de rechange.

– Qu’il est con quand il s’y met !

– Un aussi vilain mot dans une si jolie bouche… quel dommage !

– Ton planning de jeune retraité est chargé ou tu as du temps devant toi ?

– Attends que je le consulte mentalement… Le 26, j’invite ma fille au restaurant… c’est tout, pourquoi ?

– Ça me laisse tout le temps, alors…

– Ce sont les suites du COVID, du premier confinement. Il a cru devenir fou, il tournait en rond comme un lion dans sa cage. Alors, il a repris le dessin… Tu verras, il a vraiment un bon coup de crayon, il l’a toujours eu, mais pendant le confinement, il a appris des tas de techniques et il s’amuse à décliner certaines images, photos ou dessins pour choisir la version qui lui convient le mieux. Le dessin a sauvé notre couple, tu sais…

– Rigole pas, elle n’a pas tout à fait tort ! Et toi, comment t’es-tu occupé pendant cette période ?

– Je n’ai pas été confiné, parce que, tel que vous me voyez, vous avez devant vous un travailleur essentiel à la bonne marche du pays !

Notre voisin a dit ces mots en surjouant la fanfaronnade.

– D’où ta médaille grand or du Travail…

– D’où ma médaille grand or d’Honneur du Travail !

J’aime son sourire malicieux et enfantin quand il apporte cette précision.

Quelques heures ont passé quand mon époux nous rejoint dans la chambre, il est étonné de nous trouver en pleine discussion, sagement allongés dans le lit conjugal. Il n’est pas si tard que ça et ne nous trouvant pas installés devant une vidéo, il pensait débouler au beau milieu d’une partie de jambes en l’air.

– On a préféré t’attendre, en parlant et en flirtant un peu…

– Votre charmante épouse m’a quand même fait découvrir un plaisir inattendu !

Notre voisin lui explique comment il a été ravi que je caresse son corps, son visage sans chercher à le faire bander, combien cette sensation lui avait été agréable et combien il se sentait un peu plus beau, un peu plus désirable désormais. Mon époux adoré lui a répondu que nous nous offrons souvent ces moments où le corps n’est pas un enjeu sexuel.

– Vous voyez, je ne vous mentais pas quand je vous le disais !

– En vous attendant, nous avons aussi réalisé que vous n’avez pas eu de cadeau de Saint-Valentin, contrairement à moi et à votre chère épouse et nous nous demandions ce qui vous ferait plaisir.

Mon époux s’est allongé dans mon dos, il a allumé sa lampe de chevet et a demandé à notre voisin d’allumer la mienne, il a rabattu les draps. Notre voisin ne bande pas, ce qui arrange bien les affaires de mon mari adoré.

– Ma chérie, je voudrais que tu roules une pelle à notre ami et voir comme la magie de ta langue… de vos langues, le fait bander.

J’aime le ton un peu grinçant de sa voix quand il me dit ces mots. Je sens son sexe durcir contre mes reins. La salive afflue dans ma bouche, le remarquant, à peine mes lèvres se sont posées sur les siennes, à peine sa langue a franchi la barrière de mes dents que notre voisin se met à bander. Nous poursuivons néanmoins ce baiser. Je frissonne de plaisir à l’idée que mon mari bande si dur en nous regardant.

– Maintenant, ma chérie, n’arrête pas ton baiser… continue… voilà… je voudrais que tu branles notre ami… Tss tss ! Pas de cette façon, allons voyons ! Non, non ! Pas de ça entre nous ! Nous sommes entre gens de bonne société… Je veux que tu le branles à la manière du Duc de Wellington !

Notre voisin, surpris, ne peut retenir sa question.

– Qu’elle me branle comment ?!

– Il a parlé du Duc de Wellington, mais il aurait aussi bien pu dire le Duc de Manchester, ou le Comte de Coventry… voilà ce qu’il veut me regarder faire.

Du bout de mes doigts, le plus délicatement possible, je branle aristocratiquement notre voisin, en faisant coulisser son prépuce le long de son gland avec décence, sans trop appuyer, sur le rythme régulier à mouvement modéré d’une cadence gracieuse et noble.

– Reconnaissez, cher ami, la grâce avec laquelle mon épouse vous… hmm… vous branle

– Une chance que… ooh… que je ne sois pas circoncis, sinon…

– Sinon, on aurait fait avec… ou sans… on aurait bien trouvé quelque chose… Mon chéri, si tu savais comme j’aime cette sensation sous mes doigts… C’est à moi que tu es en train de faire un beau cadeau !

– Cher ami, avant que votre bouche ne soit occupée à embrasser celle de mon épouse, auriez-vous l’obligeance de me donner le flacon de lubrifiant qui se trouve sur sa table de chevet ?

– Séduisante voisine, votre sourire radieux illumine la chambre, quelle en est la raison ?

– J’adore quand il m’encule dans cette position… sur le flanc… et je crois bien qu’il en a parfaitement conscience, le bougre ! Et qu’il le fasse alors que vous êtes avec nous…

Cet échange entre burlesque et érotisme, nous émoustille tous les trois, c’est pour cette raison que nous le faisons durer. Sous mes doigts, mais peut-être n’est-ce que le fruit de mon imagination, je sens les pétillements du plaisir que prend notre voisin. Pour graver cette sensation dans ma chair, dans mes souvenirs, je ferme les yeux quand nos bouches se rejoignent. Les doigts humides de mon époux glissent le long de la raie de mes fesses dans une caresse divine.

– Hé bien, ma chérie… ! Soit tu ne m’as pas tout dit, soit… Je t’ai rarement sentie aussi détendue du cul… Je pourrais presque me passer de lubrifiant et de préparation, mais ce serait renoncer à une partie de mon plaisir… Cher ami, auriez-vous l’obligeance… de soulever la cuisse de mon épouse… oui… comme ça… de la maintenir dans cette position le temps que je procède ?

– Avec grand plaisir ! Mais… comment procédez-vous en temps habituel ?

– Peu importe, puisque cette Saint-Valentin est inhabituelle…

L’idée que notre voisin participe de cette façon m’emplit d’excitation comme on se gonfle d’orgueil. J’aime sentir sa main hésiter à caresser ma vulve, ce qui l’empêcherait de maintenir ma cuisse. Ma bouche collée à la sienne, d’une pression de la main, je le fais pivoter pour qu’il se mette lui aussi sur le flanc, j’attire son corps vers le mien et, avant de reprendre ma branlette aristocratique, je fais reposer ma cuisse sur la sienne.

J’aime l’inconfort de cette position qui rend les mouvements de mes doigts plus patauds, parce que je comprends bien qu’ainsi branlé, il ne jouira pas de sitôt. Quand ses doigts me pénètrent, nous grognons de plaisir. Je me cambre en exagérant mes ondulations, enflammée par mon impudeur. Mon époux adoré, l’amour de ma vie, en saisit immédiatement la raison.

– C’est ça que tu veux ? Que je te tambourine comme un homme pressé pendant que tu offres à notre sémillant ami, le luxe d’une branlette qui se baguenaude ?

Mon oui, cri du cœur, explose dans la bouche de notre voisin.

– Regardez-la, vous sentez comme elle jouit ?!

Je lâche le sexe de notre voisin, je m’agrippe à son visage et je lui roule une pelle comme si ma vie en dépendait. Imperceptiblement, ma main pivote, j’en frotte le dos contre la joue rugueuse, les yeux fermés, je veux reconstituer la sensation râpeuse qu’il offrait à mes cuisses quand, chaque matin, il me faisait jouir debout sous le bouquet de gui.

Notre voisin s’en souvient-il ? À quoi pense-t-il en ce moment ? Ses doigts me connaissent déjà par cœur… Et mon époux, mon amour adoré, qui ne m’a jamais aussi bien enculée… Un nouveau moment de grâce, comme nous parvenons à nous en créer si facilement.

– Tu aimes, ma chérie ? Dis-le-moi, si tu aimes…

– Ooh…

– Ooh quoi, envoûtante voisine ? Ooh « oui, c’est bon » ou ooh « Bonne année ! » ?

Mes doigts retrouvent son prépuce. Je dois fournir un effort incroyable pour rassembler les syllabes comme les pièces d’un puzzle et pouvoir leur répondre.

– Ooh… Bonne… Saint… Va… lent… Bonne Saint-Valentin ! Et vous ? Vous deux ? Vous… ooh… vous aimez co… comment ?

– Exactement comme je t’aime… plus qu’hier et bien moins que… hmm… que demain !

Notre voisin semble avoir perdu l’usage de la parole. J’ouvre les yeux. Je lis dans son regard toute une gamme de sentiments contradictoires, une sérénité douloureuse, une concentration extrême née de l’envie d’exprimer ce qu’il ressent et du devoir impérieux de ne surtout pas le faire, le tout nappé d’un plaisir absolu. Alors, je jette l’aristocratie aux orties et le branle à pleine main, imitant ses gestes maintes fois observés.

Après avoir joui, mon mari s’est déjà retiré depuis quelque temps, quand je sens le sperme chaud de notre voisin asperger mon ventre. Je me blottis dans ses bras. Je devine le sourire béat de mon époux. La main de notre voisin caresse ma joue, ses doigts glissent dans mes cheveux, enfin, il retrouve sa faconde habituelle.

– Moi qui ne suis pas romantique pour un sou, qui ne l’ai jamais été, permettez-moi de vous dire que vous avez su me faire aimer la Saint-Valentin !