Chroniques matrimoniales – Est-ce qu’il y a besoin de se mettre la cervelle à l’envers pour être heureux dans l’amour ?

b9072c4f9d7aec73e7d403841a3ff29dJusqu’à sa mort, je taquinais Neuneuille en m’excusant régulièrement d’avoir chamboulé son programme si bien établi. Il me menaçait alors de sa canne « Méfie-toi ! Si je t’attrape, canaille, gare à tes fesses ! », mais c’était pour le simple plaisir de me faire éclater de rire.

Je dois reconnaître que pour les avoir bouleversés, nous les avions sacrément bouleversés, nos plans ! Tous autant que nous étions !

Dès la première réunion de la Confrérie du Bouton d’Or, nous avions tous noté une nette amélioration de l’état de Neuneuille. À la fin de ce premier dimanche consacré à la Confrérie, les vieux évoquèrent sa vie solitaire, l’ennui durant ces journées et ces soirées qui lui paraissaient interminables. Dans un même élan, nous proposâmes à Neuneuille de venir s’installer rue Basse avec Rosalie, Valentino et Nathalie s’il ne craignait pas les commérages à son propos. Il eut cette réponse qui m’étonna avant de me paraître évidente.

– Parce que tu crois que les gens s’imaginent que nous batifolons encore à nos âges ? Et même toi, petite, quand tu me croisais dans le village, y pensais-tu ?

Je dus reconnaître que non.

– Les vieux, ou ce qu’il en reste, savent tous que Nathalie et moi soulagions les tourments des anciens combattants, leurs enfants, qui ont l’âge d’être vos parents, le savent aussi… plus ou moins… Même quand nous étions des « jeunesses », personne ne s’est jamais douté de quoi que ce soit… alors, tu t’imagines bien que ce n’est pas à nos âges…

Alain se demanda à voix haute pourquoi on n’imaginait jamais que les vieux puissent avoir une sexualité.

– Parce que nous sommes conditionnés à relier la sexualité à la procréation ! Or, les vieilles ne peuvent plus enfanter, quant aux vieux… on s’imagine que la longue mise en route est rédhibitoire. Je pense surtout que personne ne veut admettre que son pépé, sa mémé, son père, sa mère puissent s’envoyer en l’air !

Rosalie poursuivit en me prenant pour exemple. Il est vrai qu’avant de lire son cahier, je ne l’aurais jamais imaginée pratiquant une sexualité identique à la mienne quand elle avait mon âge et qu’après l’avoir lu, après plus d’un an passé à ses côtés, je n’avais pas soupçonné qu’elle rejoignait Valentino quand elle s’absentait plusieurs jours.

Cathy, Alain, Christian et moi partagions souvent nos dîners avec eux, tantôt rue Basse, tantôt « chez Toine », c’est lors de ces repas que je taquinais Neuneuille.

Barjaco finit par s’installer avec ses amis, prétextant vouloir offrir un peu de liberté à son fils et à sa bru. Le Bavard travaillait toujours dans l’exploitation familiale, mais il venait de s’installer dans sa propre maison. Tu te rends compte ? Après dix ans de mariage ! Cette promiscuité a parfois engendré des drames familiaux, mais je n’en avais absolument pas conscience à cette époque.

Je me souviens parfaitement du soir où la décision fut prise. Barjaco venait d’arriver, comme à son habitude, il fit un gros bisou baveux sur la nuque de Bouton d’Or. Il aimait par-dessus tout me taquiner à propos de mon geste agacé pour essuyer la salive qui n’était pourtant pas sur ma peau. De mon côté, j’aimais par-dessus tout qu’il me taquinât ainsi et il savait que j’aurais été déçue qu’il ne le fît pas. Et s’il le savait, c’est parce que je le lui avais dit.

Aucune séance de la Confrérie du Bouton d’Or n’était prévue, mais il avait voulu passer la soirée avec nous parce que la télé lui cassait les oreilles, malgré le volume trop bas pour qu’il puisse suivre les dialogues. Il n’entendait qu’un brouhaha gênant et fatiguant à la longue, il comprenait cependant qu’après une journée d’un dur labeur, son fils ait besoin de se détendre. Il était donc venu passer quelques heures en notre compagnie.

Il n’avait jamais ressenti une affection particulière pour le Bavard, après tout, il avait de nombreux petits-enfants et était même déjà arrière grand-père. Mais depuis ce fameux 13 juillet 1974, il s’était rapproché de lui. « Grâce à toi, Mounico, grâce à toi ! » Maintenant que le Bavard était parti avec femme et enfants, pour emménager dans sa propre maison, Barjaco ne se sentait plus à son aise à la ferme. Il se surprenait à réagir comme réagissaient ses parents quand il voulait moderniser l’exploitation.

Puis, comme s’il nous avouait une faute, il finit par nous dire que la veille au soir, il avait surpris la fin d’une conversation entre son fils et sa bru. Pour être exacte, il n’avait entendu que ces quelques mots « Tant que le père sera parmi nous, ce n’est pas la peine d’y songer » Il nous regarda, ne chercha pas une seconde à masquer sa peine, à contenir ses larmes « Je leur pourris la vie, comme mes parents ont pourri la mienne ». Il y eut un silence embarrassé. Barjaco se reprit aussitôt, se racla la gorge.

– Dis, cousin, puisque tu vas vivre ici, chez Bouton d’Or, tu voudrais bien me la prêter, ta bicoque ? Ou me la louer ?

– Certainement pas ! Non, n’y compte pas !

Avant que mon « Pourquoi ? » ne sorte de ma bouche, Valentino posa sa main sur l’épaule de Barjaco.

– Tu te figures tout de même pas que je vais laisser ma maison, l’héritage de MES ancêtres à un gars comme toi ? Tu crois qu’on va te laisser tout seul, là-bas maintenant que nous sommes réunis ? N’y compte pas ! Tu viens t’installer ici, avec nous ! Non, mais !

C’était vraiment leur truc, ça ! Offrir un cadeau comme on quémande une faveur ou comme on inflige une sanction et celui qui le recevait râlait comme s’il lui en coûtait ! Au début, je m’en étais étonnée, mais en cet automne 1975, je m’y étais déjà accoutumée.

Nathalie, toute guillerette, taquina la moustache de Barjaco avant de lui rouler une pelle. Rosalie nous désigna à son amie d’un mouvement de menton. Nathalie nous regarda, Cathy et moi.

– Hé bé ?

– On voyait ta langue… et la sienne !

– Et alors ? Vous faites comment, vous autres ? ! Vous mettez pas la langue ?

– Oui, mais… on est…

– Jeunes ? C’est ça ?

En réalité, ce qui nous avait troublées, ce n’étaient pas tant leur langue, ni même leur âge, mais Nathalie avait embrassé Barjaco exactement comme Cathy embrassait Christian. Il était plus simple pour nous de le leur expliquer.

– Tu sais donc ce qu’il te reste à faire, mon garçon !

En disant ces mots, Barjaco enroula sa longue moustache autour de son index ce qui m’amusa beaucoup.

Nous décidâmes de fêter dignement cette nouvelle installation. Je vis pétiller les yeux de ma grand-mère, ceux de celle de mon mari. Je me souvins du récit que Bonne-Maman m’avait fait de leurs retrouvailles avec Pierrot et Toine. Rosalie posa sa main sur la mienne.

– Si tu as une bonne idée, ne la garde pas pour toi !

– Si nous nous offrions un séjour à Nice pour fêter ça ?

Plus tard, quand je lui demandai comment elle avait su à quoi je pensais, Bonne-Maman me répondit « le bleu de tes yeux a eu, l’espace d’une seconde, le reflet ambré de l’huile d’olive ».

dubigeon-bonus5
Dessin de Marc Dubigeon

J’étais assise aux côtés du Bavard, peu avant, nous avions décidé qu’à la première occasion, nous rendrions la monnaie de leur pièce à Rosalie et Barjaco qui riaient comme des gamins à me voir sursauter quand il l’embrassait ou lui pinçait les fesses. Pour que le phénomène se produise, il fallait que je sois dans la même pièce que Rosalie et nous le savions déjà. Nous le savions sans pour autant nous l’expliquer.

Le Bavard m’avait suggéré d’inverser les rôles et de faire sursauter Rosalie quand elle s’y attendrait le moins. Nous étions assis sur le canapé, tandis que Rosalie et Nathalie parlaient avec Catherine près de la fenêtre. Neuneuille faisait quelques pas dans le jardin en compagnie de Valentino et d’Alain. Barjaco, sur le pas de la porte du salon, discutait avec Christian. Nous attendions tous l’arrivé du Balafré pour mettre au point notre séjour à Nice.

Le Bavard m’embrassa dans le cou, mais Rosalie ne réagit pas. Je ricanai quand il me demanda à l’oreille si son absence de réaction n’était pas due à « sa vieille peau tannée par les ans et le soleil de la douce Provence », il glissa alors sa main sous ma robe, caressa l’intérieur de ma cuisse espérant que la sensibilité n’ait pas disparu, elle aussi. Aucune réaction de Rosalie, mais je remarquai un léger sursaut de Barjaco qui regarda la paume de sa main d’un air surpris.

Dans un sourire, je dis au Bavard « C’est pas elle… c’est lui ! » et caressai son sexe au travers du tissus. L’aïeul et son descendant marmonnèrent simultanément « Boudiou ! »

Je tournai mon visage vers Barjaco et lui souris comme une gamine effrontée. Personne ne remarqua mon manège, jusqu’à ce que Barjaco, pétri de mauvaise foi, demande à Rosalie si la diablerie était le fait des Normandes. Rosalie me regarda, me sourit et haussa les épaules pour toute réponse.

– Que racontes-tu là, Barjaco ?

– Je parle de diablerie et de ces diablesses normandes !

– Tout finit par s’expliquer un jour, aie confiance en la science et dans ses progrès !

Nathalie se prit la tête entre les mains.

Pauvres de nous ! Maintenant que Toinou et Pierrot ne sont plus là, c’est lui qui s’y met !

Serrant ses poings sur ses hanches, elle défia Valentino du regard.

Et si ça nous plaît mieux, à nous, d’y voir de la magie, en quoi ça te dérange ?

Ça me dérange qu’on traite ma Rosalinetta de diablesse, voilà ce qui me dérange !

Boudiou, tu m’as fait peur… j’ai cru un moment que tu me reprochais le mot « normande »… !

Allons, voyons, cousin, je le savais depuis le début… souviens-toi… quand elle m’a déniaisé…

Toute l’assemblée éclata de rire, puis nous nous sommes regardés et l’air de la pièce s’est soudain chargé d’une sérénité absolue.

Le Balafré arriva enfin, s’excusa de son retard, mais la bonne nouvelle dont il était porteur nous récompensa amplement de notre attente. Il avait trouvé où nous loger pendant notre séjour à Nice et, si d’aventure il prenait aux autres membres de la Confrérie l’idée de venir nous rendre visite, nous pourrions les y héberger ! Valentino lui ouvrit grand ses bras et leur accolade m’emplit de bonheur. Nous trinquâmes à la joyeuse perspective de ce séjour.

Avant de passer à table, le Bavard tint à remercier Rosalie d’avoir convié Barjaco à vivre chez elle, lui offrant ainsi une bonne raison de passer quelques soirées au village « rapport à la piété filiale ! Non seulement, je passe pour un brave petit, mais je peux profiter des caresses de Monique, de ses baisers.. »

– Et de mon petit con et de mon joli cul !

– Tu vois, Rosalie, c’est ça, le drame de ma génération… les filles n’ont plus le goût à la poésie, tout ce qui les intéresse c’est de tout salir !

Je m’assis à ses côtés, il me fit un clin d’œil complice et je remarquai qu’il s’était débrouillé pour sortir son sexe de son pantalon sans que personne ne s’en aperçoive.

Durant tout le repas, nous nous amusâmes à taquiner Barjaco. Le Bavard me caressa la cuisse et quand nous eûmes confirmation que Barjaco ressentait la même chose que mon comparse, nous poussâmes le jeu un peu plus en avant.

Je portai ma cuillère à ma bouche quand le Bavard me heurta le coude.

– C’est mariée, mais ça ne sais toujours pas manger proprement !  Regarde, tu t’en es foutu partout !

En disant ces mots, il fit mine d’essuyer ma robe. Personne ne nous prêtait spécialement attention, ce qui nous convenait bien.

Mais… tu ne t’es pas brûlée, au moins ?

En disant ces mots, il échancra l’encolure de ma robe et caressa ma poitrine de sa grosse main rugueuse et délicate à la fois. Barjaco, surpris, lâcha sa cuillère qui tomba avec fracas sur le bord de son assiette. Le silence se fit le temps que chacun comprenne qu’il ne s’agissait pas là d’un malaise. Les conversations reprirent, mais je vis un large sourire s’épanouir sur le visage de Rosalie.

Confortée par cette marque silencieuse de complicité, je glissai ma main le long de la cuisse du Bavard, qui fit tomber ma serviette en me traitant de maladroite. Je me penchai donc pour la ramasser, mais faisant preuve d’une maladresse supplémentaire, je la fis glisser… oh… pas de chance… jusqu’au centre de la table… ce qui me contraignit à me mettre à genoux entre les cuisses du Bavard.

Je souris en repensant à mon relatif dépit ce soir-là. J’aurais donné tout ce que je possédais pour être à la place du Bavard et voir la réaction de Barjaco quand ma langue humide a léché le gland de son petit-fils, quand mes lèvres se sont entrouvertes et que ma bouche a commencé à déguster sa bite raide, dure, appétissante comme le meilleur des sucres d’orge…

La plaisanterie ne dura que quelques dizaines de secondes, mais le Bavard me dit que je venais de lui offrir le plus beau cadeau qu’il aurait pu imaginer. Je repris ma place à table. Barjaco me fit les gros yeux, mais il eut en même temps un hochement flatteur de la tête pour signifier à son petit-fils qu’il avait bien de la chance.

Tout ceci se passa sans que les autres conversations aient cessé. Je n’y prêtais guère attention, toute occupée à imaginer le prochain « agacement ». Barjaco voulu me faire la réponse du berger à la bergère en titillant Rosalie, mais elle fit comme si sa conversation avec Cathy revêtait une telle importance qu’elle ne voulait pas l’interrompre avec ces billevesées. Elle repoussa la main de Barjaco d’un mouvement agacé de l’épaule, tout en m’adressant un discret clin d’œil. Barjaco voulut alors l’embrasser. Valentino intervint.

– Mais fous-lui donc la paix, bordel de dieu !

– C’est la gamine ! Depuis tout à l’heure, ces deux-là… je voulais…

– Et pour toi, Rosalinetta, c’est une poupée ?! Une poupée avec laquelle tu vas faire enrager les gamins ? ! Et c’est quoi la prochaine étape ? Ma… cette mentalité… je comprends pourquoi papa a préféré s’installer à Paris… !

Barjaco ayant expliqué ce qui se passait, toute l’assemblée voulut étudier le phénomène « Ma… c’est à visée scientifique… tu te doutes bien que si c’était pas pour la science… »

Je m’assis sur le canapé, aux côtés du Bavard, tandis que Barjaco s’installait dans le grand fauteuil près de la fenêtre. Alain, Christian, Cathy, Nathalie, Neuneuille, Rosalie, Valentino et le Balafré s’étaient levés, comme si la position debout accentuait le caractère « amoureux de la science » de l’observation.

Je caressai du bout des ongles la queue mi-molle du Bavard. « Escusez… c’est… l’émotion ! » Il a toujours eu un sens de l’humour incroyable ce Bavard… ! Il reprit de son assurance en même temps que sa vigueur. Je le branlai doucement. Un « OOOOHHH ! » ébaubi enfla et emplit la pièce.

Je n’osai pas encore regarder « en vrai » la queue de Barjaco, mais son regard m’informait de son état. Sa voix fut d’une beauté et d’une mélodie incroyables quand il nous dit :

– Petit, tu as compris maintenant ? Tu as compris pourquoi ton corps connaissait le sien ? Pourquoi tu la connaissais si bien dès la première fois? Elle a la douceur de Bouton d’Or, la fille de Mère-Nature ! Et toi, tu as ma peau ! Et vous autres… si vous aviez… sous la table… tout à l’heure… !

Il fit un très joli sourire à Rosalie « Les jolies chattes font de douces minettes… ! », cligna de l’œil et, en plaisantant, me demanda si je voulais « renouveler l’espérience ». Je ne saisis pas la plaisanterie sur l’instant.

Un peu gênée, j’acceptai à condition que les vieux ne me regardent pas faire. Je ne saurais expliquer la raison de cet accès soudain de pudeur, puisqu’ils nous avaient déjà tous matés depuis leurs postes d’observation pendant plusieurs partouzes.

Personne ne me taquina ou ne fit la moindre remarque.

Je m’installai le plus confortablement possible et suçai le Bavard en y mettant tout mon cœur, toute mon âme, tous mes rêves, toute mon ardeur et toute ma science. Pour la première fois, nous les entendîmes commenter en même temps ce que ma bouche leur offrait. C’était surprenant, leurs mots, leurs interjections, leurs cris, leurs souffles qui se répondaient, s’entrechoquaient, comme sur une mauvaise bande stéréo.

Mon ectoplasme s’échappa une nouvelle fois. Valentino caressait la poitrine de Rosalie, il lui fallut un peu de courage pour oser s’approcher un peu d’eux et constater que Rosalie était empalée sur le sexe de Valentino et qu’elle « se faisait minette ».

Neuneuille avait calé son membre entre les seins de Nathalie, que je trouvai étonnamment beaux.

Barjaco, affalé dans le fauteuil souriait aux anges « Continue… oui… comme ça… »

Catherine me regardait attentivement, elle encourageait régulièrement le Balafré et Christian à se branler. Elle savait trouver les mots justes pour expliquer ce que nous ressentions, elle et moi, quand des hommes nous observant, se branlaient ostensiblement, comme les sentir envieux nous excitait, nous donnait envie d’en offrir davantage…

Alain venait en elle dans une levrette claquée.

Le Bavard se laissait faire, ses doigts froissant mes cheveux, parlant comme à son habitude « Ah ! Te voilà, toi ? Dis, pépé, tu la vois, toi aussi ? » Mon ectoplasme se dirigea vers Barjaco, qui ne le vit pas, malgré les indications précises du Bavard.

Té, Alain… fais-lui plaisir ! Montre-lui mieux ta grosse queue brillante de la mouille de ton épouse ! Voui ! Comme ça ! T’es contente, hé capoune ? T’aime bien regarder comme une petite vicieuse… ça te donne des idées… c’est ça ?

Mon ectoplasme fit oui de la tête et sourit au Bavard qui l’invita à s’approcher d’un geste de la main.

Vai… fais-moi venir, petite créature… fais-moi venir… peti…

Le Bavard jouit dans ma bouche, mais il me sembla percevoir un arrière-goût, un goût différent, un goût jusque là inconnu de mes papilles.

Barjaco se plaignit.

Boudiou ! Même puceau… même minot… jouir comme ça… sans rien faire… sans rien contrôler… mais… boudiou de boudiou… quelle pipe !

La Confrérie du Bouton d’Or à la rescousse ! (hommage à Enid Blyton)

Chroniques matrimoniales – L’occasion fait le larron

800px-Almanach_1939Même si Valentino aime m’en attribuer tous les mérites, je voudrais te raconter ce qui s’est réellement passé, comme dans un compte-rendu, t’écrire comment les événements se sont enchaînés, comment ils lui ont permis d’échapper au pire et de lui assurer une certaine tranquillité.

La vie au village s’écoulait au rythme des événements internationaux, parfois de longues semaines d’apaisement, qui s’achevaient dans le fracas des bruits de bottes, bruits qui finissaient par s’évanouir dans ce mouvement perpétuel que je comparerais à celui des vagues s’écrasant sur une plage.

L’amicale des anciens combattants se réunissait plus souvent qu’au début des années 30. La crainte d’une nouvelle guerre faisait ressurgir les horribles cauchemars et nous demeurions les confidentes de ces hommes. Il n’y a jamais eu d’accord formel, mais nous ne parlions jamais de politique entre nous, nous savions que notre amitié, que notre complicité n’y résisteraient pas, qu’elles risquaient de voler en éclats ce qu’aucun de nous ne souhaitait.

Valentino vivait caché, tapi dans le repère que lui avait trouvé Toine.

À l’occasion du 14 juillet 1939, alors que nous batifolions tous près de « la source aux fées », Barjaco nous annonça, quelque peu dépité, que son cousin « le parisien » avait décidé de passer ses vacances « au pays ». Avec sa mauvaise foi coutumière, Barjaco le regrettait.

– Qué « au pays » ? Je ne l’ai vu qu’une seule fois ! Son père est parti bien avant ma naissance, avant même son mariage ! Et il n’a même pas marié une femme normale, non ! Monsieur a épousé une… parisienne !

Me voyant froncer les sourcils, il s’était adressé à Pierrot.

– Ça aurait pu être plus pire, tu me diras, il aurait pu tomber sur une…
(enchaînant les signes de croix, telle la bigote se préservant du Malin)… une… une Normande ! Dieu soit loué, elle n’était que Parisienne… !

J’avais fait mine de ne rien avoir entendu ou de m’en moquer, mais quand Barjaco s’était approché de moi, j’avais fait semblant de m’enfuir.

– Boudiou, la Rosalie ! Ne me laisse pas dans cet état ! Vé comme môssieur (c’est ainsi qu’il surnommait son membre) a besoin que tu le soulages !

– Je l’aurais bien volontiers sucé… voire je lui aurais bien volontiers offert mon corps, mais vois-tu… je suis Normande… si ça se trouve, c’est contagieux… Je m’en voudrais de te contaminer… que tu attrapes la Normandite aiguë… !

Claironnant un « Tu parles d’or ! », Barjaco s’était tourné vers Nathalie, qui lui ouvrit les bras en grand.

Il n’avait jamais évoqué Valentino, comme s’il ignorait son retour, mais il est vrai que nous ne nous rencontrions presque jamais rien que tous les deux. Valentino se terrait comme l’animal traqué qu’il était, je ne connaissais pas sa tanière. Par mesure de sécurité, seul Toine savait où elle se trouvait exactement. De temps à autre, ils arrivaient chez nous, à la nuit tombée. Je restais avec Toine pendant que Valentino se confiait à Pierrot.

Parfois, nous faisions l’amour, parfois, non, mais à chaque fois, Toine me demandait de soulever ma robe, il regardait ma « blonde toison » et passait ses longs doigts entre mes poils qu’il lissait, comme on peigne des cheveux. À sa façon de prononcer « Bouton d’Or », je savais si ses doigts allaient s’aventurer plus bas, écarter délicatement les lèvres de « cette bouche que l’on se délecte à faire miauler » comme il aimait à le dire, caresser la peau humide juste au-dessus du « bouton caché de Bouton d’Or », l’appeler d’un doux baiser, le faire éclore, le téter d’une bouche avide et délicate, de glisser ses doigts jusqu’à l’entrée de « la grotte miraculeuse »… ou si son « Bouton d’Or » n’était qu’une incantation, le phare auquel raccrocher son espoir, espoir de savoir les cauchemars envolés, de savoir que le pire était passé, qu’il était derrière nous.

Il arrivait que Toine propose à Valentino de passer la nuit avec moi, dans la chambre qu’il retapait pour le retour de son aîné, le père de Christian. Nous faisions alors l’amour avec plus d’absolu qu’avant, nous avions viscéralement conscience que ce pouvait être la dernière fois. Les menaces, le danger étaient constants, omniprésents, tapis dans les bosquets du manque de vigilance né de l’habitude, prêts à bondir et à anéantir Valentino.

Barjaco était furieux, parce que depuis l’instauration des congés payés, nous avions pris l’habitude de fêter la veille des vacances le 31 juillet, par une orgie où le vin coulait à flots, où les corps s’échangeaient, se mélangeaient et que son cousin l’importun avait annoncé son arrivée pour le 30.

– C’est un vieux garçon, en plus ! Vé si ça se trouve, il est encore puceau !

– Dans ce cas-là, viens avec lui, Bouton d’Or se chargera de le déniaiser… !

– Tu m’ôtes les mots de la bouche, Toine !

– Dis-moi, coquine, montre-moi comment tu t’y prendrais pour le déniaiser, mon cousin le parisien… !

– Ton cousin le parisien ? Je croyais que tu parlais de ton cousin l’importun…

– Té, mais c’est le même peuchère ! Il a le double-nom ! Mon cousin le Parisien-L’importun !

Je m’étais approchée de lui, m’étais faite câline, j’avais soulevé la combinaison de soie que je portais, découvrant ainsi mon triangle doré, l’avais contraint à lever les yeux, à croiser mon regard.

– Montre-moi comment tu voudrais que je m’y prenne avec lui…

Barjaco avait juré en patois, m’avait caressée à m’en arracher la peau, me demandant de lui apprendre comment faire pour préparer le corps d’une femme à d’autres attouchements. J’avais décollé ses mains, m’étais assise à califourchon sur ses cuisses, les yeux dans les siens, lui avais demandé d’imaginer une apparition féerique, comme un halo de lumière, une bulle de savon qu’un geste trop brusque ferait éclater.

– Essaie de la caresser avec toute la délicatesse cachée au bout de tes doigts…

Les caresses de Barjaco se firent idéalement aériennes, mon corps ondulait, s’échauffait… Je m’enivrai de mes mots quand je lui susurrai

– Que tes lèvres soient mille Sylphides, qu’elles volent sur ma peau et y déposent de chauds baisers, là… et puis là… et là encore… oui ! là… plus bas… que ta langue lèche ma rose tétine… Oh ! Sens-tu comme ton gourdin frappe à ma porte ? Veux-tu me prendre à la hussarde ? Ou préfères-tu, au contraire, faire ton entrée sur la pointe des pieds ?

– Pierrot ! C’est le diable que tu nous as rapporté là !

Je lui souris de toute mon amitié, de toute notre complicité, de tout mon désir aussi. Semblant se raviser, il pria ses « collègues et néanmoins amis » (la formule nous amusait beaucoup) de ne surtout pas chercher à l’exorciser, que c’était trop…

– Fatché ! Regarde-moi ça ! Môssieu est entré sans même demander la permission !

Il bougonnait, sans chercher à masquer le plaisir qu’il prenait. J’interpellai Nathalie. Nous aimions ce code secret, comme une langue des signes, que nous avions inventé, nous en changions dès qu’un de nos partenaires commençait à le décrypter, pour le plaisir de les surprendre à chaque fois que l’envie nous en prenait.

– Nathalie, viens par ici ! Barjaco ne doit pas pâtir de ses obligations familiales… !

Je fis un signe des doigts.

– Boudiou ! Qu’est-ce que vous manigancez toutes les deux ?

Je m’empalai d’un coup, au plus profond, sur le sexe dur et épais de Barjaco, je sentis ainsi à quel point mon minou était trempé. Je me relevai lentement, laissant à Nathalie le temps de s’agenouiller. Qu’elle était ravissante, juvénile, à plus de quarante ans, avec son éternelle robe de bergère ! Nous l’avions à peine modifiée au fil des ans, tant son corps et elle étaient restés les mêmes… Qu’il était attendrissant ce petit bout de langue gourmande qui apparaissait derrière son sourire… ! Et l’éclat de son regard, pétillant et léger comme des bulles de Champagne !

Elle léchait chaque centimètre carré de peau que je découvrais en me relevant. Quand je coulissais sur le sexe de Barjaco jusqu’à ce qu’il disparaisse, les baisers de Nathalie me précédaient et quand il avait disparu, elle léchait la cuisse, l’aine de Barjaco… Mais, toujours aussi gourmande, elle m’incitait presque aussitôt à hâter la cadence.

Barjaco était aux anges. Fidèle à sa tradition familiale, il commentait au gré de ses sensations…

– Fatché, la Nathalie… libère-moi donc tes belles mamelles ! Qué « Non » ? Qu’est-ce qui te ferait changer d’avis ? Qu’un de… outch… doucement, Rosalie… tu vas me faire venir ! Alors, Nathalie, tu dirais oui si un de ces… chhhhu Rosalie… tout doux… si un de ceux-ci te culbutait par derrière ? Vai ! Fallait le dire ! Messieurs… un volontaire ?

Toine, dont le sexe énorme se dressait tel un flambeau avait fait un pas vers nous. Il souleva le jupon de Nathalie.

– Oh, ma pitchoune ! Tu as pensé à moi… !

Depuis peu, il s’était découvert une passion pour les vieux dessous, les vieilles culottes fendues d’antan, en cotonnade, maintenues par des rubans multicolores, il ne s’en expliquait pas la raison, mais de nous voir ainsi attifées le remplissait d’une joie lubrique. Il aimait nous prendre ainsi pendant de longues minutes, nous ramoner jusqu’à nous laisser au seuil de la jouissance… Alors, il se retirait, préférant quand nous le suppliions, nous ôtait la culotte, la lançait au loin et reprenait ses va-et-vient. « Voilà, c’est ainsi que jouissent les honnêtes femmes ! Le con, le cul et les reins à l’air ! »

Toine me demanda de me relever un peu plus « Cambre-toi aussi, tant que t’y es, que je ne sois pas venu pour rien ! » Je ne relevai même pas la mauvaise foi et lui obéis.

– Ho, Barjaco !Tu préfères comme elle te suce quand je la prends comme ça ?

Rien qu’à ses petits cris, je devinai comment il était en train de prendre Nathalie, alors que je lui tournais le dos, comment il bougeait en elle.

– Oh boudiou… ouh fan… ouh que c’est bon ! Oui ! Oui ! Comme ça !

– … ou quand je… Hou, Pitchounette ! Venez tous voir comme…  Hou, ma Pitchoune… Si t’étais pas déjà mon épouse, je te marierais !

– Boudiou ! Elle… ô fan de Diou ! C’est encore meilleur !

Barjaco m’attrapa par la taille et me fit aller au rythme des coups de langue de Nathalie qui le léchait au rythme des coups de boutoirs de son Toine. Elle dégagea enfin sa poitrine du carcan de tissu en criant à Barjaco qu’elle ne le faisait que pour lui. Barjaco se déversa en moi, noyant ses jurons habituels de tendres remerciements.

La journée s’était ensuite écoulée paisiblement, comme une rivière lascive, par endroits agitée de tourbillons, je veux parler de nos galipettes, nos cochonneries réjouissantes et joyeuses, comme nous les appelions.

Le lundi 31 juillet au matin, nous préparions la maison pour recevoir nos amis et fêter les congés payés, même si la plupart étaient des paysans et ne prenaient donc aucun jour de vacances, spécialement à cette période ! Antonella et Léonie étaient déjà depuis 15 jours chez leur tante, Marie, la soeur de Pierrot, elles aimaient s’occuper de leur cousin, jouer avec lui comme avec un baigneur, « de vraies petites mères » comme on disait alors.

Barjaco toqua à la vitre, le béret ainsi tenu à la main indiquait qu’il ne rendait pas une visite amicale, mais qu’elle était plus formelle. Pierrot lui ouvrit tout grand la porte et le fit entrer. Quand il fut assis, après s’être assuré que nous n’étions que tous les trois, il nous demanda

– Il compte se cacher ainsi combien de temps ?

Pas la peine de prononcer son nom, nous savions de qui il parlait. D’un haussement d’épaules, Pierrot et moi lui signifiâmes notre ignorance. Baissant la voix, avec des airs de conspirateur, d’espion comme dans les films que nous voyions au cinéma itinérant, il nous confia « Parce que j’ai peut-être la solution… » et il nous raconta l’incroyable aventure qu’il avait vécue.

– Je suis allé le chercher à la Blancarde, parce que le Parisien voulait goûter à l’ivresse marseillaise avant de passer son mois d’août « en famille »… ô pute borgne, je t’en ficherais, moi, de la famille ! Heureusement qu’il m’a reconnu, sinon je serais passé devant lui sans le savoir… Nous voilà partis pour la tournée des grands ducs… il me demande si j’ai quelques bonnes adresses à lui conseiller, me propose de passer quelques heures dans un « lupanar local »… ce qui répond à notre interrogation… le cousin n’était pas puceau ! Je lui rétorque que je n’ai aucune envie d’attraper la vérole avec une fille qui s’ennuie, que je connais deux charmantes créatures qui s’offrent avec plaisir et que si ça lui dit… Le cousin était bigrement intéressé, mais il a quand même voulu « se perdre dans les rues de Marseille ». Et que je veux visiter ci, et que je compare tout à Paris… et que je veux voir ça et que je te raconte ma vie… Boudiou ! Il me farcissait le crâne de toutes ses histoires ! Qué bavard ! Rigolez pas ! Plus pire que moi, je vous dis ! Avec tout ça, le temps de rentrer avec ma carriole… qu’il a moquée, en plus ! Le temps de rentrer, tout le monde dormait. Sauf la mamé, mais de toute façon, la mamé, elle s’économise… elle se désaltère d’une goutte de vin, se nourrit d’une miette de pain et se repose d’un battement de cils… On avait déjà soupé, on est allés au lit… pas ensemble, hein ! Allez pas vous imaginer… ! Et ce matin… c’est vrai que je le trouvais rougeot… tout le dimanche, il s’est plaint de la chaleur, de la soif, mais moi, je croyais que c’était un prétexte pour boire un coup ! Ce matin… ô peuchère ! Je me le suis pas trouvé raide mort dans son lit ! Alors, je me suis pensé puisqu’il est venu mourir ici, puisque personne ne le connaît de par ici… autant qu’il soit pas mort pour rien… que ça serve à quelqu’un ! La mamé ne dira rien et en plus, elle y voit plus très bien… c’était la nuit… On pourrait habiller Valentino avec les affaires du cousin… échanger les papiers… ni vu, ni connu ! Qu’est-ce que vous en pensez ?

Nous étions abasourdis ! Pierrot fut plus prompt que moi à réagir, à réfléchir.

– Il faudrait prévenir Toine. On ne sait pas où se cache Valentino et il faut faire l’échange avant que ta femme découvre le corps, qu’elle…

– Té… mais t’es couillon comme…

En éclatant de rire, il me désigna.

– … comme cette femelle ! Pourquoi crois-tu qu’il y a une bâche sur ma carriole?

– Allons chez Toine sans tarder, alors !

– Parce que tu crois que je ne sais pas où il se cache, ton Valentino ? Allez… vai ! On fait comme ça… j’ai ma petite idée…

C’est ainsi que le corps d’un va-nu-pieds fut découvert par Barjaco parti inspecter ses champs, qu’il en avisa monsieur le Maire et que le cousin de Barjaco vint s’installer au pays, un mois avant le début de la drôle de guerre… !

En vérifiant sur son livret militaire que « tout collait », pendant que Valentino échangeait les photos d’identité, je constatai que les patronymes n’étaient pas les mêmes. Je m’en étonnai, Barjaco m’expliqua alors que son oncle était le fruit d’une liaison adultère que son grand-père avait entretenue avec la jeune fille qui aidait sa femme, qu’il l’aurait bien gardée parce qu’elle avait la galipette rieuse et bavarde, mais que malheureusement, son épouse n’avait rien voulu savoir. Quand le bambin était né, comme c’était un garçon et que la grand-mère de Barjaco n’avait eu jusque là que des filles, la gamine était montée à Paris avec son enfant, mais qu’ils étaient tous restés en très bons termes, que l’existence de cet « enfant de l’amour » n’avait jamais été tenue secrète. Cet enfant qui avait grandi à Paris, épousé une parisienne, avait eu un fils qui venait de mourir sur les terres de ses ancêtres.

– Comme un cercle… la fin est l’origine et l’origine est la fin…

Barjaco est un homme à l’aspect, aux manières rustres, ses mots sont souvent grossiers, il semble dénué de toute délicatesse, je peux témoigner qu’il en déborde, au contraire ! Tout comme il regorge d’une loyauté sans faille.

Tu comprends, Monique, pourquoi je refuse que Valentino parle de moi comme d’une héroïne, parce que s’il devait y avoir un héros dans cette histoire, ce serait Barjaco et personne d’autre ! Je me suis contentée d’enregistrer le décès d’un homme sous l’identité d’un autre.

Monique va de surprise en surprise…

Chroniques matrimoniales – L’absence est à l’amour ce qu’est au feu le vent, il éteint le petit, il allume le grand

J’étais déjà la maman de mes deux filles quand Valentino s’en est allé. Oh, ne va pas t’imaginer que ce fut chose aisée, ce ne fut le cas pour aucun d’entre nous. Pierrot et Toine l’auraient bien suivi, et, pour tout dire, Nathalie et moi aussi. Nous étions tous exci­tés par la perspective de voir notre idéal appliqué à grande échelle, à l’échelle d’un pays, mais la vie en a décidé autrement.

Je ne pourrais te dire si c’est tant mieux ou tant pis, je ne me pose pas ce genre de questions. Refaire l’histoire, la réécrire à la lumière de ce que nous en savons aujour­d’hui, très peu pour moi !

Je pourrais aussi te dire que ce furent les pires années de ma vie, mais je mentirais. Bien sûr, son corps me manquait, sa peau, ses cheveux, ses yeux, son sourire, ses mains, sa voix, ses « Rosalinetta », sa bouche, son membre et comment nous en jouissions, sa barbe, sa moustache… nos discussions aussi me manquaient cruellement.

Ces soirées où nous nous retrouvions tous les cinq, souvent plus nombreux, à parler de nos espoirs, de nos craintes, ces longues journées où nous ne nous contentions pas de refaire le monde, mais pendant lesquelles nous cherchions comment appliquer nos principes au quotidien. Comme je te l’ai déjà expliqué, l’anarchie n’est pas l’absence de règles, de lois, c’est l’absence d’un pouvoir, d’une autorité qui nous serait supé­rieure, à laquelle nous devrions nous soumettre sans avoir notre mot à dire. C’est la définition que nous donnions à ce magnifique idéal.

Il ne faut pas que tu tombes dans les clichés, la vie n’est pas qu’une suite d’événe­ments, elle ne peut pas se ranger dans un album-photos, ou dans ce cas, il faudrait pouvoir y inclure tous ces jours, toutes ces heures entre deux « Clic-clac, merci Kodak »

Par exemple, être anarchiste, c’est être contre la propriété privée, puisque ainsi que l’a écrit Proudhon, « la propriété c’est le vol ».Or, Pierrot et moi étions propriétaires de notre maisonnette, quelle belle contradiction, n’est-ce pas ? Voilà le genre de discus­sions que nous avions entre nous. Comment concilier anarchisme et propriété ? Nous étions rebelles à toute doxa, nous le sommes toujours, ce fut notre façon de vivre avec nos contradictions, nos incohérences.

Pour Pierrot et moi, il était hors de question de nous soumettre à un principe, si ce principe devait nous rendre malheureux. Nous aimions cette maison que nos com­pagnons nous avaient aidés à restaurer, aussi, nous décidâmes, avant même la fin des travaux, qu’elle servirait de halte à tous ceux qui le souhaiteraient, elle deviendrait un oasis pour nos compagnons qui en auraient besoin. Voilà comment nous assumâmes cette contradiction. Je te donne cet exemple pour que tu puisses comprendre notre état d’esprit.

Valentino était donc parti en Espagne depuis bien longtemps, je veux dire, il avait rejoint Valencia dès 1932, dès le début, avant que ça se mette à chauffer, avant la tra­hison de nos « alliés », avant la rébellion de Franco, le débarquement de ses troupes, avant les bombardements, avant la catastrophe, avant l’anéantissement.

Nous avions de ses nouvelles de façon chaotique, parfois trois lettres dans la même semaine, parfois nous restions des mois entiers sans rien recevoir. J’écris « nous » parce que ses lettres nous étaient destinées. Les seules lettres d’amour que Valentino m’ait écrites, il me les a toujours remises en mains propres. « Rosalinetta, à quoi bon écrire des mots d’amour, si je ne suis pas près de toi à contempler leur reflet dans tes yeux quand tu les liras ? » Il est comme ça, Valentino et c’est ainsi que je l’aime !

La vie au village s’écoulait paisiblement dans cette période troublée, nos enfants grandissaient, le père de ton Christian était pensionnaire en ville… quand je pense qu’il fut le premier lycéen de la famille, le premier bachelier !

Nous pratiquions toujours l’amour en groupe, notre cercle de relations était fluc­tuant, parfois il rétrécissait, parfois il augmentait. Mais un socle restait inébranlable, celui de « l’amicale des anciens combattants ». Nous nous rencontrions au moins trois fois pas mois, nous étions devenus tellement complices, qu’ils acceptaient volontiers de se prêter au jeu des saynètes érotiques, mises en scène et costumées par nos soins. Comme nous riions ! Comme nous jouissions !

Puisque je t’ai expliqué mon aversion aux dogmes, en voici un autre exemple. De ces quatre anciens combattants, aucun ne partageait notre idéal. Neuneuille était un roya­liste convaincu, Barjaco et Gentil Coquelicot, radicaux socialistes, quant à Bouche Divine, il se désintéressait totalement du sujet, il avait un joli sourire quand il retirait ses pro­thèses, qu’il levait ses moignons vers nous

– Comment je mettrais mon bulletin dans l’urne ? Mon intérêt pour la politique a dû s’envoler avec mes mains, avec mon bras… !

Qui aurait pu le lui reprocher ? Certainement pas nous !

Malgré toutes nos divergences, nous demeurions complices dès qu’il était question de jouir les uns des autres. Gentil Coquelicot et Barjaco étaient vraiment très inventifs quand il s’agissait d’imaginer des situations, mais c’était souvent le regard aiguisé de Neuneuille qui donnait l’idée de départ. Il sortait des costumes de la malle, au hasard, les regardait, les attribuait à l’un ou à l’autre et annonçait « Ce serait l’histoire de… » et l’imagination de Barjaco et Gentil Coquelicot se mettait en branle.

Que ces réunions de l’amicale étaient joyeuses… ! Que nous étions inventifs… ! Je te souhaite de connaître de telles sensations, quand tu connais la moindre des réactions de tes partenaires, quand leur corps t’est aussi familier que le chemin qui te mène chez toi, quand tout ton être sait comment ils feront naître, croître et exploser ton plaisir… et que, malgré tout, tu es à chaque fois surprise…

Je n’avais plus de nouvelles de Valentino depuis plus de dix mois, les discours de chaque côté des frontières, à toutes nos frontières, se faisaient plus martiaux. Nous avions appris les hor­reurs perpétrées par les franquistes et les staliniens, alliés pour nous éliminer. Il m’ar­rivait de pleurer dans les bras de Toine. Je ne sais pas pourquoi, mais il me fallait être blottie contre lui pour que mes larmes acceptent de couler.

Je pressentais que Valentino était mort ou enfermé dans un de ces camps que nos camarades socialistes avaient ouverts pour interner ces étrangers, ces mêmes com­battants qu’ils encourageaient encore quelques mois auparavant, à aller se battre pour la république, pour la liberté, pour la démocratie… quelle bande de Tartuffe !

Je travaillais toujours pour le père de Toine et l’assistais dans ses fonctions de maire, sa secrétaire de mairie en quelque sorte. Je m’étais découvert une passion pour les arcanes du droit administratif et quand je débusquais qui une subvention, qui une dérogation de telle ou telle taxe, nous fêtions joyeusement l’événement et il ne manquait jamais de m’en attribuer les mérites lors des conseils municipaux.

Je tenais également la permanence de la mairie chaque mardi, jour de marché. Je le faisais à titre bénévole, mais en contrepartie, le père de Toine m’accordait l’après-midi de repos. C’était notre accord. Il me convenait, il lui convenait et il convenait également aux villageois.

Le 21 mars 1939, alors que je fermais la porte de la mairie, je vis Barjaco s’approcher de moi à grands pas, le regard pétillant, le sourire éclatant. Il me fit un clin d’œil fort peu discret et d’un bref mouvement de la tête, m’informa qu’il sollicitait un entretien en tête à tête. J’étais un peu étonnée, assez déçue qu’il affiche de façon notable sa satisfaction du dimanche que nous avions passé avec l’Amicale des Anciens Combattants, pour fêter l’arrivée du printemps. Je lui lançai un regard sévère qui ne le décontenança pas le moins du monde, au contraire, il parut s’en réjouir ! Je le tançai

Pourquoi tu souris comme le ravi de la crèche ?

Me désignant son attelage, il me répondit

Si madame la secrétaire de mairie veut bien se me suivre, je pourrais lui exposer le motif de ma venue… excusez du dérangement, madââââme… !

Il avait dit ce dernier mot en faisant traîner le « a », comme nous imaginions que « ceux de la haute » les prononçaient. 

Si madame veut bien se donner la peine…

Je montai à ses côtés. Nous sortîmes du village. À chaque question que je lui posais, Barjaco répondait en sifflotant une mélodie à la mode. Je compris rapidement que perdre mon calme ne servirait à rien, si ce n’est à l’amuser davantage. Après quelques kilomètres de route, Barjaco arrêta sa carriole, m’indiqua un sentier d’un mouvement du menton.

– Vai ! Je m’en vais prévenir la Nathalie que Pierrot aura besoin de son aide, ce soir !

Je descendis, l’interrogeant du regard.

Profite, Bouton d’Or ! Profite !

Je remontais le sentier d’un pas rapide, je l’aurais aimé silencieux, mais il ne l’était pas. Comme mue par je ne sais quelle force, j’accélérai le pas. Le bruit de mes souliers sur le sol se fit plus sonore, plus rapide. Je courus presque sur les derniers mètres. Valentino m’avait entendue et se précipitait à ma rencontre.

Comment as-tu… ?

Barjaco m’a prévenue, comme tu le lui as demandé !

C’est ce qu’il t’a dit ?

Non ! Il m’a laissée un peu plus haut, sur la route, mais il n’a rien voulu me dire…

Je l’ai aperçu au loin, inspectant sa terre… Je ne savais pas qu’il m’avait… Ô amore mio, Rosalinetta… ! Tu es encore plus belle !

Je l’embrassais, je le caressais, je l’étreignais avec autant de passion, d’amour, de force qu’il m’embrassait, me caressait, m’étreignait. Nous pleurions, nous riions, nous parlions comme si nous devions rattraper ces dernières années en un instant ! Valentino m’entraîna dans un abri masqué par de la végétation et nous nous dévêtîmes. Je pus lire sur son corps toutes les épreuves qu’il avait endurées, son corps jadis robuste et puissant était devenu noueux et acéré. Il avait gardé toute sa force, mais elle était d’une autre nature. Mais qu’il était beau !

Une vague de désir me submergea, mes yeux devenaient noirs en même temps que les siens devenaient bleus. Tu sais, je t’ai déjà parlé de cette sensation dans mon cahier. Je me laissais bercer par la mélodie de nos souffles, de nos respirations qui devenaient une. Quand mes narines s’approchèrent de son pubis, que je sentis son odeur, je crus que j’étais en train de rêver, que c’étaient mes doigts qui me caressaient ainsi, pas les siens, alors, histoire d’en profiter davantage avant mon réveil, je décidai de le sucer comme j’aurais aimé le faire en réalité.

I tuoi baci, Rosalinetta… i tuoi baci… i tuoi meravigliosi baci…!*

C’est à ces mots que j’admis enfin que je ne rêvais pas, qu’il était vivant, près de moi, que nous étions réunis. Enfin !
82269326088a722a2b37a5b78a1f2da0

Ses mains, ses lèvres couraient sur mon corps, stoppaient, revenaient sur leurs pas, puis reprenaient leur course, avançaient plus en avant… Valentino redécouvrait la géographie de mon corps, comme je redécouvrais celle du sien. Nous nous enivrions de ce long et lent prélude, j’aimais comme nos petits cris se répondaient. Quand, n’y tenant plus, je m’empalai sur lui, je pris conscience à quel point il m’avait manqué, viscéralement manqué.

Valentino eut un sourire, un éclat très particulier dans son regard, comme si toutes ses peurs, toutes ses souffrances, toutes ses déchirures s’effaçaient en me pénétrant. Je lui dis « Bienvenue chez toi, Valentino ! » et un éclat supplémentaire agrémenta son sourire, illumina son regard. Il avait parfaitement compris ce que je ressentais et laissait exploser son bonheur, un bonheur apaisé.

La seconde suivante, notre étreinte devint sauvage, presque rugueuse, Valentino m’avait allongée sur le dos et me pénétrait, sortait de mon corps pour me pénétrer encore, un peu plus fort, un peu plus loin, un peu plus vite à chaque fois. Je crispai ma main au-dessus de la sienne, pour qu’il la serre davantage sur mon sein. Je le griffais, je le mordais, il faisait de même. Ce mardi-là, nous fîmes l’amour avec la rage des survivants, de ceux que la vie a éloignés avant de les précipiter à nouveau dans les bras l’un de l’autre.

La nuit était tombée depuis plusieurs heures quand nous arrivâmes au village, que nous entrâmes dans ma maison. J’entrai comme une messagère apportant une bonne nouvelle et lui comme un héros, ou pour être plus précise, comme le témoin et l’acteur d’une page importante de l’histoire.

La nuit était tombée depuis plusieurs heures pourtant nous nous étions mis en route peu avant le coucher du soleil. Qu’il fut long et joyeux ce trajet ! Nous étions de nouveau des gamins insouciants ! Je relevais mes jupes pour l’aguicher. Il se cachait derrière les arbres pour mieux m’attraper, pour mieux m’enlacer. Je faisais de même et à chaque « J’t’ai eu ! », nous nous embrassions, nous nous culbutions… nous ne voulions pas gâcher la moindre seconde, nos retrouvailles étaient encore trop récentes, trop fraîches pour que nous puissions en jouir sereinement, ce jour-ci et pendant les semaines qui suivirent, nous avions trop besoin d’étancher notre soif d’amour, de tendresse, de plaisir, de violence aussi, car nous avions besoin de nous sentir vivants et nous assimilions la violence des plaisirs, la crudité des mots, des situations à la vie. Ne me demande pas pourquoi.

La vie n’est rien sans l’amitié

 


*– Tes baisers, Rosalinetta… tes baisers… tes merveilleux baisers… !

Chroniques matrimoniales – La fille de Mère-Nature

2014_0417_150 Manara Tutto ricomincio
Dessin de Milo Manara

Le samedi 13 septembre, comme prévu, Christian et moi nous rendîmes dans le repaire de Valentino. Cette première journée passée en leur compagnie restera parmi les plus radieuses de ma vie. Certains instants se sont gravés en moi comme des éclats de certitude, comme des fragments de bonheur pour que je n’oublie jamais que ce bonheur existe, qu’il ne tient qu’à moi de le créer.

Quand nous arrivâmes, Valentino nous accueillit « à l’ita­lienne » les bras grands ouverts, des exclamations joyeuses et des embrassades chaleureuses. Christian se sentit immédiate­ment des siens. Bonne-Maman rayonnait.

Plus tard dans la journée, nous étions installées dans le jar­din, Valentino avait demandé à Christian de l’accompagner. Nous riions de les entendre rire, et quand ils sortirent de la maison pour nous rejoindre, je sus exactement à quoi res­semblerait Christian quand il aurait l’âge de Valentino. Je me tournai vers Bonne-Maman pour le lui dire, mais c’est Rosalie qui avait pris sa place. Elle siffla, admirative « Y’a pas à dire, ils sont beaux… vraiment beaux, nos hommes ! » comme elle avait raison !

Nous trinquions, ravis de ce moment, au cidre que Rosalie préparait avec ses « pommiers à cidre », des plants qu’on lui avait offerts après la deuxième Guerre Mondiale, des plants de sa Normandie natale qu’elle avait plantés, fait fructifier, greffés, de ces pommiers d’autres étaient nés. Ce fut la pre­mière fois où je sentis une pointe de nostalgie quand elle évoquait la Normandie.

Tu aimerais qu’on t’y emmène, qu’on y passe quelques jours quand je serai en vacances ?

Mon petiot, tu es si gentil… ! Mais non ! Mon pays, c’est la Pro­vence ! J’y ai trouvé tout ce dont je n’aurais jamais oser rêver… et puis, elle a dû tellement changer, ma Normandie… je n’y reconnaî­trais plus rien ! Et dans le cas contraire, ce serait pire ! Mais tu es tellement gentil de me l’avoir proposé ! Tellement gentil… !

Christian sourit, se tourna vers Valentino et lui demanda

Tu pourrais me raconter ta vie… avant… avant Rosalie, je veux dire…

Valentino écarquilla les yeux, sursauta, interloqué

Ma vie… AVANT ?

Oui ! Ta vie AVANT, parce que depuis que tu connais Rosalie, je sais ce que tu ressens…

Il lui fit un clin d’œil en biais, dans notre direction. Rosalie et moi souriions sous cape. Le sourire de Valentino s’élargit encore. Il prit une grande inspiration avant de se lancer.

Si tu demandes après Valentino, personne ne pourra te renseigner, parce que personne ne connaît plus Valentino… ça fait des années qu’il n’existe plus, Valentino… Grâce à ma Rosalina, j’ai pu chan­ger d’identité et ainsi éviter le pire. Ma ! Tu ne peux pas le nier, amore mio ! C’est vrai ou c’est pas vrai ?

Tu me donnes le beau rôle, j’ai juste profité… j’ai simplement saisi la chance quand elle s’est présentée…

Mais le fait est que ça m’a sauvé la vie, non ?

Comme à regret, Rosalie acquiesça, se leva pour s’asseoir sur les genoux de Valentino. Tout en jouant avec l’encolure du maillot qu’il portait, elle dit d’une toute petite voix, presque plaintive

Je n’aime pas quand tu me mets sur un piédestal ! Je ne veux pas que tu me voies plus haute que toi ! Je veux être ton égale, parce que je le suis ! Et toi, tu as… oh… et puis, tu n’as qu’à raconter, ils ver­ront bien…

Elle l’embrassa à la commissure des lèvres et sourit quand Valentino la houspilla en italien, ce qui fit partir Christian dans un fou-rire incontrôlé.

Parli italiano?

Non, mais je comprends un peu…

Rosalie leva les yeux au ciel, mais elle était hilare… elle allait me traduire ce que Valentino venait de lui dire quand il l’in­terrompit, les moulinets de ses bras faillirent la faire tomber.

Christian, mon garçon, je te souhaite que Monique ne connaisse pas les ruses qui allument la flamme quand tu n’es pas d’accord avec elle et que tu peux lui prouver qu’elle a tort ! Mais, je te souhaite qu’elle les connaisse, ces ruses, tout le reste du temps !

Parce que tu ne les connais pas, toi, ces ruses ? Qui est capable d’enflammer chaque cellule de mon corps quand bon lui semble ? Hein ? Dis-moi, c’est qui ?

Sono io!

Valentino souriait, le regard faussement candide, mais le sourcil coquin. Rosalie lui fit les gros yeux pour la forme, mais leur sourires se répondirent… Je me souviens précisé­ment du bonheur que je ressentais à les voir bouillir de désir, à les sentir vivants, à me dire que si nous n’avions pas été là, leurs chamailleries se seraient terminées en étreinte torride, à me les imaginer « réglant leurs comptes sur l’oreiller » après notre départ…

Christian les regardait, s’amusant de cet échange, puis il posa ses yeux sur moi, se leva soudainement, s’excusa « J’ai un truc à dire à Monique… en tête à tête » Valentino lui donna sa permis­sion d’un geste de la main et dans un grand sourire « Tu es ici chez toi, mon garçon ! »

Quand il fut certain de ne plus être ni vu, ni entendu, Christian m’expliqua enfin.

Monique, je crois que je suis taré… Je regarde Valentino et Rosalie et je nous vois… Toi et moi ! J’ai envie de toi, de te culbuter là… à deux pas d’eux…

Je m’approchai de lui, me collai contre son corps, le caressai, glissai ma main sous son tee-shirt. Tout en le débraguettant, je lui demandai

Où est le problème ? Quel est le problème ?

Oh… Monique… tu… ta…

Coupe ton cerveau et laisse-toi guider par ton corps, mon amour !

Je le suçai, pour la première fois, à quelques pas de la maison de Valentino, j’aimais sentir ses doigts dans mes cheveux, j’aimais quand ses mains attrapaient, caressaient mes joues, Christian faisait aller et venir ma bouche le long de son sexe, glissant ses doigts entre mes lèvres, psalmodiant des « Oh… oh… oh… Monique ! Oui… oh… oh… oui ! Comme ça, Monique… oh… ! »

J’avais lancé ma robe au loin, sous le regard inquiet et un peu interloqué de Christian

Mais… que fais-tu ?

Je suis encore plus tarée que toi, je crois !

Et je lui fis cet aveu à l’oreille

Si tu savais comme l’idée qu’ils nous voient m’excite… !

Nous nous allongeâmes, nous caressâmes, nous embras­sâmes. J’aurais aimé qu’un inconnu passât par là et me baisât devant Christian, hélas les lieux étaient vraiment déserts… Je me levai, marchai en direction de la maison, jouant de ma nudité pour exciter davantage Christian. Il me rattrapa, me plaqua contre un arbre et me caressa.

Ce méli-mélo de sensations, dont celle de me sentir livrée à la vue du premier passant, à celle de Rosalie, de Valentino, me faisait vaciller, j’étais sur le point de tomber dans les pommes…

Tu sens comme la situation m’excite ? Ah… si nous avions plus de temps devant nous… !

Puisque nous n’en avons pas tant que ça, pourquoi ne me baises-tu pas ? Comme ça… vite fait… comme des lapins… ?

Monique ! Tu aimes quand ça dure longtemps ! Et ton plaisir ? Tu le prendrais comment, ton plaisir ?

Je le prends déjà, mon amour ! Je le prends déjà… ! Et puis… tu vois le symbole ? Savoir que la première fois où nous sommes allés tous les deux chez Valentino, nous avons fait l’amour à l’ombre de leurs pommiers…

Christian riait, enivré par tant de bonheur, son rire était incroyablement tendre… Il me fit l’amour comme je le sou­haitais. Je sentais son gland dur, bouillant d’excitation, écar­ter les lèvres de mon sexe comme on ouvre un abricot bien mûr, d’une simple pression du pouce ; comme souvent dans ce cas-là, ses doigts étaient de la partie. Je veux dire qu’il ne les retira, avec luxe de précautions, qu’après quelques va-et-vient.

J’aimais me sentir ainsi remplie, cette sensation d’être au-delà de l’impudeur…

Il allait et venait, un peu plus rude à mesure que sa queue prenait de la vigueur, que ses mouvements prenaient de l’as­surance. Je m’ouvrais avec ravissement, le guidant, l’encoura­geant, lui demandant d’aller plus fort, plus vite… Je voulais sentir ses couilles percuter mes lèvres, j’étais folle de ces per­cussions. Ses mots crus me faisaient jouir tout autant que ses doigts sur mon clito, que sa main sur mon épaule. J’aurais voulu me pencher davantage, comme il me le demandait, mais j’aimais tellement le contact rugueux du tronc de ce pommier contre ma poitrine, contre mon ventre, entre mes bras…

Dans ce cas, accroche-toi de toutes tes forces, ma chérie !

Christian me souleva, tenant mes jambes de ses mains puis­santes, me demandant de les écarter « mais pas trop » avant de préciser « contracte tes cuisses comme si tu voulais les resserrer… oui… comme ça… c’est si bon quand tu te resserres autour de ma bite… »

Je faillis tomber à plusieurs reprises, dans cette sorte de brouette japonaise, improvisée en pleine nature, mais que c’était bon… que c’était bon ! Christian allait et venait, « tapant au fond » ce qui déclenchait mes cris de plaisir, ces cris qui m’ont toujours fait perdre la tête, ces cris comme autant de preuves que nous ne sommes pas les maîtres de la nature, mais que nous n’en sommes qu’un élément parmi tous les autres… J’ai craint, l’espace d’une seconde, que Valentino et Rosalie les entendent, mais je savais aussi que ces cris les réjouiraient s’ils devaient atteindre leurs oreilles.

Je sentais l’écorce sous mes doigts, j’avais la sensation que la sève de ce pommier se mêlait à mon sang… À nouveau, je prenais conscience de la nature, d’en être un élément relié à tous les autres, le vent, le soleil, les arbres, l’herbe jaunie sous mes pieds, les cailloux, le ciel, les nuages, les fleurs, les abeilles, tous les animaux et les humains… Monique, fille de Mère-Nature…

Bon sang ! Qu’est-ce qui m’a pris de le dire à Christian quand nous rejoignions Rosalie et Valentino ? Pourquoi n’ai-je pas été plus attentive à la saveur de son éclat de rire ? Quarante-deux ans ont passé et je le paie encore !

Quand nous arrivâmes devant la maisonnette, nous enten­dîmes Rosalie et Valentino qui s’envoyaient en l’air. Alors, nous nous assîmes à la place où nous étions avant que Christian ne se lève pour me « dire un truc ». Je bus un verre de cidre, puis un autre…

Que j’aimais les exclamations de Valentino ! Pour la première fois de ma vie, j’entendais l’amour en italien et ce cri… un cri animal… Il y avait toute la sensualité de l’univers dans ce cri… Il me fallut quelques trop longues secondes avant de réaliser que ce cri était deux, que la voix de Rosalie se tissait avec celle de Valentino.

Que j’ai aimé leur regard, leur sourire quand ils nous ont rejoints ! Rosalie n’avait même pas essayé de se recoiffer un peu. Certes, je ne l’ai jamais connue avec ses longs cheveux blonds, pour autant, c’était la première fois que je la voyais les cheveux en bataille.

Elle prit un faux air sérieux, tu sais, quand on fait semblant d’être sérieuse, mais qu’on a envie que tout le monde sache que « c’est pour de faux ».

Valentino avait un truc à me dire… en tête à tête…

Elle se servit un verre et le buvait quand je leur expliquai cette sensation de ne faire qu’une avec la nature, quand Christian me faisait l’amour alors que j’enlaçais le pommier… là-bas… Rosalie avala de travers. Elle toussait quand Valentino me fusilla du regard et me cria dessus avec sa grosse voix et son accent rocailleux

Mais tais-toi donc, malheureuse ! Tu vas me la faire mourir à dire des choses comme ça !

Puis, se tournant vers elle, d’une voix douce et caressante

C’est rien, Rosalinetta… elle ne sait pas… elle apprendra un jour…

Je suis sa grand-mère, Valentino… c’est à moi de le lui dire… de lui apprendre…

Bonne-Maman se leva, me prit par la main, me demanda de lui montrer le pommier témoin et complice de cette étreinte. Je savais, je pressentais ce qu’elle allait me dire, comment ils l’avaient planté, comment il avait été le témoin de leurs ébats, peut-être allait-elle me montrer, me faire remarquer leurs ini­tiales entrecroisées, gravées dans l’écorce…

Nous marchions côte à côte, main dans la main, nos che­veux blonds en désordre, les siens étaient parsemés de che­veux blancs, mais nos yeux étaient du même bleu. Elle sen­tait l’amour tout autant que moi. Ce n’était pas qu’une odeur de sperme, mais celle des corps qui ont bouillonné de désir et dont le désir a été assouvi.

Je lui désignai le pommier dont je m’étais sentie parente quand Christian me faisait l’amour. Rosalie caressa ma joue, son sourire était incroyablement tendre… Elle me désigna les branches, le tronc, les feuilles…

Quand un pommier ressemble à ça…

Elle cueillit un fruit, que je n’avais pas remarqué, me le tendit

… c’est un amandier !

Je compris enfin la raison de l’hilarité de Christian, que Valentino me taquinait quand il m’avait crié dessus et je sus immédiatement que cette histoire me poursuivrait ma vie durant !

L’anniversaire de Catherine – Première partie

Chroniques matrimoniales – C’est ainsi que tout débuta

Bonne-Maman préparait toujours de bonnes tartes aux pommes, mais celle qu’elle servit à la fin de ce déjeuner était encore meilleure, un goût incomparable. Je ne pus m’empê­cher de le lui faire remarquer. Valentino se rengorgea et me dit « C’est parce que les pommes viennent de notre pommier ! » À deux voix, ils m’expliquèrent comment il avait fait découvrir à sa Rosalina cette race de pommes qu’elle ne connaissait pas.

Nous étions en septembre, les pommiers étaient lourds de fruits bien mûrs, Valentino partit m’en cueillir une, que je puisse croquer dedans. Il mit sa casquette et sortit. Quand il revint, il fit un petit saut un peu ridicule. D’une main, il ôta sa cas­quette et de l’autre, il me tendit la pomme dans une révé­rence maladroite. J’éclatai de rire.

C’est comme ça qu’elle est entrée dans mon cœur, la mia Rosalinetta…

Très émue de cette déclaration, je voulus le taquiner un peu. Rosalie m’avait raconté leur première fois, leur première nuit, mais je fis comme si je ne savais pas tout des circonstances…

En t’offrant une pomme ? C’est comme ça que Rosalie est entrée dans ton cœur ?

Mais non ! Elle a fait son entrée de spectacle et… quand elle a ri… j’ai su que c’était elle…

Je les regardai, leur amour, leur désir étaient restés intacts. Je me sentis propulsée dans les années vingt et c’est le jeune Valentino qui me raconta sa version.

Je me doutais bien qu’elle n’était plus vierge… Je ne m’étais jamais posé la question jusqu’alors… mais quand elle a fait son entrée, elle était si belle, si naturelle. Mais elle était aussi la fiancée d’un ami… Elle était là, en face de moi. Je l’avais trouvée, je pouvais presque la toucher, mais elle resterait à tout jamais inaccessible… Je ne pouvais rien espérer de plus que ce sourire… Je pensais à Pierrot…

Pour éteindre mon désir, je me répétais que j’allais devoir marcher longtemps dans la nuit pour trouver où me loger, que je risquais de me faire contrôler par les flics. Je pensais à tout ça pour ne pas l’em­brasser à l’en étouffer… Elle m’a tendu la main pour me dire au revoir, mais quand nos mains de sont touchées, mon cerveau s’est éteint et c’est mon désir qui a pris les commandes.

J’avais peur de l’effrayer avec tout ce désir, tout mon désir, mais je compris très vite qu’elle l’avait devancé. La douceur, la joie avec laquelle elle s’offrait à moi… ! Même dans mes rêves, je n’aurais pu imaginer qu’une telle femme existait… Et quand le lendemain, elle m’a dit pour Toine, elle l’a fait avec tant de naturel que j’ai su que jamais ça ne me poserait problème, mais la voir avec d’autres… non… je n’aurais pas pu…

Moi non plus, je n’aurais pas pu… voir une autre femme le toucher ? Ah non ! Je lui aurais crevé les yeux à celle qui aurait touché mon Valentino devant moi !

Tu… tu étais jalouse ? !

Je le suis encore ! Ne me demande pas pourquoi, mais l’idée de voir Valentino… oh non ! Je ne pourrais pas…

Mais, Valentino… tu savais ce que faisait ta Rosalina… Quand tu l’imaginais… tu…

Je ne l’imaginais pas ! Quand nous étions ensemble… ces jours, ces nuits… elle était toute à moi… j’étais tout à elle… le reste n’existait pas à mes yeux…

Il me fallut un peu de temps avant de remarquer qu’ils étaient dans les bras l’un de l’autre, que Valentino tenait le sein de Rosalie dans sa main, que Rosalie caressait, agaçait la nuque de Valentino. Ils ne s’en rendaient tout bonnement pas compte.

… et puis… depuis toutes ces années… rien n’a changé, quand Rosalie me caresse, m’embrasse, s’offre à moi, c’est à chaque fois la première fois… je ne sais pas comment t’expliquer cette sensation…

Je comprends ce que tu veux dire, mais je n’en suis pas étonnée. C’est normal, non ? Chaque fois est toujours la première et restera unique, non ?

Valentino se leva d’un bond et me serra fort, tellement fort contre lui… Il embrassait mes cheveux en me disant des choses très douces en italien, mais je ne parlais pas italien.

J’espère que ton Christian mesure sa chance… !

Je mesure aussi la mienne de l’avoir rencontré ! C’est comme vous… je sais précisément quand Christian est entré dans mon cœur, mais tu n’aimerais pas les circonstances dans lesquelles j’ai su qu’il était celui… le bon… le mien…

Et pourquoi donc, je ne les aimerais pas, ces circonstances ?

Tu n’aimes pas quand c’est à plusieurs… à plus de deux, je veux dire…

Mais qui t’a dit que je n’aime pas à plus que deux ? Je t’ai dit que je ne voulais pas voir Rosalina avec d’autres, mais ça ne concerne que Rosalina !

Je leur racontai alors ma première expérience de partouze dans la petite crique, quand de mes trois partenaires, je ne connaissais que Christian. La sensation que j’ai eue quand sa main s’est posée sur mon épaule au moment où il me péné­trait, alors que mon sexe dégoulinait du sperme de deux autres hommes. Cette pensée fulgurante « C’est lui ! C’est lui, ton homme ! »

Nous avons longuement parlé, puis Valentino m’a proposé de me raccompagner jusqu’au village. J’ai embrassé ma grand-mère. J’étais déjà devant la porte quand je me retour­nai et les vis s’embrasser comme je n’imaginais pas que des vieillards puissent le faire.

Nous avons marché en silence les premiers mètres, puis dans un sourire à la fois très tendre et un peu narquois, Valentino me demanda :

Ça t’ennuie que j’embrasse ta Bonne-Maman comme ça ?

– Non ! Ce qui m’ennuie c’est d’avoir pensé que tu puisses le faire autrement !

L’aspect narquois de son sourire s’effaça pour ne laisser place qu’à la tendresse.

Nous nous embrassons toujours comme si nous ne devions plus jamais nous revoir… pour ne pas avoir de regrets inutiles si tel était le cas.

C’est beau ! Et…

Et… ?

Savoir que le désir, le plaisir… savoir que vous vous envoyez en l’air à votre âge ! Ça me rend vachement heureuse !

Il me prit la main et la serra très fort, il regardait droit devant lui, mais ses yeux semblaient être revenus dans les années vingt.

Jusqu’à cette première soirée, la seule chose qui me tenait debout était ma soif de liberté. Je savais que ce besoin m’interdirait l’amour, mais il était plus fort que tout. J’avais bien eu de belles histoires, mais elle s’étaient toutes brisées dès lors que mon amou­reuse me demandait de m’engager… Parfois, j’allais au bordel, mais je le vivais très mal. Je n’aimais pas ce que les hommes faisaient à ces captives… Je détestais ne pas offrir du plaisir à ces femmes, alors, je n’en prenais pas non plus… mais que veux-tu… comment aurais-je pu deviner ?

Il me prenait à partie comme si je n’étais pas la petite-fille de la femme dont il allait me parler et je lui en étais reconnaissante !

Et puis… Rosalina… sa peau si douce… ses baisers… Oh ! Si tu pouvais imaginer la perfection de ses baisers ! La douceur et l’art de ses caresses… En s’offrant à moi comme elle l’a fait dès notre pre­mière fois, elle m’a permis d’oser des caresses sans me demander si je ne franchissais pas la ligne rouge. Tu comprends ? Aucune avant elle ne m’avait fait ressentir ça.. Tu comprends ? Je n’avais jamais pu observer un sexe de femme d’aussi près, le regarder avec autant d’attention, prendre tout mon temps pour le découvrir… Rosalina m’encourageait même à le faire ! Et ses soupirs… ! Ses mots… sa voix quand elle me disait « Oh ! Tu peux me refaire cette caresse ? Oh ! C’est si bon… ! »… Sa petite voix chantante comme… presque enfantine… Et quand elle me touchait, quand elle me regardait… Tu sais, elle me laissait la regarder de si près, mais elle en faisait autant ! Quand elle me voyait, me sentait réagir à une caresse, à un baiser, elle recommençait, une fois, deux fois, dix fois « Pour ne pas oublier, Valentino ! »

Je le regardai, le vieillard s’était effacé pour laisser la place au jeune homme. Au jeune homme amoureux fou de ma grand-mère, mais j’avais oublié qu’elle l’était. À cet instant, tandis que nous étions sur la route, à moins d’un kilomètre du vil­lage, Bonne-Maman avait cessé d’exister, il n’y avait que Rosalinetta. Rosalinetta dont Valentino était fou amoureux.

Nous avions ralenti notre pas pour ne pas avoir à nous dire « Au revoir » trop vite, il avait encore tant de choses à me raconter…

La vie est toujours surprenante, elle interrompt des moments magiques pour en créer d’autres qui ne le sont pas moins. Alors qu’il s’apprêtait à m’en dire un peu plus, le bruit d’une voiture, nous obligea à nous rabattre sur le bas-côté de cette route étroite. L’auto nous dépassa pour s’arrêter quelques mètres devant nous.

Je vous dépose au village ?

Le Balafré, cet homme qui m’avait paru si détestable lors de notre rencontre et qui s’était montré si passionnément déli­cat dans nos étreintes, était descendu de sa voiture pour nous ouvrir la portière arrière.

– Vai ! Ton ami t’attend et puis tous ces souvenirs…. J’ai envie de retrouver ma Rosalina et…

La serrer dans tes bras ?

Valentino me fit un clin d’œil coquin et me promit de m’en dire davantage quand nous nous reverrons « maintenant que tu connais ma cachette ». Il me dit aussi qu’il lui tardait de faire la connaissance de Christian. Il m’embrassa sur le front. Je rejoignis le Balafré et m’assis à ses côtés.

Ton grand-père ne vient pas avec nous ?

Ce n’est pas mon grand-père ! C’est le mec de ma grand-mère !

Le Balafré me sourit. Je voulus lui raconter l’histoire de Rosalie, lui parler de sa vie, de ce que j’en savais, mais tous ces souvenirs, les confidences de Valentino, de ma Bonne-Maman m’avaient excitée davantage que je ne l’avais perçu. Je m’interrompis au milieu de ma phrase et pressai le Balafré d’accélérer un peu.

– Tu es pressée de retrouver ton époux ?

– OUI ! J’ai hâte que tu me baises devant lui !

Il éclata de rire et se mit à bander très dur.

– Tu aimes quand je te baise devant lui ?

Sa question n’avait pas d’autre but que de nous exciter davantage, l’un comme l’autre en avions parfaitement conscience.

– Et toi ? Tu aimes me baiser devant lui ? Tu aimes quand je suce ta grosse queue, quand je m’en régale devant tout le monde ? Tu n’aurais pas envie de m’enculer bien fort au moins une fois ?

Il rata son créneau, pourtant, il y aurait eu assez de place pour garer un 38 tonnes devant la maison ! C’est en riant que nous entrâmes chez Bonne-Maman. Christian n’était pas encore arrivé, mais un coup d’œil sur l’horloge m’indiqua qu’il ne nous faudrait pas attendre trop longtemps avant son retour.

Je lui proposai à boire à condition qu’il se montre curieux et irrespectueux pendant que je le servirai, comme si je n’étais qu’une poupée gonflable, comme si…

Il plaqua sa main sur ma bouche, souleva ma robe et d’un ton cinglant, me demanda « de la fermer ». Je sentais son sexe durcir dans mon dos. Il ne prit même pas la peine de baisser ma culotte, ou de l’écarter et me doigta au travers du tissu.

T’as vu comme tu mouilles, salope ?

La situation, les heures passées auprès de Rosalie et Valentino, leurs souvenirs, la relation encore charnelle qui les unissait, malgré leur âge avancé, la perspective de pouvoir la vivre moi aussi avec Christian, les gestes, les mots du Balafré, le fait qu’il se soit immédiatement coulé dans le rôle que je lui avais demandé de jouer, l’idée de la bonne surprise que je réservais à Christian… tous ces ingrédients mélangés contri­buèrent à me faire sentir mon sexe devenir coulant de désir, bouillant sous les doigts du Balafré. S’il n’avait pas plaqué sa main sur ma bouche, je lui aurais demandé de me mordre la nuque… Il n’eut pas besoin que je le lui dise et quand je sen­tis ses dents se resserrer sur mon cou, je jouis sous des doigts, au travers de ma culotte.

Je n’entendis pas la porte s’ouvrir, mais quand Christian entra dans la salle à manger, qu’il nous trouva moi accoudée sur le buffet, le Balafré derrière moi, je devinai son sourire rien qu’à son souffle.

Salut ! Qu’est-ce que tu fais ici ?

Je viens de faire jouir ta femme… Elle est chaude comme une brioche qui sort du four !

Ces deux-là, semblant m’ignorer totalement, me rendaient folle de désir. Me lâchant soudainement, le Balafré se recula, souleva ma robe, arracha ma culotte trempée et la lança à Christian. Je me retournai pour regarder mon époux la reni­fler, se débraguetter, sortir son sexe durci, l’entourer du tissu humide et commencer à se branler. D’une voix vibrante d’excitation, il me houspilla.

546ca3ca38d7ac80981797ecd4f468b8 Qu’est-ce que tu attends pour sucer notre invité ?

Il va falloir que tu lui apprennes les bonnes manières, à ta Monique!

Je marmonnai quelques mots d’excuses et commençai à m’agenouiller, tout en déboutonnant le pantalon du Balafré.

Non, non, Monique ! Pas comme ça !

À la demande de Christian, je m’assis donc sur la table, les cuisses largement ouvertes et pris tout mon temps avant de sucer notre invité. Du bout de l’index, je parcourus la cica­trice brune sur son sexe. Je levai les yeux vers lui.

Tu l’aimes, ma queue ?

Oui

Tu la veux partout ?

– Oui

Ma voix s’évanouissait, comme happée par mon désir. Christian se tenait désormais à mes côtés. D’une main ferme, il m’obligea à m’allonger et regarda le Balafré me prendre « comme une chienne en chaleur » pendant qu’il mettait sa « pine bien dure » dans ma bouche.

J’aimais leurs mots crus, j’aimais faire ce qu’ils me deman­daient, j’aimais gémir la bouche pleine du sexe de Christian tandis que le Balafré allait et venait en moi, sortant pour mieux me pénétrer, faisant admirer à mon époux sa queue« toute luisante de la mouille de ta femme ».

Comme ça lui arrivait de plus en plus souvent, Christian n’eut pas besoin de me voir dégouliner du sperme d’un autre pour bander assez dur et me prendre. Il demanda au Balafré d’échanger leur place.

Mon sexe était gonflé de tous ces plaisirs, de toute cette exci­tation, je regardais Christian droit dans les yeux pendant qu’il me pénétrait, attrapai la main du Balafré pour qu’il me caresse le clitoris. Quand je jouis, une exclamation joyeuse, pleine d’amour, s’échappa de la bouche de Christian.

Ils me prirent à tour de rôle jusqu’au coucher du soleil. Avant de partir, le Balafré me dit

C’est pas encore cette fois que je t’aurais enculée, Monique… !

Christian, affalé sur le canapé, repus de plaisir, éclata de rire.

Dis-moi, ma chérie, on l’invite à rester dîner ?

Après le dîner, d’autres réjouissances se présentent…