Jeune homme, vérifions si la chose… (Ode à Apollon)

Ronsard avait écrit cette magnifique « Ode à Cassandre » en 1545… merde, Ronsard quoi ! Souvenirs de lycée, quand on nous apprenait à dépecer les poésies pour chercher à en découvrir la magie… Je m’étais plainte auprès d’une prof, en lui disant que c’était comme autopsier le corps d’un être aimé. Elle m’avait répondu que non, c’était comme apprendre la recette d’un plat qu’on avait apprécié.

Je ne suis toujours pas convaincue, parce que si la poésie n’était qu’une suite de règles, elle perdrait de sa magie et par le fait, ne serait plus poétique… Je pense à Léo Ferré qui, à juste titre écrivait « Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds, ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes ».

Ça tombe bien, j’étais dactylographe et quand on me demande de parodier l’Ode à Cassandre, je compte sur mes doigts et mon mauvais esprit pour relever ce défi !

Pour contextualiser cette parodie, j’ai imaginé la réponse que Cassandre aurait pu écrire au jeune Apollon qui lui demandait de succomber à ses charmes… une Cassandre un peu ironique, beaucoup désabusée…

Jeune homme, vérifions si la chose

À Apollon

Jeune homme, vérifions si la chose:
Qui au matin métamorphose
En se dressant vers le soleil,
Votre pyjama en soie mouillée
A point perdu sa dureté
Et son joli gland tout vermeil

Las ! Voyez comme ce dégueulasse,
Jeune homme, soudain s’efface,
Las, las encore il vous laisse choir !
Ô vraiment quelle imposture,
Puisqu’une telle trique ne dure
Que du lit jusques au pissoir !

Donc, si vous me voulez, jeune homme,
Tant que votre bite fanfaronne
Tandis que vous m’imaginez,
Baisez, prenez donc mes fesses
Et tâchez de les mettre en liesse
Avant d’avoir tout débandé.

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« Ah ah ! T’es déjà tout mou, Apo’ ! » (tableau de Cornelis de Vos – 1630)

Sonnet d’été – 2017

Dessin de Milo Manara

Salir Verlaine ne me suffisait pas, j’ai donc décidé de récidiver en m’en prenant à celui que je considère comme étant l’un des plus grands, peut-être même LE plus grand, Charles Baudelaire qui avait écrit « Sonnet d’automne » en 1857…

En cette froide journée de février, je rêve de chaleur estivale, alors, j’imagine une voix grave et sensuelle, des éclats de rire à faire dresser mes poils de désir, d’un homme qui me troublerait au cours de vidéo-conférences… et je commets ce sacrilège…

Sonnet d’été

Ils me disent, tes yeux, chauds tellement mâles :
«Pour toi, étrange femme, quel est donc mon mérite ?»
– Sois bavard ! Quand ta voix par les ondes transite
Je voyage direct dans un monde libidinal,

Laisse-moi te dévoiler mon beau rêve animal,
Caresses de ma main tout au long de ta bite,
Ta sombre toison, mes douces lèvres invite.
Te sucer avec passion, une pipe infernale !

Aimons-nous doucement. Mettons-nous sur orbite,
Ténébreux, embusqué, bande tel un cheval.
Je rêve des engins de ton bel arsenal

Sexe, appel et tu ris ! – Ô mon fier Démocrite !
Allongé contre moi au soleil estival,
Ô bel inconnu, qui de si loin m’excites !

 

Mon rêve particulier – 2017

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Une autre sorte de défi, l’écriture parodique ou comment massacrer les chefs-d’œuvre de la littérature française qui ont illuminé ma vie.

À tout seigneur, tout honneur, pour entamer cette sous-série, je décide de m’en prendre à l’ami Paul et à son exceptionnel sonnet Mon rêve familier

Mon rêve particulier

J’ai fait, cette nuit, ce rêve étrange et pénétrant
De toi, bel inconnu que je suce, qui me baises
Et qui jouis chaque fois, me comblant d’aise
En me touchant tout vibrant, en me prenant lentement

Car tu es attirant, et mon corps accueillant
Pour toi seul, hélas ! cesse d’être un problème
Pour toi seul et les moiteurs que mon sexe aime
Toi seul sais les assouvir, en niquant

Es-tu dur, mi-mou ou moins ? Je l’ignore
Ton nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux pour qui le désir tend les bras

Ton regard ténébreux, chaud semble invaincu
Et pour la voix, vibrante, superbe et grave, elle a
L’inflexion de celles qui mettent le feu au cul.

J’ai beau me regarder attentivement dans le miroir, aucune honte ne vient teinter mon visage, point de rouge aux joues, je ne vois qu’un sourire amusé et des yeux rieurs !

Comme une digue qui aurait cédé libérant les flots, le respect dû aux œuvres qui ont nourri mon appétit de savoir et de beauté s’est évanoui, me faisant commettre l’irréparable…