Le cahier à fermoir – Vendredi 17 août 1945

Jean-Baptiste reprendra le travail lundi, je ne sais pas si je trouverai le temps d’écrire quand je serai seule avec le bébé, alors j’en profite pour le faire maintenant.

Notre petit Martial est plus beau chaque jour. Je me demande comment c’est possible puisqu’il était déjà parfait à la naissance. Il a dix jours aujourd’hui. Dix jours ! Tu te rends compte ? Dix jours que Jean-Baptiste le prend en photo à la moindre occasion, presque une semaine qu’il essaie, en vain, de lui faire dire « Papa » ! Si tu voyais les échanges de regards entre eux ! Je ne saurais dire lequel des deux est le plus fasciné.

Marcelle est venue nous rendre visite avant-hier, quand elle a pris Martial dans ses bras, elle a semblé surprise, elle s’est approchée de la fenêtre comme pour être sûre de ce qu’elle voyait.

– Vous le badigeonnez à l’Ambre Solaire ou quoi ?

– Je me demandais si je n’étais pas victime d’hallucination parce que je trouvais que sa peau devenait plus foncée, malheureusement, en Côte d’Ivoire j’étais coupé des indigènes, il m’était formellement interdit de les fréquenter et j’étais du genre obéissant. Le hasard fait souvent bien les choses, en allant poster une lettre, j’ai remarqué un petit enfant qui se précipitait dans les bras de sa maman à la peau noire. Je lui ai expliqué ce qui me troublait, elle a éclaté de rire devant tant de candeur, mais quand je lui ai raconté mon histoire, sa moquerie s’est muée en compassion. Elle m’a affirmé que la peau de Martial foncerait pendant un certain temps avant d’avoir sa couleur définitive. Elle a ajouté, qu’aux Antilles, il arrivait même que des enfants naissent blancs de peau avant de devenir nègres après quelques jours.

J’avais eu peur de passer pour une idiote en posant la question, pourtant il me semblait bien que la peau de Martial fonçait un peu plus chaque jour. J’avais eu peur de passer pour une idiote, maintenant, je me sentais parfaitement stupide de ne pas avoir osé en parler avec Jean-Baptiste.

Pour notre mariage, monsieur Dubois nous a offert un magnifique cadeau, un gramophone qui lui avait appartenu avant-guerre, il pense que nous en ferons un meilleur usage que lui. En fait, il ne s’en sert plus depuis des années. Il nous a aussi offert sa collection de 78 tours. J’ai fait la grimace en les découvrant, des chansons d’un autre temps, de la musique classique, rien de moderne, que de la musique de vieux ! Heureusement, Jean-Baptiste a dégotté un disque de Charles Trenet (le vrai, pas celui du square Dupleix !), deux de Raymond Legrand et son orchestre, un de Ray Ventura et ses collégiens, et surtout trois du Jazz de Paris d’Alix Combelle, notre orchestre préféré.

Ce midi, après sa tétée, Martial n’était pas décidé à dormir. J’étais installée sur le canapé, Jean-Baptiste m’a tendu le bébé, il a ouvert le gramophone et il a soigneusement choisi un disque. Les premières notes ont retenti. Horreur ! « Le beau Danube bleu » ! Il a pris Martial dans ses bras.

– Il n’est jamais trop tôt pour apprendre, mon fils. Je vais te donner ta première leçon de danse, parce qu’il se trouve que ce sont mes qualités de danseur qui ont séduit ta maman.

Tout sourire, il a commencé à danser. Soudain, il a fait semblant de remarquer mon air désabusé.

– Mais ta maman te dirait que ce n’est pas ainsi que l’on valse, qu’on doit le faire ainsi. Qu’en penses-tu, petit bonhomme ?

Je dois admettre que la valse de Vienne ne se prête pas au style musette. Mon Jean-Baptiste exultait.

– Attention, tu vas le faire vomir !

Après cette première valse, Jean-Baptiste a choisi « Bébé d’amour » et j’ai pu constater les bienfaits de mes leçons. Qu’il est beau quand il danse comme ça ! Martial s’est endormi, Jean-Baptiste l’a couché dans son moïse, posé près de notre lit et il m’a rejointe sur le canapé.

– Tes joues se sont teintées de rouge, mon amour lumineux, quelle en est la raison ?

– Je pensais à mes leçons de danse, quand j’incitais Albert à te décoincer… Si tu savais comme ça me manque…

– Tes leçons de danse ?

– Albert, nos taquineries… Je n’ose pas demander à madame Meunier quand Albertine pourra retrouver son Albert.

Jean-Baptiste a souri. Sa main puissante a serré la mienne.

– Je vois bien ton impatience, Albert, hélas je ne peux t’offrir rien d’autre que mes caresses et mes baisers.

– L’entends-tu, cette fausse modeste ou réelle candide ? Comme si elle avait oublié tous les plaisirs que ses mains, que sa bouche peuvent t’offrir !

Aussi bête que cela puisse paraître, je me suis trouvée toute gênée à l’idée de libérer Albert de sa geôle de tissu, de me pencher vers lui et de l’embrasser, pourtant Dieu sait à quel point j’en avais envie. Je ne sais pas d’où me venait cet accès de pudeur. Je pouffais d’un rire qui peinait à masquer mon embarras, je sentais que mon visage virait au cramoisi. Je redoutais avant tout qu’une plaisanterie de Jean-Baptiste m’ôte tout désir, fasse de cette gêne passagère un obstacle infranchissable.

– Si tu ne te sens pas tout à fait prête, nous pouvons attendre, ma Louise. Rien ne presse, nous avons toute la vie devant nous. De toute façon, il est grand temps que tu retournes t’allonger…

Il s’est levé, il m’a tendu la main. J’ai vu qu’Albert ne se dressait plus. Je ne sais pas pourquoi, mais ça a ravivé la flamme de mon désir. J’ai déboutonné avec tant de hâte le short colonial de Jean-Baptiste qu’un des boutons a volé dans les airs. Nous avons ri en le regardant tournoyer sur le plancher. Adieu mes craintes, adieu ma gêne, j’ai retrouvé Albert comme si nous avions été séparés pendant de longues années !

J’avais oublié à quel point j’aime son goût, à quel point l’odeur du pubis de Jean-Baptiste peut m’enivrer. Ma bouche se montrait trop avide, ma gourmandise risquait d’écourter mon plaisir. Alors, je me suis calmée. J’ai prêté attention aux mains de Jean-Baptiste crispées sur mes cheveux. J’ai senti leur étreinte se desserrer, ses doigts descendre lentement vers mes oreilles, vers mes joues. En même temps, je prenais conscience de la douceur de la peau de ses cuisses sous mes mains.

Albertine voulait hurler son désir, mais j’ai contracté mes cuisses pour la faire taire. Je ne lui céderai pas tant que madame Meunier ne m’aura pas affirmé que je peux le faire.

Mes baisers devenaient légers, suaves comme une île flottante sur de la crème anglaise. Je dégustais Albert avec délectation, mais élégance. Sur le moment, l’image m’a parue romantique, mais en écrivant ces mots, j’en mesure le côté amusant. Ma langue parcourait Albert, comme si elle voulait s’assurer que ses reliefs n’avaient pas changé. La salive emplissait ma bouche et faisait résonner les mots de Jean-Baptiste « Ô, ma Louise ! Ma Louise ! Mon amour lumineux ! »

Mes mains ont remonté le long de ses cuisses, elles ont touché ses fesses de telle façon que Jean-Baptiste a compris qu’il était temps pour Albert de faire l’amour à ma bouche. Je pensais qu’il se montrerait impatient, comme un cheval trop longtemps enfermé se rue dans la prairie qui s’ouvre devant lui, mais Albert a pris tout son temps.

Mon cœur battait à tout rompre. Je suis sûre et certaine que Jean-Baptiste a senti ses battements sur mes tempes. Mais il n’a pas accéléré le mouvement pour autant. Dans mon ventre toute une escouade s’est mise en marche. Mes cuisses étaient tellement serrées que je n’ai pas senti venir l’explosion du plaisir d’Albertine. Quand il a explosé, un flot de salive a inondé ma bouche. J’ai dégluti si fort qu’Albert est enfin parti au galop. Les mains de Jean-Baptiste se sont faites sauvages, elles tenaient mon visage si fermement qu’il ne formait plus qu’un avec elles. J’ai senti que mes mains faisaient la même chose avec ses cuisses.

Bon sang, que le cri que Jean-Baptiste a tenté de retenir m’a électrisée ! Le plaisir d’Albert a explosé dans ma bouche et je me suis sentie redevenir femme.

Enfin apaisés, nous avons regagné notre chambre. Jean-Baptiste m’a fait éclater de rire quand il a paru se souvenir de quelque chose, qu’il m’a laissée seule dans le lit avant de revenir le bouton de son short à la main. Il le regardait comme s’il se demandait s’il devait le considérer comme un trophée.

C’est à boire, à boire, à boi-re, c’est à boire qu’il nous faut !

À la Sainte-Catherine

Nous étions tous réunis dans la maison de la rue basse, chacun avait apporté un petit présent pour Cathy qui faisait semblant de s’en plaindre. Le petit rituel de la Confrérie du Bouton d’Or veut que ces fêtes se déroulent suivant un protocole immuable, établi dans les années 1940, mais comme nos mémoires sont vacillantes, nous en avons oublié la moitié. C’est ainsi que Jim, bien que n’en faisant pas partie, assista à l’une de nos séances.

Il nous regardait, interloqué, trinquer joyeusement, nous parer de nos attributs respectifs, regretter l’absence de Joseph le Sage toujours en terre d’Irlande, trinquer à nouveau à sa santé et à son retour prochain parmi nous. Profitant de la remise des petits cadeaux à Cathy, il demanda à Jimmy la raison de tout ce cérémonial. C’est à ce moment précis que nous avons réalisé qu’il n’était pas membre de notre Confrérie. Nous sautâmes sur l’occasion d’en rire à gorges déployées.

Jim était désolé de ne pas avoir de présent pour Cathy. Marcel lui fit un clin d’œil complice.

– Je t’ai pas appris le dicton de la Sainte-Catherine, peut-être ? Peuchère, ils vont me traiter de moins que rien !

– Le dicton ?

– Et vouai, le dicton ! Té, môssieur le professeur des universités, tu devrais savoir que ça fait partie de nos us et coutumes ! À la Sainte-Catherine…

– … tout bois prend racine ?

– Qué « tout bois prend racine ? » Qu’est-ce t’as à m’escagasser avé ton bois et tes racines ?! Vaï, l’écoute pas à lui… il complique tout ! Alors qu’est-ce qu’on dit ? À la Sainte-Catherine…

– À la Sainte-Catherine, on lui offre un coup de pine !

Cathy affirma qu’elle préférait la version de Marcel à celle plus académique de Jimmy et en profita pour se plaindre que ce ne soient que de douces paroles.

– C’est quand même un comble, je suis la seule à ne pas y avoir eu droit !

Sylvie leva un index timide et d’une petite voix précisa « Moi non plus ! »

– Toi, ce sera pour la Sainte Sylvie !

– Mais… c’était le 5 !

– Ben, fallait y penser avant !

J’étais la spectatrice de notre complicité absolue, nous riions, la taquinions parce qu’elle se plaignait du fait que Jim serait reparti depuis longtemps et qu’elle cherchait à négocier un cadeau anticipé. Daniel, soudain très sérieux, se racla la gorge.

– Jim, ton séjour parmi nous prendra fin dans deux mois. Comme tu as pu le constater, tu es tellement des nôtres qu’on avait oublié que tu es australien et que tu n’es même pas membre de notre Confrérie. Si j’en crois Marcel, et je n’ai aucune raison de douter de sa parole, tu te sens plus chez toi ici que tu ne te l’es jamais senti en Australie. Je sais aussi que tu comptes les jours qu’il te reste à passer en notre compagnie et que tu regrettes qu’ils soient si peu nombreux. Est-ce exact ?

L’ambiance était devenue très lourde, pourtant un éclat particulier illuminait le regard de Daniel, celui de Jimmy et celui de Marcel. Il me semble que le silence a duré de longues minutes. Nous nous interrogions tous du regard. Pourquoi Daniel plombait-il l’ambiance en titillant cette plaie qui ne demandait qu’à s’ouvrir ? Et pourquoi Jimmy traduisait-il ses propos avec cette précision toute chirurgicale sans l’émailler de formules plus légères ? Jim confirma les dires de son ami Marcel.

Posant ses mains bien à plat sur la table, Daniel nous regarda un à un et demanda à Jimmy de poursuivre la traduction.

– Y aurait-il une personne de cette assemblée pour s’opposer à ce que nous fassions jouer nos relations diverses et variées pour tenter de lui obtenir un visa de longue durée ? Y aurait-il une quelconque objection à l’accueillir au sein de notre Confrérie ? Et toi, Jim que penses-tu de ces propositions ?

Jim porta la main à son cœur comme s’il allait être victime d’un malaise. Il fixa Daniel, tourna la tête vers Jimmy, chercha ses mots et, comme il le fait toujours sous le coup d’une vive émotion, pria son Dieu de ne pas le réveiller si tout ceci n’était qu’un rêve.

– Notre proposition te convient-elle ?

Jim, muet de surprise, approuva en hochant vigoureusement la tête.

– Tu ne nous avais pas prévenus, le Notaire, alors avant de donner mon accord, je trouve que la moindre des choses serait de vérifier que Jim est un homme de parole et qu’il est capable de l’honorer. Vous êtes d’accord avec moi, mesdames ?

Jim sursauta en nous entendant pousser notre cri de guerre POMPONNETTES POWER ! Mais il comprit bien vite ce qu’il signifiait.

Bien que spectateur assidu et avide, il préféra s’isoler avec Cathy, comme il le fait en règle générale. Quand une orgie se déroule dans la vaste salle des spectacles ou dans le salon de réception de la maison du Toine, il s’arrange toujours pour rester dans la partie la plus sombre, la moins exposée aux regards. Il n’avait pas pris au sérieux les propos de Catherine et savait bien que nous mettrions de toute façon tout en œuvre pour qu’il puisse rester avec nous, néanmoins, la réputation de Turan, déesse étrusque de l’amour, le tétanisait un peu. Cathy nous le reproche encore. Quand elle le fait, il y a toujours quelqu’un pour lui rappeler avec quel talent elle a su déjouer cet écueil.

Christian m’avait invitée à le suivre dans le cabinet de la curiosité d’où nous observions Daniel, Marcel et Mireille.

– Tiens, ça lui reprend… Ça faisait longtemps…

– Qu’est-ce qui lui reprend ?

– Écoute !

J’avais beau tendre l’oreille, je n’entendais rien de particulier si ce n’étaient les respirations haletantes, tantôt légères, tantôt profondes, les baisers sonores. Ce n’est que lorsque Mireille se mit à supplier « S’il te plaîts’il te plaît » et que je vis les sourires complices entre Daniel et Marcel que je compris.

– Le Bavard ne dit pas un mot !

– C’est ça ! C’est pour la faire enrager… et… ça marche à tous les coups !

Mireille suppliait, minaudait cherchant le soutien auprès de son mari, qui se montrait aussi inflexible que son comparse.

– Que désirez-vous entendre, Madame Fabre, quels mots précis souhaitez-vous qu’il prononce ?

Mes tripes vibrèrent en entendant la question de Daniel et je fus projetée quelques semaines plus tôt.

J’avais eu envie de répondre à l’invitation de Mireille de découvrir sa belle maison. La veille, Jimmy et moi étions allés chez son frère et sa sœur, il avait autant le trac que moi à cette idée, mais la journée et la soirée passées ensemble avaient été des plus agréables. Tout comme lui, Jacques et Jacqueline sont restés célibataires, sans doute pour les mêmes raisons. Ils vivent ensemble dans leur petit appartement d’Arles comme frère et sœur a cru bon de me préciser Jimmy, très surpris de ma remarque sur le chemin du retour « quelque peu incestueux tout de même ce frère et cette sœur ».

Mais comme le dit le politicien avisé la veille d’une élection, revenons à nos moutons.

J’étais donc allée chez Mireille et Daniel, mais à cause de notre journée à Arles, j’ignorais que Madame avait organisé une journée confiture et coulis de tomates chez Marcel avec Cathy, Monique, Sylvie et Martial. Daniel m’accueillit chaleureusement et me proposa une visite guidée. Je le taquinai « Sauras-tu trouver les mots pour vanter les attraits de ta demeure ? » Il me donna une petite tape sur les fesses pour me punir de mon insolence et la visite débuta.

J’aurais pu décrire la décoration de chacune des pièces sans même les avoir vues tant elle leur correspond. Je souriais en regardant ce petit triptyque un peu désuet sur le buffet, leur photo de mariage entourée de deux cadres plus petits, dans celui de droite une photo de Daniel, sourire crispé, droit comme la justice dans son beau costume de marié, dans celui de gauche, Mireille resplendissante dans sa belle robe blanche, le voile relevé sur son visage et son sourire radieux qu’elle ne voulait surtout pas cacher. Madame Fabre.

La voix de Daniel était troublante et troublée. Il lut mon questionnement dans mon regard.

– Après cinquante-sept ans de mariage, je suis encore ému en prononçant ces mots. Madame Fabre. Mon cœur bat la chamade et mon membre se dresse telle la baguette du chef d’orchestre pour battre la mesure… Madame Fabre. Tu te rends compte ?! C’est comme si dès le premier regard, dès le premier rendez-vous de présentation chez ses parents, nous avions deviné que le feu qui nous consumait était fait du même bois. Madame Fabre. Regarde ! Je peux, sans me vanter, affirmer que j’ai connu bien des femmes, mais une seule est capable de me faire bander aussi fort rien qu’à l’évocation de son nom et c’est la douce et roucoulante Mireille. Madame Fabre.

Je ne pus m’empêcher de lorgner en direction de la braguette de Daniel quand il posa sa question à son épouse qui avait déjà les seins à l’air tandis que lui et Marcel étaient encore habillés.

– Marcel, je t’en supplie, dis-moi les mots… que tu veux me fourrer de partout… que tu veux me limer mon joli con… que tu veux voir mes mamelles bringuebaler dans tous les sens comme les ballons à la fête foraine… que tu veux te vider les couilles et m’inonder de ton foutre…

– Votre épouse, mon cher ami, est certes des plus charmantes, mais quel dommage qu’elle soit aussi grossière…

Tout en disant ces mots et comme à regret, Marcel rabattit ses bretelles, ouvrit son pantalon en sortit son sexe sans toutefois se dévêtir davantage. Je pouffai quand Christian m’expliqua que si Madame se taisait, le Bavard se rhabillerait. Mireille devait donc se montrer précise. Je voyais bien à quel point cette situation l’excitait, elle était rouge du nombril jusqu’aux cheveux. Daniel se tenait aux côtés de Marcel.

– Mon cher ami, qu’entend votre épouse quand elle emploie cette expression… laquelle avez-vous employée, Madame ?

– Fourrer mon petit con…

Daniel avait retiré son pantalon que d’instinct il avait soigneusement plié, posé sur le dessus d’une chaise avant d’y ajouter son slip.

– Je crois qu’elle souhaite que vous lui fassiez…

Bon sang, Daniel s’en donnait à cœur joie et je regrettai un instant de ne pas être à la place de Mireille ! Elle gémissait sous les coups de boutoirs de son mari, était au bord de l’extase quand il céda sa place à Marcel.

– Oh oui ! Comme ça ! Fourre-moi mon petit con… oui… comme ça ! Mais fous-toi à poil, que je sente tes grosses couilles battre sur ma chatte !

Je devinai la douce torture à laquelle Mireille était soumise, il était pourtant indéniable qu’elle y prenait un plaisir sans nom. Je sentais l’excitation de Christian à sa respiration sifflante. J’entendis à peine la porte s’ouvrir sur notre gauche.

– Qu’est-ce que je t’avais dit ? J’en étais sûre ! Ah, ils se sont bien trouvés, mon Christian et ta Princesse ! On pourrait baiser à côté d’eux qu’ils ne le remarqueraient pas, les yeux rivés aux œilletons !

– C’est une espérience à tenter, tu crois pas ?

Un frisson d’excitation remonta le long de ma colonne vertébrale, je pris la main de Christian que je serrai très fort. Je ne voulais pas me retourner trop vite et surtout, je tenais à le faire en même temps que lui. Il a été, en quelque sorte, mon guide dans l’acceptation de ce plaisir que je me refusais à reconnaître. Il me semblait plus acceptable d’aimer regarder des hommes en érection, des couples en pleine action qu’admettre le plaisir plus puissant que je prenais à regarder Jimmy faire jouir et jouir d’autres femmes.

Je ne sais pas d’où me venait cette honte qui m’interdisait de regarder la réalité en face. Pouvoir en parler avec Christian, écouter ses confidences, sursauter à chaque fois qu’une lumière s’allumait dans mon cerveau « Moi aussi ! » m’a permis de me libérer de ce carcan dont je n’avais pas conscience. Je suis comme ce papillon qui volette au-dessus de son cocon déchiré et qui se demande comment il a pu se croire en vie quand il n’était que chrysalide.

C’est à Christian que j’ai demandé de m’accompagner la première fois auprès de Jimmy qui s’était isolé avec Cathy, de m’aider à ne plus être qu’une spectatrice silencieuse, mais de commenter ce qu’ils faisaient, d’expliquer ce que je ressentais. C’est lui qui m’a offert les mots pour décrire ce plaisir et je pense qu’il est le seul de la Confrérie à ressentir viscéralement chacune de mes sensations.

À l’instar de Monique et Martial, nous avons aussi nommé notre petite perversion ce bonheur presque enfantin à converser ensemble de sujets anodins, comme le temps qu’il fait et de nous imaginer comment Jimmy et Monique pourraient en profiter, comment ils feraient l’amour, les images que leurs corps nous renverraient, leurs souffles, les vibrations, les ondulations de leur corps, les petits cris si charmants de Monique, la salive de Jimmy déglutie bruyamment, leurs mains sur leur corps, leur sexe luisant, étincelant de leur plaisir et cette évocation nous excite à un tel point que nous faisons l’amour en devenant quatre.

Christian se pencha vers moi, comme s’il me disait un secret. Ils ne méritent pas qu’on leur prête la moindre attention, attendons de les savoir en pleine action. Je ne sais pas comment il se débrouille pour donner l’impression de chuchoter tout en étant parfaitement audible. Jimmy et Monique, aiguillonnés par la raison de notre indifférence, s’en donnèrent à cœur joie. Ce jeu grisant me faisait bouillir le sang.

D’une pression de la main, Christian me fit comprendre qu’il était temps de les honorer de notre regard.

– Tu la trouves si nervurée que ça, la queue de ton Jimmy ? Elle l’est plus que la mienne ?

Le fourbe ! Il me mettait dans une position intenable avec cette question, qui me donnait envie d’arracher Jimmy au corps de Monique, de lui ordonner de me prendre là, tout de suite, maintenant et ainsi de casser le jeu avant même d’avoir débuté la partie. On aurait pu entendre le cliquetis de mes pensées s’ordonnant à toute vitesse dans mon cerveau.

– Je ne sais pas… est-ce que ma chatte est aussi serrée, te gaine-t-elle ta grosse verge autant que celle de ta Monique ?

J’aimais nos sourires et nos clins d’yeux complices, le pouce que Monique leva pour me dire « Bien joué ! » Christian me proposa de m’allonger sur le bureau aux côtés de Monique et de me prendre ainsi, pour comparer.

– Merci bien, Christian ! Du coup, je ne verrai plus rien !

– Tête-bêche alors…

Monique fronça les sourcils. Christian ! Et comme il semblait ne pas comprendre, elle les fronça davantage, leva la main qu’elle ouvrit comme agacée qu’il ait oublié cette évidence. Christian… ! Son éclat de rire m’électrisa. Où avais-je la tête ? La levrette à Dédette, bien sûr ! Il souleva ma jupe, glissa ses doigts sous ma culotte, grogna de désir en la sentant si humide. Penchée en avant, le visage au niveau du ventre de Monique, je tournai un peu la tête et il comprit que je lui accorderai ce présent.

– As-tu remarqué comme ma tendre Monique a su me remettre sur le droit chemin grâce à son expérience professionnelle ? Alors, sers-toi de la tienne pour me décrire le sexe de ton homme.

Sa requête était entrecoupée de silences, ponctuée de han-han involontaires. Sa respiration se faisait de plus en plus sifflante, je pouvais deviner la salive affluer dans sa bouche, ses pupilles se dilater et se rétracter.

– Les reliefs de sa bite me font ressentir ceux de ta verge

Jimmy feignant d’ignorer ma provocation ne put s’empêcher de sourire et de murmurer Capoune ! ce qui était le but recherché.

–  mais pour les décrire plus précis…ooh… précisément… ooh… je dois y regarder… ooh… de plus… près…

Je me penchai vers le pubis de Monique quand un va-et-vient plus vigoureux de Christian me projeta en avant. Le bassin de Monique se souleva. J’entendis le crissement des dents de Jimmy. Je le regardai. Il resplendissait. Son regard, son sourire, les frémissements des ailes de son nez lui donnaient un air un peu fou, mais terriblement sensuel.

J’écartai les lèvres de Monique pour regarder plus attentivement le sexe de Jimmy.

– Tu vois comme il la fait reluire, ta Monique ? Est-ce que ta queue brille autant, Christian ?

J’étais ivre de cette sensation particulière, sentir le sexe de Jimmy frotter entre mon index et mon majeur tandis qu’il allait et venait dans celui de Monique. En écartant davantage ses lèvres, je vis poindre son clitoris, comme une fleur sur le point d’éclore. Je ne pus résister à l’envie de le goûter, de le lécher, de m’en régaler.

Réalisant qu’ainsi j’interdisais à Christian de profiter du spectacle, je relevai la tête et m’en excusai. La main ferme de Monique la plaqua aussitôt. Y a pas d’mal !

Son éclat de rire déclencha le bruissement d’ailes dont j’avais appris à connaître la signification. Je négligeai donc la vue pour me focaliser sur l’audition et faire confiance à l’ectoplasme de Monique qui me soufflait ses conseils. Écoute, écoute les vibrations de mon corps quand ta langue le lèche comme ça, quand tes lèvres du haut jouent avec les miennes du bas. Tu entends la chair de poule qui se répand un peu partout sur ton corps, un collier de perles qui fait le tour de tes chevilles puis s’enroule comme un boa sensuel jusqu’à tes cheveux ? Écoute, écoute Christian ! Tu entends* comme les va-et-vient de sa queue aux reliefs profonds sont chantants ?

J’écoutais les vibrations de Jimmy, bon sang, sa langue affûtant ses dents m’excitait au-delà de l’entendement ! Et ses doigts crispés sur les hanches de Monique, ses doigts qui glissaient, dérapaient pour se crisper davantage, comme c’était jouissif à écouter !

En toute impudeur, je m’étourdissais surtout des vibrations de mon propre plaisir. Je suis certaine de leur mélodie que je suis incapable de reproduire hors-contexte. Je m’amusais à différencier les zwuuiit zouït des va-et-vient de Christian des zouït zwuuiit de ceux de Jimmy.

Je jouis violemment en frissonnant. J’entendis autant que je sentis la main de Christian glisser de mes fesses à l’intérieur de ma cuisse, caresser mon clitoris, l’autre main soulever mon sein, courir autour du mamelon, s’assurer de la chair de poule, avant de le pincer idéalement. J’entendis sa respiration sifflante, d’un sifflement presque acide, son cœur battre plus vite, plus fort, le sperme affluer comme les chevaux sauvages d’un Far-West fantasmé. J’entendis ses poumons s’emplir d’air puis se vider d’un coup et le sperme refluer. J’entendis son sourire satisfait.

J’entendis Monique au bord de l’extase, y succomber sereinement. J’entendis Jimmy se pencher vers mon épaule et ses dents déchirer ma peau tandis que son sperme se déversait, je pourrais dire « en chantant » dans le vagin de Monique, dont l’ectoplasme m’attirait je ne sais où. Je jouis à nouveau.

Enfin, j’entendis la voix tonitruante de Marcel. Té, v’là les deux capounes ! Mon ectoplasme dans un dernier bruissement d’ailes réintégra mon corps.

Je relevai la tête. Regardai Monique dans les yeux. Dégagée de l’étreinte de Jimmy, elle se pencha vers moi. M’embrassa. Je ne pus m’empêcher de penser aux baisers voyous et savants de Jean-Luc. Christian s’excusa. Je ne peux pas me retenir davantage. Son excuse était feinte, c’est pourquoi je lui répondis « C’est pas grave, ça arrive… »

Déconner, c’est… (à votre avis ?)

* Ce qui prouve que l’ectoplasme de Monique ne suit pas les règles grammaticales qu’elle a pourtant enseignées pendant des années !

Chroniques matrimoniales – L’anniversaire de Catherine – Deuxième partie

Charlie a fait une lecture érotique de ce texte, j’adore écouter les accents et les voix de mes personnages ! Cliquez sur ce lien pour les entendre à votre tour.

En demandant l’aide du Bavard, du Notaire, de Joseph et du Balafré pour l’organisation de cette fête d’anniversaire, j’étais loin d’en mesurer toutes les conséquences. Comme ce fut à chaque fois le cas, ils se montrèrent tous à la hauteur de la surprise qu’Alain voulait offrir à sa Catherine.

J’avais suivi les préparatifs de loin, par crainte de dévoiler ce plan secret, un mot en entraînant un autre, mais la raison principale était que je passais beaucoup de temps avec Rosalie et Valentino. Au fil des mois, j’avais pris conscience d’être passée à côté de mon grand-père. J’avais de vagues souvenirs d’un vieillard prompt à la rigolade, à l’accent provençal très prononcé, mais j’étais trop petite quand il est mort pour deviner le Pierrot qui se cachait derrière mon papé.

La première fois où Valentino m’avait parlé de lui, un bonheur incroyable s’était emparé de moi, un sentiment de joie profonde et de sérénité. Savoir que ce que Valentino et Rosalie vivaient ensemble n’avait jamais nui à l’amitié qui l’unissait à Pierrot. J’avais voulu tout de même avoir quelques précisions.

Mais quand vous vous rencontriez, quand vous parliez politique, quand vous passiez des soirées, des journées entières ensemble avec Pierrot, Toine et Nathalie, tu n’avais pas envie de prendre Rosalie dans tes bras ? De l’embrasser ? De la caresser ?

Ils s’étaient regardés, abasourdis par ma question.

– Mais j’étais face à Rosalie !

– Justement !

– Non ! Tu ne comprends pas ! Ce n’était pas ma Rosalina, ma Rosalinetta… non ! Là, j’étais face à Rosalie, la femme de Pierrot, mon ami… tu comprends ce que je veux dire ?

J’avais été sidérée de tant d’évidence…

Les semaines avaient passé. Arriva l’anniversaire de Catherine. Ils s’étaient tous surpassés, quelle fête incroyable ! Alain avait loué une belle villa dans les terres. Il avait prévenu Catherine que le meilleur traiteur de la région leur cuisinerait ses plats préférés, qu’un serveur viendrait les leur servir « comme si on était les deux seuls clients d’un restaurant étoilé », mais elle n’en savait pas plus.

Christian et moi arrivâmes avant tout le monde. Je découvris, épatée, la villa. La salle où se tiendrait le dîner était pourvue de grands miroirs sans tain, ce qui nous permit de ne rien rater du spectacle, sans être vus. Pour être tout à fait certain de ne pas être remarqués, Christian s’installa à table et me demanda de parler depuis un des salons derrière un miroir. Ce que je fis. Ne me demande ni pourquoi, ni comment, mais j’entendais distinctement chacun de ses mots alors que ma voix ne lui était pas audible.

J’en eus la confirmation quand le Balafré arriva dans mon dos, qu’il me surprit en me prenant dans ses bras. Je criai et Christian ne l’entendit pas. Je lui expliquai en deux mots ce que nous étions en train de vérifier et lui demandai si c’était lui qui avait eu l’idée de cette villa. Il eut un sourire éclatant.

– Non ! Pour la villa, c’est le Notaire et le Bavard qui méritent tes louanges !

Arriva le moment que je redoutais un peu, tout en l’espérant vivement.

Tu veux toujours connaître mon vœu ?

Qu’il était radieux en prononçant ces mots ! Son visage semblait parcouru de décharges électriques qui faisaient palpiter les ailes de son nez, tressauter sa lèvre supérieure d’une façon extraordinairement sensuelle. Je sentis mon propre trouble dans le ton de ma voix.

– Tu oses me poser la question ? Combien de fois te l’ai-je demandé ?

Je n’ai jamais su s’il avait voulu faire durer le suspens ou si l’arrivée des premiers invités l’avait interrompu. Sa version varie à chaque fois que je lui pose la question. Il me désigna ces hommes qui arrivaient dans la salle à manger, saluant Christian qui leur donnait les consignes.

– Voici ma contribution !

Je les regardais, je ne pouvais m’empêcher de les jauger. Un autre groupe arriva. Je m’exclamai « Mais y’en a combien ? » quand je sentis la grosse main puissante du Bavard triturer mes fesses.

– Fais marcher ta tête, Monique ! Elle va faire combien, la Catherine ?

Euh… 33 ans…

– Alors, tu l’as, ta réponse !

Trente-trois hommes pour Catherine ! Je l’enviai tout en me demandant si je pourrais survivre à tant de plaisir. Joseph arriva, me salua. Comme toujours, ses mots étaient choisis et délicats. Le Bavard lui proposa d’aller saluer les collègues qui patientaient dans un autre salon, me laissant seule avec le Balafré. Je trépignais d’impatience.

– Alors ? Ce vœu ?

Avant qu’il ait eu le temps de me répondre, je perçus une agitation dans la salle à manger. Joseph venait de prévenir tous les participants de l’arrivée prochaine d’Alain et de Catherine. Toute la petite troupe partit se cacher dans les différents salons, seul un homme en smoking ne les rejoignit pas, il serait le majordome durant la soirée.

Je les regardais, machinalement, j’avais posé mes mains sur un miroir et m’y étais collée en me demandant lequel ferait quoi… et comment… et quand… Je sentis les lèvres du Balafré sur mon cou, il les faisait danser sur ma peau, de l’épaule jusqu’à l’oreille… ses mains couraient sur ma robe, remontant de mon ventre à ma poitrine… il fit glisser la fermeture Éclair d’une main et de l’autre caressa mon sein.

– Oh, Monique… !

– Pourquoi ce ton plein de reproches ?

– Tu… j’aurais voulu que tu portes un soutif… mais… sentir tes seins… tes jolis petits seins… savoir que tu étais nue sous ta robe… oh, Monique !

Je voulus me retourner pour voir ses yeux, son visage, son sourire, mais il m’en empêcha. Malgré notre intimité, malgré toutes les fois où nous avions couché ensemble, il n’osait affronter mon regard.

– Voici le vœu que tu me dois, Monique. Pendant tout le week-end, aussi longtemps que durera la fête, je te prendrai après chacun des partenaires avec lesquels tu coucheras, je ne jouirai pas en toi, cependant… je veillerai à m’arrêter avant et tu enchaîneras avec le suivant. À chaque fois, je te prendrai comme il t’aura prise… Et lorsque tu me supplieras, que tes supplications seront à la hauteur de ton désir pour moi, je jouirai enfin, là où tu le souhaiteras…

Je me retournai, le regardai droit dans les yeux.

– Pourquoi ce vœu ? Ce vœu si… particulier ?

– Tu le sais bien !

– Peut-être que je le sais… mais je veux que tu me le dises… je veux t’entendre me le dire…

– Parce que je suis amoureux de toi, Monique ! Je t’aime !

– Et tu sais pourquoi j’accepte…

– Parce que tu me dois un vœu et que tu es de parole !

Tu n’as donc pas compris ? !

– Qu’est-ce que je n’ai pas compris ?

– Mais… que je suis amoureuse de toi ! Que je t’aime !

– Mm… et Christian ?

– Je l’aime aussi, mais différemment… mon amour pour lui est aussi sincère que celui que j’éprouve pour toi… il est juste différent… mais… je… Quand tu ne viens pas partouzer avec nous, tu me manques… Je rêve qu’un jour tu viennes… que tu m’enlèves… comme ça… un jour comme les autres… un jour où je ne m’y attendrai pas… et qu’on passe un week-end… quelques jours ensemble… rien que toi… toi et moi…

– Et Christian le sait ?

– Bien sûr ! Pourquoi devrais-je le lui cacher ? Ce n’est pas honteux !

– Et il en pense quoi ?

– Il dit que tu es mon Valentino ! Et puis… il sait qu’il restera pour toujours l’homme de ma vie… Il t’aime beaucoup, tu sais… Il a beaucoup de respect pour toi, parce que…

– Parce que ?

– Parce qu’il aime te regarder quand on couche ensemble… parce que, comme il dit, il t’arrive souvent de me faire tellement l’amour que tu en oublies de me baiser… parce que tu sais me faire l’amour en me laissant rester salope aussi…

– Elle dit vrai, tu sais !

Christian nous avait rejoints et avait demandé aux partenaires de la soirée qu’il me réservait, de patienter dans un autre salon privé.

– Mais ça ne t’ennuie pas un peu ? Elle ne parle pas que de cul ! Elle parle de sentiments… d’amour ! Ça ne t’ennuie vraiment pas ?

– Pourquoi veux-tu que ça m’ennuie ? ! Au plus elle aime, au mieux elle aime, ma merveilleuse Monique !

– Tu voudrais bien me laisser ta place pour ce week-end ?

– Comment ça ?

– Je te regarde la baiser… tu la baises comme un fou… et après… je la prendrai dans ton foutre… oh ! Je voudrais vivre rien qu’une fois, ce que tu vis… ce que tu as la chance de vivre…

Les yeux de Christian s’emplirent de larmes, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Il déglutit bruyamment avant d’accepter. Mon cœur s’emballa quand ils se donnèrent l’accolade. Je me blottis contre eux et les embrassai… à tour de rôle… l’un après l’autre… encore et encore…

Christian remonta la fermeture Éclair de ma robe en me souriant. Je compris tout de suite ce qu’il voulait. Je penchai ma tête sur le côté… un regard coquin… un sourire enjôleur… le bout de ma langue entre mes dents… mes doigts sur son tee-shirt… les doigts du Balafré sur ma fermeture Éclair… Un cran… des sourires… un autre cran… d’autres sourires… leur sexe dur contre mes cuisses… mes doigts s’aventurant sur la peau de Christian… quelques crans encore… des encouragements… mes attitudes de Sainte-Nitouche… de Sainte-Quitouche comme le disait Toine… les mains soudain impatientes de Christian… ma robe totalement ouverte…

Je me retrouvai les mains plaquées sur le mur, le visage collé au miroir… ma robe ouverte dont Christian releva le bas… ses doigts qui me fouillaient… ses mots à mon oreille… « Tu aimes ça ? »… ses doigts qui me fouillaient davantage, à la recherche de la réponse… ses doigts qui la trouvèrent… « Fatché ! Oh oui ! Tu aimes ça… ! » … « Penche-toi davantage »… le bruissement du tissu d’un pantalon jeté à terre… À nouveau ses doigts… son gland qui me pénètre… Je remarquai à peine Catherine et Alain trinquant au Champagne, seuls au milieu de cette grande salle… Je me contractai autour de son gland, ce qui le fit durcir davantage… ses doigts remontèrent le long de mon ventre… j’aimais ces caresses romantiques et sauvages sur mes seins… Les premiers va-et-vient passionnés, de plus en plus brutaux… Christian me baisait exactement comme j’avais envie de l’être à ce moment précis…

L’orgasme montait en moi, comme une fusée de feu d’artifice monte dans le ciel… je le sentais monter… monter… enfler… m’envahir… monter encore… Christian et le Balafré m’exhortaient

– Laisse-toi aller !

– Vas-y ! Crie comme une chienne !

– Sors l’animal qui est en toi ! Libère-le !

– Oui ! Oui ! Encore ! Crie encore comme ça !

– Dis-le plus fort que c’est bon !

– Crie ! Crie, Monique !

– Regarde comme il se branle ! Il t’aime comme je t’aime !

– Oui ! Regarde-moi, Monique ! Regarde comme je me branle pour toi !

– Tu aimes ça ? Oh oui, Monique ! Crie-le encore que tu aimes ça !

– Regarde encore, Monique !

– Regarde-le ! Vé comme il aime nous mater quand je te baise !

Je perdis tout contrôle et la fusée explosa enfin. Comme le ciel noir est aspergé de lumières multicolores, l’orgasme qui éclata en moi colora de vie chaque cellule de mon corps… Je n’étais plus Monique, il n’était plus Christian, nous n’étions que jouissance… Je sentis les ondes de son plaisir monter en lui avant même qu’il n’explose en moi… Christian rugit. Lui aussi redevenait animal !

Dessin de Milo Manara

Il se retira. J’étais pantelante… Je m’affalai sur le sofa et, avec une joie infinie,  écartai mes jambes… mes cuisses… pour que Christian puisse montrer « son œuvre » au Balafré qui siffla, admiratif, avant de me rouler une pelle… Peu de mes partenaires m’embrassaient ainsi… nous en parlions parfois avec Catherine, nous étonnant de cet accès de pudeur de la part d’hommes qui par ailleurs se livraient totalement à nous.

Le Balafré posa mes chevilles sur ses épaules, me demanda d’écarter mes genoux au rythme de sa pénétration.

– Comme c’est bon de la baiser dans ton foutre tout chaud ! Putain… c’que c’est bon !

Je les regardais se sourire, j’aimais l’amitié qui les unissait… j’aimais en être l’origine… Le Balafré allait et venait en moi. Il avait écarté les deux pans de ma robe, mais avait refusé que je l’enlève… il regardait mon corps… il caressait mon ventre… mes seins… il écarta d’une main les lèvres de mon sexe et se saoula de la vue de mon clito bandé… luisant… il s’enfonça profondément en moi… « pour que mes poils noirs se tissent avec ta blonde toison » … Je souris, surprise de l’entendre utiliser une expression de Rosalie… Je me cambrai tant pour ne faire qu’une avec son corps, que j’étais presque en position de souplesse arrière, seul le dessus de mon crâne touchait le canapé. Je devais ressembler à une contorsionniste ! Christian s’exclama « Qu’elle est belle… » et ajouta « … ta Monique ! »

Je sentis le sexe du Balafré enfler. Ses va-et-vient se firent plus amples, moins saccadés… pour cette nuit, je serai sa femme, il pouvait donc me faire l’amour sereinenement. D’une voix douce, il me demanda

– Ma chérie, tu veux bien sucer mon ami ? Qu’il puisse goûter à la douceur de ta bouche quand je te baise…

Christian, qui ne bandait pas, refusa ma bouche d’un geste de la main. Je n’ai jamais su s’ils avaient mis au point ce scénario ou s’il naquit de la situation.

– Ne t’en fais pas, mon ami, les pipes de ma femme feraient bander un mort ! Allez, ma chérie, montre-lui ! Suce-le bien pendant que je te baise !

Christian s’approcha de moi, son sexe tout mou avait du mal à rester dans ma bouche. Je fermai les yeux. Le Balafré se pencha vers moi, me souleva un peu la tête et, dans un mouvement d’une assurance absolue, me fit pivoter. Je me retrouvai ainsi allongée sur le côté. Nous voulions me mettre à quatre pattes sans qu’il ne sorte de moi.

Quand ce fut chose faite, qu’il me prit en levrette, il remarqua que je rejetais la tête en arrière et comprit ce que je désirais. D’une main, il attrapa la queue de Christian qui reprenait un semblant de vigueur, me la fourra dans la bouche, tandis que de l’autre, il me tira les cheveux.

– Regarde mon ami dans les yeux, ma Monique ! Montre-lui comme tu suces bien les queues quand je te fourre !

Christian bandait tout à fait désormais. Je sentais à nouveau tout le plaisir de chacune de mes cellules vouloir converger au creux de mon ventre, en faire une boule de feu qui grossirait jusqu’à exploser les irradiant en retour. Je dégageai ma bouche.

– Je le sucerais mieux si tu me parlais, mon amour et si ton ami m’encourageait de ses mots…

Le Balafré, amusé, me dit

– Ce sera tout ?

– Non ! Baise-moi comme une salope ! Montre à ton ami comme tu sais bien le faire !

Je sentis l’excitation du Balafré à la crispation de ses doigts sur mes hanches. J’aimais « le faire à la parlante », comme on disait, mais ce soir-là, leurs commentaires me firent décoller bien plus vite, bien plus haut, bien plus fort que je ne l’aurais imaginé.

– C’est vrai qu’elle suce bien, ta petite femme !

– Regarde-le, Monique !  Fais-lui ton regard de salope !
Oui… comme ça… suce-lui bien la pine !

– Oui ! Regarde-moi comme ça !

– Tu aimes comme elle te suce ?

– Oui ! Fatché ! Elle s’y connaît ! Elle suce toujours comme ça ?

–Regarde, si je lui touche le clito…

Je grognai de plaisir, la bouche pleine du sexe de Christian.

– Hummm que c’est bon quand elle grogne… ! Avale, avale ma queue !

– Tu veux que je la fasse rugir ?

– Oh oui ! Montre-moi comment tu t’y prends !

– Regarde…

Tout en allant et venant en moi, le Balafré posa un doigt sur mon petit trou et entreprit de l’enfoncer. Je criai de plaisir.

– Ouch… tu as raison, c’est bon quand elle rugit…

– Elle ne rugit pas encore… regarde comment il faut s’y prendre…

Il se retira lentement, du bout de ses doigts récolta un peu de nectar au fond de ma chatte et s’en servit pour lubrifier ses doigts qui entrèrent dans mon cul comme dans du beurre. Je poussai toute une gamme de cris. Je sentais mon ectoplasme à l’étroit dans mon corps, mais il y restait coincé… pour la première fois de ma vie, je me demandai comment faire pour le libérer.

– Regarde ! Regarde comme elle me tend ses fesses ! Tu vois ?

– Tu ne vas pas l’enculer, tout de même ! Pas devant moi…

Je sentis la salive du Balafré sur mes reins et celle de Christian sur mon omoplate, ils étaient aussi excités que moi !

– Elle n’attend que ça !

– Tu crois ?
Dis-moi, Monique… tu veux bien que… que ton… que ton mari t’encule devant moi ?

Je grognai « Oui ! », la bouche pleine du sexe de Christian qui l’avait enfoncé encore plus profondément dans ma bouche. Une claque sur mes fesses « On ne parle pas la bouche pleine ! » libéra mon ectoplasme.

Je nous vis, moi à quatre pattes, bien plus cambrée que je ne l’aurais imaginé, Christian dans ma bouche, une main sur sa hanche, l’autre caressant mon visage, la cicatrice brune du Balafré apparaissant, disparaissant entre mes fesses si blanches, apparaissant disparaissant encore, ses mains qui couraient sur mon corps, les miennes qui se crispaient sur un coussin du sofa.

Ils n’avaient pas interrompu leur conversation, mais fascinée par le spectacle de nous trois dans ce petit salon, je ne la captais que par bribes…

– Mais bien sûr que si ! Elle est en train de rugir !

– Ne dis pas n’importe quoi ! Elle miaule à peine !

– Ça ne peut pas être mieux que ça…

– Attends et tu vas voir ce qu’elle peut offrir, ma petite femme…

J’aurais voulu qu’ils fussent mille et que ces mille me prissent mille fois, de mille manières, au même moment ! Mon sang galopait dans mes veines avec la fougue d’un troupeau de tauraux sauvages à la poursuite d’un seul objectif, le plaisir.

– Allez ! Lâche tout, ma Monique ! Lâche tout !
Libère la lionne qui est en toi !

– Il a raison ! Lâche tout, ma… sa…

Mon ectoplasme captura leur regard au vol.

– … notre Monique !

– On ne sera pas trop de deux, si tu veux mon avis…

Alors, Christian fit l’amour à ma bouche, pendant que le Balafré le faisait à mes fesses, leurs mains se complétaient idéalement pour aimer le reste de mon corps. Toute mon animalité put enfin sortir de moi dans un incroyable rugissement. Le Balafré ne put ou ne voulut se retirer à temps, il jouit en criant presque aussi fort que moi, que Christian dont le sperme avait le goût du meilleur des nectars.

J’étais vidée ! Le Balafré et Christian m’apprirent qu’ils avaient convié les membres de notre « amicale » à une partouze pour les remercier d’avoir permis à Alain d’offrir ce beau cadeau à Catherine…

Catherine ! Je l’avais presque oubliée ! Catherine et ses trente-trois amants d’un soir ! Pourvu qu’elle ne succombe pas à tant d’hommes… j’étais vidée… comment ferait-elle ? Je demandai quelques minutes de répit, le Balafré me répondit

– Bien sûr ! Et puis… tu dégoulines de partout… il va falloir faire appel à un nettoyeur…

Pourquoi cet air de dégoût ? Lui et Christian étaient plutôt amateurs du spectacle de mon corps ruisselant, couvert de sperme… J’eus la réponse dès que le nettoyeur entra dans la pièce et qu’ils me racontèrent son histoire.

Je ne suis pas cruelle, si vous souhaitez savoir ce qui arriva ensuite, il vous suffit de cliquer ici !