Chroniques matrimoniales – L’anniversaire de Catherine – Deuxième partie

En demandant l’aide du Bavard, du Notaire, de Joseph et du Balafré pour l’organisation de cette fête d’anniversaire, j’étais loin d’en mesurer toutes les conséquences. Comme ce fut à chaque fois le cas, ils se montrèrent tous à la hauteur de la surprise qu’Alain voulait offrir à sa Catherine.

J’avais suivi les préparatifs de loin, par crainte de dévoiler ce plan secret, un mot en entraînant un autre, mais la raison principale était que je passais beaucoup de temps avec Rosalie et Valentino. Au fil des mois, j’avais pris conscience d’être passée à côté de mon grand-père. J’avais de vagues souvenirs d’un vieillard prompt à la rigolade, à l’accent provençal très prononcé, mais j’étais trop petite quand il est mort pour deviner le Pierrot qui se cachait derrière mon papé.

La première fois où Valentino m’avait parlé de lui, un bonheur incroyable s’était emparé de moi, un sentiment de joie profonde et de sérénité. Savoir que ce que Valentino et Rosalie vivaient ensemble n’avait jamais nui à l’amitié qui l’unissait à Pierrot. J’avais voulu tout de même avoir quelques précisions.

Mais quand vous vous rencontriez, quand vous parliez politique, quand vous passiez des soirées, des journées entières ensemble avec Pierrot, Toine et Nathalie, tu n’avais pas envie de prendre Rosalie dans tes bras ? De l’embrasser ? De la caresser ?

Ils s’étaient regardés, abasourdis par ma question.

– Mais j’étais face à Rosalie !

– Justement !

– Non ! Tu ne comprends pas ! Ce n’était pas ma Rosalina, ma Rosalinetta… non ! Là, j’étais face à Rosalie, la femme de Pierrot, mon ami… tu comprends ce que je veux dire ?

J’avais été sidérée de tant d’évidence…

Les semaines avaient passé. Arriva l’anniversaire de Catherine. Ils s’étaient tous surpassés, quelle fête incroyable ! Alain avait loué une belle villa dans les terres. Il avait prévenu Catherine que le meilleur traiteur de la région leur cuisinerait ses plats préférés, qu’un serveur viendrait les leur servir « comme si on était les deux seuls clients d’un restaurant étoilé », mais elle n’en savait pas plus.

Christian et moi arrivâmes avant tout le monde. Je découvris, épatée, la villa. La salle où se tiendrait le dîner était pourvue de grands miroirs sans tain, ce qui nous permit de ne rien rater du spectacle, sans être vus. Pour être tout à fait certain de ne pas être remarqués, Christian s’installa à table et me demanda de parler depuis un des salons derrière un miroir. Ce que je fis. Ne me demande ni pourquoi, ni comment, mais j’entendais distinctement chacun de ses mots alors que ma voix ne lui était pas audible.

J’en eus la confirmation quand le Balafré arriva dans mon dos, qu’il me surprit en me prenant dans ses bras. Je criai et Christian ne l’entendit pas. Je lui expliquai en deux mots ce que nous étions en train de vérifier et lui demandai si c’était lui qui avait eu l’idée de cette villa. Il eut un sourire éclatant.

– Non ! Pour la villa, c’est le Notaire et le Bavard qui méritent tes louanges !

Arriva le moment que je redoutais un peu, tout en l’espérant vivement.

Tu veux toujours connaître mon vœu ?

Qu’il était radieux en prononçant ces mots ! Son visage semblait parcouru de décharges électriques qui faisaient palpiter les ailes de son nez, tressauter sa lèvre supérieure d’une façon extraordinairement sensuelle. Je sentis mon propre trouble dans le ton de ma voix.

– Tu oses me poser la question ? Combien de fois te l’ai-je demandé ?

Je n’ai jamais su s’il avait voulu faire durer le suspens ou si l’arrivée des premiers invités l’avait interrompu. Sa version varie à chaque fois que je lui pose la question. Il me désigna ces hommes qui arrivaient dans la salle à manger, saluant Christian qui leur donnait les consignes.

– Voici ma contribution !

Je les regardais, je ne pouvais m’empêcher de les jauger. Un autre groupe arriva. Je m’exclamai « Mais y’en a combien ? » quand je sentis la grosse main puissante du Bavard triturer mes fesses.

– Fais marcher ta tête, Monique ! Elle va faire combien, la Catherine ?

Euh… 33 ans…

– Alors, tu l’as, ta réponse !

Trente-trois hommes pour Catherine ! Je l’enviai tout en me demandant si je pourrais survivre à tant de plaisir. Joseph arriva, me salua. Comme toujours, ses mots étaient choisis et délicats. Le Bavard lui proposa d’aller saluer les collègues qui patientaient dans un autre salon, me laissant seule avec le Balafré. Je trépignais d’impatience.

– Alors ? Ce vœu ?

Avant qu’il ait eu le temps de me répondre, je perçus une agitation dans la salle à manger. Joseph venait de prévenir tous les participants de l’arrivée prochaine d’Alain et de Catherine. Toute la petite troupe partit se cacher dans les différents salons, seul un homme en smoking ne les rejoignit pas, il serait le majordome durant la soirée.

Je les regardais, machinalement, j’avais posé mes mains sur un miroir et m’y étais collée en me demandant lequel ferait quoi… et comment… et quand… Je sentis les lèvres du Balafré sur mon cou, il les faisait danser sur ma peau, de l’épaule jusqu’à l’oreille… ses mains couraient sur ma robe, remontant de mon ventre à ma poitrine… il fit glisser la fermeture Éclair d’une main et de l’autre caressa mon sein.

– Oh, Monique… !

– Pourquoi ce ton plein de reproches ?

– Tu… j’aurais voulu que tu portes un soutif… mais… sentir tes seins… tes jolis petits seins… savoir que tu étais nue sous ta robe… oh, Monique !

Je voulus me retourner pour voir ses yeux, son visage, son sourire, mais il m’en empêcha. Malgré notre intimité, malgré toutes les fois où nous avions couché ensemble, il n’osait affronter mon regard.

– Voici le vœu que tu me dois, Monique. Pendant tout le week-end, aussi longtemps que durera la fête, je te prendrai après chacun des partenaires avec lesquels tu coucheras, je ne jouirai pas en toi, cependant… je veillerai à m’arrêter avant et tu enchaîneras avec le suivant. À chaque fois, je te prendrai comme il t’aura prise… Et lorsque tu me supplieras, que tes supplications seront à la hauteur de ton désir pour moi, je jouirai enfin, là où tu le souhaiteras…

Je me retournai, le regardai droit dans les yeux.

– Pourquoi ce vœu ? Ce vœu si… particulier ?

– Tu le sais bien !

– Peut-être que je le sais… mais je veux que tu me le dises… je veux t’entendre me le dire…

– Parce que je suis amoureux de toi, Monique ! Je t’aime !

– Et tu sais pourquoi j’accepte…

– Parce que tu me dois un vœu et que tu es de parole !

Tu n’as donc pas compris ? !

– Qu’est-ce que je n’ai pas compris ?

– Mais… que je suis amoureuse de toi ! Que je t’aime !

– Mm… et Christian ?

– Je l’aime aussi, mais différemment… mon amour pour lui est aussi sincère que celui que j’éprouve pour toi… il est juste différent… mais… je… Quand tu ne viens pas partouzer avec nous, tu me manques… Je rêve qu’un jour tu viennes… que tu m’enlèves… comme ça… un jour comme les autres… un jour où je ne m’y attendrai pas… et qu’on passe un week-end… quelques jours ensemble… rien que toi… toi et moi…

– Et Christian le sait ?

– Bien sûr ! Pourquoi devrais-je le lui cacher ? Ce n’est pas honteux !

– Et il en pense quoi ?

– Il dit que tu es mon Valentino ! Et puis… il sait qu’il restera pour toujours l’homme de ma vie… Il t’aime beaucoup, tu sais… Il a beaucoup de respect pour toi, parce que…

– Parce que ?

– Parce qu’il aime te regarder quand on couche ensemble… parce que, comme il dit, il t’arrive souvent de me faire tellement l’amour que tu en oublies de me baiser… parce que tu sais me faire l’amour en me laissant rester salope aussi…

– Elle dit vrai, tu sais !

Christian nous avait rejoints et avait demandé aux partenaires de la soirée qu’il me réservait, de patienter dans un autre salon privé.

– Mais ça ne t’ennuie pas un peu ? Elle ne parle pas que de cul ! Elle parle de sentiments… d’amour ! Ça ne t’ennuie vraiment pas ?

– Pourquoi veux-tu que ça m’ennuie ? ! Au plus elle aime, au mieux elle aime, ma merveilleuse Monique !

– Tu voudrais bien me laisser ta place pour ce week-end ?

– Comment ça ?

– Je te regarde la baiser… tu la baises comme un fou… et après… je la prendrai dans ton foutre… oh ! Je voudrais vivre rien qu’une fois, ce que tu vis… ce que tu as la chance de vivre…

Les yeux de Christian s’emplirent de larmes, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Il déglutit bruyamment avant d’accepter. Mon cœur s’emballa quand ils se donnèrent l’accolade. Je me blottis contre eux et les embrassai… à tour de rôle… l’un après l’autre… encore et encore…

Christian remonta la fermeture Éclair de ma robe en me souriant. Je compris tout de suite ce qu’il voulait. Je penchai ma tête sur le côté… un regard coquin… un sourire enjôleur… le bout de ma langue entre mes dents… mes doigts sur son tee-shirt… les doigts du Balafré sur ma fermeture Éclair… Un cran… des sourires… un autre cran… d’autres sourires… leur sexe dur contre mes cuisses… mes doigts s’aventurant sur la peau de Christian… quelques crans encore… des encouragements… mes attitudes de Sainte-Nitouche… de Sainte-Quitouche comme le disait Toine… les mains soudain impatientes de Christian… ma robe totalement ouverte…

Je me retrouvai les mains plaquées sur le mur, le visage collé au miroir… ma robe ouverte dont Christian releva le bas… ses doigts qui me fouillaient… ses mots à mon oreille… « Tu aimes ça ? »… ses doigts qui me fouillaient davantage, à la recherche de la réponse… ses doigts qui la trouvèrent… « Fatché ! Oh oui ! Tu aimes ça… ! » … « Penche-toi davantage »… le bruissement du tissu d’un pantalon jeté à terre… À nouveau ses doigts… son gland qui me pénètre… Je remarquai à peine Catherine et Alain trinquant au Champagne, seuls au milieu de cette grande salle… Je me contractai autour de son gland, ce qui le fit durcir davantage… ses doigts remontèrent le long de mon ventre… j’aimais ces caresses romantiques et sauvages sur mes seins… Les premiers va-et-vient passionnés, de plus en plus brutaux… Christian me baisait exactement comme j’avais envie de l’être à ce moment précis…

L’orgasme montait en moi, comme une fusée de feu d’artifice monte dans le ciel… je le sentais monter… monter… enfler… m’envahir… monter encore… Christian et le Balafré m’exhortaient

– Laisse-toi aller !

– Vas-y ! Crie comme une chienne !

– Sors l’animal qui est en toi ! Libère-le !

– Oui ! Oui ! Encore ! Crie encore comme ça !

– Dis-le plus fort que c’est bon !

– Crie ! Crie, Monique !

– Regarde comme il se branle ! Il t’aime comme je t’aime !

– Oui ! Regarde-moi, Monique ! Regarde comme je me branle pour toi !

– Tu aimes ça ? Oh oui, Monique ! Crie-le encore que tu aimes ça !

– Regarde encore, Monique !

– Regarde-le ! Vé comme il aime nous mater quand je te baise !

Je perdis tout contrôle et la fusée explosa enfin. Comme le ciel noir est aspergé de lumières multicolores, l’orgasme qui éclata en moi colora de vie chaque cellule de mon corps… Je n’étais plus Monique, il n’était plus Christian, nous n’étions que jouissance… Je sentis les ondes de son plaisir monter en lui avant même qu’il n’explose en moi… Christian rugit. Lui aussi redevenait animal !

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Il se retira. J’étais pantelante… Je m’affalai sur le sofa et, avec une joie infinie,  écartai mes jambes… mes cuisses… pour que Christian puisse montrer « son œuvre » au Balafré qui siffla, admiratif, avant de me rouler une pelle… Peu de mes partenaires m’embrassaient ainsi… nous en parlions parfois avec Catherine, nous étonnant de cet accès de pudeur de la part d’hommes qui par ailleurs se livraient totalement à nous.

Le Balafré posa mes chevilles sur ses épaules, me demanda d’écarter mes genoux au rythme de sa pénétration.

– Comme c’est bon de la baiser dans ton foutre tout chaud ! Putain… c’que c’est bon !

Je les regardais se sourire, j’aimais l’amitié qui les unissait… j’aimais en être l’origine… Le Balafré allait et venait en moi. Il avait écarté les deux pans de ma robe, mais avait refusé que je l’enlève… il regardait mon corps… il caressait mon ventre… mes seins… il écarta d’une main les lèvres de mon sexe et se saoula de la vue de mon clito bandé… luisant… il s’enfonça profondément en moi… « pour que mes poils noirs se tissent avec ta blonde toison » … Je souris, surprise de l’entendre utiliser une expression de Rosalie… Je me cambrai tant pour ne faire qu’une avec son corps, que j’étais presque en position de souplesse arrière, seul le dessus de mon crâne touchait le canapé. Je devais ressembler à une contorsionniste ! Christian s’exclama « Qu’elle est belle… » et ajouta « … ta Monique ! »

Je sentis le sexe du Balafré enfler. Ses va-et-vient se firent plus amples, moins saccadés… pour cette nuit, je serai sa femme, il pouvait donc me faire l’amour sereinenement. D’une voix douce, il me demanda

– Ma chérie, tu veux bien sucer mon ami ? Qu’il puisse goûter à la douceur de ta bouche quand je te baise…

Christian, qui ne bandait pas, refusa ma bouche d’un geste de la main. Je n’ai jamais su s’ils avaient mis au point ce scénario ou s’il naquit de la situation.

– Ne t’en fais pas, mon ami, les pipes de ma femme feraient bander un mort ! Allez, ma chérie, montre-lui ! Suce-le bien pendant que je te baise !

Christian s’approcha de moi, son sexe tout mou avait du mal à rester dans ma bouche. Je fermai les yeux. Le Balafré se pencha vers moi, me souleva un peu la tête et, dans un mouvement d’une assurance absolue, me fit pivoter. Je me retrouvai ainsi allongée sur le côté. Nous voulions me mettre à quatre pattes sans qu’il ne sorte de moi.

Quand ce fut chose faite, qu’il me prit en levrette, il remarqua que je rejetais la tête en arrière et comprit ce que je désirais. D’une main, il attrapa la queue de Christian qui reprenait un semblant de vigueur, me la fourra dans la bouche, tandis que de l’autre, il me tira les cheveux.

– Regarde mon ami dans les yeux, ma Monique ! Montre-lui comme tu suces bien les queues quand je te fourre !

Christian bandait tout à fait désormais. Je sentais à nouveau tout le plaisir de chacune de mes cellules vouloir converger au creux de mon ventre, en faire une boule de feu qui grossirait jusqu’à exploser les irradiant en retour. Je dégageai ma bouche.

– Je le sucerais mieux si tu me parlais, mon amour et si ton ami m’encourageait de ses mots…

Le Balafré, amusé, me dit

– Ce sera tout ?

– Non ! Baise-moi comme une salope ! Montre à ton ami comme tu sais bien le faire !

Je sentis l’excitation du Balafré à la crispation de ses doigts sur mes hanches. J’aimais « le faire à la parlante », comme on disait, mais ce soir-là, leurs commentaires me firent décoller bien plus vite, bien plus haut, bien plus fort que je ne l’aurais imaginé.

– C’est vrai qu’elle suce bien, ta petite femme !

– Regarde-le, Monique !  Fais-lui ton regard de salope !
Oui… comme ça… suce-lui bien la pine !

– Oui ! Regarde-moi comme ça !

– Tu aimes comme elle te suce ?

– Oui ! Fatché ! Elle s’y connaît ! Elle suce toujours comme ça ?

–Regarde, si je lui touche le clito…

Je grognai de plaisir, la bouche pleine du sexe de Christian.

– Hummm que c’est bon quand elle grogne… ! Avale, avale ma queue !

– Tu veux que je la fasse rugir ?

– Oh oui ! Montre-moi comment tu t’y prends !

– Regarde…

Tout en allant et venant en moi, le Balafré posa un doigt sur mon petit trou et entreprit de l’enfoncer. Je criai de plaisir.

– Ouch… tu as raison, c’est bon quand elle rugit…

– Elle ne rugit pas encore… regarde comment il faut s’y prendre…

Il se retira lentement, du bout de ses doigts récolta un peu de nectar au fond de ma chatte et s’en servit pour lubrifier ses doigts qui entrèrent dans mon cul comme dans du beurre. Je poussai toute une gamme de cris. Je sentais mon ectoplasme à l’étroit dans mon corps, mais il y restait coincé… pour la première fois de ma vie, je me demandai comment faire pour le libérer.

– Regarde ! Regarde comme elle me tend ses fesses ! Tu vois ?

– Tu ne vas pas l’enculer, tout de même ! Pas devant moi…

Je sentis la salive du Balafré sur mes reins et celle de Christian sur mon omoplate, ils étaient aussi excités que moi !

– Elle n’attend que ça !

– Tu crois ?
Dis-moi, Monique… tu veux bien que… que ton… que ton mari t’encule devant moi ?

Je grognai « Oui ! », la bouche pleine du sexe de Christian qui l’avait enfoncé encore plus profondément dans ma bouche. Une claque sur mes fesses « On ne parle pas la bouche pleine ! » libéra mon ectoplasme.

Je nous vis, moi à quatre pattes, bien plus cambrée que je ne l’aurais imaginé, Christian dans ma bouche, une main sur sa hanche, l’autre caressant mon visage, la cicatrice brune du Balafré apparaissant, disparaissant entre mes fesses si blanches, apparaissant disparaissant encore, ses mains qui couraient sur mon corps, les miennes qui se crispaient sur un coussin du sofa.

Ils n’avaient pas interrompu leur conversation, mais fascinée par le spectacle de nous trois dans ce petit salon, je ne la captais que par bribes…

– Mais bien sûr que si ! Elle est en train de rugir !

– Ne dis pas n’importe quoi ! Elle miaule à peine !

– Ça ne peut pas être mieux que ça…

– Attends et tu vas voir ce qu’elle peut offrir, ma petite femme…

J’aurais voulu qu’ils fussent mille et que ces mille me prissent mille fois, de mille manières, au même moment ! Mon sang galopait dans mes veines avec la fougue d’un troupeau de tauraux sauvages à la poursuite d’un seul objectif, le plaisir.

– Allez ! Lâche tout, ma Monique ! Lâche tout !
Libère la lionne qui est en toi !

– Il a raison ! Lâche tout, ma… sa…

Mon ectoplasme captura leur regard au vol.

– … notre Monique !

– On ne sera pas trop de deux, si tu veux mon avis…

Alors, Christian fit l’amour à ma bouche, pendant que le Balafré le faisait à mes fesses, leurs mains se complétaient idéalement pour aimer le reste de mon corps. Toute mon animalité put enfin sortir de moi dans un incroyable rugissement. Le Balafré ne put ou ne voulut se retirer à temps, il jouit en criant presque aussi fort que moi, que Christian dont le sperme avait le goût du meilleur des nectars.

J’étais vidée ! Le Balafré et Christian m’apprirent qu’ils avaient convié les membres de notre « amicale » à une partouze pour les remercier d’avoir permis à Alain d’offrir ce beau cadeau à Catherine…

Catherine ! Je l’avais presque oubliée ! Catherine et ses trente-trois amants d’un soir ! Pourvu qu’elle ne succombe pas à tant d’hommes… j’étais vidée… comment ferait-elle ? Je demandai quelques minutes de répit, le Balafré me répondit

– Bien sûr ! Et puis… tu dégoulines de partout… il va falloir faire appel à un nettoyeur…

Pourquoi cet air de dégoût ? Lui et Christian étaient plutôt amateurs du spectacle de mon corps ruisselant, couvert de sperme… J’eus la réponse dès que le nettoyeur entra dans la pièce et qu’ils me racontèrent son histoire.

Je ne suis pas cruelle, si vous souhaitez savoir ce qui arriva ensuite, il vous suffit de cliquer ici !

 

 

 

 

Chroniques matrimoniales – Sous l’objectif

Le photographe installait son matériel, réglait ses éclairages. Je notai avec amusement la bosse capricieuse dans son pantalon. Elle était apparente, puis semblait disparaître dans les plis du tissu avant de le tendre à nouveau. Le Balafré m’observait avec la gourmandise d’un chat devant une jatte de crème.

Je voulais me déshabiller rapidement, mais il me demanda de ne rien en faire. Voulais-je jouer le jeu et m’effeuiller devant l’objectif ? À ma question « S’agit-il là de ton voeu ? » Il répondit par un éclat de rire « Certainement pas ! » Je fis semblant d’être mécontente de sa réponse, mais j’y mis une telle mauvaise foi, qu’il ne fut pas dupe, ne serait-ce une seconde.

Quand son matériel fut enfin installé, le photographe me demanda de m’effeuiller au ralenti. Je devais décomposer chacun de mes gestes, j’aimais ses commentaires et ceux du Balafré. J’aimais qu’ils apprécient et encouragent mes mimiques et attitudes « Pure, candide et salope à la fois ». Je ne portai aucune lingerie, aucun sous-vêtement, ce qui les déçut un peu. Je demandai au Balafré de m’imiter et de se dévêtir devant l’objectif, ce qu’il refusa fermement. Le photographe soutenait le même point de vue, ce qui me mit assez en colère.

D’une main ferme, je déboutonnai le jean du Balafré, le débraguettai et dans un même mouvement, le baissai ainsi que son slip. Je désignai son sexe et m’exclamai « Vous pensez vraiment que ce n’est pas sexy aux yeux d’une femme ? ! »

D’abord surpris de ma soudaine virulence, je parvins sans grande difficulté à les rallier à mon point de vue. Le Balafré consentit à un effeuillage, à l’unique condition que je ne le lâche pas du regard. Son trouble me troublait. Je l’exhortai « Excite-moi ! Excite-moi comme tu en as toujours rêvé ! Excite-moi comme si j’étais la femme de ta vie et ce que soit l’unique moyen de me conquérir ! ». Ma dernière injonction l’aiguillonna plus que je ne l’aurais imaginé. Comme si mes mots l’avaient plongé dans un état second, il oublia toutes ses craintes, toute sa timidité, toute pudeur. Ses yeux plantés dans les miens, mes yeux plantés dans les siens, nous oubliâmes pendant un instant, la présence du photographe. Nous nous faisions déjà l’amour alors que nos corps étaient distants de plusieurs mètres.

J’aimais observer le tremblement de ses mains. J’avais remonté sa fermeture Éclair, mais dans ma hâte de le regarder faire, j’avais oublié de rattacher l’unique bouton à la ceinture. Je me plaçai à la gauche de notre complice pour mieux l’admirer. D’un geste sensuel, mais néanmoins brutal, il écarta les deux pans de tissu, ce qui fit descendre la fermeture Éclair d’un coup. Je hochai la tête pour lui signifier ma désapprobation, revins vers lui, lui remontai sa braguette, agrafai le bouton. Avant de reprendre ma place, je lui murmurai « Laisse-toi guider ! Laisse-toi faire ! Laisse-moi faire ! »

Il s’accrocha à mon regard et sans un mot, sans un geste, je parvins à lui montrer comment faire. Il déboutonna lentement sa ceinture, titilla le bout métallique de sa fermeture Éclair, qu’il ouvrit au ralenti, presque cran à cran, il écarta d’abord le pan droit de son pantalon, puis le gauche. Je ne me souviens plus s’il dansait, s’il ondulait déjà…

Quand les deux pans furent écartés, je lus la détresse dans son regard, dans ce léger sursaut des sourcils. Je m’approchai de lui, suivie de près par le photographe, m’agenouillai et lui descendis le pantalon en prenant mon air le plus salope. Le photographe en aurait pour son argent, mais surtout, surtout je ne voulais pas qu’ils puissent remarquer le trouble qui me submergeait depuis peu, depuis ce strip-tease télécommandé du regard.

Le Balafré sursauta, mais il me sembla qu’il avait compris la raison de ce changement d’attitude. Quand il fut totalement nu, nous demandâmes à l’imprimeur ce qu’il lui plairait de photographier.

Tout d’abord ta chatte offerte et puis vous deux quand vous…

J’étais d’accord pour m’exhiber devant son objectif, je trouvais l’idée super excitante. Oh oui ! J’avais vraiment envie d’être au-delà de l’impudeur ! Quand j’y repense, 42 ans plus tard, je me sens envahie par cette boule de feu, ce désir fou de montrer au monde entier celle que j’étais ! La réaction du Balafré me surprit un peu.

Pour cette première séance, je voudrais que tu photographies son visage, son regard quand je la baise, quand elle jouit…

Quelle idée merveilleuse ! Je souris en réalisant que pour le Balafré, cette séance serait suivie d’autres… J’en étais tellement heureuse !

– Et toi, Monique, qu’est-ce que tu veux ?

– Offrir ma chatte à son objectif… j’aime bien l’idée ! Mais j’aime encore mieux la tienne, celle de photographier mon visage, mes yeux… parce que je ne les ai jamais vus quand je jouis… j’aimerais bien savoir à quoi je ressemble… même si je me doute que je dois être super jolie, vue l’ardeur que nous mettez tous à me faire jouir !

Le photographe était muet de stupéfaction, les yeux écarquillés, la mâchoire pendante, le Balafré éclata de rire et me traita de coquine.

Je m’allongeai sur la table installée à la hâte dans le studio photo, les fesses à demi dans le vide, les jambes écartées, je me livrais davantage à chaque « clic-clac » de l’appareil photo. Bon sang ! Que j’aimais cette sensation ! J’écartais un peu plus mes cuisses, comme le Balafré me le demandait, j’écartais mes lèvres, dévoilant tous les trésors de ma vulve, je sentais mes doigts glisser dans mes replis doux et humides…

– Vous arrivez à voir comme je mouille ?

Pour toute réponse, le photographe déglutit bruyamment, le Balafré marmonna un « oui » dans un grognement animal et terriblement excitant.

– Parce que je ne savais pas si c’était visible…

T’inquiète, Monique ! C’est à peu près aussi visible que ça…

En disant ces mots, le Balafré caressa sa longue cicatrice brune avec l’ongle de son index.

– C’est pas du jeu !

Qu’est-ce qui n’est « pas du jeu » ?

Quand tu fais ça… tu me rends folle !

Parce que tu ne nous rends pas fous, toi ? !

Le photographe se retourna et partit chercher un autre appareil. J’aimais écouter ce bruit particulier d’une pellicule qu’on rembobine. Je m’étais assise et souriais, je me sentais tellement bien, à l’aise, dans mon élément ! Au bon endroit, au bon moment. Le Balafré s’assit à mes côtés, passa sa main dans mes cheveux, me demanda « Je peux ? » avant de m’embrasser passionnément. J’aurais pu m’évanouir de bonheur… Nos lèvres, nos langues, nos salives, nos peaux, nos mains, tout ce qui nous constituait s’assemblait à la perfection.

Je n’eus pas le temps de me demander s’il en avait lui aussi conscience, qu’il me dit « Tu repousses les limites du bonheur » avant d’ajouter « À chaque fois, je crois avoir atteint le plaisir parfait et la fois suivante, tu m’en offres davantage… »

Le photographe était face à moi, pourtant, je ne l’avais pas vu revenir. La séance photo avait été improvisée, il ne pouvait pas y consacrer autant de temps qu’il l’aurait souhaité. À sa demande, nous accélérâmes le mouvement.

546ca3ca38d7ac80981797ecd4f468b8Je m’allongeai pour la seconde fois sur cette table, écartai les jambes, à la demande du Balafré, posai mes chevilles sur ses épaules. Il rappela la consigne au photographe « Que ses yeux et son visage » avant de me pénétrer.

Que j’aimais cette sensation ! Sentir mon sexe s’ouvrir pour accueillir le sien ! Je me concentrais pour ne pas perdre une miette de ces frémissements, pour garder en mémoire cette lente pénétration et la mélodie du souffle du Balafré.

À quoi penses-tu, Monique ?

En fait… je ne sens pas ta cicatrice… en fait…

Il éclata de rire en m’ébouriffant les cheveux. J’eus l’impression d’avoir déjà vécu cette scène, mais dans une autre vie. Je me gardai bien de le lui dire, par crainte de gâcher la magie de cet instant. Le photographe tournait autour de la table, se plaignant du manque de moyens, de la lumière qui ne lui convenait pas, « si j’avais su… ! »

Je voulus lui répondre d’un ton léger que ce n’était rien, qu’on reviendrait vite pour d’autres séances, mais ma voix trahit mon excitation, le plaisir que je prenais. Le Balafré se fit plus directif quant à la façon de me photographier. Il savait exactement ce qu’il voulait voir fixé sur le papier, comme s’il vivait enfin la scène dont il avait rêvé toute sa vie.

J’aimais ses longs va-et-vient, assez rapides, très profonds… j’aimais l’art avec lequel il me maintenait si haut dans le plaisir… Il savait précisément où j’en étais et avait compris que je lui laissais le rôle du maître du jeu… pour cette partie tout du moins !

Ne rate pas son regard quand elle jouira ! Je compte sur toi !

En 1975, les appareils photo n’avaient pas le mode « rafale » comme ceux que tu connais, je ne sais même pas si ceux avec un moteur existaient déjà… Mais quand bien même auraient-ils existé, celui-ci n’en était pas pourvu. Le photographe ne pouvait compter que sur son intuition, sa chance et sa rapidité pour faire avancer le négatif à l’intérieur de son appareil. Il s’en plaignit.

Comment être sûr que…

Je tournai un peu la tête vers lui, le débraguettai, extirpai son sexe dur dont le gland perlait déjà, avant le sucer goulûment.

Excellente idée, Monique ! Il n’hésitera pas !

J’entendis le photographe déglutir avec difficulté, je remarquai l’objectif qui tremblait, bougeait dans tous les sens… un juron, puis « Je n’arrive… même pas… outch ! à voir si… … hmmm… mise… au point… mais… que tu suces bien ! Oh oui ! Comme… »

Le Balafré lui rappela sèchement ce qu’on attendait de lui, je lui souris autant que je pouvais le faire avec cette queue dans ma bouche. Il me sourit en retour, me fit un clin d’oeil « Tiens-toi prêt ! Elle ne va pas tarder à jouir ! »

Tout en allant et venant, il écarta mes lèvres d’une main, faisant jaillir mon clito… Oui ! En le découvrant ainsi, j’eus la sensation qu’il faisait jaillir mon clito comme un diable sort de sa boîte… Il répéta « Tiens-toi prêt ! » et, alors que je m’attendais à la caresse de son pouce, il me souleva à peine, se pencha davantage et souffla doucement dessus. Mon ectoplasme bondit hors de moi, se heurta au plafond avant de réintégrer mon corps en une fraction de seconde. Je n’eus pas le temps d’observer la scène, entendis comme assourdi, le « clic-clac », un juron avant de sentir le sperme du photographe couler dans ma gorge.

Elle suce toujours comme ça quand elle jouit ?

Toujours !

Enivrés de plaisir, nous riions comme trois gamins facétieux. Le photographe retourna à sa boutique, le Balafré passa un doigt interrogateur sur mon front.

Pourquoi cette ride de contrariété, Monique ?

Tu n’as même pas joui…

– La journée ne fait que commencer, Monique !

Peut-être, mais mon car passera dans moins d’une heure…

Nous étions rhabillés, il me prit dans ses bras et me chuchota

Si je te promets de jouir en toi, tu m’autoriserais à te raccompagner dans ma toute petite auto ?

Ton amour de Torpédo ?

Nous nous figeâmes, comme foudroyés. Pourquoi ce refrain que Pierrot et Rosalie entonnaient parfois quand j’étais petite, quand je ne connaissais d’eux que Papé et Bonne-Maman, m’était venu à l’esprit ? Et pourquoi le Balafré semblait aussi stupéfait ? Nous repassâmes par la boutique pour convenir d’une nouvelle séance photo.

Vous pouvez venir quand ?

Je peux venir tous les soirs, les samedis après-midi, les dimanches et les mercredis… et toi ?

Pareil !

Tu as aussi congé le mercredi ? !

J’ai aussi congé le mercredi !

Quelle coïncidence ! Et comment ça se fait ?

Pour la même raison que toi !

Je n’en revenais pas, mais je n’étais pas certaine d’avoir bien compris.

Tu… tu… tu es « dame de service » ? !

Le photographe éclata de rire.

Tu ne sais pas ?

Presque, Monique ! Je suis instituteur !

Je le regardai, épatée. Aujourd’hui encore, j’ignore pourquoi je dis, sur ce ton précis « Maître d’école… ! Mazette ! » Ils rirent encore plus fort et de bon coeur. Nous prîmes rendez-vous et je sortis aux côtés du Balafré, en le regardant d’une façon qui l’amusa beaucoup.

Ne me regarde pas comme ça, Monique ! Je ne suis pas Haby !

T’es p’tète pas Haby, mais t’es… maître d’école !

– Tu as raison ! Je suis maître d’école… mazette !

Nous riions, complices, nous bousculant à coups de hanches, à coups d’épaules, comme deux vieux potes, nous ne nous étions pas concertés, mais il enseignait dans une petite ville de province, mon alliance étincelait à mon annulaire. D’instinct nous connaissions par coeur la partition que nous devions jouer en public, si nous voulions garder secrète la nature de notre relation. Nous la connaissions par coeur, mais c’était la première fois que nous l’éxécutions.

Le Balafré haussa le ton pour me proposer de me raccompagner chez moi.

– Tu n’auras pas à faire le trajet en autocar…

Il s’était chargé de l’antienne, je m’occupai du répons…

Quelle bonne idée ! Christian sera si content de te voir ! Tu dîneras avec nous ?

Si ça ne vous ennuie pas…

Si ça devait nous ennuyer, je ne te l’aurais pas proposé, mon cher !

Je claquais déjà ma portière quand je donnai ma dernière réplique. Peu avant de sortir de la ville, maintenant que personne ne pouvait nous entendre, je lui demandai

On fait quoi ?

Le Balafré haussa les sourcils d’un air lubrique.

Oui… mais où ? Chez moi ? À la crique ? Au château ? Non… il est trop tôt pour le château… Où as-tu envie de me baiser ? De jouir en moi, avec moi ?

Chez toi, mais…

Mais ?

Je voudrais que Christian soit présent…

Mais il ne rentrera pas avant…

Je calculai mentalement le nombre d’heures qui nous séparaient de son retour.

En attendant, on pourrait se promener… faire un tour en voiture… parler un peu… Ça te contrarie, on dirait…

Au contraire ! Mais je pensais… je ne pensais pas que tu en avais envie…

Je m’interrompis, sursautai, surprise de l’évidence avec laquelle l’idée venait de s’imposer à moi.

Et si on allait papoter avec Rosalie ? Parce que je voudrais bien savoir qui tu crois avoir reconnu…

Le visage du Balafré s’illumina

Ah Monique, si tu n’étais pas déjà mariée avec Christian…

Tu me proposerais de coucher avec toi ?

– Ton insolence me perdra, Monique !

Me perdra, tu veux dire…

Non ! Me perdra…

Son regard se noya dans la route qui s’étirait devant nous.

Comme l’écrivait Beaumarchais « Tout finit par des chansons »

Chroniques matrimoniales – La fille de Mère-Nature

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Dessin de Milo Manara

Le samedi 13 septembre, comme prévu, Christian et moi nous rendîmes dans le repaire de Valentino. Cette première journée passée en leur compagnie restera parmi les plus radieuses de ma vie. Certains instants se sont gravés en moi comme des éclats de certitude, comme des fragments de bonheur pour que je n’oublie jamais que ce bonheur existe, qu’il ne tient qu’à moi de le créer.

Quand nous arrivâmes, Valentino nous accueillit « à l’ita­lienne » les bras grands ouverts, des exclamations joyeuses et des embrassades chaleureuses. Christian se sentit immédiate­ment des siens. Bonne-Maman rayonnait.

Plus tard dans la journée, nous étions installées dans le jar­din, Valentino avait demandé à Christian de l’accompagner. Nous riions de les entendre rire, et quand ils sortirent de la maison pour nous rejoindre, je sus exactement à quoi res­semblerait Christian quand il aurait l’âge de Valentino. Je me tournai vers Bonne-Maman pour le lui dire, mais c’est Rosalie qui avait pris sa place. Elle siffla, admirative « Y’a pas à dire, ils sont beaux… vraiment beaux, nos hommes ! » comme elle avait raison !

Nous trinquions, ravis de ce moment, au cidre que Rosalie préparait avec ses « pommiers à cidre », des plants qu’on lui avait offerts après la deuxième Guerre Mondiale, des plants de sa Normandie natale qu’elle avait plantés, fait fructifier, greffés, de ces pommiers d’autres étaient nés. Ce fut la pre­mière fois où je sentis une pointe de nostalgie quand elle évoquait la Normandie.

Tu aimerais qu’on t’y emmène, qu’on y passe quelques jours quand je serai en vacances ?

Mon petiot, tu es si gentil… ! Mais non ! Mon pays, c’est la Pro­vence ! J’y ai trouvé tout ce dont je n’aurais jamais oser rêver… et puis, elle a dû tellement changer, ma Normandie… je n’y reconnaî­trais plus rien ! Et dans le cas contraire, ce serait pire ! Mais tu es tellement gentil de me l’avoir proposé ! Tellement gentil… !

Christian sourit, se tourna vers Valentino et lui demanda

Tu pourrais me raconter ta vie… avant… avant Rosalie, je veux dire…

Valentino écarquilla les yeux, sursauta, interloqué

Ma vie… AVANT ?

Oui ! Ta vie AVANT, parce que depuis que tu connais Rosalie, je sais ce que tu ressens…

Il lui fit un clin d’œil en biais, dans notre direction. Rosalie et moi souriions sous cape. Le sourire de Valentino s’élargit encore. Il prit une grande inspiration avant de se lancer.

Si tu demandes après Valentino, personne ne pourra te renseigner, parce que personne ne connaît plus Valentino… ça fait des années qu’il n’existe plus, Valentino… Grâce à ma Rosalina, j’ai pu chan­ger d’identité et ainsi éviter le pire. Ma ! Tu ne peux pas le nier, amore mio ! C’est vrai ou c’est pas vrai ?

Tu me donnes le beau rôle, j’ai juste profité… j’ai simplement saisi la chance quand elle s’est présentée…

Mais le fait est que ça m’a sauvé la vie, non ?

Comme à regret, Rosalie acquiesça, se leva pour s’asseoir sur les genoux de Valentino. Tout en jouant avec l’encolure du maillot qu’il portait, elle dit d’une toute petite voix, presque plaintive

Je n’aime pas quand tu me mets sur un piédestal ! Je ne veux pas que tu me voies plus haute que toi ! Je veux être ton égale, parce que je le suis ! Et toi, tu as… oh… et puis, tu n’as qu’à raconter, ils ver­ront bien…

Elle l’embrassa à la commissure des lèvres et sourit quand Valentino la houspilla en italien, ce qui fit partir Christian dans un fou-rire incontrôlé.

Parli italiano?

Non, mais je comprends un peu…

Rosalie leva les yeux au ciel, mais elle était hilare… elle allait me traduire ce que Valentino venait de lui dire quand il l’in­terrompit, les moulinets de ses bras faillirent la faire tomber.

Christian, mon garçon, je te souhaite que Monique ne connaisse pas les ruses qui allument la flamme quand tu n’es pas d’accord avec elle et que tu peux lui prouver qu’elle a tort ! Mais, je te souhaite qu’elle les connaisse, ces ruses, tout le reste du temps !

Parce que tu ne les connais pas, toi, ces ruses ? Qui est capable d’enflammer chaque cellule de mon corps quand bon lui semble ? Hein ? Dis-moi, c’est qui ?

Sono io!

Valentino souriait, le regard faussement candide, mais le sourcil coquin. Rosalie lui fit les gros yeux pour la forme, mais leur sourires se répondirent… Je me souviens précisé­ment du bonheur que je ressentais à les voir bouillir de désir, à les sentir vivants, à me dire que si nous n’avions pas été là, leurs chamailleries se seraient terminées en étreinte torride, à me les imaginer « réglant leurs comptes sur l’oreiller » après notre départ…

Christian les regardait, s’amusant de cet échange, puis il posa ses yeux sur moi, se leva soudainement, s’excusa « J’ai un truc à dire à Monique… en tête à tête » Valentino lui donna sa permis­sion d’un geste de la main et dans un grand sourire « Tu es ici chez toi, mon garçon ! »

Quand il fut certain de ne plus être ni vu, ni entendu, Christian m’expliqua enfin.

Monique, je crois que je suis taré… Je regarde Valentino et Rosalie et je nous vois… Toi et moi ! J’ai envie de toi, de te culbuter là… à deux pas d’eux…

Je m’approchai de lui, me collai contre son corps, le caressai, glissai ma main sous son tee-shirt. Tout en le débraguettant, je lui demandai

Où est le problème ? Quel est le problème ?

Oh… Monique… tu… ta…

Coupe ton cerveau et laisse-toi guider par ton corps, mon amour !

Je le suçai, pour la première fois, à quelques pas de la maison de Valentino, j’aimais sentir ses doigts dans mes cheveux, j’aimais quand ses mains attrapaient, caressaient mes joues, Christian faisait aller et venir ma bouche le long de son sexe, glissant ses doigts entre mes lèvres, psalmodiant des « Oh… oh… oh… Monique ! Oui… oh… oh… oui ! Comme ça, Monique… oh… ! »

J’avais lancé ma robe au loin, sous le regard inquiet et un peu interloqué de Christian

Mais… que fais-tu ?

Je suis encore plus tarée que toi, je crois !

Et je lui fis cet aveu à l’oreille

Si tu savais comme l’idée qu’ils nous voient m’excite… !

Nous nous allongeâmes, nous caressâmes, nous embras­sâmes. J’aurais aimé qu’un inconnu passât par là et me baisât devant Christian, hélas les lieux étaient vraiment déserts… Je me levai, marchai en direction de la maison, jouant de ma nudité pour exciter davantage Christian. Il me rattrapa, me plaqua contre un arbre et me caressa.

Ce méli-mélo de sensations, dont celle de me sentir livrée à la vue du premier passant, à celle de Rosalie, de Valentino, me faisait vaciller, j’étais sur le point de tomber dans les pommes…

Tu sens comme la situation m’excite ? Ah… si nous avions plus de temps devant nous… !

Puisque nous n’en avons pas tant que ça, pourquoi ne me baises-tu pas ? Comme ça… vite fait… comme des lapins… ?

Monique ! Tu aimes quand ça dure longtemps ! Et ton plaisir ? Tu le prendrais comment, ton plaisir ?

Je le prends déjà, mon amour ! Je le prends déjà… ! Et puis… tu vois le symbole ? Savoir que la première fois où nous sommes allés tous les deux chez Valentino, nous avons fait l’amour à l’ombre de leurs pommiers…

Christian riait, enivré par tant de bonheur, son rire était incroyablement tendre… Il me fit l’amour comme je le sou­haitais. Je sentais son gland dur, bouillant d’excitation, écar­ter les lèvres de mon sexe comme on ouvre un abricot bien mûr, d’une simple pression du pouce ; comme souvent dans ce cas-là, ses doigts étaient de la partie. Je veux dire qu’il ne les retira, avec luxe de précautions, qu’après quelques va-et-vient.

J’aimais me sentir ainsi remplie, cette sensation d’être au-delà de l’impudeur…

Il allait et venait, un peu plus rude à mesure que sa queue prenait de la vigueur, que ses mouvements prenaient de l’as­surance. Je m’ouvrais avec ravissement, le guidant, l’encoura­geant, lui demandant d’aller plus fort, plus vite… Je voulais sentir ses couilles percuter mes lèvres, j’étais folle de ces per­cussions. Ses mots crus me faisaient jouir tout autant que ses doigts sur mon clito, que sa main sur mon épaule. J’aurais voulu me pencher davantage, comme il me le demandait, mais j’aimais tellement le contact rugueux du tronc de ce pommier contre ma poitrine, contre mon ventre, entre mes bras…

Dans ce cas, accroche-toi de toutes tes forces, ma chérie !

Christian me souleva, tenant mes jambes de ses mains puis­santes, me demandant de les écarter « mais pas trop » avant de préciser « contracte tes cuisses comme si tu voulais les resserrer… oui… comme ça… c’est si bon quand tu te resserres autour de ma bite… »

Je faillis tomber à plusieurs reprises, dans cette sorte de brouette japonaise, improvisée en pleine nature, mais que c’était bon… que c’était bon ! Christian allait et venait, « tapant au fond » ce qui déclenchait mes cris de plaisir, ces cris qui m’ont toujours fait perdre la tête, ces cris comme autant de preuves que nous ne sommes pas les maîtres de la nature, mais que nous n’en sommes qu’un élément parmi tous les autres… J’ai craint, l’espace d’une seconde, que Valentino et Rosalie les entendent, mais je savais aussi que ces cris les réjouiraient s’ils devaient atteindre leurs oreilles.

Je sentais l’écorce sous mes doigts, j’avais la sensation que la sève de ce pommier se mêlait à mon sang… À nouveau, je prenais conscience de la nature, d’en être un élément relié à tous les autres, le vent, le soleil, les arbres, l’herbe jaunie sous mes pieds, les cailloux, le ciel, les nuages, les fleurs, les abeilles, tous les animaux et les humains… Monique, fille de Mère-Nature…

Bon sang ! Qu’est-ce qui m’a pris de le dire à Christian quand nous rejoignions Rosalie et Valentino ? Pourquoi n’ai-je pas été plus attentive à la saveur de son éclat de rire ? Quarante-deux ans ont passé et je le paie encore !

Quand nous arrivâmes devant la maisonnette, nous enten­dîmes Rosalie et Valentino qui s’envoyaient en l’air. Alors, nous nous assîmes à la place où nous étions avant que Christian ne se lève pour me « dire un truc ». Je bus un verre de cidre, puis un autre…

Que j’aimais les exclamations de Valentino ! Pour la première fois de ma vie, j’entendais l’amour en italien et ce cri… un cri animal… Il y avait toute la sensualité de l’univers dans ce cri… Il me fallut quelques trop longues secondes avant de réaliser que ce cri était deux, que la voix de Rosalie se tissait avec celle de Valentino.

Que j’ai aimé leur regard, leur sourire quand ils nous ont rejoints ! Rosalie n’avait même pas essayé de se recoiffer un peu. Certes, je ne l’ai jamais connue avec ses longs cheveux blonds, pour autant, c’était la première fois que je la voyais les cheveux en bataille.

Elle prit un faux air sérieux, tu sais, quand on fait semblant d’être sérieuse, mais qu’on a envie que tout le monde sache que « c’est pour de faux ».

Valentino avait un truc à me dire… en tête à tête…

Elle se servit un verre et le buvait quand je leur expliquai cette sensation de ne faire qu’une avec la nature, quand Christian me faisait l’amour alors que j’enlaçais le pommier… là-bas… Rosalie avala de travers. Elle toussait quand Valentino me fusilla du regard et me cria dessus avec sa grosse voix et son accent rocailleux

Mais tais-toi donc, malheureuse ! Tu vas me la faire mourir à dire des choses comme ça !

Puis, se tournant vers elle, d’une voix douce et caressante

C’est rien, Rosalinetta… elle ne sait pas… elle apprendra un jour…

Je suis sa grand-mère, Valentino… c’est à moi de le lui dire… de lui apprendre…

Bonne-Maman se leva, me prit par la main, me demanda de lui montrer le pommier témoin et complice de cette étreinte. Je savais, je pressentais ce qu’elle allait me dire, comment ils l’avaient planté, comment il avait été le témoin de leurs ébats, peut-être allait-elle me montrer, me faire remarquer leurs ini­tiales entrecroisées, gravées dans l’écorce…

Nous marchions côte à côte, main dans la main, nos che­veux blonds en désordre, les siens étaient parsemés de che­veux blancs, mais nos yeux étaient du même bleu. Elle sen­tait l’amour tout autant que moi. Ce n’était pas qu’une odeur de sperme, mais celle des corps qui ont bouillonné de désir et dont le désir a été assouvi.

Je lui désignai le pommier dont je m’étais sentie parente quand Christian me faisait l’amour. Rosalie caressa ma joue, son sourire était incroyablement tendre… Elle me désigna les branches, le tronc, les feuilles…

Quand un pommier ressemble à ça…

Elle cueillit un fruit, que je n’avais pas remarqué, me le tendit

… c’est un amandier !

Je compris enfin la raison de l’hilarité de Christian, que Valentino me taquinait quand il m’avait crié dessus et je sus immédiatement que cette histoire me poursuivrait ma vie durant !

L’anniversaire de Catherine – Première partie

Plaisir de lire, joie de s’émouvoir

Je me perdais dans les mots, je me perdais dans les phrases. Pourquoi la version livresque, l’originale, celle de Victor Hugo, pourquoi ce « Notre-Dame de Paris » me tombait des mains, alors que j’avais tant aimé le dessin animé, la comédie musicale ?

Assise sur un parapet, en contrebas de la cathédrale, je tournais négligemment les pages d’un doigt las, espérant qu’une phrase accroche mon regard et me donne envie de plonger dans le roman.

La lecture t’ennuie ?

Surprise, je levai les yeux vers cet homme à la voix douce et vibrante.

Je n’y trouve pas la magie à laquelle je m’attendais…

Tu veux de la magie ? Alors ferme les yeux, écoute ma voix et laisse-toi transporter… Sens-tu le vent fouetter ton visage ?

J’avais fermé les yeux, concentrée, je voulais le sentir, je le voulais de toutes mes forces…

Oui… Je sens un souffle chaud caresser mes joues…

Tourne-toi… N’ouvre pas les yeux ! Tourne-toi jusqu’à sentir, non pas un souffle chaud caresser tes joues, mais un vent froid, cinglant comme la bise…

Je me tournai, tendis mon visage vers le ciel et sentis la première gifle de ce vent glacial en cet été caniculaire.

Maintenant… je le sens…

Oui… Je l’ai vu… Respire ! Respire à pleins poumons l’air de Paris ! Imprègne-toi de toutes ses odeurs, y compris de celles de la Seine…

J’avais envie de me laisser guider par la voix de cet homme, par ses mots. J’inspirai de toutes mes forces et attendis, devinant que la magie allait opérer. Qu’il ne tenait qu’à moi qu’elle opérât…

Un picotement agaça mes narines, une odeur aigre, désagréable, puis une autre, plus lourde, mais non moins désagréable….

Des bourdonnements, un brouhaha assourdi, comme si mes oreilles étaient pleines de ouate…

Des fourmillements le long de mes jambes, au bout de mes doigts…

La sensation d’être bousculée par une foule qui ne me percevait pas…

J’éprouvais un certain malaise qu’atténuaient les emballements excités de mon cœur.

Et ce vent ! Cette bise qui faisait voler mes cheveux, qui me cinglait le visage…

Envolons-nous ensemble… ne crains pas le vertige, tu n’en souffriras pas !

Je me sentis arrachée du parapet, un arrachement tout en douceur, un arrachement libérateur.

Comme les pièces d’un puzzle, mes vêtements tombaient en lambeaux, dévoilant ma peau au fur et à mesure de cet envol, de cette ascension vers l’inconnu.

Je n’entendais plus la voix de cet homme, mais il me parlait avec les modulations de son souffle.

Je sentais la chaleur de son corps, son bras enlaçant ma taille, son torse contre mon dos, ses cuisses contre les miennes…

Le choc d’un atterrissage brutal.

La pierre tiède sous mes pieds… cette sensation que rien de néfaste ne pouvait m’arriver.

Que ressens-tu ?

Le vent me gifle… il est froid… Il me semble entendre croasser des corbeaux… les entendre voler… tournoyer autour de nous… La pierre est douce et tiède sous mes pieds… J’ai envie de tes caresses… que tes mains… que ta bouche… que ton corps réchauffe le mien… J’ai envie que tu me fasses l’amour comme dans un rêve… et qu’à mon réveil… je ne sache plus si c’était un rêve ou la réalité…

Sais-tu où nous sommes ?

Sur l’une des tours… Il me semble percevoir les gargouilles tout près…

Percevoir ? !

C’est comme si je les entendais gargouiller… et puis, la rumeur de la foule est moins sonore… moins bruyante… comme des vagues quand on s’éloigne du bord de mer…

Comme si un voile de pudeur s’était déchiré je prononçais des mots qui n’avaient jamais franchi mes lèvres.

Caresse-moi plus fort ! Oh oui ! Frotte-toi contre mes fesses… ! Caresse mes seins… Je sens ton désir… qui attise… mon désir… Caresse-moi plus fort… ! Mais que fais-tu ?

Je te caresse ! Ce n’est pas ce que tu veux ?

Je veux tes doigts, ton sexe… et tes mots ! Dis-moi ce que tu fais… ce… ce que tu ressens…

Je regarde Paris vieillir un peu plus à chacune de mes caresses… J’aime sentir ta peau se réchauffer sous mes mains… J’aime l’odeur de ton corps excité… J’aime sentir la moiteur de ton sexe… tu sens ? Je viens de glisser ma queue entre tes lèvres et je me branle en te donnant du plaisir… J’aime que tu te colles à moi comme une chèvre à un bouc… Et je veux prendre mon temps…

Tes caresses sont magiques… divines… elles n’ont pas d’âge… elles sont éternelles… oui… de toute éternité… mon corps les ignorait jusqu’alors… Parle-moi de ta queue… excite-moi encore avec tes mots… qu’à la fin je ne sache plus si ce sont eux ou ce que tu me fais qui me feront jouir…

Mais encore ?

Baise-moi ! Baise-moi avec tes mots !

Ta voix est envoûtante… Elle vibre et me fait vibrer… Tu sens comme ma queue est dure désormais ? Tu sens comme j’aime me branler comme ça ? La queue entre les lèvres de ton sexe que j’étire pour qu’elles la recouvrent ? J’en fais un fourreau… en attendant l’autre… l’autre fourreau… Je le devine déjà bouillant… humide… palpitant… Je veux que tu chasses toutes tes craintes… que tu ne penses qu’à cet instant… qu’à nous deux… Paris vieillit inéluctablement, je ne peux arrêter davantage le temps… à moins de cesser mes caresses… mais je ne le veux pas… pas plus que toi… J’aime comme tes seins s’offrent à la ville… J’aime ces petits cris que tu pousses… J’aime te sentir vivante contre moi… Sens-tu mes doigts ?

Oh oui ! Je les sens ! J’étouffe… j’étouffe de désir… Prends-moi ! Prends-moi comme personne ne me prendra plus jamais… Prends-moi comme tu n’as jamais pris personne avant !

La ville vieillit de ton impatience… Mais ne t’en veux pas… c’est ta fougue qui l’empêche de mourir… Je ne te prendrai pas… pas aujourd’hui… pas cette fois… Aujourd’hui… cette fois… c’est toi… toi qui viendras à moi… Sens… sens ma main sur ton ventre… je ne t’abandonne pas… Je vais caresser ta fente de mon gland et quand tu le décideras, tu te pénétreras de moi…

Je n’y arrive pas… Tu es trop loin !

Non, c’est toi qui n’ondules pas assez… sois lascive… lascive… las.. ci… ve…

Enfin, enfin je sentais son membre m’envahir ! Enfin, il était en moi ! Enfin, il était à moi ! Je vivais cet instant comme la plus belle des victoires !

Nous criions tous les deux, il me semblait que les corbeaux venaient régulièrement se poser près de nous. J’avais aussi l’impression que le vent me fouettait réellement, mettant tous mes désirs à vif… tous mes désirs dont j’avais jusque là ignoré l’existence… Je me faisais putain, je me faisais amour… Je devenais à la fois courtisane et vestale… J’avais mille ans, j’étais immortelle… Les mots coulaient de ma bouche, comme le plaisir suintait de tous mes pores, de tous mes orifices… Plus ses caresses étaient bouillantes, plus son corps semblait froid…

Il me disait que je me trompais, que son corps était bouillant comme la vie qui coulait dans mes veines, comme le feu que mon plaisir faisait naître en lui… Il me parlait d’amour comme on parle dans les rêves… sans raison… sans logique… dans le chaos de nos cellules…

Je jouis avec la certitude que c’était la première fois. Je jouis cent fois, je jouis mille fois entre ses bras. Mon corps était pris en tenailles entre l’envie qu’il jouisse enfin et la crainte que ce ne soit la fin de cet incroyable voyage .

La ville aura bientôt ton âge… elle sera bientôt de retour dans ton époque… Il va me falloir te redéposer sur le parapet… Reviens… Reviens me voir, ma beauté, mon amour, mon éternelle, ma fugace… !

Dans un même mouvement, dans une même sensation, je le sentis jouir au plus profond de moi et je sentis le vent devenir de plus en plus chaud… Cohérent avec la canicule qui régnait sur Paris… Les corbeaux ne croassaient plus autour de nous, je ne les sentais plus voler… Il me remercia, me redit son amour…

Comme il le souhaitait, je gardai les yeux clos… Je me sentis tomber au ralenti… engoncée dans ma robe devenue désagréable sur ma peau… Je sentis mes fesses se poser doucement sur le parapet.

J’ouvris les yeux. L’inconnu avait disparu… Je cherchai un signe, un souvenir de ce que j’avais vécu. Mais rien… J’aurais aimé qu’une plume de corbeau s’échappât de mon livre, mais rien. Rien de rien.

Avant de le refermer et de rentrer chez moi, une phrase accrocha mon regard « L’Égypte l’eût pris pour le dieu de ce temple, le moyen-âge l’en croyait le démon, il en était l’âme. »

Je fermai le roman, souris et adressai un salut à la cathédrale d’un geste ample de la main, certaine qu’il le remarquerait.

 

 

 

Le cahier de Bonne-Maman — « La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans l’amour »

L’hiver n’allait pas tarder à pointer le bout de son nez quand mon chemin croisa de nouveau celui de Marie-Louise et de Charles. La veille au soir, le père de Toine m’avait prévenue, il irait voir son gros client pour affaires et m’avait demandé de l’accompagner. « Mais ce sera pour toi une journée de détente, Marie-Louise et son époux voudraient te recevoir comme on reçoit une amie ». J’avais donc mis ma plus belle robe, et nous fîmes le trajet en auto.

Je retrouvai Marie-Louise avec grand bonheur, elle me fit les gros yeux en constatant que j’avais rapporté la malle, elle en avait tant… ! Et me demanda si je m’amusais bien avec les costumes et les éléments de décor. Par chance, nous étions seules à ce moment précis. J’aurais aimé savoir mentir, faire semblant, mais quand bien même aurais-je pu y parvenir par mes mots, mon regard, mon sourire m’avaient trahie.

Comme une grande sœur, elle voulut en savoir plus long. Devais-je me jeter à l’eau, lui dévoiler mes secrets ? Devais-je prendre le risque qu’elle me dénonce, qu’elle s’offusque de ma conduite ? Devais-je tout simplement assumer cette part de ma vie, pourquoi aurais-je dû en avoir honte ?

J’évoquai à demi-mots des saynètes un peu… lestes que nous inspiraient les fragments de textes que nous trouvions dans les poches de certains costumes. Je pensais qu’elle se sentirait bafouée d’un tel usage, au contraire, elle sourit.

Ces représentations, nous préférons les garder secrètes, Charles et moi… mes parents ne sont pas au courant, je ne pense pas qu’ils les approuveraient.

Ainsi donc, leur amour était de même nature que celui qui nous unissait ! Une fois de plus, je méprisai ce réflexe qui m’interdisait de penser que nous pouvions êtres mues par les mêmes envies, par les mêmes sentiments, par les mêmes sensations. Marie-Louise et Charles appartenaient à un monde qui ne serait jamais le mien, mais je n’étais pas plus envieuse de leur richesse qu’ils n’enviaient la simplicité de ma vie.

Je n’ai jamais su si elle avait pris conscience de la nature exacte de notre relation multiple. Dans son monde, il est des mots qu’on ne prononce pas, en tout cas pas avec les gens du mien.

Malgré tout, notre complicité éclata encore. Elle me demanda d’accepter « ces deux petits livrets un peu lestes » comme si je lui rendais service. Quand nous les lûmes, le dimanche suivant, Toine ne put s’empêcher de ricaner « Ah bravo ! Quand je pense que ça va à l’église tous les dimanches ! », mais il y avait plus de surprise amusée que de critique dans cette remarque.

Elle me parla aussi des progrès de son mari, de ces cauchemars qui ne le hantaient presque plus. Elle me remercia trop chaleureusement pour que je ne puisse en éprouver un certain malaise. Je n’avais rien fait de si exceptionnel, pourquoi se sentait-elle tellement redevable ? Pourquoi ces trémolos dans la voix ? Pourquoi me serrait-elle si fort contre son cœur ?

Tu es la première à qui je le dis, même ma mère l’ignore encore… Pendant le déjeuner, nous allons annoncer que…

Elle s’interrompit et mima un ventre rebondi. Cette grossesse était pour elle le signe que la vie reprenait son cours normal, que l’espoir pourrait renaître. Elle aurait souhaité que je sois la marraine de cet enfant à venir, mais je ne pus accepter de mentir. J’avais cessé de croire en dieu et je refusai de me commettre dans ce que je voyais comme une mascarade.

Nous eûmes à ce propos, une discussion franche et animée, ne redoutais-je pas la colère de Dieu ? Je lui répondis que si dieu existait, il serait bien plus mécontent que je me rende à l’église sans y croire plutôt que de rester fidèle à mes convictions. Charles nous rejoignit à cet instant, il entendit mes mots, me dit « Finalement, vous faites le pari de Pascal, mais vous en arrivez à la conclusion inverse ! » Je faillis lui demander qui était ce Pascal, mais la cloche annonçant que nous devions passer à table venait de retentir.

La règle était de ne pas faire attendre le patriarche à l’heure des repas. Nous descendîmes une fois encore, tous les trois ce grand escalier si impressionnant.

La nouvelle de la future naissance enchanta tout le monde, comme Marie-Louise l’avait souhaité, je fis semblant d’être aussi surprise que les autres convives. Le vin coula à flots, de nouveaux projets se faisaient jour.

Je repris la route, aux côtés du père de Toine, qui fut ravi de ne pas avoir à arrimer une autre malle au coffre de son automobile.

Nous plaisantions, joyeux comme des pinsons, le froid commençait à s’abattre sur la Provence, mais nous le sentions pas encore.

Le père de Toine me confia que le geste que j’avais eu pour Charles avait eu des répercussions sur son affaire et il s’en sentait redevable envers moi. Je haussai les épaules en lui rappelant tout ce qu’il avait fait pour moi, comment l’emploi qu’il m’avait offert, la chambre qu’il m’avait prêtée m’avaient permis de rester au pays. Il sourit « Au pays, dis-tu ? » Je pris alors conscience que je me sentais chez moi dans ce village à l’autre bout de la France, bien plus que je ne me l’étais jamais sentie dans ma Normandie natale.

Nous arrivâmes au village au milieu de l’après-midi et le père de Toine me donna congé. « Tu mérites bien cette journée de vacances, Rosalie ! Repose-toi, il sera bien temps pour toi de te remettre au travail dès demain ! »

Quand je rentrai chez moi, encore un peu grise de cette matinée, de ce déjeuner si joyeux, ayant congé pour l’après-midi, je trouvai Valentino attablé, en train de fumer, une tasse de café à demi vide devant lui. Il se tourna vers moi, me sourit. Il était déjà venu à plusieurs reprises à la maison, mais n’aurait jamais pu deviner que je ne travaillerai pas cet après-midi là.

Comme tous les ouvriers qui venaient nous aider, il possédait un double de la clé. Toine tenait une sorte planning des travaux, chacun savait ce qu’il restait à faire et s’inscrivait pour une tâche à la date qui lui convenait le mieux.

Valentino était menuisier-charpentier, il s’était engagé à réparer l’escalier devenu dangereux après des décennies sans entretien. Non, je n’étais pas venue pour surveiller son travail ! Nous riions ensemble parce qu’il n’avait pas cherché à me faire croire que sa question était autre chose qu’une plaisanterie.

Il m’offrit de me faire un café, j’avais appris à l’aimer bien plus fort, moins amer que celui de mon enfance. C’était la deuxième fois de la journée que je repensais à la Normandie et la deuxième fois où je réalisais que je ne m’y étais jamais vraiment sentie chez moi. L’odeur du café maintenu au chaud toute la journée sur le fourneau me revint en mémoire avec déplaisir.

Tu as de la peine ? Tu es… fâchée de ma présence ?

Non ! Je… je repensais à mon village, à mon enfance… L’Italie te manque ? Parce que mon pays ne me manque pas, je viens de comprendre que je suis chez moi ici…

Ton… « pays » ? Mais… tu n’es pas française ?

Si ! Mais…

Je me levai, pris une poignée de farine, la déversai sur la table, traçai une carte de France et lui montrai d’où je venais… je savais qu’il comprendrait parce que j’avais entendu des discussions entre italiens. Il sourit en me voyant récupérer la farine et la verser dans une assiette.

Tu es plus soigneuse avec la nourriture qu’avec tes vêtements !

Pourquoi me disait-il ça ? Avait-il fouillé dans mon armoire ? Et puis, mon linge y était proprement rangé ! Il regarda en direction de la salle à manger et je compris.

Je ris en lui expliquant qu’il s’agissait de costumes de théâtre et pourquoi dans ma hâte de rendre la malle à Marie-Louise, j’en avais vidé le contenu sur la grande table et le sofa. Je réalisai que je n’avais aucun meuble où les ranger.

Si tu le veux, je pourrais revenir pour t’en fabriquer un, mais réparer ton escalier est plus urgent…

Il avait parfaitement raison. Nous parlâmes des travaux à venir, de politique, d’exil. Les cafés et les heures avaient défilé sans que nous en ayons vraiment pris conscience. Il était trop tard pour qu’il se remette à l’ouvrage.

Il se lava, se rhabilla de propre pendant que je rangeais les costumes et les accessoires, du mieux que je pouvais, dans la petite chambre que vous connaissez bien. En sortant de la cuisine, il rit de me voir les bras chargés de robes incongrues.

Tu portes vraiment toutes ces robes quand tu fais du théâtre ?

Nous aimons bien nous costumer et nous inventer des histoires.

Des histoires ?

Attends, je vais te montrer…

Je dois encore trouver un endroit où manger, où dormir… il est trop tard pour que je rentre chez moi… Une autre fois, peut-être…

Où travailles-tu demain ?

Pour l’instant, nulle part ! Tu sais bien… un chantier par-ci, un chantier par-là… tu connais notre condition…

Alors, reste ici ! Demain, tu finiras ce que je t’ai empêché de faire aujourd’hui, je te ferai à manger, et tu pourras dormir ici !

Dormir ici ? ! Et toi ? Où dormiras-tu ?

Dans ma chambre ! Tu peux dormir dans le canapé et il y a deux matelas… on peut les installer si tu trouves que le canapé n’est pas assez confortable…

Mais… toi et moi seuls chez toi ? Tu sais ce qu’on dit des italiens avec les femmes… et avec les femmes françaises ! Tu connais la réputation que nous avons… tu…

Je connais aussi la réputation des anarchistes, Valentino ! Pourtant aucun n’a déposé la moindre bombe dans cette propriété privée, aucun ne nous a jamais molestés ! Fais-moi plaisir, installe-toi confortablement sur le canapé comme si tu étais au spectacle et ouvre grand tes yeux quand je ferai mon entrée !

J’allai dans la chambre et enfilai à la hâte une robe de princesse. Je ne saurais dire pourquoi je choisis cette robe, peut-être parce qu’elle était si éloignée de moi, du monde d’où je venais, de celui dans lequel je vivais… Peut-être parce que le haut de la robe, ce corset qui faisait pigeonner ma poitrine se laçait sur le devant et que je n’avais pas besoin d’aide pour l’attacher…

Je l’ajustai, pris le chapeau qui complétait le costume, le posai sur ma tête et fis une entrée théâtrale. J’ai gardé longtemps cette manie du petit pas sauté, des bras ouverts et de cette révérence maladroite.

Il rit, je ris. Je lus dans ses yeux qu’il me trouvait aussi séduisante que je le trouvais séduisant et qu’il en était tout autant surpris que moi. Nous venions de passer plusieurs heures ensemble, je le connaissais depuis des mois, mais c’est à ce moment précis que le désir s’est emparé de nous.

Un silence gêné s’était abattu sur la maison, comme si nos regards suffisaient pour poser la question que nous n’osions pas formuler à haute voix. « Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Valentino se leva d’un bond, comme si un ressort l’avait éjecté du canapé.

Rosalie… je ne vais pas rester…

Je comprenais sa gêne, je la partageais, mais quand nos mains se tendirent pour cet « au revoir » amical, nos corps réagirent comme s’ils avaient été aimantés.

Rosalie… Rosalie… il ne faut pas… Rosalie… il ne faut pas…

Dis-le… dis-le moi encore…

Il ne faut pas…

Dans un sourire, je posai mon index sur ses lèvres.

Non ! Redis-moi « Rosalie »

Je sentis un sourire naître sous mon doigt.

Rosalie

Encore

Rosalie

Encore

Rosalie

Je ne me lassais pas de l’entendre prononcer mon prénom, les « r » étaient tantôt rocailleux, presque gutturaux, tantôt roulés, chantants et quelque soit leur prononciation, ils me charmaient pareillement.

Encore…

Son sourire était aussi doux que sa voix.

Rosalie

Je levai enfin les yeux et osai le regarder. Quelle douceur, quelle tendresse teintée de crainte dans son regard d’habitude si assuré ! Je m’y lovai, j’aurais voulu qu’elle m’enveloppât, qu’elle ne cessât de m’envelopper.

Je fus foudroyée par le contraste entre la peau rugueuse de sa main et la douceur de son geste quand il attrapa la mienne pour la porter à sa bouche et y déposer son premier baiser.

Rosalie

Nous n’avions pas encore osé nous embrasser, je déposai quelques baisers, légers, timides sur sa poitrine. Je fermai les yeux pour trouver le courage de déboutonner sa chemise qui se dressait comme un rempart entre ma bouche et sa peau. À chaque bouton dégrafé, à chaque baiser sur sa peau mate, répondait un « Rosalie ».

Que ma peau me parut douce quand il prit mon visage entre ses mains pour m’embrasser, délicatement, passionnément ! Combien j’ai aimé la lenteur de ses gestes quand il délaça le corset…

Quand ma main effleura son pantalon, que mes doigts s’apprêtèrent à le déboutonner, Valentino poussa un soupir de désir et un petit cri entre crainte et excitation, le tout dans un même souffle.

Sa main se posa sur la mienne comme pour arrêter mon geste, mais quand je le caressai par-dessus le tissu de son pantalon, son « Oh… Rosalie ! » avait la sonorité des encouragements impatients.

Il m’embrassa encore, puis me demanda si je voulais aller plus loin. Dans un grand sourire, je lui dis « Tu mériterais que je te réponde « Non » et que je te laisse ainsi ! »

Il rit, tout en rougissant. Nous n’étions pas très à l’aise, Valentino ne savait rien de ma vie intime, je ne savais pas ce qu’il connaissait de moi. Mais le désir domina nos craintes. Seule notre envie d’être heureux, de nous offrir une parenthèse de plaisir avait de l’importance.

Quand je m’agenouillai, il voulut m’en empêcher, j’appris plus tard, qu’il croyait que je n’avais pas conscience des conséquences et fut soulagé de constater que je ne semblais pas étonnée, choquée par la vision de son membre.

Plus mon désir était ardent, plus je prenais mon temps. Quel étrange paradoxe ! Mais que j’aimais regarder son sexe dressé, gonflé, vibrant, que j’aimais en éprouver le relief du bout de mes doigts !

Tu regardes comme si c’était un chef-d’œuvre !

Je le regarde pour ce qu’il est ! Et aussi pour ne pas me précipiter… Je veux profiter de cet instant… Je veux imaginer le plaisir que je prendrai et savoir que mon imagination sera bien en-deçà de la réalité…

Il se méprit, car il voulut que je m’allonge. Je lui fis signe d’attendre, le regardai, fermai les yeux, approchai mon visage, entrouvris mes lèvres, les humectai du bout de ma langue, je l’entendis respirer plus fort, un peu plus fort, un peu plus fort encore…

Oh !

Dans un réflexe, ses doigts s’étaient crispés sur mes cheveux. Je goûtai son sexe comme on découvre une nouvelle gourmandise. Je goûtai aussi le plaisir infini de l’entendre gémir en italien, ne comprenant pas les mots mais en ressentant viscéralement la signification…

Ma langue s’humidifiait à l’aune de son plaisir, j’en prenais tout autant que lui et nous en étions également conscients. Je sus quand ne plus l’empêcher de s’arracher de ma bouche, je ne résistai pas quand il me souleva par les aisselles.

Il me déposa délicatement sur le canapé, dénudant mon corps avec lenteur, lui aussi voulait prendre le temps de le découvrir. Il avait remis de l’ordre dans ma tenue, recouvert mes seins du corset délacé, mais régulièrement, il tirait sur le ruban de telle façon que le tissu se décollât de ma peau, il jetait alors un regard en biais terriblement excitant sur ma poitrine à-demi dénudée.

Il remontait le bas de ma robe, centimètre par centimètre, s’étonnant de la douceur de ma peau sous mon bas. Soudain, telle une couleuvre coulant vivement dans un sous-bois, sa main gauche glissa sous ma robe, remonta le long de ma jambe et se faufila entre la peau de ma cuisse et mon bas, comme pour vérifier l’exactitude de cette impression.

Je me hérissai de désir, de plaisir, mes jambes s’écartèrent sans que je puisse les en empêcher. Son visage simula l’indifférence, mais son sexe le trahit. Nous nous sourîmes, complices, mais faisant mine de rien, il poursuivit son monologue et je fis semblant d’en comprendre chaque mot.

Quand le bas de ma robe dévoila mes cuisses, j’arrêtai son geste, en le suppliant de ne faire aucune remarque sur ce qu’il allait voir pour la première fois. Je vis passer dans ses yeux une vague de surprise et de crainte mêlées, il glissa sa main sur mon pubis, entre mes cuisses, sourit, mi-soulagé, mi-amusé et continua à remonter ma robe. Il m’avoua, par la suite, avoir cru que je le prévenais de mon hermaphrodisme ou quelque chose de la sorte.

Quand ma blondeur resplendit à la lueur des lampes à pétrole, il eut un sourire charmant. Il pencha la tête sur le côté, pour mieux m’observer, comme un lapidaire, face à un diamant brut, pourrait se demander comment le tailler pour le mettre en valeur, sans nuire à sa perfection.

Mes jambes s’ouvrirent sous ce regard, au rythme de sa respiration. Ses doigts écartaient mes lèvres, entraient dans mon vagin. Comme je l’avais fait plus tôt, il voulait en ressentir chaque relief, il se murmura à lui-même cette exclamation ravie « Oh che bella fighetta! ». Je lui en demandai la signification, il ferma les yeux, rougit un peu, fit non de la tête.

Tu serais offensée, alors que c’est tout le contraire

Ses doigts me transformaient en marionnette, j’ondulais, je m’ouvrais comme mue par leur propre volonté et ces mots que je ne comprenais pas, tout en les ressentant balayaient toute crainte, toute pudeur. Ses yeux étincelaient de désir, de folie.

Tu aimes mes caresses, Rosalina ?

Je tombai immédiatement amoureuse de ce doux diminutif, il me fallut quelques instants avant de reprendre mes esprits.

Ne le sens-tu pas sous tes doigts ?

Comme ça ?

Ses doigts allaient et venaient en moi, me paralysant de plaisir.

Ou comme ça ?

Tout en continuant ses va-et-vient, de son autre main, il caressa, non pas mon petit bouton bandé, mais les petites lèvres autour, accompagnant ses caresses d’une pression croissante. J’étais muette de plaisir.

Muette et paralysée, mais quel plaisir doux et violent ! Il répondit pour moi.

Comme ça, alora !

Je me sentais jouir sous ses doigts, nos sourires se répondaient et nos regards… ! Nos regards ! Ce fut la première fois où j’eus cette impression étrange d’une telle communion entre nous que mes yeux devenaient d’un noir ardent et les siens d’un bleu étincelant.

Enfin, tel un enfant, qui après avoir attendu patiemment, se décide à déguster cette pâtisserie dont il avait tellement envie, Valentino se pencha vers mon sexe offert, avec une avidité non dissimulée.

Sa bouche, sa langue, la précision de ses baisers… un orgasme me transperça les reins comme un coup de poignard. Mes gémissements de plaisir s’échappèrent de sa bouche. Il lui fallut user de toute sa force pour m’empêcher de l’étrangler avec mes cuisses.

Ayant dégusté mon plaisir, Valentino releva la tête. Ses lèvres, sa moustache, sa barbe, son nez, même ses pommettes luisaient. Il le vit dans mes yeux et rit de notre bonheur simple, inattendu…

Je voudrais aller dans mon lit, mais je n’en ai pas la force…

Tu as sommeil ?

NON ! Mais mon lit est… ooohh Valentino… plus confortable…

Je vais te porter, alora, Rosalina…

Il me souleva du canapé, m’embrassa « Tu es plus légère qu’une plume, Rosalinetta ! » et sans que nous l’ayons décidé, nos sexes s’unirent. Nous en fûmes autant surpris l’un que l’autre. Valentino s’arrêta. Je sentais mon sexe palpiter autour de son gland. La position était assez inconfortable, mais pour rien au monde, nous aurions voulu en changer.

Il avança lentement, précautionneusement, par chance, mon entrée théâtrale m’avait empêchée de fermer la porte de ma chambre.

Quand il voulut me déposer sur mon lit, son sexe entra de tout son long dans le mien, son gland cogna le fond de mon vagin.

Oh !

Il me reprit dans ses bras, me fit coulisser le long de son membre et « HAN ! » m’empala. Une fois. Deux fois. Dix fois. Prenant un peu plus d’assurance à chaque fois.

Je me pâmais, comme en équilibre à l’exacte limite de l’orgasme. Je le suppliai

Encore !

Il ne m’écouta pas et m’allongea sur le lit. Son regard, son sourire avaient retrouvé toute leur assurance. Avec la certitude que nos corps, nos esprits parlaient la même langue, la sérénité pouvait enfin s’inviter dans la fougue de cette première étreinte. Je puisais dans son regard, la force et l’assurance, je me sentais rayonner.

J’attendis que son sexe soit presque hors du mien, de sentir le bourrelet à la base de son gland à l’entrée de mon vagin pour, d’un geste de la main, lui demander de cesser tout mouvement.

Regarde ! Regarde !

J’écartai mes lèvres du majeur et de l’index d’une main, tandis que de l’autre, je me caressai, impudique, livrée à sa curiosité. L’orgasme me souleva à demi, je lui criai mon plaisir, mes sentiments dans un mélange de patois, de français. Il me répondit en italien et en français, qu’il aimait ce que nous faisions et d’autres choses que je ne compris pas.

Tu aimes quand je jouis, Valentino ?

Il hocha la tête et, comme à regret, m’avoua

Mais j’ai peur de…

Tu as peur de ?

Jouir trop vite… tu comprends ?

La surprise me fit dire, sur le ton péremptoire d’un sermon

Mais, Valentino, un cazzo non è un fucile a un solo colpo !

Il éclata de rire et surpris me demanda si je parlais italien, je lui dis la vérité, je ne connaissais que cette phrase, mais elle me semblait correspondre à ce que je voulais exprimer.

Qui te l’a apprise ?

Toine la dit souvent dans ce genre de situation…

Je me demandai soudain, si j’en avais bien perçu la signification…

Toine ? Tu… avec Toine ?

Redoutant son jugement, mais n’ayant pas envie de lui mentir, je regardai Valentino droit dans les yeux.

Oui ! Nous sommes un couple à quatre… Nathalie et Toine, Nathalie et Pierrot, Pierrot et moi, moi et Toine, moi et Nathalie…

De plus en plus surpris, il me demanda

Et Toine et Pierrot ?

Ah non ! Enfin… je ne crois pas…

Il ne me jugea pas, au contraire, cette précision sembla le soulager tout à fait.

Alors, la phrase de Toine veut bien dire ce que je croyais ?

Il opina en souriant. Son sexe avait perdu de sa dureté, mais dès que je me redressai pour voler un baiser à Valentino, sa vigueur revint comme par magie.

Écarte tes lèvres, Rosalina…

Non ! Tes doigts sont plus…

Plus ?

Plus plaisants que les miens… ils m’excitent plus…

Oh Rosalina… !

Ses doigts écartèrent mes lèvres, d’une main je me caressai et de l’autre, je m’agrippai à ses reins…

Embrasse mes seins, Valentino… s’il te plaît… ils ont besoin de tes baisers…

Une longue plainte s’échappa de sa bouche, comme si ma supplique le libérait d’un désir inavoué. Ma voix me surprit quand je lui demandai s’il sentait qu’une vague de plaisir allait bientôt me submerger. Je jouis violemment, haletant comme une bête sauvage, sans pudeur, j’avais perdu tout contrôle, j’avais envie de le mordre, de l’embrasser, de le lécher, de le dévorer tout à la fois.

Rosalina… Rosalina…

Je sentais les soubresauts de son corps tandis que son plaisir explosait enfin. Je l’empêchai de sortir de mon sexe « Profite et laisse-moi profiter de ce moment, mon beau Valentino ». Il y consentit en m’inondant de mots tendres en italien.

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Nous ne dormîmes pas de la nuit, et je ne pus me résoudre à aller travailler le lendemain matin, j’avais l’impression que cette nuit de folie amoureuse et sexuelle était tatouée sur mon corps, sur mon visage.

Je n’avais pas tout à fait tort, parce que lorsque Toine « venu aux renseignements » nous trouva assis dans la cuisine devant un bol de café, il eut un sourire amusé, prit mon poignet entre ses mains, fit semblant d’y chercher un pouls, et d’un ton très sérieux annonça « Bon, le bon docteur Toine a trouvé la Rosalie bien fatiguée, un peu fiévreuse, sans doute un coup de froid, je lui conseille de garder la chambre pour la journée ». Il déposa un baiser amical sur mon front « Profite, Bouton d’Or », avant qu’il ne s’en aille, Valentino lui dit quelque chose en italien, ils éclatèrent de rire, et Toine, tout en ébouriffant mes cheveux fit semblant de me sermonner « Il ne faut pas toujours répéter ce que je dis, Bouton d’Or ! »

Valentino demanda pourquoi il m’appelait ainsi, et Toine lui répondit en italien quelque chose que je compris tout à fait. J’aimais leur façon de parler de se regarder, ils faisaient de moi leur égale, ce qui n’était pas fréquent en 1919. J’étais une femme, je couchais régulièrement avec l’un, je venais de le faire avec l’autre, ils le savaient, mais respectaient tout autant mon désir que la femme que j’étais.

Ce fut donc, notre volonté commune, à Valentino et à moi, de n’être que tous les deux quand nous faisions l’amour. Il n’a jamais revendiqué une quelconque exclusivité et réciproquement. En revanche, il n’avait aucune envie de me voir coucher avec un autre, une fois encore ce souhait était réciproque.

Nous avons vécu une belle et longue histoire d’amour, en parallèle avec celle que je vivais avec Pierrot, mais je n’ai jamais cherché ni à la cacher, ni à en minimiser l’importance. Pierrot l’a acceptée, comme j’ai pu accepter les belles histoires d’amour qu’il a vécues sans moi.

Après l’automne, après l’hiver, le printemps est arrivé…

 

 

 

Le cahier de Bonne-Maman — « L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’imagination »

J’avais ouvert ma « malle aux trésors » et nous en vidions le contenu en nous apostrophant joyeusement. Marie-Louise s’était montrée plus que généreuse en m’offrant toutes ces merveilles. Extirpant une drôle de veste, Toine me demanda « À ton avis, qui a joué le rôle du chasseur ? ». J’étais la seule, avec lui, à connaître les membres de cette famille, Pierrot et Nathalie attendaient ma réponse, mais j’avais beau me creuser la tête, je ne parvenais pas à imaginer un homme de cette maison bourgeoise acceptant d’endosser cet accoutrement.

Par jeu, Toine l’enfila, en l’ajustant, il eut un regard surpris, plongea la main dans une des poches, en sortit ce que je pris pour une page arrachée d’un livre.

Qui, parmi vous croit aux coïncidences ?

Nous nous interrogeâmes du regard. Personne. Un étrange sourire aux lèvres, il prit une intonation théâtrale pour déclamer, en tenant la feuille exagérément loin de son visage, le bras tendu devant lui, l’autre main, faisant des sortes de moulinets

Fées, répandez partout
La rosée sacrée des champs ;
Et bénissez chaque chambre,
En remplissant ce palais de la paix la plus douce

D’une petite voix un peu hésitante, Nathalie brisa le silence qui s’était abattu sur la maison

Des fois, j’y crois un peu… aux coïncidences… parce que des fois… je ne m’explique pas tout… mais comme tu n’y crois pas, alors je préfère ne pas y croire, mais…

Que me dis-tu là, Pitchounette ?

Comme tu n’y crois pas… que tu dois avoir raison…

Ayant retrouvé tout son sérieux, il la prit dans ses bras.

Mais que tu y croies ou que tu n’y croies pas, ça ne changera pas l’amour que je te porte, ma Pitchounette ! Comment puis-je défendre la liberté de penser si je t’impose la mienne ? !

Je ne sais pas… mais si tu n’y crois pas… tu es plus savant que moi… Mais des fois… tu vois, il y a des choses que je ne m’explique pas… alors, je me dis que c’est… le destin… ou… Comment tu dirais, toi, pour ces mots que tu as trouvé justement aujourd’hui ? Comment tu dirais ?

Je ne sais pas ! Une chance ! La chance de sentir, là… tout au fond de moi à quel point je t’aime ! La chance de tenter de te convaincre de ne pas renier celle que tu es pour me plaire, parce que tu me plais telle que tu es, Pitchounette… telle que tu es… C’est toi que j’aime, toi, Nathalie, la femme que tu es, je ne veux pas d’un tas de glaise que je modèlerais à ma guise… Je veux que tu… Oh… je t’aime, ma Nathalie, je t’aime !

Blottie dans les bras de Pierrot, je les regardais heureuse, émerveillée, chancelant de bonheur quand il me murmura dans un baiser sur ma nuque « Je t’aime tout autant qu’il l’aime, tu sais… »

Je ne saurais dire combien de temps a duré ce moment de bonheur serein, ce moment où tout avait été dit, ce soulagement, cet apaisement, peut-être n’a-t-il duré que quelques secondes, quelques minutes, peut-être plus. Nous étions silencieux, unis.

Et puis, la réalité, notre réalité est remontée à la surface. Toine s’est assis sur le canapé, a invité Pierrot à s’asseoir à ses côtés et a relu le quatrain.

Tu peux le redire encore, Toinou ? Je trouve ça très beau !

Oui, c’est vrai, c’est très beau ! C’est une pièce de théâtre, un opéra ou un poème ?

Toine retourna la feuille de papier

C’est tiré du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare…

Puis voyant nos mines, il demanda

Vous ne connaissez pas Shakespeare ?

Il ne se moquait pas de nous, lui seul avait poursuivi ses études après le certificat d’études, Pierrot, Nathalie et moi étions des enfants de paysans, après l’école obligatoire, nous avions travaillé à la ferme. Il le savait et avait conscience de sa chance d’avoir pu aller au collège.

Roméo et Juliette… vous connaissez ? C’est de lui, c’est de Shakespeare…

Nous connaissions l’histoire, mais n’avions ni lu, ni vu la pièce.

Comment tu dis, Toine ? « Shakespeare » ? Je croyais que ça se disait…

Quelques semaines plus tôt, le père de Toine avait reçu une malle pleine de vieux livres. Ne sachant qu’en faire, il avait décidé d’en faire don à l’embryon de bibliothèque municipale qu’il avait créée. Il n’y avait pas de locaux à proprement parler, mais des étagères inutilisées dans la grande salle de la mairie. C’était là que trônaient fièrement la dizaine de romans de notre bibliothèque. Il m’avait demandé de ranger les livres de cette fameuse malle sur ces rayons et parmi eux, plusieurs pièces de théâtre de Shakespeare, dont « Roméo et Juliette ».

Tu croyais que ça se disait… ?

Je te préviens, si tu te moques de moi… je te préviens ! Si tu ris… gare à toi !

Promis !

Je croyais qu’on disait « Chat qu’espère »… t’avais promis, Toine ! T’avais promis…

Je ne me moque pas, mais… « Chat qu’espère »… c’est… tu sais c’est très poétique, Bouton d’Or…

Je faisais un peu la moue, vexée sans l’être tout à fait. Nathalie, solidaire, annonça.

Pour ta peine, on va t’attacher à une chaise et tu devras regarder tes trois couillons préférés se donner du plaisir… hein qu’on va faire ça ?

Pierrot, ravi de l’aubaine approuvait vigoureusement de la tête, tandis que Toine faisait semblant de ne pas être content de la tournure des événements.

Les cordes de chantier que nous possédions ne convenaient pas, mais Pierrot trouva de vieux bouts de ficelles dans une caisse à outils. Le temps de nous retourner, Toine était déjà nu !

Ho gari ! T’as pas l’air de redouter ta punition !

Attache-le donc à la chaise pendant que Nathalie et moi nous changeons… et mets cette tenue, nous revenons tout de suite !

Nathalie avait choisi cette robe de bergère d’opérette qui lui avait tant plu samedi soir, quant à moi, je décidai d’utiliser de nouveau la robe que je portais le matin même. J’aimais beaucoup ce sentiment de me sentir plus impudique habillée que nue. Sentiment tout à fait nouveau pour moi.

Nous allâmes mettre nos costumes dans la chambre qui donne sur le jardin. Que Nathalie était belle ainsi costumée ! Nous entendions leurs éclats de rire. Pierrot se plaignait d’avoir l’air couillon et Toine, au lieu de le rassurer, riait de plus belle en lui reprochant d’avoir trop serré les liens.

À mi-voix, nous mîmes au point notre première mise en scène, nous improvisant tour à tour costumières, accessoiristes, dialoguistes… C’est Nathalie qui eut l’idée de ceindre mon front d’une couronne de fleurs. De longues années passées à veiller sur des troupeaux nous avaient conféré habileté et rapidité dans cet art.

Afin de ne rien dévoiler de notre « plan secret », nous enjambâmes la fenêtre pour aller chercher de quoi la confectionner. Le temps de revenir dans la chambre, il ne restait déjà plus à Nathalie qu’à la nouer avant de la poser sur mes cheveux coiffés en un chignon très lâche, un chignon « à la sauvage » comme nous les nommâmes par la suite…

Nathalie, les joues rougies d’excitation, me précéda dans la salle à manger. J’entendis son rire surpris qu’elle avait du mal à contenir.

Hé, monsieur le chasseur ! Vous me voyez bien dans l’embarras… Je dois mener mon troup…

J’imaginai son air courroucé, les poings sur ses hanches quand elle s’interrompit pour tancer le Toine « Descessa de rire, Toinou ! »

… je dois mener mon troupeau et j’ai perdu ma badine… Ah… si seulement une bonne fée venait à passer par là…

J’improvisai un petit pas sauté, ouvrant les bras comme je l’avais vu faire une fois, dans mon enfance, quand j’avais assisté à un spectacle à Montchaton.

Ai-je bien entendu ? Une bergère m’aurait appelée à son secours ?

Bien que je l’aie toujours nié, je dois reconnaître que mon Pierrot était bien ridicule dans cette tenue de chasseur d’opérette, les bras ballants, la bouche grande ouverte et le regard ahuri, mais je n’en laissai rien paraître.

Mais, petite étourdie, qu’as-tu fait de ta badine ?

Je l’ai égarée, Madame la Fée… sauriez-vous la retrouver ?

Hélas… je ne le puis, mais si tu suis mon conseil, tu en feras apparaître une autre…

Je fis semblant de lui chuchoter un secret à l’oreille, tout en l’aidant à dénouer son corsage, sa poitrine en jaillit, conquérante. Faisant mine de vouloir la faire pigeonner, je la caressai, sachant l’effet que mes gestes produiraient sur Pierrot et aussi sur Toine.

Voilà qui est fait ! Que cette journée te soit douce, jolie bergère !

Nathalie fit semblant de chercher du regard…

Mais… bonne Fée… je ne la vois point !

Ouvre grands tes yeux, jolie bergère et regarde !

Déboutonnant Pierrot, lui arrachant presque ce pantalon ridicule, je désignai son sexe gonflé, tendu, dressé. Nathalie, jouant la surprise, s’approcha de lui, s’agenouilla, le caressa du bout des doigts, comme si elle le découvrait.

Mais quelle étrange badine… si douce… si chaude… comme vivante… je n’en ai point vu de semblable de toute ma vie ! Quelle étrange badine…

Jolie bergère, apprends qu’on l’on doit la nommer…

Je me retournai pour regarder Toine droit dans les yeux

… que l’on doit la nommer « verge »

Toine ne put empêcher ses joues de s’empourprer, mais se reprenant aussitôt, il m’adressa un clin d’œil complice.

Comment l’appelez-vous ? « Vierge » ?

Mais non ! « VERGE » ! Et regarde, jolie bergère, ces deux jolis fruits ne sont point des grelots, il faut les dorloter, les caresser, en prendre grand soin, sinon la verge se brisera.

Oh, ce serait tellement dommage…

Nous caressions le sexe de Pierrot, qui semblait paralysé de plaisir, prises nous-mêmes par ce jeu qui avait commencé comme une farce et qui nous tournait désormais la tête.

Oh ! Regardez, madame la Fée, la verge a du chagrin…

Le sexe de Pierrot commençait à perler, je notai les contractions de ses cuisses, je me demandai à quoi il se forçait à penser pour retenir l’éjaculation qui menaçait de mettre fin à cette saynète que nous jouions avec tant de plaisir.

Jolie bergère, elle n’a pas de chagrin, c’est sa façon de réclamer le baiser auquel elle a droit… regarde, il faut l’apaiser ainsi…

Du bout de mes lèvres, je frôlai le gland gonflé de désir, d’excitation. Nathalie me rejoignit dans ce baiser, nos langues jouaient ensemble dans des baisers sensuels. Pierrot, voulant repousser nos bouches pour ne pas jouir trop vite, fit voler ma couronne de fleurs qui atterrit sur les genoux de Toine. Son geste avait été trop brusque pour mon « chignon à la sauvage », en me relevant pour récupérer ma couronne, mes cheveux reprirent leur liberté. Faisant mine de remarquer la présence de Toine, je le houspillai.

Ce n’est pas amusant, monsieur le captif ! Cessez donc de rire !

Mais je ne ris pas, madame la Fée, je ne faisais que sourire…

Le traitant de menteur, je giflai ses cuisses de ma couronne qui se délita davantage à chaque coup porté. Les fleurs parsemaient le sol, ses cuisses, telle une furie, je me servis de mes cheveux pour le souffleter. Ses yeux me hurlaient son plaisir, sa respiration saccadée, tantôt profonde, tantôt haletante me criait son désir.

Viens par ici, jolie bergère, que je t’apprenne un nouveau mot.

Nathalie vint me rejoindre, je lui désignai le sexe de son Toinou, elle fit mine d’être surprise, un peu effarouchée par sa taille, je l’invitai à le toucher, à en éprouver la dureté en serrant sa main autour.

Vois-tu, quand une badine a cette apparence, on ne la nomme ni « badine », ni « verge », mais on l’appelle « houssine » et ne va pas t’en servir pour mener ton troupeau, elle est bien trop dure et bien trop effrayante pour de craintives brebis…

Mais que fait-on quand on la rencontre ?

On la masque à la vue du troupeau !

Et je m’empalai d’un coup sec. Toine ne put contenir un cri de surprise agrémentée de plaisir. Je fis quelques mouvements, sous les commentaires de Nathalie, quand Pierrot se rappela à notre bon souvenir « Je croyais que nous devions le punir… », j’échangeai un sourire complice avec Nathalie et semblant reprendre mes esprits comme on sort d’un songe, je me levai brusquement « Mais où avais-je la tête ? Tu as raison, Pierrot, laissons le moqueur à sa moquerie ! » et nous le rejoignîmes.

Allongé sur le sol, sa verge enfoncée en elle, les mains comblées de Pierrot caressaient les seins de Nathalie. Pour que la punition soit totale, j’entrouvris les pans de ma tenue de fée, dévoilant la blondeur de ma toison au regard de Toine, qui ne pouvait ni la toucher, ni l’embrasser. Entravé comme il l’était, il ne pouvait pas se caresser, il se plaignit maintes fois que son érection était douloureuse, mais nous restâmes sourds à ses supplications tant que nous n’eûmes pas joui les uns des autres.

Alors, nous consentîmes à le libérer, il me pénétra comme j’aimais tant qu’il le fasse « un coup pour la fée » il sortit aussitôt, attrapa Nathalie, la pénétra à son tour « un coup pour la bergère », avant de recommencer « un coup pour la fée ». Nous gémissions, nous criions de plaisir, il recouvrait le corps de Nathalie de mes longs cheveux quand le clocher de l’église sonna la fin de la récréation. Il était convenu que Nathalie rentrât chez elle après les vêpres, c’était l’unique condition pour qu’elle puisse passer le dimanche avec nous… et manquer les offices.

Ce dimanche-là, comme cela arrivait de plus en plus souvent, Pierrot passa la nuit avec moi, nous riions encore, ivres du bonheur de cette journée, quand le sommeil nous prit.

Le lendemain, sur la table qui me servait de bureau, je trouvai un recueil de pièces de Shakespeare. Toine était allé à la mairie, à tout hasard et y avait trouvé cet exemplaire. En guise de marque-page, une carte sur laquelle il avait dessiné une bergère pensive, qui ressemblait fort à Nathalie, sous son dessin, pour toute légende « Il y a des choses que je ne m’explique pas ». Je souriais et en tournant la carte, cet autre dessin sans aucune légende, puisqu’elle eut été inutile, un petit chat songeur, qui semblait attendre on ne sait quoi.

De cette première lecture, que je fis dès le mardi soir, je me souviens avoir noté dans mon journal intime, cette citation qui nous ressemblait tant « Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants, et l’imagination si fertile qu’ils perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. »

Décembre 1919, Rosalie retourne chez Marie-Louise et la journée se terminera sur la plus belle des perspectives. (Si ça ne vous donne pas envie de cliquer sur le lien, c’est à désespérer de tout ! 😉  )

Même si elle ne fut pas académique, telle fut notre initiation à l’art théâtral

Le cahier de Bonne-Maman – « Je ne saurais vous plaindre de n’avoir point de beurre en Provence, puisque vous avez de l’huile admirable »

Nous nous étions enfin résolus à sortir de la petite maison et nous admirions la mer en contrebas, depuis le promontoire où nous avait emmenés Toine.

—  Il aura fallu que je vienne ici, avec vous, pour réaliser à quel point tout ceci m’avait manqué… la mer faussement calme, caressée par le vent chargé de parfums… les pierres, la garrigue… la lumière… et ce vent… ce vent piquant comme la vie, apaisant comme la confiance…

Se tournant vers moi, il me demanda

—  Et toi, blonde Rosalie ? Ta Normandie ne te manque pas ? Si tu fermes les yeux et que tu penses à ton pays, qu’est-ce qui te manque le plus ?

Debout, face à ce paysage sauvage, rugueux, à cette mer docile et calme, dans les bras de Pierrot qui regardait au loin, par-dessus ma tête, je fermai les yeux et répondis

—  L’odeur des pommes qui sont tombées des arbres et qu’on ramasse sur l’herbe épaisse, humide… l’odeur des pommes qu’on épluche… les vaches grasses, leur odeur, le bruit des troupeaux… la mer vivante qui s’enfuit au loin, mais qui revient toujours… nos poissons… l’odeur, la texture de la crème fraîche, de nos bons fromages… la lumière du petit matin inondant l’orée de la forêt près de notre pâture… le trèfle en fleurs… les romulées… ces autres fleurs dont le nom m’échappe… le vent iodé qui cingle, qui fait couler les yeux, qui pique les mains…

J’inspirai de toutes mes forces et j’eus l’impression d’y être

—  … et le beurre !

Nathalie avait interrompu mon évocation en éclatant de rire. Elle ne comprenait pas que je puisse me régaler de la viande cuite dans du beurre fondu… elle tordait encore le nez en évoquant ce qu’elle qualifiait de vice.

—  Dire qu’elle ne connaissait pas les olives avant que je lui en fasse goûter et que l’huile lui donnait des hauts de cœur !

Toine eut un hoquet de surprise.

—  Pourtant… tu avais l’air d’apprécier la cuisine niçoise… Je me trompe ?

Gênée, je fixais le ciel à la recherche d’un nuage auquel accrocher mon regard, Nathalie s’intéressait plus que de raison à un petit caillou à ses pieds.

—  Ho ! Que signifient ces regards fuyants, ces sourires coupables et ces joues rougies ?

Pierrot et Toine nous pressaient de questions dont ils connaissaient la réponse, mais étaient excités à l’idée de l’entendre de nos bouches.

—  Vas-y, toi… dis leur !

—  Non ! C’est à toi de leur dire !

—  Non ! C’était ton idée… alors…

—  C’était TON idée, ma chère !

—  Non, c’était la tienne !

En réalité, c’était la nôtre, pour le moins, nous ne savions plus très bien qui l’avait eue en premier.

Pierrot et Toine usèrent de toute une gamme de stratagèmes pour nous convaincre de raconter. Ils nous cajolaient, nous suppliaient, exigeaient, larmoyaient, nous cajolaient encore. Nathalie et moi jouissions de ce pouvoir que nous détenions, mais quand lassées de nous faire supplier, nous voulûmes leur expliquer, les mots nous manquèrent, ceux qui nous venaient à l’esprit ne rendaient pas grâce à ces moments sensuels et intimes.

—  Si vous aviez pu voir…

—  Il aurait fallu vous montrer…

Toine nous répondit de ne pas nous en faire, il achèterait de l’huile en chemin et nous leur montrerions dans la chambre.

—  Ah, mais non ! Dans la chambre, ce ne sera pas possible… non !

—  Nous le faisions sur la table… non !

—  Ça risquerait de gâter le plancher ou les draps !

Maintenant que nous mourrions d’envie de leur faire partager ce jeu, que l’idée nous excitait autant qu’elle les excitait, voilà qu’un obstacle se dressait devant nous ! Nous étions dépitées et il était hors de question de demander, comme nous l’avait suggéré Toine, à notre logeuse de nous laisser l’usage de sa cuisine.

Philosophe et déterminé, Toine nous affirma péremptoire

—  Quand un obstacle se dresse devant nous, il suffit de le contourner pour le surmonter ! Attendez-nous ici, nous revenons au plus vite !

Georges Marie Julien Girardot

Nous les regardâmes partir au pas de course et le temps de réaliser notre effronterie, avant même que nos joues, nos fronts aient perdu leur rougeur, nous les vîmes arriver, toujours au pas de course, tenant chacun une bonbonne d’huile. Nous les houspillâmes, leur reprochant d’en avoir apporté bien plus que nécessaire. « Vaut mieux ça que l’inverse ! ». Je ne pouvais qu’approuver mon Pierrot.

—  Maintenant, mon Toinou, il faut que tu nous trouves un lieu à l’abri des regards indiscrets…

La voix mutine de Nathalie, son sourire plein de sous-entendus, son regard enjôleur, attisèrent le désir de Toine, qui ne cherchait pas à dissimuler la bosse dans son pantalon… bien au contraire !

Les rochers, les buissons faisaient un petit nid, comme un écrin naturel. Nous nous dévêtîmes comme si être nues en pleine nature était la chose la plus normale du monde, comme si l’on ne nous avait jamais inculqué la détestation de nos corps, du plaisir.

Nous dansions, lascives, au rythme d’une musique imaginaire. Sous prétexte de ne pas prendre le risque de tacher leurs habits, nous exigeâmes que Pierrot et Toine se missent nus également. Un peu rétifs à l’idée, il nous fallut user de mille ruses et arguments pour les convaincre.

Quand ils furent dévêtus, Nathalie s’adossa à un rocher, versa de l’huile dans sa main en coupe et, dans un geste d’une grâce absolue, fit couler l’huile de sa main sur sa poitrine.

La nature avait fait silence, pour ne pas troubler cet instant. Nous retenions notre souffle devant tant de beauté.

Enfin, comme je l’avais fait tant de fois, je m’approchai d’elle, mes mains caressèrent ses jolis seins et je la tétai. Nous entendions le désir proche de la folie dans la respiration saccadée de Pierrot et de Toine, dans leurs exclamations qui s’évanouissaient après la première syllabe. J’exagérai un rictus de dégoût, qui ne demandait qu’à se muer en sourire de plaisir. Je versai dans la main de Nathalie bien plus d’huile qu’elle ne pouvait en contenir, quand sa main déborda, que l’huile se répandit sur son ventre, je la léchai.

Pierrot et Toine étaient muets d’excitation, sidérés du spectacle du corps de Nathalie luisant de toute cette huile, ondulant sous les caresses de ma langue. Elle fit couler un peu d’huile sur sa toison, entre ses cuisses. Je dégustai mon amie sous le soleil, dans les parfums de la Provence, oubliant un instant la présence de nos comparses.

J’écartai les lèvres de son sexe et versai un long filet d’huile, je reculai mon visage pour mieux apprécier le spectacle et, enfin conquise, la dévorai tendrement, jusqu’à ce que ses cuisses se contractent autour de mon visage à m’en broyer les os du crâne.

Quand elle jouit, son cri dut s’entendre jusqu’en Italie.

Redescendue sur Terre, je regardai Pierrot et Toine.

—  Et c’est ainsi que j’ai appris à aimer l’huile d’olive !

Ils semblaient vouloir retenir leurs viscères, tant ils tenaient leurs bras croisés serrés contre leur ventre. En leur souriant, nous leur demandâmes s’ils souhaitaient nous goûter ainsi l’une après l’autre « pour savoir si nos goûts intimes sont différents »

Ils ne se firent pas prier « Laisse-moi admirer ta peau laiteuse étinceler au soleil… » Pierrot étalait l’huile que je faisais couler sur mon corps, de la même façon que Nathalie l’avait fait plus tôt. Je regardais ses mains viriles, à la peau brune, aux veines saillantes, aller et venir sur mon corps. Le contraste était saisissant, mais nos peaux se rejoignaient dans le scintillement.

Je regardais ses mains et ma respiration devenait irrégulière, tantôt légère, puis, dans un crescendo, de plus en plus ample, profonde.

Je regardais ses mains avec la folle envie qu’elles me possèdent.

Il fallut que j’entende une remarque de Nathalie pour réaliser que je criais, Toine précisa « comme le chant d’un oiseau lors d’une parade amoureuse ».

La bouche de Pierrot faillit me faire mourir de plaisir lorsqu’il dégusta mon sexe offert . Quand je le libérai de l’étau de mes cuisses, comme nous le leur avions demandé, il goûta Nathalie qui avait joui de son Toine.

Le regard de Toine avait ces reflets, comme des éclairs de folie, quand il s’approcha de moi. Il fit couler de l’huile sur mes seins, se dit fasciné de la trouver si ambrée tant ma peau était laiteuse. Il guidait cet onguent vers ma toison, lissant mes poils entre ses doigts, plus longs, plus nerveux, moins trapus que ceux de Pierrot.

J’entendais Nathalie le supplier de la prendre enfin, de ne pas la faire languir plus longtemps de désir, il se plaignait « mais… je t’ai à peine goûtée… »

Toine avait oint mon corps et je bougeais devant lui comme il me le demandait. Il voulait voir « chaque parcelle de ta peau briller, étinceler comme une pierre précieuse sous le soleil niçois »

Après s’être « régalé les yeux », il s’assit et me fit venir contre lui, le nez fiché dans mes poils, il écarta les lèvres de mon sexe, sortit sa langue et me demanda de me frotter, de danser sur elle. Mon bassin bougeait comme il n’avait jamais bougé jusqu’à présent. Dans un éclair de lucidité, je pris conscience de la situation : moi, la brave petite, la timide Rosalie, j’ondulais totalement nue, en pleine nature, au milieu de la journée, le sexe sur la bouche d’un homme qui n’était ni mon mari, ni mon promis, mais celui de ma meilleure amie dont le corps luisant chevauchait celui de mon futur. Mon cri transperça les montagnes pour aller se perdre au-delà de la frontière.

Après tant de caresses, tant d’étreintes, le corps de Toine était luisant, appétissant. Je le goûtais, réalisant à quel point j’aimerai pour toujours le goût de l’huile d’olive, comme sa saveur resterait à tout jamais liée au souvenir de cette après-midi.

Nos yeux se dévoraient de plaisir, de désir. Sans avoir à nous le dire, nous nous étions compris. Il s’allongea sur le sol, je lui versai une rasade d’huile sur les doigts, manquant de laisser choir la bonbonne, tant mes mains étaient glissantes. Il me caressa longuement les fesses et quand son index et son majeur purent aller et venir aisément en moi, je m’accroupis lentement sur lui et nous fîmes l’amour ainsi, sereinement, sans craindre qu’il me mette enceinte.

À nos côtés, Pierrot et Nathalie, repus de plaisir, ne songeaient même pas à épousseter la terre, les brindilles collées à leur peau. J’aimais leur sourire auquel je m’accrochai quand je sentis jaillir la jouissance de Toine dans mon derrière.

Nous essuyâmes tant bien que mal l’huile sur nos corps, il ne fallait pas prendre le risque de salir nos vêtements. Le temps de récupérer nos affaires, de dire au revoir à notre logeuse, nous reprenions le train et rentrions, joyeux et triomphants, au village où notre nouvelle vie nous attendait.

Comme l’écrivait Baudelaire, « Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères, des divans profonds comme des tombeaux »

Le cahier de Bonne-Maman – À table comme en amour, le changement donne du goût

J’avais quitté ma Normandie sous la pluie et le vent et je découvrais une Provence éclatante de soleil, bien que très venteuse. Ce furent les premières choses qui me frappèrent, la lumière et ce vent que je ne connaissais pas. Ensuite, je me souviens des odeurs. J’étais une fille de la terre et sans doute bien plus sensible que toi à ces choses-là.

Je fis à pied le trajet depuis la gare, les reliefs me surprenaient et je m’arrêtais souvent pour regarder, toucher, sentir ces fleurs, ces buissons, goûter ces fruits que je ne connaissais pas encore.

Je trouvai facilement la ferme des parents de Nathalie. Elle avait reçu une lettre du Toine lui racontant mon histoire et lui demandant de trouver un lieu pour manger et dormir contre mon travail. 

Puisque j’avais mon certificat d’études et que j’avais une écriture soignée, je pourrais peut-être aider l’instituteur après avoir passé un petit examen. Si j’étais prise, je logerais au-dessus de l’école. Sinon, je pourrais toujours proposer mon aide dans une ferme, ce n’était pas le travail qui manquait !

Nathalie était curieuse de me voir et surtout d’entendre « mon drôle d’assent » ! C’étaient eux qui en avaient un ! Pas moi ! Ce fut longtemps un sujet de plaisanterie mon fameux accent, au fil des années, je l’ai perdu. Nathalie dit que ce sont leurs oreilles qui s’y sont habituées!

Très fatiguée par ce voyage, par toutes ces émotions aussi, je m’endormis la tête posée sur mes bras, alors que j’attendais que la Nathalie ait fini de me faire une omelette. Quand je rouvris les yeux, je la vis, souriante, un bambin sur les genoux.

Je mangeai un peu puis nous allâmes à l’école, au cœur du village, je rencontrai l’instituteur qui me fit faire une dictée, résoudre quelques problèmes d’arithmétique, m’interrogea sur la géographie. Le besoin était grand, je fus embauchée comme maîtresse auxiliaire et il fut convenu que je commencerai dès le lundi suivant, nous étions vendredi soir, j’avais donc deux jours entiers pour m’installer, faire le tour du village et connaissance avec ses habitants.

Je n’avais qu’une robe sur moi, celle que je portais pour aller voir mon Pierrot. À l’époque, surtout quand on était paysanne, on n’avait pas beaucoup de robes, on portait un tablier sur celle de la semaine et on avait la fameuse « tenue du dimanche »

Je portais ma robe du dimanche, elle était un peu sale, sentait la sueur et le tabac froid, des odeurs de cuisine aussi… Il n’y avait pas de magasin de prêt-à-porter. Les plus riches s’offraient les services d’une couturière, les femmes de ma condition achetaient du tissu et cousaient leurs vêtements. On n’avait pas de machine à laver non plus… aussi, je demandai à Nathalie si elle pouvait me prêter une de ses robes, le temps que je lave la mienne et qu’elle sèche… avec ce grand soleil et ce vent, même si le tissu était épais, ça ne prendrait pas longtemps.

Nous fîmes un aller et retour de la ferme à l’école, la grand-mère de Nathalie s’occuperait des petits le temps que je m’installe dans cette petite chambre, dont la fenêtre donnait sur la cour, et aussi le temps de papoter entre filles dont les fiancés étaient au front.

Nathalie me tendit une robe en me demandant « deux faveurs ». Tout d’abord, la serrer fort dans mes bras et tandis que je le faisais, de ne pas laver ma robe tout de suite. « Mon Toinou a dormi dessus, il a rêvé à moi en vous écoutant, derrière le drap tendu… » Ses grands yeux noirs étaient pleins de larmes.

Elle sentait le tissu, essayant d’y trouver l’odeur de son Toine. Je lui fis la promesse de ne pas laver ma robe avant le retour de nos hommes. Mais je ne savais pas encore qu’il nous faudrait attendre presque dix-huit mois avant de les revoir. Ne te moque pas, mais à leur retour, nous étions tous les quatre convaincus que ce « sacrifice » leur avait porté chance et permis de rentrer sains et saufs.

Je retirai ma robe comme je l’aurais fait devant ma sœur, Nathalie fut surprise de mes dessous. Une fois encore, il y avait quelques différences avec ceux qu’elle connaissait. Je fis une toilette de chat et tandis que je m’aspergeai de « sent-bon », Nathalie étala ma robe sur le lit et s’allongea dessus.

Je la regardais faire et comprenais très bien à quoi elle songeait. Plus que jamais, le corps de Pierrot me manquait. Et ses mains… Et ses baisers… Je me fis une petite place aux côtés de Nathalie et lui caressai les cheveux. Elle laissa enfin couler ses larmes et déversa sa peine, ses regrets.

Pourquoi avait-elle tant tenu à garder sa vertu ? Pourquoi avait-elle refusé d’écouter son cœur, son corps ? Et si le Toine ne revenait pas ? Cette guerre qu’on devait gagner si vite, ce retour des hommes pour les récoltes qu’on nous avait promis ! Ça faisait presque trois ans qu’il était parti…

Elle m’admirait d’avoir eu le courage de faire ce voyage pour rencontrer Pierrot. Elle avait presque vingt ans et enviait pourtant mon « espérience ». Je lui caressai les cheveux, embrassai ses yeux, ses joues, sa bouche. Nos corps firent le reste.

En ce printemps 1917, je découvrais le plaisir et la beauté d’un corps féminin, la douceur de la peau, le frémissement des seins sous mes mains. Il nous fallut presque une heure de caresses, de baisers avant d’oser nous dévêtir entièrement.

Quand je fus nue devant elle, Nathalie écarquilla ses grands yeux « Tu es blonde, même en bas ! ». Je rougis, bafouillai je ne sais quoi, sidérée qu’elle le fût. Je me faisais l’impression d’être une bête de foire, ma tenue, mon accent, les mots que j’employais, tout semblait étrange à Nathalie et maintenant, même mes poils l’étonnaient !

Remarquant mon air contrarié, Nathalie décida de me faire rire et s’agenouilla devant moi « pour implorer ton pardon ! » Comme ses excuses étaient douces… !

« Tu crois qu’on peut ? » était la question que nous nous posions le plus, et à chaque fois, la même réponse s’imposait « Bien sûr qu’on le peut ! »

Dessin de Gerda Wegener

J’avais aimé les baisers de mon Pierrot sur mon sexe, ceux de Nathalie étaient différents, mais je les aimais tout autant ! Je découvris aussi les délices d’un sexe féminin, ses parfums, ses trésors. J’aimais glisser ma langue dans ses replis secrets et j’aimais quand Nathalie faisait de même.

Nous nous caressâmes, nous embrassâmes, nous léchâmes, nous étreignîmes, nous embrassâmes encore, ondulant, lascives, étouffant nos cris de surprise, nos cris de plaisir. Ce jour-là, nous restâmes à l’orée de la jouissance.

Les cloches de l’église sonnèrent la fin de cette récréation, il était temps de nous rhabiller, de nous recoiffer et de retourner à la ferme.

Nous nous regardions droit dans les yeux, sans aucune honte, ni regret, sans crainte d’aller en enfer. Bras dessus, bras dessous nous fîmes le chemin en parlant de tout et de rien, comme s’il ne s’était rien passé dans la petite chambre.

En y repensant, tant d’années après, je me souviens que j’étais bien plus troublée par la robe que je portais, si différente de celles dont j’avais l’habitude, que par ce que je venais de faire avec sa propriétaire.

Après le repas, nous écrivîmes chacune une longue lettre à nos hommes, pour les rassurer. Je racontai mon voyage à Pierrot, la découverte de sa Provence, mon installation au village, je lui parlai de ma robe et de ma décision de ne pas la laver avant son retour, je lui décris, avec force détails, ma découverte du plaisir entre deux jeunes filles. Je ne voulais pas lui cacher quoi que ce soit, du fond de mon corps, je savais qu’il ne me jugerait pas.

Loin de nous juger, mon Pierrot et le Toine, dans leur réponse respective, nous encouragèrent à prendre du plaisir sans aucune honte, ni crainte d’un courroux divin, comme me l’écrivit Pierrot « Je subis la colère de dieu à chaque instant depuis deux ans, pourtant je n’ai rien fait pour la mériter. Si tu m’aimes, accroche-toi au plaisir, croque le bonheur à pleines dents, récolte le plaisir, fais-en provision, si je reviens de cet enfer, je vais en avoir besoin, j’en serai affamé » Je lui ai reproché d’avoir écrit « si » à la place de « quand », mais je ne manquais pas de lui raconter nos émois sensuels pendant les mois qui suivirent.

Dessin de Gerda Wegener

Nous nous laissions aller aux « plaisirs saphiques » comme le Toine les nommait de sa plume érudite, dès que l’occasion se présentait, parce que l’envie, le désir ne nous quittaient jamais. Nous devenions audacieuses dans nos étreintes, la seule crainte de Nathalie étant de perdre son pucelage.

Même si ça amusait son Toinou, qui la moquait un peu à ce propos, elle tenait à lui offrir sa virginité. Depuis toutes ces années, j’ai appris que quand Nathalie a une idée dans sa caboche, rien ni personne ne pourront la déloger !

Quand il revinrent au village, j’y avais trouvé ma place je m’étais accoutumée aux parfums, aux vents, à la végétation, aux reliefs, à l’accent, au langage, aux traditions, à la cuisine de la Provence, mais j’y avais surtout trouvé une amie, une compagne, une sœur, une de ces personnes qui t’ancrent dans la vie, qui te permettent de garder l’espoir dans les moments de doute.

Au fil des mois, j’avais appris à connaître mon corps, à le faire réagir, à moduler la montée du plaisir, et je savais la stopper si je voulais prolonger cet état ou, au contraire, je savais laisser exploser ce feu d’artifice intérieur. J’avais aussi appris à reconnaître tous ces signes dans le regard de Nathalie, dans les frémissements des ailes de son nez, je savais déchiffrer la mélodie de son plaisir rien qu’en l’écoutant respirer. J’avais appris ce que signifiaient les mouvements de ses cuisses, les ondulations de son bassin, les crispations de ses mains, même ses pieds m’indiquaient où elle en était dans son ascension vers son plaisir.

En apprenant à aimer une autre fille, nous ne pensions pas que nous saurions offrir tant de plaisirs aux hommes qui allaient partager nos vies, à nos compagnons. Mais le plus important, nous ignorions que nous en prendrions autant ! Sans en avoir conscience, nous nous étions libérées des carcans d’une morale qui ne nous aurait jamais convenu.

À leur retour, quand il me vit nue, mon Pierrot me dit que les nombreuses caresses de Nathalie avaient épanoui mes seins, qu’ils étaient encore plus beaux que lors de notre rencontre, qu’ils avaient tout pour combler ses mains d’homme. Il sut s’en montrer reconnaissant.

Comme l’affirme le dicton, « là où il y a des filles amoureuses, il est inutile de verrouiller les portes »

 

Les souvenirs de Tatie Monique – L’installation

Avant de quitter la ville, nous avions fait une pause au buffet de la gare, j’avais commandé une mauresque que Christian but pendant que je téléphonais à mes parents pour leur annoncer que je ne rentrerai pas à Paris, que je restais aux côtés de Bonne-Maman qui avait besoin de moi. Je crois qu’ils n’ont pas cru, ou pas réalisé ce que je venais de leur dire.

Nous roulions vers le village l’esprit encore tout chamboulé de la lecture du cahier de Bonne-Maman et de ce que nous y avions appris.

Nous n’avions pas envisagé cette hypothèse, mon installation définitive au village. Christian habitait encore chez ses parents, je savais que Bonne-Maman me ferait de la place dans sa maison. Je savais aussi qu’elle serait chez Nathalie quand nous arriverions. Nous craignions de les déranger en déboulant ainsi chez la grand-mère de Christian, mais je n’avais pas la clé et puis, je tenais à lui demander l’autorisation et leur dire de vive-voix que la lecture du cahier y était pour beaucoup dans ma décision. Elles nous accueillirent avec ce bonheur franc des petites gens.

Bonne-Maman, d’abord ravie, sembla se rembrunir et râla un peu qu’il était indécent de nous laisser dormir dans mon petit lit. Il me semblait impensable que je la prive de son lit conjugal, ne serait-ce que pour une nuit. Les glaçons ne tintaient pas encore dans les verres quand nous demandâmes à Alain d’aider Christian à déménager son lit de chez ses parents à ma petite chambre.

Qu’est-ce que nous avons ri ! Il n’en revenait pas ! J’abandonnais tout, la vie parisienne, mon emploi d’esthéticienne, pour vivre ici, sans avoir pris le temps d’y réfléchir longuement ! Mais quel risque prenais-je ? Je n’avais que vingt ans, un boulot de vendeuse, je pourrai en trouver facilement, ou bien n’importe lequel qui se présenterait, et puis, si mon histoire d’amour tournait mal, qu’est-ce qui m’empêcherait de faire le chemin inverse ? Il en convint. 

Quand le lit de Christian fut installé dans ma chambre, Alain s’exclama pour la dixième fois de la soirée « Ô, pute vierge ! ». J’éclatai de rire. « Attention, tu vas finir par inonder ton pantalon ! ». Nous nous regardâmes tous les trois, avant de reprendre la voiture pour retourner en ville. 

Ils m’attendaient sagement devant la boucherie, déjà fermée, je montai les escalier quatre à quatre et toquai à la porte de Catherine.

– Mais… mais tu n’es pas partie ?

– Je n’ai pas pu. Je m’installe au village, chez ma grand-mère… Alain nous a aidés pour déménager le grand lit de Christian, alors j’ai pensé…

Je ne savais pas comment le lui proposer, pourtant, dans la voiture, j’avais trouvé une formulation joyeuse et amusante, mais là… face à Catherine… j’avais tout oublié.

– Tu as pensé… ?

– On pourrait fêter ça tous les quatre… comme le baptême de ma nouvelle vie…

– Tous les quatre ? Avec… avec MOI ?

– Ben, oui…

J’allais lui préciser « si ça te fait plaisir », mais je n’en eus pas le temps, elle m’enlaça et m’embrassa en me remerciant.

– C’est à moi de te remercier ! Avec toi, la fête sera plus belle !

En nous voyant arriver, Alain et Christian manifestèrent leur joie. Catherine et moi voulions papoter pendant le trajet, nous nous installâmes à l’arrière de la voiture. J’observais le regard comblé de mon Christian dans le rétroviseur, et telles deux gamines, nous pouffions à chaque « Ô, pute vierge ! » d’Alain, qui se retournait régulièrement, comme pour s’assurer qu’il ne rêvait pas.

Bonne-Maman nous avait laissé la maison, elle passerait la nuit aux côtés de Nathalie.

J’admirais l’art avec lequel Catherine s’effeuillait. Jusqu’à ce soir précis, j’ôtais mes vêtements le plus vite possible, tant ma hâte d’être touchée, embrassée, caressée, léchée était grande. Au contraire, Catherine se déshabillait lentement, se caressant la peau, laissant monter en elle l’excitation et attiser le désir des hommes. Bon sang, que son corps était désirable ! Qu’il était beau ! Je pensai « quel gâchis, tous ces longs mois sans que personne ne le comble ! »

CNhZHCnWsAArvsG– Laisse-moi faire ! Je vais te préparer !

Assise sur le bord du lit, Catherine débraguettait Alain avec une douceur impatiente. Les bras ballants, les mains massives et puissantes d’Alain pendaient mollement le long de ses cuisses. Encore sous le coup de la surprise, il se laissait faire, totalement soumis au désir de Catherine. Au troisième bouton, il ferma les yeux, rejeta sa tête en arrière, je vis sa main gauche se soulever au ralenti et ses doigts retrouver la chevelure soyeuse de Catherine. 

Je vivais ce moment de grâce et plus de quarante ans après, j’en ai un souvenir précis, gravé dans ma chair.

Quand ses lèvres effleurèrent le sexe tendu d’Alain, je sentis les doigts de Christian caresser mes seins, descendre vers mon ventre, puis mon pubis, sa voix dans un souffle sur ma nuque « caresse-toi, ma chérie ». Alain gémit doucement et Catherine sembla revenir à la vie, telle une Belle au Bois-Dormant.

Il la releva soudain, l’enlaça, sa queue désormais taurine contre le ventre ardent de Catherine, il lui dit « Oh, tu m’as tellement manqué, Catherine ! », l’embrassa. Une fois encore, j’eus une vision du dessus de la pièce. Christian se caressant dans mon dos, une main sur ma toison, Catherine dans les bras d’Alain, l’embrassant, le corps de Catherine ondulant lascivement, se frottant contre le sexe, contre le ventre d’Alain, moi, me régalant de ce beau spectacle, me caressant pour la première fois à quelques centimètres d’une autre femme, ma bouche entrouverte, prête au baiser.

Au ralenti, Catherine s’allongea sur le dos. Alain voulait qu’ils se regardent quand il la pénétrerait. Ce regard ! J’étais tout à la fois Catherine, ressentant la pénétration du sexe d’Alain, millimètre par millimètre, écartant les parois du vagin pour le remplir totalement, mais j’étais aussi Alain au regard brûlant de désir, sa voix vibrante chuchotant presque un timide « Oh, que c’est bon ! Que c’est bon, ma Catherine… Ma Catherine ! »

Christian s’approcha d’elle, offrit sa queue aux talents de sa bouche.

Que mon sexe était doux sous mes doigts !  J’imposais la lenteur à mes caresses. Je voulais garder intacte la perfection de ce moment. J’aimais regarder les ondulations du bassin de Catherine, j’aimais l’éclat de son regard quand ma main effleura son sein avant de caresser le mien. J’embrassai Christian tandis qu’Alain allait et venait plus vite, plus fort, jusqu’à retrouver le rythme en lequel leurs corps aimaient danser, aimaient s’aimer. « Ô, pute vierge ! Comme tu me manques ! Comme tu me manques ! »

Par son baiser, Christian me transmettait tout l’art avec lequel il aimait que Catherine le suce. Il me semblait que sa langue dansait avec la mienne par l’intermédiaire de celle de Christian. 

Les ondulations de Catherine devinrent de plus en plus amples, je sentais son plaisir enfler, gronder en elle. Elle dégagea sa bouche pour nous supplier « Faites-moi jouir ! Je veux jouir de nous tous ! » avant de sucer Christian comme on boit après avoir trop attendu pour le faire. Nos mains aux doigts presque enlacés, caressèrent son clitoris, je jouis presque de la sentir jouir. Un bref instant, le temps se figea. Nous goûtions tous les retrouvailles de Catherine avec ce plaisir précis.

La bouche pleine de la queue de Christian, elle marmonna « Encore ! Encore ! Encore ! Encore ! » comme en écho, Alain psalmodiait « Ô, pute vierge ! Je vais venir ! Tu me fais venir… ! Ô, pute vierge ! Un mot de toi et je vais venir ! ». Ce fut de ma bouche que sortit la réponse de Catherine « Viens ! Viens ! Viens, Alain ! »

En écrivant ces mots, je ne sais pas si je peux transmettre cette sensation de communion absolue qui nous animait, qui nous reliait les uns aux autres.

Alain jouit longuement, se retira comme il le faisait toujours, pour laisser la place à Christian. Avant qu’il ne le fasse, je regardai attentivement le sexe de Catherine coulant du sperme d’Alain, et je compris le plaisir que mon homme pouvait prendre à pénétrer ce paradis humide et chaud.

Le creux des jambes de Catherine dans le creux de ses bras, Christian la pénétra, écartant ses cuisses de gitane pour mieux se régaler du spectacle. J’allais jouir de cette vision, de mes doigts fiévreux, quand je sentis la langue, pour une fois rugueuse, d’Alain.

– Ooohhhooohhh… !

J’aimais comme il me suçait, me léchait, me dégustait, j’aimais jouir comme ça, debout, sentir mes jambes trembler, lutter pour ne pas se refermer quand elles étaient écartées, pour ne pas s’écarter quand elles étaient serrées, se plier pour que mon sexe palpitant soit au plus près de la bouche d’Alain. Je voulais le sentir au plus profond de moi, il me fouillait de ses doigts impudiques, quand il me sentait jouir. Enfin, le sexe dressé, massif comme un pieu, il s’allongea aux côtés de Catherine, lui prit la main tandis que je m’empalai sur lui, en regardant Christian aller et venir dans le sexe accueillant de ma nouvelle amie.

Que nous étions beaux, tous les quatre ! J’embrassais Christian, Catherine embrassait Alain, entre deux baisers, nous nous disions des mots d’amour. 

Catherine était transpercée par un orgasme quand Alain la demanda en mariage. Les yeux humides de fatigue, de plaisir, de surprise, d’émotion, Catherine accepta. N’osant y croire, puis réalisant enfin, il sembla hésiter avant de s’exclamer « Ô, mon Dieu ! Bon Dieu, c’est le plus beau jour de ma vie ! » alors que nous nous attendions à un « Ô, pute vierge ! »

– Bouge sur mon homme, Monique ! Montre-moi comment tu le fais jouir !

Mes mouvements se firent plus amples pour qu’elle puisse regarder la grosse queue veineuse luire de mes va-et-vient. J’aimais comme sa main féminine sur mes fesses m’incitait à monter plus haut et comme les mains viriles d’Alain sur mes hanches m’obligeaient à m’enfoncer davantage, d’un coup, jusqu’à ce que je sente son gland heurter le fond de mon vagin.

– C’est trop de bonheur… ! Vous me faites venir, mes douces coquines… ! Vous me… ô, pu…

J’entendis la voix d’Alain comme assourdie, mes oreilles bourdonnaient, je regardais Christian jouir de Catherine, ses yeux me hurlaient « JE T’AIME ! ».

En 1974, le clocher de l’église carillonnait encore toutes les heures. Nous entendîmes sonner 11 heures. Catherine travaillait le lendemain. Il était temps de dormir. En se rhabillant, Alain et Catherine rirent en voyant l’état des draps, du boutis tachés de spermes et d’autres fluides.

– Pense à nettoyer tout ça avant que ta grand-mère revienne, Monique !

J’interrogeai Christian du regard qui hocha la tête en signe d’assentiment, alors, le sperme d’Alain coulant sur mes cuisses, je fis quelques pas qui me séparaient de ma valise, l’ouvris et tendis le cahier de Bonne-Maman à Catherine.

– Non seulement, je n’en ferai rien, mais de plus, je dédie cette soirée à la belle Rosalie et à la charmante Nathalie !

– Et moi, je la dédie au courageux Toine et au viril Pierrot !

Pour la première fois, Catherine dormit dans les bras d’Alain, chez lui, tandis que Christian et moi passions cette première nuit dans ce qui allait devenir notre lit conjugal.

Les fiançailles (du latin confiare « confier à ») sont une déclaration d’intention de mariage.  (Définition Wikipédia)

Les souvenirs de Tatie Monique – L’écolière

Durant cet été 1974, j’ai découvert de nombreux plaisirs avec Christian, mais je lui en ai fait découvrir aussi certains. Nous pensions avoir peu de temps devant nous, nous craignions que notre romance ne s’achève à mon retour sur Paris. La vie était tellement injuste… tellement injuste… ! Il était l’homme de ma vie, j’étais la femme de la sienne, nous nous étions trouvés, mais maintenant que je le savais, qu’il me savait, les kilomètres allaient déchirer notre belle histoire d’amour, la froisser et la jeter à la poubelle comme on le fait d’un prospectus indésirable ! 

Il ne nous restait que deux semaines pour jouir de notre amour, alors, nous avons décidé d’en jouir pleinement, de laisser libre cours à notre imagination. Je me souviens de ce premier jeu de rôle… J’avais demandé à Christian de m’accompagner à la ville, rien que nous deux. Quand il me vit arriver, il éclata de rire.

– Avec cette tenue, on croirait une écolière ! Il ne te manque qu’un cartable et deux couettes et…

– Attends ! Je reviens !

J’entrai en trombe chez Bonne-Maman, qui me regarda, surprise.

– Christian trouve que je ressemblerais à une écolière, si j’avais deux couettes et un cartable ! Je veux lui faire une blague… mais chut !

Bonne-Maman me sourit, se leva et sortit de la salle à manger. J’étais en train de nouer ma deuxième couette quand elle revint avec un grand sourire… et un vieux cartable à la main ! Elle me le tendit, mais paraissait dubitative. Enfin, elle lâcha

– Je crois que deux tresses feraient plus « écolière » que tes deux couettes… Viens par ici, que je t’arrange ça…

Je me laissai coiffer, étonnée de tant d’habileté, ma grand-mère n’avait pourtant tressé aucune jeune fille depuis des lustres ! Le temps de le dire, elle avait fini. Je me regardai dans le miroir, deux longues tresses blondes encadraient mon visage, masquant une bonne partie des bretelles du cartable sur mes épaules, je souriais. Bonne-Maman me fit sortir, accompagnant sa claque sur mes fesses d’un joyeux « Allez, file… mauvaise troupe ! »

Je rejoignis Christian qui me demanda, tout en riant, si Bonne-Maman m’avait vue ainsi.

– C’est elle qui m’a coiffée ! Et qui m’a donné ce cartable !

– Et ça ne te gêne pas ?

– Non ! Comment veux-tu qu’elle devine ? Et puis, elle me dit que je lui rappelle sa jeunesse… Quand elle me dit « Profite, profite, ma toute petite ! », j’ai le droit de le comprendre comme je veux, non ?

Alors, il me raconta que la dernière fois où il était allé rendre visite à sa grand-mère, elle l’avait houspillé, lui reprochant de perdre du temps avec elle, au lieu de le passer avec « la Monique » et de « profiter ».

Après plus d’une demi-heure de route, nous arrivâmes en ville. Je demandai à Christian de se tenir à l’écart de moi. Je m’assis à une table de la terrasse du bar-tabac-PMU, il s’installa sur un banc, de l’autre côté de la place. Je commandai un diabolo-fraise « avec une paille » et attendis qu’un poisson morde à l’hameçon. J’aimais regarder les bulles qui explosaient dans mon verre tandis que je soufflais dans la paille au lieu d’aspirer.

– Tu as perdu un pari ?

Je levai mes yeux pour regarder le poisson que je venais de ferrer. « Tiens, un bidasse… » sa coupe de cheveux ne laissait subsister aucun doute à ce sujet…

– En quelque sorte…

Il me dragua bêtement. Je fis semblant de succomber à son discours de pacotille. Après un quart d’heure de bavardages oiseux, il me demanda si je connaissais cette ville, je répondis « Non ». Ce qui était la stricte vérité. Il me proposa de me la faire découvrir, ce que j’acceptai. Il m’entraîna derrière l’église, dans une sorte de terrain en friche, me plaqua contre un mur à-demi écroulé, m’embrassa, me demandant si j’embrassais aussi facilement les inconnus, je répondis « Non, tu es le premier, je ne comprends pas ce qu’il m’arrive ». Ce qui était un gros mensonge ! 

Ses mains se firent plus audacieuses, je lui dis qu’il me rendait folle, que j’avais envie de… laissant volontairement ma phrase en suspens. Je posai sa main sur mon sein gauche pour lui faire constater à quel point mon cœur battait fort. En réalité, je venais d’apercevoir Christian, dissimulé un peu plus loin, au-dessus de nous. 

Je sentais ce jeune bidasse bander contre mon ventre, innocemment, je laissais courir le bout de mes doigts le long de son avant-bras. Il me demanda si j’étais vierge, je lui répondis que je n’en savais rien.

– Comment ça, tu n’en sais rien ?

Je lui sortis le bobard habituel dont certaines se servaient à l’époque.

– Petite, je suis tombée de vélo. Comme ça (je mimais la chute)… il paraît que ça peut déchirer le… la.. tu vois, quoi… !

Il y crut, me proposa qu’on se voie ce soir, cette nuit pour « aller plus loin ». Je lui dis que c’était, hélas, impossible, que j’avais pris le car, pour accomplir mon gage, mais que le soir, mes parents ne m’autorisaient pas à sortir, que c’était la seule occasion pour moi d’échapper à leur surveillance, que tant pis, j’aurais bien aimé qu’il fusse le premier, mais que…

Je l’embrassai et fis mine de retourner à la terrasse du café. Il me retint.

– Je n’ai nulle part où aller, pour… on ne va pas le faire ici, tout de même !

– Tu penses qu’on pourrait nous voir ?

– Non ! Bien sûr que non ! Mais… ce n’est pas très… romantique, pour une première fois !

– Mais le romantisme, c’est la situation, c’est toi, c’est moi, ce n’est pas le lieu ! 

Il me sourit, m’embrassa et, candide, je lui demandai comment faire. Nous nous assîmes par terre, adossés contre le mur, sans le savoir, il offrait à Christian une place de spectateur privilégié. Nous nous embrassâmes encore, je sursautai quand sa main chercha à se glisser dans ma culotte, à sa demande, je l’ôtai pendant qu’il se débraguettait, je glissai un regard en coin.

– Si tu veux le regarder… voici à quoi ressemble le hum-hum d’un homme amoureux…

Riant intérieurement de cet accès de pudeur qu’il lui interdisait de nommer son sexe, je le regardai ouvertement, surprise, un peu déçue de le voir si fin, je me demandai s’il me donnerait du plaisir.

– Tu veux le caresser ? Oh !

Il venait d’entrer son majeur dans mon minou et était agréablement surpris de le trouver si humide. Je regardai Christian, toujours dissimulé au-dessus de nous et me laissai enfin aller aux caresses de ce jeune appelé. Tous comptes faits, j’aimais la façon dont il s’y prenait, certes, il ne mettait qu’un doigt, mais le faisait aller et venir très agréablement… Je le caressais au même rythme. J’aimais l’entendre me dire qu’il aimait mes caresses. 

Je fermai les yeux pour mieux me laisser aller à ces douces sensations, son doigt délicat allant et venant en moi, lentement, respectueusement, la peau de son sexe si douce dans le creux de ma main, sous le bout de mes doigts, son autre main qui caressait mes seins, mon cou, mes seins, mes joues, mon autre main dans ses cheveux outrageusement courts pour l’époque, nos langues qui s’enroulaient l’une autour de l’autre, comme si elles s’imaginaient nos corps enlacés dévalant le versant d’une colline herbeuse, ce petit vent du Sud chargé de mille odeurs, ce soleil qui nous éclairait tout en nous réchauffant. Oui, j’aimais vraiment cette étreinte !

Enfin, il me demanda de m’allonger, d’écarter mes cuisses et me pénétra lentement. Comme cette sensation était différente de celles que j’avais ressenties jusqu’alors ! Différente, mais bien agréable quand même ! Il allait et venait, s’enfonçant davantage à chaque coup de rein, j’aurais presque pu jouir de cette galipette, s’il n’avait subitement perdu tout contrôle, accéléré brusquement et joui sans un mot, s’écroulant sur moi, avant de se retirer.

Je remis ma culotte, tandis qu’il rentrait son sexe dans son slip et se rebraguettait sans plus de considération pour la verge qui venait de lui offrir du plaisir. Je le trouvai méprisable d’agir ainsi. Il me regarda à nouveau, un sourire à la fois tendre et carnassier aux lèvres.

– Alors ? Heureuse ?

Quelle suffisance ! Je mentis une nouvelle fois.

– Oh oui !

Il me prit par la main et me raccompagna jusqu’à la terrasse du café où nous nous étions rencontrés. Il me demanda où et quand nous pourrions nous revoir, je cherchai une excuse valable pour décliner cette invitation sans le froisser, quand Christian arriva, hors de lui…

– T’étais où ? J’ai accepté de te couvrir vis-à-vis de tes parents, je te demande de rester tranquillement assise, je m’absente cinq minutes et tu disparais ! Je t’ai cherchée partout, inquiet et je te retrouve, la bouche en cœur, à parler à un inconnu ! Allez, viens ! On rentre ! Et ne me demande plus jamais de te rendre service !

Interloqué, le bidasse resta coi avant de me demander mon prénom et le nom du village où je passais mes vacances. Christian m’avait pris la main et faisait semblant de m’obliger à le suivre, je tournai mon visage vers ce jeune homme en lui criant « Nicole ! ». Je mentis également sur le nom du village. Dans la voiture, Christian me fit remarquer que dans ma précipitation, j’avais réuni le nom de deux bourgs situés à deux extrémités du canton. 

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« Ta chatte a le goût de la vertu quand elle coule du plaisir que tu offres aux inconnus »  (Dessin d’Apollonia Saintclair)

 

 

Nous roulâmes pendant quelques kilomètres, puis il se gara près d’un verger. Il s’allongea sur le dos, j’allais ôter ma culotte, mais il me pria de ne rien en faire. Je m’installai au-dessus de son visage, sa langue, dégustant les sucs du bidasse au travers du tissu, me mena aux portes du Paradis, et son sexe dur, épais, long, aux veines saillantes, dans ma bouche me les ouvrit. 

Comme j’ai aimé lorsque, trouvant qu’il n’avait plus rien à lécher, il écarta le tissu de ma culotte et alla chercher de ses longs doigts puissants, tout au fond de mon vagin de quoi se régaler encore ! Un orgasme fulgurant me saisit à cette caresse, comme il le faisait déjà, comme il le fait toujours, il me complimenta, me remercia « C’est si bon de te faire jouir, tu es si généreuse de te laisser aller ainsi ! »

J’aimais le faire jouir, tout autant qu’il aimait me faire jouir, au vu et au su de tout un chacun, à la merci du regard d’un curieux… Que son sperme avait un goût divin au milieu de ces arbres couverts de fruits ! Je le dégustai comme les Dieux dégustaient le nectar dans l’Olympe.

Le ciel se remplissait de nuages, de ceux qui annoncent la fin de la journée, pas la pluie, quand il me dit qu’il était temps de rentrer. Dans la voiture, nous parlâmes du plaisir de ce jeu de rôle et nous en convînmes d’un autre. En me taquinant, il me demanda si je ne voyais pas d’inconvénient à ce qu’Aloune, y participe… je lui pinçai la cuisse, lui reprochant sa moquerie.

Il rit et sifflota tout le reste du trajet.

Il ne faut pas s’étonner qu’une écolière lubrique se mue en épouse adultère !