À la Saint-Valentin, faisons-nous du bien ! – Deuxième épisode

Après avoir déjeuné, même si le repas n’était pas gargantuesque, nous avons décidé de suivre les recommandations sanitaires de mon époux en nous offrant notre séance rituelle d’agacements masturbatoires. En effet, si notre voisin nous rend visite chaque jour, nous ne baisons pas ensemble au quotidien (sauf à considérer que la pratique du sexe oral entre dans la catégorie « baiser »).

Prétextant revêtir une tenue plus adéquate, je vais me changer dans la chambre. En revenant dans le salon, un frisson d’excitation me saisit, comme un coup de fouet qui remonte du bas de mes reins à ma nuque, quand je les vois, mon époux adoré tiré à quatre épingles aux côtés de notre voisin dans son jogging distendu. Ils discutent en m’attendant. Je m’enivre de leurs compliments que je sais sincères autant qu’exagérés.

Nous avons décidé d’une petite mise en scène à l’attention de notre voisin qui ne se doute de rien. Je lui quémande « un petit baiser » auquel il consent volontiers. Mon époux assiste au spectacle de nos bouches avides, de nos langues impudiques engagées dans leur tango sensuel. Pour avoir un meilleur point de vue, il se tient dans mon dos, sa main, comme mue d’une volonté propre, se glisse sous ma robe, rapide et prudente comme une belette sortant de son terrier à la recherche d’une proie cachée dans les fourrés.

– Mais où avais-tu la tête, ma chérie ? Tu as oublié de mettre une culotte ! Je vous prends à témoin, mon cher ami, constatez, constatez !

– Je constate, je constate ! S’agirait-il là de ce que les spécialistes appellent « un acte manqué » ?

– Il me semble bien, surtout que ma chère épouse semble avoir également oublié… Ma chérie, ne m’avais-tu pas dit que tu avais écrit un petit compliment à l’attention de notre cher ami en cette occasion particulière ?

J’attends que notre voisin et mon époux se soient assis dans le canapé, je fais une sorte de petite révérence et, reprenant le quatrain cher aux fillettes par-delà les générations « Si j’étais jardinière, je t’offrirais des fleurs, comme je suis écolière, je t’offre mon cœur », je déclame « Si j’étais poétesse, je vous offrirais des vers, puisque j’étais secrétaire, prenez donc mes fesses ».

Notre voisin éclate de rire avant de réaliser ce que mes mots signifient. Ses yeux semblent balbutier leur surprise. D’un regard enjôleur, d’un mouvement de tête, je l’invite à me suivre dans la chambre. Mon époux lui demande s’il préfère rester seul avec moi, notre voisin confirme. Nous l’appellerons plus tard.

Les rideaux tamisent à peine la lumière, je m’en réjouis intérieurement. Notre voisin a déjà retiré son jogging, il s’approche de moi.

– J’aimerais vous déshabiller, regarder votre corps réagir à cette première fois.

Tant que je peux garder mon caraco… Je ne sais pas comment notre voisin a pu lire dans mes pensées, il poursuit, balayant de ses mots ce simple espoir.

– Avez-vous conscience que si mes mains connaissent votre corps, mes yeux n’en ont vu que quelques détails ? Je comprends ce que vous redoutez… Bien sûr, votre corps a vieilli, bien sûr, il s’est empâté, je sais bien que sa peau n’est plus celle de vos trente ans… la belle affaire ! Parce que je ne connais pas cette jeune femme que vous fûtes, j’en ai vu, certes, quelques photos, mais je ne sais rien d’elle. En revanche, je sais que la femme vous êtes devenue me fait bander, que j’aime la souplesse de sa peau sous mes caresses, que ce corps m’offre des plaisirs, je les espère partagés, des plaisirs qu’aucune autre ne m’a jamais offerts, des plaisirs insoupçonnés…

Je le laisse me déshabiller, je ne sais pas comment lui dire que ses mots m’émeuvent davantage qu’un bouquet de roses, fussent-elles rouges passion, que je les reçois comme un cadeau d’une valeur inestimable, un cadeau à côté duquel une parure de diamant semblerait minable. Une fois nue, je manque de m’évanouir sous les caresses de son regard. Cette femme de soixante-sept ans, il la trouve belle, alors, je deviens belle.

En spectateur attentif et en assistant complice de nos ébats, notre voisin sait déjà comment préparer mon cul pour que la sodomie ne soit que plaisir. Nous en avons parlé avec lui, mon mari et moi, il sait qu’en plus de trente ans de pratique, je n’ai jamais ressenti la moindre douleur. Il sait aussi que seul mon époux a eu accès à mon entrée privée. De mon côté, je sais que la sodomie n’a jamais dépassé le stade du fantasme pour notre voisin.

Nous souhaitons, lui et moi, pouvoir nous regarder quand il me pénétrera. Mon corps prêt, sa grosse pine (comme il aime que je la nomme) elle aussi enduite de gel, je m’allonge sur le lit. Mes fesses sont trop loin du bord, je l’ai fait exprès, parce que je savais que j’aimerai la sensation quand mes jambes sur ses bras, il m’attirera vers lui. Il a lu ma ruse son mon visage.

– C’est avec ce genre de comportement que vous… c’est ce genre de comportement qui me… Ma si désirable voisine, lorsque je porterai plainte auprès des instances dédiées pour avoir dérobé mon cœur, vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous-même ! Et ça vous fait sourire… !

Je sens la chaleur de son corps irradier sur ma vulve et sur mes fesses enduites de gel. Ma main rejoint la sienne sur sa queue si dure, si désirable. Notre voisin me regarde. Sans un mot, dans un échange de sourires, nous guidons son gland contre mon anus. La pression qu’il y exerce est à la fois douce et résolue. Nous respirons au même rythme. Il est entré et s’enfonce lentement en moi. Ça y est, ma vieille, ton voisin est en train de t’enculer. Et t’aime ça, hein, ma vieille ?! Putain, sa bite est encore plus grosse, elle me dilate le cul comme jamais… Putain, c’que c’est bon !

Notre voisin se régale du spectacle. Je le sais parce que ses lèvres ont gonflé. Elles le font toujours quand il prend son pied. Il délaisse ce spectacle pour me regarder. Il voulait me dire quelque chose, mais il a remarqué ma bouche entrouverte, ma langue qui passe sur mes lèvres, elles aussi plus gonflées que d’ordinaire. Dans un sourire, il se penche vers moi. Je me redresse autant que je le peux. Nos bouches se rejoignent. Han ! D’un coup de reins involontaire (ou pas), sa grosse bite s’est enfoncée jusqu’à la garde. C’que c’est bon ! Je sais que ses va-et-vient seront encore meilleurs.

Notre voisin se murmure à lui-même « C’que c’est bon, oh, c’que c’est bon ! » Son regard va de son sexe à mon visage. Je pousse des petits cris de plaisir, au rythme et en écho à sa mélopée. Les mots qui s’échappent de ma bouche ne sont pas ceux que je souhaiterais.

– Vous m’enculez tellement bien… cher voisin… Oh ! Vous m’enculez comme un prince !

Je jouis une première fois. Je jouis d’autant plus fort que je ressens ainsi à quel point sa grosse pine m’emplit. Mon époux, répondant à notre appel, entre dans la chambre à l’instant précis où notre voisin se retire de mes fesses. Il regarde son sexe. Me regarde. Me sourit. « C’est trop bon… » D’un coup de rein, il me pénètre à nouveau, mais alors que je m’attends à des va-et-vient rapides et profonds, notre voisin se retire au ralenti.

– Si je continue, je vais jouir et avant de jouir, je voudrais nous offrir…

– Nous offrir quoi ??

Notre voisin me prend dans ses bras. « Vous ne vous en doutez pas ?! Allons, ne me faites pas croire que… » Il m’embrasse sans finir sa phrase.

Je regarde mon époux, frappée par le contraste entre sa tenue impeccable et le corps nu de notre voisin.

– Cette première fois aura-t-elle été à la hauteur de vos fantasmes ?

– Je peux vous affirmer qu’elle l’a été au-delà de tout ce que j’aurais pu m’imaginer.

Par la pression qu’il exerce sur ma hanche, notre voisin m’invite à me mettre à quatre pattes. De fait, je ne vois pas la scène qui se joue dans mon dos, mais la devine dans le dialogue entre mon époux adoré et notre voisin.

– Je n’en reviens pas, vous avez réussi à convaincre ma chère épouse de se mettre toute nue en plein jour !

– Vous ne vous imaginez pas comme j’en suis heureux !

Je sens ses mains écarter mes fesses, je le supplie.

– S’il vous plaît…

– S’il vous plaît quoi ? Dois-je comprendre que… ?

– Oui !

– Comme ça ?

Je gémis de plaisir quand il me pénètre d’un vigoureux coup de reins. Mon bassin ondule. Je me sens indécente, impudique, mais qu’est-ce que j’aime ça ! Je fais signe à mon époux. Il s’approche, sans se déshabiller, il sort son sexe de son pantalon. Je commence à le sucer et, au même moment, je comprends ce que notre voisin tenait tant à m’offrir avant de jouir. Dans cette position, je sens ses grosses couilles battre contre mes cuisses, caresser ma vulve. J’aime crier des « Oh, oui ! Oh, oui ! » et grogner de plaisir la bouche pleine du sexe de mon époux adoré. J’aime sentir les doigts de notre voisin agripper mes hanches, la furie de ses va-et-vient.

J’aime sa voix d’une sonorité irréelle de sensualité quand il me demande si j’aime ça, si je sens ses grosses couilles bringuebaler. J’abandonne un instant le sexe de mon mari.

– Oh oui ! Oh oui, j’aime… vous m’en… Oh oui… ooh… !

– Je vous en… quoi ?

– Oohh… !

– Je vous encule comme un prince, c’est ça ? C’est ce que votre épouse m’a avoué, tout à l’heure…

– Non ! Non… vous m’enculez… comme… Oohh… comme un dieu ! Et vos ma… vos magnifiques… Oohh… couilles… oh… ooh… ooohh… !

Le plaisir qui s’empare de moi vole mes mots entre mon cerveau et ma bouche. Je reprends ma pipe là où je l’avais laissée. Mon époux s’en félicite avec des mots qui attisent mon plaisir. Je sens ses mains sur mes seins. Je les sens se glisser entre mes cuisses. Je l’entends exclamer sa surprise de trouver ma chatte trempée comme jamais.

Et le temps se dissout dans le plaisir que nous prenons tous les trois. Il me semble que mes orgasmes s’enchaînent. À moins que ce n’en soit qu’un seul, qui au lieu d’exploser comme d’habitude, aurait opté pour le flux et le reflux, des ondes comme les vagues à marée montante… Je jouis encore quand je sens un grognement naître dans les tripes de notre voisin, enfler avant de s’échapper par sa bouche. Il ne se retire pas. « Permettez-moi de débander en vous, de profiter encore un peu de cette sensation ». Des vaguelettes de plaisir, plus douces, plus sereines me parcourent.

Quand notre voisin se retire, il reste derrière moi. Je sens les mains de mon époux écarter mes fesses. Il se penche en avant. Son sexe s’enfonce davantage dans ma bouche.

– Que c’est beau ! Regardez comme c’est beau ! Était-ce aussi bon pour vous que c’est beau à voir ?

– C’était même meilleur !

– Ooh… que c’est… beau !

Mon mari jouit dans ma bouche en prononçant ces mots. Nous restons dans le lit le temps de nous remettre de nos émotions. Les mots que nous nous disons sont empreints de douceur, de respect… et de grivoiserie.

– Avec tout ça, on n’a toujours pas joué notre partie d’échecs…

– Figurez-vous, cher ami, que je me faisais la même réflexion !

Nous sortons de la chambre. Mon époux y retourne aussitôt, son téléphone à la main. Il nous rejoint ensuite pour nous montrer la photo qu’il vient de prendre.

– Ainsi, le souvenir de cet extraordinaire moment ne s’effacera jamais de nos mémoires

Le cahier à fermoir – Vendredi 17 août 1945

Jean-Baptiste reprendra le travail lundi, je ne sais pas si je trouverai le temps d’écrire quand je serai seule avec le bébé, alors j’en profite pour le faire maintenant.

Notre petit Martial est plus beau chaque jour. Je me demande comment c’est possible puisqu’il était déjà parfait à la naissance. Il a dix jours aujourd’hui. Dix jours ! Tu te rends compte ? Dix jours que Jean-Baptiste le prend en photo à la moindre occasion, presque une semaine qu’il essaie, en vain, de lui faire dire « Papa » ! Si tu voyais les échanges de regards entre eux ! Je ne saurais dire lequel des deux est le plus fasciné.

Marcelle est venue nous rendre visite avant-hier, quand elle a pris Martial dans ses bras, elle a semblé surprise, elle s’est approchée de la fenêtre comme pour être sûre de ce qu’elle voyait.

– Vous le badigeonnez à l’Ambre Solaire ou quoi ?

– Je me demandais si je n’étais pas victime d’hallucination parce que je trouvais que sa peau devenait plus foncée, malheureusement, en Côte d’Ivoire j’étais coupé des indigènes, il m’était formellement interdit de les fréquenter et j’étais du genre obéissant. Le hasard fait souvent bien les choses, en allant poster une lettre, j’ai remarqué un petit enfant qui se précipitait dans les bras de sa maman à la peau noire. Je lui ai expliqué ce qui me troublait, elle a éclaté de rire devant tant de candeur, mais quand je lui ai raconté mon histoire, sa moquerie s’est muée en compassion. Elle m’a affirmé que la peau de Martial foncerait pendant un certain temps avant d’avoir sa couleur définitive. Elle a ajouté, qu’aux Antilles, il arrivait même que des enfants naissent blancs de peau avant de devenir nègres après quelques jours.

J’avais eu peur de passer pour une idiote en posant la question, pourtant il me semblait bien que la peau de Martial fonçait un peu plus chaque jour. J’avais eu peur de passer pour une idiote, maintenant, je me sentais parfaitement stupide de ne pas avoir osé en parler avec Jean-Baptiste.

Pour notre mariage, monsieur Dubois nous a offert un magnifique cadeau, un gramophone qui lui avait appartenu avant-guerre, il pense que nous en ferons un meilleur usage que lui. En fait, il ne s’en sert plus depuis des années. Il nous a aussi offert sa collection de 78 tours. J’ai fait la grimace en les découvrant, des chansons d’un autre temps, de la musique classique, rien de moderne, que de la musique de vieux ! Heureusement, Jean-Baptiste a dégotté un disque de Charles Trenet (le vrai, pas celui du square Dupleix !), deux de Raymond Legrand et son orchestre, un de Ray Ventura et ses collégiens, et surtout trois du Jazz de Paris d’Alix Combelle, notre orchestre préféré.

Ce midi, après sa tétée, Martial n’était pas décidé à dormir. J’étais installée sur le canapé, Jean-Baptiste m’a tendu le bébé, il a ouvert le gramophone et il a soigneusement choisi un disque. Les premières notes ont retenti. Horreur ! « Le beau Danube bleu » ! Il a pris Martial dans ses bras.

– Il n’est jamais trop tôt pour apprendre, mon fils. Je vais te donner ta première leçon de danse, parce qu’il se trouve que ce sont mes qualités de danseur qui ont séduit ta maman.

Tout sourire, il a commencé à danser. Soudain, il a fait semblant de remarquer mon air désabusé.

– Mais ta maman te dirait que ce n’est pas ainsi que l’on valse, qu’on doit le faire ainsi. Qu’en penses-tu, petit bonhomme ?

Je dois admettre que la valse de Vienne ne se prête pas au style musette. Mon Jean-Baptiste exultait.

– Attention, tu vas le faire vomir !

Après cette première valse, Jean-Baptiste a choisi « Bébé d’amour » et j’ai pu constater les bienfaits de mes leçons. Qu’il est beau quand il danse comme ça ! Martial s’est endormi, Jean-Baptiste l’a couché dans son moïse, posé près de notre lit et il m’a rejointe sur le canapé.

– Tes joues se sont teintées de rouge, mon amour lumineux, quelle en est la raison ?

– Je pensais à mes leçons de danse, quand j’incitais Albert à te décoincer… Si tu savais comme ça me manque…

– Tes leçons de danse ?

– Albert, nos taquineries… Je n’ose pas demander à madame Meunier quand Albertine pourra retrouver son Albert.

Jean-Baptiste a souri. Sa main puissante a serré la mienne.

– Je vois bien ton impatience, Albert, hélas je ne peux t’offrir rien d’autre que mes caresses et mes baisers.

– L’entends-tu, cette fausse modeste ou réelle candide ? Comme si elle avait oublié tous les plaisirs que ses mains, que sa bouche peuvent t’offrir !

Aussi bête que cela puisse paraître, je me suis trouvée toute gênée à l’idée de libérer Albert de sa geôle de tissu, de me pencher vers lui et de l’embrasser, pourtant Dieu sait à quel point j’en avais envie. Je ne sais pas d’où me venait cet accès de pudeur. Je pouffais d’un rire qui peinait à masquer mon embarras, je sentais que mon visage virait au cramoisi. Je redoutais avant tout qu’une plaisanterie de Jean-Baptiste m’ôte tout désir, fasse de cette gêne passagère un obstacle infranchissable.

– Si tu ne te sens pas tout à fait prête, nous pouvons attendre, ma Louise. Rien ne presse, nous avons toute la vie devant nous. De toute façon, il est grand temps que tu retournes t’allonger…

Il s’est levé, il m’a tendu la main. J’ai vu qu’Albert ne se dressait plus. Je ne sais pas pourquoi, mais ça a ravivé la flamme de mon désir. J’ai déboutonné avec tant de hâte le short colonial de Jean-Baptiste qu’un des boutons a volé dans les airs. Nous avons ri en le regardant tournoyer sur le plancher. Adieu mes craintes, adieu ma gêne, j’ai retrouvé Albert comme si nous avions été séparés pendant de longues années !

J’avais oublié à quel point j’aime son goût, à quel point l’odeur du pubis de Jean-Baptiste peut m’enivrer. Ma bouche se montrait trop avide, ma gourmandise risquait d’écourter mon plaisir. Alors, je me suis calmée. J’ai prêté attention aux mains de Jean-Baptiste crispées sur mes cheveux. J’ai senti leur étreinte se desserrer, ses doigts descendre lentement vers mes oreilles, vers mes joues. En même temps, je prenais conscience de la douceur de la peau de ses cuisses sous mes mains.

Albertine voulait hurler son désir, mais j’ai contracté mes cuisses pour la faire taire. Je ne lui céderai pas tant que madame Meunier ne m’aura pas affirmé que je peux le faire.

Mes baisers devenaient légers, suaves comme une île flottante sur de la crème anglaise. Je dégustais Albert avec délectation, mais élégance. Sur le moment, l’image m’a parue romantique, mais en écrivant ces mots, j’en mesure le côté amusant. Ma langue parcourait Albert, comme si elle voulait s’assurer que ses reliefs n’avaient pas changé. La salive emplissait ma bouche et faisait résonner les mots de Jean-Baptiste « Ô, ma Louise ! Ma Louise ! Mon amour lumineux ! »

Mes mains ont remonté le long de ses cuisses, elles ont touché ses fesses de telle façon que Jean-Baptiste a compris qu’il était temps pour Albert de faire l’amour à ma bouche. Je pensais qu’il se montrerait impatient, comme un cheval trop longtemps enfermé se rue dans la prairie qui s’ouvre devant lui, mais Albert a pris tout son temps.

Mon cœur battait à tout rompre. Je suis sûre et certaine que Jean-Baptiste a senti ses battements sur mes tempes. Mais il n’a pas accéléré le mouvement pour autant. Dans mon ventre toute une escouade s’est mise en marche. Mes cuisses étaient tellement serrées que je n’ai pas senti venir l’explosion du plaisir d’Albertine. Quand il a explosé, un flot de salive a inondé ma bouche. J’ai dégluti si fort qu’Albert est enfin parti au galop. Les mains de Jean-Baptiste se sont faites sauvages, elles tenaient mon visage si fermement qu’il ne formait plus qu’un avec elles. J’ai senti que mes mains faisaient la même chose avec ses cuisses.

Bon sang, que le cri que Jean-Baptiste a tenté de retenir m’a électrisée ! Le plaisir d’Albert a explosé dans ma bouche et je me suis sentie redevenir femme.

Enfin apaisés, nous avons regagné notre chambre. Jean-Baptiste m’a fait éclater de rire quand il a paru se souvenir de quelque chose, qu’il m’a laissée seule dans le lit avant de revenir le bouton de son short à la main. Il le regardait comme s’il se demandait s’il devait le considérer comme un trophée.

C’est à boire, à boire, à boi-re, c’est à boire qu’il nous faut !

À la Sainte-Catherine

Nous étions tous réunis dans la maison de la rue basse, chacun avait apporté un petit présent pour Cathy qui faisait semblant de s’en plaindre. Le petit rituel de la Confrérie du Bouton d’Or veut que ces fêtes se déroulent suivant un protocole immuable, établi dans les années 1940, mais comme nos mémoires sont vacillantes, nous en avons oublié la moitié. C’est ainsi que Jim, bien que n’en faisant pas partie, assista à l’une de nos séances.

Il nous regardait, interloqué, trinquer joyeusement, nous parer de nos attributs respectifs, regretter l’absence de Joseph le Sage toujours en terre d’Irlande, trinquer à nouveau à sa santé et à son retour prochain parmi nous. Profitant de la remise des petits cadeaux à Cathy, il demanda à Jimmy la raison de tout ce cérémonial. C’est à ce moment précis que nous avons réalisé qu’il n’était pas membre de notre Confrérie. Nous sautâmes sur l’occasion d’en rire à gorges déployées.

Jim était désolé de ne pas avoir de présent pour Cathy. Marcel lui fit un clin d’œil complice.

– Je t’ai pas appris le dicton de la Sainte-Catherine, peut-être ? Peuchère, ils vont me traiter de moins que rien !

– Le dicton ?

– Et vouai, le dicton ! Té, môssieur le professeur des universités, tu devrais savoir que ça fait partie de nos us et coutumes ! À la Sainte-Catherine…

– … tout bois prend racine ?

– Qué « tout bois prend racine ? » Qu’est-ce t’as à m’escagasser avé ton bois et tes racines ?! Vaï, l’écoute pas à lui… il complique tout ! Alors qu’est-ce qu’on dit ? À la Sainte-Catherine…

– À la Sainte-Catherine, on lui offre un coup de pine !

Cathy affirma qu’elle préférait la version de Marcel à celle plus académique de Jimmy et en profita pour se plaindre que ce ne soient que de douces paroles.

– C’est quand même un comble, je suis la seule à ne pas y avoir eu droit !

Sylvie leva un index timide et d’une petite voix précisa « Moi non plus ! »

– Toi, ce sera pour la Sainte Sylvie !

– Mais… c’était le 5 !

– Ben, fallait y penser avant !

J’étais la spectatrice de notre complicité absolue, nous riions, la taquinions parce qu’elle se plaignait du fait que Jim serait reparti depuis longtemps et qu’elle cherchait à négocier un cadeau anticipé. Daniel, soudain très sérieux, se racla la gorge.

– Jim, ton séjour parmi nous prendra fin dans deux mois. Comme tu as pu le constater, tu es tellement des nôtres qu’on avait oublié que tu es australien et que tu n’es même pas membre de notre Confrérie. Si j’en crois Marcel, et je n’ai aucune raison de douter de sa parole, tu te sens plus chez toi ici que tu ne te l’es jamais senti en Australie. Je sais aussi que tu comptes les jours qu’il te reste à passer en notre compagnie et que tu regrettes qu’ils soient si peu nombreux. Est-ce exact ?

L’ambiance était devenue très lourde, pourtant un éclat particulier illuminait le regard de Daniel, celui de Jimmy et celui de Marcel. Il me semble que le silence a duré de longues minutes. Nous nous interrogions tous du regard. Pourquoi Daniel plombait-il l’ambiance en titillant cette plaie qui ne demandait qu’à s’ouvrir ? Et pourquoi Jimmy traduisait-il ses propos avec cette précision toute chirurgicale sans l’émailler de formules plus légères ? Jim confirma les dires de son ami Marcel.

Posant ses mains bien à plat sur la table, Daniel nous regarda un à un et demanda à Jimmy de poursuivre la traduction.

– Y aurait-il une personne de cette assemblée pour s’opposer à ce que nous fassions jouer nos relations diverses et variées pour tenter de lui obtenir un visa de longue durée ? Y aurait-il une quelconque objection à l’accueillir au sein de notre Confrérie ? Et toi, Jim que penses-tu de ces propositions ?

Jim porta la main à son cœur comme s’il allait être victime d’un malaise. Il fixa Daniel, tourna la tête vers Jimmy, chercha ses mots et, comme il le fait toujours sous le coup d’une vive émotion, pria son Dieu de ne pas le réveiller si tout ceci n’était qu’un rêve.

– Notre proposition te convient-elle ?

Jim, muet de surprise, approuva en hochant vigoureusement la tête.

– Tu ne nous avais pas prévenus, le Notaire, alors avant de donner mon accord, je trouve que la moindre des choses serait de vérifier que Jim est un homme de parole et qu’il est capable de l’honorer. Vous êtes d’accord avec moi, mesdames ?

Jim sursauta en nous entendant pousser notre cri de guerre POMPONNETTES POWER ! Mais il comprit bien vite ce qu’il signifiait.

Bien que spectateur assidu et avide, il préféra s’isoler avec Cathy, comme il le fait en règle générale. Quand une orgie se déroule dans la vaste salle des spectacles ou dans le salon de réception de la maison du Toine, il s’arrange toujours pour rester dans la partie la plus sombre, la moins exposée aux regards. Il n’avait pas pris au sérieux les propos de Catherine et savait bien que nous mettrions de toute façon tout en œuvre pour qu’il puisse rester avec nous, néanmoins, la réputation de Turan, déesse étrusque de l’amour, le tétanisait un peu. Cathy nous le reproche encore. Quand elle le fait, il y a toujours quelqu’un pour lui rappeler avec quel talent elle a su déjouer cet écueil.

Christian m’avait invitée à le suivre dans le cabinet de la curiosité d’où nous observions Daniel, Marcel et Mireille.

– Tiens, ça lui reprend… Ça faisait longtemps…

– Qu’est-ce qui lui reprend ?

– Écoute !

J’avais beau tendre l’oreille, je n’entendais rien de particulier si ce n’étaient les respirations haletantes, tantôt légères, tantôt profondes, les baisers sonores. Ce n’est que lorsque Mireille se mit à supplier « S’il te plaîts’il te plaît » et que je vis les sourires complices entre Daniel et Marcel que je compris.

– Le Bavard ne dit pas un mot !

– C’est ça ! C’est pour la faire enrager… et… ça marche à tous les coups !

Mireille suppliait, minaudait cherchant le soutien auprès de son mari, qui se montrait aussi inflexible que son comparse.

– Que désirez-vous entendre, Madame Fabre, quels mots précis souhaitez-vous qu’il prononce ?

Mes tripes vibrèrent en entendant la question de Daniel et je fus projetée quelques semaines plus tôt.

J’avais eu envie de répondre à l’invitation de Mireille de découvrir sa belle maison. La veille, Jimmy et moi étions allés chez son frère et sa sœur, il avait autant le trac que moi à cette idée, mais la journée et la soirée passées ensemble avaient été des plus agréables. Tout comme lui, Jacques et Jacqueline sont restés célibataires, sans doute pour les mêmes raisons. Ils vivent ensemble dans leur petit appartement d’Arles comme frère et sœur a cru bon de me préciser Jimmy, très surpris de ma remarque sur le chemin du retour « quelque peu incestueux tout de même ce frère et cette sœur ».

Mais comme le dit le politicien avisé la veille d’une élection, revenons à nos moutons.

J’étais donc allée chez Mireille et Daniel, mais à cause de notre journée à Arles, j’ignorais que Madame avait organisé une journée confiture et coulis de tomates chez Marcel avec Cathy, Monique, Sylvie et Martial. Daniel m’accueillit chaleureusement et me proposa une visite guidée. Je le taquinai « Sauras-tu trouver les mots pour vanter les attraits de ta demeure ? » Il me donna une petite tape sur les fesses pour me punir de mon insolence et la visite débuta.

J’aurais pu décrire la décoration de chacune des pièces sans même les avoir vues tant elle leur correspond. Je souriais en regardant ce petit triptyque un peu désuet sur le buffet, leur photo de mariage entourée de deux cadres plus petits, dans celui de droite une photo de Daniel, sourire crispé, droit comme la justice dans son beau costume de marié, dans celui de gauche, Mireille resplendissante dans sa belle robe blanche, le voile relevé sur son visage et son sourire radieux qu’elle ne voulait surtout pas cacher. Madame Fabre.

La voix de Daniel était troublante et troublée. Il lut mon questionnement dans mon regard.

– Après cinquante-sept ans de mariage, je suis encore ému en prononçant ces mots. Madame Fabre. Mon cœur bat la chamade et mon membre se dresse telle la baguette du chef d’orchestre pour battre la mesure… Madame Fabre. Tu te rends compte ?! C’est comme si dès le premier regard, dès le premier rendez-vous de présentation chez ses parents, nous avions deviné que le feu qui nous consumait était fait du même bois. Madame Fabre. Regarde ! Je peux, sans me vanter, affirmer que j’ai connu bien des femmes, mais une seule est capable de me faire bander aussi fort rien qu’à l’évocation de son nom et c’est la douce et roucoulante Mireille. Madame Fabre.

Je ne pus m’empêcher de lorgner en direction de la braguette de Daniel quand il posa sa question à son épouse qui avait déjà les seins à l’air tandis que lui et Marcel étaient encore habillés.

– Marcel, je t’en supplie, dis-moi les mots… que tu veux me fourrer de partout… que tu veux me limer mon joli con… que tu veux voir mes mamelles bringuebaler dans tous les sens comme les ballons à la fête foraine… que tu veux te vider les couilles et m’inonder de ton foutre…

– Votre épouse, mon cher ami, est certes des plus charmantes, mais quel dommage qu’elle soit aussi grossière…

Tout en disant ces mots et comme à regret, Marcel rabattit ses bretelles, ouvrit son pantalon en sortit son sexe sans toutefois se dévêtir davantage. Je pouffai quand Christian m’expliqua que si Madame se taisait, le Bavard se rhabillerait. Mireille devait donc se montrer précise. Je voyais bien à quel point cette situation l’excitait, elle était rouge du nombril jusqu’aux cheveux. Daniel se tenait aux côtés de Marcel.

– Mon cher ami, qu’entend votre épouse quand elle emploie cette expression… laquelle avez-vous employée, Madame ?

– Fourrer mon petit con…

Daniel avait retiré son pantalon que d’instinct il avait soigneusement plié, posé sur le dessus d’une chaise avant d’y ajouter son slip.

– Je crois qu’elle souhaite que vous lui fassiez…

Bon sang, Daniel s’en donnait à cœur joie et je regrettai un instant de ne pas être à la place de Mireille ! Elle gémissait sous les coups de boutoirs de son mari, était au bord de l’extase quand il céda sa place à Marcel.

– Oh oui ! Comme ça ! Fourre-moi mon petit con… oui… comme ça ! Mais fous-toi à poil, que je sente tes grosses couilles battre sur ma chatte !

Je devinai la douce torture à laquelle Mireille était soumise, il était pourtant indéniable qu’elle y prenait un plaisir sans nom. Je sentais l’excitation de Christian à sa respiration sifflante. J’entendis à peine la porte s’ouvrir sur notre gauche.

– Qu’est-ce que je t’avais dit ? J’en étais sûre ! Ah, ils se sont bien trouvés, mon Christian et ta Princesse ! On pourrait baiser à côté d’eux qu’ils ne le remarqueraient pas, les yeux rivés aux œilletons !

– C’est une espérience à tenter, tu crois pas ?

Un frisson d’excitation remonta le long de ma colonne vertébrale, je pris la main de Christian que je serrai très fort. Je ne voulais pas me retourner trop vite et surtout, je tenais à le faire en même temps que lui. Il a été, en quelque sorte, mon guide dans l’acceptation de ce plaisir que je me refusais à reconnaître. Il me semblait plus acceptable d’aimer regarder des hommes en érection, des couples en pleine action qu’admettre le plaisir plus puissant que je prenais à regarder Jimmy faire jouir et jouir d’autres femmes.

Je ne sais pas d’où me venait cette honte qui m’interdisait de regarder la réalité en face. Pouvoir en parler avec Christian, écouter ses confidences, sursauter à chaque fois qu’une lumière s’allumait dans mon cerveau « Moi aussi ! » m’a permis de me libérer de ce carcan dont je n’avais pas conscience. Je suis comme ce papillon qui volette au-dessus de son cocon déchiré et qui se demande comment il a pu se croire en vie quand il n’était que chrysalide.

C’est à Christian que j’ai demandé de m’accompagner la première fois auprès de Jimmy qui s’était isolé avec Cathy, de m’aider à ne plus être qu’une spectatrice silencieuse, mais de commenter ce qu’ils faisaient, d’expliquer ce que je ressentais. C’est lui qui m’a offert les mots pour décrire ce plaisir et je pense qu’il est le seul de la Confrérie à ressentir viscéralement chacune de mes sensations.

À l’instar de Monique et Martial, nous avons aussi nommé notre petite perversion ce bonheur presque enfantin à converser ensemble de sujets anodins, comme le temps qu’il fait et de nous imaginer comment Jimmy et Monique pourraient en profiter, comment ils feraient l’amour, les images que leurs corps nous renverraient, leurs souffles, les vibrations, les ondulations de leur corps, les petits cris si charmants de Monique, la salive de Jimmy déglutie bruyamment, leurs mains sur leur corps, leur sexe luisant, étincelant de leur plaisir et cette évocation nous excite à un tel point que nous faisons l’amour en devenant quatre.

Christian se pencha vers moi, comme s’il me disait un secret. Ils ne méritent pas qu’on leur prête la moindre attention, attendons de les savoir en pleine action. Je ne sais pas comment il se débrouille pour donner l’impression de chuchoter tout en étant parfaitement audible. Jimmy et Monique, aiguillonnés par la raison de notre indifférence, s’en donnèrent à cœur joie. Ce jeu grisant me faisait bouillir le sang.

D’une pression de la main, Christian me fit comprendre qu’il était temps de les honorer de notre regard.

– Tu la trouves si nervurée que ça, la queue de ton Jimmy ? Elle l’est plus que la mienne ?

Le fourbe ! Il me mettait dans une position intenable avec cette question, qui me donnait envie d’arracher Jimmy au corps de Monique, de lui ordonner de me prendre là, tout de suite, maintenant et ainsi de casser le jeu avant même d’avoir débuté la partie. On aurait pu entendre le cliquetis de mes pensées s’ordonnant à toute vitesse dans mon cerveau.

– Je ne sais pas… est-ce que ma chatte est aussi serrée, te gaine-t-elle ta grosse verge autant que celle de ta Monique ?

J’aimais nos sourires et nos clins d’yeux complices, le pouce que Monique leva pour me dire « Bien joué ! » Christian me proposa de m’allonger sur le bureau aux côtés de Monique et de me prendre ainsi, pour comparer.

– Merci bien, Christian ! Du coup, je ne verrai plus rien !

– Tête-bêche alors…

Monique fronça les sourcils. Christian ! Et comme il semblait ne pas comprendre, elle les fronça davantage, leva la main qu’elle ouvrit comme agacée qu’il ait oublié cette évidence. Christian… ! Son éclat de rire m’électrisa. Où avais-je la tête ? La levrette à Dédette, bien sûr ! Il souleva ma jupe, glissa ses doigts sous ma culotte, grogna de désir en la sentant si humide. Penchée en avant, le visage au niveau du ventre de Monique, je tournai un peu la tête et il comprit que je lui accorderai ce présent.

– As-tu remarqué comme ma tendre Monique a su me remettre sur le droit chemin grâce à son expérience professionnelle ? Alors, sers-toi de la tienne pour me décrire le sexe de ton homme.

Sa requête était entrecoupée de silences, ponctuée de han-han involontaires. Sa respiration se faisait de plus en plus sifflante, je pouvais deviner la salive affluer dans sa bouche, ses pupilles se dilater et se rétracter.

– Les reliefs de sa bite me font ressentir ceux de ta verge

Jimmy feignant d’ignorer ma provocation ne put s’empêcher de sourire et de murmurer Capoune ! ce qui était le but recherché.

–  mais pour les décrire plus précis…ooh… précisément… ooh… je dois y regarder… ooh… de plus… près…

Je me penchai vers le pubis de Monique quand un va-et-vient plus vigoureux de Christian me projeta en avant. Le bassin de Monique se souleva. J’entendis le crissement des dents de Jimmy. Je le regardai. Il resplendissait. Son regard, son sourire, les frémissements des ailes de son nez lui donnaient un air un peu fou, mais terriblement sensuel.

J’écartai les lèvres de Monique pour regarder plus attentivement le sexe de Jimmy.

– Tu vois comme il la fait reluire, ta Monique ? Est-ce que ta queue brille autant, Christian ?

J’étais ivre de cette sensation particulière, sentir le sexe de Jimmy frotter entre mon index et mon majeur tandis qu’il allait et venait dans celui de Monique. En écartant davantage ses lèvres, je vis poindre son clitoris, comme une fleur sur le point d’éclore. Je ne pus résister à l’envie de le goûter, de le lécher, de m’en régaler.

Réalisant qu’ainsi j’interdisais à Christian de profiter du spectacle, je relevai la tête et m’en excusai. La main ferme de Monique la plaqua aussitôt. Y a pas d’mal !

Son éclat de rire déclencha le bruissement d’ailes dont j’avais appris à connaître la signification. Je négligeai donc la vue pour me focaliser sur l’audition et faire confiance à l’ectoplasme de Monique qui me soufflait ses conseils. Écoute, écoute les vibrations de mon corps quand ta langue le lèche comme ça, quand tes lèvres du haut jouent avec les miennes du bas. Tu entends la chair de poule qui se répand un peu partout sur ton corps, un collier de perles qui fait le tour de tes chevilles puis s’enroule comme un boa sensuel jusqu’à tes cheveux ? Écoute, écoute Christian ! Tu entends* comme les va-et-vient de sa queue aux reliefs profonds sont chantants ?

J’écoutais les vibrations de Jimmy, bon sang, sa langue affûtant ses dents m’excitait au-delà de l’entendement ! Et ses doigts crispés sur les hanches de Monique, ses doigts qui glissaient, dérapaient pour se crisper davantage, comme c’était jouissif à écouter !

En toute impudeur, je m’étourdissais surtout des vibrations de mon propre plaisir. Je suis certaine de leur mélodie que je suis incapable de reproduire hors-contexte. Je m’amusais à différencier les zwuuiit zouït des va-et-vient de Christian des zouït zwuuiit de ceux de Jimmy.

Je jouis violemment en frissonnant. J’entendis autant que je sentis la main de Christian glisser de mes fesses à l’intérieur de ma cuisse, caresser mon clitoris, l’autre main soulever mon sein, courir autour du mamelon, s’assurer de la chair de poule, avant de le pincer idéalement. J’entendis sa respiration sifflante, d’un sifflement presque acide, son cœur battre plus vite, plus fort, le sperme affluer comme les chevaux sauvages d’un Far-West fantasmé. J’entendis ses poumons s’emplir d’air puis se vider d’un coup et le sperme refluer. J’entendis son sourire satisfait.

J’entendis Monique au bord de l’extase, y succomber sereinement. J’entendis Jimmy se pencher vers mon épaule et ses dents déchirer ma peau tandis que son sperme se déversait, je pourrais dire « en chantant » dans le vagin de Monique, dont l’ectoplasme m’attirait je ne sais où. Je jouis à nouveau.

Enfin, j’entendis la voix tonitruante de Marcel. Té, v’là les deux capounes ! Mon ectoplasme dans un dernier bruissement d’ailes réintégra mon corps.

Je relevai la tête. Regardai Monique dans les yeux. Dégagée de l’étreinte de Jimmy, elle se pencha vers moi. M’embrassa. Je ne pus m’empêcher de penser aux baisers voyous et savants de Jean-Luc. Christian s’excusa. Je ne peux pas me retenir davantage. Son excuse était feinte, c’est pourquoi je lui répondis « C’est pas grave, ça arrive… »

Déconner, c’est… (à votre avis ?)

* Ce qui prouve que l’ectoplasme de Monique ne suit pas les règles grammaticales qu’elle a pourtant enseignées pendant des années !