Le cahier de Bonne-Maman – « Si nous ne goûtions pas à l’adversité, la réussite ne serait pas tant appréciée »

C’est en cherchant à savoir pourquoi on nommait ainsi la maison que Pierrot avait choisie pour abriter notre amour, que je repris mes études. Certes, je ne suis pas retournée sur les bancs de l’école, je n’ai reçu aucun diplôme pour les sanctionner, mais j’ai appris, tellement appris !

J’ai appris le plaisir d’apprendre, celui de partager mes découvertes, mes savoirs, j’ai appris la curiosité, j’ai appris la souplesse, je veux dire de ne pas rester ancrée dans mes convictions, dans mes certitudes si j’étais dans l’erreur, de ne jamais rien tenir pour acquis, et tout ceci vaut bien plus à mes yeux qu’un bout de papier paraphé par un vieux barbon académique !

Toutes ces années auprès de Toine et de ses amis et, dans une moindre mesure, après de mon Pierrot, m’ont imprégnée du mépris des médailles qu’on accroche au revers de son veston.

Le père de Toine avait retrouvé de vieux registres qui tombaient presque en poussière, les pages mangées par les souris, piquetées par les vrillettes, il m’a fallu apprendre à déchiffrer ces calligraphies, à comprendre ces tournures de phrases si différentes de celles que je connaissais, apprendre à débusquer un comportement choquant au détour d’une phrase qui m’eut paru anodine si je n’y avais pris garde, mais j’y parvins.

Je consacrais tout mon temps libre à ces recherches et c’est avec grand plaisir que j’offrais la primeur de mes découvertes à Toine et à ses parents. Cette quête fut longue, mais dès mes premières « révélations », il m’arrivait d’être interpellée dans la rue par un ancien du village qui voulait en savoir plus ou, le plus souvent, m’indiquer une nouvelle piste.

C’est en voulant reconstituer l’histoire de ma nouvelle maison que je devins, en quelque sorte, l’historienne du village… Je n’avais pas vingt ans, je venais de par-delà « le Nord » –qui pour les villageois se situait vers Lyon– quand je fus définitivement adoptée, malgré mes cheveux blonds, malgré ma drôle façon de m’exprimer, mon drôle « d’assent », malgré même mon goût pour la cuisine au beurre, goût qui ne m’a jamais quittée et que j’ai réussi à faire partager à Pierrot, Nathalie et Toine.

Comme je vous l’ai écrit plus haut, la première fois où j’entrai dans notre maison, il me fallut la voir dans le regard de Pierrot pour deviner ce qu’elle allait devenir. Il faisait ses plans à voix haute, estimant les matériaux nécessaires, le coût des travaux. Le trouvant bien optimiste, je lui demandai d’où il comptait sortir l’argent. « Ne te tracasse pas, si je te dis que c’est possible, c’est que ça l’est ! Ou que ça le deviendra ! Rien ne sera jamais trop beau pour toi, pour nous ! »

Son optimisme me fascinait tant que j’oubliais d’en être effrayée. La vie s’est chargée de me confirmer que j’avais eu bien raison de lui faire confiance. La réhabilitation de cette ruine fut sa première victoire personnelle.

Il nous fallut presque deux ans pour qu’elle soit totalement restaurée, mais dès septembre 1919, je pus y vivre, soulagée de ne plus être l’invitée des parents de Toine. Ils n’ont jamais accepté que je leur verse la moindre pension. J’aidais, comme je le pouvais, aux tâches ménagères et je mettais chaque mois, dans une enveloppe, la somme que j’aurais dû débourser pour me loger, me nourrir. Le jour de mon départ, je la glissai entre les draps rangés en pile dans la grande armoire.

Comme il m’en avait fait la promesse, Toine contribua aussi à faire de cette ruine le palais de nos amours. Vous le savez déjà, il avait passé quelques années à Nice pour apprendre son métier et avait fréquenté des anarchistes, pour la plupart italiens. Parmi eux, bon nombre étaient « de la corporation du bâtiment », je ne sais pas comment m’exprimer autrement, les qualifier de « maçons » ne serait pas très juste, car il y avait des charpentiers, des plombiers et tant d’autres corps de métiers !

J’avais souvent le tournis en réalisant la puissance de cette chaîne d’amitié, de solidarité. Certains faisaient le trajet pour ne travailler que quelques heures et ne souhaitaient pour tout paiement qu’un bon repas partagé entre « compagnons », d’autres restaient plus longtemps, revenaient si leur présence, leur savoir-faire s’avérait utile. Quand la rénovation, la restauration de notre maison fut terminée, nous les y invitâmes, mais tous ne purent pas venir, alors nous envoyâmes aux absents une photo où nous posions tous fièrement devant.

Nous avions gardé l’habitude des petits papiers tirés au sort, mais puisque la boîte aux lettres nous était désormais accessible, nous dûmes trouver une autre urne pour y déposer nos idées. Nous étions tous les quatre des athées radicaux aussi quand Pierrot arriva un jour avec un tronc, qu’il avait déniché je ne sais où, nous décidâmes de lui trouver cette utilité. Nous éprouvions un plaisir enfantin à y glisser nos papiers en prononçant cette formule « accepte cette offrande pour le plaisir de nos corps ».

Un jour que je dépliai le papier tiré au sort, écrit de la main de Toine, je sursautai, le relus plusieurs fois « dans ma tête » avant de lui demander si j’avais bien compris. Pierrot et Nathalie, déjà impatients, pensaient que nous leur jouions un tour.

Si j’ai bien compris, il faudrait que nous soyons plus que quatre ou alors, tu t’es mal expliqué, Toine !

Mal s’expliquer n’était vraiment pas dans ses habitudes, il était toujours clair et précis, c’est pourquoi j’avais été surprise. Essayant de garder une certaine contenance, par le fait, bombant un peu trop le torse et se faisant trop fanfaron, il affirma que j’avais bien compris, je lus donc son souhait et nous en parlâmes longuement. Si trouver d’autres partenaires de confiance ne semblait pas poser trop de problèmes, nous voulions être tous certains que vivre cette expérience ne détruirait pas notre relation, ne modifierait pas le regard que nous portions les uns sur les autres. Quand nous en fûmes convaincus, nous décidâmes de charger Toine de nous trouver de nouveaux complices, puisque l’idée était la sienne.

Puisque c’est partie remise, que décidons-nous pour aujourd’hui ?

La figure Rosalie !

Colin-Maillard !

Les deux ! La figure Rosalie et Colin-Maillard !

Té pitchoune, t’es devenue bien gourmande !

La faute à qui, beau Toinou ? La faute à qui ?

Pour moi, c’est d’accord, je me sens capable de relever ce défi, mais à la condition que vous nous fassiez la danse des sept voiles avant… !

Pierrot aimait cette figure, que Toine avait nommée ainsi, il aimait vraiment nous voir, Nathalie et moi, danser ensemble, nous caresser, nous embrasser, nous faire l’amour, il lui arrivait même de ne pas avoir envie de nous toucher ensuite, tant le plaisir que nous avions pris ensemble l’avait comblé. Un regard complice, Nathalie fit semblant de râler « J’étais déjà toute nue, maintenant, je dois me rhabiller… » parce que la danse des sept voiles comportait évidemment une partie effeuillage…

Ce soir-là, alors que Toine était déjà parti raccompagner Nathalie chez ses parents et avant de rentrer chez les siens, Pierrot me souhaita « la bonne nuit », je me blottis dans ses bras, pas tout à fait comme d’habitude.

Qu’est-ce qui te tracasse, ma Rosalie ?

Tu me jures que tu m’aimeras toujours, aussi fort, après la figure du Toine ?

Bon sang ! Que son visage était beau, que son sourire était rayonnant, son regard tendre quand il me répondit

Comment peux-tu en douter, ma Rosalie ? Tu es l’amour de ma vie et tu le resteras jusqu’à ma mort !

Tu ne me verras pas comme… comme une fille perdue ? Comme une catin ?

Pourquoi devrais-je te voir ainsi ? Tu n’es ni une fille perdue, ni une catin ! Ma Rosalie, tu vas offrir du bonheur, du plaisir à d’autres et tu vas en prendre, tu ne perdras rien ! Et certainement ni mon amour, ni mon respect ! Mais toi, en as-tu l’envie ?

Oui, je voudrais essayer au moins une fois, mais à l’unique condition que ça ne détruise pas l’amour que tu me portes, parce que sans ton amour, je ne suis rien…

Nous pleurions tous les deux, surpris du besoin que nous avions l’un de l’autre, de la force de l’amour qui nous unissait. Peu avant de mourir, mon Pierrot écoutait souvent « La valse à mille temps » de Jacques Brel et à chaque fois, après les mots « Au troisième temps de la valse, nous dansons enfin tous les trois, au troisième temps de la valse, il y a toi, y’a l’amour et y’a moi », il s’exclamait « Ça, il nous l’a volé, ma Rosalie ! Tu te rappelles ? » et je savais qu’il faisait allusion à cette soirée précise.

Pendant les jours qui suivirent, je me demandais souvent quel goût aurait l’amour dans les bras d’un italien. Quand je les entendais rire, parler entre eux, quand je les voyais arriver, transporter les matériaux, les outils, quand je les observais travailler, quand ils mangeaient sur la grande table improvisée, j’essayais de deviner dans les bras desquels je succomberai…

La veille de cette fameuse fois, Toine nous demanda si nous étions toujours d’accord et nous précisa qu’il serait plus prudent qu’elle ait lieu dans la maison pour des questions de discrétion. Je passai les heures suivantes dans un état d’excitation totale, je veux dire une excitation pas uniquement sexuelle, mais tous mes sens étaient en alerte, y compris mon imagination.

Ce jour-là, aucun ouvrier ne vint travailler sur le chantier, je trouvai que Toine était vraiment passé maître dans l’art du suspens. J’avais pensé deviner quels hommes me feraient chavirer en observant ceux qui viendraient, mais je me trompais lourdement.

Alors que je m’attendais à frémir sous les caresses d’un fier italien, Pierrot et Toine arrivèrent avec des hommes qui, comme eux, revenaient de la guerre, ils tinrent à leur répéter en notre présence que nous n’étions pas des putains d’un bordel de campagne, mais leur futures épouses et que nous méritions leur respect.

Nous avions préparé un petit banquet, Nathalie et moi, composé de pâtisseries, d’autres gourmandises et de boissons variées. Nous fîmes connaissance en grignotant, je notai qu’ils veillaient à ne pas trop boire. Pour exécuter la figure de Toine, il aurait fallu deux autres hommes, mais ils en avaient invité quatre ! Nous étions aussi intimidées qu’ils l’étaient, pourtant, rapidement, l’ambiance se détendit.

Toine nous expliqua qu’il était en train de faire sa proposition aux deux premiers, quand les autres étaient arrivés et avaient demandé de quoi ils parlaient. « Je n’ai pas eu le cœur à mentir, et je me suis dit « Pourquoi pas? », mais si vous ne voulez pas, on peut tout à fait passer la soirée à parler et nous exécuterons la figure une autre fois »

Nous nous sentions de plus en plus à l’aise les uns avec les autres, quand Neuneuille, nous le surnommions ainsi, non pas parce qu’il était borgne, mais parce qu’il gardait l’œil droit toujours grand ouvert, nous dit que nous n’avions pas à craindre une maladie, que les fois où il était allé au bordel, il avait toujours mis sa « capote réglementaire ».

Ni Nathalie, ni moi n’en avions vu avant, il la sortit de sa boite métallique et nous la montra, « bien lavée, bien talquée, comme au premier jour ! », nous demandâmes à Toine et à Pierrot pourquoi ils ne nous avaient jamais montré les leur, Pierrot avait perdu la sienne, mais il ne savait où et Toine l’avait échangée contre du tabac quand il était au front.

Et puis, de toute façon, la fiancée que j’avais là-bas était propre, elle ne m’aurait jamais refilé la chtouille !

Il dit ça avec un grand sourire, en tendant la main, comme pour me désigner. Nathalie eut un hoquet de surprise et se retourna vers moi, entre colère et déception.

Je te jure… ce n’était pas moi !

Comprenant la méprise, Toine éclata de rire

Hé, mais que vas-tu imaginer, Pitchoune ? Je ne te parle pas de Bouton d’Or, je te parle de ma main ! Tu crois que si on avait couché ensemble là-haut, elle aurait été surprise en découvrant mon membre à Nice et que je l’aurais été devant la blondeur de sa toison ?

Nos invités étaient muets de surprise, tant de la teneur des propos de Toine que du fait qu’ils s’adressaient à nous, deux jeunes filles. Nous leur expliquâmes que nous refusions d’être vues comme des petites choses fragiles, que si nous étions capables d’écouter les cauchemars et les souvenirs tragiques de Toine et de Pierrot, les mots crus n’allaient pas nous choquer.

Il fallut que Toine explique ce dont ils parlaient avec nous et du bien que ça leur faisait, pour qu’ils acceptent enfin l’idée et pour gagner leur respect qui ne s’est jamais démenti par la suite. Eux, n’avaient personne avec qui parler, sauf d’anciens troufions, nous leur proposâmes d’être ces oreilles attentives, ces déversoirs à mauvais souvenirs, mais un autre jour.

J’ai oublié de vous dire que l’un de ces quatre hommes faisait partie des graves mutilés rentrés au village. Il avait perdu sa main gauche et les trois-quarts du bras droit. Il ne pourrait jamais plus travailler à la ferme, ne vivait que de sa maigre pension et n’avait aucun espoir de rencontrer une femme, il ne le souhaitait d’ailleurs pas, il aurait été un fardeau pour elle. Il avait certes une prothèse, mais sa voix se brisa quand il nous dit  

— Dire que je ne saurai jamais à quoi ressemble la douceur d’un sein dans le creux de ma main…

Émue par son chagrin, je m’approchai de lui

Mais au moins, tu peux goûter à la douceur d’un baiser que tu déposerais sur le mien…

J’ouvris mon corsage, j’aurais pu entendre battre son cœur tant il cognait fort et tant le silence s’était fait quand je m’étais levée, sa respiration était saccadée, quand il murmura « Laisse-moi te regarder, contempler cette merveille, oh que c’est beau ! » Je me dévêtis totalement « Regarde, voici un corps de femme »

Je levai les yeux au ciel et soupirai, indulgente, quand les autres me demandèrent de tourner sur moi, pour admirer et s’étonner de ma blondeur. Celui qui était resté silencieux jusque là ne put s’empêcher de me demander

Mais comment t’as fait ça ? C’est de naissance ou…?

Tu crois que je suis née avec un corps de femme ? Tu as vu mes cheveux, je suis blonde… oh pis vous m’agacez avec ça ! Si vous continuez, je vais remettre ma culotte !

Puis, me retournant à nouveau, je m’approchai du mutilé et entrepris de le dévêtir. Sa bouche me disait « Non ! », mais ses yeux me hurlaient « OUI ! S’IL TE PLAÎT, OUI ! » je décidai de rester sourde à sa voix pour n’écouter que son regard.

Tu n’as pas envie de sentir un corps de femme sur le tien ? Tu pourras profiter des caresses de mes seins sur ta poitrine… Ne refuse pas le plaisir qui s’offre à toi, essaie d’oublier ceux que tu ne pourras pas connaître… Profite… profite tout simplement…

J’offris mon sein à sa bouche et quand il l’embrassa, je ne pus que m’écrier

Nathalie ! Nathalie ! Viens ! Viens !

Ils étaient tous frappés de stupeur, Nathalie s’approcha, vit mon regard et comprit… elle retira son corsage, sa chemise et offrit à son tour sa poitrine aux baisers de cet homme sans main, avec un bras en moins. Je lus dans son regard qu’elle ressentait la même chose que moi, que sa surprise avait été aussi grande que la mienne. Je la bousculai un peu « À mon tour, maintenant ! »

De toute ma vie, je peux l’affirmer désormais, je n’ai, nous n’avons jamais connu un homme capable de nous embrasser comme il le faisait. Il nous est arrivé, même bien après cette première soirée, d’aller le voir rien que pour le plaisir de nous laisser aller à ses baisers. Quelque soit la partie de notre corps qu’il embrassait, ses baisers atteignaient la perfection. Avec le temps, il prit de l’assurance et se faisait désirer, nous aimions bien entrer dans son jeu, l’aguicher, le supplier… et puis, ses baisers étaient la promesse d’autres plaisirs, parce qu’il était un amant exceptionnel. Nous l’avons dès lors appelé « Bouche divine ».

Toine et Pierrot qui avaient craint qu’il nous ait fait mal, furent soulagés quand Nathalie leur fit signe d’approcher « Ouh fan de Diou, regardez où ses baisers transportent notre Rosalie ! ». Je ne pouvais me résoudre à arracher mon sein de sa bouche, il fallut que Toine fasse une remarque amusée et coquine « Ho, Bouton d’Or, tu ne veux pas qu’il te goûte plus bas ? » pour que je consente à faire cesser ce baiser. Je m’allongeai sur le lit improvisé que nous avions installé dans la salle, écartai mes cuisses « Oublie que tu n’as plus de main, laisse faire ta bouche… ! »

Il me fit jouir encore et encore avant que je réalise que tout le monde était nu et que Nathalie avait commencé à exécuter la figure de Toine. Elle faisait semblant de se plaindre « Je ne peux pas tout faire à moi toute seule, Rosalie ! »

Nous étions tous passablement éméchés, ce qui n’est en rien une excuse, si nous ne l’avions pas été, je ne pense pas que les événements se soient déroulés autrement, mais l’ivresse générale a permis que cette première soirée se passât dans la joie et les rires.

Quand « Bouche divine » me laissa reprendre mes esprits, encore tout surpris de pouvoir donner autant de plaisir alors que j’étais la première femme qu’il embrassait, je m’aperçus que l’homme d’ordinaire silencieux ne cessait de parler, de commenter ce qu’il faisait, ce qu’il voyait, ce qu’il ressentait avec des mots aussi amusants que crus, Toine venait de le tancer, sur le ton de la plaisanterie

Ho Barjaco, tu vas parler tout le temps comme ça ?

C’est dans mon sang ! Oh boudiou, arrête de me sucer, je veux profiter de la Rosalie et… oh boudiou, mais cesse donc, tu vas me faire venir, coquine !

Il se retira de la bouche de Nathalie dans un grand bruit flasque, un peu vulgaire et terriblement excitant à la fois.

Chez nous, les hommes parlent pendant la chose… ça nous plaît, c’est comme ça, c’est dans notre sang !

Rosalie, la bouche libérée de ce sexe, un peu coquine surtout curieuse demanda

Et les femmes de ta famille, elles parlent aussi ?

« Barjaco » éclata de rire

Elles se contentent de gémir et parfois, elles approuvent « oh oui ! oh oui ! », mais je ne sais pas quoi…

En 1919, trois générations cohabitaient dans la ferme de Barjaco, d’après certains commérages, il semblerait que cette tradition ait perduré avec ses fils qui doivent avoir la cinquantaine, maintenant.

Barjaco et le quatrième complice vinrent nous rejoindre, mais je leur demandai d’attendre un peu, je voulais offrir à « Bouche divine », ce qu’il n’osait me demander. Je lui chuchotai « Veux-tu que je sois ta première fois ? », il me sourit, soulagé. Je poursuivis « Nous serons à égalité, puisque ce sera la première fois avec une capote, pour moi », ses lèvres collées à mon oreille me susurrèrent un doux « Merci ».

Je lui demandai de s’allonger, je serai ainsi plus à mon aise pour enfiler le manchon de caoutchouc et je m’empalai lentement sur lui, un peu surprise de ce contact étrange dans mon corps, qui me donnait l’impression de faire l’amour à un objet plus qu’à un homme, mais nos regards me suffisaient, ses yeux se noyaient dans les miens, je voyais ses lèvres s’entrouvrir, comme gonflées de plaisir, je me penchai sur lui, et nous nous embrassâmes.

Fut-ce notre baiser, le contact de mes seins sur sa poitrine, la vigueur de ce membre caoutchouté, le contact de mon bouton sur son pubis ? Je fus secouée par un orgasme violent qui le fit jouir à son tour, bien avant qu’il ne l’eut souhaité. Poursuivant mes caresses, mes baisers, je le rassurai « La soirée ne fait que commencer ».

Un peu avant minuit, je caressais Bouche Divine d’une main, Gentil Coquelicot de l’autre, tout en suçant Barjaco. Pendant ce temps, Nathalie profitait des corps de Neuneuille, de son Toinou et de mon Pierrot.

Nous passâmes des uns aux autres avec un plaisir croissant, au fur et à mesure que nous apprenions à nous connaître, à plaisanter de nos complexes, le quatrième invité, par exemple, était plutôt bel homme, mais ce qui le minait, c’est que sous le coup d’une forte émotion, d’une surprise, de l’excitation, de la jouissance, il devenait tout rouge, pas seulement des joues, mais de la racine des cheveux jusqu’au nombril, nous balayâmes ce complexe en le surnommant « Gentil coquelicot ». Bien sûr, au début, il crut que nous le moquions, mais nous lui prouvâmes qu’il avait tort en lui montrant comme ça nous excitait, comme ça nous faisait jouir de le voir s’empourprer ainsi.

Le jour se levait quand ils repartirent avec la promesse de nous retrouver bien vite. Nous étions à nouveau tous les quatre, plus unis que jamais, je regardai mon Pierrot se gratter le menton, comme il le faisait toujours quand sa barbe naissante commençait à le démanger, Toine avait les yeux dans le vide, mais son sourire était serein, apaisé, il était heureux tout simplement heureux, Nathalie chantonnait en se lavant dans le tub. Touchée par je ne sais quelle inspiration, je la rejoignis, lui chuchotai quelques mots à l’oreille, elle se mit à glousser, nous entendant pouffer, Pierrot nous demanda ce qu’il nous arrivait.

Pour une fois, Rosalie a trouvé le nom idéal pour la figure et avant toi, mon Toinou et tu n’en trouveras pas de mieux !

Nous ricanâmes de plus belle.

Ho, Bouton d’Or, ne nous fais pas languir ! Quel nom lui as-tu donné ?

L’amicale des anciens combattants !

Une journée déterminante dans la vie de Rosalie

Les souvenirs de Tatie Monique – Le mariage – La cérémonie

Bonne-Maman et Nathalie avaient organisé un déjeuner en famille, auquel n’assisteraient ni Alain, ni Catherine, prétextant qu’avec ce double mariage, nous serions trop accaparés par les invités lors du vin d’honneur et de l’apéritif dînatoire qui suivraient la cérémonie.

Nous devisions joyeusement comme on peut le faire quand on est heureux de se voir, mais qu’on ignore combien d’années nous sépareront de la prochaine rencontre. Après le dessert,  pendant que le café passait, je me levai et annonçai que je devais rejoindre Catherine pour nous préparer et mettre au point certaines détails de la cérémonie.

Dans la rue, je fermai les yeux, soulagée de constater qu’il restait assez de sperme d’Alain dans mon sexe pour que je le sente couler et mouiller ma culotte. Je retrouvai Catherine devant la petite mairie. Joseph avait accepté d’être le complice de la surprise que nous réservions au notaire, il riait sous cape, comme un gamin farceur. 

Catherine lui avait confié le soin de nous apporter nos tenues, parce que nous voulions respecter la tradition et ne pas les dévoiler à nos fiancés avant la cérémonie. Nous voulions lire l’émerveillement dans leurs yeux quand nous les rejoindrions sur le parvis de la mairie.

Nous pénétrâmes dans le petit hôtel de ville, nous enfermâmes dans la pièce qui tenait à la fois d’archives municipales et de débarras pour y revêtir nos beaux atours. Nous entendîmes le notaire discuter avec Joseph, il savait que nous nous changions et expliquait à notre complice qu’il voulait répéter son discours et vérifier que les registres ne comportaient aucune erreur. Il chargeait Joseph de faire le guet pour empêcher quiconque d’entrer inopinément dans l’une des deux pièces.

Avant de boutonner ma robe, Catherine glissa sa main entre mes cuisses et, constatant l’humidité de ma culotte, me susurra « Ça va, il en reste ! », je devinai son sourire, l’éclat de ses yeux. Elle me caressa les seins en m’affirmant aimer peloter une future mariée le jour de ses noces.

Je me retournai, l’embrassai, la caressai à mon tour. Elle n’avait pas encore enfilé sa robe. Bon sang, qu’elle était belle avec ses dessous de dentelle blanche ! Je glissai à mon tour ma main entre ses cuisses. « Ne t’inquiète pas, j’ai fait le plein avant de venir ! ». Nous ne parvenions pas à calmer notre fou-rire. Comment une telle horreur avait pu sortir d’une aussi jolie bouche ?

J’eus du mal à boutonner sa robe, prenant soudain conscience de l’importance de cette cérémonie. Catherine me maquilla, je maquillai Catherine, nous posâmes les diadèmes sur le dessus de nos têtes, rabattîmes le voile qui devait masquer notre visage et vérifiâmes que la traîne de chacune « tombait bien ». Satisfaites, nous sortîmes du petit local et nous dirigeâmes vers la grande salle qui tenait lieu de salle des mariages et des délibérations du conseil municipal.

Joseph siffla d’admiration quand il nous vit « Toute la beauté du monde incarnée en deux femmes ! », je me sentis rougir de ce compliment. Nous toquâmes à la porte et entrâmes, avant d’y avoir été invitées.

Le notaire, surpris, releva la tête. Ses yeux pétillaient quand il nous sourit. « Je répétais mon laïus » Qui d’autre que lui employait ce terme ? ! Catherine s’approcha de la grande table où se trouvaient deux gros registres, divers papiers et le discours, prit le tout dans ses bras et les posa sur un des bancs du deuxième rang. Quant à moi, je m’emparai de l’écharpe tricolore, en ceignis le notaire, puis nous nous allongeâmes, les jambes pendantes, nos robes relevées sur nos cuisses écartées, en travers de la table derrière laquelle il officierait dans moins d’une heure.

– Justement… on avait pensé que…

– … pour ne pas bafouiller, il te faudrait…

– … donner un peu d’exercice…

– … comme un échauffement

Et, d’une même voix

– … à ta langue !

– Mais vous êtes… diaboliques !

Néanmoins, il s’exécuta avec toute sa science. J’aimais comme ses doigts écartaient le tissu de ma culotte, sa langue gourmande… J’aimais l’hésitation dans son regard. Devait-il faire jouir l’une et ensuite, l’autre ou butiner de ci, de là ? Catherine ne lui laissa pas le choix. Elle maintint sa bouche collée sur mon minou, pendant qu’elle et moi nous embrassions, n’ayant dégagé que nos bouches de nos voiles pudiques. 

Le notaire se montra plus habile encore que d’ordinaire. Je jouis rapidement. Il semblait vouloir aspirer tout mon plaisir au travers du tissu de ma culotte. Mon pied frôla son pantalon et je sentis sur ma cheville la puissance de son érection.

Nos doigts avaient froissé ses cheveux, reprenant son souffle, la bouche luisante, il s’apprêtait à faire de même à Catherine. Elle tint à s’excuser par avance du sperme d’Alain qui inondait sa culotte.

– Tu sais bien que j’aime ça ! Ne fais pas l’innocente !

– Qu’est-ce qui t’excite tant ?

Catherine venait de poser la question que je n’avais jamais réussi à formuler. Le notaire, soudain sérieux, chercha les mots précis avant de nous répondre.

– Quand vous êtes pleines de son sperme, quand je le vois vous faire l’amour, quelque soit l’orifice qu’il honore, je pense au regard, au corps de ma femme si elle était à votre place et ça m’excite incroyablement.

Baissant la voix, il ajouta « Voilà, vous connaissez mon lourd secret. »

– Fais-moi jouir avec ta langue, que je réfléchisse mieux !

Catherine appuya la tête du notaire entre ses cuisses. Elle retenait ses cris, comme j’avais dû contenir les miens quelques minutes auparavant. Elle ondulait. La voyant faire, j’attrapai les doigts du notaire, agrippés au rebord de la table et m’en servis pour me faire jouir dans une caresse rapide avant de rabattre mon voile sur mon visage. Catherine jouit à son tour. À son sourire, je sus qu’elle avait trouvé la solution.

Nous venions de poser pied à terre quand nous entendîmes Joseph saluer bruyamment la secrétaire de mairie venue assister le notaire, qui tentait de masquer son érection derrière l’écharpe tricolore, nous lui affirmâmes que si elle la remarquait, ce serait à cause d’un regard mal placé. Ses lèvres luisaient encore, je les lui essuyai d’une caresse de mon pouce.

Avant que la secrétaire n’entre, tandis que nous remettions tout en place, je m’adressai au notaire, au travers de mon voile et lui demandai « En quoi aimer offrir et recevoir du plaisir est diabolique ? » Vaincu, il haussa les épaules, ce fut ma première victoire de ce qu’il nomma, par la suite, nos joutes philosophiques.

Quand nous sortîmes de la mairie, encadrant Joseph « Notre ami a-t-il goûté votre douce surprise ? » « Il me semble bien ! », je fus saisie en voyant nos époux si beaux. Ils nous regardaient comme si nous étions une apparition miraculeuse. Nos invités, les villageois se tournèrent vers nous quand le bavard s’exclama « Fatché ! Qu’elles sont belles ! » puis, se retournant vers Christian et Alain « Autant qu’ils sont beaux ! »

Le soleil rebondissait sur les murs des maisons, sur le dallage de la place, même le monument aux morts semblait nous sourire. Je ne sais pas qui a commencé à applaudir, mais bientôt, tout le monde battait des mains. 

Je regardai mon père, fier et heureux, ma mère essuya une larme, mais bientôt je n’eus d’yeux que pour Bonne-Maman et Nathalie qui se tenaient par la main. Qui dans l’assistance, à part nous six, aurait pu deviner ce que ce geste signifiait ?

Christian et Alain nous reprochèrent notre beauté, nous accusant d’avoir voulu les faire mourir d’admiration avant la cérémonie. Nous leur retournâmes le compliment.

J’avais promis aux fillettes de la petite classe le rôle de demoiselles d’honneur. Je souris, émue de les voir prendre place pour tenir nos traînes, quatre gamines sur chaque voile… pourvu qu’aucune ne tombe, sinon… Dans cette école, il y avait un garçon, toujours prompt à la bagarre, rétif à l’ordre, craint plus qu’apprécié des autres écoliers. Il se tenait à l’écart, pour une fois bien habillé, à peu près bien coiffé, étrangement gracieux. Quand je vis Alain s’approcher de lui, se pencher et lui murmurer quelque chose à l’oreille, il se gonfla d’orgueil, hocha la tête en guise d’approbation et fendit la masse des autres bambins, un sourire éclatant d’une oreille à l’autre. « Ce sera notre garçon d’honneur » je l’avais compris avant même que Christian me le précise.

La cérémonie fut splendide. Quand le notaire nous demanda de soulever nos voiles pour qu’il puisse constater de visu que nous étions bien celles que nous prétendions être, ses pommettes se teintèrent de rose. Je lui souris avant de me tourner vers Christian. « Tu étais si belle… et ton regard clair et pur… et le notaire… j’ai tout de suite compris ce que vous veniez de faire. Je t’aurais volontiers culbutée, là… devant tout le monde ! Mais il y a des choses qui ne se font pas… surtout devant ma maman ! »

Je me souviens aussi très bien de ce petit coussin, où reposaient nos alliances, tenu à bout de bras par ce gamin, gonflé d’orgueil qu’on le remarque pour autre chose qu’un méfait. Je me souviens de Christian ayant du mal à me passer l’anneau « Boudiou ! C’est qu’elle est encore vierge ! Tu verras, ça rentrera tout seul cette nuit ! » Les éclats de rire dans la salle, le regard en biais que je lançai au bavard, son air jovial et innocent. 

– Vous pouvez embrasser la mariée

– Oh fatché ! Il va nous la dévorer toute crue !

L’hilarité générale, les gros yeux et le coup de coude dans les côtes que sa femme lui décocha.

Et puis, ce fut un tourbillon. La sortie de la mairie, les photos de groupe, en couple.

– Les deux couples ensemble !

– Avec les parents.

– Et les mamies !

– Et les témoins !

– Et la famille, maintenant !

L’entrée dans la salle des fêtes. Le parfum enivrant de nos fleurs préférées. Les toasts que l’on s’apprêtait à porter. Une silhouette familière, mais que je ne reconnaissais pas. Un jeune homme aux cheveux ras. « VIVE LES MARIÉS ! », la silhouette qui se retourne. L’étudiant, le cousin de mon Christian ! Son sourire. « Je peux ? » « Et comment ! » Ses bras m’enlaçaient, je le remerciai et lui demandai ce qu’il devenait. Il avait repoussé, de sursis en sursis, son incorporation, et avait finalement opté pour un service outre-mer, et prononça le mot magique « coopération », qui était à l’époque l’aristocratie des troufions. Christian et Nathalie, leur grand-mère, l’avaient invité, lui demandant le secret afin de me faire la surprise. Sous le coup de l’émotion, je criai « JE T’AIME, MON CHRISTIAN ! » à l’instant précis où les conversations se calmaient, laissant place à un silence soudain.

La musique retentit, Catherine, Alain, Christian et moi ouvrant le bal. Petit à petit, les invités nous rejoignirent. Une danse en entraînant une autre. L’alcool coulait à flots, les fumées de tabacs blonds et bruns se mélangeaient, envahissant la salle. 

Je remarquai Alain dansant avec la femme du notaire, le clin d’œil de Catherine m’indiqua que son plan fonctionnait.

Un peu plus tard dans la soirée, je parlais avec ma mère, quand le notaire s’excusa auprès d’elle. « M’autorisez-vous à vous emprunter votre fille ? J’aurais un détail amusant à lui faire découvrir », d’un mouvement de tête, il invita également Catherine et Christian à le suivre.

À l’étage, entrouvrant une poste, nous vîmes « Madame le Notaire », la tenue en désordre, se faire culbuter par Alain, qui avait laissé tomber la veste, mais avait gardé son beau costume, son sexe qui sortait par la braguette, paraissait encore plus énorme que d’habitude.

Comme une mauvaise bande stéréo, j’entendais les « Alain… Alain… nous sommes fous… ooohhoohh… Alain… mais… Alain… mais que faites… ooooOOOOooohhh… Alain… Alain ! Osez tout ! » de la femme du notaire, tandis que dans mon dos, je l’entendais chuchoter « OUI ! Oh oui, Alain ! Baise-la bien ! Oui ! Encore ! Comme ça ! Oh oui ! Baise-la fort, ma femme ! Comme tu sais si bien le faire ! », tout en le sentant se branler.

Je croisai le regard de Christian, celui de Catherine. Sans un mot, elle et moi nous agenouillâmes, prenant soin de relever nos robes pour ne pas les salir. Nos langues dansaient sur son sexe pendant qu’il regardait sa femme se faire baiser, comme il n’aurait jamais osé en rêver. 

Christian dit à mi-voix « Une telle cérémonie mérite bien une cravate, monsieur le notaire ! », je dégrafai le haut de la robe de Catherine, juste assez pour qu’il puisse glisser son sexe entre ses seins généreux. 

Je nous vis, une fois encore comme échappée de mon corps. Le notaire, la queue entre les seins de Catherine, observant son épouse se faire baiser par Alain dans la pièce d’à côté, moi à quatre pattes aux côtés de Catherine, léchant le gland, la hampe de ce membre qui disparaissait et réapparaissant à allure régulière dans le fourreau soyeux, chaud et cuivré de la poitrine généreuse de mon amie. Christian qui tantôt faisait le guet, tantôt regardait Alain, tantôt le trio que nous formions avec le notaire et qui se branlait, le sexe enveloppé de mon voile blanc. 

– Ô, pute vierge ! Mets-toi à genoux, que je te vienne dans la bouche !

Le notaire attrapa le visage de Catherine entre ses mains et jouit du regard surpris de sa femme quand Alain « ouvrit le robinet ». Christian répandit sa semence sur mon voile et sur mes cheveux.

Nous nous hâtâmes de redescendre avant que la femme du notaire ne s’aperçoive qu’elle avait été observée, prenant du bon temps avec l’un des deux mariés. 

Quand nous arrivâmes dans la salle, les invités au vin d’honneur commençaient à rentrer chez eux. Bonne-Maman parlait avec ses filles et leur époux, Marie-Claire vint à ma rencontre. M’embrassant, elle s’excusa de devoir nous abandonner, elle se sentait fatiguée. Je la crus volontiers, les crispations de son visage, les cernes apparues brusquement ne laissaient place à aucun doute. J’embrassai Jean-Pierre et leur dis « À demain ! »

Nathalie parlait avec un papy que je crus être un parent éloigné, mais Christian ne le connaissait pas non plus. Il me faisait cette réflexion, quand nous remarquâmes l’éclat dans leurs yeux, leur sourire et leurs mains qui s’interdisaient les caresses dont elles avaient envie.

Un peu plus tard dans la soirée, la voix du notaire retentit, couvrant le brouhaha.

– Votre attention s’il vous plait ! On m’informe que les mariés sont priés de rejoindre les véhicules qui les mèneront à l’hôtel réservé spécialement pour eux !

Cette longue et merveilleuse journée se termine en apothéose par la nuit de noces

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