La nouvelle vie d’Odette – L’amour est enfant de bohème, il n’a jamais jamais connu de loi *

Le mois de janvier s’écoulait paresseusement, la vie avait repris son cours normal au mas après l’agitation de la fin décembre. Jim avait trouvé sa place parmi nous et passait beaucoup de temps avec Marcel et Vincent à parler avenir et agriculture. J’aimais quand l’un ou l’autre venait nous raconter leurs discussions épiques voire leurs disputes sur tel ou tel choix, mais ils finissaient toujours par s’accorder sur un point : Le petit Vincent est bien gentil, mais il n’y connaît rien. Ce qui n’était rien d’autre qu’une marque d’affection et l’affirmation nette que Jim avait enfin trouvé sa famille, son chez-soi.

Cathy m’avait proposé d’aller au cinéma avec elle. Le film nous avait plu, nous en avions parlé sur le chemin du retour. En me garant devant sa maison, elle me dit soudain « Il en a mis du temps, mon Alain, pour avoir des cheveux blancs ! » Elle éclata de rire et se demanda pourquoi cette idée lui avait traversé l’esprit. J’en profitai pour lui demander de me raconter leur histoire.

– Tu as du temps devant toi ?

– Oui et de toute façon, si je ne l’avais pas, je le prendrais !

Je repris donc le volant et me laissai guider. À environ trente kilomètres de sa maison, elle me demanda de me garer.

Je repris donc le volant et me laissai guider. À environ trente kilomètres de sa maison, elle me demanda de me garer. Nous marchâmes quelques minutes, Cathy râlait parce que les lieux avaient été tout salopés pour accueillir les touristes.

– Voilà. C’était là… c’est ici que je l’ai rencontré la première fois… Hou fan… si j’avais pu deviner qu’on ferait notre vie ensemble ! J’étais mariée depuis six ans avec Paulo. En six ans, je m’étais fait un nom parmi les partouzeurs du coin. Té, me regarde pas comme ça ! J’aimais ça, être la Cathy la belle salope, la reine des parties fines ! Paulo n’avait pas encore acheté sa belle camionnette… On nous avait parlé d’un gars monté comme un taureau, mais je demandais à voir, parce qu’entre ce qu’ils pensent d’eux-mêmes et la réalité, il y a souvent un monde. Remarque, c’est pareil pour nous autres… des fois, on se croit super ceci ou super cela, que les hommes pensent à nous comme ci, comme ça… et pis les hommes… Bé… ils pensent pas comme nous croyons qu’ils pensent ! C’était en 69… au printemps 69…

– Mireille te dirait qu’il faut y voir un signe du destin… 69…

– Parce que toi, t’y crois pas aux signes du destin, toi peut-être ?!

– Pas autant que vous deux, c’est sûr !

– Tu sais pourquoi ? C’est parce que vous, les filles du Nord, c’est du jus de navet qui coule dans vos veines ! C’est quoi ce sourire ironique ?

– Fille du Nord… c’est ça qui m’a fait sourire… avec un père ivoirien…

– Je me comprends.

Je repensais à ce que Monique dit tout le temps à propos de Cathy. Elle n’a pas sa pareille pour attiser le désir, que ce soit pour le sexe, la nourriture ou te raconter un film,une anecdote

– Tu te souviens de cette époque ? Les hommes avaient les cheveux longs, au moins la nuque, certains portaient la barbe, ou la moustache, d’autre des rouflaquettes… Même les plus sérieux… Le Notaire, par exemple… Hou fan de Diou, faudrait demander à Madame qu’elle te retrouve des photos de l’époque ! Avec ses belles boucles, oui, des boucles ! Et ses longues pattes… ! Même s’ils ne les gardaient pas longtemps, les pantalons « pattes d’eph », les chemises avec les cols pelle à tarte… Mais bon, que veux-tu, c’était la mode…

J’étais occupée avec quelques amis quand il est arrivé sur son solex. Les cheveux ras du bidasse, maigre comme un coucou dans son treillis… J’ai tout de suite remarqué qu’il en avait une grosse, mais j’ai pensé que c’était à cause de la coupe de son pantalon. Quand il l’a retiré…

– T’as compris ton erreur !

– Exactement ! Je t’ai dit qu’il avait fini son service, mais ce n’est pas tout à fait ça… C’était sa dernière perm, avant celle de presque un mois et d’être… heu…

– Libéré des obligations militaires.

– Oui, c’est ça « Libéré des obligations militaires ». Il avait un peu picolé pour fêter son retour prochain à la vie civile et un peu plus pour se donner du courage… Comme je te l’ai dit, j’avais déjà ma petite réputation et il n’avait jamais partouzé avant. Il avait déjà couché de-ci de-là, mais de façon plus traditionnelle, si tu vois ce que je veux dire… Quand il s’est mis à poil… hou, fan de Diou ! J’ai eu envie de me le régaler de partout ! Je devais faire une drôle de tête parce qu’il a eu un petit sourire… tu sais, celui de quand on s’excuse. Je me suis assise là… Ils l’ont retiré, mais il y avait un banc. Pourquoi ils l’ont retiré si c’est pour rien mettre à la place ?!

– Surtout que ça mériterait une stèle commémorative, avec une petite plaque et tout !

– Vas-y, moque-toi, femme sans cœur ! Moque-toi ! Je me suis assise et je lui ai fait signe d’approcher… Avec ses cuisses toutes maigres… fan… on aurait cru que son membre était plus épais qu’elles ! De tout près, même si le soleil était couché, je voyais bien qu’il était super excité à l’idée que je le suce…

– Ben, quel homme ne le serait pas ?

– Non ! Pas excité « normalement », mais… un peu trop… Un tel membre… Je ne voulais pas gâcher cette première pipe en le faisant venir trop vite. Tu vois ce que je veux dire ? Je voulais qu’il en profite longtemps et m’en régaler longtemps aussi. Je ne savais pas que je le reverrai. Alors, je lui donnais que des petits coups de langue. Les autres me regardaient et me moquaient de ma timidité. Pour les faire taire, je les suçais chacun leur tour et je revenais à Alain… À chaque fois, je lui en faisais plus… Hou fan ! Je n’avais jamais eu une queue aussi grosse dans ma bouche, mais on s’accordait bien quand même… Il regardait les autres se branler, commenter, m’encourager. Je me souviens que ça me faisait tout drôle quand je levais les yeux, ses cheveux étaient si courts et ses poils si longs… et puis, il m’a posé une drôle de question.

Cathy interrompit son récit, elle ferma les yeux comme pour se replonger dans ses souvenirs. Elle cherchait les mots exacts, ce qui la rendait à la fois plus belle et plus fragile. Les yeux toujours fermés, elle sourit, les rouvrit.

– « Je peux vous toucher les seins ? » Ils ont tous ri, Paulo lui a dit « Au point où tu en es, tu peux la tutoyer ! » J’ai réalisé que je ne connaissais pas son prénom. Je l’ai regardé, lui ai tendu la main. « Je m’appelle Catherine, enchantée de faire ta connaissance ! » Il m’a fait le plus beau des sourires. « Tout le plaisir est pour moi, Alain pour vous servir ! » Avant de lâcher sa main, je l’ai posée sur mon épaule pour qu’il touche mes seins, mais il a d’abord caressé ma joue. Quand il a fait courir ses doigts vers mes seins, j’ai arrêté de le sucer. J’ai tendu mon visage vers le sien, il s’est penché, on s’est embrassés. Il s’est mis à genoux devant moi. Il me caressait les jambes, les cuisses, le ventre, les seins, je sentais son souffle sur ma peau. J’ai écarté mes cuisses… hou fan ! Quand j’y repense, j’ai des frissons de partout ! Je me disais « s’il me baise aussi bien qu’il me lèche… » J’entendais la voix de Paulo, celle des autres hommes, mais je ne cherchais pas à écouter leurs mots, ils parlaient au même rythme que les ondulations de mon plaisir. La langue d’Alain faisait connaissance avec mon minou et tout le monde appréciait…

– Tout le monde ?!

– Oui… Paulo était dans ma bouche et les autres se branlaient. Ils me connaissaient et savaient qu’au plus je prendrai mon plaisir avec Alain, au plus je leur en donnerai après… N’y tenant plus, Alain s’est relevé, il m’a demandé « Je peux ? » Je n’avais pas envie que Paulo sorte de ma bouche, parce que… J’aimais vraiment Paulo, on se connaissait si bien… Il a répondu pour moi « Elle n’attend que ça ». Comme il avait peur de me blesser, de me faire mal, il m’a prise tout doucement. Moi, je croyais qu’il y allait lentement pour mieux profiter, mais non. Il me l’a dit bien plus tard… bien plus tard…

Quand j’ai senti mes lèvres s’écarter, ma chatte accueillir son gland, Paulo a crié « Oui ! Comme ça ! » parce qu’il sentait… Ma bouche lui donnait la mesure de mon plaisir… Il disait à haute voix comment Alain me faisait… comment les mouvements d’Alain, le plaisir qu’il me donnait, se ressentaient dans la façon que je le suçais. Un des hommes caressait mes seins, un autre titillait mon clito. Alain et Paulo m’ont senti jouir… « Tu sens comme tu la fais bien jouir, la Cathy ? » Je sentais Alain trembler de partout, mais il n’arrêtait pas pour autant, toujours au même rythme. Il ne disait pas un mot, mais je devinais qu’il avait peur de jouir trop vite. « Vas-y plus fort ! Regarde ses yeux, ses mains, son ventre ! Oui ! C’est ça ! Plus fort ! Plus vite ! Oui, comme ça ! » Et pour la première fois, j’ai entendu Alain dire « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » Il n’arrêtait pas pour autant, mais… Comment j’aurais pu deviner pour sa particularité particulière ? Même quand le nettoyeur a dit…

– Le nettoyeur ?!

– Ah oui, tu ne l’as pas connu ! C’était un monsieur très bien, très comme il faut, avec une belle situation, bien élevé et tout et à lui, ce qu’il aimait, c’était de lécher les chattes pleines de foutre. Il venait aux partouzes rien que pour ça… C’était comme ça qu’il prenait son plaisir. Souvent, il n’avait même pas besoin de se branler pour jouir. Et tant mieux dans un sens, parce qu’il voulait qu’on lui attache les mains dans le dos… et avé les menottes, s’il vous plaît ! Au début, je trouvais ça bizarre parce que dans son métier, il donnait des ordres, mais j’ai constaté que c’était souvent le cas. Au plus ils avaient une bonne situation, au plus ils étaient sévères dans leur vie officielle, au plus ils aimaient… enfin, ceux que je connaissais qui aimaient se faire humilier, dominer étaient ceux qui étaient les plus dominateurs dans leur vie de tous les jours. Mais cette fois-là, il n’avait pas les mains attachées, il remerciait Alain et faisait remarquer aux autres comment j’avais été si remplie que ça dégoulinait. Alain faisait des yeux de gòbi.

On lui a expliqué comment nous contacter s’il voulait recommencer. Je croyais qu’on ne le reverrait plus, j’en étais sûre et certaine. Paulo disait que je me trompais. C’était déjà presque la fin de l’été quand il est revenu. Té, c’était le Notaire qui avait organisé la fête, d’ailleurs ! Quand c’était lui qui organisait, c’était toujours bien parce qu’il nous trouvait toujours de beaux endroits, dans de belles villas… C’était ça le plus compliqué pour nous, trouver un lieu où on n’était pas connus, où on ne risquait pas de voir débouler les gendarmes, d’être surpris par les commères du village ou des piliers de comptoir à la langue trop pendue… Après, quand on a eu la camionnette, c’était bien parce que je ne savais jamais où Paulo allait m’emmener, combien d’hommes me prendraient, ni qui ils seraient. Ô fan… que j’aimais ça ! Tu sais, quand dans ta tête tu te dis « Tu te fais prendre comme une chienne et ça te fait jouir comme une salope », mais qu’au lieu d’en avoir honte, tu en es super fière et que tu en es tellement fière que ça te fait jouir encore plus fort…

– Oui, je vois parfaitement ce que tu veux dire. Mais Alain ? Raconte !

– Alain ? Il est revenu ce soir-là, il avait fini son armée, il avait les cheveux à la… Tu te rappelles de Zig et Puce ? Hé bé, voilà, il avait les cheveux à la Zig et Puce, la moustache à la mode gitane… et son pantalon… Mon Dieu ! Tout serré sur ses miches de rat… Il était vraiment pas gros à l’époque… Son pantalon tout serré en haut et des pattes… même pas des pattes d’éléphant, non. Des pattes de mammouth… de dinosaure ! En velours violet… enfin, lui il dirait que je déparle que le velours n’était pas violet, mais pourpre. De toute ma vie, je n’ai jamais connu quelqu’un qui portait les fringues les plus ridicules avec autant de classe et d’élégance que lui. Et ce pantalon serré d’en haut… côté face… tu me comprends. Il revenait de Londres, il s’était offert quelques semaines de vacances avant de chercher du travail. Il ne s’en faisait pas parce qu’il avait un bon métier, dessinateur industriel, avé le diplôme et tout…

Les premiers temps, il ne venait pas souvent parce qu’il voyageait, surtout à Londres et à Amsterdam, il y trouvait des disques qu’on ne trouvait pas par chez nous. Et des vêtements, aussi. Il a commencé à venir à presque chaque fois après une discussion avec Paulo et moi. Il me baisait super bien, de mieux en mieux, mais à chaque fois, il voulait jouir dans ma bouche et quand il le faisait, il me massait la gorge pour me forcer à avaler. Un soir, il est arrivé bien avant les autres et je lui ai demandé pourquoi il le faisait, si ça l’aidait à venir ou quoi. Il m’a répondu que non, mais qu’il ne voulait pas être vu comme une bête de foire, comme un monstre, que déjà avec la taille de son membre… Alors Paulo lui a dit qu’au lieu d’en avoir honte, il devait apprendre à en tirer sa gloire et il lui a parlé de nous. Il lui a demandé s’il me méprisait d’aimer me faire baiser encore et encore, le plus souvent par des inconnus. Alain a répondu que non. Paulo a continué. « Tu me vois plutôt comme un brave cocu ou plutôt comme un sale maquereau ? » Alain ne le voyait ni comme l’un, ni comme l’autre. Alors, Paulo lui a fait comprendre qu’il ne devait pas rougir de sa particularité particulière. C’est Paulo qui a inventé l’expression.

Alain a sorti sa queue… hou fan de Diou, que j’aime le voir faire ça ! Il m’a fait son sourire charmeur, son sourire coquin et il m’a demandé « Où tu la veux, ma grosse queue ? » « Dans mon cul, mais à condition que tu jutes pas dedans, que tu me montres si c’est autant que je crois ! » Son sourire s’est crispé. « Je ne demanderais pas mieux, mais à chaque fois que j’ai essayé, j’ai fait mal à ma partenaire et j’aime tant te regarder pendant… » Paulo lui a dit ce qu’il me répétait souvent. « Pour résoudre un problème, le mieux est de commencer par l’énoncer ». Il a été chercher de la vaseline… Tu sais bien, à l’époque, on n’avait pas tous ces gels super lubrifiants, on n’avait guère que la vaseline…

– Ou les mottes de beurre !

– Misère ! J’ai l’impression d’entendre la Rosalie ! Même Monique lui préférait l’huile d’olive !

– Quoi ?! Monique trahissait donc ses origines sans vergogne ?!

– Paulo a aussi installé un miroir pour qu’Alain puisse voir ma figure, mais j’ai dit que je préférais plutôt qu’il s’installe sur le fauteuil et que je m’empale sur lui. Comme ça, je pourrai maîtriser la pénétration, la guider et aussi donner la cadence. Paulo m’a préparée, il a montré à Alain comment le faire et comment être super attentif à mes réactions. Je me souviens aussi qu’on avait mis un disque et pendant qu’Alain refaisait les gestes de Paulo, il chantait. Et que c’était la première fois que j’entendais quelqu’un dire les vraies paroles, pas des « gnouin ouingue hin hin love you ». Je crois qu’à l’époque, de tous ceux que je connaissais, il devait être le seul à parler anglais. Ça m’excitait encore plus. Il l’a remarqué. Ça l’a fait rire, surtout quand je lui ai dit que quand il parlait de Londres, c’était comme s’il était Christophe Colomb racontant sa découverte des Amériques. Il riait tellement qu’il en avait oublié ce qu’il me faisait avec ses doigts. Il s’en est souvenu quand il m’a senti jouir. « Tu es rassuré, maintenant ? Tu vois à quel point j’aime ça, il y a pas de raison pour que ça se passe mal ! » Il s’est assis. Je lui ai demandé de tenir sa queue bien droite, d’une main ferme. Je l’ai guidée jusqu’à mon petit trou et là, je lui déboutonnais sa chemise au même rythme que je m’empalais sur lui. On se regardait, on se souriait, on s’embrassait. Paulo m’a retiré mon soutien-gorge pour qu’Alain puisse sentir mes seins caresser son torse et il nous a laissés tous les deux. Il a dit que c’était pour faire patienter les « convives » qui n’allaient pas tarder, mais on savait bien tous les trois que c’était pour nous laisser ce moment rien qu’à Alain et à moi. Paulo était vraiment un brave homme ou un mec bien, comme vous dites, vous autres. Il avait à la fois une bite en acier et un cœur en or.

Grâce au Notaire, j’ai compris le plaisir que je pouvais prendre quand j’en offrais avec mes seins. Alors, je profitais du contact de mes mamelons sur la poitrine d’Alain. Je lui demandais s’il aimait ça, mais il ne me répondait pas. Par chance, ses yeux, son sourire, ses mains parlaient pour lui.

J’ai posé ses mains sur mes hanches, je l’ai embrassé et je lui ai demandé de me faire coulisser sur son membre. J’aimais le sentir au plus profond. J’aimais la douceur avec laquelle il me faisait aller et venir. Il ne détachait pas son regard du mien. « Qu’est-ce qui te fait sourire ? Je m’y prends si mal que ça en devient risible ? » Je n’en revenais pas ! Comment pouvait-il penser ça ? « Tu déparles, Alain ! Je pensais juste l’inverse, que je me demandais si tu n’avais pas un peu exagéré en te disant novice… » Il a de nouveau souri. « Vraiment ? » Et il est redevenu silencieux. Je lui avais dit de se faire confiance, d’être attentif à ses sensations, aux miennes et de suivre son instinct, ce qu’il l’incitait à faire. Hou, fan de Diou ! Il me faisait tellement… presque jouir à chaque va-et-vient, et son regard quand il espinchavo mes seins… Il sortait le bout de sa langue, mais ne cherchait pas à me les lécher. Je savais que le contact de sa langue sur ses propres lèvres augmentait son plaisir et lui permettrait de se souvenir de ce moment, plus tard. Mes seins personne ne savait quand il aurait l’occasion de les lécher tandis que ses propres lèvres… Il me faisait pousser les petits cris que j’aime tant pousser. Je me cambrais parce que j’aimais le sentir au plus profond de moi et la sensation d’avoir les fesses ouvertes comme un fruit bien mûr… et mes seins pouvaient mieux profiter de sa poitrine. Et aussi, j’aimais le contact de mon minou sur ses poils et en me cambrant, quand il m’empalait… pfiou…!

Le disque était fini, on entendait des éclats de rire et les échos d’une joyeuse discussion derrière la porte. Alain a serré mes hanches plus fort, il a pris une longue inspiration et il a accéléré les va-et-vient en les faisant plus amples, plus saccadés. Il était maigrichon, aussi je ne l’aurais pas cru capable d’une telle poigne. Fatché ! D’un seul coup, il m’a soulevée, décollée de son corps, il est sorti de moi… son membre semblait avoir triplé de volume… « Ô, pute vierge, je viens, je viens ! » Et c’est la première fois où je l’ai vu jouir. Ça ne s’arrêtait pas ! Mes seins et mon ventre en étaient couverts, j’en avais même reçu sur le front ! Alain regardait mon corps. Je lui ai demandé de me faire la promesse de ne plus jamais avoir honte de sa particularité particulière. Hou fan ! Son sourire quand il m’a répondu « Promis ! » Il a ouvert la porte et la soirée a vraiment commencé.

Les années ont passé, il venait souvent, mais ne proposait jamais de parties fines. Alain n’était pas très bavard, je ne savais rien de sa vie. Au fil des ans, il s’était étoffé. C’était vraiment un très bel homme, avec une belle situation… Je le savais de ce que j’en entendais dans ses conversations avec le Notaire et plus tard avec Christian. Pour moi, il était marié ou en concubinage. Je ne pouvais pas m’imaginer qu’aucune femme n’ait songé à lui mettre le grappin dessus.

Un voile noir a soudain obscurci le regard de Cathy. Sa gorge s’est nouée, elle déglutit bruyamment, les larmes remplirent ses yeux, elle voulut s’en excuser. Je la serrai fort contre moi et lui répondis qu’en aucun cas la vivacité de son chagrin, même quarante-sept ans plus tard était ridicule. Nous remontâmes en voiture et sur le chemin du retour, elle me raconta la mort de Paulo, son monde qui s’était soudain effondré.

– Paulo n’aurait pas dû mourir. Il ne pleuvait pas, la camionnette était en bon état, presque neuve. Il revenait de sa tournée. Il n’avait pas bu, il ne roulait pas trop vite. Il n’a pas vu un bout de ferraille sur la route, il a roulé dessus. Le pneu a éclaté et Paulo… a perdu le contrôle… il est sorti de la route et la camionnette a plongé dans un ravin. Il est mort avant qu’on le découvre. Il est mort tout seul.

Cathy me raconta les obsèques, les condoléances des partouzeurs qui avaient une bonne raison d’y participer.

– Ce n’était vraiment pas le moment d’attirer l’attention des voisins, des clients sur nos relations… amicales. Le Bavard est venu parce qu’il fournissait Paulo en fruits et légumes. Le Notaire, parce qu’il estimait souvent les biens avant les ventes aux enchères et qu’il était conseiller municipal du village voisin. Tout le monde savait qu’on se connaissait, alors il a pu venir. Joseph est venu aussi parce qu’il était un client fidèle de la boulangerie, sa femme et ses enfants étant très gourmands de pâtisseries, il est d’ailleurs venu avec elle et leur aîné. Mais Alain n’avait aucune raison d’y assister, pas plus que Christian ou Jimmy. Le Balafré m’avait saluée à la sortie du cimetière parce qu’il était le maître d’école des neveux de Paulo. Tu sais, on a beau te dire « Si tu as besoin, n’oublie pas que je suis là », tu n’oses pas demander de l’aide ou des nouvelles. Je pensais aussi que j’avais mangé tout mon pain blanc, que je mourrai veuve. Avec qui aurais-je pu refaire ma vie ? Je n’aurais pas pu mentir à mon mari en ne lui parlant pas de ma vie avec Paulo, mais en parler… Déjà, il m’aurait vue comme une moins que rien et puis, j’aurais dû « dénoncer » les partouzeurs, briser le sceau du secret et ça… Plutôt crever toute seule dans mon fauteuil que révéler nos secrets !

Peu avant d’arriver au village, Cathy me demanda si j’étais d’accord pour poursuivre son « road-movie ». Nous avons donc traversé le village, continué vers le Nord. Son silence attisait ma curiosité. Nous nous arrêtâmes sur une place. Elle ne sortit pas de la voiture, mais baissant la vitre, me désigna la boulangerie et un petit immeuble en face, au-dessus de ce qui fut une boucherie.

Peu avant d’arriver au village, Cathy me demanda si j’étais d’accord pour poursuivre son « road-movie ». Nous avons donc traversé le village, continué vers le Nord.

La suite, la suite, la suite !

*Georges Bizet, Henri Meilhac, Ludovic Halévy, L’amour est un oiseau rebelle in Carmen (1875)

La nouvelle vie d’Odette – Le bal de l’amitié

Je coiffais Émilie en vue de la grande soirée steampunk. De tous mes enfants et petits-enfants, elle est la seule à avoir les cheveux aussi crépus que les miens, hérités de mon père et ces séances de coiffure ont toujours été l’occasion de partager des moments privilégiés, d’une grande complicité entre nous. On se taquinait à propos du phénomène étrange de transfert des sensations quand elle devint soudain sérieuse.

– Je peux te poser une question à laquelle tu répondrais en toute franchise ?

– Bien sûr, ma chérie !

– Quand tu as demandé à Jimmy de te rendre ce service, c’est parce que tu as vu l’éclat du soleil sur le bracelet de sa montre, n’est-ce pas ?

– Entre autres, oui. En tout cas, c’est à ce moment que s’est forgée ma conviction qu’il était la personne idéale pour me rendre ce service.

– Et cette montre lui avait été prêtée par le bijoutier, n’est-ce pas ?

– Ah non ! C’était la sienne, Mireille a inventé cette histoire. J’ai toujours connu Jimmy avec cette montre-bracelet à laquelle il tient beaucoup, ses parents adoptifs la lui avaient offerte quand il est devenu interne au lycée.

– Quand je lui ai posé la question, il a rigolé et je ne savais plus qui je devais croire… C’est dommage, ça aurait été encore plus magique…

– Oui, comme cette histoire de philtre d’amour… Mireille a une imagination débordante dont elle use à merveille pour ajouter de la féerie à nos quotidiens.

– En parlant de féerie, c’est incroyable ce qui nous arrive, tu ne trouves pas ? Je me suis toujours sentie un peu en marge de la famille, je pensais être la seule à avoir cette libido exubérante et j’en avais un peu honte… Pas vraiment honte, mais je ne pouvais en parler à personne. Et… il n’y a même pas un an, j’ai croisé Lucas à cette fête, j’ai appris pour Martial et Sylvie. Je l’enviais d’avoir des grands-parents à qui se confier. Et puis, Jimmy a raconté votre histoire. J’étais sur le cul, mais plus j’y réfléchis, plus je m’aperçois que je n’en étais pas si étonnée que ça… et plus je comprends l’agacement de Jimmy à propos de « mémé Dédette » ! C’est comme si je ne la voyais plus quand je suis avec toi, pourtant les souvenirs liés à elle sont intacts. Tu comprends ce que je veux dire ?

– Oui, bien sûr que oui, mais dis-toi que tu as la chance de pouvoir en parler avec moi. Imagine, il a fallu que vous alliez rénover la maison d’Avranches pour que Martial et moi découvrions la vie intime, secrète de nos propres parents et que certaines de leurs réactions, de leurs attitudes prennent une toute autre résonance, qu’elles s’éclairent sous un nouveau jour…

Quand elle fut coiffée « à la princesse », comme nous le disons, Émilie partit s’habiller et je rejoignis Jimmy pour en faire autant. Il me demanda la raison de cet énigmatique sourire, je lui fis part de notre discussion et des regrets d’Émilie qui aurait bien aimé me coiffer en retour, mais mes cheveux presque ras l’en avaient empêchée.

– Comment ça, je n’ai jamais eu de montre-gousset ?! Et celle que j’ai reçue pour ma première communion, t’en fais quoi ?!

Il en sortit une de la petite poche de son gilet, l’air contrarié.

– Et le trèfle gravé au dos, c’est pour te rappeler ta douce Provence, je suppose ?

Il me prit dans ses bras, m’embrassa.

– Tu deviens trop perspicace, ma princesse d’amour, ça va devenir ardu de te duper… !

Le bal avait été organisé pour donner un alibi à Betsy et Alister, mariés chacun de leur côté et qui avaient prétexté une rencontre franco-irlandaise d’amateurs de steampunk avant les effets délétères du Brexit sur les voyages entre nos deux pays. Une fois encore, l’idée en revenait à Socrates.

Les ateliers-couture avaient fonctionné à plein régime des deux côtés de la Manche. Betsy dirigeant celui dédié à la confection des tenues de ces messieurs et côté français, Mireille avait pris les choses en main pour les tenues de ces dames. Nous y avions toutes participé selon nos compétences, si aucun de nos confrères n’avait mis la main à la pâte, c’est parce que nous tenions à leur en faire la surprise.

Le jour de la fête, aidés par les gamins, ils avaient décoré la salle des fêtes et nous avaient concocté un buffet des plus surprenants, tant par l’originalité des plats que par la vaisselle destinée à les recevoir. Gideon et Alain avaient su créer une ambiance lumineuse incroyable qui renforçait l’effet hors du temps. Ainsi quand chacun d’entre nous fit son entrée, des exclamations enthousiastes s’élevaient de toute part. Nous nous interpellions, dansions, chantions et nous photographions à l’envi.

D’ordinaire si discret, Joseph fit son entrée dans un costume des plus extravagants, Roweena à un bras, Betsy à l’autre. Il rayonnait. D’un geste, il nous invita à rejoindre nos places, quand ce fut fait, il prit la parole, la voix étrangement amplifiée comme s’il parlait dans un porte-voix.

– Mesdames et messieurs, Ladies and gentlemen, mes chères consœurs et confrères, jeunes filles, jeunes gents, laissez-moi vous proposer un petit divertissement pour donner le ton de cette soirée.

Le silence s’était fait. Je regardais cette assemblée, seuls les Irlandais ne semblaient pas étonnés. Quelle sorte de divertissement allait-il nous proposer ? Satisfait de son effet, Joseph reprit la parole.

– Mais avant tout trinquons ! Trinquons à l’amitié, à l’amour, à la fraternité, à l’espoir, à la vie et aux plaisirs qu’elle nous offre ! Trinquons au bonheur d’être unis et d’avoir su le rester au fil des années !

À chacun de ses mots, il avait tendu son verre en direction des uns, des autres. Il souriait en écoutant monter l’expression de notre curiosité impatiente. Quand il fut satisfait, il s’assit sur une chaise à droite de la scène, devant une table sur laquelle étaient posées deux boules qui servent à tirer les numéros au bingo.

– Quelques mots permettront à chacune et à chacun de venir tester dans le temps imparti, les merveilleux équipements apportés par nos amis irlandais. À son gré, la personne que le sort aura désignée pourra choisir sa, son partenaire d’expérimentation.

Alister, Gideon, Linus et Socrates installèrent sur scène deux assistants masturbatoires pour ces messieurs et leur pendant pour ces dames. Quand le matériel fut en place, que chacun eut rejoint son siège, Joseph actionna, avec tout le sérieux qu’on lui connaît, la manivelle de la première boule et annonça

– Pour une durée de cinq minutes…

Une voix féminine que je ne connaissais pas, traduisit en anglais. Je regardai Betsy et lus sur ses lèvres Aunt Molly ! Son bonheur et la surprise de la savoir complice (parce que Joseph s’était bien gardé de le lui dire) la transfigurait littéralement. Imperturbable, notre confrère actionna la manivelle de la seconde boule, en sortit un papier, le lut, sourit, appuya sur une sorte de tablette et comme sortie des entrailles de la Terre, la voix théâtrale de Molly s’éleva.

– O Earth, I will befriend thee more with rain
That shall distill from these two ancient ruins
Than youthful April shall with all his showers.
In summer’s drought I’ll drop upon thee still,
In winter with warm tears I’ll melt the snow
And keep eternal springtime on thy face,
So thou refuse to drink my dear sons’ blood.

Je ne comprenais pas le sens de ces mots, seul Gideon n’en semblait pas surpris. Joseph regarda l’assemblée, s’éclaircit la voix.

– Ô Terre, je t’offrirai davantage de pluie
Distillée de ces deux ruines
Que le jeune avril et toutes ses giboulées.
Au plus sec de l’été je t’arroserai sans cesse,
L’hiver, à chaudes larmes je ferai fondre la neige
Et vivre sur ta face un éternel printemps,
Si tu refuses de boire le sang de mes chers fils.*

Gigotant sur son siège, levant le bras, Monique sautillait impatiente comme une bonne élève (tendance fayote) pendant une interrogation orale, ce qui lui valut moult quolibets. Joseph faisait semblant de ne pas la remarquer. Elle cherchait à attirer l’attention de Martial, soudain très intéressé par le bracelet de son épouse.

– Martial… Martial ! TITI !

Joseph demanda si quelqu’un avait au moins une idée de l’œuvre et de la personne désignée par le sort. Comme s’il sortait enfin de sa rêverie, mon frère proposa « Les lettres de mon moulin » pour Jean-Luc ? Il éclata de rire, monta sur scène et invita la petite blondinette un peu surexcitée du premier rang à venir le rejoindre.

La blondinette en question voulut manifester son mécontentement en le bousculant d’un coup d’épaule avec à peu près autant de résultat qu’un moustique essayant de transpercer une porte blindée en fonçant dessus…

Le costume de Martial me fit penser à celui que Gideon portait lors de notre traversée transatlantique. Le trac avait des répercussions sur son érection. Monique lui chuchota quelques mots à l’oreille, j’ignore encore lesquels, et le problème fut résolu.

Pour garder sa liberté de mouvements, Monique devait enfiler une sorte de jarretière métallique au bout de laquelle elle choisit d’installer un modèle à plumes. En la voyant régler la jarretière, je constatais la minceur de ses cuisses.

Quand les dispositifs furent en place, Martial demanda comment déclencher le mécanisme. La voix de Socrates retentit Like that ! Les yeux exorbités par la surprise, Martial cria Outch ! tandis que Monique s’extasiait. C’est génial ! Vas-y Titi, montre-leur l’amour… ouah… littéraire ! Toujours sous le coup de l’émotion, il demanda quelle serait la vitesse. Socrates lui répondit au rythme de tes phrases. Un sourire amusé aux lèvres, il demanda Vraiment ? avant d’entamer a cappella cette chanson de Boby Lapointe que je n’avais plus entendue depuis des années, mais qui me revint tout de suite en mémoire. Ma qué c’est la loumière tango y les mouziciens zouent tango. Yo souis du pays del tango y yo lo boudrais danser si, si, si, si…

L’assistant-masturbateur de Monique suivant le rythme de celui de Martial, nous pouvions entendre ses gémissements de plaisir et de surprise à chaque accélération. Je regrettais que les anglophones ne puissent savourer les paroles, mais ça ne semblait pas les gêner outre mesure. Martial bissa la chanson, malgré sa « fatigue » pour aller jusqu’au bout du temps imparti. Bien qu’elle portât une longue robe, nous pouvions tous remarquer combien Monique vacillait, les jambes coupées par le plaisir qu’elle prenait.

Je n’aurais pas prêté attention aux signes que Martial adressait à Socrates si Jimmy ne me les avait faits remarquer. Il éjacula sous les vivas du public, y compris les miens. Pour la première fois, nos liens familiaux cessaient d’être une entrave.

La démonstration se poursuivit pour une durée variant de deux à six minutes. Les petites devinettes qui nous caractérisaient étaient très touchantes. Joseph, si réservé, avait fait preuve autant d’humour que de psychologie. Betsy était très émue de constater à quel point la cohabitation avec Joseph avait permis à Molly de redevenir celle qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, celle qui était présente dans les souvenirs de sa mère, mais qui semblait n’avoir été qu’une légende. En devinant ses sourires, ses éclats de rire contenus, elle avait eu les larmes aux yeux.

Les aléas des tirages au sort firent que Jim « Homme libre toujours tu chériras la mer » (six minutes), qui me choisit pour partenaire avait précédé Jimmy « Je suis un grand voyageur jouant la fille de l’air goûtant la complice fraîcheur de l’herbe printanière. J’adore aussi me balader dans les rues de ma cité, ouais ! À tous mes frères de l’élite sociale comme aux petites minettes pas trop mal j’proclame c’est moi le beau Walter Giuseppe Désiré Jimmy O’Malley O’Malley, le chat de gouttière » qui avait fait la même chose pour une durée de six minutes également. Joseph éclata de rire.

– Quand, à l’abri des regards, ses grands yeux noirs scrutent, qui pourrait savoir que sa blouse blanche occulte le bouillonnement de lave qui ne demande qu’à jaillir ?

Je souriais en direction de Christian quand s’éleva la voix de Molly When out of sight, her big black eyes stare… Je gémis un ooh d’une extrême lassitude, levai le pouce pour demander une pause, mais d’aucuns décidèrent de ne voir dans mon geste qu’une approbation enthousiaste, la fierté de relever ce nouveau défi. Je pris la main de Jimmy, qui dans un grand sourire déclina mon invitation. Jim me fit non de la main avant même que je le sollicite. Jean-Luc était trop occupé à admirer sa balafre pour me prêter la moindre attention. Christian me fit un clin d’œil confraternel et se leva d’un bond. Hardi, petit !

Chacun des participants avaient suivi l’exemple de Martial et entonné une chanson, en français ou en anglais, pour donner la cadence à Socrates. Après ces deux fois six minutes, il me fallait non seulement en tenir quatre, mais surtout chanter. Je demandais à Linus de me soutenir si j’oubliais les paroles, ce qu’il accepta à condition d’être aux manettes. Notre duo complice sur The view from the Afternoon rencontra un grand succès et je reçus comme un compliment la remarque de Christian m’accusant d’avoir voulu attenter à sa vie. Il m’embrassa avec tant de passion que ce premier baiser échangé sur scène ce soir-là fut accueilli par des sifflets et des hourras fort flatteurs, ma foi.

– Elle était prédestinée à se faner dans le vase aride des convenances conjugales, mais n’ignorant rien des signes du destin et de ses mystères, elle a ravi le cœur de celui qui saurait l’arroser de son amour, l’abreuver de plaisir.

Plus rouge que sa tenue, gloussant comme à son habitude, pour le dernier tableau de ce premier acte, Mireille convia Daniel et Marcel à l’accompagner sur scène. Il est à noter qu’elle fut la première à en avoir eu l’idée. Si le talent d’actrice de Monique et de Manon est indéniable, comment pourrais-je qualifier celui de Mireille ? Une fois équipée d’une main articulée, une fois Marcel et Daniel confortablement installés au creux de leur main artificielle, elle chercha quelqu’un du regard, comme un petit moineau affolé.

– Lorsque je suis arrivée dans la capitale
J’aurais voulu devenir une femme fatale
Mais je ne buvais pas, je ne me droguais pas
Et n’avais aucun complexe…

À la fin de leur prestation, Daniel enthousiaste la redemanda en mariage. Marcel ajouta et si tu ne le veux pas te le marier, pense à moi ! avant de lui mettre une main aux fesses. Hé bé quoi ?! C’est ça la tendresse affectueuse… !

« L’amour est enfant de Bohème, il n’a jamais, jamais connu de loi »

*William Shakespeare, Titus Andronicus, Acte III scène 1

La nouvelle vie d’Odette – Blanche-Minette se cache pour sourire

– Blanche-Minette se cache pour sourire, on dirait…

– Oh, j’adore ta formule ! C’est parce que…

Je regardai Marcel dans les yeux, son sourire coquin me donna l’envie de le faire marner un peu. Feignant d’oublier qu’il m’avait posé une question, je repris mon observation à l’abri des persiennes. Il se colla contre mon dos.

– Ho, Blanche-Minette, dis-moi ce qu’il y a de si drôle !

– Si tu veux tout savoir, il faut le demander à Blanche-Minette la marionnette !

– Boudiou, si c’est pas malheureux…! Tu ne vois donc en moi que l’amant esseptionnel ?! Ne vois-tu pas le pauvre hère au cœur pur, innocent comme l’agneau qui vient de naître ? Mais s’il me faut en passer par là… vaï, je me sacrifie, mais c’est bien parce que tu l’exiges, sinon… Ho, put… ta culotte est déjà trempée !

– Oui, mais ça tu ne peux pas me le reprocher. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. C’est de ta faute ! Rien que de penser à tes mains, à tes doigts, à ce qu’ils me feront… Tout est de ta faute !

– À ce point ?!

– Ne joue pas les innocents avec moi, tu sais bien que tu nous fais toutes jouir comme des chiennes et qu’on adore ça !

– Pauvre de moi !

Marcel glissa sa main dans ma culotte pour la sentir sur le dos de sa main. Il se colla davantage contre mon dos. Je sentais son souffle taurin sur ma nuque. Ses doigts me fouillaient parfois à la limite de la brutalité, le plus souvent avec beaucoup de délicatesse, comme s’il voulait moduler le son de ma voix de marionnette. J’adore quand nous jouons ainsi.

– J’ai demandé à Socrates quand il avait pris la décision de proposer à Roweena de vivre avec lui… ooh… c’est bon quand tu… oh oui… comme ça… Et pourquoi il en avait eu l’envie… Arrête, tu vas me faire jouir !

– Et alors ? T’as droit qu’à un orgasme par jour désormais ? C’est ta résolution de 2020 ou quoi ?

– Oooohhh… !

– Ô pute… tu me fais bander comme un âne… mieux qu’un âne ! Si fort que j’ai l’envie de te fourrer de partout, mais d’abord, finis ton his… ô pute… quand en plus je sens tes tétons bandés, tout couverts de chair de poule… c’est encore plus pire, diablesse !

– C’est toi le dé… ooohh… mon… ooohh… !

– Boudiou, raconte-moi la suite, sinon quand je te fourrerai à la fin de ton histoire, ton minou sera si trempé que je serai obligé de mettre un masque et un tuba à mon membre pour qu’il ne se noie pas ! Et rigole pas, capoune, té ! T’as vu, ils nous ont presque repérés avec tout le boucan que tu nous fais !

– Je lui ai demandé…

– Ça, tu l’as déjà dit, qu’est-ce qu’il t’a répondu ?

– Qu’avant même d’avoir… hmm… c’est bon… divorcé, avant même de s’être séparé de sa femme… oh oui ! T’es un dieu, Marcel… le Dieu des marionnettistes ! Il faisait des rêves érotiques et se branlait au réveil… ooohh… en pensant à ce qu’il avait fait à cette… oh… oui… ooh… ! À cette inconnue dont il… ooh… ne se rappelait que… que… que la respiration et la douceur de sa peau… de ses caresses… Prépare ton attirail de… ooh… plongée ooh… Mar… tu… ooh… tu sens… ooh… comme… ? Oh putain, c’que c’est bon !

Des gazouillis électriques me parcouraient le corps de la plante des pieds à la nuque. Je sentais les tressautements de mes muscles et je savais qu’il les sentait aussi. Je me dégageais un peu de son étreinte pour me retourner et face à lui, l’embrasser. J’avais envie de sentir sa grosse langue épaisse, rugueuse et pleine de bave envahir ma bouche. Marcel embrasse comme un porc, mais bon sang ce que j’aime comme il le fait ! Il en profitait pour triturer mes fesses, pour frotter son corps contre le mien. Il ne mentait pas quand il s’était comparé à un âne. Il glissa à nouveau ses gros doigts velus dans ma chatte. Je me retournai et poursuivis mon récit.

– Quand nous avons traversé l’Atlantique à bord de ce bateau… ooh… oui… comme ça… que Red est devenue Roweena reine des pirates… il lui est arrivé… ooh… de partager sa couche… certaines nuits… Dès la première… quand… ooohh… oooOoohh… quand il s’est réveillé… il a reconnu… hmm… c’est bon… il a reconnu le souffle qui hantait ses rêves… il se branlait au même rythme… son autre main s’est posée sur la cuisse de Roweena… et il a su que c’était elle. La femme de ses rêves… la femme de… ooohh… de sa vie… Mais il n’osait pas le lui dire… parce qu’il… ooh… parce qu’il est plus jeune qu’elle de dix ans… et…

– Et ?

– J’ai envie que tu me défonces le cul, Marcel. Tu voudrais bien ?

– Bé, quand c’est demandé si gentiment… !

– Et… il y a cette histoire de religion… à la base, ils n’ont pas la même et tu sais qu’en Irlande… en plus, il est athée… tu vois ? Plus il rencontrait Roweena, plus il… ooh… il savait qu’elle était, la seule… ooh… l’unique… celle avec laquelle il voulait… hmm… vieillir… Il a fallu leur voyage en Provence, le vol du retour… ooh… pour qu’il ose le lui dire…

– Et c’est ça qui te faisait rire, capoune ?

– Non ! Ça c’est le contexte… Si tu veux savoir la suite…

– J’ai compris… pauvre de moi ! Mais je peux quand même continuer avec mes doigts ? Té, t’es comme ma douce Mireille ! T’as la culotte magique, assez souple pour qu’on la laisse… Et pis non, je m’en vais te la retirer quand même et me la garder dans la poche ! Comme ça… si elle la voit, et elle remarque toujours tout, je serai obligé de lui raconter comment elle est arrivée là et…

– Elle ne comprendra rien à tes esplications et que tu seras obligé de lui faire hmm… la démonstration !

– Tout juste, Auguste ! Té « comme dans du beurre », t’as vu ?

– …

– Blanche-Minette ?

– …

– T’as perdu la parole ?

– Attends… je profite… c’est si bon… oh Marcel… c’est si bon… !

– Alors, j’ai droit à la fin de l’histoire ?

– Oui. Laisse-moi revenir du Paradis… parce que tu m’encules comme un Dieu… oh putain, Marcel, c’que j’aime quand tu me fais ça ! Oooh oui ! Socrates me racontait ça quand Jim est arrivé… il l’écoutait et l’approuvait de la tête… Oooooh… tu t’es enfoncé jusqu’aux couilles !

– Et c’est trop ?

– Non ! Oh que non !

– Boudiou ! Tu t’y connais pour me redonner la vigueur de mes vingt ans… Tu sens comme je suis dur ?

– Oooh… oui… encore… oui… comme ça… ooh… vas-y plus fort !

– Allez, finis ton histoire qu’on baise sérieusement !

– Jim a commencé à parler… à expliquer à Socrates… ooh… ce qui dans son histoire ressemblait à la… ooh oui… fort comme ça ! Ressemblait à la sienne… Mais souvent… oooh… souvent… oh oui… mais souvent, il avait oublié les mots en anglais et… ooh… ceux qui lui venaient naturellement étaient en provençal… C’est ça qui me… ooh… faisait sourire…

– Brave petit… ça ne m’étonne pas de lui ! Brave petit… Té, mets-toi à quatre pattes qu’on se cache derrière le gros pot !

– Et pourquoi donc veux-tu te cacher ? T’as honte ou quoi ?

– Té non, ma nine, c’est que… vé… regarde par là-bas… notre descendance !

Nous pouvions voir, au loin, Émilie et Vincent s’approcher du mas en nous cherchant du regard. À chacun de mes éclairs de plaisir, Émilie sursautait, foudroyée par une sensation similaire. Ils souriaient. Vincent portait la main à son sexe, la glissait dans sa poche. Ils se séparèrent pour augmenter leurs chances de nous trouver ce qui rendait leur perception de nos sensations plus flagrante encore.

Le rire et le plaisir sont les fruits de l’amitié.
Edward Young ; Les nuits