Chroniques matrimoniales – Lecture à voix haute

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Dessin de Milo Manara

Nous étions ici depuis trois jours, enfin, depuis trois nuits et nous étions à l’aube de cette troisième journée quand je quittai les bras du Balafré, encore endormi, pour préparer mon petit-déjeuner. Je fis la moue en ouvrant la porte du frigo… plus de lait… je devrais donc patienter encore, le mas était trop éloigné du premier commerce pour que je puisse m’y rendre à pied.

Je sortis dans la cour, je voulais cueillir quelques fleurs en espérant qu’une leçon de botanique serait au programme. Je me retournai en entendant des pas sur le gravier. Martial tenait un bidon de lait à la main et l’agitait au-dessus de sa tête.

Té pitchoune, tu ne veux pas déjeuner avant ?

Nous étions morts de rire, son accent méridional sonnait aussi faux que le mien !

Oh peuchère… j’ai faing, mais il n’y avait plus de lait…

Je revieng d’en acheter !

As-tu pensé au paing ?

Oui ! J’ai pensé au paing ! Et comme on dit au païs « du paing, du ving, du Boursing et tout va bieng ! »

Je reçus sur la joue quelques éclaboussures de l’eau que Jimmy avait jetée au visage de Martial. Ce qui nous fit rire davantage. Jimmy parut nous lancer une malédiction en provençal.

Qu’est-ce qu’il a dit ?

Je ne sais pas. Je ne parle pas le sauvage !

Pourtant, tu t’es installée par ici…

Je suis venue leur apporter la civilisation… une missionnaire en quelque sorte…

Avant que Jimmy ne mette ses menaces à exécution, nous nous réfugiâmes dans le mas. Je mis le lait à chauffer pendant que Martial dressait la table. Le café était en train de passer doucement et je me laissais bercer par la musique de la croûte de pain cédant sous la lame du couteau. Martial taillait des tranches épaisses en sifflotant. Par la fenêtre, je regardais Jimmy traverser la cour, pointant vers moi un index menaçant, mais ce qui me préoccupait était la bosse dans la poche de son jeans, que contenait-elle ?

Le lait était chaud, je m’apprêtais à le verser dans mon bol, quand Martial interrompit mon geste. « Laisse-moi le faire, ce matin ». Il prépara mon chocolat avec une attention que je n’avais jamais apportée jusque là. « Tu me diras ce que tu en penses ». Je m’assis, pris ma serviette et la posai sur mes cuisses. Le Balafré fit son entrée, le visage encore tout froissé de sommeil.

J’ai rêvé ou le mot « missionnaire » a été prononcé ?

Jimmy haussa les épaules d’un air las.

Pas dans le sens où tu l’entends… ils se moquaient de nous, si tu veux tout savoir…

Monique m’expliquait la raison de sa venue ici… une missionnaire venue apporter la civilisation dans une contrée peuplée de sauvages…

Il souriait. Le Balafré dodelina, leva les yeux au ciel.

Monique… Monique… !

Me méprenant, je pris Martial à témoin.

Tu es d’accord avec moi, non ?

Je reprochai au Balafré son air condescendant. Martial posa sa main sur la mienne, m’obligeant ainsi à le regarder dans les yeux.

Les missionnaires sont venus en Afrique pour apporter la civilisation aux sauvages qui la peuplaient… Mon père est arrivé en France avec les tirailleurs sénégalais pendant la seconde guerre mondiale…

Oh merde ! Pardon ! J’y avais pas pensé ! Pour moi, t’es juste un parisien, comme moi… pardon !

Ne t’en excuse pas ! Ça me fait tellement plaisir que tu n’y aies pas pensé !

Et ta mère est aussi sénégalaise ?

Non, pas du tout ! Pas plus que mon père qui est natif de Côte d’Ivoire…

Alors, pourquoi dis-tu qu’il était tirailleur sénégalais ?

Parce que c’est ainsi qu’on appelait les indigènes d’Afrique incorporés dans les troupes françaises…

Mais c’est complètement con !

Martial me sourit. Jimmy regardait le Balafré, eux aussi souriaient.

Je trouve aussi

Et vachement méprisant, non ?

Si ! Aussi !

Fais attention, ma chérie, tu vas faire de la bouillie à force…

Toute à cet échange, j’avais oublié ma tartine qui trempait dans mon bol, elle se délitait dans le chocolat encore chaud. Je la mangeai rapidement, avant de boire une gorgée. Le chocolat était délicieux, je félicitai Martial.

C’est une recette de ma maman !

Tu sais d’où est originaire « maman Martial » ?

De Nice ?

– Non

– Marseille ?

– Non plus !

– Aubagne ?

– Non !

– Toulon ? Cassis ?

– Essaie encore…

– Je brûle ?

Éclat de rire des trois amis.

– Oui et non…

Jimmy reprocha aux deux autres de se moquer de moi, il me donna un indice « P’tète ben qu’oui, p’tète bien qu’non ! » Bon sang ! Son accent pointu était au moins tout aussi pourri que mon accent méridional ! Toutefois, je compris son message.

Ta mère est Normande ?

Oui, elle vient d’un village près d’Avranches…

Hé ! Mais si ça se trouve, on est cousins ! Ma grand-mère vient de Montchaton, à côté de Coutances !

– Sait-on jamais…

Je bus mon bol comme j’aimais à le faire, d’une seule gorgée, le tenant à deux mains. J’ai toujours aimé la sensation humide au-dessus de ma lèvre supérieure, la moustache de lait que j’essuyais avec ma serviette quand elle commençait à sécher. Depuis un an, j’avais appris à aimer le regard que les hommes portaient sur moi quand ils me voyaient faire. « Tu féliciteras ta mère de ma part, Martial, je n’ai jamais bu un aussi bon chocolat ! ».

J’allais plier ma serviette quand Jimmy sortit de sa poche un petit paquet fait à la va vite et me le tendit. Je l’ouvris et découvris un rond de serviette en bois gravé à mon prénom. Je ne savais pas si je devais en rire, alors, je me levai et embrassai la joue de Jimmy en me penchant au-dessus de la table.

Depuis notre arrivée, j’avais eu droit à quelques « leçons de rattrapage » en français. Les séances débutaient toujours de la même façon, je choisissais un costume, le Balafré, Jimmy et Martial se concertaient et décidaient quelle oeuvre ils allaient me raconter.

Mue par je ne sais quelle inspiration, sans doute liée à la mélodie d’une vieille ritournelle que sifflait le Balafré, occupé à faire la vaisselle, j’ouvris la valise et la vidai entièrement. Je reconnus la fameuse robe de bergère qui avait tant plu à Nathalie, je la dépliai avec l’idée de demander au Balafré si, comme moi, il trouvait qu’elle irait mieux à Cathy qu’à moi, mais ce faisant, le premier cahier de Bonne-Maman tomba sur le carrelage. Je le ramassai.

C’est toi qui as demandé à Christian de le mettre dans la valise ? Quelle bonne idée !

Hélas, non ! J’aurais aimé l’avoir eue, mais c’est une initiative de Christian !

Je souris en pensant à lui, mais je me retins de le dire au Balafré la phrase qui me brûlait les lèvres « C’est aussi pour ça que je l’aime ». Je ne voulais pas qu’il perde la face devant ses amis et j’ignorais encore que ça n’aurait pas été le cas. Je tendis le cahier à Jimmy « Tu veux le lire ? ». Il allait me répondre quand je remarquai son regard par-dessus mon épaule. Le Balafré lui avait fait signe de refuser ma proposition.

Si on en profitait pour varier les plaisirs ?

Une leçon de botanique ?

Ton enthousiasme me va droit au coeur, fille de Mère-Nature,  non… je pensais… ce matin, tu nous lirais à voix haute… en soignant ta lecture… le cahier de Rosalie pendant que nous te ferions l’amour…

Ouah ! Tout le cahier ? !

Ah, ah ! Je te reconnais bien là, petite gourmande… ! Essaie déjà d’aller au bout d’un seul chapitre ! Mais je te laisse choisir lequel…

Je préfère que ce soit Jimmy qui choisisse.

Jimmy, touché, entreprit de le feuilleter, il s’extasia de la jolie calligraphie et sourit en découvrant les titres de chacun des chapitres.

Je ne résiste pas à Baudelaire…

Il  me tendit le cahier ouvert à la bonne page. Je fis sans doute la moue, puisqu’il me demanda ce qui me déplaisait. J’aurais préféré un chapitre plus joyeux, toutefois ma mine contrariée me permit de décider où et comment relever ce défi. Dans un des appentis était entassé tout un bric-à-brac, dont un vieux lit qui correspondait à l’image que je me faisais d’un divan profond comme un tombeau. Le mas avait subi quelques modifications au cours des décennies précédentes, l’époque était alors au modernisme et au formica. Combien de meubles anciens avaient fini en bois de chauffe ? Je ne saurais le dire, mais par chance, le lit n’avait été que démonté et ses éléments empilés dans un coin. Nous transportâmes le tout dans la cour pour un dépoussiérage et un remontage. J’avais estimé à une demi-heure le temps nécessaire à ces préparatifs, l’horloge sonna midi quand nous en vînmes enfin à bout ! Comme le fit remarquer le Balafré, si Valentino avait été là, nous aurions gagné un temps certain. J’aimais les regarder s’activer, s’interpeller. J’avais aimé leurs « Non ! Laisse-nous faire, Monique ! », mais par-dessus tout leur désobéir et ainsi leur prouver que je n’étais pas une faible créature.

Cette journée, un peu fraîche était malgré tout très ensoleillée, je ne portais que la chemise d’homme dans laquelle j’avais dormi, je décidai de ne pas la retirer pour le moment, au contraire, je la reboutonnai soigneusement pendant que Jimmy et Martial étaient partis chercher le grand matelas sur lequel nous dormions le Balafré et moi. Comme il le faisait souvent, le Balafré se caressa la commissure des lèvres en souriant, il ne savait pas encore à quel point ce geste m’excitait, mais il commençait à s’en apercevoir. Il me demanda, à brûle-pourpoint, si j’étais heureuse, pour toute réponse, je lui souris.

Approche !

Comprenant où je voulais en venir, il me dit « Tu vas t’écorcher les genoux, ma chérie ! »

Je m’en fous, la douleur sera minime comparée au plaisir que je vais prendre ! Mais avant…

Je me blottis dans ses bras, fermai les yeux et levai mon visage vers le sien. C’était notre petit rituel d’amour, de tendresse avant le déchaînement de nos pulsions, celui qui s’était imposé à nous sans que nous l’ayons choisi. J’aimais sentir le souffle du Balafré sur ma peau, sa main sur mes reins, l’autre qui caressait doucement mon visage, chaque caresse précédait un baiser léger, chaque baiser léger était suivi d’un mot d’amour, d’un compliment. Je me laissais faire, le corps déjà tendu vers le bonheur. Quand une mèche de mes cheveux le dérangeait, il soufflait dessus pour la remettre en place. Pour finir, il posait ses lèvres sur les miennes, ma langue forçait un peu ses dents pour retrouver la sienne et nous nous embrassions longuement. J’appréciai tout particulièrement la saveur de ce baiser matinal, sa salive au goût de café se mêlait à la mienne, chocolatée… Je détachai le bouton de son pantalon, fis glisser la fermeture, constatai qu’il ne portait rien dessous et qu’il bandait déjà très fort.

Mes paupières toujours closes, je m’agenouillai devant lui et tentai de redessiner le tracé de sa cicatrice du bout de ma langue. J’entendis crisser le gravier, puis le bruit mat du matelas jeté sur le sommier. Me sachant observée, je décidai de faire de cette pipe une véritable oeuvre d’art. J’humectai le gland en salivant le plus possible, j’avais déjà en horreur cette manie de cracher sur autrui, je n’y ai toujours vu que mépris, ce qui annihilait tout désir. Quand il fut assez humide à mon goût, j’avalai un peu plus sa queue, les mains du Balafré caressaient mon crâne sous mes cheveux… ma langue s’enroulait autour de son sexe… dans un sens… puis dans l’autre selon que je l’avalais ou au contraire que je le sortais de ma bouche. Nous déglutissions tous les quatre au même rythme et c’était moi qui l’imposais, ce rythme. Cette constatation m’emplit d’une force incroyable qui décupla ma fougue. J’entendis Jimmy s’extasier, me comparer à une prêtresse en adoration devant une divinité priapique. J’interrompis cette fellation pour lui demander ce que ça voulait dire.

Je te le dirai après ta lecture… si tu lis bien !

Je me relevai, malgré les jérémiades du Balafré et ordonnai à Jimmy de s’allonger sur le lit. Il était déjà nu et maintenait la base de sa queue déjà dure, de telle façon qu’une ombre se dessinait sur son ventre. Imitant tant bien que mal la voix du Bavard, je fis un clin d’oeil au Balafré et lui dis « Boudiou ! Mais c’est qu’il me fait pas le cadran solaire, le coquin ! » Le Balafré éclata de rire et fit semblant de me le reprocher.

J’allais m’empaler sur ce sexe dressé quand une petite voix me conseilla de ne rien en faire, de profiter du pouvoir que m’offrait la situation. La veille, ils s’étaient moqués de moi, de ma « candeur toute enfantine », j’avais la possibilité de leur rendre la monnaie de leur pièce, je n’allais pas m’en priver ! 

C’est parce qu’ils se remémoraient d’anciens souvenirs, que j’appris l’origine de leur amitié. Le Balafré et Jimmy s’étaient connus sur les bancs de l’université où tous deux étudiaient l’histoire, de sursis en sursis, ils avaient reporté leur incorporation et, comme Jean-Pierre, le cousin de Christian, le faisait à l’époque, ils avaient opté pour la coopération. C’est pendant leur service qu’ils avaient fait la connaissance de Martial, étudiant lui aussi. Leur amitié ne s’était jamais démentie au fil des ans. C’est au cours de sa coopération, que le Balafré avait décidé de changer son fusil d’épaule, si je puis m’exprimer ainsi, de renoncer à une carrière universitaire pour devenir instituteur. J’avais fait un calcul mental, mais doutant de mon résultat, j’avais fini par leur demander leur âge. J’avais bien calculé et m’étais exclamée « Mais vous êtes super vieux ! Je ne l’aurais pas cru ! » ce qui avait déclenché leurs moqueries. Plus tard, quand nous n’étions que tous les deux, le Balafré m’avait fait remarquer qu’il était plus jeune que Catherine et m’avait demandé si je la qualifierais de « super vieille ». Il avait raison, elle ne l’était pas, mais j’aurais cru qu’il avait l’âge de Christian quand il avait celui d’Alain. « C’est parce que je suis bien conservé ! »

Je les regardais donc, prenant tout mon temps, j’ordonnai à Jimmy de rester allongé, au Balafré d’apporter un coussin très épais, de le poser à terre près du lit, de s’agenouiller dessus, face à moi, qui me tenais à la droite du lit et à Martial de se tenir debout dans mon dos. Je voulais sentir leurs mains me caresser et m’échauffer des baisers savants du Balafré sur mes cuisses, sur mon sexe.

Avant de débuter la lecture, puisque vous ignoriez l’existence de ce cahier, laissez-moi vous en parler un peu. Ma grand-mère, Rosalie y raconte comment elle a quitté sa Normandie natale, chassée par sa famille, reniée pour avoir fait une fugue afin de rencontrer Pierrot, mon papé dont elle était marraine de guerre… Elle y raconte sa vie amoureuse, amicale et sexuelle… C’est à peu près ça, non ?

Le Balafré fit oui de la tête. Jimmy lui reprocha de ne pas avoir entendu la réponse. À regret, il décolla ses lèvres de mon entrecuisse et en profita pour ajouter « Le récit débute en 1917 et s’achève en 1920 ».

Les mains de Martial couraient sur ma peau, sous la chemise. Je me cambrai sous toutes ces différentes caresses. Martial pinçait mes tétons de la manière idéale… Je fermai les yeux, rejetai ma tête en arrière et tendis ma bouche vers la sienne pour quémander un baiser… Que ses baisers étaient délicieux ! Suaves… ! Il aimait tout autant les miens… J’interrompis quelques instants ce long baiser, le temps de m’empaler sur Jimmy car je voulais lui offrir cet orgasme qui menaçait d’exploser… Martial reprit ses caresses sur ma peau, ses pincements aussi… et son long baiser… le Balafré glissa ses doigts entre ma chatte et le ventre de Jimmy.

Tu… tu sens… Jimmy ? Tu me sens… jouir ?

Fatché oh oui ! Putain… c’que c’est bon ! Oh… put…

Martial détacha le premier bouton, celui du col de la chemise que je portais.

À chacun de tes orgasmes, j’en dégraferai un… tu devras avoir fini ta lecture avant de les avoir tous détachés, sinon…

Sinon ? Sinon quoi ?

Sinon, nous…

STOP, Martial ! STOP ! Sa grand-mère m’a prévenu « Aucune sanction, elle y prendrait trop de plaisir !

La sagesse faite femme !

Je débutai ma lecture, mais ils savaient y faire ! Mon troisième orgasme déclencha celui de Jimmy… Nous n’avions pas songé à cette éventualité, mais la solution fut vite trouvée… Le Balafré prit la place de Jimmy qui prit celle de Martial qui remplaça le Balafré… Il ne restait plus qu’un seul bouton quand Martial put enfin prendre la place du Balafré qu’il convoitait depuis pas mal de temps, maintenant. Il ne me restait plus qu’un bouton et je n’en étais pas à la moitié du texte ! Je m’empalai sur son membre, nous nous regardions et nous souriions… complices… du même coin… de Paris… je fis deux va-et-vient.

Ta queue est parfaite pour ma chatte !

Tu trouves aussi ?

Ouais… putain ! C’est… Ah oui… la lecture…

Le Balafré m’avait rappelée à l’ordre d’une petite claque sur la fesse… J’étais en train de chercher où j’en étais avant le changement de partenaires, je venais de trouver quand le Balafré caressa mon petit trou d’un doigt habile… léger… curieux… coquin.

C’est pas du… oooh… jeu… !

Le Balafré détacha le bouton, le dernier, celui du poignet droit, m’ôta la chemise, la lança au loin, en prit une autre qui pendait sur le dossier du lit, celle de Jimmy, justement… il me l’enfila, la reboutonna soigneusement… Il me fallut plusieurs chemises avant d’achever ma lecture. Le Balafré interrogea Jimmy et Martial, satisfait de leurs réponses, il me félicita.

Tu as réussi l’exercice, ma chérie ! Et si tu le souhaites… on pourrait dire que tu as inventé « la figure Monique »… !

Je rougis un peu. J’étais surtout épatée que Martial et Jimmy aient réussi à écouter et à mémoriser le texte ! Je me repris tout de suite. J’étais heureuse et je voulais les faire rire.

J‘ai pas droit à une récompense ?

Un bon-point, par exemple ?

Euh… non… je pensais à une récompense… plus… personnalisée !

Comme quoi ?

Je réfléchis quelques minutes, le temps de sentir mes cuisses commencer à devenir humides.

Vous me léchez à tour de rôle ! Toi d’abord… tu me lèches… me roules une pelle pendant que Martial me lèche… il me roule une pelle pendant que Jimmy me lèche… etc. jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien !

Si un jour, je rencontrais une nana comme toi, Monique, je la demanderais direct en mariage ! Je la laisserais pas passer !

Et tu la partagerais ?

Bien sûr ! Quand tu as la chance de trouver un tel trésor… tu… oh oui, je la partagerais !

En effet, le 31 décembre suivant, lors du réveillon, Martial rencontra Sylvie, ne la laissa pas passer et nous la présenta lors de leurs fiançailles qui ressemblèrent beaucoup aux miennes.

Leurs baisers s’avérèrent un peu trop efficaces à mon goût, mais le soleil déclinait déjà et nous étions morts de faim. Le matelas réintégra sa place. Le Balafré me demanda la raison de ce sourire en coin.

– J’imaginais la figure Monique avec toi, Christian et Aloune…

Surtout le final ?

– Ouais !

La figure Monique devint une de nos favorites, avec quelques variantes quand Cathy se joignait à nous.

Jimmy dévora le cahier de Rosalie. La Première Guerre Mondiale et les années qui suivirent étaient justement son sujet d’étude ! Quand il me parla de sa vie, j’en aurais pleuré. Sa mère avait accouché sous X en 1945, lui avait donné ce prénom, Jimmy, en hommage à son père, un soldat britannique, mais il n’en savait pas plus. Il fut envoyé en nourrice à Paradou, où il grandit sans que jamais personne ne vienne le chercher ou l’adopter. Il considérait ses parents nourriciers comme ses vrais parents, leurs enfants, biologiques ou pas, comme ses frères et soeurs et toute cette petite troupe formait une famille très unie, c’est pour cette raison qu’il me disait de ne pas avoir du chagrin quant à sa naissance. Il pensait que son goût pour l’histoire venait du fait qu’il ne connaîtrait jamais ses véritables origines, ses racines…

Quand le mas fut mis en vente, Jimmy l’acheta et nous nous y retrouvions dès que nous en avions la possibilité. J’y suis venue seule, accompagnée de Cathy, du Balafré, de Christian… en fait, dès que nous avions le temps pour un « week-end partouze » ou un « Woodstock sous la lavande ».

Soirée dansante entre amis

 

 

 

C’est l’été ! (4 juillet 2018)

Pour lire tranquille, sur un transat, sur la plage, dans le train, dans l’avion, pendant les vacances, ou avant, ou au retour… ou à la place :-( rien de tel que deux courts romans que l’on peut sortir de son sac, ouvrir en public, oublier sur la table de chevet sans attirer l’attention sur l’aspect érotique des histoires, grâce aux couvertures « tout public »…

Certes, objecteront les déjà heureux propriétaires de ces romans, mais quand on lit la 4ème de couverture, plus aucun doute n’est permis.

Je rétorquerai que le fait d’avoir retourné le livre pour en lire le résumé dénote d’une certaine curiosité et tout le monde sait que la curiosité est un charmant défaut !

Mais dis-moi, Palli, comment fait-on pour se procurer ces deux merveilleux ouvrages ?

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Chroniques Matrimoniales – Canto, canto, cigaloun !

Comme je le pressentais, le Balafré vint m’enlever pendant les vacances de la Toussaint. Je pensais qu’il avait organisé un séjour tout en surprises, je ne me trompais pas non plus sur ce point. Il arriva dans la soirée et avait hâte que je monte à ses côtés. Je fis semblant d’être prise au dépourvu, de n’avoir pas eu le temps de préparer ma valise. J’aurais voulu qu’il me réponde que ça n’avait aucune importance, que de toute façon, je passerai ces quelques jours totalement nue ou un truc comme ça. Hélas ! Christian me dit de ne pas m’en faire et tendit une valise, ma valise au Balafré « je crois que tout y est ».

De quoi parlait-il ? Qu’avaient-ils donc manigancé, ces deux-là ? Cette question tournait encore dans ma tête quand Christian m’embrassa avec une fougue inhabituelle et sa boutade « Je t’ai noté l’adresse pour que tu retrouves le chemin de la maison » sonna désagréablement à mes oreilles. J’avais refermé ma portière quand je compris enfin. Je sortis de l’auto et entrai précipitamment dans notre maison.

Tu te rends compte que ce sera la première fois qu’on va être séparés pendant plusieurs jours ?

Ça va te faire des vacances !

Même s’il souriait, je me sentis blessée. Il le lut dans mes yeux.

Tant que tu seras heureuse de me retrouver…

Tu en doutes ? Mais Christian, tu sais bien que tu es l’homme de la vie !

Il me serra fort contre lui, son visage dans mes cheveux, il me dit :

C’était ça que je voulais entendre ! Profite, Monique ! Profite ! Et reviens-moi avec pleins de détails croustillants à me raconter !

Je remontai dans la voiture et expliquai au Balafré la raison de cet aller-retour en concluant sur ces mots :

L’idéal serait qu’il puisse nous voir et qu’on puisse connaître ses réactions en direct…

Big Brother is watching you !

Un picotement désagréable remonta d’entre mes omoplates vers ma nuque. Je connaissais cette sensation, je l’éprouvais depuis mon enfance. J’avais été une élève médiocre, mais appliquée. Je n’avais pas été au collège à cause de ça. J’avais, par réflexe de survie, pris l’habitude de ne pas relever les allusions que je ne comprenais pas et, surtout, de sourire d’un air convenu. J’adoptai cette attitude, me réfugiant dans ce confort factice. Je réalisai soudain mon erreur et, sans oser regarder le Balafré, je lui dis :

Tout le monde dit ça tout le temps… Ça veut dire quoi, au juste ?

Le Balafré me raconta le début de 1984, je l’écoutais, captivée, fascinée. Il stoppa brutalement son récit. Je lui demandai de l’achever.

Pour savoir la suite, il te suffit de la lire ! Je suis prêt à parier que ce roman figurait en bonne place dans la bibliothèque de Rosalie et certainement dans celle de Toine !

Pendant le trajet, nous parlâmes de nous, il me parla de lui et je lui parlai de moi. Ça faisait des mois qu’on couchait ensemble, mais nous en savions si peu l’un de l’autre ! Évoquer ce paradoxe apporta de la légèreté et une bonne dose d’optimisme. Je pensai enfin à la raison de ce séjour… je relevai outrageusement ma robe et m’apprêtai à débraguetter le Balafré quand il stoppa mon geste « encore quelques instants, ma chérie… » en prononçant ces mots, il s’engagea dans un sentier chaotique qui faisait bringuebaler sa voiture.

Au bout de ce sentier, je découvris la maison où nous allions passer les jours à venir. Il venait de me prévenir que des amis à lui arriveraient dans la soirée, qu’ils logeraient dans une ancienne dépendance du mas et qu’il serait heureux de me les présenter. Je devinai qu’il ne tiendrait qu’à moi que ces présentations se fissent plus poussées. Quand nous pénétrâmes dans la cour, il y avait déjà une voiture de location. Je fis la moue, le Balafré m’en demanda la raison.

J’aurais préféré passer la soirée avec toi… rien que nous deux…

Tu… tu n’aurais pas pu me faire plus jolie réponse ! Attends ! Ferme les yeux et ne les ouvre pas avant mon retour !

Je l’entendis marcher à grands pas, puis courir sur le gravier. Le bruit d’une porte ouverte à la volée. À nouveau des pas rapides, ma portière s’est ouverte, le Balafré m’aida à sortir de la voiture, me souleva dans les airs et c’est dans ses bras que je franchis le seuil de la maison.

Ouvre tes yeux ! Quelle est ta première pensée ?

Oh ! C’est comme dans les films américains, mais en mieux ! Parce que c’est… pour de vrai ! Oh !

Ô, ma Monique… !

Nous restâmes un bon moment ainsi, sans bouger, moi dans ses bras, ses yeux dans les miens, nous ne songions même pas à nous embrasser. Nos yeux se faisaient l’amour pour nous, à notre place… Le crissement des pneus de l’autre voiture nous fit revenir à la réalité. Le Balafré me déposa délicatement sur une large banquette.

Je vais chercher nos affaires, ne bouge pas !

Quand il revint, presque aussitôt, il me désigna la valise.

Tu veux savoir ce qu’elle contient ?

Sans attendre ma réponse, il l’ouvrit et en sortit quelques vieux costumes, son regard m’interrogeait « Voudrais-tu te prêter au jeu des petites saynètes ? ». Je les regardais, cherchant à deviner les facéties qu’ils avaient suscitées. J’essayais de me replonger deux générations plus tôt, tout en prenant un air mystérieux.

Pour le savoir, il faudrait que tu me dises qui tu as reconnu dans le cahier de Rosalie…

Un large sourire s’épanouit sur son visage.

Barjaco !

Comprenant que je n’obtiendrai aucune réponse sérieuse dans l’immédiat, je fis mine de boxer le Balafré, qui fit mine de reculer avant de m’attraper par la taille et de me soulever dans une prise de catch. Nous nous menacions « Gare à toi ! », nous nous provoquions « Même pas peur ! », d’autres menaces « Si je t’attrape… », d’autres provocations « Oh, je tremble presque de peur ! » tout en nous poursuivant dans les pièces de la maison.

La nuit était tombée en même temps que moi. Je me relevai, allumai le plafonnier et ouvris les rideaux. Je cherchais comment décrocher les voilages quand le Balafré me demanda.

Que cherches-tu à faire ?

Une essepérience scientifique…

Une quoi ?

Une essepérience scientifique…

Je rêve ou tu oses te moquer de mon accent ?

Un assent ? Qué assent ? Je croyais que c’était ceusses du Nord qui avaient un assent… !

Ça, ma vieille, tu vas me le payer !

Ô peuchère, j’en tremble de peur !

Et je m’enfuis en courant… dans ses bras !

Quel était le but de ton expérience ?

Je me demandais si tes amis sont du genre curieux… alors, je me suis dit…

Tu t’es dit ?

Si je me déshabillais devant la fenêtre, toutes lumières allumées… si j’offrais mon corps à leur vue… tu penses qu’ils nous regarderaient faire l’amour ?

La question se pose, en effet ! Tentons donc l’expérience…

Oui… tentons l’essepérience !

Milo Manara
Milo Manara – KamaSutra

Le Balafré me mit une tape sur la main, autant pour me punir de mon insolence que pour interrompre mon geste. Je m’apprêtais à déboutonner ma robe, il se mit dans mon dos « Laisse-moi faire, alors… », son souffle chaud dans mon cou, sa voix profonde, vibrante… je me sentis devenir poupée de chiffon. Il me dévêtit lentement, savamment, je fermai les yeux et sentis mon excitation croître, inéluctablement, comme l’eau se met à bouillir… Une de ses mains se décolla de ma peau, je n’eus pas à ouvrir les yeux pour comprendre qu’il avait, d’un geste, intimé à ses amis l’ordre de ne pas s’avancer davantage, de rester à la place que nous leur réservions, celle du public.

La situation te plaît bien, on dirait…

Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

Ta voix qui déraille, l’emballement de ton cœur sous mes doigts…

Lesquels ?

Lesquels ???

Tes doigts de la main gauche ou ceux de la droite ?

Mais…

Le Balafré sourit et je le sus malgré mes yeux clos et le fait qu’il se tint dans mon dos. Il fit aller et venir ses doigts le long de ma fente, mais sans me pénétrer.

Monique, as-tu du cœur ?

J’aimais quand il me parlait sur ce ton, en chuchotant dans un éclat de rire contenu, expirant par le nez… Il se souvint soudain de notre discussion dans la voiture.

Une des répliques les plus fameuses du Cid, de Pierre Corneille est « Rodrigue, as-tu du cœur ? »… mais bon, l’histoire n’est pas des plus joyeuses… !

J’aimerais que la nôtre…

Que la nôtre quoi ?

Durât toute la vie… euh… dure toute la vie…

Et c’est pour t’attacher mon amour que tu emploies l’imparfait du subjonctif ?

Je… ça m’est venu comme ça… oooh… n’arrête pas… oooh… oui… à ce rythme-là… ! Tes amis sont-ils curieux ? Je… oui… je préfère garder les yeux… fermés…

Oui ! Ils nous regardent… oui… écarte tes cuisses… oui… bascule ton bassin vers l’avant… offre-leur ton magnifique corps à la vue… pourquoi souris-tu ainsi ?

Parce qu’ils sont à mille lieues de s’ima… giner… oooh… qu’on parle… oooh… conj… conju… ooooh… conj… oooh… conjugaison… rhâââ… !

Monique ! Arrête! Tu ne peux pas !

Je ne peux pas quoi ?

Jouir sous mes doigts en prononçant le mot « conjugaison » ! Merde ! Pense un peu à moi ! À mon boulot !

Je n’y avais pas pensé… c’est vrai que t’es maître d’école…

Ensemble, nous ponctuâmes ma phrase d’un « mazette ! » complice. Le Balafré m’embrassa encore dans le cou, en faisant aller et venir ses lèvres de mon épaule jusqu’au lobe de mon oreille… Il n’avait pas cessé ses caresses, elles étaient à la fois plus légères et plus audacieuses…

Pour la première fois de ma vie, je ne me sentais pas inférieure de mon manque de culture. Je venais de comprendre que le savoir peut se glaner n’importe où, pourvu qu’on en ait l’envie. Cette certitude m’offrit une sérénité incroyable, je décidai d’en faire profiter le Balafré.

Tu pourrais me faire jouir en me racontant « Le Cid » ?

QUOI ?

C’est pas par vice… c’est… pour ma… culture générale… quelle serait la meill… oooh… tu crois qu’une… levrette ? … oooh…

Sacré défi que tu me lances, là !

Si jamais tu faiblissais…

J’aurais un zéro pointé ?

Non ! Tu aurais le droit d’appeler à l’aide !

Je croyais que pour ce soir… oh ! Tu es bouillante !

Il venait de me pénétrer et, en effet, son sexe m’avait semblé frais…

… je croyais que tu voulais qu’on reste seuls, toi et moi… tu as changé d’avis ?

Peut-être… mais peut-être aussi… ooh… je te sais capable d’y parvenir tout seul…

J’entendis le sourire dans le ton de sa voix quand il annonça « Le Cid, tragi-comédie en cinq actes de Pierre Corneille ! » Il allait et venait en moi à un rythme régulier, mais assez lent. Il nomma les différents protagonistes en les présentant. Je me sentais vibrer, bouillir, j’avais toujours les yeux fermés et un « NON ! » de déception s’échappa de ma bouche quand il sortit de moi. Une suite cadencée de petites claques sur mes fesses, précédèrent les trois plus appuyées et plus lentes « Que le spectacle commence ! »

Je ne me souviens pas l’avoir écouté attentivement, je me laissais envahir par toutes ces sensations qui arrivaient par vagues… j’y plongeais, m’en laissais submerger. J’essayais de ne pas crier trop fort parce que je voulais entendre sa voix… Ses mains couraient sur mon corps, me pétrissaient. Il me semblait que ses va-et-vient suivaient le rythme de son récit.

Je me cambrais davantage quand ses mouvements se faisaient plus amples. Parfois, je me redressais presque totalement, alors ses mains passaient de mes hanches à ma poitrine… de ma poitrine à mon ventre… de mon ventre à mon pubis… de mon pubis à mon clitoris… de mon clitoris à mon pubis… de mon pubis à mon ventre… de mon ventre à mon clitoris… de mon clitoris à ma poitrine… Je prenais un tel plaisir que j’en oubliai nos spectateurs. Je m’en aperçus quand, après avoir joui, il sortit de moi à la fin du troisième acte.

ENTRACTE !

Il me prit dans ses bras, m’embrassa. J’avais hâte qu’il reprenne de la vigueur et son récit. Je ne compris pas immédiatement pourquoi cette remarque le fit éclater de rire.

Pendant qu’il préparait de quoi nous sustenter et nous désaltérer « Laisse-moi te montrer ce talent dont je suis tellement fier », un petit éclat lumineux et verdâtre se refléta sur la vitre.

Je crois qu’un de tes amis est en train de se branler…

Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

… ou alors, c’est un insecte phosphorescent qui volette de bas en haut et de haut en bas…

Il éclata de rire et ensemble, sans nous être concertés, nous leur fîmes signe d’approcher et d’entrer. C’est ainsi que je fis la connaissance de Martial et de Jimmy.

Nous rencontrons enfin la fameuse Monique dont tu nous rebats les oreilles depuis des mois !

Je sursautai, surprise, furieusement excitée. Martial poursuivit en demandant à son ami si désormais, il le faisait toujours à la parlante et voulu savoir ce qu’il me disait et qui semblait me captiver autant.

Tu ne devineras jamais ! Mon amour veut parfaire sa culture littéraire…

Des vers de Pierre Louÿs ?

Non !

De Baudelaire ?

Non !

De Verlaine ?

Non plus !

Je regardais Martial, de plus en plus troublée, de plus en plus excitée…

Tu es surprise, n’est-ce pas ?

Oh oui ! Et flattée que tu me présentes à tes amis de fac…

Quelle est donc cette lueur dans ton regard ? À quoi penses-tu ?

Tu laisserais Martial terminer le récit ? Je n’ai jamais couché avec un…

Avec un noir ?

Avec un « païs » !

Quoi ?

En t’écoutant parler, j’ai réalisé que je n’ai couché qu’avec des provençaux… j’aimerais entendre l’accent parisien… pour la première fois… pendant… tu voudrais bien me parler pendant que tu me baiserais ?

N’y vois aucun vice, Monique a décidé de se lancer dans les expériences scientifiques…

ESSEPÉRIENCE, on dit !

Je comprends mieux pourquoi tu nous as dit « Monique est souvent surprenante » !

Il se dévêtit. Je regardai son corps un peu grassouillet, terriblement attachant. J’avais envie de me blottir dans ses bras comme on se love dans un canapé confortable.

Martial m’ouvrit ses bras, je m’y blottis, j’aimai immédiatement le contact de sa peau, son odeur, le goût de ses baisers, ses cheveux sous mes doigts… Je pris sa main pour l’inciter à découvrir mon corps comme je découvrais le sien. Sans savoir pourquoi, je pris une petite voix implorante, presque timide pour lui demander, comme une faveur, s’il m’autorisait à le sucer. Son éclat de rire tordit mes tripes d’un désir violent. J’aurais aimé le taquiner un peu, beaucoup, avant de le sucer, mais j’étais trop impatiente pour y parvenir. Je le suçai goulûment, avidement… Il me tira un peu les cheveux.

Doucement… si je dois te dire de la poésie… il faut… doucement ! Tu vas me faire jouir !

Son accent m’électrisait autant que ses mots, que ses caresses, que sa peau, que sa délicieuse odeur… Surprise que ses poils fussent crépus comme ses cheveux, je me traitais intérieurement d’idiote, pourquoi aurait-il eu une pilosité différente ? J’étais moi-même blonde de la tête aux pieds ! Martial me dit qu’il avait besoin de faire baisser la pression… nous en profitâmes pour dîner. Je passais des bras de l’un à ceux d’un autre. Jimmy riait un peu trop fort pour que je ne devinât point son embarras. Des trois, il avait toujours été le séducteur, le beau gosse, et perdre cette position avait fait naître un doute profond  dans son esprit. Allait-il se montrer à la hauteur de sa réputation ? Mais ça, je ne l’appris que bien plus tard. Le Balafré sonna la fin de l’entracte en tapant dans ses mains. Martial, surpris, lui demanda :

Quel entracte ? Tu ne lui disais pas des poèmes ?

Non ! Je lui racontai un classique du théâtre français… lequel, à votre avis ?

Je trépignais d’impatience, le Balafré le savait et s’amusait de me mettre ainsi à la torture… J’aurais pu  donner à Martial le titre de la pièce, mais le sourire amusé, l’éclat dans les yeux du Balafré me récompensaient amplement de cette attente. Quand Martial n’y tint plus, que Jimmy eut énoncé le titre d’une bonne dizaines d’œuvres, le Balafré annonça d’un ton victorieux.

Bon courage, Martial ! Va garder ta concentration, ton excitation… tente de la faire jouir… quand je vous dis que ma Monique chérie est surprenante… daï ! « Mais le temps est trop cher pour le perdre en paroles : je t’arrête en discours, et je veux que tu voles. Viens, suis-moi, va combattre et montrer à ton roi que ce qu’il perd au comte, il le recouvre en toi. »

LE CID ? !? !

Étonnant, non ?

La remise à niveau se poursuivit ainsi…