Odette&Jimmy – Il est passé par ici, il repassera par là

Les caresses et les baisers de Jimmy me faisaient sursauter tout en m’apaisant, j’aimais ces picotements au bout de mes orteils, qui convergeaient vers la plante de mes pieds et soudain, comme s’ils avaient changé d’idée, revenaient à leur point de départ. Je focalisais toute mon attention sur cette sensation particulière alors que nombre d’autres m’envahissaient. Tout aussi surprenantes et agréables.

J’avais à la fois vingt, quarante et soixante ans. Mon corps était vibrant comme à vingt, bouillonnant comme à quarante et serein comme à soixante.

Ainsi que je le lui avais demandé, Jimmy et moi parlions, commentions ce que nous faisions et ressentions. J’avais été surprise de le voir enfiler un préservatif. Nous avions, lui et moi, fait tous les tests et ils étaient tous négatifs. J’aimais son air professoral quand il s’en était expliqué.

– Ça va plus vite de retirer une capote que courir jusqu’à la salle de bain pour me laver si l’envie nous prenait d’une levrette conventionnelle, ma chère !

Nous en avions ri. Pendant presque trente-cinq ans, j’avais exercé au sein d’un collège, la prévention contre les maladies sexuellement transmissibles entrait dans mes attributions et Jimmy venait de me faire la leçon !

– C’est la p’tite Odette de vingt ans qui a dû poser la question…

Quand il a ouvert le tube de lubrifiant, qu’il m’en a mis sur le bout des doigts pour que j’en éprouve la texture, la glisse, que j’en ai recouvert son sexe encapuchonné, c’est la bouillonnante Odette de quarante qui s’est réveillée. Celle qui s’était installée dans une relation muette d’exhibition voyeuriste avec son voisin. Je sentais mon corps prendre assez d’assurance pour se détendre et faire confiance aux caresses et aux baisers de Jimmy.

– Quand tu bouges tes doigts… oui… comme ça… ça me donne envie… de… danser autour… ça me donne envie de…

– De ?

– Tu le sais bi…

Je changeai de position, glissai ma main entre mes cuisses, saisis le sexe de Jimmy… Le contact du préservatif enduit de lubrifiant m’électrisa… Il me paraissait moins glissant qu’un peu plus tôt, mais la sensation poisseuse m’en rappela une autre. Dans un flash, je me vis essuyer en souriant le manche de la brosse à cheveux de Bertrand, qui me servait alors de godemichet.

– Attends, Princesse

Jimmy oignit une nouvelle fois son sexe et mon cul.

– J’adore sentir le gel couler entre mes fesses… c’est humide sans l’être… frais et chaud en même temps…

– Te sens-tu prête ?

Je sentis le regard de Jimmy guetter ma réaction dans le miroir. J’ouvris les yeux.

– Mais… tu rougis, Princesse ! De quoi as-tu honte ?

– En fait… ça fait un petit… bout de temps que… je… le suis…

Jimmy sourit, m’embrassa en me chuchotant des mots d’amour que je veux garder rien qu’à nous. Son sexe me pénétra un peu trop vite à mon goût… je laissai échapper un « Oh ! » entre plaisir et dépit. Jimmy m’en demanda la raison.

– Tu as été trop… vite…

– Je te fais mal ?

Tout en me posant la question, Jimmy se retirait.

Stop !

Jimmy se figea.

– Vas-y ! Oh !

Jimmy se retirait lentement. Je rouvris les yeux. Lui souris.

Stop !

Jimmy avait le sourire interrogateur, perplexe.

– La p’tite bosse…

Coquine !

Jimmy m’assena une claque sur les fesses, qui ne fit qu’amplifier le plaisir qui m’envahissait.

Encore !

– Encore quoi ? Encore ça ?

Il se retira, me pénétra.

– Ou encore ça ?

Une claque sur mes fesses.

– Encore… tout ! Mais… en… plus fort !

Tu es sûre ?

En quelque sorte, Jimmy me rendait la monnaie de ma pièce puisque je ne compris pas qu’il me tendait un doux piège et m’y précipitai. Je me cambrai, ondulai, imprimai la cadence à chacun de mes mouvements.

– Regarde comme tu es belle, comme nous sommes beaux !

Pendant des années, j’ai détesté ma bouche, trop lippue à mon goût, j’aurais donné dix ans de ma vie pour avoir des lèvres fines comme la lame d’un couteau. À cet instant, je les regardai et les trouvai sexy en diable. Je regardai Jimmy. Qu’il était beau !

Un filet de salive s’échappa de sa bouche. Une goutte atterrit sur ma fesse. Je fis semblant de le lui reprocher. Une claque pour m’apprendre la politesse. Nos rires provoqués par mon « Oh oui ! » et la frénésie s’empara de nous.

Je ne cherchais pas à retenir mes cris. On aurait pu m’entendre, mais ça ne me dérangeait pas. En fait, rien d’autre n’existait que Jimmy, moi et le plaisir que nous nous offrions en ces premières heures de cette nouvelle année. Nous étions dans cette magnifique suite à Vancouver, mais eussions-nous été sur Pluton, cette impression aurait été la même.

Des étincelles de plaisir, comme des piqûres d’aiguilles, éclataient ici et là, des éclairs de jouissance se frayaient un chemin sous ma peau, ils convergeaient, dans un chaos total, prenaient de l’ampleur. Je jouissais, pour autant ces éclairs, ces étincelles semblaient emprisonnés. La morsure de Jimmy les libéra.

– Mords-moi encore ! Mords-moi plus fort !

Jimmy psalmodiait « Je vais venir ! Je vais venir ! ». Il me fallut un peu de temps avant de comprendre. Dans la frénésie de cette étreinte, nous avions roulé, étions tombés au sol sans vraiment nous en apercevoir. Il était au-dessous, face à moi. « Je vais venir ! Je vais venir ! »

Je me cambrai davantage, ondulant avec une impudeur dont je ne me serais pas sentie capable et voyant battre sa jugulaire le mordis de toute la force de mon plaisir. Je n’oublierai jamais nos râles et le goût divin de son sang dans ma bouche.

L’Odette de soixante ans se sentait enfin redevenir femme, apaisée et accomplie dans les bras d’un homme qui fit semblant de lui reprocher la facture qu’il aurait à payer avant de raccrocher le combiné.

Jimmy téléphone à Odette

Odette&Jimmy – La lettre de Sylvie

Nous sommes arrivés à Vancouver. Jimmy avait réservé une suite dans un hôtel de luxe. Je ne sais pas comment il a réussi cet exploit dans un délai aussi court. Le garçon d’étage sorti, nous nous retrouvâmes seuls pour la première fois. Je redoutais le moment où il me verrait nue. Je le lui dis, sans me poser plus de questions que ça.

Jimmy me proposa de tamiser la lumière, puis nous décidâmes de profiter des heures précédant le réveillon pour refaire connaissance. Nous avions trop peu de temps devant nous et nous étions trop fatigués du voyage pour aller visiter la ville. Nous nous réjouissions de cette situation paradoxale, une réelle intimité, une indéniable complicité nous unissaient, pourtant nous en savions si peu l’un de l’autre.

Jimmy sortit une enveloppe de sa valise et me la tendit. Je reconnus tout de suite l’écriture de Sylvie, qui en préambule plaisantait sur l’aspect rééducation post-coma de l’exercice.

Les deux points qui m’ont le plus frappée, à la lecture de la lettre de Sylvie, furent l’absence totale de toute forme de jalousie et le goût de ces dames pour la sodomie. Avec Bertrand, nous nous y étions essayé une fois ou deux, sans grand succès et avec beaucoup de douleur. Je m’en livrai à Jimmy qui avait son regard coquin et attendri.

– Je crois que je vais devoir te demander, pour la seconde fois, de me rendre un service…

– Il était inclus dans le pack « Nouveaux horizons », Princesse !

– Pourquoi n’avons-nous pas fait notre vie ensemble ?

Pour avoir la chance de vivre une histoire unique, qui sait ?

Tu crois qu’on pourrait faire comme l’autre fois ? Même sans bateau-mouche ? On s’installerait sur la terrasse, un peu de Champagne et… je sentirais à nouveau le plaisir de me savoir désirée…

– Princesse, ça a si bien fonctionné la première fois, nous serions idiots d’y renoncer !

Je lisais les mots de Sylvie et j’étais excitée par certains de leurs amis. Christian, par exemple, j’étais troublée en imaginant le plaisir qu’il prenait à regarder Monique se faire baiser par d’autres, tout près de lui, le plaisir qu’il prenait à la voir jouir d’autres hommes. Je l’imaginais et le comprenais, j’enviais Monique d’avoir pu vivre cette relation pendant toutes ces années.

L’idée de Sylvie de m’écrire cette lettre était tout bonnement géniale. Je la relus une première fois, puis une autre à haute voix. J’interrompais ma lecture dès qu’une question me venait à l’esprit.

C’est marrant tout de même… tu gardes ça pour toi, mais… Martial en sex-symbol… j’ai du mal à l’imaginer ! Et Jean-Luc ! Jean-Luc si réservé, presque « autiste »… Jean-Luc, le super timide… d’ailleurs j’étais persuadée qu’il était resté vieux garçon à cause de ça… Alors, savoir que le pauvre petit Jean-Luc est en réalité un gros vicelard… quelle surprise !

Jimmy était mort de rire. La vision que j’avais de son ami l’amusait beaucoup.

– Que veut dire Sylvie quand elle écrit « et pendant ce temps, Martial et Monique peuvent se laisser aller à leur perversion » ?

Jimmy sourit, le regard au loin.

– Ils baisent tout en se lisant à mi-voix, une pièce de Shakespeare… toujours la même…

Et Sylvie appelle ça « perversion » ?! T’as vu ce qu’elle me raconte par ailleurs ? Elle est gonflée, tout de même ! C’est quelle pièce ? Roméo et Juliette ? Le songe d’une nuit d’été ?

Titus Andronicus.

– Ah. Je retire ce que je viens de dire. Titus Andronicus ?! Mais c’est un grand malade ! Pourquoi tu ris ?

Je suis heureux… et soulagé aussi… mais avant tout heureux.

Je me sens toute bête avec mon aventure extraordinaire. Me voici à nouveau la petite pucelle innocente… à côté de ce que…

Arrête ça tout de suite, ma chérie ! Ce n’est pas une compétition ! On ne participe pas à un rallye érotique avec des cases à cocher à chaque étape ! Je voulais simplement te raconter cet aspect de ma vie, parce que je ne veux pas te le cacher, en aucun cas, je ne voulais te dire « si tu veux de moi, voici ce que j’attends de toi ».

Je sais bien… mais ce lourd secret que je t’ai raconté dans l’avion… si tu savais comme il m’a pesé… Pourquoi me suis-je tue ? Je racontais mes joies et mes peines à Sylvie, mais je n’ai jamais osé lui avouer… J’avais peur de la choquer, peur de son jugement… Quelle idiote je fais !

Je sentais venir les larmes, mon corps commençait à se crisper. J’ai demandé à Jimmy quelques instants rien que pour moi et partis me refaire une beauté dans la salle de bain. J’ouvris la porte, redécouvris le luxe des lieux, me regardai dans le miroir, me souris, ressortis de la salle de bain et me dirigeai vers le dressing. Le contenu de nos deux énormes valises n’en remplissait pas le quart ! J’enfilai ma robe la plus sexy et revins dans le petit salon où m’attendait Jimmy, qui siffla d’admiration. Je tournais sur moi-même, me cambrant au maximum. « Tu aimes ? ». Jimmy se leva, me prit par la main et m’entraîna dans un slow très collé-serré.

La perversion est héréditaire chez les Touré, on dirait ! Ton frère avec ses lectures et toi avec le supplice de Tantale que tu m’infliges !

C’était précisément les mots que je voulais entendre et ses mains sur mes reins, sur mes fesses… Je voulais encore profiter de cette sensation, me sentir belle, désirable, invincible.

Comme elle est un peu juste au niveau du popotin, j’ai préféré ne pas mettre de culotte, pour éviter les marques disgracieuses… Ça ne t’ennuie pas ?

– Tu mériterais que je te réponde « Si, ça m’ennuie » !

Il m’embrassa. Nos corps s’embrasèrent. Mes craintes s’envolèrent. Je voulus passer ma main sous sa chemise. Jimmy retint mon geste « Sinon, je ne réponds plus de rien, Princesse ! »

Si on m’avait dit, il n’y a pas deux mois, que je serais aussi impatiente d’être au Nouvel-An ! Tout est si simple avec toi… tout devient possible… Hey ! Mais je ne me souvenais pas que tu dansais si bien !

Peut-être parce que la seule fois où on a dansé ensemble, c’était à ton mariage et que la lascivité n’aurait pas été du goût de tous…

La même question tournait en boucle dans ma tête.

Je n’arrive pas à comprendre comment votre arrangement a tenu toutes ces années… comment Martial peut accepter que tu te branles sur des photos de Sylvie… comment elle peut accepter qu’il couche avec d’autres femmes… comment faites-vous pour ne pas vous sentir rivaux les uns les autres ?

Les grands-parents de Monique et ceux de Christian menaient déjà ce genre de vie. Leur village était tout petit, ils en étaient sinon des notables, pour le moins des personnalités connues de tous et personne n’en a jamais rien su. Ils nous ont transmis la certitude que ce mode de vie était possible sur le très long terme, à condition d’être tout à fait d’accord sur ce que l’on veut, sur ce que l’on ne veut pas et de ne pas hésiter à en parler si nous changions d’avis.

Mais… Sylvie n’est pas jalouse quand Martial… ou que… on se compare toujours un peu, non ?

Non. Enfin, si. Mais non. Pas comme tu le crains. Je ne vais pas te donner un point de vue de femme, puisque comme tu es en train de le remarquer, je suis un homme, mais je vais te donner deux exemples, viens…

Il desserra son étreinte, me demanda de le suivre, sortit une photo d’un agenda ou de ce qui ressemblait à un agenda, s’installa dans un large fauteuil et m’invita à venir m’asseoir sur ses genoux.

– Comme je te le disais, ma Princesse chérie, je vais te donner deux exemples…

– Vas-tu me faire le conteur cévenol ou seras-tu sérieux ?

On ne peut plus sérieux… Fatché ! Vu d’ici, ton décolleté est encore plus vertigineux ! Regarde, la photo date un peu, mais la fraîcheur des corps n’altère en rien mon propos…

Je regardais la photo avec amusement. Une bande de copains, dans une pose volontairement ridicule, les hommes quasi nus, si ce n’étaient des chaussettes aux pieds, des manchettes ornées de boutons aux poignets, les bras croisés dans une posture faussement virile… les femmes à leurs pieds, certaines assises ou allongées, une agenouillée, toutes portaient un déshabillé vaporeux retenu par une broche, qui laissait apparaître leur corps.

Question comparaison et complexes, regarde… là, c’est Joseph qui bande et à côté, c’est Alain qui ne bande pas. Non, non, aucun trucage, aucun défaut… Joseph a une toute petite bite et Alain est monté comme un âne. Évidemment, quand ils s’envoient en l’air avec Cathy… c’est elle… ou avec Monique, la petite blondinette…

– La perverse, oui… Titus Andronicus ! Ils sont malades !

– Eh bien, quand ils s’envoient en l’air avec l’une ou l’autre, tu imagines bien qu’ils n’ont pas les mêmes… arguments ! Chacun fait avec ce qu’il est et pas en fonction de normes… Toutes les femmes de notre petite bande affirment jouir aussi fort et aussi bien de l’un comme de l’autre…

Autre exemple, là c’est Mireille. Imagine la petite bourgeoise provinciale, mère de famille nombreuse, catho et tout, Madame Prout-Prout, elle est mariée avec Daniel, lui… là… monsieur très comme il faut, commissaire-priseur, conseiller municipal pendant quinze ans, maire pendant quelques mandatures, grand partouzeur s’il en est. Je l’ai vu littéralement se transformer quand son épouse a rejoint notre petite bande. C’est comme s’il avait rencontré Dieu ! Bien sûr, il aimait sa femme avant. Bien sûr, pendant des années, il a mené une double-vie qui lui convenait, pourtant quand Mireille nous a rejoints, qu’elle a aimé ça et qu’elle est devenue une membre de la bande, leur amour s’en est trouvé décuplé…

Et Mireille, figure-toi que son amant de cœur, c’est lui. Marcel… le plus bourrin d’entre nous… Mireille le dit toujours, pour Marcel, elle aurait fait le tour du monde à genoux. Tu crois que son mari est jaloux ou qu’il la moque ? Hé bé, figure-toi que quand Sylvie attendait Sébastien et que Cathy était enceinte des œuvres de Christian, Daniel a su percevoir le désir de Mireille et lui a proposé de céder à son envie, si elle voulait porter un enfant de Marcel. Marcel qui a un profond respect et une admiration infinie pour Daniel.

En excluant d’autorité toute forme de compétition, nous avons évité l’écueil de la jalousie. Et du côté des femmes, Christian raffole des branlettes espagnoles, passion qu’il partage avec Daniel et, comme tu peux le voir, Monique, question nichons, c’est plutôt Waterloo, morne plaine… mais elle a d’autres atouts…

– Si j’en crois l’air béat de Jean-Luc… Putain, le petit Jean-Luc, quoi ! Je croyais qu’il mourrait puceau… Jean-Luc ! Donc Monique aime sucer Jean-Luc qui apprécie les pipes de Monique…

– Qui ne les apprécierait pas ? Les pipes de Monique sont légendaires et Jean-Luc est son amant de cœur…

– Et celui de Sylvie, c’est… toi ?

Moi ?! Certainement pas ! L’amant de cœur de Sylvie c’est l’objectif de la caméra, l’œil des spectateurs, mais certainement pas moi !

– Et celui de Cathy ?

– C’est Christian… pourquoi me regardes-tu comme ça ?

Te sentirais-tu capable de glisser ta main dans mon décolleté que tu reluques comme un fou, pour sentir comme mon cœur bat la chamade, mais de ne pas aller plus loin avant minuit ?

– Te sentirais-tu capable de me réanimer ensuite ?

Ça devrait être dans mes cordes…

Hmm, l’infirmière coquine nue sous sa blouse… le fantasme absolu !

– L’infirmière perverse dans mon cas, puisque j’exerçais auprès de gamins entre dix et seize ans ! Et merci d’arrêter de rigoler !

– Tu sais que Christian l’était aussi, infirmier ?

– Non, mais je savais qu’Alain parle couramment anglais et qu’il a une discothèque incroyable.

Comment tu sais ça?

Les fils de Sylvie nous l’ont assez seriné ! Et Delphine avait des étoiles dans les yeux quand elle évoquait son élégance et son chic. Mais celui qui en parlait tout le temps, c’était Julien… Ooh !

Comme dans mon souvenir ! Ta peau est toujours aussi douce sous ma main… laisse-moi en profiter encore un peu… comme ça…

– Alors, c’est toi qui me mets au supplice !

Le sommeil s’est emparé de nous, c’est l’arrivée du room-service qui nous a trouvés là, assis dans le fauteuil, la main de Jimmy dans mon décolleté, sa bouche sur ma nuque.

– Pourquoi lui as-tu dit d’entrer ?

Pour qu’il nous souhaite un joyeux réveillon avec le sourire attendri qu’il avait. On attend minuit pour dîner ?

Euh, je préfère qu’on prenne des forces avant…

– Serait-ce une proposition cachée ?

Non. Pas le moins du monde. Pas cachée du tout ! Tu dois bien te douter que si j’ai accepté de venir ici, c’est pour faire de toi mon esclave sexuel ! Sinon, autant rester en Seine-et-Marne !

Nous sommes allés sur la terrasse. Jimmy avait ouvert une des baies vitrées, nous entendions les rumeurs de la ville. Je n’avais pas réalisé que nous avions dormi si longtemps.

Regarde ! L’océan Pacifique, le Pacifique, Jimmy ! Tu te rends compte ?

Je sentais son souffle sur ma nuque. Il me murmurait des mots d’amour.

J’avais oublié l’effet que me font ses lèvres, son souffle, ses mots quand il me parle ainsi, à la naissance du cou… Je sentais ma peau réclamer sa morsure avec cette certitude « dès qu’il m’aura mordue, je redeviendrai princesse ».

Le compte à rebours a commencé.

10 le bouton en haut de ma robe dégrafé.
9 la fermeture à moitié baissée.
8 la fermeture descendue d’un quart.
7 la fermeture ouverte.
6 mon soutien-gorge dégrafé.
5 jeté à nos pieds.
4 ma robe un peu baissée.
3 mes seins fouettés par l’air vif.
2 mon ventre.
1 la morsure froide de l’air est moins vive lorsque le vent caresse mon pubis.

Happy New Year!

Je me retournai. Mon premier baiser de 2010 avait le goût acidulé de l’interdit. Nue, à la vue de quiconque lèverait les yeux en direction de notre terrasse. Nue à soixante ans, dans les bras d’un homme qui n’était pas mon mari. Mon corps nu, moins abîmé par mes grossesses que par des années de désamour. Je me blottis tout contre Jimmy et m’arrangeai pour que ses mains masquent mes fesses. Ma ruse fit long feu. Jimmy desserra son étreinte, recula d’un pas.

– Que tu es belle, ma chérie !

Les petites étoiles dans ses yeux et son sourire n’auraient pu mentir si sa bouche en avait eu l’idée.

– Vraiment ?

D’un geste théâtral, Jimmy tomba le pantalon, son sourire s’élargit « Vraiment ! » aucun doute ne m’était plus permis. Je ris en même temps que des larmes jaillissaient de mes yeux.

– J’aimerais réapprendre l’audace…

– Alors, tourne-toi face à l’océan ! Que tout un chacun puisse contempler tes magnifiques seins… ton corps généreux… débordant d’amour… que tout un chacun crève d’envie en voyant mes mains courir sur ta peau… sublime… en voyant mes doigts jouer avec ta toison… qu’ils aient envie que ce soient les leurs entre tes cuisses… qu’ils tendent le cou pour anticiper le moment… où mes doigts fouilleront… Oooh… je te sens mouiller… de plus en plus… mouiller… tant… et… plus… Ne retiens pas tes cris, ma chérie ! Ne les retiens pas !

Je me sentais aussi sûre de moi, de mon physique que lorsque j’avais vingt ans ! Et même davantage. Les caresses, les baisers, les mots d’amour de Jimmy m’insufflaient une confiance absolue. « Oui. Il a raison. Je suis une déesse digne d’admiration ! Oui. Il a raison. Je suis faite pour susciter l’amour parce que je le rendrai au centuple. Oui. Il a raison.C’est aussi ça l’amour. »

J’ai posé mes mains sur la rambarde, me suis penchée en avant. Saint-Exupéry avait raison. Tout comme moi. L’amour, c’est regarder ensemble dans la même direction. La levrette aussi.

Plus tard, nous ririons, Jimmy et moi, de la concomitance de notre pensée. À ce moment, nous nous contentions de jouir de cette évidence.

Quand ses doigts ont écarté mes lèvres, que j’ai senti son gland caresser ma vulve du clitoris au périnée, du périnée au clitoris, quand je me lovais dans ses mots humides d’amour, brûlants de désir, j’ai eu l’impression d’être une chrysalide dans son cocon. Je me déployais lentement à chacune de ses caresses, à chacun de ses mots. Il m’a pénétrée, le cocon s’est fendillé.

– Outch ! Bonne année à toi aussi, p’tite bosse !

Tu ne m’as donc pas oubliée ?

– Tu es gravée pour toujours dans mon corps et dans mon âme, p’tite bosse ! Oui ! Sors comme ça… et rentre en moi ! Non ! Pas comme ça ! Ne sois pas… si… timide ! Entre… oui ! Comme ça ! Comme un… soudard ! Oui ! Encore ! Encore…

Le cocon était en lambeaux et j’en émergeais enfin.

– Ne retiens pas tes cris, Princesse ! Tant mieux si quelqu’un les entend ! Je veux… que l’on nous remarque… et que… l’on m’envie… de te… faire… l’amour… Princesse !

Pour me libérer tout à fait et prendre mon envol, je lui criai « Mords-moi ! Mords-moi ! Rends-moi à la vie ! Mords-moi ! » Ses dents ont déchiré ma peau une première fois. J’ai rugi de plaisir. Toutes ces étoiles qui brillaient dans le ciel, toutes ces lumières qui s’allumaient ou s’éteignaient dans un clignotement aléatoire apportaient une dose de féerie supplémentaire à la reconquête de ma propre estime. Jimmy avait su faire jaillir la femme qui était en moi lorsque j’avais dix-sept ans. En ce premier janvier 2010, il me faisait naître à la vie, naître à moi-même.

Je lui réclamais des caresses rugueuses, il me les offrait. Il souhaitait des mots obscènes, je les prononçais. Nous nous aimions avec la rage de ceux qui n’ont pas assez joui.

– Baise-moi comme le lion baise la lionne ! Plante encore tes crocs et rugis enfin !

Il m’a mordue. Et mordue encore. Nous avons rugi d’un même cri. Et nous nous sommes offerts à la vue de tous. Il a tourné mon visage vers le sien, l’a contemplé longuement, comme s’il le voyait pour la première fois. Son sourire était d’une douceur incroyable.

Ainsi que j’en avais émis le souhait quelques heures auparavant, nous nous offrîmes « un moment de détente post-coïtale » dans le jacuzzi. Nous grignotions de sublimes toasts tout en dégustant du Champagne. Le cliché d’un bling-bling absolu, dont j’aurais ricané la veille encore, ne faisait qu’accroître mon bonheur et ma plénitude.

Il m’aura fallu… pff… plus de trente ans, mais j’ai enfin compris !

Tu as compris quoi ?

Pourquoi je n’aimais pas plus que ça coucher avec Sylvie… c’est ton regard… votre regard… Elle te ressemble tellement quand elle a joui en public… c’est comme si je couchais avec ta sœur… vous êtes sœurs autant que belles-sœurs… Et j’ai compris que je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je m’étais interdit de prononcer ces mots en les pensant vraiment. Je ne savais pas comme il est doux de les dire à celle qui les ressent également. Et si je n’avais qu’une certitude à cet instant, ce serait celle de l’amour qui nous unit.

Je me blottis dans ses bras. Il me caressa, voulut embrasser ma peau là où il l’avait mordue, s’excusa d’y être allé si fort.

– Je marque facilement, Jimmy !

Mais là… tu saignes, c’est plus que quelques marques !

– T’inquiète, j’ai apporté des cols roulés et des écharpes !

Nous nous taquinions, batifolions comme deux gamins insouciants, ivres de bonheur et de plaisir.

Il est quelle heure, dans ta contrée ?

Pas loin de 10 heures du matin…

Et si on appelait Martial et ma sœur pour leur souhaiter la bonne année ?

– J’allais te le proposer !

– On était fait pour s’entendre, alors !

Sylvie décrocha.

– Salut sœurette, alors comme ça le portable ne passe pas sur le domaine de sieur Jimmy ? Bonne année !

Bonne année à toi aussi, ma Didou ! Dis-moi, j’ai l’impression que vous l’avez bien fêtée, cette nouvelle année ! Souhaitons-la meilleure que 2009…

Jimmy veut te dire quelques mots, je te le passe…

Il expliqua sa théorie à Sylvie qui, à ma grande surprise, la trouva cohérente et logique. Nous souhaitâmes, par procuration, la bonne année à Martial qui dormait encore. Avec malice, Jimmy demanda à Sylvie de passer le bonjour et tous nos vœux au p’tit puceau. Je lui boxai le biceps sans grande conviction.

Le p’tit puceau ?!

– Jean-Luc ! Odette était persuadée qu’il l’était encore !

Jean-Luc puceau ?! Ah ah ! C’est la meilleure de l’année ! Ah ah ! Jean-Luc… puceau ! T’es vachement perspicace, Didou ! Jean-Luc… Ah ah ! Puceau !! Ah ah ! Un des plus grands baiseurs que l’Univers ait engendrés ! Ah ah ! Didou…

– Un argument de plus pour étayer mon propos, Sylvie parce que… si je me souviens bien… question perspicacité…

– Euh… krr… krr… krr… grrr… la communication est krr… krr… mauvaise krr… krr… krr… grrr… soudain !

On en reparlera ! Bon, c’est pas que je m’ennuie, ni que je veuille faire mon radin, mais je regarde la déesse d’ébène face à moi… et je me sens d’attaque pour l’ouvrir… à de nouveaux horizons… Bonne année à tout le monde !

Jimmy prit une profonde inspiration.

Sylvie, je suis amoureux d’Odette et j’ai l’impression de découvrir ce sentiment tout autant que de réaliser que je le connaissais depuis toujours…

Jimmy me tendit le combiné « Et tout ça, nous te le devons, Sylvie ! » Je la remerciai pour sa lettre, lui souhaitai à nouveau une bonne année, allai lui proposer de passer quelques jours avec elle quand je sentis les lèvres de Jimmy remonter le long de ma cuisse, sa main faire pivoter mon corps de telle façon que sa langue puisse baguenauder sur mes fesses, s’approcher de la raie… ses mains m’ouvrirent comme un fruit offert à la gourmandise. Submergée par ce plaisir inédit, je lâchai le combiné sans songer à raccrocher.

Odette a oublié de raccrocher le téléphone

Jimmy&Odette – Rapports de bon voisinage

La proposition que j’avais faite à Odette, sans en mesurer les conséquences, s’avérait être un véritable défi. Organiser en un mois un séjour de rêve au Canada, qui plus est, fin décembre… ! Je passais mon temps sur internet, à chercher, à trouver, à espérer, à recommencer. Martial passait ses soirées avec moi, il avait vraiment besoin de ne pas rester tout seul chez lui, me savoir brûler de désir pour sa sœur et préparer ce voyage lui permettait d’espérer malgré tout. Son univers s’était vidé d’un coup, la semaine précédant l’accident qui fut fatal à ses parents, son épouse adorée, Sylvie, avait été percutée par un chauffard et était plongée dans le coma.

Vers la mi-décembre, il fallut trouver un lieu au calme pour la convalescence de Sylvie. Je leur proposai le mas qu’ils acceptèrent volontiers.

Sylvie et moi avons toujours eu une relation particulière. J’aime vraiment me branler sur ses photos, ses vidéos. Quand elle s’exhibait encore, j’adorais assister à ses spectacles. Aujourd’hui encore, j’aime quand elle lit, nue ou à demi-dévêtue, la tête posée sur mon ventre, je la mate, je soulève son vêtement pour découvrir ce que je voulais qu’elle cache, je la caresse, mais en quarante-cinq années d’amitié, si nous avons couché ensemble une dizaine de fois, c’est le grand maximum.

La perspective de mes retrouvailles avec Odette, a permis à Sylvie d’atténuer un peu le choc de la mort de ses beaux-parents. Parce que rien n’aurait pu atténuer sa peine. Martial et moi l’encouragions à ne pas résister au chagrin, à le laisser l’envahir puis à laisser couler ses larmes, à hurler sa douleur, à maudire le sort. Nous avons ainsi pu, tous les trois laisser éclater notre propre chagrin, tout en ayant en tête ce voyage à l’autre bout du monde.

La préparation de ce séjour nous apportait une bouffée d’air frais et une belle lumière. Sylvie est depuis toujours ma confidente. J’ai pu mesurer sa discrétion quand elle m’apprit qu’elle était également celle d’Odette, qui ignorait tout de mes propres secrets.

J’ai voulu lui expliquer la situation, la raison de ce voyage. Elle savait pour Bertrand, mais ignorait son installation à Cannes, puisqu’il l’avait annoncée à Odette alors que Sylvie était dans le coma. C’est elle qui m’a orienté sur Vancouver, je cherchais plutôt dans la province de Québec.

Je lui ai également fait part de mes tourments. Il était hors de question que je renonce à la vie que je mène, mais hors de question de l’imposer à Odette, si viscéralement monogame.

– Et j’espère bien qu’il est aussi hors de question pour toi de renoncer à Didou…

C’est même le préambule !

– Je sais des choses que tu ignores, tant que Didou ne m’aura pas déliée de ma promesse, je ne t’en parlerai pas. Je peux lui écrire une lettre pour lui expliquer qu’elle n’a rien à perdre à se laisser aller avec toi, qu’elle a tout à y gagner.

Dans le hall de l’aéroport et jusqu’à l’embarquement, Odette se dérobait à mes baisers. Mal à l’aise, elle se tortillait comme un asticot quand je la prenais dans mes bras.

– C’est con, mais… j’ai peur qu’on me reconnaisse, ce qui est impossible… peur qu’on me traite d’épouse infidèle alors que c’est Bertrand qui est parti, pas moi. J’espère que ça va s’arranger quand on sera installés dans l’avion…

À l’avant de l’appareil, pendant que les autres passagers embarquaient, je lui demandai si elle n’avait jamais eu d’aventures depuis sa rencontre avec Bertrand. Odette dodelina, pinça ses lèvres.

Oui et non… presque…

J’éclatai de rire.

– Tu es vraiment la digne fille de tes parents ! « Oui et non », comme maman, « presque », comme papa qui avait presque couché avec une fille avant Louise !

Réalisant la maladresse de mes mots et horrifié de cet impair, je m’en excusai auprès d’Odette, qui me regarda, les yeux étincelants « T’excuser de quoi ? D’avoir oublié qu’ils étaient morts ou par cet oubli, de les avoir rendus à la vie ? ». Elle serra sa main sur ma cuisse, m’embrassa à la commissure des lèvres.

– Tu ne t’es pas moqué de moi quand j’avais dix-sept ans, j’espère que tu ne le feras pas, maintenant que j’en ai presque soixante. À la naissance de Caroline, nous avons « fait construire » en Seine-et-Marne. Le terrain n’était pas cher, le pavillon fonctionnel, on nous promettait monts et merveilles quant aux infrastructures à venir et puis, les gamins auraient un jardin pour jouer, on y ferait un potager, un verger… Une chambre pour chacun, plus une autre pour les amis… deux salles de bain… À Paris, on vivait dans un quatre pièces microscopique.

Petit à petit, le lotissement s’est rempli de pavillons identiques, de voisins interchangeables. Pardon de me montrer quelque peu cynique, mais c’était, c’est mon sentiment. Néanmoins, allée des Acacias, nous étions solidaires. Il faut dire que les enfants y étaient pour beaucoup et que nous essuyions les plâtres, alors si un volet était bloqué, il y avait moyen que la mésaventure soit arrivée à un autre… tu vois ? Un lundi de juillet 1983, alors que les gamins étaient en vacances chez mes parents et que Bertrand travaillait, j’ai surpris mon voisin…

Les joues d’Odette prirent de la couleur. Qu’elle était craquante, plongée dans ce souvenir ! Elle souriait, un peu honteuse. Puis comme frappée par un éclair de génie, se tourna vers moi, un sourire éclatant illuminait son visage qu’elle tentait vainement de rendre sévère en fronçant les sourcils.

– Tout ça, c’est de ta faute !

– Ma faute ?!

– Parfaitement ! Ta faute ! C’est à cause de toi que je ne peux résister au plaisir de mater les…

– De mater les ?

– Les bites ! De surcroît, mon voisin se branlait !

– Et que s’est-il passé ?

– J’étais à l’étage, je dépoussiérais les tapis… Je ne sais pas comment il a su, mais il a compris que je le voyais. Il a caché sa queue avec sa revue porno. J’étais dépitée, il l’a remarqué et a soulevé tout doucement son journal comme pour s’assurer qu’il avait bien compris. Il tenait sa queue d’une main, j’ai passé une main sous mon tee-shirt, l’autre dans mon short et nous nous sommes donné du plaisir comme ça… moi debout sur mon balcon, lui assis dans son transat… C’est pas vraiment tromper, non ?

– Et quand tu le croisais ?

– Bonjour madame. Bonjour monsieur. Puis « Bonjour Odette » « Bonjour Jean-Claude ». On avait intérêt parce qu’on se retrouvait souvent dans les mêmes comités de quartier, dans les mêmes associations. De toute façon, à part une fois, on n’a jamais vraiment été plus loin que ça…

Parce que vous avez réitéré ?!

Se méprenant, Odette tenta de se justifier.

Pour Sébastien et Arnaud, j’avais réussi à retrouver ma ligne, mais après la naissance de Caroline, les kilos s’étaient installés… une certaine routine, aussi… alors avec les soucis, le pavillon, le crédit, la deuxième bagnole qu’on avait dû acheter… l’humeur n’était pas à la galipette… et pis… quand ton mari commence à t’appeler « Maman », c’est un peu le début de la fin de la romance, non ?

– Mais tu n’as pas à te justifier, Princesse !

Je pensais à la lettre de Sylvie et me maudissais de l’avoir glissée dans ma valise, c’eut été le moment idéal pour la donner à lire à Odette.

Dès le lendemain, je retournais sur le balcon… Jamais mes tapis n’ont été aussi bien entretenus qu’à cette période de ma vie ! Mais au lieu d’un short et d’un tee-shirt, je portais un déshabillé en satin, sans rien dessous. Mon voisin arriva, fit comme s’il ne m’avait pas vue, s’installa sur son transat, un pantalon de jogging trop lâche pour tout vêtement. Il commença la lecture de sa revue, une main dans le jogging. Je l’imaginais allant et venant, j’imaginais les reliefs de sa bite… Je fermai les yeux et commençai à me frotter à mon avant-bras. Quand je les rouvris, il avait retiré son jogging et se branlait en matant ostensiblement les photos de sa revue, comme si je n’étais pas là. De temps en temps, en tournant les pages, il jetait un coup d’œil dans ma direction et manifestait son contentement en se branlant plus fort ou en prenant ses couilles dans la paume de sa main. Nous n’en avons jamais parlé, pourtant je suis certaine de savoir ce qu’il voulait voir tout autant qu’il savait ce que je voulais voir… Par exemple, je sais qu’il préférait apercevoir mes seins, mon corps quand le vent s’engouffrait sous le tissu le dévoilant à l’observer directement offert à sa vue. Je sais qu’il préférait deviner mes gestes plutôt que me voir me toucher pour lui… C’était pas aussi bizarre que ça à vivre, je t’assure !

– Cette parenthèse a duré tout l’été ?

– Non

– Oh, quel dommage…

Elle a duré plus de dix ans… et puis… y a eu le Koweït… l’opération Tempête du Désert… Sa boite a fait faillite, il a été licencié… à quarante ans… il ne trouvait que des petits boulots sous-payés… puis le schéma classique : surendettement, divorce, pour finir vente par adjudication… enculé de Saddam !

Ta capacité à rire de tout ne cessera de m’étonner !

– Ça change quoi de geindre ?

– Et… cette exception dans votre règle tacite ? Tu étais dans ton jardin et lui sur son balcon ?

– Mais non ! Ce qui était quasi immuable, c’était de faire comme si on ignorait que l’autre nous matait, mais des situations, il y en a eu plein ! Je ne sais plus qui en avait l’idée… La haie de thuyas a été une belle source d’inspiration… C’est fou le nombre de fringues que le vent décrochait de mon fil pour les plaquer sur les branchages… satané vent, qui s’engouffrait sous ma robe, faisant sauter les deux boutons du haut et les deux du bas… et tout en haut de la haie, en plus ! Et c’est délicat à décrocher, les vêtements, quand t’es à bout de bras ! Ça prend du temps… et la petite culotte qu’on n’a pas vue tomber au pied de la haie… celle que le voisin a récupérée et qu’il rapporte, parce qu’il est ben urbain… J’adorais les frissons qui me parcouraient l’échine quand, devant lui, je remettais cette culotte avec laquelle il venait de se branler… Je sais qu’il aimait me voir me masturber ainsi, la main sur ma culotte et jouir dedans en appuyant bien le tissu contre ma chatte… « Non, cher voisin, ce n’est pas une des miennes… tenez, je vous la rends ! »… il la reniflait, son sexe gonflait encore… il se branlait… je me touchais et nous rabattions les branchages avant de vaquer à nos occupations habituelles…

Nous avons eu notre période « observation des étoiles au télescope », notre période « découverte des oiseaux migrateurs », notre période « promenons-nous dans les bois »… les scénarios variaient, mais on ne se parlait pas, on ne se regardait pas ouvertement, on ne se touchait pas…

Au début de l’été 93, nos gamins avaient décidé de passer leurs dernières vacances ensemble, chez les parents de Bertrand. Ils étaient amis depuis toujours et n’allaient pratiquement plus se voir dès la rentrée, puisqu’ils suivaient leur mère dans sa nouvelle vie. La voiture était trop petite et Bertrand ne faisait pas confiance aux jeunes titulaires du permis pour un si long trajet. Il fut décidé que nous partirions à deux véhicules et que je ferai le voyage du retour avec mon voisin, puisque du travail m’attendait à Paris.

Nous avons fait les premiers kilomètres en silence, il regardait droit devant lui, je faisais de même. Il a allumé la radio. Un slow sirupeux. Il a bougonné, changé de fréquence. Marvin Gaye. Il a souri.J’ai vu une larme accrochée à ses cils. J’ai regardé son entrejambe jusqu’à ce qu’il le remarque. Quand il a commencé à bander, j’ai gigoté sur mon siège pour qu’il puisse entrapercevoir la naissance de mes cuisses… pour la première fois, il a posé sa main dessus et m’a caressée. Mon cœur battait à tout rompre.

Il s’est arrêté sur le bas-côté et m’a demandé de lui faire confiance. Il a pris une autre direction, nous avons roulé un petit quart d’heure avant de nous garer dans une clairière, où il a sorti sa queue de son pantalon, où je me suis mise nue, où nous nous sommes masturbés côte à côte, à l’avant de sa voiture, sous le regard de voyeurs qui étaient accourus à notre arrivée. Ces hommes qui se branlaient pour moi ! Quel pied !

Un homme a fait un geste que je n’ai pas compris. Mon voisin m’a expliqué « Veux-tu baisser ta vitre ? ». J’ai accepté. Cet homme a caressé mes seins, ma chatte, je ne sais pas à quoi il ressemblait, je ne regardais que sa main, que sa bite… il voulait jouir sur mes seins, j’ai refusé, mais ouvert la bouche…

J’ai remonté la vitre pour regarder la main de mon voisin. Il m’a demandé si je voulais qu’il la retire pour que je puisse voir sa bite de plus près. Je n’attendais que ça et il le savait. J’ai éteint l’autoradio et sur le même ton lui ai demandé s’il voulait écouter chanter ma chatte. Ma question l’a surpris. Je lui ai fait entendre comment, quand je suis super excitée, les va-et-vient de mes doigts peuvent être sonores.

Il avait lâché sa bite et je la regardais vibrer d’excitation. C’est à ce moment qu’il m’a fait remarquer la présence de nouveaux spectateurs. Sans nous concerter, ma main a caressé son sexe et a sienne a glissé entre mes cuisses. Le « Ho ! » que nous avons gémi était dû à la surprise de sentir dans ma paume ce sexe que je connaissais si bien, mais de loin, à la sienne de caresser le mien et de la trouver si humide, auxquelles surprises s’ajoutait le plaisir de voir ces hommes se branler à cause de nous… grâce à nous… avec nous… pour nous… Je regardais ouvertement, ne cherchant pas à cacher le plaisir que j’y prenais. L’un d’eux s’approcha de la portière. Je baissai la vitre. Sa main sur mes seins… Sa main qui glisse vers mon minou, celle de mon voisin qui se soulève pour la laisser passer… leurs doigts qui me tripotent… l’autre main de l’inconnu qui accélère… son sperme qui macule mes joues… ses doigts qui recueillent sa semence avant de me les fourrer dans la bouche… ses doigts que je suce comme j’aurais aimé sucer tous ces hommes… Un autre homme s’est approché, puis un autre encore… Je ne sais plus combien ont joui sur ma langue, combien sur mon visage, combien sur mes seins… peut-être pas autant que ça, peut-être plus… J’étais vraiment dans un état second… J’ai senti mon voisin prêt à jouir. Je n’ai ni ralenti, ni desserré mes doigts quand il a éjaculé. J’ai pris garde qu’il le fasse dans le creux de ma main. J’ai rapproché ma main de nos visages et nous avons lapé ensemble son sperme tout chaud.

Il a incliné mon siège. J’ai posé mes pieds sur le tableau de bord. J’ai fait signe à ces hommes de s’approcher et toutes ces mains inconnues m’ont fait jouir.

Ensuite, nous sommes rentrés, chacun dans son pavillon respectif. Alors, monsieur le pinailleur en chef, était-ce de l’adultère ou n’en était-ce point ?

– Je dirais que c’en était presque un !

– C.Q.F.D. !

– Pourquoi ce sourire ?

– Parce que je suis heureuse et que… oups !

Odette a fait mine d’essuyer l’eau qu’elle n’avait pas renversée sur mon pantalon, pour avoir le plaisir de sentir mon sexe se dresser et tendre le tissu.

– Je crois que je n’ai jamais autant eu envie d’un homme que je te désire !

Nous nous sommes endormis sans nous en apercevoir et nous avons atterri à Vancouver dans l’après-midi du 31 décembre.

Odette lit la lettre de Sylvie